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Droits de l'Homme

La Tanzanie réintroduit la taxe tampon

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Le 13 juin 2019, le ministre des Finances et du Planning de Tanzanie, Philippo Mpango, a annoncé la décision de ré-introduire l’impôt sur les protections hygiéniques féminines (la “taxe tampon”) dans le budget 2019-2020. Ce faisant, il a déclenché un débat majeur sur l’impact de cette taxe sur les jeunes filles et les femmes.

L’an dernier, le même ministre proposait d’abandonner la taxe tampon.

Son annonce a déclenché une vive indignation du public, et tout particulièrement des femmes pour qui cette taxe est une forme de discrimination sexuelle. Le ministre a expliqué que l’exonération fiscale implémentée en 2018 n’avait pas eu l’effet escompté, à savoir de donner accès aux protections hygiéniques à des prix raisonnables pour assurer “une meilleure gestion de la santé menstruelle”.

Mais l’exonération en question n’avait pas réduit le prix au détail des protections hygiéniques : à la place, elle a permis aux marchands d’augmenter leurs prix et d’accroître leurs bénéfices.

Le ministre a déclaré qu’avec ce budget, le gouvernement réduira l’impôt sur le revenu des sociétés de cinq pour cent (de trente à vint-cinq pour cent) pour les investisseurs qui fabriquent les protections localement. L’objectif est d’attirer les investisseurs en question, créer des emplois locaux et réduire la dépendance dans l’import des produits hygiéniques.

Le prix des règles

L’annonce du 13 juin arrive quelques mois après que la ministre adjointe des Finances et du Planning Ashatu Kijaji en mentionne la possibilité. Le 23 avril, elle a expliqué que son ministère avait reçu des plaintes des consommateurs selon lesquelles les protections hygiéniques coûtaient toujours cher. Elle a insisté sur le fait que le ministère cherchait de meilleures options qui bénéficieraient à la fois aux femmes et au gouvernement, et a parlé de la taxe tampon dans ce contexte.

Plus tôt en 2019, le ministre de la Santé, du Développement communautaire, du Genre, des Personnes âgées et des Enfants Ummy Mwalimu avait déclaré que son ministère recevaitdes courriers demandant instamment une réduction du prix élevé des protections hygiéniques.

Le coût annuel moyen des règles en Tanzanie est de 36 000 shillings tanzaniens, soit environ 13,75 euros.

Les prix actuels des protection hygiéniques jetables vont de 2 000 shillings (0.77 euros) a 4 000 shillings (1,54 euros) selon la marque.

En réponse aux plaintes reçues, U. Mwalimu a écrit au ministère des Finances et du Planning et au ministère du Commerce et de l’Industrie, requérant qu’ils imposent aux fabricants de réduire les prix des protections hygiéniques.

En juin, la députée Upendo Peneza a demandé au gouvernement de fixer des prix indicatifssur les protections (un prix moyen et fixé). Mais Joseph Kakunda, le ministre du Commerce et de l’Industrie, a expliqué que le gouvernements ne peut fixer des prix indicatifs que pour les biens et services publics, et que les protections hygiéniques ne sont pas incluses dans cette catégorie.

Mme. Peneza a donc demandé une réunion entre le gouvernement et les différents acteurs pour discuter d’une façon dont une exonération fiscale des protections hygiéniques pourrait refléter les besoins des consommatrices, au lieu de ré-instaurer la taxe précipitamment.

Clouds Media@CloudsMediaLive

« Tulikutana na wauzaji/wasambazaji wa pedi, walitueleza kwamba wauzaji/wasambazaji wa jumla wamepunguza bei, tena kwa vielelezo, shida ipo kwa wauzaji wa rejareja. Serikali lazima ianzishe mfumo wa namna ya kusimamia maslahi ya watumiaj wa mwisho »

Nous avons rencontré des distributeurs et des marchands de protections hygiéniques dans ce pays et ces commerçants nous ont informé, avec des illustrations, qu’ils avaient réduit leurs prix. Le problème, c’est que les prix n’ont pas diminué du côté du commerce de détail.

Mme Peneza poursuit :

Le gouvernement a pris en compte les opinions des femmes, il a pris en compte les opinions des Tanzaniens, il a pris en compte les opinions des députés de cette Assemblée et c’est pourquoi il avait supprimé la taxe. Revenons-y et asseyons-nous avec les parties prenantes des protections hygiéniques, les distributeurs, les consommateurs et toutes les autres organisations pour que nous puissions trouver un moyen que cette réduction puisse bénéficier aux citoyens. Cependant, se précipiter n’est pas une bonne chose. En 2016 j’avais dit qu’une exonération fiscale seule n’est pas suffisante. Cependant, le gouvernement doit créer un système qui protège les consommateurs. C’était ma position en 2016, c’était ma position en 2018 quand j’ai contribué à la même discussion.

Plusieurs députés se sont aussi prononcés contre la réintroduction de la taxe tampon. Ainsi, le député de Kigoma Ujiji, Zitto Kabwe, a argumenté que les règles étant un phénomène biologique, imposer les protections hygiéniques étaient une injustice faite aux femmes.

Pour la députée spéciale Sonia Magogo, un an n’est pas assez long pour que le gouvernement conclue à l’impossibilité de forcer distributeurs et marchands à adhérer à un contrôle des prix.

Clouds Media@CloudsMediaLive

« Napinga suala la taulo za kike kurudishiwa kodi ikiwa ni mwaka mmoja tu tangu ile kodi imeondolewa. Naona huu ni muda mfupi kufanya tathmini kwamba imeshindikana kabisa kuwabana wafanyabiashara waendane na zile bei ambazo serikali ingezitaka”

Honnêtement, je suis aussi totalement opposée à la réintroduction de la taxe tampon. Je dis ceci parce que ça fait un an que la taxe a été supprimée et qu’elle a été réintroduite après peu de temps. Personnellement, je trouve que ce n’est pas assez pour évaluer l’impossibilité de forcer les marchands à adhérer aux prix que le gouvernement veut.

Elle poursuit ainsi :

Si le gouvernement a réussi avec les machines EDF, les sacs en plastique et les cartes d’identité pour les entreprises, je ne crois pas qu’il soit incapable de contrôler les marchands sur une question aussi sensible pour les femmes. Aucune femme ne choisit d’avoir ses règles, qu’elle soit extrêmement pauvre ou riche.

La pauvreté menstruelle

Beaucoup de jeunes filles et de femmes, surtout dans les zones rurales, n’ont pas les moyens de s’acheter des protections hygiéniques et doivent vivre sans elles. La spécialiste sanitaire Dhalia Mbaga cite des études montrant que 91% des magasins des régions rurales de Tanzanie n’en vendent même pas et d’après le Daily Nation, “l’accessibilité des prix demeure le défi le plus important”.

La pauvreté menstruelle est l’une des causes de l’absentéisme des jeunes écolières dans les zones rurales. Certaines jeunes filles n’ont jamais vu de protection hygiénique et parfois, une serviette est coupée en deux pour être partagée entre deux jeunes filles. La plupart du temps, ces écolières utilisent des matériaux inappropriés et peu hygiéniques comme des chiffons, du coton brut et des épis de mais, selon des enquêtes menées par SNV Netherlands Development Organization.

