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Cote-d'Ivoire: Dépots toxiques à Abidjan impunis depuis 2006

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Vue aérienne Abidjan Plateau (Côte d'Ivoire)

Vue aérienne Abidjan Plateau (Côte d’Ivoire) (Photo credit: Wikipedia)

Il y a une trentaine d’années, à un professeur du Lycée français de Vienne, Autriche, qui disait en classe d’une chose qu’elle était bonne pour l’Afrique, mon second fils Karim lui a demandé si l’Afrique était la poubelle du monde. On pouvait avoir des doutes alors, malheureusement, avec la complicité de responsables locaux, elle est entrain de devenir la poubelle du monde. Souvent, des responsables faisant parti du pouvoir, sans inquiétudes bradent l’avenir pour quelques sous. Pendant que des milliers de citoyens sont malades et l’environnement est pollué à cause de leur avidité, eux, ils continuent à vivre en dépensant l’argent ainsi gagné. Cela doit cesser!!! Amnesty International et Greenpeace ont publié un rapport pour expliquer comment et pourquoi:

Trafigura, multinationale responsable du déversement en 2006 de déchets toxiques à Abidjan, à la suite duquel plus de 100 000 personnes ont dû se faire soigner, doit faire l’objet d’une enquête pénale au Royaume-Uni, ont conclu Amnesty International et Greenpeace International dans un nouveau rapport de premier plan rendu public le 25 septembre 2012.

Fruit de trois années d’investigations, Une vérité toxique examine en profondeur la succession tragique des défaillances à l’origine d’un désastre sanitaire, politique et environnemental. Ce rapport explique que la législation existante qui vise à prévenir de telles tragédies a été bafouée, plusieurs gouvernements s’étant montrés incapables d’interrompre le voyage du Probo Koala et de sa cargaison toxique vers Abidjan.

Par ailleurs, le rapport met en doute le caractère légal d’un accord conclu en Côte d’Ivoire permettant à Trafigura d’échapper à toute poursuite judiciaire pour le rôle qu’elle a joué dans le déversement de déchets toxiques. Étayé par des entretiens réalisés à la fois avec les victimes des déchets toxiques et des experts médicaux qui les ont soignées, le rapport présente sous un jour nouveau l’impact dévastateur de ce déversement.

Six années se sont écoulées depuis que l’on a laissé cette horrible tragédie se produire. Trafigura doit aujourd’hui être amenée à rendre pleinement compte de ses actes devant la justice. Les habitants d’Abidjan ont été trahis non seulement par leur propre gouvernement mais aussi par les gouvernements d’Europe qui n’ont pas appliqué le droit en vigueur dans leur pays. Les victimes attendent toujours que justice leur soit rendue, et rien ne garantit que ce type de criminalité d’entreprise ne se reproduira plus.

Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

Dans ce rapport, il est question de criminalité d’entreprise, d’atteintes aux droits humains et des carences des États qui n’assurent ni la protection des personnes ni celle de l’environnement. On constate ici que les systèmes de mise en œuvre du droit international n’ont pas joué leur rôle pour les firmes agissant à une échelle transnationale. On voit qu’une société a pu profiter des flous juridiques et des conflits de juridiction et que son comportement a eu des conséquences désastreuses. Il n’est pas trop tard pour que justice soit rendue, pour que des informations exhaustives sur la nature exacte des déchets déversés soient communiquées aux habitants d’Abidjan, et pour que Trafigura paie pour ses crimes. Ce n’est qu’alors que nous pourrons espérer que ce type de désastre ne se reproduira plus.

Les déchets ont dans un premier temps été acheminés aux Pays-Bas mais Trafigura, estimant que le tarif proposé était trop élevé, a refusé qu’ils y soient traités dans de bonnes conditions. Malgré les inquiétudes qu’ils suscitaient, les autorités néerlandaises ont laissé les déchets quitter le pays, ce qui constitue une grave violation de leurs obligations juridiques.

Un accord à l’amiable accordant à Trafigura une immunité judiciaire a été conclu avec le gouvernement de Côte d’Ivoire en 2007. Dans le cadre d’une action civile intentée au Royaume-Uni au nom d’une partie des victimes, Trafigura a conclu un autre accord sans reconnaître sa responsabilité. Un tribunal néerlandais a déclaré la multinationale coupable d’avoir exporté illégalement les déchets depuis les Pays-Bas, mais le parquet a refusé de prendre en considération les événements qui se sont déroulés par la suite à Abidjan comme leur impact sur la santé humaine.

Les habitants proches des sites  de déchargement d’Abidjan ne connaissent pas la vérité, les personnes responsables doivent être punies. Celles qui sont réellement coupables n’ont pas été punies.

Le rapport inclut également toute une série de recommandations à l’intention de la communauté internationale pour qu’une telle tragédie ne se reproduise plus. Il comporte en particulier des lignes directrices précises pour faire en sorte que les sociétés exerçant leurs activités à l’international ne puissent pas se soustraire à leur obligation de rendre pleinement des comptes pour les atteintes aux droits humains et à l’environnement qu’elles commettent.

Le Royaume-Uni doit ouvrir une enquête pénale sur le rôle joué par Trafigura dans le déversement, étant donné que la société du groupe basée dans le pays a pris un grand nombre de décisions cruciales à l’origine du désastre.

