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Gouvernance

Pourquoi tant d'amour pour l'Ouganda? Éléments de réponse

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L’Ouganda s’achemine vers des élections présidentielles dont beaucoup de jeunes du pays ne doutent pas du résultat final, du moins d’après les conversations que j’ai eues récemment à Kampala, surtout avec les jeunes. Pourtant, j’aime ce pays.

Certains de mes amis s’étonnent, d’ailleurs, de mon attachement à l’Ouganda. Effectivement, ce pays occupe une place importante dans mon coeur pour les efforts qu’il a fourni pour sortir des conditions difficiles dans lesquels il avait été plongé par l’instabilité politique, la dictature et la guerre.

Lorsque je visite Kampala aujourd’hui, je ne peux pas ne pas penser à mes précédentes visites et d’admirer les progrès réalisés, depuis la première. Pendant ma vie professionnelle j’ai visité cette ville deux fois. La première fois, c’était en 1979, dans le cadre d’une mission conjointe des principales agences des Nations Unies pour l’identification et l’évaluation des besoins du pays en assistance urgente après la période difficile de dictature et de guerre civile qui avait conduit à la chute du sanguinaire et cannibale Idi Amin Dada. Je devais coordonner personnellement le domaine industriel.

Les conditions de vie étaient tellement difficiles que nous avions du apporter le pain et des biscuits depuis Nairobi car on ne trouvait rien à Kampala. Les principaux fonctionnaires du gouvernement étaient logés, tout comme nous, dans l’hotel Continental, si mes souvenirs sont bons, qui est devenu de nos jours l’Hotel Sheraton. Dans les corridors aux étages, il n’était pas rare de voir des enfants faire leurs besoins. Pour avoir de l’eau pour la toilette, nous devions nous lever le matin entre 4 heures et 6 heures.

Je suis retourné à Kampala, en 1990 toujours en mission pour le compte de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI). Cette fois-ci, c’était pour la promotion de la Journée de l’industrialisation de l’Afrique, qui avait été proclamée à Harare par la 9ème Conférence des ministres africains de l’industrie, en 1989. La situation économique du pays s’était beaucoup améliorée. L’hotel offrait le même confort que tous les hôtels internationaux de la même classe, à des prix nettement plus bas.

Durant ma mission au Rwanda dans le cadre de la MINUAR2, j’y suis retourné pour fêter la fin de l’année 1994, avec ma femme. Pour le réveillon, il y a du monde habillé de manière luxueuse, sans être à vrai dire très élégant. Ce qui nous a frappés a été de voir même les enfants habillés à l’occidentale d’une manière trop élégante pour leur petit corps. Les garçonnets ressemblaient à des hommes en miniature avec leurs complets 3 pièces et cravatte. Quant aux fillettes, en plus d’être maquillées comme de grandes dames, elles portaient des habits brillants et trop sophistiqués pour leur âge. C’était comme un Carnaval, au début de janvier!

Ce n’est que lors des visites successives, en 2015/2016 que j’ai pu apprécié les beautés de Kampala et de l’Ouganda en général. Ce qui frappe le plus depuis la sortie de l’aéroport c’est la propreté que l’on retrouve partout. On ne remarque pas tout de suite que les gens ne fument pas dans les lieux publics. Ce n’est que lorsqu’on ne voit pas de mégots par terre dans les rues ou devant les magasins que l’on se rend compte de ce fait. En outre, malgré les plaintes des kampalais de la circulation et de la manière de conduire des autres automobilistes, il y a une certaine discipline sur les routes et un grand respect du code de la route.

A ma droite le lac Victoria, presque aussi vaste que tout le Sénégal, à ma droite la source du Nil le plus long fleuve du monde

A ma gauche, le lac Victoria, presque aussi vaste que tout le Sénégal, à ma droite la source du Nil le plus long fleuve du monde

Ensuite, ce qui attire immédiatement l’attention du visiteur, c’est la riche biodiversité: paysage verdoyant, oiseaux de toutes les tailles, papillons et fleurs multicolores. Dans le quartier de Mbuya, où habite la famille de mon fils, dans un un compound de quelques villas, j’ai été surpris de voir des singes qui sautaient dans les arbres ou marchaient sur les toits ou encore jouaient au bord des deux piscines.

En janvier 2016, visitant le centre de conférences qui a abrité la réunion des chefs d’état et de gouvernement du Commonwealth en 2007 à Munyonyo, dans la banlieue de Kampala, ébahi par la splendeur des lieux avec cette végétation luxuriante offrant une grande variété de la couleur verte, des fleurs et des papillons, bercé par les flots de l’omniprésent lac Victoria, j’ai demandé à une amie combien de mois dans l’année toute cette splendeur allait durer. Elle m’a répond tranquillement que c’est ainsi toute l’année. Je me suis alors mis à rêver à une capitale de la Guinée située à Dalaba ou à Sérédou. Adieu moustiques et chaleur avec les climatisations polluantes!!!

La Nature a été généreuse avec ce pays. L’Uganda Wildlife Authority (UWA) rappelle qu’elle gère dix parcs nationaux offrant le meilleur en matière de biodiversité de l’Afrique de l’Est. L’Ouganda, la « Perle de l’Afrique »,  exhibe plus de 1000 espèces d’oiseaux – dont plusieurs ne se trouvent nulle part ailleurs sur la planète, 13 types de primates, y compris plus de la moitié des gorilles de montagne en voie de disparition dans le monde. Le seul Parc national Reine Elizabeth, qui couvre près de 2000 Km carrés, compte 57 types de plantes et d’arbres, 95 espèces de mammifères et plus de 600 espèces d’oiseaux.

Ce charme stimule une réelle croissance du tourisme. Devant les envois de fonds des émigrés et le café, ce secteur a constitué l’année dernière la principale source de revenus en devises pour le pays avec 1,4 milliard $ de contribution dans le budget national pour l’exercice 2013/2014, contre 1,1 milliard $ l’année précédente.

Malheureusement, toute cette richesse environnementale risque de subir de profonds bouleversements dans les années à venir. En effet, des réserves importantes de pétrole ont été faites, en particulier dans le lac Albert. Ce lac qui contient une partie du parc national des Murchison Falls, le plus grand du paysavec sa superficie de 5 308 km2. C’est dans ce lac, d’environ 160 kilomètres et 30 kilomètres de large, avec une profondeur maximale de 51 mètres, situé à une altitude de 619 m au-dessus du niveau de la mer, la plus basse du pays, que des réserves importantes de pétrole ont été découvertes. Celles-ci sont les troisièmes réserve plus importantes de l’Afrique subsaharienne, derrière celles du Nigeria et de l’Angola. Ces réserves de pétrole pourront faire de l’Ouganda un des premiers pays exportateurs d’or noir et de gaz, après avoir satisfait ses besoins internes.

Mais les risques sont sérieux surtout lorsque je pense aux conséquences du comportement insouciant des compagnies pétrolières dans d’autres parties de l’Afrique, en particulier dans le Delta du Niger.

On respire un climat de tranquillité et de sécurité à travers le pays. J’ai trouvé la gentillesse des gens simplement incroyable. Les exemples ne manquent pas. Voulant aller à pieds de Mbuya au centre commercial Village Mall, avec mon computer en mains, j’ai demandé à trois amis s’il n’y avait pas de risque. Tous les trois m’ont assuré que je n’en courrais aucun. Pendant tout le mois de janvier 2016 que j’ai été à Kampala, j’ai fait le même trajet chaque jour sans rencontrer aucun problème. Au contraire, sortant du compound où j’habitais, il m’est arrivé sans que je le demande que des personnes qui passaient dans leur voiture s’arrêtent pour m’offrir un passage, allant jusqu’à dévier de leur chemin pour m’accompagner à mon lieu de destination.

Autre exemple! Avant de revenir à Rome, je voulais visiter des appartements meublés en location. Je suis allé aux appartements Valley Court. Au premier étage à l’entrée, dans le corridor, j’ai trouvé un homme d’un age comparable au mien, assis devant une petite table en bois de production locale. Après les salutations d’usage, je lui explique l’objet de ma visite. Il me répond que les appartements ne sont pas pour un homme comme moi. Ils sont pour les étudiants de l’annexe de l’université Makarere qui se trouve en face.

Me voyant déçu, il me demande le budget maximum que je voulais consacrer à ma location. L’information obtenue, il me donne son nom et son No de téléphone en me disant de retourner le lendemain à 10 heures parce qu’il voulait m’aider. Le lendemain, j’arrive quelques minutes avant l’heure convenue. Lui aussi, 10 minutes avant l’heure il franchit le portail. Dès qu’il me voit, il prend son téléphone pour demander à quelqu’un de m’accompagner voir un logement. Je lui dis que j’avais mon propre chauffeur. Je l’appelle. Il lui explique où il devait m’accompagner.

Dès qu’on sort de là, le chauffeur me demande comment j’avais fait pour connaître cette personne. Je le lui explique. Il me dit que c’était une des personnalités les plus riches du pays et que l’ensemble des bâtiments que je voyais là lui appartenait (voir photo qui ne montre que l’entrée). C’est un ensemble 4 bâtiments de 4 à 6 étages flambant neufs. Il me montre une grosse Mercedes mono-volume qui lui appartenait.

