Madagascar: Le rapt d'enfants pour des rançons, un business en plein essor

A gang of child abductors arrested in Antananarivo, Madagascar via @radiomada

Un gang de kidnappeurs présumés arrêté à Antananarivo, Madagascar via @radiomada

Pauvreté endémique et insécurité empêchent beaucoup de Malgaches d’envisager un avenir proche plus brillant pour leur pays. Dans les conditions économiques actuelles, des criminels ont trouvé un gagne-pain sordide : l’enlèvement d’enfants.

Madagascar connaît depuis deux ans une brutale progression des enlèvements suivis d’extorsion. Les témoignages de calvaires glaçants se multiplient sur les forums et blogs malgaches.

Voici l’histoire d’Annie et Arnaud, telle que la raconte B. Nguma, un habitant de Toamasina à Madagascar, sur le blog Housseina Writing :

Il y a quelques semaines, Annie et Arnaud, 2 enfants d’un opérateur dans le secteur du bois, ont été kidnappé à Tamatave. Les ravisseurs réclamaient une rançon de 3 millions d’euros en lançant plusieurs avertissements mais les parents des enfants n’ont pas les moyens de les payer. Les négociations étaient au point mort, mais un rebondissement macabre vient de transformer ce kidnapping en mise à mort. Annie, âgée de 14 ans, a été retrouvé morte à proximité de sa maison. Les premières analyses montrent qu’elle a été torturée pendant des heures avec un étranglement qui aurait provoqué sa mort. Les autorités tentent de retrouver Arnaud, mais la mort d’Annie laisse craindre le pire.

Petites filles malgaches, par Hery Zo Rakotondramana sur Flickr. CC BY-SA 2.0

Mbolatiana, une célèbre blogueuse malgache vivant à Antananarivo, a été émue par le calvaire d’Arnaud, un adolescent toujours séquestré par les malfaiteurs. C’est à lui qu’elle s’adresse :

J’aurais bien voulu connaître le jeune homme que tu es dans d’autres circonstances. Petit frère, te voilà propulsé d’un coup dans un monde où la turpitude des grandes personnes règne sans limite. En quelques semaines, tu as été la victime de tous les maux de ce pays qu’est le nôtre : la corruption, le non-respect des droits humains, la violence à outrance, l’esclavagisme, l’état de non-droit. Certes, petit frère, trop malheureusement, tu es loin d’être le seul. Car ils sont des milliers à être quotidiennement traités comme des bêtes, sous nos yeux. Des enfants qui sont kidnappés et que l’on ne retrouve jamais, des enfants qu’on retient comme esclaves des familles en ville comme dans les campagnes, des enfants que l’on prostitue, des enfants que l’on vend et achète pour leurs organes. Et j’en passe.

Mais cela n’enlève en rien ma tristesse quand je pense à toi. Car comme tous les autres, tu es une proie. Du fond de mon cœur, j’espère vraiment qu’un jour très proche, tu puisses le lire ce texto, libre et en bonne santé. Mais où que tu sois, sache qu’il y a des choses que l’on ne peut nous enlever : l’espoir et la liberté. Des mots forts de sens. Je sais que c’est trop facile de le dire quand ce n’est pas soi-même qui est embrigadé, enfermé. Et je te comprendrais si tu ne partages pas mon point de vue face à ce que tu as vécu. Mais une chose est sûre petit frère, l’histoire a montré que les plus grands hommes et les plus grandes femmes qui avaient changé l’humanité, ces activistes endurcis, ces faiseurs de Nations sont « nés », se sont illuminés, dans les cages noires des prisons, sous la torture et les pressions des oppresseurs. J’espère vraiment que tu t’en sortiras, que tu en seras plus fort. Sache également que des gens qui ne te connaissent pas, comme moi, te soutiennent.

Petit frère, nous gardons espoir de te revoir.

La multiplication des rapts d’enfants à Madagascar a pris une portée internationale. L’ex-ambassadeur de France François Goldblatt a fait savoir qu’il avait transmis une liste d’individus que l’ambassade soupçonnait d’être impliqués dans le trafic d’enfants. De nombreux signalements indiquent que des auteurs d’enlèvements ont été remis en liberté quelques semaines avant le récent pic de kidnappings, preuve du dysfonctionnement du système judiciaire à Madagascar.  

Deux autres enfants ont été enlevés quelques jours après Annie and Arnaud. Dans le même genre de faits, un général et trois officiers de l’armée ont été appréhendés récemment suite au rapt de la famille d’un commerçant d’ascendance chinoise.

Ariniaina, une contributrice de Global Voices, écrit à propos de la peur qu’elle essaie de cacher s’agissant de la sécurité de ses propres enfants :

Sortir avec le bébé même pour aller chez l’épicier d’en face est risqué. Je suis parent et j’ai actuellement peur pour la sécurité de mes enfants. Et je suis loin d’être la seule. Ces derniers jours, on a assisté dans les principales villes de Madagascar une vague d’enlèvements d’enfants.  Quelle est la suite de l’affaire sur l’enfant de 6 ans décapitée? Cette histoire m’a carrément glacé le sang. Je ne souhaite à aucun, même à mon pire ennemi, de vivre pareil cauchemar. La population malgache a le sentiment d’être complètement désarmée face à cette vague de kidnapping d’enfants. En effet, il semblerait que la police n’y accorde guère d’importance. Pire, selon certaine sources (en malgache), les autorités policières en viennent même à ignorer les plaintes déposées.

C’est à Amabatolampy, une banlieue de la capitale Antananarivo qu’a eu lieu en juin la décapitation d’une enfant de 6 ans. La fillette a été vue montant dans un taxi avec des inconnus qui l’avaient attirée avec des bonbons. Le mobile du crime reste inconnu à ce jour.

Certaines régions, comme celle de Sava dans le nord-est du pays, semblent moins à l’abri de ce genre de crimes. Les malfaiteurs ciblent souvent les minorités prospères d’origine étrangère. La rançon demandée va de 40.000 euros à plus d’un million, selon la famille de la victime.

 

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