Peuls, Forestiers et minorités depuis toujours marginalisés dans l’armée guinéenne

Depuis son irruption sur la scène politique guinéenne, le Président Alpha Condé a utilisé la fibre ethnique pour conquérir le pouvoir. Mais c’est depuis la présidence de Sékou Touré et de Lansana Conté que les politiques ont usé de leur talent pour allumer et attiser les tensions ethniques en Guinée. Pour mieux mener à terme leur dessein ils ont marginalisé les Peuls, Forestiers et les minorités. 

Le regretté Mamadou Kaly Bah, disparu au début de novembre 2020 avait acquis une certaine notoriété au début des années ’90 par la pertinence de ses critiques et analyses de la perversion de la politique guinéenne, au point de recevoir des menaces.

Dans ce pamphlet intitulé Regard Rétrospectif sur l’Armée Guinéenne publié le 1er Novembre 1993, il analyse les pervers de l’armée guinéenne qui s’est soldée par l’exclusion des peuls, forestiers et autres minorités dans les postes de commandement sous les gouvernements de Sékou Touré et Lansana Conté.

Je n’ai pas les données actuelles, mais il est fort probable que la marginalisation  de ces composantes de la société guinéenne n’ait pas changé, tant Alpha Condé a utilisé l’ethnie comme moyen pour se maintenir au pouvoir, notamment sa réthorique anti-peule. 

L’occasion du 35ème Anniversaire de la création de notre Armée Nationale, me donne l’opportunité de jeter un regard rétrospectif sur elle.

L’Armée Guinéenne, on le sait, vit le jour le 1er Novembre 1958, soit un mois après notre accession à l’indépendance nationale dans l’euphorie à la suite de notre vote négatif au référendum gaulliste du 28 Septembre 1958.

Nos compatriotes qui servaient alors dans l’Armée coloniale la rallièrent spontanément et volontairement en masse en rejetant les promesses alléchantes de nos anciens maîtres. Et ceux d’entre eux qui se trouvaient en dehors de la Guinée eurent à subir brimades et humiliations pour leur décision de regagner leur patrie, la République de Guinée.

C’est dire qu’elle a démarré avec des hommes dévoués à leur patrie et fermement engagés à la défendre. Mais force est de constater aujourd’hui que cette Armée n’a retenu l’attention de nos Gouvernants que dans les périodes turbulentes – pour la répression.

Les dirigeants de notre Etat temporaire  – eh oui, je dirai Etat Temporaire car 35 ans après notre indépendance on n’a pas encore commencé à fixer l’Etat guinéen sur le sol guinéen par la réalisation des attributs et des symboles de l’Etat : Présidence de la République, Casernes, Commissariats de Police, Brigades de Gendarmerie, Palais de Justice, Centres pénitentiares, Blocs administratifs, etc. se sont peu soucié du devenir heureux de cette Armée. Nos dirigeants de 1958 à nos jours se sont montrés incapables de rénover les casernes que l’armée a héritées des colons à plus forte raison les étendres (même le Gouvernement militaire a été incapable de faire en dix ans).

Et pourtant nousdevons mettre tous les corps militaires et para-militaires en casernes. C’est le minimum que nous puissions faire si nous voulons d’une Armée efficace, dynamique et disciplinée.

Le népotisme, l’ethnocentrisme et le favoritisme et leur corollaire la délation, la suspicion et l’iniquité ont empêché notre Armée de connaître des jours heureux. On a ainsi perverti notre Armée initialement dévouée et engagée. Et on en a fait autre chose qu’une école et un haut lieu de patriotisme.

Pour illustrer mon assertion sur le népotisme et l’ethnocentrisme, je propose

Tableau sur le commandement de Monsieur Sékou Touré (Mars 1984)

Dans ce tableau de Monsieur Sékou Touré, sur les 17 postes clefs, nous avons :

Ethnie
Officiers supérieurs
Malinké (ethnie du Président Touré)
13
Soussou
4
Peulh
0
Forestier
0
Minorités
0

 

Et voici le tableau de Monsieur Lansana Conté

Et dans ce tableau de Monsieur Lansana Conté sur les 29 postes-clés nous avons :

Ethnie
Officiers supérieurs
Soussou (ethnie du Président Conté) 20
Malinke 8
Peulh 1
Forestier 0
Minorités 0

 

Tout un chacun peut se faire une idée sur les mobiles et les arrières-pensées qui motivent les auteurs de ces aberrations. Mais force est de constater que dans les deux cas on a ignoré le Peulh, le Forestier et les minorités.

Alors a-t-on peur d’eux ? Ou bien ne les aime-t-on pas ? Ou encore ne sont-ils pas dignes de confiance ? Et pourtant la Guinée étant au pluriel, il faut absolument faire confiance à tous les Guinéens de toutes les ethnies sinon nous allons sûrement casser la Guinée un jour et tout le monde en pâtirait.