Fait sans précédent ailleurs, en vue des élections du 18 février, un deuxième débat entre les candidats télévisé a eu lieu il y a deux jours sur la chaine nationale, auquel meme le Président sortants participé.  J’espère qu’elles se dérouleront sans violences, bien que le gouvernement ait annoncé avoir formé 11 millions de “crime preventers” disséminés dans tout le pays. Les raisons d’avoir des craintes sont sérieuses comme l’ont dénoncé les grandes organisations internationales non gouvernementales de défense des droits humains.    

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Camp Boiro

On est tous condamnés à perpétuité

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Ce billet a été extrait du livre de Jean-Paul Alata Prison d’Afrique, disponible sur le site kababachir.com, entièrement et gratuitement. Jean-Paul est un français né à Brazzaville, militant de gauche, après quelques années passées dans l’administration publique française au Sénégal, il rejoint la Guinée par amitié pour Barry Ibrahima dit Barry III et le tyran Sékou Touré, après que ce pays a opté pour l’indépendance lors du fameux NON à la proposition de la Communauté franco-africaine proposée par le Général De Gaulle. Ayant pris la nationalité guinéenne, il occupera plusieurs postes: inspecteur des affaires administratives et financières à la présidence puis, après 1963, des postes dans des cabinets ministériels; parallèlement à ces activités, il enseigne la comptabilité et l’économie politique à l’Institut Polytechnique Gamal Abdel Nasser de Conakry.

Avant d’être arrêté sur de fausses accusations, le , il était devenu une des personnalités les plus puissantes du régime. 

L’information la plus démoralisante parvint aux emmurés vers la fin de leur troisième mois de détention. Un nouveau avait été incarcéré au B, dans la cellule en face de la mienne et à côté de Ropin du 4. Henri et Ropin avaient établi un code de signaux très simple sous leur porte. Leurs deux cellules disposaient, en effet, d’un très large espace, les vantaux ne descendant pas jusqu’au sol. L’angle de vision découvert permettait d’assurer une assez bonne protection contre la curiosité des gardes qu’ils voyaient arriver de loin.

Les premiers jours de son arrivée, I’homme fut mis à la diète d’usage. Il resta sur son quant-à-soi, refusant de répondre aux appels de ses voisins, même aux coups frappés à ses cloisons. Il suait la frousse. Tous s’étonnaient de cette terreur, Ropin, pour couper sa diète, avait cru bon, dès le deuxième jour, de lui envoyer une orange. Il eut la surprise de la lui voir retourner accompagnée d’un méchant:

— Je n’ai rien de commun avec les traîtres de la 5e colonne. Je ne veux rien d’eux. Foutez-moi la paix.

C’était pourtant un homme assez connu, Diagne Oumar, d’origine sénégalaise, directeur d’entreprise d’Etat. De son côté, il pouvait certainement mettre un nom sur chacun des visages qu’il apercevait. Pourquoi cette terreur? Cet homme devait savoir quelque chose que tous ignoraient à Boiro, quelque chose de terrifiant. L’inquiétude gagna l’ensemble des détenus qui apprirent vite l’étrange attitude de Diagne. Après son deuxième retour d’interrogatoire et les soins d’usage aux avant-bras, le B fut convaincu, par les arguments péremptoires de la commission, qu’il appartenait, lui aussi, à la 5e colonne. Il s’humanisa et rechercha, de lui-même, le contact humain.

Ce fut un drame pour le bloc, une nouvelle qui plongea tout le monde dans la détresse pour de nombreux jours. La démoralisation commença par Henri qui demeura, un jour entier, étrangement silencieux. Il ne répondait plus aux appels réitérés. Finalement, devant la proposition de faire appel au chef de poste s’il se sentait trop malade pour bouger, il se résolut à s’expliquer:

— C’est trop dur à digérer, Jean. J’ai voulu garder la nouvelle pour moi mais je me rends compte que je ne le pourrai pas.

Sa voix n’était qu’un souffle. J’insistai:

— Qu’ as-tu appris? C’est de Ropin et du nouveau?

— Oui, écoute-moi, mon pauvre vieux. Il faut se préparer à de mauvais jours. On est tous condamnés à perpétuité. Le jugement a été rendu le 25 janvier.

Bon Dieu! J’en eus le souffle coupé. Dans la pire hypothèse, j’envisageais une peine de dix ans. Connaissant le système de remise appliqué en Guinée, je réduisais le temps effectif à passer en prison a un peu moins de la moitié: quatre, au plus cinq ans. Mais la perpétuité!

Littéralement, cela ne signifiait rien. En aucun pays du monde, la perpétuité réelle n’est appliquée. Le prisonnier d’Alcatraz lui-même s’en était sorti. On est toujours gracié, tôt ou tard, à condition de tenir le coup physiquement et moralement. Seulement, il n’y avait plus aucun point de repère possible. Une telle condamnation prouvait la volonté des autorités politiques guinéennes de ne tirer les détenus de leur obscurité qu’à une date très lointaine.

Le coeur serré, je calculais qu’il fallait tenir, au moins dix ans. Jamais je n’en verrais le bout! En trois mois, déjà, j’avais fondu tellement que je flottais dans ma tenue, autrefois si ajustée. Mes vertiges étaient continuels. Même couché, toute la cellule dansait autour de moi, comme aux premiers jours de détention. Peu m’importait d’ailleurs la pauvreté et la médiocrité de la chère, il ne m’importait plus aucun appétit et je n’arrivais pas à absorber la totalité des si maigres rations.

Ce qui me minait c’était cet isolement des miens. Dix ans sans jamais rien savoir de ma femme et de mes enfants! Comment allaient-ils se débrouiller sans moi? Je m’étais marié très jeune, à dix-huit ans. Cela n’avait pas été une réussite mais j’avais toujours voulu assumer mes responsabilités matérielles, pris l’habitude de voir tout un monde vivre par moi.

Tout ce temps sans pouvoir les aider ! Qu’allaient-ils, tous, devenir? Jean-François et ses enfants, Tenin et notre bébé? J’avais lu, autrefois, dans la littérature concentrationnaire qu’en URSS même, les détenus politiques reçoivent des nouvelles et parfois des visites des leurs. En Guinée c’eût été impensable. Le mur qui nous isolait du reste du monde s’élevait plus haut de jour en jour.

Je me souvins d’un entretien passé, il y avait de cela près de deux ans: un de mes anciens amis, condamné à cinq ans pour le « complot Petit Touré » avait été libéré après trois ans passés à ce même camp. Il m’avait rencontré le surlendemain de sa libération. L’homme était très discret, trop visiblement encore apeuré. Il avait toutefois répondu à une seule question.

— Savais-tu si tu étais condamné, et à combien? Le jugement t’a-t-il été signifié?

— Jamais, avait-il jeté très vite. Jamais et heureusement! Nous nous imaginions n’êtême pas condamnés et nous attendions la libération de jour en jour. C’est cela qui nous a permis de tenir et cela seul. Si j’avais personnellement su que j’en avais pour dix ans, je me serais pendu comme l’a fait Kaba Sory à la cellule contiguë.

Il s’était alors aperçu qu’il en avait trop dit et je ne pus plus rien lui arracher.

Une nouvelle angoisse me poigna. Dans dix ans, j’aurais cinquante-six ans. Même si je tenais physiquement, ce qui n’était pas certain, que ferais-je? Comment me réinsérer dans un monde qui appartient à la jeunesse?

— Jean, Jean. J’ai eu tort de t’apprendre cela. J’avais bien promis à Ropin de ne rien dire mais c’est trop dur à supporter seul. Secoue-toi, ne fais pas comme moi. Je suis resté assommé depuis hier mais je me rends compte qu’il faut réagir. Inutile de nous faire encore plus mal.

J’essayais bien de me ressaisir mais un lourd filet m’enserrait de toute part. Mon coeur battait plus follement. Mes entrailles mêmes se convulsaient. Je fis un violent effort pour parler d’une voix que je voulais normale et qui devait ressembler au croassement d’un corbeau.

— Ce n’est rien. Merci de m’avoir prévenu au contraire. Je crois qu’il vaut mieux savoir. Nous faisions des rêves, nous nous y complaisions. Il est préférable de voir la réalité en face. Henri, mon vieil Henri, on va avoir drôlement besoin l’un de l’autre ces jours-ci.

— J’ai bien réfléchi, tu sais, Jean. Après le premier désarroi, je me suis repris. Nous les reverrons nos femmes. Pour les Guinéens, c’est un sale coup. Ils sont entièrement entre les mains de ces salauds. Pour nous, cela ne signifie rien. C’est trop lourd. La perpétuité, cela n’existe pas. Le monde extérieur va s’élever tout entier comme pour les Basques en Espagne.

Je comprenais le cheminement de la pensée de mon ami. C’était peut-être bien raisonné. Une trop lourde condamnation, par son absurdité même, serait plus aisément révisée qu’une peine moyenne. Peut-être !

Henri, tu veux dire que si on nous avait infligé cinq ans, nous aurions été obligés de les faire, dans l’indifférence générale ?

— Oui, Jean. Cinq ans, cela n’effraie personne. Nos compatriotes auraient estimé que c’était un mauvais moment à passer mais que nous nous en sortirions rapidement. D’autant qu’une remise de peine pouvait intervenir à tout moment, ramenant la durée à deux ou trois ans. La perpétuité, pour des innocents surtout, cela prouve une telle haine, un tel système inhumain, amoral, que cela va faire bondir tout le monde! Gouvernements et peuples vont s’émouvoir!

