Guinée: Retard évident dans tous les domaines, causes lointaines et profondes

Le PNUD  a publié son dernier rapport sur le développement humain, qui voit la Guinée à la 182ème place sur les 188 classés. Derrière elle, on ne trouve que des pays qui ont traversé récemment ou qui sont encore en proie à de graves crises politiques et sociales. Ce classement qui confirme la misère de la population guinéenne est encore plus sévère si on compare le potentiel agricole et minier de notre pays avec ceux parmi lesquels il se retrouve: Niger, RCA, Erythrée, Tchad, Burundi et Burkina Faso. 

Ce classement vient après la publication récente d’un autre tout aussi accablant. En effet, d’après la revue américaine Forbes, très influente auprès des hommes d’affaires du monde entier, la Guinée occupe la deuxième pire place mondiale pour faire des affaires, malgré un léger mieux, car les 3 années précédentes, elle occupait la dernière place.  

Certes l’épidémie d’Ebola a eu des conséquences désastreuses sur de nombreux aspects de la vie des guinéens. Mais, la Guinée n’a pas été le seul pays à en être victime. La mise en service du barrage de Kaleta qui a résulté en une amélioration de la fourniture de courant a beaucoup changé le quotidien de la population. Mais la réalité quotidienne est toujours dure tant dans les zones rurales qu’urbaines. La pauvreté sévit partout.

Comparée à la plupart des pays voisins, les performances guinéennes peinent à décoller. Pour la création d’entreprise, malgré un recul de 7 jours dans la durée pour régulariser les papiers, de 2015 à 2016, au Liberia il faut 37 jours, en Sierra Leone, avec une chute de 5 jours, il faut 99 jours, en Guinée, avec une amélioration de 45 jours, il faut 126 jours.

Pourtant, au moment de l’accession de la Guinée à l’indépendance, elle avait environ la même population que la Cote d’Ivoire. Aujourd’hui, la situation est tout autre. D’après le Directeur de l’Institut National de la Statistique, Aboubacar Kaba, qui anticipait les résultats préliminaires du recensement de la population, celle-ci était estimée à 10.628.972, au début de 2015, tandis que celle de la Cote d’Ivoire était de 23 millions d’habitants en fin 2014, selon des chiffres officiels fournis par le gouvernement ivorien.  Le niveau de développement des deux pays était assez proche. En 2014, le PIB en pouvoir d’achat de la Cote-d’Ivoire était estimé à 35 Mds $, malgré une longue période de guerre civile, alors que celui de la Guinée était de  $6,6 milliards. 

Pour ce qui est de l’avenir , la Banque africaine de développement donne des prévisions plutôt optimistes sur son site africaneconomicoutlook.org en ce qui concerne la Cote d’Ivoire:

« La croissance économique en 2014 est restée forte, tout comme les deux années précédentes, avec un taux estimé à 8.3 % qui devrait rester à des niveaux similaires en 2015 et 2016. Cette croissance est soutenue à la fois par la demande intérieure et extérieure. Les investissements publics et privés dans le domaine des infrastructures et la consommation des ménages soutiennent la demande intérieure. La demande extérieure stimule de son côté les exportations des produits de base, grâce à des cours mondiaux orientés à la hausse. Cette croissance est aussi le résultat des efforts menés dans le cadre du Plan national de développement (PND) pour l’amélioration du cadre des affaires et l’accélération des réformes structurelles. Le pays est ainsi devenu plus attractif, notamment pour l’investissement direct étranger (IDE).

La situation budgétaire s’est nettement consolidée en 2014, dans le cadre du programme mené avec le Fonds monétaire international (FMI), sous l’effet de la hausse des recettes fiscales et la maîtrise des dépenses. Ces dernières ont été réalisées à un niveau moins élevé que prévu. Les effets conjugués de la progression des recettes et d’une meilleure gestion des dépenses ont conduit à une légère diminution du déficit budgétaire global (dons inclus) qui se situe à 2.2 % du PIB en 2014 contre 2.3 % en 2013. Les efforts appréciables qui ont été faits en matière de transparence et d’intégrité dans la gestion des finances publiques gagneraient à être renforcés »

Pendant ce temps, comme pour nous consoler, dans le cas de la Guinée, cette source justifie par le virus Ébola notre retard:

« La Guinée a connu une faible croissance du produit intérieur brut (PIB) en 2014, avec un taux de 0.6 % contre 2.3 % en 2013. Ce ralentissement s’explique par les conséquences de l’épidémie d’Ebola, le retard dans la mise en oeuvre des réformes structurelles et par les pénuries d’électricité. Dans l’hypothèse que l’épidémie soit maîtrisée au cours du premier semestre 2015, la croissance devrait atteindre 0.9 % en 2015 et 4.3 % en 2016, soutenue par la hausse des investissements publics, par une plus grande activité minière et par un meilleur approvisionnement en électricité. »

Dans un billet publié en septembre 2013, j’avais tenté d’expliquer comment cette différence s’est créée, malgré la guerre qui a sévi en Cote-d’Ivoire qui a provoqué des massacres et des destructions matérielles importantes, qui avaientt causé une récession de 5% du PIB en 2011?

Dès l’indépendance, les deux pays ont adopté des politiques diamétralement opposées. Au moment de la mort du tyran Sékou Touré, lors d’une évacuation sanitaire aux USA, on estimait à un tiers le pourcentage de la population guinéenne qui avait cherché refuge hors du pays, par tous les moyens. En Cote-d’Ivoire, le Président Félix Houphouet-Boigny a adopté une politique libérale avec une ouverture pour les capitaux et pour les personnes. Il a poussé l’ouverture et l’accueil au point d’admettre des immigrés au sein de l’administration publique et de nommer des étrangers à des postes ministériels.

En Guinée, Sékou Touré, fidèle à sa fameuse phrase « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage » a adopté une politique révolutionnaire nationaliste qui a apporté à son peuple la pauvreté et l’esclavage. Des intellectuels venus d’Europe, des Amériques et de la diaspora africaine pour aider le pays et suppléer au manque de personnel qualifié ont accouru en Guinée. Mais dès les premières années, ceux qui n’avaient pas eu la chance de repartir immédiatement se sont retrouvés dans les camps de concentration ouverts à travers tout le pays.

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