Un manque d’eau et d’installations sanitaires basiques dans les écoles sont une autre raison pour laquelle les écolières de la Tanzanie rurale restent à la maison quand elles ont leurs règles. D’après Raleigh Tanzania, moins de la moitié de la population a accès à de l’eau propre et seulement seize pour cent à des toilettes adéquates.

Dans un éditorial du Citizen, l’auteur Anna Bwana soutenait l’utilisation de produits hygiéniques réutilisables tels que des serviettes en tissu et des coupes menstruelles car celles-ci durent entre 3 et 10 ans.

Cependant, dans les régions rurales où la pauvreté menstruelle est importante, le manque d’eau et de sanitaires rend l’entretien de ces produits difficile.

“Les serviettes hygiéniques ne sont pas un luxe”

Militants et citoyens se sont retrouvés sur Twitter pour exprimer leur indignation et disputer la taxe tampon avec le mot-clic #PediBilaKodi [ServiettesSansTaxe, NdT]

Lisa_Kagaruki@ElTeligon1001

I support #PediBilaKodi Campaign calling the govnt to reduce/totally remove VAT on Sanitary towels /tampons 2 be cheaper & more affordable but urging stakeholders 2 create projects that provide spaces for girls&women 2 access the needed items freely in rural communities.#ReTweet

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Je soutiens la campagne #PediBilaKodi qui appelle le gouvernement à réduire ou totalement supprimer la TVA sur les serviettes hygiéniques et les tampons pour qu’ils soient moins chers et plus abordables mais qui intime aux acteurs de créer des projets qui fournissent des espaces pour que les filles et les femmes accèdent à ces objets nécessaires facilement dans les zones rurales.

Deborah Maufi MD, MBA@DeborahMaufi

Join the campaign to fight reintroduction of taxes(VAT) on sanitary towels in Tanzania. Periods are natural and we should not be punished for that! #PediBilaKodi

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Poster de gauche : Arrêtez d’imposer nos règles! Un point c’est tout.

Poster de droite : Les règles ne sont pas un luxe. Un point c’est tout. [Jeu de mot sur “periods/period”, qui signifie à la fois les règles et le point, signe de ponctuation, NdT]

Légende : Rejoignez la campagne qui combat la réintroduction de la taxe (TVA) sur les serviettes hygiéniques en Tanzanie. Les règles sont naturelles et nous ne devrions pas être punies à cause d’elles !

Quelques hommes ont aussi pris part à la conversation en tant qu’alliés qui n’hésitent pas devant cet problème controversé :

Deogratias Munishi@DeoMunishi

Taxing women sanitary pads means taxing Women Menstrual Period. This is the most shameful act a government can do to its population. Any sensible & responsible MP would not entertain this. #Magufuli govt should feel ashamed to table this in Parliament for approval.

Imposer les serviettes hygiéniques revient à imposer les règles. C’est l’acte le plus honteux qu’un gouvernement puisse faire subir à sa population. Aucun député sensé et responsable ne devrait l’envisager. Le gouvernement Mugufuli devrait avoir honte de présenter cela au Parlement pour approbation.

£manuel Lameck@GiftedMynd

Men; If you think it is their fight alone, you’re as worse as the ‘18% VAT’ itself. Lets all strech our hands and embrace the campaign to support our gentleladies. Hedhi ni maumbile na si anasa. #PediBilaKodi inawezekana period. 

Messieurs, si vous croyez que c’est leur lutte à elles seules, vous êtes pires que la TVA à 18% elle-même. Tendons tous la main et soutenons la campagne de nos dames.

“If Tanzania had 50% of women in the parliament!!! Would taxification upon menstrual sanitary pads exist?”

-Tanzania needs more women in the next presidential term#PediBilaKodi

— Brightius Kalokola  (@DrKalokola) June 21, 2019

Si la Tanzanie avait 50% de femmes au Parlement !!! L’imposition des serviettes hygiéniques existerait-elle ?
La Tanzanie a besoin de plus de femmes pendant le prochain mandat présidentiel.

Malgré tout, ce problème impacte encore les vies des jeunes filles et des femmes. Une internaute rappelle au monde que les règles ne sont pas un choix :

Halima lila@halima_lila

Last year, the Govt removed VAT exemption on sanitary products. This year, it might be added back on. Let’s not move backwards. We want to see #PediBilaKodi – menstruation is not a choice, these are essential products for all women and girls! 

L’an dernier, le gouvernement a supprimé la TVA sur les produits sanitaires. Cette année, il pourrait la réintroduire. Ne faisons pas de pas en arrière. Nous voulons voir #PediBilaKodi. Les règles ne sont pas un choix, ce sont des produits essentiels pour toutes les femmes et filles !

Loyce@1oyce

I can’t really stress this enough; Sanitary pads (products) are not a LUXURY but a NECESSITY!!! #PediBilaKodi #ItsTimeForAction

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Je ne peux pas insister assez : les serviettes hygiéniques ne sont pas un LUXE mais une NÉCESSITÉ !

Ce billet, publié le 8 juillet 2019 sur globalvoices.org, a été écrit par Susie Berya, également connue sous le nom de Nasikiwa Susie. Elle est poétesse, écrivaine et artiste de la création parlée tanzanienne. Elle est également Droits militante féministe et sociale. 

Il a été ttraduit par Gwenaëlle Lefeuvre physicienne des particules le jour, rédacteur en chef de GV Lingua Frenchla nuit, passionnée de langue 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en particulier des langues régionales.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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La contrôle officiel et total du pouvoir par Sékou Touré et son parti

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Ce billet est tiré de la contribution de Bernard Charles intitulée Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-1958) à l’oeuvre collective L’Afrique noire française : l’heure des Indépendances parue en 1992, reprise dans webguinee.net.

Vu la longueur du texte je l’ai divisé en trois parties, dont celle-ci est la première. La première et deuxième ont été publiées les 15 et 18 août 2020

Du même auteur: Cadres politiques et administratifs dans la construction nationale en Guinée

Dans le nouveau contexte créé par la loi-cadre et par les élections de mars 1957 qui consacrent la prise en charge officielle du pouvoir par Sékou Touré et son parti 28, on eût pu s’attendre à un relatif apaisement de la vie politique. En fait, c’est tout le contraire qui se produit. 1957 et 1958 sont les années les plus agitées de toute la période et aboutissent en mai 1958 à un embryon de guerre civile.