Je réfléchis longuement à cette théorie.

Les peuples et les gouvernements? Ils ne s’émeuvent que pour ce qui les touche directement. Qui va donc s’intéresser à des prisonniers dans cette Guinée dont la presque totalité des Français a oublié jusqu’à l’existence, quand elle ne la situe pas en Océanie? Quant aux autres peuples d’Amérique et d’Europe, qui se soucie donc de ce petit pays. Il faut en être le dirigeant pour se croire le nombril du monde. Les peuples africains, conscients de l’immense duperie de ce fameux procès, pousseront quand même à la roue. Faire pièce aux anciens colonisateurs, c’est leur rêve à tous, à l’exception de la Côte-d’Ivoire et du Sénégal !

Le Gouvernement français, le principal intéressé ? N’est-il pas encore tout imprégné de la pensée de celui qui a, pour la France, rayé ce pays de la carte du monde le 28 septembre 1958 et interdit depuis qu’on lui rebatte les oreilles de ses problèmes ? Les Français qui ont été arrêtés dans cette affaire ne seront jamais que de mauvais nationaux qui n’ont pas obéi aux ordres et refusé d’abandonner ce navire en perdition.

Enfin, tout ce beau raisonnement n’est valable que pour les autres, Français, Allemands, Libanais, entraînés dans cette aventure! Moi, je suis guinéen. Personne ne se souciera de mon sort!

Il faut seulement survivre. Là est le but à atteindre. Plus facile de se tracer une ligne de conduite que de la suivre ! Par instants, une panique viscérale s’emparait de moi. Perpétuité ! Des années et des années dans cette tombe ! Sans ne jamais rien faire, sans ne jamais rien savoir des siens ! C’était impossible. Que Dieu m’aide ! Et je m’abîmai dans une longue prière.

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Sékou Touré, Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor, le difficile ménage à trois

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Ce billet est de feu Sennen Andriamirado qui fut journaliste, grand reporter et un des quatre rédacteurs en chef délégués de l’hebdomadaire « Jeune Afrique ». Si c’est cet hebdomadaire qui l’a fait connaitre grace à ses reportages et articles d’opinion, il a du le quitter en 1993, après 18 ans et se lance dans la communication.  Il a parcouru tout le continent et a écrit une douzaine de livres sur plusieurs pays africains, avec son épouse Virginie, dont les plus connus sont le : Sankara le Rebelle et Il s‘appelait Sankara.

Il est mort le 15 juillet 1997

Ce qui suit est la contribution de Sennen Andriamirado à l’oeuvre collective intitulé: Sékou Touré:Ce qu’il fut. Ce qu’il a fait. Ce qu’il faut défaire, paru en 1985, soit un an après la mort du tyran sanguinaire.

 

Tumultueuses, les relations entre les chefs historiques de l’Afrique de l’Ouest ! Compagnons de route, le doyen ivoirien et son lieutenant guinéen s’opposent au même rival sénégalais. Puis le Guinéen tourne le dos à ses deux aînés. La guerre des ondes frise la vulgarité.

Conakry souffle le froid et le chaud à l’égard d’Abidjan et de Dakar.

« Le petit diable d’Houphouët a retourné la foule ! ». Le gouverneur Louveau (du Soudan occidental, futur Mali) n’en croyait ni ses yeux ni ses oreilles. Félix Houphouët-Boigny venait effectivement de gagner à sa cause la foule de Bamako pourtant acquise à son rival du jour, le Soudanais Fily Dabo Sissoko, pourfendeur de « la détestable politique d’Houphouët ». L’Ivoirien était déjà suspect de vouloir apparenter aux communistes français un parti africain qui n’était pas encore né : le Rassemblement démocratique africain (RDA). C’était le 17 octobre 1946.

Le lendemain, le « petit diable d’Houphouët » réitérait son coup. Convoquée à l’initiative de l’ensemble des députés africains — mais boudée par plusieurs d’entre eux — la réunion de l’intergroupe parlementaire approuvait le manifeste qui devait créer le RDA. Derrière Félix Houphouët-Boigny, ce jour-là, peu de militants chevronnés. On ne remarquait pas encore, à ses côtés, la présence d’un « grand diable »: Sékou Touré, jeune syndicaliste guinéen de vingt-quatre ans dont la première sortie avait été sa participation au congrès de la CGT (Confédération générale du travail) à Paris, en avril 1946.

Sékou Touré n’était encore rien politiquement. Sa présence aux côtés d’Houphouët, lors du congrès de Bamako, allait lui donner un nom. L’obscur syndicaliste apposera sa signature, au bas du manifeste appelant au regroupement des Africains, à côté de celles, déjà prestigieuses de parlementaires comme Lamine Guèye (député du Sénégal-Mauritanie), Félix Houphouët-Boigny (Côte-d’Ivoire), Yacine Diallo (Guinée), Félix Tchicaya (Gabon-Moyen-Congo), Fily Dabo Sissoko (Soudan-Niger), Léopold Sédar Senghor (Sénégal) et Emile Ederlin Zinsou (futur député du Dahomey qui deviendra Bénin).

Sekou Toure, Houphouet, Doudou Gueye (1957) - Lamine Gueye, Sekou Toure et Senghor (1963)
Congrès du RDA de 1957 à Bamako (ci-dessus : Sékou Touré,
Houphouët-Boigny, Doudou Guèye) ; signature à Dakar en 1963
d’un communiqué commun (avec Senghor). Déjà le coeur n’y
était plus …

Les augustes pères de l’Afrique moderne employaient encore le même vocabulaire. « Pour la libération de l’Afrique d’une tutelle odieuse, l’impérialisme », leur manifeste préconisait un vaste rassemblement relayé localement par des sections territoriales. Le 14 juin 1947 — et non le 14 mai, date retenue officiellement parce que Sékou Touré s’était trompé de mois dans un de ses discours ultérieurs —, le Parti démocratique de Guinée (PDG) voyait le jour à Conakry comme section guinéenne du Rassemblement démocratique africain. Le parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), créé avant le RDA, en devint la section ivoirienne. Bien que fragile ailleurs, au Sénégal en particulier, le mouvement dont les élus sont apparentés aux groupes parlementaires communistes dans les assemblées « métropolitaines », fut très vite suspect de subversion voire de rébellion, dans les « territoires d’outre-mer ». Houphouët, président du comité interterritorial de coordination du RDA, a acquis du poids dans l’équilibre parlementaire. Sékou Touré est élu, en 1948, secrétaire général de l’Union territoriale (Guinée) de la CGT, puis, en 1950, secrétaire général du Comité de coordination des syndicats CGT pour l’AOF (Afrique occidentale française) et le Togo. Communistes et CGT derrière la RDA ! Il n’en faut pas davantage pour que l’on voit la main de Moscou derrière toutes les revendications syndicales ou politiques en Afrique de l’Ouest.

Début 1950 — au lendemain de troubles sanglants en Côte d’Ivoire le PDCI-RDA est proscrit sur tout le territoire ivoirien. Parlementaire accusé de rébellion, Houphouët échappe de peu à l’arrestation. Mi-août 1950, il rencontre à Paris le chef du gouvernement, René Pleven. Dans l’antichambre, l’attend un de ses lieutenants, venu l’accompagner : Sékou Touré. Ce dernier sera absent des négociations entre le « patron du RDA » et le ministre de la France d’Outre-Mer, François Mitterrand. Mais il en acceptera, fidèle adjoint, le résultat : le 17 octobre 1950, le RDA se dissocie du groupe parlementaire communiste. La première déception viendra trois ans plus tard. Le 27 juin 1954, le candidat Sékou Touré est battu par Barry Diawadou du BAG (Bloc africain de Guinée), élu député en remplacement de Yacine Diallo, décédé. Il pense avoir été sacrifié au profit d’un candidat soutenu par la métropole. Pour peu de temps en vérité, puisque le 2 janvier 1956, lors de nouvelles élections, il obtient enfin le poste de député de la Guinée.

Le RDA a alors le vent en poupe, Félix Houphouët-Boigny est ministre délégué au sein du gouvernement de Guy Mollet. Sékou Touré a créé la CGTA (Confédération générale des travailleurs pour l’Afrique), indépendante de la CGT française. Lors du congrès interterritorial du RDA à Bamako (25-30 septembre 1957), il en devient le vice-président. C’est sa consécration en tant que lieutenant d’Houphouët.

