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Guinée: Le paroxysme de la barbarie révolutionnaire de Sékou Touré

Introduction

Dans ce billet, j’emprunte à Jean-François Alata des extraits de son livre dédié à son père Jean-Paul Alata, intitulé  Alata, l’Africain Blanc. Il est né d’un premier mariage, mais a accepté le second mariage de son père avec une guinéenne du nom de Ténin et il l’a suivi en à Conakry, où il a vécu avec lui.  Après son père, il a été arrêté suite à l’agression du 22 novembre 1970.

Jean-François était lié d’une grande amitié avec un des fils de Barry III du nom de Alpha. Le 25 janvier 1971, il venait à peine de sortir du camp Boiro, lorsqu’il reçu à son bureau son ami. Tous les deux ont leur père dans les griffes de la meute des tortionnaires aux commandes de Sékou Touré.

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Source: Oumar Diaby, Aissatou Baldet, Alpha M. Diallo, via campboiro.org

Après avoir décrit l’horreur dont le pont Tombo a été lé théâtre, il nous révèle deux faits qui ont une certaine importance. Il nous révèle les bruits qui ont couru après les pendaisons sur le courage de Barry III qui exhortait ses camarades d’infortune à faire face à leur triste sort et de mourir dans la dignité. Enfin la description des mines et des corps qui balançaient sous le pont l’incitent à avancer la thèse que peut-être les victimes pourraient avoir été exécutées avant leur pendaison.

Barry III était un ami proche à mon père et ils étaient apparentés par le mariage entre leurs grandes familles. Le sort a voulu que le jour-meme de ces pendaisons, mon qui avait été parmi les premiers hommes d’affaires à être arrêtés, soit libéré et qu’il voit le corps de son ami pendu en rentrant à la maison.

Début de l’extrait: 

Alors qu’il planchait depuis peu sur sa table à dessin, un de ses collègues vint le prévenir que quelqu’un le réclamait dehors.

Jean-François sortit sur la véranda qui courait tout le long du bâtiment. Il reconnut la silhouette mince qui l’attendait à côté d’un des poteaux de la galerie Le jeune homme semblait visiblement bouleversé.

— Alpha ! Tu en fais une tête ! Qu’est-ce qui s’est encore passé ?

Un doute l’effleura insidieusement. Des bruits couraient au sujet des condamnés à mort qui devaient être exécutés publiquement et sur le clan farouchement opposé à la perpétuité de Jean-Paul, clémence inacceptable. Ce clan ne cessait de se battre pour transformer sa peine en peine capitale.

Alpha s’approcha de lui et il lut sur son visage l’immense désarroi d’un être blessé à en perdre la raison.

— Jean-François ! Tu n’es pas encore au courant ? Il faut que tu m’accompagnes au pont de Tumbo. Je n’ai pas la force d’y aller seul.

— Qu’est-ce qu’il y a là-bas?

— Ils ont exécuté des condamnés, pendu cette nuit ! On m’a rapporté que mon père…
Il réprima par fierté un sanglot et se détourna pour ne rien montrer de son chagrin. Une image horrible s’imposa à l’esprit de Jean-François.

— C’est pour cette raison qu’ils ont bloqué l’autoroute et la bretelle… Jean-Paul ?

— Je ne sais pas !

Il grimpa dans sa voiture garée à quelques pas, en compagnie d’Alpha. Un superbe flamboyant ornait le petit parking et à quelques mètres, à l’entrée du port, un immense fromager lui tenait compagnie, seuls rescapés d’une crise de mysticisme de Sékou Touré qui avait fait abattre tous les fromagers et flamboyants qui ornaient l’avenue de Conakry et en faisaient son charme: un fromager avait eu la malencontreuse idée de s’écrouler, un jour, au passage d’un convoi présidentiel, le tronc consumé de l’intérieur. Pour certains animistes, le fromager est l’habitat des esprits et des génies et en particulier de Mami Wata. Jean-François ne pouvait concevoir que la nature si généreuse offrit en permanence une telle quiétude que les autorités s’évertuaient à troubler.

Le charme fut vite rompu. Lorsqu’ils approchèrent de la digue, la foule devenait si compacte qu’ils furent obligés d’abandonner la voiture en bordure de trottoir, près de l’école primaire de Coronthie. Ils marchaient dans la foule dense, en silence, entraînés par le flot vers le mont Golgotha.