Pour réduire à merci les opposants, Sékou Touré disposait désormais des leviers du pouvoir légal (une partie de l’administration, la police, puis la garde territoriale). Il va en jouer en virtuose sans grand contre-poids de la part d’une administration dirigée nominalement par un nouveau gouverneur 29 dont les pouvoirs vont être vidés de leur substance. Des mesures révolutionnaires, bouleversant les structures traditionnelles, quoique prévisibles depuis longtemps, sont adoptées rapidement, comme la suppression de la chefferie et la mise en place des municipalités élues … Mais l’exercice du pouvoir avec les décisions à prendre en matière budgétaire 30, en matière d’africanisation des cadres, d’affectation et de mutations de fonctionnaires, en gestion des conflits de travail… suscitent les déceptions chez les partisans tout en renforçant les opposants de toujours : BAG et DSG-MSA finalement groupés en PRA. S’y ajoutent un long conflit avec les enseignants, des tensions au sein même du PDG qui amènent Sékou Touré à exclure, au mépris des règles du parti, la section de Mamou31 en novembre 1957 …

Un retournement de situation se produit, et les moyens utilisés jusqu’alors par le PDG sont retournés à son encontre. Lui qui dénonçait systématiquement l’administration antérieure, taxée d’arbitraire, d’incompétence et de gaspillage, se voit aux prises avec une « certaine campagne antigouvernementale et antifiscale incitant la population à la rébellion et à la désobéissance aux lois » 32. Une telle campagne portait ses fruits sur la population comme en témoigne la distribution de tracts anti-PDG 33 à Conakry et à Kankan en novembre 1957 ou encore le grand meeting PRA du 13 avril 1957 avec deux mille à trois mille personnes, dans le calme, autour de Barry III et Barry Diawadou qui critiquèrent sévèrement Sékou Touré 34 tandis qu’une réunion du PDG en attirait trois fois moins.

Là encore, le recours à la violence va être déterminant: lapidations, agressions, incendies, bagarres et échaufourées provoquant morts et blessés.

Deux rapports établis par un inspecteur général de la France d’outre-mer, Gaston Boyer, permettent de faire le point sur les événements, leur origine, leurs causes et le rôle des autorités. Une constatation tout d’abord : les événements de mai 58 constituent la phase paroxystique de toute une série d’incidents (voir tableau en annexe) dont les prétextes sont de minime importance : actes de propagande, réunions publiques, voire simples actes de la vie administrative. On peut les résumer comme suit :

« Des agressions réciproques mais à prédominance Foulah-PRA en banlieue les 29 et 30 avril, auxquelles succèdent, en ville, dans la nuit du 2 au 3 mai « la Saint-Barthélemy de Guinée »), de très dures représailles (peut-être concertées à l’avance et en tout cas bien conduites) de la part des Soussous-RDA (commandos très armés, agents de liaison) laissant l’impression de vouloir atteindre des éléments dirigeants oppositionnels et impressionner la masse foulah. » 35

Si les responsabilités du recours à la violence sont partagées à l’origine (actes de propagande ou de provocations du PRA), elles ne le sont guère par la suite. L’auteur du rapport le reconnaît, dans un style « diplomatique », car Sékou Touré est quasi-chef de gouvernement, en écrivant: « Leur attitude [celle de S. Touré et des ministres] n’a pas été empreinte de l’impartialité et du sang froid nécessaires. Des immixtions et intrusions inadmissibles de leur part ont eu lieu dans les opérations [ … ] de maintien de l’ordre [… ] dans celles de police judiciaire [… ] et même dans le fonctionnement de la justice. » Et de souligner l’action de forts commandos très organisés; le comportement étrange, si ce n’est complice, de la police et de la garde territoriale qui relèvent de Sékou Touré et de son ministre Fodéba Keita; l’impossibilité d’obtenir d’eux de lancer un véritable appel au calme; agressions systématiques contre les dirigeants du PRA et destructions de leurs maisons alors qu’aucun des responsables du PDG n’a eu à subir de dégâts ni à craindre pour sa vie aux pires moments des troubles. Il est remarquable aussi que tout incite à penser que les représailles ont été concertées et organisées à l’avance. Sur ce dernier point, des témoignages imputeraient une responsabilité directe à Sékou Touré qui aurait donné des instructions en ce sens, tout comme en octobre 1956 36

Que la violence soit une caractéristique constante de l’action du PDG et singulièrement de son chef Sékou Touré dans les années 1954-1958, cela paraît incontestable. Sans aucun doute s’en sont-ils défendus parfois ou ontils affecté d’être débordés par elle à d’autres moments. Mais les argumentations qu’ils ont tenté de formuler lorsqu’ils y étaient contraints par certaines circonstances n’ont jamais été convaincantes ou n’étaient plus valables : explication par la misère des masses; exaspération de ne pas être reconnus comme représentants qualifiés de la population ; attitude d’opposition systématique de l’administration coloniale ; nécessité de se défendre contre les attaques et contre les provocations perpétrées par leurs adversaires BAG, DSG ou PRA ; pègre ne respectant aucune consigne 37. Du reste, lorsque les freins n’existeront plus, Sékou Touré n’aura aucune hésitation à proclamer la nécessité de la dictature … au nom du peuple et de la révolution.

Liste des incidents graves survenus en Guinée (juillet 1954-septembre 1958)

Cela dit, il faut reconnaître que la violence a été utilisée avec une extrême habileté et une grande efficacité pour conquérir d’abord un pouvoir de fait, puis un pouvoir de droit permettant successivement d’éliminer tous les adversaires.

Elle fut employée contre l’administration coloniale de plusieurs manières différentes. Le PDG dénonça inlassablement, impitoyablement, tout ce qui lui paraissait des abus dans son fonctionnement et dans ses rapports avec la population. La violence morale, par l’écrit ou la parole, fut l’arme par excellence: accusations justifiées ou non, plaintes auprès des autorités supérieures, démarches de toutes sortes (délégations, défilés, dénonciations publiques des comportements, campagnes de presse, etc.). Tout était prétexte à mettre en cause un commandant de cercle, un administrateur, pour peu que celui-ci ne soit pas favorable au parti. Des lettres partaient aussitôt chez le gouverneur à Conakry, chez le haut commissaire à Dakar; d’autres étaient envoyées à Paris (ministre de la France d’outre-mer, chef du gouvernement, président de la République). L’administration fut mise ainsi continuellement sur le qui-vive et obligée de se défendre. Un changement de commandant venait-il à se produire dans le cadre de la rotation habituelle des fonctionnaires, il était dû à l’action du PDG … Peu à peu, celui-ci réussit à instiller dans la population l’idée de sa puissance, puissance de moins en moins surfaite avec le temps. Ainsi, en 1954, lors de la visite en Guinée du ministre de la France d’outre-mer, la foule criait-elle déjà : « Sékou Touré est gouverneur de Guinée », et le parti fit ce jour-là une démonstration impressionnante de sa force 38

Par la suite, le PDG ne se contente plus de clouer au pilori les chefs de canton, maillon faible de l’administration coloniale, mais s’en prend à eux par la violence physique en organisant des manifestations où leurs biens et leurs personnes sont atteints dans leur intégrité physique. Le cas exemplaire est celui du chef de Tondon qui sera finalement destitué et dont l’une des victimes accidentelles sera faite héroïne nationale. En revanche, sauf exceptions rarissime 39, aucun Européen ne se verra pris à partie pas plus que les « bons » chefs traditionnels qui surent se dédouaner à temps.

En s’attaquant de la sorte aux chefs, Sékou Touré faisait coup double : il se gagnait une partie de la population, il faisait la preuve que l’administration n’était plus en mesure de les défendre ni de les maintenir. Cette dernière, déjà sous surveillance depuis 1955-1956, perd également toute initiative réelle avec l’entrée en vigueur de la loi-cadre de 1957, et le gouverneur ne fait plus que de la représentation officielle.

