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Droits de l'Homme

Le ministre camerounais de la justice rationalise l’Holocauste à la télévision nationale

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Jean de Dieu Momo, Ministre délégué à la Justice du Cameroun. Photo officielle pour le site internet du gouvernement camerounais.

Le 3 février, dans un entretien officiel à la télévision publique du Cameroun, Jean de Dieu Momo, ministre délégué à la Justice, a fait sensation quand il a mis en garde le chef de l’opposition, Maurice Kamto, contre le fait supposé de mener les Bamilékés du Cameroun à un destin semblable à celui des Juifs lors de l’Holocauste pendant la deuxième guerre mondiale.

M. Momo a tenu ce langage dans une émission de la télévision publique intitulée News Weekly (Informations de la semaine) lors d’un échange avec M. Kamto sur la situation au Cameroun et le conflit en cours entre les régions francophone et anglophone qui paralyse le pays. Les Camerounais anglophones, qui sont 20 % de la population, se sentent de plus en plus marginalisés par les gouvernants de la majorité francophone. La crise a conduit à une répression dans les régions anglophones du Cameroun et ravivé un mouvement sécessionniste après “des centaines de morts, près de 500.000 déplacés, et des rafles et incarcérations de militants”, selon le Washington Post.

Le débat télévisé a commencé en se centrant sur la tension ethnique plus particulière entre deux des principaux groupes ethniques du Cameroun, les Beti et les Bamiléké. Les Beti s’alignent sur le Cameroun francophone et le président camerounais Paul Biya, lui aussi un Beti. Les Bamilékés ont plus d’affinités avec le Cameroun francophone et sont notoirement représentés par le principal adversaire politique de Biya, Maurice Kamto, un Bamiléké.

Au bout de vingt minutes d’échanges, Momo a dit :

On raconte qu’en Allemagne, il y avait un peuple qui était très riche, qui avait tous les leviers économiques, c’étaient les Juifs. Ils étaient d’une arrogance telle que le peuple allemand se sentait un peu frustré. Puis un jour est venu au pouvoir un certain Hitler, qui a mis ces populations-là dans les chambres à gaz. Je pense quand même qu’il faut que les gens qui sont instruits, comme M. Kamto puissent savoir où ils emmènent leur peuple.

Voici un extrait de l’entretien (en français) :

Ironie de l’histoire, Momo est lui-même un Bamiléké. Vu sa position de pouvoir, les analystes politiques pensent que ses propos outranciers se voulaient un avertissement à sa communauté de ne pas aggraver une situation à l’équilibre ethnique déjà tendu et fragile.

De fait, les Bamilékés ont été victimes d’un génocide il y a cinquante ans. Les spécialistes pensent qu’entre 100.000 et 400.000 Bamilékés ont été tués entre 1959 et 1964 pendant la “guerre secrète” de la France au Cameroun. Les Français et leurs alliés locaux ont commis ces massacres essentiellement dans les régions occidentales du Cameroun, où les Bamilékés étaient installés depuis des siècles.

Les Bamilékés continuent à subir la discrimination, l’abandon et l’absence de représentation dans l’espace politique et social, et c’est eux que visaient les expulsions de 2012 hors de la capitale Yaoundé.

Présence israélienne au Cameroun

Les propos antisémites de Momo en ont troublé plus d’un et n’ont pas échappé à l’ambassade d’Israël à Yaoundé. L’ambassade a publié une déclaration officielle exprimant son indignation et exigeant des excuses immédiates.

Israël a une présence diplomatique dans 11 des 54 pays africains, et entretient des relations diplomatiques avec le Cameroun depuis 1986. L’ambassade israélienne indique que la relation remonte même à l’indépendance du Cameroun d’avec la France en 1960.

Le gouvernement camerounais a désavoué le ministre, déclarant que Momo “s’était exprimé en son nom personnel” et ne reflétait pas les positions du gouvernement. Les autorités ont même dénoncé ses “propos inappropriés”, se désolidarisant entièrement de la déclaration antisémite, sans avoir encore décerné à M. Momo une quelconque réprimande officielle.

Le Middle East Monitor rapporte que le Président Biya “utilise des unités spéciales de sécurité et de l’armée entraînées par des entreprises de sécurité israéliennes pour mater les manifestations contre son régime”, avant tout dans les régions anglophones du pays.

Réactions au Cameroun

Les propos provocateurs de Momo se sont propagés comme un feu de brousse sur les réseaux sociaux, questionnant sa spécialité qui l’a rendu familier des affaires de génocides et de crimes contre l’humanité. Momo est surtout connu pour son travail d’avocat au Tribunal pénal spécial pour le Rwanda depuis 2006, et son militantisme sur la question des droits humains.

Pourtant, ses propos contribuent à alimenter la montée mondiale des mouvements d’extrême-droite qui raniment les tropes racistes selon lesquels les Juifs dominent la finance mondiale. Son discours, au prétexte de “parler vrai”, paraît à l’opposé de son expérience antérieure et son identité de Bamiléké, un groupe historiquement opprimé.

Dibussi Tandé, auteur camerounais pour Global Voices, a tweeté :

Momo Jean de Dieu, ministre délégué camerounais à la Justice, met en garde l’ethnie Bamiléké qu’ils pourraient finir comme les Juifs “arrogants” que Hitler a mis dans les chambres à gaz. L’ambassade israélienne au Cameroun a condamné la déclaration de Momo, disant qu’elle rationalise l’Holocauste et la traite avec légèreté.

L’utilisateur de Twitter Adjani Okpu-Egbe a aussi déploré l’ignorance que prouvent les propos de Momo :

Quelle ignorance, surtout venant du ministre de la Justice ! Tant que le régime Biya sera aux manettes, les minorités seront effacées de la surface du Cameroun et des progrès substantiels sont faits avec des offensives actives au Cameroun du Sud.