La Côte d’Ivoire doit veiller à ce que les victimes soient entièrement indemnisées. En outre, elle doit réévaluer le caractère légal de l’accord qu’elle a conclu avec Trafigura, accordant à la société une très large immunité judiciaire dans le pays.

Les déchets déversés à Abidjan sont définis comme dangereux aux termes de la Convention de Bâle – qui réglemente les mouvements transfrontalières

de déchets dangereux et leur élimination –. Au regard de ce texte, l’exportation de ces déchets sans consentement de l’État destinataire constitue une infraction pénale.
Le lancement du rapport coïncide avec la réunion à Genève des États parties à la Convention de Bâle, qui est l’occasion de veiller à ce que les

générés par des procédés industriels à bord de navires ne puissent plus jamais être déversés dans des pays plus pauvres.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Camp Boiro

Guinée: Sékou Touré, un tyran sanguinaire qui continue d’empoisonner la vie de la Guinée

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Le 26 mars 1984, le premier président guinéen, Sékou Touré, mourait. Sous son régime, la Guinée, fut soumise à une dictature familiale implacable empêchant tout progrès. Elle connut les pages les plus sombres de son histoire dont les séquelles, près de trois décennies après, restent profondes sur les mentalités et dans de nombreux domaines de la vie sociale et économique la Guinée. Comme chaque année, les héritiers de son régime sanguinaire se sont efforcés de présenter ce tyran comme un héros national immaculé. La vérité fut toute autre et elle doit être dite et répétée afin que les jeunes générations soient protégées contre tout révisionnisme.

Un des thèmes du symposium de cette année a été la souveraineté de la monnaie nationale. Les orateurs se sont bien gardés de révéler que trois des quatre gouverneurs de la Banque centrale que le pays connut de 1960 à 1970 furent emportés par les purges du parti-Etat, le PDG. Baldet Ousmane (1960-1963) fut pendu publiquement. Elhadj Mahmoudou Fofana (1963-1969) fut incarcéré pendant neuf ans au camp Boiro. Balla Camara (1969-1970), un des artisans de l’administration guinéenne, fut fusillé sommairement. Ils ont été ensevelis dans des fosses communes dont leurs familles ignorent toujours les emplacements. Aucune réhabilitation de la mémoire de ces héros n’a encore été entreprise.

Un autre paradoxe du symposium de cette année a été une soirée culturelle pour célébrer la création de la JRDA (Jeunesse de la révolution démocratique africaine). Or, un des tout premiers responsables de la JRDA, Tibou Tounkara, a fini dans une fosse commune.

A ce symposium sont invités les compagnons de l’indépendance encore en vie. Pourtant Sékou Touré les avait tous trahis, et avec eux la Guinée toute entière. Avec Sékou Touré, tout reposait sur la démagogie, la tromperie et la duplicité. Il parlait de pouvoir du peuple alors que le pouvoir était fortement centralisé entre ses mains et celles des membres de son familial et celle de sa femme. Il disait aimer son peuple mais le soumettait à la terreur. Il avait traité les Guinéens comme des enfants dénués de capacité de penser.

Sékou Touré et certains des membres de sa famille ont privé la Guinée des forces vives dont elle avait besoin pour progresser, en les éliminant par vagues ou en les contraignant à l’exil. Ils avaient fait de la Guinée un camp de concentration à ciel ouvert.

Les maux dont souffre la Guinée et qui plombent durablement son devenir trouvent sans conteste leurs racines dans le régime de Sékou Touré. Le président Alpha Condé a dit qu’il a hérité d’un pays mais pas d’un Etat. Nous n’avons aucune difficulté à le croire car cette situation est une séquelle de l’ancien régime : le Parti était au dessus de l’Etat et la famille présidentielle au dessus du Parti. Les conséquences après la mort du tyran sont l’anarchie administrative, la gabegie et leurs corollaires.

L’association des victimes du Camp Boiro demande que toutes les victimes des violences extrajudiciaires de l’état soient réhabilitées pour qu’il y ait une véritable réconciliation dans notre chère patrie et que les biens confisqués ou détruits soient rendus.

Sékou Touré et certains des membres de sa famille ont privé la Guinée des forces vives dont elle avait besoin pour progresser, en les éliminant par vagues ou en les contraignant à l’exil. Ils avaient fait de la Guinée un camp de concentration à ciel ouvert.

Les maux dont souffre la Guinée et qui plombent durablement son devenir trouvent sans conteste leurs racines dans le régime de Sékou Touré. Le président Alpha Condé a dit qu’il a hérité d’un pays mais pas d’un Etat. Nous n’avons aucune difficulté à le croire car cette situation est une séquelle de l’ancien régime : le Parti était au dessus de l’Etat et la famille présidentielle au dessus du Parti. Les conséquences après la mort du tyran sont l’anarchie administrative, la gabegie et leurs corollaires.

L’association des victimes du Camp Boiro demande que toutes les victimes des violences extrajudiciaires sous la présidence de Sékou Touré soient réhabilitées et que les biens confisqués ou détruits soient rendus. pour qu’il y ait une véritable réconciliation dans notre chère patrie.

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Droits de l'Homme

A la Maison centrale de Kindia, on tuait par le fouet, par la matraque et par les balles.

