Les pays africains lusophones peuvent-ils résoudre la crise énergétique de l’Europe ?

L'Angola, la Guinée équatoriale et le Mozambique disposent d'énormes réserves de gaz

Lorsque la Russie a envahi l’Ukraine pour la première fois, plusieurs personnes se sont interrogées au sujet de l’impact sur l’économie mondiale, en particulier sur  le secteur de l’énergie. Les analystes anticipent une hausse des prix alimentaires, comme le blé, ainsi qu’une éventuelle pénurie de gaz pour plusieurs pays européens. Pour cette raison, les pays occidentaux tentent de diversifier leur dépendance vis-à-vis du gaz russe et se tournent même vers les pays africains producteurs de gaz comme alternative viable.

Le 12 mai, l’analyste Marisa Lourenço, de Control Risks, qui surveille les économies lusophones, a déclaré à Lusa que l’Angola était le pays africain ayant le plus grand potentiel pour répondre aux besoins énergétiques de l’Europe :

L’Angola a le plus grand potentiel pour répondre aux besoins énergétiques de l’Union européenne à court terme ; c’est l’un des rares pays de la région qui exporte déjà du gaz vers les marchés internationaux, notamment le Brésil, le Japon, la Chine et la Corée du Sud.

La capacité à augmenter la production de gaz, ainsi que la chaîne d’approvisionnement bien établie, font de ce pays [l’Angola] le gagnant immédiat du changement géopolitique provoqué par la guerre en Ukraine, la Guinée équatoriale, la République démocratique du Congo, la Mauritanie et le Sénégal étant bien placés pour en bénéficier dans les deux ou trois prochaines années.

Non seulement l’Angola dispose d’une infrastructure d’exportation qui lui donne un avantage sur ses pairs régionaux, permettant à l’Union européenne d’accéder aux chaînes d’approvisionnement, mais les grandes compagnies pétrolières ne doivent pas investir beaucoup de capitaux pour accéder aux réserves et sont en mesure d’augmenter la production.

L’un des arguments de vente est que l’Angola possède sa propre société de gestion des ressources, Sonangol. Pour l’analyste, c’est cette infrastructure qui peut attirer des travailleurs étrangers hautement qualifiés, et de nombreux pays européens considèrent l’Angola déjà comme un partenaire.

Il convient également de noter que des opportunités pour l’Angola peuvent découler des liens historiques avec le Portugal. L’Angola a également renforcé ses relations avec l’Allemagne et la France depuis l’arrivée au pouvoir de João Lourenço en 2017. Le président angolais a visité plusieurs pays européens au cours des derniers mois.

En avril de cette année, il a été rapporté que l’Italie voulait plus de gaz angolais afin de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie. À cette fin, l’Italie et l’Angola ont signé un accord de coopération énergétique visant, entre autres, à augmenter les exportations de gaz angolais et à réduire la dépendance du pays européen vis-à-vis des approvisionnements russes.

Le 18 mai 2022, les principaux producteurs et exportateurs de pétrole d’Afrique se sont réunis à Luanda, la capitale angolaise. Ils cherchaient des solutions pour augmenter les investissements dans le secteur pétrolier et la transition énergétique.

On s’attend à ce que la Guinée équatoriale et le Mozambique, deux autres pays africains lusophones, soient parmi les plus grands producteurs de gaz au monde d’ici la fin de la décennie. Toutefois, certains responsables notent que la situation politique tumultueuse au Mozambique pourrait entraver ses progrès.

Le Mozambique, comme le Nigeria, ne sera pas en mesure de saisir cette opportunité, le premier en raison de la situation sécuritaire volatile et le second en raison du développement limité du secteur gazier et d’un cadre réglementaire confus.

L’insurrection armée dans la province mozambicaine de Cabo Delgado ralentit la progression du pays, qui est passé du statut de petit producteur vendant la majeure partie de sa production à l’Afrique du Sud à celui d’exportateur mondial. Les exportations devraient commencer en 2026, « mais cette date reste soumise à l’instabilité de l’environnement sécuritaire. »

En mars de cette année, le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, s’est rendu au Mozambique et a confirmé la poursuite des investissements d’Eni dans la prospection de gaz naturel à Cabo Delgado; ce qui, selon lui, serait un atout pour les économies du Mozambique et de l’Italie. Il est entendu qu’Eni prévoit de commencer cette année l’exploration de gaz dans la zone 4 du bassin de Rovuma, dans un projet qui consiste en des puits sous-marins et une plate-forme flottante avec une production de 3,4 millions de tonnes par an.

Dans le cas de la Guinée équatoriale, l’analyse indique que le pays devrait bénéficier de ses liens avec l’Espagne, qui est son principal partenaire commercial :

Cela signifie que [le pays] aura l’opportunité de relancer les champs de gaz dormants pour servir d’autres marchés de l’Union européenne dans les deux ou trois prochaines années.

La Guinée équatoriale, comme l’Angola, dispose d’une infrastructure d’exportation prête, avec des expéditions non seulement vers l’Espagne mais aussi vers le Chili et les États-Unis, mais une bureaucratie inefficace entrave l’attractivité du marché, bien que l’augmentation de la demande et l’opportunité pour les grandes compagnies pétrolières de s’éloigner de la Russie pourraient entraîner des améliorations de l’environnement commercial.

Au-delà des pays lusophones d’Afrique, il existe d’autres sources gazières potentielles. Par exemple, en avril de cette année, la troisième économie de l’UE, l’Italie, a conclu un accord avec l’Algérie pour augmenter ses importations de gaz naturel. Le pays d’Afrique du Nord fournit déjà du gaz à l’Europe via trois gazoducs, dont l’un va jusqu’en Italie. Les deux autres gazoducs sont reliés à l’Espagne.

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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par Global Voices Lusofonia en portugais pour le réseau globalvoices.org et son  rédacteur en chef Dércio Tsandzana l’a traduit en anglais. La traduction en anglais a été publiée le 31/05/2022 et en français le 9/06/2022.

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