D’autres n’ont pas été aussi révulsés :

Et celui-ci a évoqué le sophisme de crier à l’ “antisémitisme” à la lumière des politiques discriminatoires d’Israël envers les Palestiniens :

Qu’Israël se taise. Il a eu tort de faire ça, mais je suis las que vous utilisiez ce mot “antisémitisme” et l’holocauste pour justifier vos atrocités contre les Palestiniens. Plus de gens ont été tués pendant le génocide belge au Congo.
Défendez la justice au Cameroun.

Pour autant, “aucun des deux ministres n’a songé à s’excuser auprès des Bamilékés“, a relevé AllAfrica. Alors que le Cameroun reste embourbé dans les conflits économiques, sociaux, politiques et ethniques, ses citoyens se débattent dans une absence de direction claire qui puisse mettre un terme aux violences et souffrances prolongées.

Ce billet écrit par Rakotomalala et Amanda Lichtenstein en anglais a été traduit en français par Suzanne Lehn et publié sur fr.globalvoices.org le 17 février 2019.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Droits de l'Homme

L’Union africaine se tourne vers les technologies de biosurveillance pour freiner le COVID-19

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Les voyageurs traversent la frontière entre le Ghana et le Togo, en Afrique de l'Ouest, le 25 janvier 2016. Photo par Enock4seth via Wikimedia Commons, sous licence CC BY-SA 4.0.

Les dirigeants africains ont pris des mesures rapides et décisives pour freiner la propagation du COVID-19. En fait, les Centres africains de contrôle des maladies (ACDCP) ont créé leur groupe de travail COVID-19 dès le 5 février, avant que le continent ne connaisse un seul cas.

Aujourd’hui, l’Afrique est la région la moins touchée au monde, avec 1 293 048 cas de COVID-19 confirmés à ce jour et un nombre remarquable de 1 031 905 guérisons, selon le CDCP Afrique. Le continent compte moins de 5 % des cas signalés et moins de 1 % des décès.

À présent, alors que les pays africains – l’Union africaine en tête – assouplissent les restrictions relatives au COVID-19 et se préparent à rouvrir leurs économies et leurs frontières, de nombreux gouvernements ont recours à des technologies innovantes.

Le besoin d’une technologie unifiée et panafricaine capable de suivre la propagation et de connecter les centres de test COVID-19 à travers le continent a conduit à l’utilisation de PanaBIOS, une application de biosurveillance soutenue par l’Union africaine.

PanaBIOS propose une application mobile en ligne utilisant des algorithmes pour assurer le suivi et le traçage des personnes confrontées à des menaces sanitaires potentielles ainsi que de leurs dossiers. L’application permet également de conserver un historique du parcours des échantillons de test depuis leur origine jusqu’aux laboratoires du pays.

La technologie a été développée par Koldchain, une start-up kenyane, financée par AfroChampions, un partenariat public-privé conçu pour galvaniser les ressources et les institutions africaines afin de soutenir l’émergence et le succès du secteur privé africain.

Le Ghana est actuellement le seul pays africain à utiliser la technologie PanaBIOS dans le cadre de la réouverture de ses frontières. PanaBIOS permet aux voyageurs d’utiliser les résultats des tests effectués dans un pays pour satisfaire aux formalités requises dans un autre, grâce à leur application personnelle ou en ajoutant un code d’accès SMS/USSD généré par le système à un autre document de voyage.

Les responsables de la santé portuaire utilisent la version entreprise de l’application pour valider les déclarations de santé de manière uniforme dans tous les pays.

Une législation complète en matière de protection des données et de la vie privée

L’Union africaine et le CDCP Afrique encouragent les États membres à intégrer la plateforme mobile PanaBIOS qui permettrait de centraliser les résultats de tout le continent. Cependant, les interventions en matière de santé numérique ont soulevé de nombreuses questions concernant l’accès à ces données et leur confidentialité.

La surveillance et le contrôle mis en œuvre par les gouvernements peuvent susciter la peur et menacer les libertés civiles, surtout sur un continent où seuls 27 pays sur 54 disposent de lois pleinement opérationnelles en matière de protection des données et de la vie privée.

Certains pays africains, comme le Ghana, ont adopté une nouvelle législation donnant au président des pouvoirs exceptionnels pour lutter contre la pandémie dans l’urgence. Dans ce cadre, le président peut ordonner aux entreprises de télécommunications de lui fournir des données [pdf] personnelles de leurs clients, telles que la base de données des abonnés, les données de référence de leurs téléphones portables, les données concernant les transferts d’argent non encaissés par les abonnés, les codes de commerçants proposant des services de transfert d’argent par mobile ainsi que des adresses.

Pour garantir la protection des données et la confidentialité, toutes les techniques d’apprentissage automatique (machine learning) utilisées par PanaBIOS reposent sur des données agrégées. C’est-à-dire que les données recueillies sont résumées à des fins d’analyse statistique, et qu’il ne s’agit pas de données personnelles utilisées pour cibler des individus – sauf lorsqu’elles sont nécessaires à des fins de recherche de contacts, pour atteindre des personnes suspectes ou infectées.

Afin d’assurer la prévention des atteintes à la vie privée, l’Union africaine, PanaBIOS et ses partenaires doivent proposer des mesures de mise en conformité respectant les diverses lois nationales sur la protection des données afin de protéger la vie privée, de garantir le consentement au recueil de données et d’éviter le partage des données à des fins commerciales.

L’application ne dispose actuellement d’aucune politique de confidentialité accessible au public, qui expliquerait aux utilisateurs ses pratiques en matière de collecte et de partage des données.

Le défi est de savoir comment cette politique de protection des données répondra aux différentes lois continentales, nationales et régionales sur la protection des données, telles que la Convention [pdf] de l’Union africaine sur la cybersécurité et la protection des données personnelles, la loi-cadre [pdf] de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) sur la protection des données, l’Acte supplémentaire A/SA.1/01/10 [pdf] de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur la protection des données personnelles au sein de la CEDEAO et le dispositif juridique [pdf] de la Communauté de l’Afrique de l’Est concernant les cyberlégislations.

Les solutions technologiques contribuent au succès de la lutte contre le COVID-19 en Afrique

En plus de PanaBIOS, plusieurs pays africains ont activé des réponses technologiques à la crise COVID-19 pour en atténuer la propagation.