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Dans son livre Unique Survivant du « Complot Kaman-Fodéba » Kindo Touré nous décrit les différentes manières de tuer les prisonniers, et cela advenait sans aucun jugement valable. 

La mort sous le fouet

Après l’agression, bon nombre d’anciens détenus avaient tenté de fuir, de se cacher pour échapper à la violence des responsables ; certains se sont perdus dans leurs tentatives. Ils ont été « ramassés », confondus, assimilés aux mercenaires ou aux collaborateurs et évacués pêle-mêle à Kindia.

Ces malheureux, dans une totale nudité, étaient ligotés, les coudes se touchant dans le dos, les genoux attachés et repliés au niveau des coudes.

Après plusieurs jours de « diète » et toujours dans cet état, on les sort, un jour, vers 10 heures, on les couche sur la dalle de béton de la cour dont la température monte progressivement du fait de la chaleur.

Vers midi, une horde excitée de malabars, tous prisonniers de droit commun, est lâchée par le régisseur. A l’occasion, on a installé en plein air un tabouret sur lequel sont déposées des friandises, du tabac et des allumettes pour ces tueurs, ces bourreaux à gages.

De solides nerfs de boeuf, des lanières tranchées de caoutchouc, sont mis à leur disposition et chacun est chargé de mater, de mater toujours plus fort ceux qu’on appelle les « ennemis du pays ».

Au préalable, les victimes sont arrosées de crésyl et on leur enduit le corps, tout le corps de sable; elles sont enfin livrées dans cet état à leurs bourreaux; les coups commencent pleuvoir sans cesse jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Si, au départ, les hurlements et les vociférations parviennent à couvrir les claquements des coups de fouet, à la longue, ils s’atténuent ; et on finit par ne plus entendre que les coups ; des bouches s’ouvrent mais n’émettent plus aucun son. Abominable…

Lire également: Cruauté, rapacité et discours soporifiques au nom de la révolution dE Sékou Touré

Le bourreau lui-même transpire à grosses gouttes. L’un après l’autre, les suppliciés rendent l’âme. On ricane, on dit :

« Il s’est libéré, il peut se reposer !

A l’époque, le détenu était rien moins qu’un animal et il était traité comme tel.

Un de ces malheureux, dégoulinant de sueur, après un vigoureux effort, tente d’atteindre avec sa langue une minuscule flaque d’eau. D’un bond, un sbire s’approche, lui écrase la bouche avec la semelle cloûtée de son brodequin…

Le bourreau à gages qui a le premier réussi à tuer est présenté comme un héros, les poings fermés levés vers le ciel, jubilant, fier comme Artaban ; il peut désormais aller vers le tabouret et se servir à sa guise des friandises de son choix. Le salaire de la cruauté et de l’ignominie…

Après un moment de repos, on lui livre sa seconde victime et il « s’y mettra » encore, le coeur tout aussi léger. C’est l’hystérie généralisée !

Ces séances étaient fréquentes à la Maison centrale de Kindia. Les cadavres ligotés, parfois avec des câbles, étaient traînés dédaigneusement, comme de la répugnante charogne pour être entassés, de chaque côté de nos portes où ils devenaient la proie des essaims de mouches bleues. Quelques rares fois, une vieille natte était négligemment jetée sur leurs dépouilles mortelles.

On disait que ces hommes ne méritaient pas les précieuses balles commandées par le Parti ; le fouet leur suffisait !

La mort sous la matraque

Après la remise en ordre opérée par le capitaine Siaka Touré, dans la salle no. 4 avaient été regroupés ensemble tous ceux d’entre nous qui avaient tenté de fuir. Ensuite, tous ceux qui, par calcul ou ignorance, avaient été utiles aux mercenaires pour leur avoir fourni quelque indication ou renseignement et enfin les Balantes. Ces derniers, extradés de leur pays par leurs propres dirigeants, avaient été livrés au P.D.G., pieds et poings liés.

Tous les détenus de cette salle, bouclée en permanence, étaient soumis au régime de la privation totale de nourriture. Les pleurs, les vociférations, Ies gémissements déchirants traumatisaient tout le camp de concentration.

La nuit, généralement à partir de 23 heures, une équipe composée d’une demi-douzaine d’hommes en treillis se glissait furtivement dans la salle, matraque en main. Une forte et déprimante clameur s’élevait aussitôt, redoublait d’intensité et quelques moments aprés, c’était l’accalmie.

Le bruit des coups qui étaient administrés aux détenus sans force, parvenaient, malgré la distance, jusqu’aux occupants de notre salle. C’était l’enfer.

Mission accomplie, les bourreaux en quittant la salle, jettent des coups d’oeil à gauche et à droite, disparaissent sur la pointe des pieds : ni vus, ni connus, ni entendus.

Le soir du lendemain, entre 19 et 20 heures, comme des charognes, les corps sont jetés dans des camions pour la fosse commune.

Les fusillades

Cette pratique de la mort violente était la plus courante.

Le peloton d’exécution ne chômait pas ; les prisonniers de droit commun furent d’abord chargés de creuser les fosses communes mais, par la suite, les engins mécanisés durent entrer en action et sans arrét pour parachever la besogne.