La généralisation de la violence à l’occasion des incessantes campagnes électorales, la terreur ou la crainte provoquée par les grandes explosions d’octobre 1956 et de mai 1958 manifestent à l’évidence que l’appareil d’État colonial n’a plus la capacité de maintenir l’ordre public, ce qui était son ultime raison d’être. Désormais, il n’est d’autre force que celle de Sékou Touré et du PDG. A quoi bon, dès lors, continuer à s’opposer à son pouvoir et à sa toute-puissance? Ne disposait-il pas d’ailleurs, depuis mars 1957, des instruments de la violence institutionnelle et légale (police, renseignements, affectation des fonctionnaires, pouvoir législatif) ? Bon gré, mal gré, les adversaires irréductibles ou quitteront la Guinée ou se rallieront. Quant aux fidèles, ils voient s’appesantir sur eux la poigne de Sékou Touré; leur mise au pas est déjà commencée avec l’expulsion des déviationnistes du parti, la dissolution de comités directeurs de section, l’interdiction des grèves.

L’enthousiasme suscité par l’accession à l’indépendance en octobre 1958 et la renommée internationale qui en résulte pour le pays font taire les oppositions et disparaître provisoirement les appréhensions quant à l’avenir.

_____

Notes

28. Il est devenu vice-président du conseil du gouvernement qu’il a composé uniquement de militants ou sympathisants du PDG. Le gouverneur sera pour une courte période président dudit conseil. Le PDG détient la majorité absolue à l’assemblée territoriale.

29. Il s’agit de J. Ramadier qui a pris ses fonctions en novembre 1956.

30. Le conseil de gouvernement voulut imposer un prélèvement de 2 % sur les pensions et rentes viagères. Face à l’émotion suscitée par cette mesure chez les anciens combattants et militaires (150 000), il du la retirer. Rapport Boyer, op. cit., 4 juin 1956.

31. Dans une lettre n° 126, adressée le 2 août 1957, au comité directeur du PDG, la section affirmait que « sorti victorieux du scrutin du 31 mars […], le PDG n’a cependant cessé de péricliter dans sa vie intérieure en tant qu’organisation démocratique populaire ». Elle s’en prenait au non-respect des règles du parti par le comité directeur, au refus d’assurer l’indépendance dudit comité par rapport au conseil de gouvernement, à la décision d’attribuer un traitement mensuel de 85 000 francs aux membres de l’assemblée … [Texte gracieusement communiqué à l’auteur par M. Bela Doumbouya.)

32. S. Touré, « Appel au calme radiodiffusé », 3 mai 1958.

33. Tracts intitulés « Mouvement de la volonté du peuple » où on pouvait lire: « Le leader du parti majoritaire a menti, trompé, trahi le peuple ouvrier » ou encore « Venez à notre aide (…) contre cet intolérable dictateur. »

34. Gouverneur J. Mauberna, télégramme n° 80-81 du 14 avril 1958 au minime de la France d’outre-mer.

35. Rapport M. Boyer, op. cit., 2 juin 1958. 36. Témoignage du Dr Najib Roger Accar, qui était alors ministre de la Santé publique et chirurgien-chef de l’hôpital Ballay de Conakry. Entretien avec l’auteur (novembre 1989).

37. Sur ce point, il a souvent été rapporté que les commandos, les perturbateurs obéissaient au clairon, arrêtant net toutes actions de violence. De même celles-ci, en 1955 comme en 1956, cessèrent-elles aussitôt après que furent diffusés des consignes et des appels au calme sans équivoque.

38. Services de police, renseignements n° 125,31 octobre 1954.

39. Agression contre un juge d’instruction (services de police, renseignemenrs n° 971/369, 24 mai 1958) ; attaque de 2 Européens par un groupe de jeunes à Coyah (9 mai 1958).

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Les familles kényanes souffrent des retombées des fermetures d’écoles

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École primaire de Kibera, Nairobi, Kenya, 18 septembre 2012. Photo via ARC / Flickr, sous licence CC BY 2.0.

[box type= »shadow » ]Ce billet que j’ai traduit de l’anglais en français a été écrit par Bonface Witaba pour globalvoices.org qui l’a publié le 16 août 2020. L’auteur est un professionnel des TIC multidisciplinaire avec une expérience de travail en tant que; Rédacteur, traducteur (Eng-Swa), formateur, chercheur, consultant en matière de gouvernance et de politique de l’Internet.[/box]

[Sauf mention contraire, tous les liens mènent vers des sources en anglais.]

Note de la rédaction : cet article a été co-écrit par Bonface Witaba, contributeur de Global Voices et Sri Ranjini Mei Hua, un chercheur et écrivain de Singapour.

En mars, le gouvernement kényan a annoncé la suspension des cours dans les écoles dans le cadre des mesures visant à freiner la propagation du COVID-19. L’annonce a jeté le pays dans le désarroi, affectant 18 millions d’apprenants dans tout le pays, et a également menacé de faire dérailler les progrès vers une éducation inclusive, équitable et de qualité, comme le décrit l’Objectif 4 [fr] de développement durable des Nations Unies.

Dans le cadre des efforts visant à assurer un apprentissage continu tout en protégeant la santé, la sécurité et le bien-être des apprenants et des éducateurs, le ministère de l’Éducation, en collaboration avec les partenaires et les parties prenantes, a conçu le plan d’intervention d’urgence COVID-19 [pdf] pour l’éducation de base au Kenya, avec l’objectif de promouvoir « l’apprentissage hors des classes » par la radio, la télévision, le cloud et les téléphones mobiles.

Aujourd’hui, malgré les efforts du Kenya Institute of Curriculum Development (KICD, en français : Institut kényan de développement des programmes éducatifs) pour étendre la diffusion de contenu en ligne, on estime que 80 % des apprenants n’ont toujours pas accès à des cours à distance, selon une étude réalisée par le réseau de recherche sur l’éducation Usawa Agenda [fr].

Cela est dû, en partie, à un accès inégal aux technologies telles que les ordinateurs de bureau, les ordinateurs portables ou smartphones, ainsi qu’à des coûts d’Internet prohibitifs et à un service peu fiable, en particulier pour les apprenants issus de familles défavorisées et de communautés marginalisées. Même là où la technologie est disponible, il y a des préoccupations concernant l’utilisation d’Internet par les jeunes enfants sans surveillance.

Avant le confinement, les élèves avaient accès à des repas gratuits à l’école. Les filles pouvaient accéder aux serviettes hygiéniques grâce à une initiative visant à les leur fournir gratuitement. Cependant, en raison de la fermeture prolongée, le secrétaire de cabinet chargé de l’éducation, George Magoha, déclaré l’année scolaire « perdue ».Cela signifie que les écoles resteront fermées jusqu’en 2021, laissant des milliers d’élèves dans une situation désastreuse car leurs familles, qui ont récemment subi des pertes d’emploi, ne peuvent pas se permettre de leur fournir la nourriture et les nécessités de base.