Par exemple, des scientifiques du Sénégal ont mis au point un kit de test COVID-19 à 1 dollar et des ventilateurs 3D pour les patients. Wellvis, une startup nigériane, a créé un outil de triage COVID-19, accessible gratuitement en ligne pour aider les utilisateurs à auto-évaluer leur niveau de risque de contamination en fonction de leurs symptômes et de leurs antécédents d’exposition.

Le gouvernement sud-africain a utilisé Whatsapp pour fournir un chatbot interactif qui peut répondre à des questions courantes sur les mythes, les symptômes et le traitement du COVID-19. Et en Ouganda, les femmes du marché ont utilisé l‘application Market Garden pour vendre leurs marchandises depuis leur domicile. Les produits sont ensuite livrés aux clients par des taxis-motos.

La réussite de l’Afrique dans le contrôle et la gestion de la propagation du COVID-19 a été attribuée à la jeunesse de sa population, à sa faible capacité de dépistage et de suivi de la mortalité, et à la présence possible d’anticorps anti-SARS-CoV-2 trouvés chez certains Africains.

Toutefois, il est clair que les innovations technologiques issues du continent sont un facteur majeur contribuant à son succès dans la lutte contre COVID-19, en plus d’un leadership décisif au début de la pandémie.

Solomon Zewdu, médecin adjoint de la Fondation Bill & Melinda Gates, a expliqué comment, en janvier, alors même que de nombreux pays occidentaux hésitaient, l’Éthiopie a commencé un dépistage intensif à l’aéroport d’Addis-Abeba. Le Rwanda est devenu le premier pays africain à fermer ses portes le 21 mars, et de nombreux autres pays africains ont rapidement suivi : l’Afrique du Sud a adopté un confinement complet alors qu’elle ne comptait que 400 cas et deux décès. (Avec une population de taille similaire, l’Italie enregistrait plus de 9 000 cas et 400 décès lorsqu’elle a réagi).

En revanche, le nombre de cas d’infection et de décès aux États-Unis est six fois plus élevé qu’en Afrique. Pourtant les experts de la santé publique avaient prédit que la pandémie aurait des effets horribles sur le continent africain, avec des cadavres gisant dans les rues.

Il est clair que l’Afrique a prouvé le contraire.

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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais en français a été écrit par Kofi Yeboah pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 22 septembre 2020. Les articles de K. Yeboah et ses commentaires ont été publiés dans les principaux médias locaux et internationaux, notamment The Guardian, Aljazeera, Coda Story et Global Voices Online.

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Droits de l'Homme

Le Nigérian Abubakar Idris Dadiyata toujours porté disparu, un an après son enlèvement

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Abubakar Idris Dadiyata, image utilisée avec l'autorisation de The SignalNg.

Ce billet que j’ai traduit de l’anglais en français a été écrit par le poète nigérian Nwachukwu Egbunike pour le réseau social globalvoices qui l’a publié le 14 septembre 2020.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndt]

Abubakar Idris Dadiyata, maître de conférences et critique féroce du gouvernement nigérian, a été enlevé à son domicile le 1er août 2019, dans le quartier de Barnawa à Kaduna, au nord-ouest du Nigéria.

Un an après son enlèvement, M. Dadiyata n’a pas été retrouvé.

Abubakar Idris (Didiyata) a été enlevé à son domicile dans l’État de Kaduna, au Nigéria. On ne sait toujours pas où il se trouve. Sa famille et ses amis exigent une réponse à la question: où est @dadiyata? Abubakar est victime de disparition forcée.

[image] Une photo de M. Dadiyata à côté du texte: « Un blogueur disparu de force depuis le 1er août » et le hashtag #PressforFreedom par Amnesty International Nigéria.

M. Dadiyata enseignait à l’Université fédérale de Dutsinma, dans l’État de Katsina. En tant que membre du Parti démocratique populaire d’opposition, Dadiyata s’est souvent querellé avec des membres du parti au pouvoir, le All Progressive Congress, sur les réseaux sociaux. 

« L’État et les agences fédérales sont occupés à ne rien faire »

M. Dadiyata a été kidnappé vers 1 heure du matin alors qu’il arrivait à son domicile, il y a un an, le 1er août 2019, a rappelé Premium Times.

Mme Kadija, l’épouse de M. Dadiyata, se souvient dans une interview accordée à la BBC que son mari « passait un coup de téléphone, le moteur de sa voiture tournait encore », lorsqu’il a été saisi par ses ravisseurs. Bien que Mme Kadija n’ait pas pu entendre ce qui « s’était passé au téléphone ou à qui il parlait », elle se souvient que les ravisseurs de son mari « l’avaient suivi, ils sont même entrés dans la maison ». La femme de M. Dadiyata regardait la scène de sa chambre pendant qu’ils enlevaient son mari.

Malheureusement, il n’y a toujours pas d’informations concernant M. Dadiyata. « C’est douloureux », déclaré Mme Kadija à la BBC, alors  que leurs enfants ne cessent de poser des questions sur leur père disparu.

Plutôt que de retrouver M. Dadiyata, les services de sécurité nigérians se déchargent de toute forme de culpabilité ou de blâme pour sa disparition. 

Le Département nigérian de la sécurité d’État (DSS) avait nié en janvier la détention de M. Dadiyata. L’agence de sécurité de l’État a déclaré que depuis que M. Dadiyata « a été emmené de chez lui par des hommes armés, cela ne signifie pas que ces hommes faisaient partie du personnel du DSS ».

De même, Aisha Dikko, la procureure générale de l’État de Kaduna, nié savoir « où se trouve » ou avoir été impliquée « de quelque manière que ce soit » dans l’enlèvement de M. Dadiyata. « Toute affirmation contraire est vile et ne cherche qu’à spéculer sur le fait qu’il a été enlevé dans l’État de Kaduna pour signifier l’implication du gouvernement de l’État », a déclaré Mme Dikko.