A partir de janvier 1971, les enlèvements pour la fusillade devenaient aussi fréquents que massifs. Les préparatifs étaient bien connus. Entre 15 heures et 16 heures, liste en main (il la consulte fréquemment), le chef de poste regroupe des détenus dans une cellule ou dans une salle, selon leur nombre. On sent un certain énervement chez les hommes de garde dont on suit aisément les va-etvient, les dialogues. Sur la table du chef de poste une grosses pelote de ficelle est déposée. Pendant que les uns coupent la ficelle en morceaux de près de 2 m et mettent en ordre les bouts, d’autres nettoient les lampes-tempêtes, font le plein des réservoirs, tandis que le chef de poste change les piles des lampes-torches…

Le premier détenu qui voit ces préparatifs par le trou de la porte revient rapidement à sa place ; visiblement bouleversé dans toute son assise, il ne souffle mot mais son désarroi est évident ; un autre va voir et en quelques secondes, toute la salle est alertée.

Le moral « tombe aux talons »; un silence de cimetière s’installe.

Qui sera « concerné » ? Chacun souhaite que ce soit le voisin. Les plus courageux (ou simplement les résignés) font déjà leurs adieux à la salle, demandent à être pardonnés pour tout manquement inconsciemment commis à l’endroit d’un camarade. On répète les messages oraux ; les adresses des familles sont précisées à nouveau ; on s’étreint encore dans une profonde émotion.

Le repas — notre plat de riz blanc — servi entre 18 h et 19 h n’est pas mangé. On fait sa prière, la mort dans l’âme. On se couche, pas pour dormir mais pour méditer, sinon pour mieux pleurer en secret sous sa couverture à l’abri des yeux indiscrets.

Quand toute la Maison centrale est plongée dans le silence et l’obscurité, vers 2 heures du matin, d’un « clac » que l’on veut discret, la porte s’ouvre.

Comme dans un mouvement d’ensemble parfait, les 40 ou 50 pensionnaires de la salle se retrouvent sur leur céans, les yeux anxieusement tournés vers la porte.

La lumière vive de la lampe torche balaie les deux rangées de couchettes.
Le chef de chambrée est appelé.

J’arrive prestement. On me pose la question de savoir si « Untel est là ? » L’intéressé répond lui-même :

— Oui, présent !

Le geôlier enchaîne :

— Viens, mais surtout ne prends rien du tout. C’est inutile.

Devant la porte, dans le noir, des solides sbires attendent que l’appelé mette le nez dehors.
A pas lents, sous les regards émus de ses compagnons, le détenu traverse la salle. Une fois dehors, pris dans l’étau d’acier de deux bras vigoureux, des gémissements et des pleurs lui échappent. Il se sent perdu.

Son sort est désormais connu.

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Droits de l'Homme

Premiers massacres et sacrifices humains attribués à Sékou Touré et son pouvoir

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Lorsqu’on parle des crimes de Sékou Touré et de son régime, souvent on ne pense qu’aux différents camps de concentration érigés dans tout le pays. Mais ses crimes ont commencé plus tôt. Le Lieutenant-colonel Camara Kaba 41 nous livre des témoignages horribles sur le personnage de Sékou Touré et son régime, dans son oeuvre Dans la Guinée de Sékou Touré : cela a bien eu lieu. 

Ce billet est extrait de cette oeuvre. Mais un rappel est nécessaire. L’auteur nous raconte une prévision du grand érudit Cheik Fanta Mady Kaba que le futur dictateur était allé consulter avant l’indépendance, en compagnie de son ami Béavogui Louis Lansana, en 1954.

Cheik Fanta Mady Kaba baissa la tête; assis jambes croisées, il pivota à gauche, fit face à l’Est, leva les bras, les écarta. Sur tout le mur, un panorama effroyable, incompréhensible pour les visiteurs, se dessina.
— Voyez-vous ? questionna le Saint homme.
Les deux hommes s’approchèrent et virent l’image hideuse.
— J’ai vu, dit Sékou, comme s’il était seul.
— Mais, qu’est-ce que c’est ? poursuivit-il.
— C’est un fleuve de sang et de flammes. C’est ton règne que Dieu nous montre là. Les Blancs vont quitter notre pays, tu les remplaceras. Mais comme tu le vois, du début à la fin de ton règne, il y aura du sang et du feu. Le peuple de Guinée souffrira sous ta botte. Il y aura des morts, des maladies, la famine et des désastres. Tu acceptes, Homonyme ?

— Oui, oui ! se pressa de répondre Sékou Touré, à la fois heureux et médusé. Sous leurs yeux, le monstrueux fleuve coulait roulant des eaux rouges enflammées comme si, à son amont, un pétrolier géant avait éclaté et pris feu. L’image était tellement vivante que de grosses fumées noires tourbillonnantes semblaient sortir du toit de la case.
— Tu acceptes ? insista le Saint, tristement ; tu n’es pas obligé, Homonyme.
— J’accepte ! dit Sékou Touré, fermement.

Le Lieutenant-colonel Camara Kaba 41 nous décrit la suite de cette rencontre sous le titre de: Les premiers crimes de Sékou Touré

La prédiction du Saint ne se fit pas attendre. Dès le début de 1959, l’indépendance de la Guinée étant survenue le 2 octobre 1958, Sékou commit son premier crime officiel en avril. Un jeune homme de 22 ans, Chérif, accusé de vol, fut publiquement fusillé dans l’enceinte de l’école Sandervalia, une après-midi.