Alors je demande solennellement à tous les Chefs et Commandants actuels des Armées de se remettre en cause et démissionner afin de permettre à Mr. Lansana Conté de répartir les postes de commandement proportionnellement entre toutes les ethnies guinéennes. Moi je conteste à Mr Lansana Conté le droit de nommer uniquement les siens – s’il ne me fait pas confiance moi non plus je ne lui ferai pas confiance car son principe sacro-saint selon lequel «ton parent peut te tromper mais il ne te trahira jamais » est aussi vrai pour moi. Et je suis bien averti par l’assassinat de feu Mamadou Alpha Diallo, cuisinier à Sogetrag, à Matam le 28 Septembre 1993 à 10h 30 par ce militaire qui a haineusement crié en tirant sur lui à bout portant :

N’gbe fe muna carte fema Fule naara.
« Je me moque du problème de carte car c’est un Peulh. »

Et ce n’est pas non plus la vaine tentative de l’avocat du diable Mr. Mohamed Sampil, Directeur adjoint de Sogetrag, de faire dire au témoin oculaire, Abdoul Kabirou Diallo, conducteur à Sogetrag, que Mamadou Alpha Diallo a été victime d’une balle perdue ou les menaces proférées contre lui à la suite de son refus de cacher la vérité comme on le voulait, qui me feront démordre. Je suis aussi averti par la descente du « vaillant et valeureux chef guerrier » Sama Panival Bangoura à Simbaya, le 29 Septembre 1993, à la tête d’une compagnie de Bérets Rouges assoiffés de sang. Laquelle compagnie sema la terreur dans le quartier et se distingua horriblement en assassinant gratuitement et lâchement des gamins

dont le seul crime était d’appartenir à une autre ethnie qu’eux.

L’Armée et les forces de sécurité doivent être au service de la Nation et non à la dévotion d’un individu ou d’une ethnie. C’est pourquoi nous ne devons plus et ne pouvons plus accepter, admettre ou tolérer que leurs chefs soient de la même ethnie.

Il faut aussi renvoyer toutes les recrues de cette année afin de mettre définitivement fin à la tentative de soussouiser l’Armée Guinéenne. Nos forces armées doivent fidèlement refléter la physionomie de la Guinée tout entière : ce qui nous éviterait les malheurs du Togo ou du Burundi.

Et pourquoi les commandos que les Marines américains sont entrain de former à Labé dans les anciens locaux de l’ex-4ème Compagnie des Paras sont à 80% Soussous ?

Pourquoi encore certains militaires n’ont eu aucun avancement alors que les favoris sont avancés de 4 à 5 fois depuis 1984 ?

Les camarades de classe de Harouna Conté, jeune frère de Monsieur Lansana Conté, – classe 1970 – se demandent et moi avec eux comment et pourquoi ce sieur qui ne sait ni lire ni écrire est aujourd’hui Sous-Lieutenant alors que eux ils sont sergents ou sergents-chef et eux ils savent lire, compter et écrire ?

Il y a aussi lieu de se demander pourquoi Nestor Bangoura, frère de Mme Henriette Conté, qui s’est rendu coupable de vol de plus de 400,000 000 de FG à Kindia a été promu Sous-lieutenant et affecté à Monrovia (Ecomog) dans les mêmes fonctions de Trésorier au lieu d’aller en prison ?

Notre Armée est assurément malade de ses chefs mais j’espère qu’elle se portera mieux après le changement que Mr. Lansana Conté est obligé de faire. Chacun se sentira mieux car seront du passé les anomalies par exemple de la Marine que son Chef, le Lt. Col. Amara Bangoura a transformée en une entreprise soussou à sa dévotion :

  1. Chef d’Etat-Major : Lt-Col. Amara Bangoura
  2. Adjoint : Cdt. Morlaye Camara
  3. Commandant ROM Nord : Cdt. Fode Boubacar Camara
  4. Commandant ROM Sud : Cdt. Fode O. Moussa Camara
  5. Administration : Cdt. Kanfory Sylla
  6. Commandant Dock Flottant : Cdt. Aboubacar Diarra

Cette entreprise soussou, disé-je, est au seul service de son Président-Directeur général, le Lt.-Col. Amara Bangoura, et ses sources sont :

  1. Les recettes du transport effectué par les chalans
  2. Les recettes du Dock Flottant (en devises)
  3. Les saisies en mer
  4. Le trafic de carburant et lubrifiants

Ou encore, le cas de l’aviation militaire où le Lt. Colonel Raymond Bangoura, le Chef d’Etat-major, est personnellement et directement impliqué dans le trafic de kérosène.

Armée Guinéenne, il est regrettable de constater que tous les véhicules en situation irrégulière du point de vue immatriculation ou taxes uniques appartiennent à des hommes en tenu. Quel dommage, il est souhaitable que les auteurs de ces pratiques anormales fassent amende honorable afin de préserver le prestige et la réputation de l’Armée.

Officiers, sous-officiers et hommes de troupes de l’Armée Guinéenne, pour l’amour de la patrie, refusez d’être les bourreaux de vos concitoyens. Votre noble mission est de défendre la Guinée et tous les citoyens guinéens et leurs biens. Vous ne devez en aucun cas verser le sang de vos concitoyens.

Armée Guinéenne, la traversée du désert a été jusqu’à maintenant rude et longue, mais un jour que je souhaite être très prochain elle finira. Et tu auras tes casernes, ton équipement et même ton Centre hospitalier entre autres, ta patrie te le doit, elle te le donnera. Les injustices et les iniquités disparaîtront définitivement de la réalité de l’Armée, qui deviendra le creuset de l’unité nationale.

Armée Guinéenne, Bon Anniversaire.
Vive la Guinée – Vive la République.

Conakry, le 1er Novembre 1993

Mamadou Kaly Bah

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