Le 1er juin 1958, arrivé au pouvoir moins de trois semaines auparavant, Charles de Gaulle est président du Conseil. Dans son équipe : Félix Houphouët-Boigny est ministre d’Etat. Le général ne veut pas traîner. Il prépare une nouvelle constitution qui devra être adoptée par référendum dans tous les territoires de l’ancien « empire français ». La classe politique africaine s’agite. L’indépendance est à l’ordre du jour. Fin juillet 1958 (25-27) à Cotonou, se tient un congrès du Parti du regroupement africain (PRA) auquel participent les rivaux modérés ou radicaux du RDA. Les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et Abdoulaye Ly, les Soudanais Fily Dabo Sissoko et Hammadoun Dicko et, surtout, le Nigérien Djibo Bakary. Ce dernier, ancien « gauchiste » du RDA — dont il n’a pas accepté le désapparentement d’avec les communistes français —, réclame « l’indépendance immédiate des peuples d’Afrique ». Plus nuancé, Senghor propose une « révision quinquennale » des rapports franco-africains (jusqu’à l’indépendance) et préconise dans l’immédiat une association entre la France et les trois ensembles africains : l’AOF et l’AEF, constituées en deux fédérations territoriales, et Madagascar.
La thèse de Félix Houphouët-Boigny, président du RDA, est tout autre. Au nom du pragmatisme, il se refuse à réclamer une indépendance immédiate ; il récuse tout autant le maintien de deux fédérations territoriales, préférant une « fédération égalitaire et fraternelle » qui rassemblerait la France et les territoires de l’Afrique occidentale et de l’Afrique équatoriale française, pris individuellement. Il sait cependant que dans les rangs mêmes du RDA, certains jeunes turcs se sentent proches des thèses du PRA. Le futur chef d’Etat ivoirien racontera plus tard : « Dans le groupe RDA, Sékou Touré voulait qu’on allât très loin dans les propositions que nous soumettrions et ne parlait déjà que d’indépendance pure et simple. Je m’efforçai sans grand succès de démontrer qu’il fallait avant tout compter avec les réalités de la vie africaine et que la politique du tout ou rien ne nous mènerait nulle part. Statut politique d’indépendance ? Peut-être, mais pas en dehors d’une communauté franco-africaine. Ce qui était essentiellement la question » (cité par Paul-Henri Siriex, in Félix Houphouët-Boigny, Seghers/Nouvelles Editions africaines 1975).
Sékou « turbulent », il lui a déjà préféré Gabriel Lisette pour représenter le RDA au sein du Comité consultatif constitutionnel (auquel participent aussi les Sénégalais Lamine Guèye et Senghor et le Malgache Philibert Tsiranana) qui doit « conseiller » de Gaulle. Mais Houphouët tient compte des susceptibilités. Le 3 août 1958, le comité de coordination du RDA, réuni à Paris, désigne Sékou Touré pour présenter au général de Gaulle les suggestions du parti. Le 5, Sékou calmé par le Voltaïque [Burkina Faso] Ouezzin Coulibaly, « conscience du RDA », s’acquitte loyalement de sa tâche de porte-parole. Devant le chef du gouvernement français, il plaide l’autonomie territoriale, passe sur l’indépendance, et oublie les deux exécutifs fédéraux de l’AOF et de l’AEF.
La rancœur habite néanmoins le bouillant député de la Guinée. Deux jours après, le 7 août, il quitte Paris, pour entendre à la radio le 8 au soir, à Dakar, le résumé du projet constitutionnel présenté par de Gaulle : « Bien entendu, énonce ce dernier, et je le comprends, on peut avoir envie de la sécession. Elle impose des devoirs. Elle comporte des dangers. L’indépendance a ses charges. Le référendum vérifiera si l’idée de sécession l’emporte. Mais on ne peut concevoir un territoire indépendant et une France qui continuerait de l’aider. Le gouvernement tirera les conséquences, économiques ou autres, que comporterait la manifestation d’une telle volonté. Une réponse affirmative au référendum sera, au contraire, un refus de la sécession ».
Sékou Touré racontera plus tard que, immédiatement après cette déclaration, il s’est précipité à Radio Dakar pour commenter et protester. Les choses se sont passées autrement. Sollicité par des journalistes dakarois, il a d’abord demandé à lire le texte intégral. Le 9 août, Radio Dakar diffuse son commentaire : « En entendant hier le général de Gaulle, franchement, j’ai été choqué. Mon amour propre pour la dignité de l’Afrique a été choqué. On nous dit que nous pouvons prendre l’indépendance, mais que ce sera avec toutes ses conséquences. Eh bien, je réponds, moi, que ces conséquences ne sont pas seulement africaines. Elles peuvent être aussi françaises » (cité par Georges Chaffard, in Les Carnets secrets de la décolonisation. Paris, Calmann-Lévy, 1967). La suite sera la rupture. Spectaculaire avec de Gaulle. Plus progressive avec Houphouët.
Le 25 août 1958, à Conakry, où il s’est arrêté dans son périple africain, sur les conseils de son ministre de la France d’outre-mer Bernard Cornut-Gentille — soucieux de « récupérer » Sékou Touré qui passait pour son « poulain » —, Charles de Gaulle, peu habitué à l’art oratoire du leader guinéen, reçoit comme un défi des phrases telles que : « Nous ne renoncerons pas et nous ne renoncerons jamais à notre droit légitime et naturel de l’indépendance. Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage ». De Gaulle s’emporte : « On a parlé d’indépendance. Eh bien, je le dis ici plus haut qu’ailleurs : l’indépendance est à la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre en disant « non » à la proposition qui lui est faite et, dans ce cas, je garantis que la métropole n’y fera pas obstacle ».
En vérité, Sékou Touré et la Guinée n’avaient pas encore opté pour le « non ». Le 27 août, accouru à Dakar, le bouillant tribun confère avec Bernard Cornut-Gentille, puis avec les syndicalistes de l’UGTAN (Union générale des travailleurs d’Afrique noire), le chef du gouvernement nigérien Djibo Bakary et le Guinéen Abdoulaye Diallo, ministre soudanais. Avec ces deux derniers, un consensus de dégage : « Oui » à une constitution prévoyant à terme l’indépendance dans le cadre de fédérations régionales ; « non » à un morcellement des fédérations existantes et aux menaces de représailles. Le 28 août, Sékou Touré, de retour à Conakry, annonce que son parti recommande le « non ». Le 31 août, Ouezzin Coulibaly, secrétaire politique du RDA, le désavoue dans un communiqué publié à Paris : « Le projet du général de Gaulle contient nos revendications essentielles… Devant des déclarations qui porteraient atteinte à l’unité du RDA, j’affirme une fois pour toutes qu’aucun dirigeant, isolé ou groupé, n’est habilité à faire des déclarations qui ne seraient pas dans le sens de notre réunion du 3 août. » Réunion dont Sékou Touré avait fait le compte-rendu à de Gaulle.
Mais la division était consommée. Le Guinéen refuse de se rendre à Paris pour participer, le 4 septembre, à la réunion du Comité interterritorial du RDA. Le 15 septembre, il n’assiste pas aux obsèques de Ouezzin Coulibaly — décédé le 7 — à Bobo-Dioulasso. Au même moment, Houphouët mandate Gabriel Lisette (Tchad), Jean-Marie Koné (Soudan) et Doudou Guèye (Sénégal) à Conakry pour tenter de ramener Sékou à la raison. Mais la conférence territoriale du PDG-RDA décide de voter « non ». Des adversaires du RDA, Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia dont Sékou Touré s’était senti proche, ont pourtant conseillé eux aussi la modération. Ils voteront « oui ». Le 28 septembre 1958, le sort en est jeté : la Guinée dit « non » à de Gaulle à une écrasante majorité.
Dans la presse française, Sékou Touré commence à pourfendre ses anciens compagnons de lutte, « ceux qui préfèrent le pain beurré dans l’enceinte de la prison au plat de manioc cultivé par eux-mêmes ». A son tour, il reçoit comme une condamnation une déclaration de Félix Houphouët-Boigny : « Si la France donnait une préférence à ceux qui ont fait sécession contre ceux qui ont choisi la communauté, alors la sécession guinéenne ferait tâche d’huile ».
Pour Sékou Touré, désormais, la cause est entendue : Houphouët fera tout pour le brouiller avec la France et asphyxier la Guinée. Cette dernière s’estime, à tort ou à raison, condamnée à trouver d’autres amitiés. En novembre 1958, Sékou se tourne vers le rival du leader ivoirien en Afrique de l’ouest : le Ghanéen Kwame Nkrumah, avec lequel il crée un axe Accra-Conakry, censé devenir la base d’une future « Union des Etats de l’Ouest africain ». Mais les deux membres de l’Union n’ont même pas de frontières communes.
En juillet de l’année suivante, à Sanniquellie (Liberia), le Ghana, la Guinée et le Liberia créent la Communauté des Etats africains indépendants. L’accord n’existera jamais que dans le communiqué final de la rencontre entre les trois chefs d’Etat. Mais Sékou Touré est à ce point convaincu d’être encerclé par des voisins décidés à l’abattre, qu’il cherche par tous les moyens des ouvertures diplomatiques. Le 11 avril 1960, il accueille et préside à Conakry la Conférence de solidarité afroasiatique. La Guinée se rend alors à peine compte de sa fragilité : la socialisation hâtive a commencé à bureaucratiser une économie dont les bases s’effritent ; l’administration souffre de l’improvisation et les mécontentements provoquent des incidents.
Le 20 avril 1960, Sékou Touré dénonce un « monstrueux complot » dans lequel, accuse-t-il, la Côte d’Ivoire, la France et le Sénégal ont trempé. En particulier, ses deux voisins auraient ouvert des camps militaires à des comploteurs de part et d’autre du territoire guinéen. A Dakar, et à Bamako, les dirigeants de l’éphémère fédération du Mali (Sénégal et Soudan occidental) protestent. Le chef du gouvernement fédéral, Mamadou Dia, n’en ordonne pas moins l’ouverture d’une enquête. On découvre de fait — fût-ce a posteriori — l’étrange passage à Tambacounda (Sénégal oriental) d’un officier parachutiste français. Dans le cercle de Kédougou, trois dépôts d’armes sont découverts dans des villages frontaliers : Dinnde Fello, Bakaouka. Côté ivoirien, un collaborateur d’Yves Guéna, alors haut-commissaire à Abidjan, est suspecté d’avoir organisé une opération : réputé aventurier, Jacques Achard est chargé des renseignements généraux auprès de Guéna qui le disculpera par la suite. Les enquêtes ordonnées par Houphouët font néanmoins état de fréquents séjours d’officiers et de sous-officiers français (des « paras »), ainsi que de la présence d’armes dans certains villages frontaliers de la Guinée.
Sékou Touré — ce sera la dernière fois avant longtemps — croit à la bonne foi de ses voisins. D’autant que le 3 juin, il apprend avec plaisir l’intention d’Houphouët de demander l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Le 1er septembre 1960, les deux anciens compagnons de lutte se rencontrent, « non seulement comme les représentants d’Etats voisins, mais comme deux frères ». Fin 1962, le chef de l’Etat ivoirien est invité en Guinée par son ancien lieutenant. Lequel, pour sa part, se rend au Sénégal.
C’est l’époque de deux complots contre Félix Houphouët-Boigny (1962-1963). Les relations s’étaient détériorées entre la Côte d’Ivoire et le Ghana. Plus tard, Houphouët déclarera solennellement : « Je crois en mon âme et conscience à une collusion entre MM. Sékou Touré et Kwame Nkrumah, dans leur tentative de masquer au regard des masses de leurs pays respectifs et du monde extérieur leur retentissante faillite dans le triple domaine politique, économique et humain. » Les pays de l’OCAM (Organisation commune africaine et malgache) — en tête desquels la Côte d’Ivoire — font alors campagne pour le boycottage du sommet de l’OUA (Organisation de l’unité africaine, née en mai 1963) que devrait accueillir le Ghana. Les invectives vont céder la place aux insultes sur les antennes des radios nationales de la région.
Sékou Touré qualifie de « commis voyageurs de la division » les chefs d’Etat et ministres qui parcourent l’Afrique pour expliquer l’objet de l’OCAM et dénoncer les activités subversives du Ghana. Personnellement pris à partie, Félix Houphouët-Boigny ne bronche pas : il ne peut pas « croire que son jeune frère Sékou Touré ait pu tenir de tels propos ». C’est le chef d’Etat voltaïque Maurice Yaméogo qui répond le 2 juin 1965 : « Un homme comme Houphouët, lorsqu’il est insulté, n’a pas le droit de répondre. Son audience constitue la meilleure réponse aux âneries de ceux qui veulent pourtant être comme lui… Ayez un peu plus de pudeur, car les Africains sont polis. »
La pudeur et la politesse ne sont hélas plus de rigueur. Sékou accuse nommément Houphouët d’utiliser « les armes du mal, le venin et le cynisme » pour entretenir « l’incompréhension entre la France et la Guinée ». Puis sont venues les calomnies, les basses allusions à la vie privée des uns et des autres. C’est encore Maurice Yaméogo qui, depuis Ouagadougou, réplique le 18 juin 1965. La vulgarité de cette réponse, de la part d’un chef d’Etat, mérite malheureusement que l’histoire la retienne. En voici des extraits :