Par exemple, à Kibra*, un quartier considéré comme la plus grande zone de résidence informelle de Nairobi (et d’Afrique), la plupart des élèves ne peuvent pas accéder aux programmes d’apprentissage hors des classes du KICD et n’ont pas d’endroit où étudier, encore moins de place pour les jeux ou l’exercice.

Dans une interview Skype avec Asha Jaffar, une journaliste résidant à Kibra qui écrit sur le sort de la communauté locale, celle-ci a déclaré à Global Voices qu’il y avait un nombre limité de bibliothèques gratuites qui permettaient à 10 élèves à la fois de faire leurs devoirs. Cependant, ces élèves doivent céder leur place au groupe suivant après environ une heure. Elle a ajouté que les initiatives de formation gratuite pour les jeunes ont dû être réduites en raison des règles de distanciation sociale imposées par le gouvernement et les responsables de la santé.

La journaliste Asha Jaffar, en gilet réfléchissant orange, montre l'étendue du quartier informel de Kibra à Nairobi, depuis une route avoisinante.

Asha Jaffar, journaliste et résidente de Kibra, indique l’emplacement de son quartier. Photo de Kibra Food Drive, août 2020, utilisée avec permission.

L’impact à long terme des fermetures d’écoles est vaste et encore plus dévastateur pour les familles vivant en dessous du seuil de pauvreté. Étant donné que la sécurité alimentaire prime sur l’éducation, les élèves – en particulier les filles et les jeunes femmes – issu⸱e⸱s de familles vulnérables doivent souvent travailler dans des exploitations agricoles et contribuer aux tâches ménagères ou prendre soin de leurs proches au lieu d’apprendre. Cela s’est produit pendant le confinement, qui coïncidait avec le pic de la saison des semailles en mars.

Certaines filles peuvent même être sujettes à des mariages précoces, ce qui les expose à un risque plus élevé d’abandonner l’école, souvent en raison de grossesses précoces. Par conséquent, les résultats scolaires des enfants issus des familles les plus vulnérables en pâtiront car elles n’auront guère de raisons de les envoyer à l’école lors de la réouverture.

En mars, Mme Jaffar a lancé l’initiative Kibra Food Drive pour aider à soulager la faim dans la communauté de Kibra, grâce à des dons de colis alimentaires aux familles les plus vulnérables. Elle a commencé par la sollicitation de dons via l’application mobile de transfert d’argent M-Pesa, dans le but de nourrir 100 familles vulnérables par semaine. Cependant, les besoins allant croissant, l’initiative a nourri 2 400 familles, à la date du 5 août. Mme Jaffar reconnaît que fournir des repas gratuits ne suffit pas car les familles ont finalement besoin de soutien pour démarrer de petites entreprises. Cependant, la communauté reste dans une impasse alors que le commerce et l’activité économique stagnent.

Un homme en gilet de sécurité portant l'inscription "Kibra Food Drive" porte un gros sac de jute sur son épaule pendant une distribution de nourriture dans le plus grand quartier informel de Nairobi.

Un bénévole livrant de la nourriture aux résidents de Kibra dans le cadre de l’initiative Kibra Food Drive à Kibra, Kenya, août 2020. Photo de Kibra Food Drive, utilisée avec permission.

Le Kenya prévoit la réouverture des écoles pour une nouvelle année scolaire en 2021, mais tout dépend du nombre d’infections au COVID-19, selon le secrétaire de cabinet chargé de l’éducation, M. Magoha.

Plusieurs experts en éducation affirment que cette période est le moment opportun pour le gouvernement de mener une analyse des lacunes du système éducatif et d’effectuer un redémarrage complet en vue d’un accès équitable à l’apprentissage pour tous, comme le prévoit le Plan de réponse d’urgence COVID-19 pour l’éducation de base au Kenya. La première étape consisterait à allouer un budget à l’amélioration des infrastructures scolaires en termes d’éclairage, de bureaux et de chaises et à fournir une alimentation électrique fiable – en particulier dans les zones rurales. Ensuite, le gouvernement pourrait réduire les tarifs de l’eau et de l’électricité pour les écoles, car ces coûts énormes nuisent à leur fonctionnement.

Ce n’est que lorsque ces priorités seront résolues que les efforts pourront reprendre sur un projet d’alphabétisation numérique lancé en 2013 par le gouvernement, actuellement au point mort. Ce programme visait à garantir que les élèves du premier cycle du primaire (3 premières années d’école) puissent utiliser la technologie numérique et les outils de communication, avec pour objectif primordial de transformer l’apprentissage au Kenya en un système éducatif ancré dans le XXIe siècle.

Le projet a eu beaucoup de mal à démarrer après sa phase pilote, en raison de l’incapacité à atteindre les résultats escomptés et du manque de préparation des enseignant⸱e⸱s pendant la période de généralisation de l’initiative. La réussite de ce programme nécessiterait une formation approfondie en technologies de l’information et de la communication (TIC) pour les enseignant⸱e⸱s, qui leur permettrait d’utiliser efficacement ce matériel électronique et de régler les problèmes techniques.

Le Kenya est passé d’un programme d’éducation primaire universelle [pdf] à un programme d’éducation pour tous [fr]. L’éducation primaire universelle, le deuxième Objectif du Millénaire [fr] pour le développement déclaré par les Nations Unies, visait à faire en sorte qu’avant 2015, tous les enfants du monde terminent l’école primaire, alors que l’éducation pour tous était un mouvement mondial dirigé par l’UNESCO[fr], visant à apporter les avantages de l’éducation à « tous les citoyens dans chaque société ». Avec ces gains, le Kenya ne peut pas se permettre de revenir sur ses progrès.

Le prochain défi du Kenya est maintenant de s’assurer que les élèves aient accès à des projets d’alphabétisation numérique qui fournissent non seulement une éducation conventionnelle, mais un apprentissage holistique, autonome et basé sur les compétences, afin de réaliser sa vision de l’éducation et ses objectifs de développement durable d’ici 2030.

*Pendant de nombreuses années, le quartier a été appelé « Kibera », une mauvaise prononciation du mot nubien kibra, qui désigne la forêt. La communauté nubienne du Kenya estime que l’utilisation de « Kibera » les prive de leur identité.

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Droits de l'Homme

Surveillance de masse et espionnage au Rwanda, une réalité effrayante

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Dans le cadre de l'édition 2017 de la Semaine de la croissance verte du Rwanda, un participant illustre des matériaux de construction zéro carbone. Photo du Fonds vert du Rwanda via Flickr, sous licence CC BY-ND 2.0

[box type= »shadow » ]Je vous propose cet article que j’ai traduit de l’anglais. Il a été écrit par l’avocat rwandais Louis Gitinwya, membre du Media Defence East African Lawyers Network, une ONG basée au Royaume-Uni qui forme des avocats pour faire progresser les droits numériques et la liberté des médias pour globalvoices.org qui l’a publié le 6 aout 2020.[/box]

[Sauf mention contraire, tous les liens mènent vers des sites en anglais, ndt.]