C’était la première fois que la population de Conakry assistait à une exécution en plein jour. En vérité, c’était le premier sacrifice humain de Sékou Touré.

L’hallali venait de sonner pour la Guinée, et les Guinéens n’y prirent pas garde. Sur place, des femmes avaient vu leurs règles se déclencher, d’autres avaient vomi, et d’autres encore avorté ; sans doute cela avait-il indigné nombre de gens, mais personne n’avait seulement à Conakry qu’une exécution sommaire eut lieu, mais aussi à Kindia et à Dalaba.

La même année 1959, et au même mois d’avril, une sanglante révolte des anciens combattants libérés de l’armée française eut lieu dans la ville de Guéckédou.

Bilan : 700 morts et des milliers de blessés. Ce massacre a été l’oeuvre de Sangaré Toumani, alors secrétaire général de la section de Guéckédou ; lui-même n’échappa au drame que grâce à son secrétaire politique Traoré Tamba Kalas qui avait réussi à le cacher. Les médecins chefs de Kankan, de Kouroussa et de Dabola venus au secours, furent scandalisés. Celui de Kankan, un médecin-commandant français, dit sans crainte :

— On se croirait à Verdun. C’est que ça commence plutôt mal, cette aventure guinéenne.
C’était peu dire, car il était loin de prévoir les milliers de Verdun qui allaient se produire tout au long du règne de Sékou Touré.

Ce n’était que le début de la tempête en amont du fleuve, du fameux « fleuve de sang et de flammes ».

Diané Lansana, commandant de la circonscription de Kankan, venu en hâte pour voir de ses yeux ce massacre inutile, comme tous les autres qui pousseraient comme du chiendent dans ce pays de rêve, recommanda sévèrement aux secouristes :

— Celui qui en parle, même à son épouse, sera fusillé.

A la même année 1959, à la fin novembre et au début décembre, ce même Diané Lansana ordonna de ramasser tous les aveugles de Kankan, et Dieu sait s’ils étaient nombreux. Dans leurs camions, les militaires les raflèrent dans toute la ville, en particulier devant la poste, les pharmacies, les marchés et devant la concession de feu Cheik Fanta Mady Kaba.

Les camions bourrés s’ébranlèrent vers Baté-Nafadyi, à la sortie de Kankan vers Siguiri. Là, les aveugles, femmes, enfants, vieillards, furent proprement abattus. La raison divine de ce crime ? C’est que la toute puissante Excellence Kwamé N’Krumah devait séjourner à Kankan pour deux semaines. Ses yeux divins (quelle divinité !) ne devaient pas tomber sur ces loques humaines qui faisaient honte à la Guinée.

Encore 1959 : dans la ville de Kissidougou, on découvrit un jour le corps d’un enfant de trois ans et demi. Un corps sans tête. Le meurtrier arrêté par le commissaire avoua avoir reçu l’ordre des membres du comité directeur de la section locale du Parti. Le commissaire n’était pas dans le coup : l’instruction n’alla pas plus loin et le meurtrier fut relâché.

Ce n’est pas Sékou seulement qui pratique le sacrifice humain, mais aussi ses hommes de main et cela, du comité de base au sommet de la hiérarchie politique et même administrative, dans la conviction profonde d’être maintenus à leur poste. C’est ainsi qu’à travers tout le pays, au cours des ans, on a trouvé par-ci, par-là, des corps de femmes, d’hommes et d’enfants mutilés ; après quoi on accusait des tueurs venus de Sierra Léone, de Monrovia ou de Côte d’Ivoire.

Oui ! on peut aujourd’hui les accuser, ces éléments tarés des pays voisins, oubliant que les racines du Parti de Sékou Touré , depuis sa création, ont baigné dans le mensonge, dans la violence, dans la terreur et que ce sont ses éléments tarés à lui, ses voyous drogués, détraqués, dont l’un des chefs typiques, Momo Jo, qui allaient, pendant les sanglantes luttes des Partis politiques en 1954 surtout, recruter les tueurs à gages en Sierra Léone et à Monrovia pour violer, assassiner les soi-disant opposants du Bloc africain de Guinée (BAG). Ils brûlaient alors mosquées et livres saints, pillaient les concessions avant d’y mettre le feu, jetaient par dizaines hommes et femmes vivants dans les puits, et les bouchaient.

 

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Camp Boiro

Cruauté, rapacité et discours soporifiques au nom de la révolution dE Sékou Touré

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J’ai le plaisir de vous présenter un autre article de mon frère Bah Mamadou Lamine, grand reporter au Lynx de Conakry. Il a aussi été chef d’un projet de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen, financé par l’Allemagne, sur la prévention des conflits.

Quelques jours après l’arrestation de notre père, la milice populaire est venue le chercher, mais heureusement, il avait pu quitter Conakry de manière clandestine, vers la Sierra-Léone, puis la Cote-d’Ivoire. C’est dans ce dernier pays qu’il a pu exercer son métier de journaliste et de correcteur, en plus de celui d’enseignant, jusqu’à la mort du tyran, Sékou Touré, en 1984. Il a effectué le voyage dont il parle ici dans l’avion spécial présidentiel ivoirien.