« Mais qui est donc ce Sékou, alias Touré, qui désire tant qu’on parle de lui ? Un homme orgueilleux, menteur, jaloux, envieux, cruel, hypocrite, ingrat, intellectuellement malhonnête… Tu es le prototype de l’immoralité la plus intolérable… [NDLR : censure pour vulgarité.]
Tu n’es qu’un bâtard parmi les bâtards qui peuplent le monde. Voilà ce que tu es, Sékou, un bâtard des bâtards. Tu as honte de porter le nom de ton père. Certes, ta grand-mère maternelle est une fille de Samory Touré. Mais le père de ta mère n’était pas un Touré, mais un Fadiga… Par orgueil, tu te fais passer pour un Touré. Tu ne veux pas reconnaître ton vrai père. Tu es donc un bâtard.
A la prochaine, petit bâtard de Sékou, alias Touré. »

Même l’opposition guinéenne est essouflée d’avoir entendu un chef d’Etat africain parler de la sorte. Houphouët, lui, se tait toujours.
Puis, le 8 novembre 1965, Conakry annonce la découverte d’un nouveau complot. Le 15, sur Radio Conakry, Sékou Touré accuse le chef d’Etat ivoirien d’avoir financé le complot en « achetant une femme en Guinée pour des millions de francs ». Le 17, Félix Houphouët-Boigny, invité à s’exprimer, répond enfin lors d’une conférence de presse à Abidjan :

« Non, M. Sékou Touré, le peuple de Guinée n’a besoin ni de notre soutien moral, ni de notre soutien financier — car nous sommes pauvres malgré tout ce que l’on avance à notre endroit — pour crier son mécontentement…
Vous êtes un frère, un mauvais frère, mais un frère quand même… En votre âme et conscience, qu’est-ce que la révolution toute verbale dont vous vous gargarisez à longueur de journée et que vous prétendez avoir faite, a pu apporter à votre pays ? …
Depuis l’indépendance, combien d’hommes n’avez-vous pas fait assassiner ?… Pourriez-vous l’avouer sans baisser la tête, si tant est qu’il vous reste encore une conscience ?
M. Sékou Touré, la haine née de la jalousie vous égare, altère votre raison. Elle risque de vous pousser au crime. Ressaisissez- vous ! Ce sont les conseils d’un homme qui se souvient que vous avez été à ses côtés dans la lutte émancipatrice. Avec votre nationalisme intransigeant, tempéré d’un peu de tolérance et d’humanisme, vous pouvez encore servir la cause de l’unité africaine. »

Mais elle était bien loin, l’unité africaine.
Commence alors, en 1966, une période confuse dont l’histoire immédiate n’a pas révélé tous les secrets. En mars de cette année, Sékou Touré appelle les Guinéens à « égorger tous les agents de l’impérialisme dans les hôtels, dans les maisons, partout où ils se trouvent ». Le 27 de ce même mois, 10 000 réfugiés guinéens en Côte d’Ivoire organisent un énorme meeting à Abidjan et lancent un appel urbi et orbi « en vue de sauver la Guinée de son malheureux sort ». Le 4 avril, ils annoncent la création d’un front national de libération de la Guinée, dont les ramifications s’étendraient à toute l’Afrique de l’Ouest.
Mi-avril, cependant, le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny affirme : « Comme Senghor, je refuse de laisser utiliser le territoire national pour porter la subversion à l’extérieur. Je ne veux pas encourir à mon tour l’accusation de favoriser les entreprises des réfugiés guinéens contre leur pays ». Au Sénégal, le président Léopold Sédar Senghor va plus loin. Le 27 avril 1966, son gouvernement menace « les citoyens d’origine guinéenne, coupables de violer le principe de non-ingérence, de poursuites devant les tribunaux s’ils sont de nationalité sénégalaise, et d’expulsion s’ils ne sont pas de nationalité sénégalaise ».

