Un autre pouvoir qui a menti à son peuple sur la santé de son président jusqu'à sa mort

Cet article du blogueur zambien Gershom Ndhlovu, qui fait partie du réseau Global Voices online, que j’ai traduit de l’anglais nous décrit une situation assez fréquente parmi les dirigeants du monde entier, mais particulièrement en Afrique du Nord au Sud. Lorsqu’un chef de l’état est malade, les citoyens de son pays sont les derniers à en être informés. Les exemples ne manquent pas. Dans le passé, cette comédie faite de mensonges a été servie aux ivoiriens par le pouvoir du Président Félix Houphouët-Boigny aux gabonais avec Omar Bongo Ondimba, aux algériens avec Mohamed ben Brahim Boukharouba et Abdelaziz Bouteflika, aux guinéens avec Lansana Conté et le Sékou Touré, etc.

En Zambie, le changement a été plus visible car leur nouveau président est un blanc. Ça ne me choque nullement, au contraire pour moi c’est une preuve de tolérance que les citoyens d’un pays aient les mêmes droits, indépendamment de leur race, orientation sexuelle et foi. Étrangement, étant né de parents immigrés, il ne pourra même pas être candidat aux élections présidentielles du 20 janvier prochain car la constitution de son pays pratique lui barre le passage. La lutte pour le pouvoir, cependant, ne l’épargne pas car bien que la constitution ne prévoit pas la démission d’un président intérimaire, 14 des 17 membres du gouvernement ont voté une motion de défiance contre lui. Cependant, il refuse d’en tenir compte!

Laissés dans l’ignorance sur la maladie de leur président, les Zambiens étaient plus en colère que choqués d’apprendre que le cinquième président de la République, Michael Sata, affectueusement surnommé King Cobra, était décédé à Londres le 28 octobre.

Le gouvernement a récemment reconnu que le président était malade mais il a attendu jusqu’au 20 octobre, quatre jours avant le 50e anniversaire de l’indépendance de la Zambie, quand M. Sata a du être évacué en Grande-Bretagne pour un traitement médical d’urgence. C’est à ce moment que la présidence a déclaré laconiquement :

Son Excellence, M. Michael Chilufya Sata, Président de la République de Zambie, est parti  la nuit dernière pour une visite médicale à l’étranger […] La Première Dame, Christine Kaseba, certains membres de la famille et son attaché de presse ont accompagné le chef de l’Etat.

Ce n’était pas le premier voyage du président à l’étranger pour rencontrer des médecins étrangers, mais c’était la première fois que les autorités admettaient officiellement que le Président Sata avait besoin de traitements médicaux. Dans le passé, son administration niait les rumeurs répandues par des membres du gouvernement à propos de sa santé chancelante, soutenant que M. Sata allait très bien et qu’il était occupé au travail. Cette année, le gouvernement avait déclaré aux journalistes que M. Sata avait passé un séjour de travail en Israël, bien plus tard, les médias israéliens ont rapporté qu’il était là pour recevoir un traitement médical.

La curieuse manière de gérer les relations publiques du gouvernement zambien ne sont pas passées inaperçues dans les médias sociaux. Sur Facebook, BM Jermaine Sikombe a reproduit la vague déclaration de la présidence annonçant le décès de Sata. M. Sikome se moque de sa formulation, invitant l’administration à assumer ses responsabilités d’avoir laissé l’opinion non informée de manière responsable:

COMME VOUS LE SAVEZ, S. E. M.. MICHAEL CHILUFIYA SATA, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DE ZAMBIE RECEVAIT DES TRAITEMENTS MÉDICAUX À LONDRES, AU ROYAUME-UNI

IL A QUITTÉ LA ZAMBIE AVEC LA PREMIÈRE DAME ET D’AUTRES MEMBRES PROCHES DE SA FAMILLE LE 20 OCTOBRE 2014;

CEPENDANT, C’EST AVEC LE COEUR LOURD QUE NOUS NOUS ADRESSONS À VOUS AUJOURD’HUI, POUR INFORMER LA NATION QUE NOTRE BIEN-AIMÉ PRÉSIDENT ET LEADER MICHAEL CHILUYA SATA EST DÉCÉDÉ

M. Sikomb écrit :

Et puis quelqu’un sans aucune émotion et d’une manière confuse, commence à lire la déclaration…”Comme vous le savez, Son Excellence M.. Michael Chilufya Sata, … .. “.

Que savions-nous et qui nous a dit qu’il était à Londres ? Pouvons-nous arrêter désormais cette comédie ??

Sur sa page Facebook, M. Emmanuel Mwamba, l’ancien porte-parole du deuxième président de la Zambie, feu Frederick Chiluba, a écrit:

Lorsque les Zambiens ont découvert les images tristes d’un président fragile et clairement souffrant en avril 2014, qui ont  immédiatement suscité des sentiments d’inquiétude et d’anxiété, les responsables gouvernementaux ont minimisé leurs préoccupations.

Le ministre des Affaires étrangères M. Harry Kalaba a régulièrement fait des déclarations ridicules à Radio Phoenix telles que “les dirigeants de l’opposition qui mettent en cause la santé du président Sata sont malveillants”. ”Sata survivra aux ennemis qui lui souhaitent la mort”, “le président Sata jouit de la meilleure santé “.

Ce qui a suscité la préoccupation, c’est la manière dont le Président Sata a été trimballé en Afrique du Sud, en Inde, au Royaume-Uni et en Israël, secrètement et silencieusement.

Récemment, le pays a retenu son souffle quand le Président Sata a ouvert la quatrième session du Parlement le 19 septembre 2014. Il avait l’air sérieusement malade.

M. Sata avait disparu de la scène publique [fr] en juin dernier, après avoir rencontré une délégation de hauts fonctionnaires chinois. Il est brièvement réapparu à l’ouverture officielle de la session parlementaire 2014-2015, où il n’a pas lu le discours préparé. Il s’est ensuite rendu à New York pour comparaître devant l’Assemblée générale des Nations Unies, mais il a raté l’heure qui lui était allouée pour prononcer son discours.

Les déclarations publiques de responsables zambiens sur la santé de Levy Mwanawasa, troisième président du pays, qui est mort en exercice d’un AVC en 2008 étaient également trompeuses.  Mwanawasa était dans un lit d’hôpital quand son vice-président, Lupando Mwape, déclarait aux médias que le président faisait son jogging à Londres.

En juin 2008, le Président Mwanawasa s’est effondré lors d’une réunion de l’Union africaine en Égypte. Il a été transporté en France, où il est mort quelques semaines plus tard [fr].

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