Pays sahélo-sahariens: La coopération régionale, seule issue face aux prédateurs

Un article d’Ali Boukhlef paru sur allafrica.com le 15 mars 2010 intitulé « Afrique de l’Ouest: De la fermeté au Sahel« , nous rappèle les enjeux de la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays sahélo-sahariens qui se tiendra mardi à Alger. La multiplication des prises d’hotage est entrain de rendre la zone sahélo-sahélienne une des plus dangereuses du monde pour le libre mouvement des touristes. La continuation de ces actes de banditisme finira par tarir cette source non négligeable de devises pour les pays qui la bordent, qui sont tous d’une pauvreté extrème et ne disposent que peu d’autres sources de revenus. Elle crée l’instabilité pour les gouvernements et crée une mauvaise image à l’extérieur pour ces pays. La zone étant trop vaste, ceux-ci ne peuvent faire face individuellement aux auteurs de ces actes criminels, qui jouissent d’une liberté de mouvements transfrontaliers, de complicités et une grande capacité de nuisance. La solution pour combattre ces prédateurs du désert ne pourra venir que d’une coopération régionale.

Il ne faudrait pas trop compter sur l’aide extérieur car pour les pays d’où viennent le plus souvent les hotages, tant qu’il n’y a pas de risques de perdre des élections la menace sera toujours sous-estimée.

Voici l’article:

La réunion qui se tiendra mardi prochain à Alger entre les ministres des Affaires étrangères des pays sahélo-sahariens tombe comme un rappel à l’ordre d’une situation au bord de l’explosion. Cela fait des années, en effet, que tous les observateurs regardent la région sombrer dans une ère d’instabilité chronique. Car, si le banditisme et les trafics de drogue et de cigarettes sont connus depuis longtemps, l’intrusion de groupes terroristes dans la région constitue un véritable défi. D’abord pour les pays de la région, puis pour l’ensemble de la communauté internationale.

Le premier défi est donc destiné aux pays de la région. Puisque hormis l’Algérie qui a déjà acquis une expérience estimable dans la lutte contre le terrorisme et qui dispose de moyens importants, le phénomène est nouveau pour les autres nations. Dépourvus, en effet, de moyens matériels et humains susceptibles de faire face à un fléau transfrontalier et très redoutable, ces pays ne peuvent que subir les conséquences de la nouvelle donne. Pis, à défaut de pouvoir juguler la menace, ces Etats seront souvent obligés de s’incliner devant les injonctions -et elles sont très nombreuses- qui viennent de l’extérieur. Et cela ne manque pas en ces temps où chaque puissance cherche à étendre sa zone d’influence.

Cet état de fait a été vérifié avec les tentatives des Américains d’installer l’Africom dans un des pays de la région sahélo-saharienne. Cela n’a apparemment pas fonctionné, même si de temps à autre, des séances d’entraînement et des manoeuvres militaires sont organisées. Mais au-delà de la présence, devenue problématique, des groupes terroristes dans la région (notamment Al Qaïda au Maghreb islamique), c’est l’attitude des Etats qui pose problème.

A commencer par cette facilité déconcertante avec laquelle le Mali a, par exemple, géré l’affaire de l’otage français libéré le mois passé en contrepartie de la libération de quatre terroristes. Cela démontre à quel point ces pays sont vulnérables à la pression extérieure. C’est le cas du Mali -ce pays a créé une situation tellement inédite qu’il fait parler de lui- qui a facilement cédé à des injonctions françaises ayant permis la libération d’un otage qui n’est apparemment qu’un espion.

Cela même si ce pays a fini par concéder ce qu’il devait faire depuis un certain moment déjà, c’est-à-dire permettre à des pays limitrophes, dont l’Algérie, de poursuivre des terroristes jusque dans ses frontières. C’est donc pour rendre les frontières étanches -ce qui n’est pas du tout facile- et limiter l’intrusion de terroristes dans la région que cette réunion a été provoquée. Mais son objectif est surtout de rappeler à ces pays que leur devoir est de combattre ce fléau. Ces pays ont besoin d’aide, c’est fait.

L’Algérie l’a d’ailleurs fait sur le double plan militaire et social. Elle a envoyé, il y a quelques mois, du matériel militaire pour aider les forces maliennes à combattre le terrorisme. Elle a également débloqué, dans le cadre de l’accord d’Alger de juillet 2006, une somme d’au moins 10 millions de dollars pour la construction d’infrastructures de base dans le nord de ce pays. Que faut-il de plus ? Un grain de fermeté, certainement. Et c’est sans doute ce que va réaffirmer l’Algérie ce mardi.

Source: http://fr.allafrica.com/stories/201003150302.html

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