Cependant, ces dénégations de la part du DSS et du gouvernement de l’État de Kaduna n’atténuent ni la tourmente de l’épouse de M. Dadiyata et de leurs deux enfants, ni ne lui redonnent sa liberté.

L’appel à la libération de M. Dadiyata est toujours actif sur Twitter avec le hashtag #OneYearWithOutDadiyata, (en français : Un an sans Dadiyata) alors  que les Nigérians exigent sa libération.

Bulama Bukarti a déploré le « traumatisme » que ce « genre d’impunité » a causé à la famille de M. Dadiyata :

Il est incompréhensible qu’un Nigérian puisse disparaître ainsi. Nous devons continuer de faire tout ce que nous pouvons pour que M. Dadiyata retrouve sa famille. Il ne doit y avoir aucune place pour ce type d’impunité. Ceux qui ont enlevé M. Dadiyata en paieront le prix. Si ce n’est pas maintenant, ce sera certainement plus tard.

Cet utilisateur de Twitter s’est dit « bouleversé » en entendant l’interview de l’épouse de M. Dadiyata :

J’ai été bouleversé d’entendre la femme de M. Dadiyata parler à @bbchausa, ce matin.
Tout ce qu’elle demande, c’est que ses détenteurs lui pardonnent et le laissent revenir auprès de sa famille; surtout ses jeunes enfants.  #OneYearWithOutDadiyata

— Anders (@Ameenu_Kutama) August 1, 2020

Akin Akíntáyọ̀ ne peut pas comprendre comment M. Dadiyata ait pu disparaître sans laisser de trace pendant un an » :

Une question, comment M. Dadiyata et sa voiture peuvent-ils disparaître sans laisser de trace pendant un an au Nigéria et le gouvernement être si nonchalant à ce sujet, cherchant à être disculpé plutôt que d’assumer l’entière responsabilité de le retrouver, surtout quand il était la cible de ses critiques ?

Malheureusement, il semble que personne ne se soucie de trouver ce critique du gouvernement.

Au contraire, « les agences étatiques et fédérales sont occupées » à éviter les reproches et à « ne rien faire », déclare l’activiste des droits humains, le professeur Chidi Odinkalu, dans une interview accordée à Vyral Africa : 

À part de dire qu’ils ne savent pas où il est. Personne n’a vraiment fait l’effort de nous dire ce qu’ils ont pour le retrouver ni pourquoi ils n’y parviennent pas. Cela révèle à quel point nous importons peu en tant que citoyens. Le moins que nous puissions faire est de demander où est M. Dadiyata et pourquoi notre gouvernement ne peut pas le trouver.   

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La contrôle officiel et total du pouvoir par Sékou Touré et son parti

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Ce billet est tiré de la contribution de Bernard Charles intitulée Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-1958) à l’oeuvre collective L’Afrique noire française : l’heure des Indépendances parue en 1992, reprise dans webguinee.net.

Vu la longueur du texte je l’ai divisé en trois parties, dont celle-ci est la première. La première et deuxième ont été publiées les 15 et 18 août 2020

Du même auteur: Cadres politiques et administratifs dans la construction nationale en Guinée

Dans le nouveau contexte créé par la loi-cadre et par les élections de mars 1957 qui consacrent la prise en charge officielle du pouvoir par Sékou Touré et son parti 28, on eût pu s’attendre à un relatif apaisement de la vie politique. En fait, c’est tout le contraire qui se produit. 1957 et 1958 sont les années les plus agitées de toute la période et aboutissent en mai 1958 à un embryon de guerre civile.

Pour réduire à merci les opposants, Sékou Touré disposait désormais des leviers du pouvoir légal (une partie de l’administration, la police, puis la garde territoriale). Il va en jouer en virtuose sans grand contre-poids de la part d’une administration dirigée nominalement par un nouveau gouverneur 29 dont les pouvoirs vont être vidés de leur substance. Des mesures révolutionnaires, bouleversant les structures traditionnelles, quoique prévisibles depuis longtemps, sont adoptées rapidement, comme la suppression de la chefferie et la mise en place des municipalités élues … Mais l’exercice du pouvoir avec les décisions à prendre en matière budgétaire 30, en matière d’africanisation des cadres, d’affectation et de mutations de fonctionnaires, en gestion des conflits de travail… suscitent les déceptions chez les partisans tout en renforçant les opposants de toujours : BAG et DSG-MSA finalement groupés en PRA. S’y ajoutent un long conflit avec les enseignants, des tensions au sein même du PDG qui amènent Sékou Touré à exclure, au mépris des règles du parti, la section de Mamou31 en novembre 1957 …

Un retournement de situation se produit, et les moyens utilisés jusqu’alors par le PDG sont retournés à son encontre. Lui qui dénonçait systématiquement l’administration antérieure, taxée d’arbitraire, d’incompétence et de gaspillage, se voit aux prises avec une « certaine campagne antigouvernementale et antifiscale incitant la population à la rébellion et à la désobéissance aux lois » 32. Une telle campagne portait ses fruits sur la population comme en témoigne la distribution de tracts anti-PDG 33 à Conakry et à Kankan en novembre 1957 ou encore le grand meeting PRA du 13 avril 1957 avec deux mille à trois mille personnes, dans le calme, autour de Barry III et Barry Diawadou qui critiquèrent sévèrement Sékou Touré 34 tandis qu’une réunion du PDG en attirait trois fois moins.

Là encore, le recours à la violence va être déterminant: lapidations, agressions, incendies, bagarres et échaufourées provoquant morts et blessés.