Le lundi 27 Avril 1971 à 21 heures : Bah Amadou Bailo, 53 ans, Commerçant, entrepreneur et transporteur est arrêté chez lui à Boussoura, Matam, Conakry. C’est notre père. On ne l’a jamais revu. Il y a quarante-trois ans.

Le lundi 27 Avril 1981 à Abidjan à 8 heures et demie. Nous sommes interpellé en plein cours de Connaissance du Monde Contemporain, dans une classe de BEP Secrétaire aux Cours Loko José Dominique à Marcory, Rue de la Paix. Déposé dans les locaux de la DST au Plateau, le lendemain on nous débarque au Camp Boiro à Conakry. Il y a trente-trois ans.

Le gouvernement semi-autonome de Guinée issu de la Loi-cadre, 1957-1958. De g. à d., 1er rang : MM. Fodéba Keita, Jean Mignard, Michel Collet, Sékou Touré (vice-président du Conseil de gouvernement), Alioune Dramé, Jean Ramadier (président du Conseil de gouvernement), Louis Lansana Béavogui 2e rang : Abdourahmane Diallo, Camara Bengali, Dr. Roger Accar, Ismaël Touré [T.S. Bah]. Source: webguinee.net

Sékou Touré, anti-Guinéens grand bavard et assassin, tout le monde connaît. En fait, il fut aussi, lui et les siens, une équipe de vulgaires voyous, de grands bandits, de voleurs. Ils ont masqué leurs truanderies dans les discours pseudo révolutionnaires sucrés et onctueux pour endormir la vigilance et la naïveté des militants. Illustrations.

-Abdelkrim Djouri est un homme politique marocain. Il a écrit un ouvrage sur Hassan II où il dénonce que notre grand révolutionnaire, gauchiste et populiste aurait confié au roi Hassan II du Maroc la somme 4,8 milliards de dollars US. Y a de quoi préférer la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage.

– Ses tortionnaires étaient aussi des pillards et des voleurs. Ils arrachaient les chéquiers des détenus, les forçaient à signer des chèques et vidaient leurs comptes. Ou leur promettaient les signatures contre la liberté ! Ils forçaient également les coffres-forts et en pillaient les contenus : documents fonciers, bijoux et autres objets précieux.

-L’équipe qui a arrêté notre père était dirigée par Siaka Touré. Ils avaient fermé son appartement dans le bâtiment [de 3 étages, NDLR] qu’il a construit en 1960, à Boussoura, Matam, et emporté la clé avec eux. Notre famille a été chassée des lieux [chacun ne pouvait prendre que ce qu’il avait sur soi! Notre maman a voulu prendre sa natte de prières, mais un milicien la lui a arrachée avec violence risquant de la faire tomber, NDLR]. Plus tard, ils sont venus casser le coffre-fort et emporter tout son contenu et disparaitre avec notre voiture, une Chevrolet de type Chevelle Malibu, automatique. C’est dans cette voiture qu’on voyait Siaka Touré se pavaner dans les rues de Conakry pendant longtemps. Le PDG et sa Révolution nous ont également volé un terrain à Kaloum, un à Boussoura et un dernier d’un hectare et en bordure de mer à Nongo. Les comptes bancaires de notre père domiciliés dans des banques de Conakry et Freetown ont été vidés. Des biens immeubles saisis à Conakry, à Pita et à Guéckédou seront restitués par la suite après le coup d’état du 3 Avril 1984. Un pillage systématique que n’eussent point jalousé les gangsters de New-York et de Chicago.

-La nomenclature sékoutouréenne a jonglé sur le patrimoine de l’état dans l’hinterland guinéen et à Conakry. Dans les préfectures, elle offre des terrains publics à des individus pour les récompenser d’avoir servi le PDG et son mentor ou leurs nombreux laveurs de chats. A Conakry, les bâtiments de la Société Immobilière de Guinée, SIG, équivalent colonial de la SICAP et de la SICOGI respectivement du Sénégal et de Côte d’Ivoire ont été généreusement donnés tout comme les terrains et bâtiments de Camayenne, Dixinn et Cameroun jadis appelé « Cité Ministérielle ». Aujourd’hui y fleurissent des immeubles de luxe dont les financements sont issus soit du sang des martyrs des Camps Boiro, soit du blanchiment d’argent sale (drogue, prostitution, trafic d’armes, détournements de fonds publics…)

-Des tortionnaires et autres geôliers des mouroirs de la Révolution viennent dans les familles des détenus et font de l’extorsion : « J’ai vu votre père. Il se porte bien et demande de lui envoyer tel montant ou tel objet ». Ou encore « On va bientôt le libérer, faites tel ou tel sacrifice «  « Donnez-moi ceci et cela, je vais vous aider à le libérer ». Ils le disent et promettent tout en sachant que l’intéressé a été exécuté depuis longtemps ; quelquefois, ils ne le connaissaient même pas.

-Le chantage : à notre sortie du camp Boiro en mai 1981, le directeur du camp d’alors nous a reçu et a menacé « Je sais que vous êtes journaliste. Si j’entends parler de cette affaire dehors, vous avez de la famille encore en Guinée. Nous ne les raterons pas ».