Maurice Yaméogo

Ces gestes, s’ils sont de bonne volonté, n’atteignent guère le président guinéen dont la propagande continue de traiter Houphouët d’« Africain indigne, ennemi juré de la cause africaine, pantin sans conscience de Yamoussoukro ». Le mieux auquel ait droit le chef historique du RDA est le titre de « sinistre président de la Côte d1voire ». Le Sénégalais Léopold Sédar Senghor n’échappe pas aux anathèmes ; il est accusé d’avoir « permis à la France d’installer, dans la région de Saint-Louis, un camp d’entraînement pour les éléments contre-révolutionnaires guinéens ».
Le 19 février 1967, un chalutier battant pavillon ivoirien, le Kerisper, est arraisonné dans les eaux territoriales guinéennes. On le saura seulement le 6 avril à Conakry et on le reconnaîtra à Abidjan le 11 mai.
Le 26 juin 1967, l’avion [de la PanAm] ramenant de New York le ministre guinéen des Affaires étrangères, Lansana Béavogui, est obligé d’atterrir à Abidjan, à cause du mauvais temps. Les autorités ivoiriennes, à leur tour, retiennent les officiels guinéens, estimant que, « avec Sékou Touré, il n’y a que la loi de la jungle qui compte ». Les interventions du secrétaire général de l’ONU, U Thant, pas plus que celles des chefs d’Etat de l’OUA réunis à Kinshasa, n’y font rien. Sékou Touré cède et, le 26 septembre, il libère sans conditions le Kerisper et son équipage. Le même jour, Lansana Béavogui, « libéré » par les Ivoiriens, arrive à Conakry.
Le chef de l’Etat guinéen reste néanmoins obnubilé par l’impossible réconciliation avec la France. Ayant poussé trop loin sa « guerre » avec Houphouët, il tente de se concilier de nouveau Senghor pour l’y aider. Le 23 mars 1968 avec ses pairs malien, Modibo Keita, mauritanien, Moktar Ould Daddah, et sénégalais, il participe, à Labé, à la création de l’Organisation des Etats riverains du fleuve Sénégal (OERS), un projet cher à Léopold Sédar Senghor. Ce dernier, indulgent ou coopératif, se déclare, le 6 avril à Paris, favorable à une reprise des relations entre la France et la Guinée. Rien ne se passe : la France est ébranlée par les événements de mai 1968 puis, une année plus tard, par la démission du général de Gaulle. Lequel meurt en novembre 1970.
Et le 22 novembre 1970, une tentative de débarquement de mercenaires et d’opposants guinéens échoue de justesse à Conakry. La réaction de Sékou Touré est violente. De nouveau, la Côte d’Ivoire et le Sénégal se voient accusés de « complots permanents ». L’OERS éclate en 1971. A Conakry, on assène les condamnations à mort.
Le 24 juillet 1972, Sékou Touré, qui a invité Félix Houphouët-Boigny à Faranah, lui propose une réconciliation. A cette condition : qu’il lui livre les réfugiés guinéens en Côte d’Noire. « A Faranah, notera la journaliste Claude Gérard qui côtoya les deux hommes, les deux anciens compagnons de lutte ne parlèrent pas le même langage. L’aîné, selon son habitude, laissa s’exprimer son cœur et sa sagesse africaine. Le plus jeune ne sut accorder la parole qu’à sa Révolution ». Houphouët rejette l’exigence de Sékou. Senghor en fera de même. Conakry reprendra ses accusations contre Abidjan et Dakar.
Tout au long de l’année 1973, Houphouët et Senghor « traîtres et fantoches », se voient de nouveau accusés d’« entraver la réconciliation » que la Guinée souhaite avec la France. Le 7 septembre, Radio Conakry « révèle » l’arrestation de « cinquante-neuf opposants formés en Côte d’Ivoire, dont un tueur à gages avec un appareil photo muni d’un silencieux ». Sékou lance un appel à tous les patriotes africains à « descendre leurs dirigeants traîtres » sans hésitation, « car ils iront tout droit au paradis ». Il accuse le Sénégal d’avoir aidé « un mouvement subversif ayant son siège à Genève et dirigé contre la Guinée ». Et organise des prières du vendredi pour implorer l’aide d’Allah « contre l’impérialisme ». En ajoutant : « Nous demandons au peuple sénégalais de prier pour le débarasser du traître Senghor… Nous le combattrons jusqu’à la mort. Nous l’anéantirons ». Le gouvernement sénégalais commente : « Quand on est Sékou Touré, avec tout ce qu’on a sur la conscience, on invoque Dieu pour demander pardon et non pour maudire qui que ce soit. » Le 18 septembre 1973, le Sénégal rompt les relations diplomatiques avec la Guinée.
Dès l’année suivante, pourtant, Sékou Touré cherche le contact avec ses frères ennemis. Son pays participe, avec la Côte d’Ivoire et le Sénégal, à la création de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest). En 1975, les relations diplomatiques sont rétablies avec la France. Sékou Touré ne peut plus reprocher ni à Houphouët ni à Senghor de l’avoir empêché. Il lui faut maintenant tenter le rapprochement en faisant oublier ses excès d’hier.
En juin 1977, le ministre sénégalais de la Jeunesse et des Sports est invité à Conakry par son collègue guinéen. Le 19 décembre 1977, célébrant la victoire du Hafia football club de Conakry (sur l’équipe ivoirienne) en Coupe d’Afrique des clubs champions, Sékou Touré exhorte la jeunesse guinéenne à normaliser ses relations avec la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Et dans son message de Nouvel An, il souhaite « que 1978 soit une année de compréhension totale, de coopération sincère et de solidarité effective avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire ».

Sekou Toure et Senghor (1979)
Entre Sénégal et Guinée la rupture de 1963 paraissait définitive.
En fait, c’est la réconciliation qui devait l’être en novembre 1979 ;
consacrée par une visite de Sékou à Dakar.

La diplomatie secrète fait son œuvre. Le président libérien William Tolbert a obtenu, sans difficulté, l’accord d’Houphouët pour une réconciliation avec Sékou Touré. Le Sénégalais Senghor, lui, ne croyait pas vraiment à la sincérité du Guinéen. Il était disposé à la réconciliation, mais ne manifestait aucun empressement. La date prévue de la rencontre ne lui convenait pas, disait-il : il devait se rendre en Arabie saoudite. Il a fallu des démarches américaines et françaises pour qu’il modifie son programme. Le 17 mars 1978, Sékou Touré, accompagné du Togolais Gnassingbé Eyadema, arrive à Monrovia où l’attendent le Libérien William Tolbert, le Gambien Dawda Jawara ainsi que l’Ivoirien Félix, Houphouët-Boigny et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. Le lendemain le pacte de « réconciliation définitive » est scellé. Sékou Touré, toujours aussi lyrique, jure de ne plus jamais demander à ses voisins de lui livrer ses opposants et promet : « Rien ni personne ne réussira désormais à nous faire fâcher à nouveau avec la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la France. »

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Camp Boiro

18 Octobre 1971, au pied du Mont Kakoulima, une autre forfaiture de Sékou Touré

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Ce message est le cri de u coeur de Hadja Hadiatou après une visite à un site au pied du Mont Nimba où des personnalités avaient été sacrifiées (dont son papa et le mien) par le regime sanguinaire de Sékou Touré. Il a été publié sur la page Facebook d’Alpha M Diallo le 19 octobre 2014.

L’Horreur !!

Comme chaque année, la date anniversaire des exécutions massives du 18 Octobre 1971 nous rappelle les périodes inconcevables d’une République digne de ce nom. A la vue des photos des disparus, avec toutes empreintes de douleur que leurs visages nous renvoient, notre cœur se serre, et pleure encore plus fort que les autres fois.

La première visite de l’endroit où ces exécutions ont eu lieu, au pied du Mont Kakoulima, en 2011 par un groupe composé d’enfants, d’amis et de rescapés de cette douloureuse date était encore bien triste. Toute l’atmosphère était enveloppée de deuil. Chacun pensait au sien, absent pour toujours.

Ce jour-lā, ā 13h, après avoir visité tous les sites où étaient enterrées les victimes de ces exécutions, le groupe se retrouva ā l’improviste devant une petite maisonnette fermée. Du petit banc où ils étaient assis sur la véranda d’une petite maisonnette, deux petits vieux, en caftan et petit bonnet blanc laiteux, firent un petit salut de la tête au groupe.

Au même instant, quelqu’un dans le groupe murmura: « C’est l’endroit où se faisaient les sacrifices humains » !!!

Une bombe n’aurait pas fait autant d’effet et de dégâts.

On murmura, les yeux écarquillés, incrédules : « SACRIFICES HUMAINS ! « ,  » SACRIFICES HUMAINS !!  » à plusieurs reprises. Chacun pensa immédiatement au sien!

Certaines femmes tombèrent, secouées par l’émotion. Des hommes portèrent les mains à la tête, criant : « Allahou Akbar, La ilaha Illalahou !! » en chœur.

D’autres essayèrent de tenir la bouche des deux mains pour ne pas hurler. Des groupes se formèrent, s’agglutinant les uns aux autres pour aller vers la maisonnette tout en éprouvant de la crainte et de la répulsion.

Les deux petits vieux, pas impressionnés se levèrent et ouvrirent la petite porte aux visiteurs.

Une petite salle vide, glacée, avec un plancher en ciment. Deux ouvertures béantes, en forme de carré. On imagine alors la suite: « l’arrivée des exécutants masqués, portant sur leurs épaules les corps ligotés des victimes qu’ils déposent à terre.

En suite ils sortent leurs outils et s’en approchent Alors sortent des entrailles de ceux-ci les cris stridents remplis d’horreur, suivi du sang abondant qui gicle inondant la main et le couteau pointé à la gorge.

Puis viennent les râles très forts au début, semblant ne jamais s’arrêter pour se terminer par un murmure à peine audible.

Peu après on entend le « plouf », du bruit du corps inerte qui tombe au fond du trou. La deuxième victime suit, ainsi de suite jusqu’au dernier. »

Les deux petits vieux connaissant la scène macabre par cœur imaginent facilement ce que pensent les visiteurs de ce jour. Ils préférèrent disparaitre.

La stupéfaction et l’horreur se lirent sur les visages, chacun s’imaginant à la place des victimes ligotées, ne pouvant même pas faire le moindre mouvement.

Chacun sort en marche arrière, effaré, comme anesthésié. On marche aveuglement en titubant vers les véhicules, avec le secret désir d’en finir une fois pour toute avec cette visite éprouvante.

Bien à vous.

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Femmes et sociétés

Au Soudan, les femmes et les minorités victimes de harcèlement en ligne ne bénéficient d’aucune protection juridique

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Alaa Salah est devenue un symbole du rôle des femmes dans le soulèvement contre le chef autocratique du Soudan Omar al-Bashir, qui a été évincé par l'armée. Les images d'elle chantant des chansons traditionnelles lors des manifestations à Khartoum sont devenues virales sur les réseaux sociaux, où les femmes et les minorités au Soudan sont souvent confrontées à un harcèlement en ligne intense. Capture d'écran via VOA / YouTube, 16 avril 2019.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndt]

Au cours des dernières années, Internet tient au Soudan un rôle de plus en plus important dans la politique et la société. Lors de la révolution soudanaise de 2019, les manifestant.e.s et les militant.e.s se sont tourné.e.s vers les médias sociaux pour s’organiser,  communiquer et documenter les violations de leurs droits.  

Leurs efforts ont finalement renversé Omar el-Béchir, qui a dirigé le pays d’une main de fer pendant 30 ans.

