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Femmes et sociétés

Être noire dans des organisations humanitaires à prédominance blanche

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Des travailleurs humanitaires du ministère de l’Intérieur haïtien procèdent avec les Marines américains à une distribution alimentaire près de Côtes-de-Fer, Haïti en 2010. (Photographie officielle du Corps des Marines par le sergent Wayne Campbell)

Je crois fermement aux voyages, à l’action bien en-dehors de ma zone de confort pour apprendre, et à la recherche de nouvelles expériences. Cette règle s’applique tant aux espaces physiques qu’intellectuels. Ainsi, quand l’opportunité d’une mission à court terme avec une grande organisation non gouvernementale internationale s’est présentée, j’ai fait mes valises et me suis rendue en Europe.

Ce n’était pas tant pour les gros sous dont on nous a fait croire qu’ils nous attendraient, même si le salaire était décent. Ce à quoi personne ne vous prépare, et dont on parle rarement en profondeur, c’est ce que signifie être Africain dans une institution dirigée par une majorité blanche.

Ayant grandi en Ouganda et travaillant principalement dans la région des Grands Lacs, en Afrique de l’Est, je ne savais pas vraiment ce que cela signifierait. Alors que j’étais consciente de la dynamique dans le secteur du développement chez nous, comme le décrit satiriquement le film « NGO – Nothing Going On »d’Arnold Aganze, cinéaste originaire de l’est du Congo, je n’avais pas encore connu la vie en minorité.

Au niveau international, nous avons assisté à quelques bouleversements au cours des derniers mois depuis les révélations duscandale sexuel d’Oxfam en Haïti [fr], où des employés d’ONGI payaient des femmes locales en échange de rapports sexuels. À la suite de cette tempête et de quelques autres cas médiatisés d’abus dans le secteur de l’aide internationale, Angela Bruce-Raeburn, l’ancienne conseillère principale en matière de politique pour la réponse humanitaire en Haïti à Oxfam America, a rédigé une des réponses les plus pertinentes.

Son article « But wait until they see your black face »[Mais attends qu’ils voient ton visage noir, NdT], qui a examiné l’inclusion et le racisme dans cette activité, a fortement résonné en moi. Etles réactions des autres femmes noires du secteur sur la gymnastique mentale et la marginalisation à laquelle on doit se soumettre pour survivre n’étaient que trop familières.

J’ai travaillé à plusieurs reprises comme consultante pour des agences internationales, bien consciente de la nécessité pour les populations locales d’avoir leur mot à dire dans ces organisations. J’étais déjà franche à propos des caricatures véhiculées par les médias sur les personnes dans le besoin. Cette opportunité me permettait également de me plonger dans l’un des plus grands défis auxquels les États du monde sont confrontés : la migration forcée. Mais ni mon éducation en sociologie du genre et des médias, ni mes expériences lors de courts séjours ainsi qu’une année de vie à l’étranger n’auraient pu me préparer à ce scénario.

J’apprendrais plus tard que j’étais arrivée à un moment de pression pour plus de diversité (et non d’inclusion). Mon responsable m’a présentée à la direction, voulant être apprécié pour avoir fait venir une femme africaine qualifiée. Quelques mois plus tard, le département des communications entièrement blanc a embauché deux brillantes recrues, un Kényan et un Sud-Soudanais. Une fois, le responsable a arrêté le seul cadre supérieur africain de l’organisation dans les couloirs et a nous a appelés tous les trois pour montrer ses recrues africaines. Peut-être que c’était ainsi que les gens de cette agence étaient reconnus, mais c’était le premier signe que les choses n’allaient pas bien tourner. Nous avons échangé des sourires gênés avec le responsables et sommes retournés travailler. C’était la première fois que j’étais distinguée sur mon lieu de travail simplement à cause de la couleur de ma peau.

Quand l’une des recrues africaines n’a pu remettre une stratégie dans un délai très court (une exigence déraisonnable étant donné que la personne en question n’avait même pas terminé son orientation) le responsable est venu dans mon bureau et m’a demandé de lui dire que « si elle n’avait pas sa stratégie à la fin de la journée, elle serait dans l’avion le lendemain pour rentrer dans son pays ». Avant ce jour, aucun harcèlement de la part du responsable n’avait réussi à me briser. Mais cet exemple de racisme et d’insensibilité flagrants m’a fait fermer la porte de mon bureau et pleurer.