Deux rapports établis par un inspecteur général de la France d’outre-mer, Gaston Boyer, permettent de faire le point sur les événements, leur origine, leurs causes et le rôle des autorités. Une constatation tout d’abord : les événements de mai 58 constituent la phase paroxystique de toute une série d’incidents (voir tableau en annexe) dont les prétextes sont de minime importance : actes de propagande, réunions publiques, voire simples actes de la vie administrative. On peut les résumer comme suit :

« Des agressions réciproques mais à prédominance Foulah-PRA en banlieue les 29 et 30 avril, auxquelles succèdent, en ville, dans la nuit du 2 au 3 mai « la Saint-Barthélemy de Guinée »), de très dures représailles (peut-être concertées à l’avance et en tout cas bien conduites) de la part des Soussous-RDA (commandos très armés, agents de liaison) laissant l’impression de vouloir atteindre des éléments dirigeants oppositionnels et impressionner la masse foulah. » 35

Si les responsabilités du recours à la violence sont partagées à l’origine (actes de propagande ou de provocations du PRA), elles ne le sont guère par la suite. L’auteur du rapport le reconnaît, dans un style « diplomatique », car Sékou Touré est quasi-chef de gouvernement, en écrivant: « Leur attitude [celle de S. Touré et des ministres] n’a pas été empreinte de l’impartialité et du sang froid nécessaires. Des immixtions et intrusions inadmissibles de leur part ont eu lieu dans les opérations [ … ] de maintien de l’ordre [… ] dans celles de police judiciaire [… ] et même dans le fonctionnement de la justice. » Et de souligner l’action de forts commandos très organisés; le comportement étrange, si ce n’est complice, de la police et de la garde territoriale qui relèvent de Sékou Touré et de son ministre Fodéba Keita; l’impossibilité d’obtenir d’eux de lancer un véritable appel au calme; agressions systématiques contre les dirigeants du PRA et destructions de leurs maisons alors qu’aucun des responsables du PDG n’a eu à subir de dégâts ni à craindre pour sa vie aux pires moments des troubles. Il est remarquable aussi que tout incite à penser que les représailles ont été concertées et organisées à l’avance. Sur ce dernier point, des témoignages imputeraient une responsabilité directe à Sékou Touré qui aurait donné des instructions en ce sens, tout comme en octobre 1956 36

Que la violence soit une caractéristique constante de l’action du PDG et singulièrement de son chef Sékou Touré dans les années 1954-1958, cela paraît incontestable. Sans aucun doute s’en sont-ils défendus parfois ou ontils affecté d’être débordés par elle à d’autres moments. Mais les argumentations qu’ils ont tenté de formuler lorsqu’ils y étaient contraints par certaines circonstances n’ont jamais été convaincantes ou n’étaient plus valables : explication par la misère des masses; exaspération de ne pas être reconnus comme représentants qualifiés de la population ; attitude d’opposition systématique de l’administration coloniale ; nécessité de se défendre contre les attaques et contre les provocations perpétrées par leurs adversaires BAG, DSG ou PRA ; pègre ne respectant aucune consigne 37. Du reste, lorsque les freins n’existeront plus, Sékou Touré n’aura aucune hésitation à proclamer la nécessité de la dictature … au nom du peuple et de la révolution.

Liste des incidents graves survenus en Guinée (juillet 1954-septembre 1958)

Cela dit, il faut reconnaître que la violence a été utilisée avec une extrême habileté et une grande efficacité pour conquérir d’abord un pouvoir de fait, puis un pouvoir de droit permettant successivement d’éliminer tous les adversaires.

Elle fut employée contre l’administration coloniale de plusieurs manières différentes. Le PDG dénonça inlassablement, impitoyablement, tout ce qui lui paraissait des abus dans son fonctionnement et dans ses rapports avec la population. La violence morale, par l’écrit ou la parole, fut l’arme par excellence: accusations justifiées ou non, plaintes auprès des autorités supérieures, démarches de toutes sortes (délégations, défilés, dénonciations publiques des comportements, campagnes de presse, etc.). Tout était prétexte à mettre en cause un commandant de cercle, un administrateur, pour peu que celui-ci ne soit pas favorable au parti. Des lettres partaient aussitôt chez le gouverneur à Conakry, chez le haut commissaire à Dakar; d’autres étaient envoyées à Paris (ministre de la France d’outre-mer, chef du gouvernement, président de la République). L’administration fut mise ainsi continuellement sur le qui-vive et obligée de se défendre. Un changement de commandant venait-il à se produire dans le cadre de la rotation habituelle des fonctionnaires, il était dû à l’action du PDG … Peu à peu, celui-ci réussit à instiller dans la population l’idée de sa puissance, puissance de moins en moins surfaite avec le temps. Ainsi, en 1954, lors de la visite en Guinée du ministre de la France d’outre-mer, la foule criait-elle déjà : « Sékou Touré est gouverneur de Guinée », et le parti fit ce jour-là une démonstration impressionnante de sa force 38

Par la suite, le PDG ne se contente plus de clouer au pilori les chefs de canton, maillon faible de l’administration coloniale, mais s’en prend à eux par la violence physique en organisant des manifestations où leurs biens et leurs personnes sont atteints dans leur intégrité physique. Le cas exemplaire est celui du chef de Tondon qui sera finalement destitué et dont l’une des victimes accidentelles sera faite héroïne nationale. En revanche, sauf exceptions rarissime 39, aucun Européen ne se verra pris à partie pas plus que les « bons » chefs traditionnels qui surent se dédouaner à temps.

En s’attaquant de la sorte aux chefs, Sékou Touré faisait coup double : il se gagnait une partie de la population, il faisait la preuve que l’administration n’était plus en mesure de les défendre ni de les maintenir. Cette dernière, déjà sous surveillance depuis 1955-1956, perd également toute initiative réelle avec l’entrée en vigueur de la loi-cadre de 1957, et le gouverneur ne fait plus que de la représentation officielle.

La généralisation de la violence à l’occasion des incessantes campagnes électorales, la terreur ou la crainte provoquée par les grandes explosions d’octobre 1956 et de mai 1958 manifestent à l’évidence que l’appareil d’État colonial n’a plus la capacité de maintenir l’ordre public, ce qui était son ultime raison d’être. Désormais, il n’est d’autre force que celle de Sékou Touré et du PDG. A quoi bon, dès lors, continuer à s’opposer à son pouvoir et à sa toute-puissance? Ne disposait-il pas d’ailleurs, depuis mars 1957, des instruments de la violence institutionnelle et légale (police, renseignements, affectation des fonctionnaires, pouvoir législatif) ? Bon gré, mal gré, les adversaires irréductibles ou quitteront la Guinée ou se rallieront. Quant aux fidèles, ils voient s’appesantir sur eux la poigne de Sékou Touré; leur mise au pas est déjà commencée avec l’expulsion des déviationnistes du parti, la dissolution de comités directeurs de section, l’interdiction des grèves.