La cruauté de Sékou n’a eu d’égale que la rapacité de ses tortionnaires.

-En 1981, dans la fameuse affaire « Bah Lamine », l’homme qui aurait jeté une grenade sur Sékou Touré et pour laquelle Houphouët nous avait remis à Sékou depuis Abidjan dans son avion personnel, un Grumman, beaucoup de femmes avaient été arrêtées. L’une des techniques de torture qui leur était appliquée consistait à fabriquer en métal une forme de grosse verge, de la faire pénétrer dans le vagin de la suppliciée et d’y faire passer du courant 220 volts…

– Le jour de l’exécution de notre père, plutôt de son assassinat, il avait été torturé avec une telle brutalité que sa tête ne tenait plus sur ses épaules. Comme celle d’un nouveau-né. On les a regroupés dans plusieurs camions et débarqués sur le lieu d’exécution, au bord d’un trou géant qu’ils (les détenus) avaient préalablement creusé, on les a alignés et arrosés à la mitraillette et poussés dans le trou. Ces trous sont situés soit au pied du Mont Gangan, soit dans la forêt de Koradi, en direction de Gomba. Adolf Hitler et ses SS ont fait école chez Sékou. Ces informations, nous les avons recueillies auprès de notre dernier père social que fut M. Kaba Moilamine, disparu en 1996 et ex- codétenu de notre père à Kindia. Tous les deux étaient membres fondateurs de la SOMIDRAT, dont l’ancêtre, la CCIG puis l’EGTPM avaient vu le jour en 1959.

-Dans la prison de Kindia un jour. Un détenu, ancien haut fonctionnaire du PDG. Ulcéré de constater le niveau de maltraitance dont sont victimes les détenus s’est dit naïvement que le fama n’était pas au courant. Il s’arrange pour lui faire parvenir un courrier. Sékou, à la réception du document, fait venir Touré Ismaël et lui dit à peu près ceci en lui tendant le document : « Je comprends pourquoi Amnesty International s’attaque à nous. Tes prisons sont devenues de vrais passoires ». Le plaignant de Kindia est récupéré ligoté avec une telle férocité qu’il a fini par ressembler à une balle de rugby géante. Il est jeté dans une cellule sur laquelle ont été inscrits la sinistre lettre « D », signifiant « Diète Noire ». Il y sera « oublié » jusqu’à ce que mort s’en suive.

Les gens qui, avec une abominable hypocrisie passent leur temps à dire aux victimes du Camp Boiro de « pardonner ou d’oublier » n’ont rien compris. Le pardon est possible. Mais il sera l’aboutissement d’un processus sans lequel rien n’est possible. Les enfants de Sékou et autres négationnistes ont été nourris du sang de nos pères qu’ils continuent d’insulter. En continuant à se sucrer avec les fruits des rapines et autres Ismaël sont imprescriptibles. Tôt au tard, eux et leurs ayant droits paieront.

En attendant, ce dossier, comme celui de la Ve Colonne, reste ouvert.

Bah Mamadou Lamine

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Ce billet que j’ai revu et corrigé,  a été publié une première fois le 12/05/2014

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Sacrifices humains et violences conjugales chez Sékou Touré

Tout le monde sait que les grands dignitaires du régime accomplissent des sacrifices humains à l’intérieur du pays pour s’assurer santé, bonheur et postes plus élevés. Certains, même, ne craignent pas de tuer des membres de leur famille quand ces derniers sont malades ou bien pauvres. Lorsque de tels actes sont découverts, les coupables sont passés en jugement.

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Encore un autre extrait du livre d’Adolf Marx Maudits soient ceux qui nous oublient. Ce citoyen allemand qui fut directeur de la seule brasserie de Guinée, a éé arrêté en pleine nuit chez lui, sans savoir pourquoi le 28 décembre 1970.  Il n’en sortira qu’à la fin de juillet 1974. À sa libération, il écrira ce livre.

Cela surprendra de constater que des sacrifices humains avaient cours dans notre pays pendant la pseudo-révolution de Sékou Touré. Mais des sacrifices commis par le tyran lui-même ainsi que par ceux qui gravitaient autour de lui ont été signalés par plusieurs auteurs dont le Président Alpha Condé

C’est de ce livre qui relate son expérience vécue que j’ai extrait ce billet que je vous propose aujourd’hui. 

Le peuple guinéen n’est pas le seul à croire aux gris-gris, porte-bonheur et amulettes auxquels un sorcier a conféré certaines vertus et qui ont pour but d’assurer la bienveillance des dieux.

Lire également: Premiers massacres et sacrifices humains attribués à Sékou Touré et son pouvoir 

Sékou Touré lui-même a tellement peur que ses sujets veuillent se débarrasser de lui et lui jettent un mauvais sort qu’il fait conduire des ânes-fétiches blancs dans les fleuves du pays afin que leur urine ensorcelle l’eau. Cette eau souillée doit rendre inefficaces les imprécations contre sa personne de ceux qui l’utilisent pour leurs ablutions rituelles.

