La Mauritanie emprisonne, les États-unis récompensent les militants anti-esclavage

Le 5 juillet 2016, sous le titre de Le régime mauritanien emprisonne des activistes de la lutte contre l’esclavage, j’ai écrit un article pour dénoncer les arrestations en cours en Mauritanie de militants anti-esclavagistes.

La révision a été faite par mon ami Lova Rakotomalala, responsable des contenus originaux concernant les pays francophones publiés sur Global Voices.

Capture d’écran d’un entretien avec Biram Dah Abeid Président de l’Ira- Mauritanie sur Dakar actualités

Suite à des affrontements advenus le 29 juin entre résidents en colère et forces de l’ordre lors d’une opération visant à expulser les habitants d’un bidonville du quartier de Ksar, à l’ouest de Nouakchott, la capitale, plusieurs militants pour la défense des droits humains ont été arrêtés chez eux et leurs domiciles fouillés, sans mandat.

Un billet publié sur la Page Mauritanie de Facebook intitulé Evènement du KSAR: “Les RG ont utilisé des malfaiteurs pour tremper IRA“, donne des détails:

Selon la version officielle, un terrain appartement à un homme d’affaires a été squatté par des centaines de familles de la communauté harratine, il y a de cela plusieurs décennies. Ce terrain était destiné à un complexe hôtelier. Le projet n’a jamais eu lieu, et le propriétaire a finalement morcelé ce vaste espace situé en face de l’hôpital Bouamatou qu’il aurait vendu en lopins de terres.

Soucieux de présenter une image moins reluisante de la Mauritanie à quelques encablures d’un Sommet arabe extraordinaire, les autorités auraient décidé de faire déguerpir les familles installées. Un deal aurait ainsi été conclu aux termes duquel les habitants seront déplacés vers une zone périphérique de Nouakchott en contrepartie de lopins de terre qui leur seront attribués plus une compensation financière symbolique.

Un montant de six millions d’ouguiiyas aurait été remis à des représentants des familles. Seulement, il semble qu’une partie d’entre elles n’étaient pas au courant au deal et n’a reçu ni compensation ni lopin de terre. Une autre version soutient que toutes les familles recensées dans le squat ont bénéficié des mêmes égards.

Cependant, l’internaute Diko dito, comme de nombreux autres internautes, place ces arrestations dans un contexte plus large ciblant les responsables d’organisations anti-esclavagistes. Dans un billet intitulé Alerte : IRA-Mauritanie est encore ciblée par les autorités, il dénonce sur le site rapideinfo.net l’arrestation des militants de l’organisation IRA-Mauritanie:

Après l’arrestation de Diop Amadou Tidjane, vice président de l’organisation, Abdallahi Fall, responsable de section à Sebkha un quartier de Nouakchott, Moussa Birame, et Jemal, militants de base, voici qu’ils ont procédé à l’arrestation, ce matin 1 juillet 2016, de Balla Touré secrétaire aux relations extérieures de l’organisation.

Nous attirons l’attention de tous les amis et partenaires sur l’état de santé de Diop Amadou Tidjane qui souffre de troubles cardiaques…

Écrivant sur kassataya.com, K.S trouve que ces arrestations en plein mois de Ramadan dans une république islamique n’honorent pas ses responsables:

Considérée comme une provocation injuste, les occupants n’ont pas voulu se laisser faire, et l’affrontement avec les flics a été très rude. À l’image d’une camionnette aux couleurs de police, en piètre état, et plusieurs manifestants « résistants » très affectés, on se demandait comment et pourquoi dans un pays dit musulman, en plein mois de ramadan censé être « Paix, Piété et Solidarité », des pareils accrochages se passent entre l’ordre étatique et certains milieux sociaux modestes.

Au lendemain de ces événements qui n’honorent personne finalement, la figure incarnant l’État en premier Ould Abdel Aziz, hier on apprenait l’arrestation illégale de monsieur Diop Amadou Tijane l’un des vice-présidents d’IRA-Mauritanie et d’autres militants.

Alors que les autorités affirment que les militants ont été arrêtés sur les lieux des affrontements, IRA-Mauritanie a publié un communiqué de presse affirmant:

… tôt le matin du 30 juin 2016, des éléments de la police ont procédé à l’arrestation de 5 militants d’IRA-Mauritanie chez eux, dans leurs domiciles, contrairement à la thèse du gouvernement qui prétend les avoir arrêté sur les lieux de la manifestation, le vice-président Amadou Tidjane Diop, Abdellahi Matalla Saleck responsable de la section IRA de Sebkha (quartier périphérique de Nouakchott) ainsi que les militants Moussa Biram, Jemal Beylil, Khattri Rahel qui a été arrêté ce matin et Samba Fall. Tous ont été conduits á des destinations inconnues.