L’enthousiasme suscité par l’accession à l’indépendance en octobre 1958 et la renommée internationale qui en résulte pour le pays font taire les oppositions et disparaître provisoirement les appréhensions quant à l’avenir.

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Notes

28. Il est devenu vice-président du conseil du gouvernement qu’il a composé uniquement de militants ou sympathisants du PDG. Le gouverneur sera pour une courte période président dudit conseil. Le PDG détient la majorité absolue à l’assemblée territoriale.

29. Il s’agit de J. Ramadier qui a pris ses fonctions en novembre 1956.

30. Le conseil de gouvernement voulut imposer un prélèvement de 2 % sur les pensions et rentes viagères. Face à l’émotion suscitée par cette mesure chez les anciens combattants et militaires (150 000), il du la retirer. Rapport Boyer, op. cit., 4 juin 1956.

31. Dans une lettre n° 126, adressée le 2 août 1957, au comité directeur du PDG, la section affirmait que « sorti victorieux du scrutin du 31 mars […], le PDG n’a cependant cessé de péricliter dans sa vie intérieure en tant qu’organisation démocratique populaire ». Elle s’en prenait au non-respect des règles du parti par le comité directeur, au refus d’assurer l’indépendance dudit comité par rapport au conseil de gouvernement, à la décision d’attribuer un traitement mensuel de 85 000 francs aux membres de l’assemblée … [Texte gracieusement communiqué à l’auteur par M. Bela Doumbouya.)

32. S. Touré, « Appel au calme radiodiffusé », 3 mai 1958.

33. Tracts intitulés « Mouvement de la volonté du peuple » où on pouvait lire: « Le leader du parti majoritaire a menti, trompé, trahi le peuple ouvrier » ou encore « Venez à notre aide (…) contre cet intolérable dictateur. »

34. Gouverneur J. Mauberna, télégramme n° 80-81 du 14 avril 1958 au minime de la France d’outre-mer.

35. Rapport M. Boyer, op. cit., 2 juin 1958. 36. Témoignage du Dr Najib Roger Accar, qui était alors ministre de la Santé publique et chirurgien-chef de l’hôpital Ballay de Conakry. Entretien avec l’auteur (novembre 1989).

37. Sur ce point, il a souvent été rapporté que les commandos, les perturbateurs obéissaient au clairon, arrêtant net toutes actions de violence. De même celles-ci, en 1955 comme en 1956, cessèrent-elles aussitôt après que furent diffusés des consignes et des appels au calme sans équivoque.

38. Services de police, renseignements n° 125,31 octobre 1954.

39. Agression contre un juge d’instruction (services de police, renseignemenrs n° 971/369, 24 mai 1958) ; attaque de 2 Européens par un groupe de jeunes à Coyah (9 mai 1958).

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Les familles kényanes souffrent des retombées des fermetures d’écoles

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École primaire de Kibera, Nairobi, Kenya, 18 septembre 2012. Photo via ARC / Flickr, sous licence CC BY 2.0.

[box type= »shadow » ]Ce billet que j’ai traduit de l’anglais en français a été écrit par Bonface Witaba pour globalvoices.org qui l’a publié le 16 août 2020. L’auteur est un professionnel des TIC multidisciplinaire avec une expérience de travail en tant que; Rédacteur, traducteur (Eng-Swa), formateur, chercheur, consultant en matière de gouvernance et de politique de l’Internet.[/box]

[Sauf mention contraire, tous les liens mènent vers des sources en anglais.]

Note de la rédaction : cet article a été co-écrit par Bonface Witaba, contributeur de Global Voices et Sri Ranjini Mei Hua, un chercheur et écrivain de Singapour.

En mars, le gouvernement kényan a annoncé la suspension des cours dans les écoles dans le cadre des mesures visant à freiner la propagation du COVID-19. L’annonce a jeté le pays dans le désarroi, affectant 18 millions d’apprenants dans tout le pays, et a également menacé de faire dérailler les progrès vers une éducation inclusive, équitable et de qualité, comme le décrit l’Objectif 4 [fr] de développement durable des Nations Unies.

Dans le cadre des efforts visant à assurer un apprentissage continu tout en protégeant la santé, la sécurité et le bien-être des apprenants et des éducateurs, le ministère de l’Éducation, en collaboration avec les partenaires et les parties prenantes, a conçu le plan d’intervention d’urgence COVID-19 [pdf] pour l’éducation de base au Kenya, avec l’objectif de promouvoir « l’apprentissage hors des classes » par la radio, la télévision, le cloud et les téléphones mobiles.

Aujourd’hui, malgré les efforts du Kenya Institute of Curriculum Development (KICD, en français : Institut kényan de développement des programmes éducatifs) pour étendre la diffusion de contenu en ligne, on estime que 80 % des apprenants n’ont toujours pas accès à des cours à distance, selon une étude réalisée par le réseau de recherche sur l’éducation Usawa Agenda [fr].

Cela est dû, en partie, à un accès inégal aux technologies telles que les ordinateurs de bureau, les ordinateurs portables ou smartphones, ainsi qu’à des coûts d’Internet prohibitifs et à un service peu fiable, en particulier pour les apprenants issus de familles défavorisées et de communautés marginalisées. Même là où la technologie est disponible, il y a des préoccupations concernant l’utilisation d’Internet par les jeunes enfants sans surveillance.

Avant le confinement, les élèves avaient accès à des repas gratuits à l’école. Les filles pouvaient accéder aux serviettes hygiéniques grâce à une initiative visant à les leur fournir gratuitement. Cependant, en raison de la fermeture prolongée, le secrétaire de cabinet chargé de l’éducation, George Magoha, déclaré l’année scolaire « perdue ».Cela signifie que les écoles resteront fermées jusqu’en 2021, laissant des milliers d’élèves dans une situation désastreuse car leurs familles, qui ont récemment subi des pertes d’emploi, ne peuvent pas se permettre de leur fournir la nourriture et les nécessités de base.

