Crimes révolutionnaires destructeurs du socle pour le développement de la Guinée

Le 25 janvier 2016 marque le 45ème anniversaire de la journée la plus effroyable dans l’histoire de notre pays. Suite à l’agression portugaise et d’exilés guinéens, Sékou Touré a érigé les cellules du parti de la base au sommet ainsi que l’assemblée nationale en tribunaux révolutionnaires, où aucun accusé n’avait la chance de s’en sortir car, en réalité, son sort était déjà fixé: la mort. Les preuves consistaient en des déclarations que ses tortionnaires écrivaient d’avance et qu’il devait lire, en s’auto-accusant des pires crimes que ses geôliers voulaient qu’il avoue. Tant que sa lecteur n’était pas satisfaisante, les tortures devaient continuer.

C’est Sékou Touré lui-même qui donne la liste de ces tribunaux spéciaux:  » 8.000 Pouvoirs Révolutionnaires Locaux (PRL) ou Communes populaires érigés en tribunaux populaires et les 30 assemblées législatives régionales également érigées en tribunaux populaires, ainsi que les Directions nationales, celles de la Confédération Nationale des Travailleurs, de l’Organisation des Femmes, de la Jeunesse de la Révolution Démocratique Africaine, les États-majors des différentes armées, tous érigés ».

Le 18 janvier 1971, lors d’un grand meeting présidé par Sékou Touré ayant à ses cotés Kwame Nkruma, les membres du Bureau Politique National du Parti, des ministres et d’autres responsables nationaux ou régionaux prennent successivement la parole et demandent presque tous la peine de mort pour 231 personnes.

Les pendaisons devaient avoir lieu en public dans tout le pays. Les victimes étaient exposées sur la potence pendant de longues heures et les populations, y compris les enfants, invitées à offenser leurs restes. Parmi les plus illustres de ces victimes innocentes, il y avait ces martyrs qui ont pourtant apporter à notre peuple, assassinées sur la base de fausses accusations, sans un tribunal ni la possibilité de se défendre, pendues publiquement sans procès le 25 janvier 1971:

Barry Ibrahima dit Barry III (1923-1971), originaire de Bantighel, Pita, chef de la Démocratie Socialiste de Guinée, parti d’opposition au PDG, un parti progressiste modéré, surnommé Sily Yörè (Petit Eléphant), en raison de la similitude politique entre le PDG et son parti.

En plus d’être apparenté à notre famille, c’était un ami intime de mon père.

Magassouba Moriba, Membre pionnier du PDG, ancien maire de Kankan. Proche collaborateur de Fodéba, ministre

Baldet Ousmane, Secrétaire d’Etat aux Finances, premier Gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée, co-signataire avec le président Sékou Touré des billets de banque du Franc guinéen en 1960.

Kéita Kara, Commissaire de police

Voici comment Jean-François Alata, fils de Jean-Paul, a décrit la scène dans son livre Alata, l’Africain Blanc. Jean-François Alata est le fils de Jean-Paul Alata qui fut une des personnalités les plus influentes du régime tortionnaire de Sékou Touré avant de finir lui aussi au Camp Boiro:

Une corde, non, un câble énorme enserrait leur cou et reliait les corps désarticulés au tablier. L’épaisseur de cette corde était telle qu’elle offrait une image insolite et les têtes, penchées sur le côté, faisaient un angle bizarre avec les cous distendus…

lIs s’étaient approchés aux premiers rangs. Ce qui frappa Jean-Francois de prime abord était le calme apparent affiché par les pendus. Aucun rictus, aucune convulsion, aucune grimace ne déformaient leurs traits et cette sérénité tranchait sur l’horreur du tableau. Revêtus de la tenue bleue des prisonniers, short ou pantalon, seul Baldet Ousmane portait une tenue de ville, chemise-veste trois poches. Ils avaient les bras liés dans le dos et les liens avaient été faits avec brutalité et force à voir les épaules arquées vers l’arrière.

André Lewin relève avec pertinence:

Triste paradoxe, ironie du sort, ou tragique retournement de situation : plusieurs parmi les responsables qui se sont montrés les plus sévères dans leurs déclarations seront eux -mêmes arrêtés au cours des mois suivants, seront à leur tour torturés et jugés, seront exécutés, mourront de diète noire, disparaîtront purement et simplement, ou resteront de longues années au Camp Boiro avant d’être graciés ou libérés

Comme l’a si bien écrit Bah Mamadou Lamine, grand reporter au Lynx:

L’année 1971 fut celle de la terreur. L’année 1971 fut celle de la terreur. Après les pendaisons généralisées dans toutes les villes du pays, des vagues d’arrestations se succèdent, suivies d’exécutions.

D’après le Prof. Tierno Bah, créateur et animateur du site du mémorial Camp Boiro, c’est Sékou Touré lui-même qui aurait qualifié ces moments de la “période sombre de l’histoire” de la Guinée.

Dans son livre déjà cité Kindo Touré nous d’écrit les différentes méthodes pour extorquer les confessions aux suppliciés dans les locaux du Camp militaire de Kindia, transformés en salles de torture.

Methodes d’enquête de la commission

Des bureaux et des habitations du Camp militaire de Kindia avaient été aménagés en hâte pour servir d’annexe à la Maison centrale, de salle d’interrogatoire et de « cabine technique ».

