Les îles Canaries font face à des tensions liées à l’arrivée des migrants

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La pandémie de COVID-19 n’a pas freiné le flot des arrivées massives de migrants [fr] en Europe, qui a commencé avec l’exode tumultueux de millions de personnes provenant de Syrie, qui a récemment marqué le 10e anniversaire de sa guerre.

L’un des épicentres de ces mouvements migratoires est l’archipel des Canaries en Espagne. En 2020, 23 000 migrants sont arrivés aux îles Canaries, l’une des 17 communautés autonomes d’Espagne composée de huit îles [fr], située à 95 km du continent africain et comptant deux millions d’habitants.

Les migrants ne viennent pas seulement d’Afrique par voie maritime. Environ 90 pour cent sont des migrants latino-américains qui arrivent sur les îles par avion. Cependant, les médias se concentrent souvent sur les migrants en provenance du continent africain.

Les migrants sont confrontés à divers obstacles en cours de route et à leur arrivée aux îles Canaries. Cette situation a généré plusieurs controverses pour les ONG travaillant avec les migrants et les représentants du gouvernement en Espagne.

Un exemple est le sauvetage de la fillette de 2 ans qui,  avec sa mère et sa sœur,  est arrivée du Mali dans le port d’Arguineguín sur l’île des Grandes Canaries en mars dans un état critique. La fillette a été emmenée à l’hôpital après une tentative de réanimation par les infirmières sur le quai où elle a atterri. Elle est décédée le dimanche 21 mars d’un arrêt cardiaque.

Cet incident tragique a déclenché des réactions extraordinaires. Même le Président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, et le chef de l’opposition, Pablo Casado, ont exprimé leurs condoléances sur Twitter. De nombreuses personnes ont exprimé leur perplexité sur la mort de cette fillette sur les réseaux sociaux des gens.

Un autre événement malheureux a été la mort de trois personnes en raison du renversement d’un bateau lors d’un sauvetage le 26 mars.

Des manifestations anti-migrants ont également eu lieu aux îles Canaries, impliquant des actes xénophobes et le non-respect du couvre-feu instauré par les autorités.

La Croix-Rouge pointée du doigt

Fin février 2021, 64 migrants ont été expulsés d’un camp aux îles Canaries et abandonnés dans la rue, augmentant le nombre de migrants déjà dans cette situation précaire. Les migrants expulsés ont déclaré l’avoir été après avoir refusé de partager une tente avec un autre groupe, car cela leur aurait empêché de suivre les mesures de distanciation sociale requises pendant la pandémie.

Face à ces accusations, la Croix-Rouge a déclaré que les migrants avaient agi violemment et que certains ne souhaitaient pas poursuivre leur voyage migratoire, rejetant l’aide offerte qu’elle leur proposait. Cet argument a été réfuté par les expulsés.

Réagissant à l’expulsion des migrants du camp connu sous le nom de Camp 50, des mouvements de solidarité avec les migrants tels que la Plateforme de solidarité pour les personnes en mouvement  (connue sous le nom de Somos Red [Nous sommes un réseau]) composé de citoyens individuels, de groupes et d’associations, ont dénoncé la  manière dont la Croix-Rouge avait géré cette situation.

Les habitants qui vivent à proximité des camps ne sont pas d’accord avec le manque de ressources pour les migrants et le désintérêt manifesté par les institutions pour leur situation. Les habitants ont soutenu les migrants en leur fournissant de la nourriture et des couvertures pour se protéger du froid pendant la nuit. La plateforme Somos Red a tenu différentes réunions avec les autorités locales mettant en évidence les failles de la stratégie déployée sur les îles. Ils exigent également une action urgente de la part du gouvernement espagnol et de l’Union européenne.

Début mars, la Principauté des Asturies [fr], une autre communauté autonome du nord de l’Espagne, a proposé d’accueillir des mineurs non accompagnés qui se trouvent aux îles Canaries. Avec les Asturies, huit autres communautés autonomes accueilleront 200 mineurs. Actuellement, le gouvernement de la communauté autonome des îles Canaries prend en charge 2 500 mineurs.

Ce n’est pas la première fois que la Croix-Rouge est pointée du doigt. Elle a été également critiquée par d’autres secteurs de la population. Fin 2020, une vidéo a été publiée dans laquelle on voyait des volontaires de la Croix-Rouge et des migrants en train de danser sans respecter les mesures de distanciation sociale. Contrairement au soutien aux migrants par leurs voisins canariens dans le passé, cet incident a déclenché une série de manifestations organisées contre eux sur les réseaux sociauxLa Croix-Rouge s’est publiquement excusée pour le comportement de ses bénévoles, qui a eu un impact négatif sur son image publique.

Migrants sans asile

La difficulté de légaliser le statut des migrants est l’un des facteurs contribuant à cette situation désastreuse dans les îles. Aux îles Canaries, le nombre total de demandes de protection internationale a dépassé 3 984 sur 23 000 arrivées dans l’archipel.

Un autre facteur de difficultés est le manque d’informations, car de nombreux migrants ne savent pas qu’ils ont le droit de demander l’asile ou une protection internationale. En outre, les îles manquent de ressources suffisantes pour traiter les demandes d’asile qui nécessitent de nombreux défenseurs publics capables d’aider correctement les migrants, ainsi que des interprètes pour faciliter le travail juridique.

En 2020, 5 700 personnes ont obtenu une protection internationale en Espagne, soit 5% des demandes soumises. Selon un rapport de la Commission espagnole d’aide aux réfugiés (CEAR), l’Espagne se classe en dessous de la France et de l’Allemagne pour ce qui est de l’octroi de l’asile aux réfugiés, même s’il s’agit du pays qui reçoit le plus de demandes.

La ministre espagnole des Affaires étrangères, Arancha González Laya, a déclaré qu’il y avait actuellement un débat au niveau de l’Union européenne pour régulariser la migration et l’asile. Certaines mesures envisagées prévoient d’augmenter les possibilités d’emploi dans les pays d’origine et de transit des migrants, comme le Maroc et la Libye, pour améliorer leur situation socio-économique et enquêter sur les organisations criminelles s’occupant de la traite des êtres humains.

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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais en français a été Laura Carraso Alvarez en espagnol et traduit en anglais par Teodora C. Hasegan pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 17 mai 2021.

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Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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