Cet article fait partie d’UPROAR, une initiative de Small Media [petits médias] qui exhorte les gouvernements à relever les défis des droits numériques lors de lExamen périodique universel (EPU) [fr]. 

L’État rwandais est construit sur deux récits concurrents.

D’une part, le Rwanda est le «chouchou des bailleurs de fonds » occidentaux, considéré comme un brillant exemple de développement africain, en particulier en ce qui concerne Internet et la transformation numérique. Le Rwanda a été mondialement reconnu pour sa large couverture de réseau mobile, son impressionnante couverture réseau 4G et sa fabrication locale de smartphones [fr]

D’un autre côté, il fonctionne comme un État autoritaire doté d’un pouvoir hégémonique et étroitement centralisé. Le parti au pouvoir, le Front patriotique rwandais (FPR), s’est positionné comme le seul garant de la paix, de la sécurité et du développement après une transition politique massive à la suite du génocide et de la guerre civile de 1994, lorsque de nombreux politiciens, journalistes et acteurs de la société civile ont été tués, déplacés ou discrédités. 

L’État justifie son contrôle strict sur la liberté des médias, la suppression de la dissidence et l’hostilité envers l’opposition comme des questions d’unité nationale, de sûreté et de sécurité, ciblant spécifiquement une diaspora politiquement active qui a fui le Rwanda pour vivre en exil après la guerre, y compris d’anciens membres des mouvements rebelles basés dans l’est de la République démocratique du Congo, ainsi que d’anciennes personnalités gouvernementales qui ont fui le Rwanda pour rejoindre des partis politiques en Europe et aux États-Unis. 

Compte tenu de l’histoire de violence ethnique qui divise le pays, le gouvernement a élaboré une stratégie sophistiquée de surveillance active et de démantèlement des voix de l’opposition par la cybersurveillance, les menaces et la violence – non seulement dans la région des Grands Lacs mais dans le monde entier.  

Au cours des trois dernières années, l’État a également élargi ses capacités locales de surveillance de masse avec la mise en place récente d’un réseau de caméras de télévision en circuit fermé (CCTV) dans les quartiers de Kigali, la capitale. 

L’État est soupçonné d’avoir fait usage à de nombreuses reprises d’outils technologiques contre des dissidents et des membres de l’opposition, comme en témoignent plusieurs affaires judiciaires où l’accusation a présenté des communications privées provenant d’applications de messagerie mobile. 

En septembre 2017, des preuves ont montré que le service de sécurité nationale et de renseignement utilisait diverses technologies et des logiciels espions pour surveiller les activités en ligne des dissidents et des membres de l’opposition.

Par exemple, quelques mois seulement après que la politicienne Diane Rwigara [fr] ait annoncé sa candidature à la présidentielle en 2017, elle a été arrêtée, avec sa mère et sa sœur, sur la base de fausses accusations d’évasion fiscale et d’incitation à la haine contre le gouvernement. Lors de l’audience préparatoire au procès, l’accusation a présenté un message audio WhatsApp prétendument pris sur les téléphones portables de Mme Rwigara et de sa mère comme preuve contre elles. On pense que les autorités ont saisi les messages grâce à des logiciels espions.

En 2019, un rapport d’enquête du Financial Times a mis davantage en lumière la tendance de l’État à surveiller de près l’utilisation des médias sociaux par les citoyens. Le rapport a révélé l’utilisation possible par l’État du logiciel espion Pegasus, fabriqué par une société de technologie israélienne.  

Grâce à ce logiciel, les agences de sécurité peuvent collecter les données [fr] des smartphones des citoyens sans laisser de trace. Cela concerne les appels téléphoniques, les contacts, les mots de passe et toutes les données transmises via des applications comme WhatsApp ou Skype.

Le droit à la vie privée [fr] est inscrit dans la constitution de la République du Rwanda ainsi que dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) [fr] dont le Rwanda est signataire. 

Mais la loi n º60 / 2013 réglementant l’interception des communications autorise le procureur à émettre un « mandat verbal » au service de sécurité nationale et de renseignement pour surveiller, intercepter et décrypter toute information générée, transmise, reçue ou stockée dans toute ressource informatique pour des raisons de sécurité nationale.

En outre, l’absence de législation spécifique sur la protection des données à caractère personnel a donné aux services de sécurité rwandais toute latitude pour collecter des données en toute impunité.

Lorsque l’État abuse des outils de surveillance, il met tous les citoyens en danger. Le Rwanda manque actuellement d’un cadre juridique approprié pour guider l’utilisation des technologies en ligne dans le contexte de la sécurité nationale. 

L’État doit réfléchir à la manière de réglementer l’utilisation et l’application de ces nouvelles technologies. L’autorisation doit reposer sur des preuves objectives provenant d’un juge ou d’un autre organe juridique indépendant. En outre, l’État devrait interdire la collecte systématique de données à caractère personnel, n’accordant des autorisations qu’en cas de nécessité absolue.

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Camp Boiro

Le 27 août 1977: La révolte des femmes contre Sékou Touré

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Les femmes de Guinée sont spéciales. Chaque fois que le pays se trouve dans une situation difficile, ce sont elles qui se sont levées pour y faire face, aujourd’hui contre les abus pour imposer le 3ème mandat d’Alpha Condé, hier contre les colons et ensuite contre la dictature de Sékou Touré. Contre Ebola elles furent également en première ligne dans les foyers et les hôpitaux ce sont elles qui poussèrent le sacrifice jusqu’à en perdre la vie. C’est pour cela qu’elles furent plus nombreuses à être infectées. Il y a 43 ans, le 27 aout 1977, elles se levèrent pour faire face au tyran Sékou Touré lorsque sa politique démagogique avait détruit les bases de l’économie guinéenne.

Le peuple souffrait d’une faim chronique, les denrées et divers condiments étaient rationnés. Dans les hôpitaux, où on était soigné par d’anciens infirmiers promus docteurs en médecine par décret présidentiel, les malades devaient apporter de chez eux une bassine d’eau et la nourriture. Les prescriptions médicales devaient comporter le choix entre plusieurs médicaments car les pharmacies étant mal approvisionnées. Les médecins devaient faire ainsi car si le malade ne trouvait pas de médicaments, ils étaient accusés de créer eux la pénurie et ils pouvaient être taxés de saboteurs de la révolution. Et surtout la production de riz, denrée alimentaire de base des Guinéens avait dégringolé de 282 700 tonnes en 1957—veille de l’indépendance—à moins de 30 000 tonnes. 

Fatiguées des tracasseries de toute nature que la population subissait, les femmes sont sorties pour crier leur ras-le-bol à Nzérékoré  Macenta, Gueckédou,  Kissidougou,  Beyla et Kankan. Le responsable suprême de la révolution et de nos malheurs, Ahmed Sékou Touré, tente de récupérer la situation.

À l’occasion de ce 43ème anniversaire, l’association des victimes du camp Boiro a publié le communiqué de presse suit:

On dit souvent que « l’histoire est têtue » surtout quand elle est cousue de faits poignants comme cette révolte des femmes guinéennes un certain 27 août 1977.