Malgré ces progrès, le harcèlement en ligne reste un problème majeur au Soudan, où le taux de pénétration d’Internet est estimé à 31 pour cent. Le harcèlement – notamment le doxing, la cyber-intimidation, le harcèlement moral et les discours haineux – touche particulièrement les femmes et les minorités. 

Diverses campagnes ont tenté de lutter contre ces violations, mais le harcèlement en ligne nécessite plus d’attention ainsi qu’une réforme – notamment la mise place d’une législation solide. 

En juillet, une page Facebook a partagé [ar] des photos de Weam Shagi [ar], une militante connue des droits des femmes soudanaises, qui la montraient en train de subir des tortures, lors de la dispersion d’un sit-in, par les forces de sécurité dans la capitale, Khartoum. Mme Shagi avait précédemment partagé []ar] ces photos sur sa propre page Facebook. Certaines personnes ont écrit des commentaires humiliants vis-à-vis de son corps pour l’attaquer.  

Ce n’est qu’un des nombreux exemples de harcèlement en ligne au Soudan.

Se moquer des gens en fraison de leur région d’origine est également courant. En août, une page Facebook connue avec 170 145 followers appelée “Capture d’écran soudanaise” a partagé un message qui se moquait des filles d’Omdurman [ar], soutenant que les filles devraient être utilisées comme moyen pour arrêter les inondations meurtrières du Nil qui affligent actuellement Khartoum et Bahri. Les commentaires insinuent que ces filles sont moins importantes et moins belles, à cause de leur région d’origine. Lorsque la publication a été signalée, Facebook a répondu que la publication ne violait pas ses normes communautaires.

Facebook a estimé qu’un message dont l’auteur se moquait des filles d’Omdurman, disant qu’elles devraient être utilisées pour arrêter les inondations du Nil, ne violait pas ses normes communautaires. Capture d’écran prise par l’auteur, 23 septembre.

Le harcèlement en ligne n’est pas pratiqué exclusivement par des civil.e.s. L’armée s’est également livrée auparavant à des comportements malveillants en ligne. En juin, selon un rapport de l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch, « le personnel de l’armée a menacé une jeune manifestante qui apparaissait sur un clip largement diffusé sur les réseaux sociaux scandantdes slogans contre l’armée. Elle et sa famille ont reçu plusieurs appels d’hommes qui se sont identifiés comme des officiers militaires, menaçant de porter plainte contre elle pour “injures contre l’armée” ».

Dans certains cas, le harcèlement en ligne a été utilisé comme un outil pour intimider les militant.e.s politiques par l’ancien régime.

Selon le rapport de 2018 sur la liberté sur le Internet au Soudan [pdf], « plus de 15 militantes ont été victimes de doxing sur la fausse page Facebook Les femmes soudanaises contre le hijab [ar], où leurs photos privées ont été publiées sans leur consentement avec des commentaires mensongers sur le fait qu’elles s’opposaient au port du voile et la religion ». La page a ensuite été supprimée par Facebook après que beaucoup l’aient signalée comme une violation des normes communautaires de la plateforme.

Les femmes soudanaises réagissent

Ces dernières années, les femmes soudanaises ont utilisé de nombreuses tactiques pour se protéger contre le harcèlement continu en ligne. Par exemple, un groupe de femmes a créé un groupe Facebook appelé “Inboxat” [ar],  une modification du mot anglais “inbox” (en français : messagerie), pour dénoncer leurs harceleurs en partageant les messages que ceux-ci leur avaient envoyés.

Malgré le succès relatif du groupe, elles ont été critiquées pour avoir partagé les captures d’écran de contenu abusif de leurs harceleurs, car cela violerait peut-être la vie privée de ces derniers.

Des hashtags ont également été utilisés pour dénoncer le harcèlement en ligne. Par exemple, le hashtag “dénonce un harceleur” est toujours activement utilisé par les femmes soudanaises pour partager leurs histoires personnelles. Le hashtag s’est transformé en un outil de discussion en ligne sur la nature du harcèlement ainsi que les avantages et les inconvénients de le dénoncer, bien que certain.e.s affirment que cela pourrait également porter atteinte à la vie privée et conduire à une diffamation.

Le harcèlement en ligne peut avoir des conséquences psychologiques majeures telles que l’anxiété, la dépression et le stress post-traumatique, mais il reste un sujet sous-étudié. Selon une étude publiée par Amnesty International en 2018, des femmes interrogées dans huit pays ont déclaré ne pas se sentir physiquement en sécurité et souffrir d’anxiété et de crises de panique en raison du harcèlement en ligne.

Le rôle des journaux et magazines en ligne

Les journaux en ligne se livrent également au cyber-harcèlement. En décembre 2016, Sudafax [ar], un journal soudanais en ligne, a publié une série d’articles sur les immigrant.e.s éthiopien.ne.s vivant dans un quartier de Khartoum, dans lesquels il citait des plaintes de résidents pleins de propos racistes et abusifs. 

Les articles comportaient des titres haineux tels que La colonie d’Éthiopiens et Addis Soudanais, attisant les sentiments anti-immigrés envers les Éthiopiens.

De nombreux lecteur.trice.s dans la section des commentaires ont critiqué le journal pour avoir publié un tel discours haineux en ligne, mais jusqu’à présent, le journal n’a pris aucune mesure pour répondre à ces inquiétudes et Sudafax n’a pas de politique officielle relative au contenu qu’il publie.

Une analyse de 25 sites internet d’information, forums en ligne et magazines soudanais [fichier excel] révèle que rares étaient ceux qui publiaient des politiques de contenus concernant le harcèlement et les discours haineux. Sudaneseonline, une plateforme en ligne bien connue, partage sa politique de contenus promettant de supprimer les messages indésirables ou le langage abusif mais ne résout pas le harcèlement. De nombreuses autres plateformes ne partagent pas du tout leur politique liée à la modération des contenus, même si certaines partagent des règles relatives à la protection de la vie privée des utilisateur.trice.s.

Des lois floues

Le Soudan fait actuellement très peu pour protéger les femmes, les autres groupes et les communautés à risque contre le harcèlement, menaçant de diminuer leur capacité à exercer leurs droits fondamentaux en ligne, ainsi que leur bien-être et leur santé mentale. 

En décembre 2016, le gouvernement soudanais a publié un cadre stratégique national pour protéger les enfants et les jeunes en ligne. La stratégie comprenait un plan de travail 2018-2020 et abordait explicitement le harcèlement ciblant les enfants, les lacunes juridiques et la nécessité d’une sensibilisation.

Le système juridique soudanais lui-même n’utilise pas directement le terme « harcèlement », mais d’autres termes vagues qui entrent dans cette catégorie apparaissent dans divers documents juridiques.

Par exemple, la loi de 2007 sur la cybercriminalité interdit les comportements tels que « l’intimidation », « l’incitation » et le « chantage »La loi interdit également l’envoi de matériel qui viole le  « caractère sacré de la vie privée ».

En revanche, la loi de 2018 sur les délits informatiques interdit l’utilisation de « tout moyen de communication ou d’information pour inciter à la haine contre les étrangers, provoquant discrimination et hostilité ». Cependant, le texte final de cette loi n’a pas été partagé avec le public et a été adopté par le régime déchu.

En juin 2018, le parlement soudanais a adopté un amendement [ar] à la loi de 2009 [ar] sur la presse et le journalisme qui a ajouté le journalisme en ligne à son contenu. L’article 26 de la loi interdit aux journalistes de diffuser des contenus racistes en ligne.

Pour lutter contre le harcèlement en ligne et y mettre fin, les législateurs doivent réformer la législation actuelle afin d’inclure des définitions claires de tous les types de harcèlement, tels que le doxing, le cyberharcèlement, les discours discriminatoires et les menaces de violence. 

Des réformes juridiques devraient également être promulguées conformément aux normes internationales des droits humains et ne devraient pas être utilisées par le gouvernement comme une excuse pour porter atteinte au droit fondamental à la liberté d’expression. 

Ce processus devrait également impliquer les groupes vulnérables tels que les femmes et les minorités qui sont souvent oubliés, mais qui sont les plus touchés. Les cas précédents devraient servir d’exemples pour comprendre la complexité et la nature évolutive de ce problème.

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Mohamed Suliman a écrit ce billet pour globalvoices.org qui l’a publié le 12 octobre 2020. M. Suliman s’intéresse  à l’intersection de l’information avec le droit.

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Droits de l'Homme

Le « socialisme » de Sékou Touré

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Ce billet est extrait du Chapitre IX intitulé Le « socialisme » de Sékou Touré du livre Noviciat d’un évêque : huit ans et huit mois de captivité sous Sékou Touré, de Mgr Raymond Marie Tchidimbo archevêque de Conakry. L’homme d’église analyse le pseudo socialisme du tyran, qu’il a connu et aidé avant son accès au pouvoir

« Chers frères et soeurs africains, vous n’avez pas à vous leurrer sur les vertus d’idéologies qui vous font miroiter un bonheur complet toujours remis à demain » (Jean-Paul II, Abidjan, 12 mai 1980).

La méprise française

On a longtemps cru en France, et un peu partout en Europe, que le socialisme de Sékou Touré était simplement une technique de développement et non un dogme. C’est pour cette raison que, vingt-six années durant (1958-1984), le dictateur de la Guinée aura bénéficié de la bienveillance des uns, et de la complicité des autres.

Il importe d’ajouter que Sékou Touré lui-même, au travers des « discours de bonne volonté » dont lui seul avait le secret, aura contribué à entretenir cette illusion sur sa personne. Mais écoutons-le plutôt.