Ils longèrent le Palais du peuple, dépassèrent le coude que la route faisait sur la gauche. La foule était étrangement calme. Pas un commentaire, contraste insolite entre ce silence relatif et cette multitude La masse s’écoulait lentement, en un mouvement rythmé par le bruit cadencé des pas.

Jean-François et Alpha marchaient contre le terre-plein central, fleuri et piétiné par les milliers de pas et le spectacle s’offrit brutalement à leurs regards horrifiés. Sous le pont inachevé de Tumbo qui enjambe l’autoroute de l’aéroport et qui fait un angle droit avec celui de Camayenne, sous ce tablier…quatre pendus!

Sur les deux plates-formes, des militaires, casqués et armés, imbus de leur apparente importance momentanée. L’armée si décriée auparavant avait repris sa revanche depuis. La foule dense s’amassait et emplissait peu à peu l’espace libre aux alentours.

Silencieuse, toujours, elle observait les quatre silhouettes des suppliciés :

Une corde, non, un câble énorme enserrait leur cou et reliait les corps désarticulés au tablier. L’épaisseur de cette corde était telle qu’elle offrait une image insolite et les têtes, penchées sur le côté, faisaient un angle bizarre avec les cous distendus.

lIs s’étaient approchés aux premiers rangs. Ce qui frappa Jean-Francois de prime abord était le calme apparent affiché par les pendus. Aucun rictus, aucune convulsion, aucune grimace ne déformaient leurs traits et cette sérénité tranchait sur l’horreur du tableau. Revêtus de la tenue bleue des prisonniers, short ou pantalon, seul Baldet Ousmane portait une tenue de ville, chemise-veste trois poches. Ils avaient les bras liés dans le dos et les liens avaient été faits avec brutalité et force à voir les épaules arquées vers l’arrière.

Ce ne fut qu’au bout de quelques instants que Jean-François réalisa qu’Alpha lui broyait le bras pour contenir son cri de douleur au spectacle de son père bafoué dans sa dignité. Les deux jeunes gens restaient figés, paralysés comme toute la foule de spectateurs.

Jean-François avait remarqué qu’une scission se faisait imperceptiblement dans la multitude qui les entourait. L’attroupement qui s’était amassé sur le remblai du pont de Camayenne était devenu au fil du temps, insensiblement, à dominante Peulh.

Le soleil montait dans le ciel. Ses rayons tapaient dur en ce mois de janvier mais personne ne semblait le réaliser et les malheureux suppliciés commençaient à gonfler sous l’impitoyable chaleur. Un suintement se faisait sur les corps et ruisselait goutte à goutte sur le sol. Les sanies s’étendaient en une petite flaque et délimitaient sur la chaussée l’emplacement de chaque supplicié. Les chairs des malheureux boursouflaient autour des liens, qui disparaissaient avalés peu à peu.

Aucun vent, la nature habituellement si riche et généreuse, montrait sa désapprobation au spectacle infamant.

Le paroxysme de l’horreur n’était pas encore atteint. La scène continuait, destinée à frapper l’imagination. Sous les corps se regroupèrent les femmes du P.D.G , le soutien, le pilier du régime, les égéries de Sékou Touré. Les mégères vinrent en compagnie de griots, joueurs de balafon et de tam-tam, qui s’installèrent contre la culée, à l’abri du soleil sous le tablier, et commencèrent à jouer d’une façon endiablée.

Contraints et forcés ?

Une des femmes, emportée par son fanatisme et sa frénésie, arracha une branche basse d’un arbre d’un terrain avoisinant, lui enleva toutes les feuilles et mit la tige à nu. Elle s’approcha du corps de Barry III et tendit la gaule d’une main, vers le haut. Elle en glissa l’extrémité libre contre la cuisse, puis sous le short de ce dernier et secoua les parties violemment en hurlant :

– Léré, Léré ma (elles se balancent)

La haine ?

Relevant son pagne de son autre main libre, elle commença sa farandole en battant des pieds de plus en plus vite au rythme endiablé du tam-tam.

La pression sur le bras de Jean-François allait en s’amplifiant. Alpha à ses côtes, enfoncé dans son mutisme, semblait perdre la raison à la vision de l’honneur bafoué de son pére. Un frémissement sembla onduler dans le groupe à majorité Foulah.

Un groupe de femmes surexcitées sortit de la foule massée en cercle autour du pont. Deux d’entre elles maintenaient étroitement une dame d’un certain âge et la pauvre femme, amorphe, ne luttait pas pour se dégager de leur étreinte. Les furies la placèrent sous le corps de Baldet Ousmane tandis que la musique, sans mélopée, allait s’amplifiant. Les femmes dansaient leurs guinches hystériques et endiablées mais la pauvre femme restait, elle, figée sous le corps, les bras ballants et, le menton dressé, observait désespérément le supplicié.