Comment oublier cette date qui marqua le début de la fin de la dictature sanglante de Sékou TOURE ? Non elle ne peut être occultée tant elle constitua le début de la décadence du pouvoir exterminateur de Sékou TOURÉ pendant 26 ans. 

Pour rappel, la révolte des femmes partit le 27 août 1977 de la résistance de l’une des commerçantes face aux exactions des sbires du régime, les agents communément appelés « Police économique ». Une bagarre entre un agent et cette commerçante devint virale et embrasa l’ensemble du pays. Ce fut la goutte d’eau de trop qui entama la descente aux enfers d’un régime qui détruisit très tôt les espoirs de développement de tout un peuple. Combien de femmes tombèrent ce jour-là ? On l’ignore. Mais ce qui est certain, c’est que le rouleau compresseur, la machine à tuer du régime, le camp BOIRO se mit en marche et fit d’innombrables victimes parmi nos braves femmes. Ironie du sort, celles qui avaient fabriqué le dictateur étaient désormais, ce 27 août les victimes désignées pour le CAMP BOIRO.

Comment oublier ces faits si douloureux où des femmes se battant pour leurs libertés se retrouvent par dizaines broyées par le régime de celui qui les avait toujours trompées ?

L’Association des Victimes des Camps Boiro se souvient et appelle à commémorer ce 27 août 2020 sous le signe de « l’honneur de ces femmes » qui ont par leur bravoure fragilisé un régime moribond qui ne s’illustra que par le crime pour se maintenir au pouvoir.

Braves femmes de Guinée, souvenez-vous de ce que vous avez accompli en mettant fin au mythe du Syli intouchable. Vous avez par cette révolte sauvé vos enfants, vos maris et avez montré que mensonge et duplicité seront toujours mis à nus. Ce combat restera dans la mémoire collective comme celui qui montra à la face du monde les horreurs bien dissimulées de Sékou TOURÉ. Enfin il était démasqué. En s’attaquant aux femmes de Guinée, il avait commis un sacrilège de trop. La chute commença et se poursuivit jusqu’au 26 mars 1984 date de sa fin sur cette terre.

En cette date anniversaire, honorons nos braves FEMMES de Guinée disparues dans les geôles des CAMPS BOIRO. Honorons celles qui y furent exécutées. Honorons celles qui y furent violées ; Honorons celles qui connurent l’opprobre pour avoir résisté. Honorons-les toutes. Ne les oublions pas car elles ont payé cher le prix de notre liberté d’aujourd’hui.

 

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Diallo Telli,

« Les colons étaient plus africains que nous ». Partie I

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[box type= »shadow » ]Ce billet est la première partie d’un entretien, d’une durée initiale de trois heures, que Mme Kadidiatou Diallo Telli a accordé à Mme Pascale Barthélémy dans le cadre de sa thèse de doctorat publiée sous le titre Africaines et diplômées à l’époque coloniale (1918-1957), Rennes, PUR, 2010.

L’entretien en entier a été publié sur journals.openedition.org Mme Pascale Barthélémy est Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, ENS de Lyon et auteure de plusieurs ouvrages sur les intellectuelles africaines. Vu sa longueur, je l’ai divisé en 3 parties. Celle-ci est la première partie. Les autres parties seront mises en ligne le 30 août et le 10 septembre 2020. [/box]

Lorsqu’elle nous reçoit à Conakry, en république de Guinée, ce 22 janvier 2002, Mme Kadidiatou Diallo prépare la commémoration de la « journée des pendus » au cours de laquelle, le 25 janvier 1971, de nombreuses personnes furent exécutées par pendaison à travers toute la Guinée, sur ordre du président de la République Ahmed Sékou Touré.

Mme Diallo Telli a déjà accordé de nombreux entretiens à des journalistes qui l’ont interrogée sur son époux, Boubacar Diallo Telli, une des plus célèbres personnalités de l’histoire politique contemporaine de l’Afrique. Ancien élève de l’École normale William Ponty, diplômé de l’École nationale de la France d’outre-mer, représentant de son pays aux Nations unies et ambassadeur aux États-Unis, premier secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine, où il officia pendant huit ans, de 1964 à 1972

À son retour en Guinée, ministre de la Justice, il fut arrêté en juillet 1976 et mourut au Camp Boiro, ancienne caserne militaire devenue prison politique, le 1er mars 1977.

Cependant, ce n’est pas – seulement – la femme de Diallo Telli que nous venons voir mais l’une des premières filles scolarisées de sa famille, née en 1928 dans un petit village du Fouta Djalon, devenue élève à l’École normale de jeunes filles de l’AOF avant d’abandonner son métier pour endosser le rôle d’une femme de diplomate.

A : Si vous le voulez bien, avant que l’on parle de vos années à l’École normale de Rufisque et de votre carrière, j’aimerais que vous m’expliquiez un peu d’où vous venez, quelles sont vos origines familiales et sociales et comment vous êtes allée à l’école.

B : Ah ! C’est une affaire très compliquée ça. Parce que je suis née à Sampiridji. C’est un petit village au nord de la Guinée. Mon père était un chef de village, administrativement responsable d’un certain nombre de villages, et à l’époque on commençait à ouvrir les écoles aux filles et son chef, le chef de canton, a décidé que l’on inscrive les filles à l’école, et que chaque chef de village devait envoyer une fille à l’école. Donc c’était pratiquement obligatoire, j’étais la seule qui… je suis l’aînée de ma famille – j’étais la seule qui avait 7 ou 9 ans à l’époque, mon père était bien obligé de me scolariser. Donc, on a été obligé de me confier à une famille au village où y’avait l’école, et j’ai commencé là, j’ai fait trois ans dans cette école-là, j’ai du déménager à Labé pour faire les trois autres années.

Et après ça, il y a eu le certificat d’études et j’ai réussi un concours, et je suis allée à l’École primaire supérieure ici. Vous avez peut-être vu Conakry un peu, c’est la petite école en face du château d’eau, on nous appelait d’ailleurs “les jeunes filles du château d’eau”. J’ai fait là deux ans et j’ai préparé l’École normale de Rufisque. J’ai réussi à l’examen et j’ai intégré en octobre 44.

A : Du côté de votre père donc c’était une famille de chefs, lui-même avait été à l’école ?

: Non non non, mon père n’est pas allé à l’école, ma mère non plus d’ailleurs.

A : Quel était le nom de votre père ?

B : Diallo Hamady Diari, élu chef à Samantan2. Ma mère a des origines très islamiques, de Daralabé, c’est dans Labé, à la frontière avec Pita. Du côté de sa mère, de la famille religieuse de Koumba, installée là-bas, et ça c’est vraiment une branche très religieuse, ils n’ont pratiquement pas, au début, mis leurs enfants à l’école, et là maintenant y’en a qui ont des hauts fonctionnaires mais au début ils avaient refusé d’envoyer leurs enfants à l’école. Maintenant ils ont des hauts fonctionnaires, enfin tout a changé, tout a changé.

A : Vous étiez l’aînée ?