A des journalistes qui, en 1959, lui posaient la question de savoir s’il était marxiste, Sékou Touré avait répondu : « Je vous mentirais, si je ne reconnaissais pas avoir lu beaucoup d’oeuvres de Mao-Tsé-Toung et beaucoup d’oeuvres des grands penseurs du marxisme… En Guinée, poursuivait-il, ce pays essentiellement croyant, nous pensons que ce sont les principes d’action concrète qui pourraient être adaptés à ses nécessités évolutives, et permettre ainsi l’action du peuple sur la nature et sur lui-même.»

Il avait dit « principes d’action concrète ». Il importe de tenir ce membre de phrase ; nous y reviendrons un peu plus loin.

Lire également: Il y a 5 ans Msgr Raymond-Marie Tchidimbo, rescapé du Camp Boiro, nous quittait

Certes, il reste vrai que son capital intellectuel ne permettait pas à Sékou Touré d’être au fait de l’idéologie marxiste ; mais grâce à des stages successifs dans la centrale syndicale française de la C.G.T., et grâce aussi à des périodes de formation répétées en Tchécoslovaquie, Sékou Touré était parvenu à assimiler les méthodes d’action du marxisme.

Le vrai personnage

Sékou Touré, sous ce rapport, était communiste ; un communisme passablement primaire, un peu vague et mystique.

Nous pouvons dire, en schématisant un peu, que pour Sékou Touré, le capital, c’était la puissance coloniale ; et le travail, c’était le peuple colonisé de Guinée. Aussi postulait-il dès 1944 la suppression de l’un des termes de cette relation, sans saisir vraiment le lien immanent, et encore moins les possibilités de dépassement de ces deux termes colonialisme et peuple exploité.

Cette connaissance un peu étriquée du communisme de Marx aura fait du communisme de Sékou Touré un communisme de caractère exclusivement négatif ; soit un communisme on ne peut plus simpliste

C’est ce qui explique, qu’une fois en possession du pouvoir, Sékou Touré se sera attaqué, pour les détruire, non seulement aux colons et aux commerçants, étrangers et guinéens tous confondus, mais aussi aux officiers guinéens formés dans le creuset de l’armée française, aux intellectuels guinéens formés dans les universités françaises ; enfin à tout ce qui ne peut devenir propriété de tous, tout ce qui est personnel et inégal, comme le talent et l’intelligence, et même la foi, malgré toutes les apparences de religiosité qu’il affectait.

Certes, la fortune peut bien être nivelée, mais pas le talent ; et encore moins l’intelligence et la foi !

Le communisme vulgaire de Sékou Touré l’aura conduit à nier la personnalité de « l’homme guinéen » dans sa prétention bien primaire d’incarner lui-même le peuple guinéen.

Ainsi aura-t-il essayé, sans y réussir, de détruire la culture et la civilisation guinéennes pour instaurer la nouvelle société qui devait naître de son communisme politique. Voilà l’explication du pouvoir despotique de Sékou Touré ; lui qui, tel un rouleau compresseur, se sera évertué à réduire en poussière la société guinéenne ; celle de notre enfance dans laquelle la liberté personnelle échappait à l’empire de la communauté, à l’emprise du pouvoir colonial, celle où l’homme guinéen était respecté en tant que tel.

Il faut ici avoir la probité intellectuelle de reconnaître que le pouvoir colonial quant à lui avait compris — malgré plusieurs erreurs dans l’exercice du pouvoir — que la sphère de la liberté personnelle demeurait celle qui échappe et échappera toujours à l’emprise de la société et du pouvoir.

Les méfaits d’une idéologie

Dans le domaine économique

Sékou Touré, avec son socialisme archaïque et inadapté, était arrivé, en vingt-six années de règne, à tout démolir de ce qui avait été construit patiemment en soixante années de colonisation.

Oh ! certes, ce qui avait été fait par les colons et l’administration française était encore loin de la perfection ; mais cela avait quand même le mérite d’exister.

Sur le plan économique

Sékou Touré avait provoqué le déséquilibre, ce qui est reconnu aujourd’hui. Plus grave, il avait confisqué pour le seul profil de son clan, le capital national de la Guinée ; lequel capital était constitué par la bauxite, l’or et le diamant. L’agro-pastoral ne fut pas davantage épargné ; et la pêche non plus.

Sékou Touré, en collectivisant l’un et l’autre de ces secteurs, avait réussi un tour de force : il avait ramené la Guinée au dernier rang des anciennes colonies françaises de l’Ouest-Afrique. Cette Guinée qui, grâce au travail laborieux des colons français et des agriculteurs guinéens, était devenue, dans cette zone de l’Afrique, le premier pays exportateur de bananes, de café et d’ananas.

Lire également: Les femmes à Sékou Touré: « Vingt ans de crimes, c’est assez! », c’était il y a 40 ans 

Grâce à la politique avisée des gouverneurs de la Guinée française, ce beau pays s’était constitué un cheptel ovin et vin de bonne qualité, et qui n’avait rien à envier à celui des pays voisins.

Il faut ajouter ici quelque chose qui chatouillera probablement l’épiderme de nos frères ivoiriens, mais qui est pourtant vrai ; à savoir que la Côte-d’Ivoire aura dû, en partie, son décollage économique aux échecs successifs de Sékou Tourédans son système de développement. La Côte-d’Ivoire, quant à elle, en la personne de son président, M. Félix Houphouët-Boigny, avait su tourner le dos à un prétendu « socialisme africain », pour expérimenter ce qu’il appelait son « capitalisme d’État ».

Sur le plan politique

Comme nous l’avons déjà évoqué, Sékou Touré parlant du marxisme mettait plutôt l’accent sur, je cite, « les principes d’action concrète » ; et nous y voici.
Avant la loi cadre, Sékou Touré s’était employé à domestiquer le mouvement syndical, au profit de la politique de son parti le R.D.A.-P.D.G. (entendez par ce sigle: le Rassemblement démocratique africain – Parti démocratique de Guinée).

L’agitation syndicale était devenue pour une arme privilégiée de combat pour accéder au pouvoir.

Il avait, entre-temps, réussi à s’infiltrer dans la police et à y constituer le syndicat des policiers ; une police qui, par la suite et avec la bénédiction du haut-commissariat de la République française à Dakar, fermera les yeux sur les actes de violence commis par le P.D.G.-R.D.A. de Guinée.

Le directeur de la Sûreté nationale à cette époque-là était M. Humbert, un Français de souche vietnamienne. Dès l’instauration de la loi cadre et le fonctionnement des gouvernements autonomes dans les territoires français d’outre-mer, Sékou Touré devenu vice-président fera de M. Humbert, son directeur de cabinet, pour services rendus au P.D.G.-R.D.A. Ce dernier, du reste, le suivra à l’Élysée guinéenne, la Guinée étant indépendante depuis le 2 octobre 1958.

Sous la loi cadre, Sékou Touré, vice-président du gouvernement autonome de Guinée, procédera sans délai à la suppression des dirigeants traditionnels, pour les remplacer par des cadres de son parti. Et, avec le concours de ses tueurs à gage tels que les Momo-Jo et les Momo Koulé-Khanyi, il organisera la terreur dans la ville de Conakry qui abritait les principaux leaders des autres partis politiques. Certains durent choisir l’exil, pour échapper au coutelas des tueurs de Sékou Touré. Ceux qui avaient quand même voulu demeurer en Guinée aboutirent dans les geôles de Sékou Touré ; plusieurs y trouvèrent la mort, comme les Kaba Dia Fodé, les Barry III, les Barry Diawadou.

La fameuse loi cadre permettra aussi à Sékou Touré de se débarrasser définitivement du pluralisme syndical. Le secrétaire général de la C.A.T.C. (Confédération africaine des Travailleurs croyants), David Soumah, verra sa propriété de Conakry saccagée, et sa maison détruite. C’est sous la protection de l’armée française qu’il pourra, à bord d’un avion, prendre la route de l’exil. Son adjoint, Firmin Coumbassa, connaîtra la prison, par trois fois.

L’indépendance de la Guinée permettra à Sékou Touré d’achever de tisser sa toile d’araignée sur l’ensemble de ce qu’il appelait, avec la morgue que nous lui connaissions, « son peuple » ; effectivement le peuple-martyr de Guinée, son peuple !

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*Né à Conakry en Guinée (colonie française en Afrique de l’Ouest jusqu’en 1958), Mgr Raymond Marie Tchidimbo est entré dans la Congrégation du Saint-Esprit en 1949 et a été ordonné prêtre deux ans plus tard.

Créé archevêque de Conakry en 1962, il est chargé par le pape Jean XXIII de renouer le dialogue avec le communiste Ahmed Sékou Touré, premier président de Guinée dont le régime répressif conduit des milliers de Guinéens à la mort. Arrêté en 1970, condamné à la prison à vie, Mgr Tchidimbo passera neuf ans dans le camp de Boiro.

Libéré et expulsé de Guinée le 7 août 1979, le pape Jean-Paul II le reçoit à Castelgandolfo quelques jours plus tard. Après plusieurs années à Rome, il prendra sa retraite dans l’archidiocèse d’Avignon, à l’Institut Notre-Dame de Vie, à Vénasque, puis non loin, dans le village de Saint-Didier.

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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