Par exemple, à Kibra*, un quartier considéré comme la plus grande zone de résidence informelle de Nairobi (et d’Afrique), la plupart des élèves ne peuvent pas accéder aux programmes d’apprentissage hors des classes du KICD et n’ont pas d’endroit où étudier, encore moins de place pour les jeux ou l’exercice.

Dans une interview Skype avec Asha Jaffar, une journaliste résidant à Kibra qui écrit sur le sort de la communauté locale, celle-ci a déclaré à Global Voices qu’il y avait un nombre limité de bibliothèques gratuites qui permettaient à 10 élèves à la fois de faire leurs devoirs. Cependant, ces élèves doivent céder leur place au groupe suivant après environ une heure. Elle a ajouté que les initiatives de formation gratuite pour les jeunes ont dû être réduites en raison des règles de distanciation sociale imposées par le gouvernement et les responsables de la santé.

La journaliste Asha Jaffar, en gilet réfléchissant orange, montre l'étendue du quartier informel de Kibra à Nairobi, depuis une route avoisinante.

Asha Jaffar, journaliste et résidente de Kibra, indique l’emplacement de son quartier. Photo de Kibra Food Drive, août 2020, utilisée avec permission.

L’impact à long terme des fermetures d’écoles est vaste et encore plus dévastateur pour les familles vivant en dessous du seuil de pauvreté. Étant donné que la sécurité alimentaire prime sur l’éducation, les élèves – en particulier les filles et les jeunes femmes – issu⸱e⸱s de familles vulnérables doivent souvent travailler dans des exploitations agricoles et contribuer aux tâches ménagères ou prendre soin de leurs proches au lieu d’apprendre. Cela s’est produit pendant le confinement, qui coïncidait avec le pic de la saison des semailles en mars.

Certaines filles peuvent même être sujettes à des mariages précoces, ce qui les expose à un risque plus élevé d’abandonner l’école, souvent en raison de grossesses précoces. Par conséquent, les résultats scolaires des enfants issus des familles les plus vulnérables en pâtiront car elles n’auront guère de raisons de les envoyer à l’école lors de la réouverture.

En mars, Mme Jaffar a lancé l’initiative Kibra Food Drive pour aider à soulager la faim dans la communauté de Kibra, grâce à des dons de colis alimentaires aux familles les plus vulnérables. Elle a commencé par la sollicitation de dons via l’application mobile de transfert d’argent M-Pesa, dans le but de nourrir 100 familles vulnérables par semaine. Cependant, les besoins allant croissant, l’initiative a nourri 2 400 familles, à la date du 5 août. Mme Jaffar reconnaît que fournir des repas gratuits ne suffit pas car les familles ont finalement besoin de soutien pour démarrer de petites entreprises. Cependant, la communauté reste dans une impasse alors que le commerce et l’activité économique stagnent.

Un homme en gilet de sécurité portant l'inscription "Kibra Food Drive" porte un gros sac de jute sur son épaule pendant une distribution de nourriture dans le plus grand quartier informel de Nairobi.

Un bénévole livrant de la nourriture aux résidents de Kibra dans le cadre de l’initiative Kibra Food Drive à Kibra, Kenya, août 2020. Photo de Kibra Food Drive, utilisée avec permission.

Le Kenya prévoit la réouverture des écoles pour une nouvelle année scolaire en 2021, mais tout dépend du nombre d’infections au COVID-19, selon le secrétaire de cabinet chargé de l’éducation, M. Magoha.

Plusieurs experts en éducation affirment que cette période est le moment opportun pour le gouvernement de mener une analyse des lacunes du système éducatif et d’effectuer un redémarrage complet en vue d’un accès équitable à l’apprentissage pour tous, comme le prévoit le Plan de réponse d’urgence COVID-19 pour l’éducation de base au Kenya. La première étape consisterait à allouer un budget à l’amélioration des infrastructures scolaires en termes d’éclairage, de bureaux et de chaises et à fournir une alimentation électrique fiable – en particulier dans les zones rurales. Ensuite, le gouvernement pourrait réduire les tarifs de l’eau et de l’électricité pour les écoles, car ces coûts énormes nuisent à leur fonctionnement.

Ce n’est que lorsque ces priorités seront résolues que les efforts pourront reprendre sur un projet d’alphabétisation numérique lancé en 2013 par le gouvernement, actuellement au point mort. Ce programme visait à garantir que les élèves du premier cycle du primaire (3 premières années d’école) puissent utiliser la technologie numérique et les outils de communication, avec pour objectif primordial de transformer l’apprentissage au Kenya en un système éducatif ancré dans le XXIe siècle.

Le projet a eu beaucoup de mal à démarrer après sa phase pilote, en raison de l’incapacité à atteindre les résultats escomptés et du manque de préparation des enseignant⸱e⸱s pendant la période de généralisation de l’initiative. La réussite de ce programme nécessiterait une formation approfondie en technologies de l’information et de la communication (TIC) pour les enseignant⸱e⸱s, qui leur permettrait d’utiliser efficacement ce matériel électronique et de régler les problèmes techniques.

Le Kenya est passé d’un programme d’éducation primaire universelle [pdf] à un programme d’éducation pour tous [fr]. L’éducation primaire universelle, le deuxième Objectif du Millénaire [fr] pour le développement déclaré par les Nations Unies, visait à faire en sorte qu’avant 2015, tous les enfants du monde terminent l’école primaire, alors que l’éducation pour tous était un mouvement mondial dirigé par l’UNESCO[fr], visant à apporter les avantages de l’éducation à « tous les citoyens dans chaque société ». Avec ces gains, le Kenya ne peut pas se permettre de revenir sur ses progrès.

Le prochain défi du Kenya est maintenant de s’assurer que les élèves aient accès à des projets d’alphabétisation numérique qui fournissent non seulement une éducation conventionnelle, mais un apprentissage holistique, autonome et basé sur les compétences, afin de réaliser sa vision de l’éducation et ses objectifs de développement durable d’ici 2030.