En plus des militants de IRA, d’autres personnes connues pour le soutien qu’elles apportent aux victimes de ce genre d’affaires ont été arrêtés, dont activiste Mohamed Razgua, sympathisant d’IRA-Mauritanie. Mais il est important de souligner que les différents commissariats de police de Nouakchott, ont été transformés en centre de détention de dizaines de personnes ….internées depuis plusieurs jours et sans aucun contact avec leurs familles ou des avocats.

Le Premier Juillet, tôt le matin, la police procède à l’arrestation de Balla Touré, secrétaire aux relations extérieures d’IRA-Mauritanie, la police l’a arrêté chez lui aussi. Son domicile, comme celui de Amadou Tidjane Diop, a été perquisitionné, ainsi que le bureau de l’association POP-DEV, ses ordinateurs ont été emportés ; et tous ces actes de la police ont été exécutés sans aucun mandant déclinés aux personnes arrêtées.

Dans sa publication rappelée plus haut sur Facebook Page Mauritanie confirme ces faits, dénonçant l’abus de pouvoir de l’administration:

Hamady a également relevé la contradiction flagrante contenue dans la déclaration télévisée du Wali de Nouakchott-Ouest qui a attesté que les personnes arrêtées l’ont été sur les lieux, alors que tout le monde sait qu’ils ont été cueillis un par un dans leur domicile. «Pourquoi la police n’a pas arrêté les gens qui étaient à l’origine des violences sur les lieux où elles se sont produites ? »

Beaucoup au sein du mouvement trouvent que le jeu des autorités est si grotesque qu’elles ont dévoilé leur intention en accusant directement IRA avant même que la moindre enquête ait été diligentée pour situer les responsabilités.

Biram DAH ABEID, Président de cette organisation, lauréat de plusieurs distinctions internationales n’a été libéré qu’en mai dernier après 18 mois de détention. Pour les détails lire ce billet Des militants arrêtés pour avoir dénoncé ”l’esclavage foncier” en Mauritanie. Dans une interview accordée récemment à seneweb.com, il révèle la triste réalité sur leurs conditions de vie:

Au moins 50% des mauritaniens subissent, toute leur vie durant, les effets psychologiques et symboliques de l’infériorité raciale, car il s’agit aussi de cela, de cette propriété exercée sur un être humain par son vis-à-vis, il résulte que la majorité relative des mauritaniens naissent esclaves, ils sont attachés à la famille de leurs maîtres qui ont sur eux, le droit de vie et de mort. Nombreux travaillent sans repos, sans salaires au profit de leur maître. Ils n’ont pas le droit à l’éducation, de se déplacer, de voyager ou de se marier, sauf avec l’assentiment de leur propriétaire.

Le maître aussi a le droit de cuissage sur toutes les filles ou femmes esclaves. Par exemple, un maître qui a 100 femmes esclaves filles, peut en abuser sexuellement, sans restriction de nombre ni d’échéance. Il en a le droit, entre guillemets, c’est-à-dire le Droit Mauritanien, le Droit édicté par le code d’esclavage de la communauté dominante mauritanienne, les arabo berbère. Ils l’appellent le livre islamique, mais nous, nous l’appelons le livre esclavagiste, le livre anti islamique. C’est cette littérature de la honte que moi, personnellement, j’ai incendié, en public, dès le mois d’avril 2012.

La barbarie atteint des niveaux difficiles à croire. Selon M.Biram DAH ABEID, le livre islamique édité par les autorités, que lui il qualifie de  littérature de la honte qu’il a incendié, en public, en avril 2012, enseigné dans les écoles et universités. Il prévoit:

Qu’ils soient gagés, cédés ou loués, il a été créé, au service de cette infamie, un prétendu «droit musulman», que nos écoles et université islamiques enseignent encore. Les auteurs autorisent aussi la castration des esclaves.

Quand un Hratin se distingue par sa beauté ou tout autre attrait physique, le maître arabo berbère pouvait le castrer pour éviter un mélange de sang, afin que les femmes ou les filles du maître ne soient tentées par des aventures sexuelles constitutives de mésalliance, voire source de dégradation de la généalogie.

Dans une publication datée du 4 juillet 2016, Amnesty International invite les autorités mauritaniennes à révéler le lieu de détention, inculper d’infractions prévues par la loi ou libérer les militants arrêtés entre le 29 juin et le 3 juillet, qui seraient au nombre de neuf.

Pendant que chez eux, ils continuent à être harceler, les États unis d’Amérique attribuaient le Prix des héros contre l’esclavage et la traite des personnes à Biram DAH ABEID, Président et  Brahim BILAL RAMDHANE Vice président d’IRA – Mauritanie. Ce prix a été institué récemment pour encourager les personnes qui luttent dans leurs pays respectifs contre l’esclavage ou la traite des personnes.

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