Baldet Ousmane (1924-1971), premier gouverneur de la Banque Centrale, ancien ministre, pendu à Conakry le 25 janvier 1971

Ousmane Baldet (ou Baldé) est issu de la lignée des  Uururɓe Kulunnaaɓe ou Kulunnanke (Mbal-Balde), fondatrice et régnante du diiwal (province) de Koyin dans la Confédération musulmane du Fuuta-Jalon (1725-1897). L’administration coloniale française déplaça le siège de la région  à Tougué vers 1915.

L’étudiant Ousmane termina ses études à l’Ecole William Ponty de Gorée avec un diplôme d’administrateur en 1944.

Après la proclamation de la république, le 2 octobre 1958, sa formation et son expérience sont des atouts précieux pour le jeune Etat cruellement dépourvu de cadres. En 1960, Sékou Touré décide abruptement de transformer la Guinée en zone monétaire indépendante de la zone CFA. Ousmane Baldet est nommé Gouverneur de la Banque centrale.

Premier Franc guinéen, lancé en mars 1960 (ici le billet de 100 frs. côté arrière).

Compétent et intègre, il occupe une place prépondérante dans le domaine des finances et des banques.

Successivement gouverneur de la BCRG, secrétaire d’Etat aux Finances; au Contrôle financier ; et au Commerce,  il est au courant des magouilles financières  Sékou Touré. Sa connaissance intime des manipulations économiques du chef de l’Etat explique que le président l’implique sans preuves dans l’attaque guinéo-portugaise contre le régime.

Arrêté en décembre, il est jugé en son absence — le comble du déni de justice — comme tous les autres accusés.

Ousmane Baldet est pendu le 25 janvier 1971 avec Barry III, Moriba Magassouba et Kara Soufiana Keita au Pont Tombo. La même nuit enregistra des dizaines d’exécution par le fusil ou la corde à travers la Guinée. Ce fut le paroxysme du réflexe assassin et de la folie meurtrière de Sékou Touré.

Les extraits suivants sur la fin tragique d’Ousmane Baldet proviennent de témoignages de survivants du Camp Boiro.

 « M. Ousmane Baldé est d’une dignité et d’une discrétion irréprochables. Sa hauteur de vue et son courage font de lui un homme exceptionnel. A aucun moment, il n’a tapé à sa porte, ni quémandé le moindre service. Il était entouré de respect et d’une déférente considération de la part des geôliers même les plus intraitables. »
Kindo Touré. Unique Survivant du “Complot Kaman-Fodéba

« Baldet Ousmane fut pendu parce qu’il était un bon technicien des finances et en savait long sur les méthodes par lesquelles le Clan Touré s’était  approprié le trésor du pays. »
 Mahmoud Bah. Construire la Guinée après Sékou Touré.

« La création d’un Ministère du Contrôle Financier en 1967 avait suscité beaucoup d’espoirs. A sa tête avait été nommé Baldet  Ousmane, haut fonctionnaire compétent et honnête. De nombreuses missions de contrôle furent envoyées à travers le pays. Leurs rapports dévoilèrent beaucoup de malversations mettant en cause les plus hautes autorités de l’Etat. Il fallait se débarrasser de ces gêneurs du Ministère du Contrôle Financier. La purge sanglante consécutive aux évènements du « 22 novembre 1970 » fut l’occasion  de les éliminer, notamment Baldet Ousmane, pourtant fidèle serviteur du régime qui finit pendu sous le pont « Fidel Castro Ruz ».
Maurice Jeanjean. Sékou Touré, un totalitarisme africain

« Je finis par me pencher sur le questionnaire du ministre : il comporte douze feuilles dactylographiées, avec un tel nombre de questions que j’en suis surpris. Je les feuillette au hasard et je lis :

« Vous êtes le membre le plus influent, avec Baldet Ousmane, du Front anti-guinéen qui se fait pompeusement appeler Front de libération nationale, et qui veut libérer la Guinée de sa liberté, comme l’a dit le Responsable suprême de la Révolution. De plus, vous êtes membre fondateur en Guinée du réseau foccardien 16. Dites-nous… ? »

Baldet Ousmane, plusieurs fois ministre, l’un des meilleurs spécialistes guinéens des Finances publiques, a été pendu dans la nuit du 24 au 25 janvier 1971. En me mettant sur un pied d’égalité avec lui, dans le cursus honorum [l’échelle des honneurs] de la contre-révolution, le comité a du même coup, déterminé la sanction qui va me frapper : la peine capitale. Je ne me fais aucune illusion. Seulement, je souhaiterais être fusillé plutôt que pendu. »
Alpha-Abdoulaye ‘Portos’ Diallo. La vérité du ministre. Dix ans dans les geôles de Sékou Touré

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Ce billet a été extrait du blog webguinee.net du feu Prof. Tierno Siradiou Bah, fondateur et éditeur de webAfriqa, le portail de contenu africain, comprenant: webAFriqa.net, webFuuta.net, webPulaaku, net, webMande.net, webCote.net, webForet.net, webGuinee.net, WikiGuinee.net, Campboiro.org, AfriXML .net, et webAmeriqa.com.

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