: Je suis l’aînée ! Je suis l’aînée des enfants. Quand on a demandé des garçons, mon père n’en avait pas, on a pris des garçons des responsables du village, on les a mis à l’école, et maintenant quand on demande des filles j’avais déjà l’âge d’aller à l’école. On m’a inscrite surtout parce que le chef de canton en visite là m’avait vue, et il avait dit à mon père “c’est mon fils qui l’épousera” or son fils faisait l’école alors quand on a dit “les filles à l’école”, il a dit à mon père tout de suite “ah ! Ma bru doit aller à l’école puisque mon fils est là-bas”. Mais bien sûr ça n’a pas marché (rires). Parce que lui il a abandonné tôt et que moi je n’ai pas voulu abandonner tôt.

A : Et vous vous souvenez de l’effet que ça vous a fait d’aller à l’école ? Est-ce que vous étiez inquiète, contente, parce que vous n’avez pas choisi malgré tout ?

: D’abord j’étais très jeune et j’ai souffert du fait que l’école se trouvait à 30 kilomètres de chez moi et que par conséquent donc il fallait partir et que j’abandonnais tous les miens et j’allais dans une famille que je ne connaissais pas auparavant. Donc j’ai eu cette rupture familiale, mais apparemment ça ne m’a pas laissé de traumatisme.

Je me suis entendue avec la dame chez qui j’étais là-bas, et puis à l’école, ça a cliqué tout de suite, donc vraiment je n’en ai pas souffert. Bon, quand je suis venue à Labé c’était plus difficile parce que je faisais encore 60 kilomètres de plus et là je suis tombée dans une famille très très très gentille mais malgré tout, là j’ai senti l’exil vraiment ! J’ai fait là trois années et chaque fois qu’il y avait même un long week-end, je retournais, je revenais chez mes parents, ça me faisait 80 kilomètres à pieds mais je préférais venir faire deux, trois jours à la maison (rires).

A : Et votre maman, j’imagine que vues ses origines elle ne voyait pas d’un très bon œil peut-être que vous soyez scolarisée ?

B : On lui a imposé ! Elle ne voulait pas, on lui a imposé.

A : Et votre père avait d’autres épouses ?

: Il avait quatre autres, quatre autres.

A : Et est-ce que vous savez, est-ce que tous les enfants ont été scolarisés ?

: J’ai fait un gros effort, plus de la moitié sont allés à l’école. D’abord chez ma mère j’ai mis tout le monde à l’école parce que j’ai réussi à convaincre ma mère, à un certain moment quand la dernière partait, elle m’a dit “maintenant je reste ici, comme une femme qui n’a jamais eu d’enfant”.

Je suis allée chercher une petite cousine chez ses frères, je suis venue la prendre, je suis venue la chercher et je suis partie avec et je l’ai donnée à ma maman.

A : D’accord. Et vous êtes combien d’enfants de même père, même mère ?

B : De même mère nous avons été huit mais y’a que trois qui sont vivants encore.

A : D’accord. Et donc les huit de votre mère sont allés à l’école ?

B : De même maman, non, y’en a quatre qui sont morts très jeunes mais les quatre autres sont allés à l’école. J’ai ma sœur qui vient après moi, qui vient de prendre sa retraite, elle travaille au PNUD et l’autre sœur est mariée à Montréal, elle a un jardin d’enfants dans la ville de Montréal, qu’elle gère encore. Et mon frère qu’on a perdu il y a une dizaine d’années était allé à l’école un tout petit peu, il s’est consacré à l’agriculture, il nous a laissé onze enfants que nous avons encore (rires). Ma sœur aussi, ma sœur a une maîtrise en lettres anglaises, qui est à Montréal.

A : Donc vous avez ouvert la voie en quelque sorte ?

B : J’ai ouvert la voie, même mes demi-frères et demi-sœurs j’ai mis, tous ceux que j’ai pu mettre à l’école je les ai mis à l’école. Y’en a beaucoup qui ont réussi à s’en tirer. Mais vous savez que, ce qui arrive c’est que moi mon père m’a toujours encouragée à rester à l’école, ma mère n’a jamais fait pression sur moi pour que je sorte, mais l’entourage, leurs frères, leurs sœurs, chaque fois que je viens en vacances, ils ont l’impression que je suis rentrée définitivement et puis alors quand on commence à préparer le départ, bon je fais quelques provisions, ceci et cela, alors on venait voir mon père “tu vas la laisser partir encore cette fois-ci, toutes ses camarades sont mariées, y’en a qui ont des enfants, tu vas la laisser partir encore !”

Alors, c’était très difficile pour mon père et ma mère de leur faire comprendre qu’ils étaient d’accord pour que je parte, alors ils disaient toujours “ah vous savez, les enfants de maintenant, ils n’écoutent pas ce qu’on leur dit” (rires). Alors quand je venais lui dire au revoir maintenant, la dernière conversation avant que je parte, il me dit “tu as vu ton cousin untel est avec toi là-bas, ton cousin untel est avec toi là-bas, ton cousin untel est avec toi là-bas”, c’est une compétition, nous allons voir qui va l’emporter et je partais tranquille (rires). Je partais tranquille, ils n’ont jamais fait pression sur moi pour que j’abandonne.

A : Et j’imagine qu’il y avait des prétendants qui faisaient pression aussi ?

B : Oh oui, y’a des prétendants bien sûr, y’a des prétendants. Il y a eu une bataille terrible pour me marier parce que vous savez en Afrique, plus la fille s’en va, plus un certain nombre de personnes se disent “elle est perdue pour moi”, “elle va viser plus haut” donc y’a des freins, des freins énormes : des cousins, des voisins, quelquefois même des enseignants, qui cherchent à vous bloquer à un certain moment parce qu’ils se disent “elle va m’échapper, ou elle va échapper à mon frère” alors ils cherchent à vous bloquer.

A : Et au moment où vous étiez à l’EPS alors, qui est-ce qui a décidé de vous faire présenter plutôt le concours de l’École normale plutôt que le concours de l’École de médecine ?

B : Ça a été pour moi une option, la médecine ça me faisait un peu peur, le sang, ça me faisait un peu peur et puis l’atmosphère du collège je la préférais à l’atmosphère de l’hôpital, donc j’ai pas hésité du tout, j’ai choisi l’École normale.

A : Et est-ce que pendant votre enfance et votre adolescence vous aviez eu autour de vous des exemples d’institutrices qui étaient déjà revenues de Rufisque ou bien de sages-femmes, des personnes qui auraient déterminé un peu votre vocation?

B : Vous savez, quand je suis arrivée à l’EPS ici, les premières promotions des élèves de Rufisque venaient de sortir, donc à l’EPS j’ai eu comme professeur d’éducation physique Kadé Sissoko3. C’était elle notre première surveillante à l’EPS et puis notre professeur d’éducation physique. Ensuite j’ai eu Mme Sultan4 également comme professeur d’éducation physique, elle était toute jeune, elle venait de sortir de l’École, aucune n’était mariée encore. Bon, elles nous parlaient beaucoup de Rufisque. Bon, les sages-femmes on n’avait pas beaucoup de contacts avec elles mais elles, les institutrices, elles nous ont encouragées, elles nous ont vanté l’École normale de Rufisque, la ville même, donc c’était un peu un appât.

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Kadidiatou Diallo Telli

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Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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