Dans cette prison annexe étaient incarcérés de nombreux détenus, pour la plupart des anciens ministres et hauts cadres dont les interrogatoires n’étaient pas terminés.
Selon des amis qui y avaient séjourné, la commission d’enquête était composée d’officiers de la Gendarmerie; elle était en constante liaison avec la capitale et les jeeps transportaient des « colis » (entendez des détenus) dans les deux sens.

Cette commission fut présidée, un moment, par M. Alafaix Kourouma; puis ce fut M. Emile Cissé, un fanatique du Parti, nommé entre-temps, gouverneur de la Région administrative de Kindia.

Sous l’autorité de ce nouveau président, les sévices et les tortures furent plus cruels, assortis de raffinements diaboliques : pneumatique, électrodes au sexe, agenouillement sur graviers, etc. Les hauts cadres étaient battus à mort. A la Maison centrale, I’anxiété était totale.

Ceux qui passaient devant cette épouvantable Commission revenaient les membres déchirés aux coudes et aux genoux, le dos zébré par les nerfs de boeuf servant de fouets.
Le « téléphone de campagne » inconsidérément utilisé avait fait des blessés graves et provoqué des troubles chez nombre de détenus.

Parfois le matin, les officiers de la gendarmerie faisaient leur entrée dans l’enceinte de la Maison centrale et « paradaient » au milieu d’une cohue muette, transie de peur.

C’est à cette époque que notre pauvre ami, Oury Missikoun Diallo passa à « l’interrogatoire ».
Administrateur civil, intelligent, de constitution débile, il est pressé de questions, battu, terrorisé, contraint de dénoncer des « comploteurs » qu’il ne connait même pas ; épuisé, exténué, il se retrouve avec trois feuilles blanches et un « bic ».

Sur la première feuille, il doit inscrire les noms de 25 cadres et intellectuels opposés au régime. Sur la seconde feuille, les noms de 25 commerçants et hommes d’affaires sympathisant du Front, et, sur la dernière, les noms de 25 militaires et paramilitaires hostiles à la Révolution.

Les membres de la commission pour « ‘aider », lui soufflent des noms qu’il doit reconnaitre, forcément, et il les inscrit. Si dans ses recherches personnelles, il se trompe par malheur et porte le nom de quelqu’un jugé « bon militant », il est sèchement rappelé à l’ordre et sommé de rayer ; il doit faire attention à ne pas « semer la confusion », « ne pas brouiller les pistes ».

Voici une réflexion de Bah Mamadou Lamine, grand reporter du Lynx sur les responsabilités de Sékou Touré dans l’élimination en particulier en 1971 de la plupart de ceux qui auraient pu développer le pays, cause du retard actuel de la Guinée:

Le meilleur moyen de détruire un pays, c’est de détruire ses ressources humaines. Et Sékou ne s’est pas gêné pour le faire.

Banquiers, Hommes d’affaires, Généraux, Colonels, Capitaines, Commandants, Lieutenants, Simples Soldats, Procureurs, Juges, Médecins, Chirurgiens, Industriels, Commerçants, Enseignants, Commissaires de Police, Notables,  Administrateurs territoriaux…Voila en une année, la masse de personnalités, de leaders, de personnes-ressources indispensables à la marche d’un pays que Sékou a liquidée. Pour satisfaire son égo de vulgaire et banal tueur en série qui a masqué sa forfaiture dans des discours bidon teintés du verbiage gauchiste de circonstance. Peut-on imaginer ce que coûte la formation d’un ingénieur, d’un Médecin, d’un Instituteur, d’une Armée, de cette armée qu’il a décapitée par phobie d’un putsch ?

Parce qu’ en même temps qu’il a liquidé l’élite de ce pays, il a détruit l’Ecole et craché sur l’Instituteur. L’Instituteur, l’indispensable institution sans laquelle un pays meurt. Nous sommes tous des mortels. Si nous ne laissons pas des gens pour nous remplacer, qui va assurer la continuité ? Qui va bâtir la Guinée ? Aujourd’hui encore, si on a besoin d’un plombier, d’un électricien, d’un infirmier de qualité, il faut aller à Dakar, à Abidjan ou à Lomé. 

Avec quels hommes d’affaires et quelle épargne ? On ne peut pas construire, développer la Guinée avec les seuls et même fameux bailleurs de fonds, FMI, BAD, BM et autres AFD ou PNUD. Ils nous viennent en aide. Ils ne peuvent pas et, ce n’est pas leur vocation, faire tout à notre place. Nous devons comme jadis Guizot en France faciliter la création de riches et de richesses dans le strict respect de nos lois. Combien y a-t-il de Millionnaires guinéens dans l’édition africaine du Forbes ? Et surtout, il est indispensable de réhabiliter l’Instituteur. Cette expression lamentable « Mon fils, tu travailles ou tu enseignes? » doit disparaitre.

Nous allons encore longtemps gérer les dramatiques conséquences des vingt-six ans de terreur, de non droit et d’hibernation socio économique, politique et humaine du règne de Sékou Touré. 

                                                                                                                             BML

Paix à l’âme de nos illustres disparus!

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