— Qui était-ce ? se demanda Jean-François.

Les mégères la secouèrent pour l’obliger à se remuer. La malheureuse tomba à la renverse probablement emportée par une syncope.

Dégoûté, il tira Alpha par le bras et le força à faire demi-tour. Il voulait échapper à l’emprise de cette curiosité morbide, au spectacle humiliant qui se déroulait mais humiliant aussi pour ceux qui bafouaient ainsi les corps des torturés. Ces derniers, eux, avaient conservé, dans cette dernière épreuve, leur dignité affiché par la sérénité de leur visage. Mort avant ou par la pendaison ? Etait-ce réellement un problème ? La mort donnée est toujours un meurtre quelles qu’en soient la méthode et la raison.

Ils grimpèrent dans la voiture et ne cherchèrent pas à retourner à leur travail respectif. Cela avait-il un sens après un tel spectacle ?

Jean-François emprunta le remblai, momentanément à double sens. Lorsque la masse imposante du palais ne masqua plus la vision, ils découvrirent les petites silhouettes des suppliciés et l’image les accompagna tout le long du trajet sur la digue.
— Ce n’est pas lui ! C’est un sosie ! Il y a un détenu qui lui ressemblait, il avait la même barbichette grisonnante. Sa photo est aussi dans Horoya. Tall Habib !

Alpha cherchait plus à se convaincre qu’à convaincre son interloeuteur. Il refusait la réalité car c’était un moyen pour lui de se rattacher au souvenir qu’il avait de son père si fier. Jean-François ne chercha pas à le contredire et respectait sa douleur de fils.

Le lendemain, l’autoroute était ouverte de nouveau à la circulation, les corps avaient disparu, enlevés dans la nuit !

L’effet contraire à celui escompté se produisit pour le Président . Sékou Touré voulait casser, briser, anéantir jusqu’au respect que la filiation noble de Barry Ibrahima dit Barry III, le Sérianké imposait. Il le pendit ainsi jusqu’à l’humiliation.

Mais la rumeur, sourde, démarra aussitôt, dès le lendemain, comme pour compenser cette plaie vive : Barry III pressentant, comme ses trois autres compagnons d’infortune apeurés, on le serait moins, l’heure de l’exécution venue, les réconforta en leur demandant de mourir dans la dignité; et de ne pas offrir à leur assassin l’image tant espérée.

Seul le temps pouvait réussir où avait échoué Sékou Touré : l’oubli ! Jean-François s’en doutait, car le peuple de Guinée a la mémoire courte, très courte et, de ce côté, le régime avait réussi. Totalement!

À propos konakryexpress

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

4 plusieurs commentaires

  1. Un tissu de mensonges! Autre précision élémentaire, à apprendre à “un prétendu fonctionnaire des Nations Unies”, on écrit “paroxysme” et non ”paroxisme”.

    • Merci M. Dramé pour avoir relevé la faute d’horographie impardonnable à l’époque où les NTIC de l’information relèvent elles-mêmes ce genre de bévue. Moi, “prétendu fonctionnaire des Nations Unies”, je remédierai immédiatement à cette erreur.

      Pour ce qui de l substance de votre commentaire, je vous répondrai seulement qu’il n’y a que ceux qui ne veulent pas voir la vérité et qui continuent à croire aux mensonges qui souillent notre histoire, qui cachent les responsabilités de votre idole dans la déchéance de notre pays. Autrement, voici comment l’unique hebdomadaire de Guinée, Horoya, organe du PDG, décrit cette journée du 3 avril 1984, à la suite de la prise du pouvoir par l’armée, l’ouverture du Camp Boiro:

      “Pendant plus de deux décennies, le peuple de Guinée, labouré dans sa chair et son âme par des mains sanglantes, a connu le plus grand calvaire de son existence. Dans l’éclipse totale, il a marché en égrenant le chapelet de la faim, de la soif et de l’ignorance. Dépersonnalisé par une politique de chasse à l’homme, une politique d’individus tarés, avides de pouvoir personnel. Le peuple guinéen n’avait jamais goûté à un seul instant de bonheur…”.

      http://konakryexpress.wordpress.com/2013/08/05/camp-boiro-puisque-mon-heure-a-sonne-je-me-remets-a-dieu/

    • Mais paroxysme est l’orthographe juste

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