Le bruit court également que Sékou Touré aurait fait une offrande particulière il y a quelques années avant d’effectuer un voyage à l’étranger, par crainte d’un coup d’état en son absence. On raconte qu’il serait allé dans ce but dans l’intérieur du pays et aurait fait immoler une jeune fille. On aurait également trempé dans le sang de la victime le mouchoir que Sékou Touré porte toujours sur lui et qui lui sert d’emblème et de fétiche. C’est avec ce mouchoir “béni” que le Président salue la foule lors de toutes les manifestations.

Cette histoire ne me paraît pas aussi invraisemblable que cela, d’autant plus que les mains de ce dictateur sont souillées du sang de nombreuses victimes. Il se fait appeler “éléphant”, mais le nom de “mamba vert” serait beaucoup plus approprié ; c’est le nom d’un serpent toujours prêt àl’attaque et dont la morsure est mortelle.

Sékou Touré ne quitte le pays que rarement depuis plusieurs années. Sa méfiance et la peur qu’il a d’être renversé par ses adversaires se sont accrues, ses ennemis sont de plus en plus nombreux, mais la peur les condamne au silence. Lorsque, dans les manifestations officielles, la présence d’un membre du gouvernement est nécessaire, Sékou Touré se fait représenter de plus en plus souvent par son frère Ismael Touré;, son beau-frère Keita Seydou ou bien par son “ami”, le Dr. Louis Lansana Béavogui qui occupe le poste de premier ministre mais qui n’est en fait qu’une marionnette. Il a droit à cette faveur parce que sa femme est l’une des nombreuses maîtresses du Président.

La première fois que j’ai entendu parler de ces sacrifices humains, et ce de la bouche même d’un des proches collaborateurs de Sékou Touré, je n’ai pas voulu y croire. Une telle chose me choque et me bouleverse. Mais quand je pense que des innocents meurent à petit feu dans des camps de concentration où ils ont été enfermés pour des délits politiques inventés de toutes pièces, et que cela a pour but de servir d’avertissement àla population guinéenne, ces sacrifices humains peuvent paraître relativement peu barbares.

Les auteurs de ces sacrifices sont des animistes pour lesquels les phénomènes naturels sont des dieux. On les appelait autrefois fétichistes en raison de leur croyance aux fétiches, mais ce terme a quelque chose de méprisant de nos jours. Les animistes ne constituent qu’une partie de la population. Ils craignent en particulier la saison des pluies qui peut s’accompagner de nombreuses catastrophes : les champs sont inondés et les semences emportées par les eaux, les cases détériorées ou balayées par la tempête, les gens et les biens frappés par la foudre. C’est pourquoi les animistes essaient de s’assurer la bienveillance des dieux.

Il faut vraiment être né en Guinée pour comprendre que non seulement les tribus primitives mais aussi les gens “civilisés” continuent à craindre les mauvais esprits et les démons.

Tout le monde sait que les grands dignitaires du régime accomplissent des sacrifices humains à l’intérieur du pays pour s’assurer santé, bonheur et postes plus élevés. Certains, même, ne craignent pas de tuer des membres de leur famille quand ces derniers sont malades ou bien pauvres. Lorsque de tels actes sont découverts, les coupables sont passés en jugement.

De nos jours, tous les hauts dignitaires de ce “Parti-Etat” ont leur Karamoko ou sorcier qui décide de ce qui doit être offert en sacrifice. Je sais, d’après les jugements dont j’ai eu connaissance, qu’on a fusillé des auteurs de sacrifices humains afin de statuer un exemple et détourner la population de tels actes barbares. Cependant, il faudra bien que la Guinée apprenne qu’un peuple ne peut pas se débarrasser de son passé comme d’une vieille chemise, mais que toute communauté doit apprendre à maîtriser ce passé pour en remplacer les aspects maladifs ou mauvais par de meilleurs.

Autrefois, lorsque j’étais scout, j’avais souvent plaisir à observer les animaux dans la nature. Ici, à Boiro, je les observe pour me distraire un peu de la solitude à laquelle je suis condamné. Ainsi, je découvre parfois des salamandres, immobiles au soleil, en quête d’une proie. Dès qu’une mouche ou un autre insecte s’approche, elles le happent avec la langue. Les males ont la tête d’un rouge tirant sur l’orange et le corps bleu foncé, le bout de leur queue est de la même couleur que leur tête. Quand un male fait la cour à une femelle, sa tête devient rouge feu et son corps d’un bleu très soutenu. Les femelles ont le corps gris-vert avec des petites taches oranges sur les cotés.

Parfois aussi, je contemple les magnifiques papillons multicolores qui voltigent près de nos cellules. Ces touches de couleur dansant dans l’air sont un régal pour nos yeux de prisonniers.

Violence maritale

Madame Andrée Touré, femme du Président et ancienne élève d’une école de missionnaires, a eu un jour le courage de dire à son mari :

— Les problèmes de la Guinée peuvent être résolus. Si tu ne t’en sens pas capable, démissionne.

Son mari, furieux, l’a tellement battue que les médecins locaux l’ont fait transporter à l’hôpital national de la République Démocratique Allemande, à Berlin-Est. Sékou Touré a même fait enfermer le fils qu’il a eu avec une de ses maîtresses parce qu’il lui ressemble comme un sosie.

Note

Cette anecdote est confirmée par Portos, Kaké, … [T.S. Bah]

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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