*Pendant de nombreuses années, le quartier a été appelé « Kibera », une mauvaise prononciation du mot nubien kibra, qui désigne la forêt. La communauté nubienne du Kenya estime que l’utilisation de « Kibera » les prive de leur identité.

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Droits de l'Homme

Surveillance de masse et espionnage au Rwanda, une réalité effrayante

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Dans le cadre de l'édition 2017 de la Semaine de la croissance verte du Rwanda, un participant illustre des matériaux de construction zéro carbone. Photo du Fonds vert du Rwanda via Flickr, sous licence CC BY-ND 2.0

[box type= »shadow » ]Je vous propose cet article que j’ai traduit de l’anglais. Il a été écrit par l’avocat rwandais Louis Gitinwya, membre du Media Defence East African Lawyers Network, une ONG basée au Royaume-Uni qui forme des avocats pour faire progresser les droits numériques et la liberté des médias pour globalvoices.org qui l’a publié le 6 aout 2020.[/box]

[Sauf mention contraire, tous les liens mènent vers des sites en anglais, ndt.]

Cet article fait partie d’UPROAR, une initiative de Small Media [petits médias] qui exhorte les gouvernements à relever les défis des droits numériques lors de lExamen périodique universel (EPU) [fr]. 

L’État rwandais est construit sur deux récits concurrents.

D’une part, le Rwanda est le «chouchou des bailleurs de fonds » occidentaux, considéré comme un brillant exemple de développement africain, en particulier en ce qui concerne Internet et la transformation numérique. Le Rwanda a été mondialement reconnu pour sa large couverture de réseau mobile, son impressionnante couverture réseau 4G et sa fabrication locale de smartphones [fr]

D’un autre côté, il fonctionne comme un État autoritaire doté d’un pouvoir hégémonique et étroitement centralisé. Le parti au pouvoir, le Front patriotique rwandais (FPR), s’est positionné comme le seul garant de la paix, de la sécurité et du développement après une transition politique massive à la suite du génocide et de la guerre civile de 1994, lorsque de nombreux politiciens, journalistes et acteurs de la société civile ont été tués, déplacés ou discrédités. 

L’État justifie son contrôle strict sur la liberté des médias, la suppression de la dissidence et l’hostilité envers l’opposition comme des questions d’unité nationale, de sûreté et de sécurité, ciblant spécifiquement une diaspora politiquement active qui a fui le Rwanda pour vivre en exil après la guerre, y compris d’anciens membres des mouvements rebelles basés dans l’est de la République démocratique du Congo, ainsi que d’anciennes personnalités gouvernementales qui ont fui le Rwanda pour rejoindre des partis politiques en Europe et aux États-Unis. 

Compte tenu de l’histoire de violence ethnique qui divise le pays, le gouvernement a élaboré une stratégie sophistiquée de surveillance active et de démantèlement des voix de l’opposition par la cybersurveillance, les menaces et la violence – non seulement dans la région des Grands Lacs mais dans le monde entier.  

Au cours des trois dernières années, l’État a également élargi ses capacités locales de surveillance de masse avec la mise en place récente d’un réseau de caméras de télévision en circuit fermé (CCTV) dans les quartiers de Kigali, la capitale. 

L’État est soupçonné d’avoir fait usage à de nombreuses reprises d’outils technologiques contre des dissidents et des membres de l’opposition, comme en témoignent plusieurs affaires judiciaires où l’accusation a présenté des communications privées provenant d’applications de messagerie mobile. 

En septembre 2017, des preuves ont montré que le service de sécurité nationale et de renseignement utilisait diverses technologies et des logiciels espions pour surveiller les activités en ligne des dissidents et des membres de l’opposition.

Par exemple, quelques mois seulement après que la politicienne Diane Rwigara [fr] ait annoncé sa candidature à la présidentielle en 2017, elle a été arrêtée, avec sa mère et sa sœur, sur la base de fausses accusations d’évasion fiscale et d’incitation à la haine contre le gouvernement. Lors de l’audience préparatoire au procès, l’accusation a présenté un message audio WhatsApp prétendument pris sur les téléphones portables de Mme Rwigara et de sa mère comme preuve contre elles. On pense que les autorités ont saisi les messages grâce à des logiciels espions.

En 2019, un rapport d’enquête du Financial Times a mis davantage en lumière la tendance de l’État à surveiller de près l’utilisation des médias sociaux par les citoyens. Le rapport a révélé l’utilisation possible par l’État du logiciel espion Pegasus, fabriqué par une société de technologie israélienne.  

Grâce à ce logiciel, les agences de sécurité peuvent collecter les données [fr] des smartphones des citoyens sans laisser de trace. Cela concerne les appels téléphoniques, les contacts, les mots de passe et toutes les données transmises via des applications comme WhatsApp ou Skype.

Le droit à la vie privée [fr] est inscrit dans la constitution de la République du Rwanda ainsi que dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) [fr] dont le Rwanda est signataire. 

Mais la loi n º60 / 2013 réglementant l’interception des communications autorise le procureur à émettre un « mandat verbal » au service de sécurité nationale et de renseignement pour surveiller, intercepter et décrypter toute information générée, transmise, reçue ou stockée dans toute ressource informatique pour des raisons de sécurité nationale.

En outre, l’absence de législation spécifique sur la protection des données à caractère personnel a donné aux services de sécurité rwandais toute latitude pour collecter des données en toute impunité.

Lorsque l’État abuse des outils de surveillance, il met tous les citoyens en danger. Le Rwanda manque actuellement d’un cadre juridique approprié pour guider l’utilisation des technologies en ligne dans le contexte de la sécurité nationale. 

L’État doit réfléchir à la manière de réglementer l’utilisation et l’application de ces nouvelles technologies. L’autorisation doit reposer sur des preuves objectives provenant d’un juge ou d’un autre organe juridique indépendant. En outre, l’État devrait interdire la collecte systématique de données à caractère personnel, n’accordant des autorisations qu’en cas de nécessité absolue.

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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