J’ai pleuré parce que cette femme africaine avait échappé à la guerre avec sa santé mentale intacte et était venue avec une maîtrise pour offrir ses compétences, seulement pour rencontrer un homme comme ça. J’ai pleuré parce que je ne pouvais pas me résoudre à annoncer le message à ma collègue africaine, croyant que c’était mon devoir de la protéger d’une telle bassesse.

Le responsable en question était un homme européen blanc qui n’avait jamais été en Afrique ou dans le monde arabe, mais qui était considéré comme « apte » à parler des expériences des migrants, et vous savez quel groupe constitue un bon nombre de migrants : « de pauvres Africains », comme je l’ai entendu à plusieurs reprises. Pour cet homme, nous n’étions que des informateurs africains, pas des employés compétents et méritant à juste titre notre travail.

Pour aggraver les choses, il y avait la situation trouble avec la seule femme blanche dans l’équipe. Je dis trouble parce que tout ce que cette femme soulevait en réunion devait être pris au sérieux. Une fois, elle a suggéré que j’assiste à une certaine réunion que je ne trouvais pas prioritaire, car j’avais beaucoup de travail ce jour-là. Dans les trente minutes qui ont suivi, mon responsable était à ma porte et exigeait que j’y aille, me disant que je ne pouvais pas lui dire non. Je vivais au sein du privilège blanc. Le rôle de cette femme blanche dans cet environnement raciste et sexiste était tout à fait clair. C’est elle qui décidait si votre contrat serait renouvelé, comme l’a appris mon collègue kényan à ses frais. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai été appelée après le travail et bombardée de critiques parce qu’une chose n’avait pas été exécutée ce jour-là. Et Dieu vous préserve qu’un membre d’un autre département vous félicite pour vos efforts.

Les réunions du personnel étaient devenues prévisibles. Le responsable exprimait toujours de l’animosité envers les femmes cadres (qui étaient toutes blanches) et n’hésitait pas à émettre des commentaires sexistes à leur égard. Alors que la plupart des cadres de niveau intermédiaire étaient au courant des abus que cet homme infligeait, il n’y avait aucune possibilité d’y remédier. Ainsi, alors que le travail ait été intéressant et que j’ai beaucoup appris, ce fut au prix d’avoir à faire face à l’ignorance, au sexisme et au racisme.

Après six mois, j’ai eu un contrat avec un autre département, mais il a exigé de rester mon responsable. Le fait que j’aie obtenu un contrat sans son approbation l’a conduit au pire comportement. Je partageais un bureau avec un agent de communications blanc de sexe masculin qui prenait ses appels téléphoniques avec le haut-parleur, et le responsable appelait en parlant de moi et en me traitait de toutes sortes de noms. J’ai appris par d’autres que leur plan était de me pousser à partir, bien que cela, on ne l’ait pas dit.

Mais j’avais construit un système informatrique à partir de rien. J’ai pu établir des relations avec le personnel des bureaux de pays qui tremblaient habituellement à la mention du siège. Mais tout cela ne valait rien à moins que je sois reconnaissante et obéissante à cet homme. À la suite de ces brimades et abus flagrants, deux collègues ont quitté leur poste ; un a changé de département et un autre s’est vu refuser un contrat pour ne pas avoir obéi à la responsable blanche du département.

Nous avons tenté en vain de dénoncer ce racisme et ce sexisme. Des collègues supérieurs nous ont dit qu’il était impossible de faire quoi que ce soit, car « il avait de bonnes relations avec les grands patrons au sommet ». De plus, il était inutile d’aller voir le médiateur. Même le seul nouveau venu au bureau des ressources humaines m’a assuré qu’il était inutile de faire un rapport en tant que consultante, car je risquerais de partir avec une mauvais réputation.

Compte tenu de ces obstacles et limitations, j’ai décidé après un an de quitter l’organisation plutôt que de continuer à fouetter un cheval mort appelé diligence raisonnable et justice. Mais que j’étais déprimée. Les femmes représentent moins de 30 % de la population active dans une activité où les femmes sont majoritairement concernées, et j’espère que la conversation autour de #AidToocommencera à révéler l’ampleur du racisme et des abus dans le secteur de l’aide au développement. Les responsables doivent s’efforcer de trouver des solutions et une inclusion, non seulement en augmentant le nombre de membres des minorités et des femmes, mais en veillant à ce qu’il existe de véritables politiques, pratiques et moyens de prévenir de tels abus de pouvoir.

Une version de cet article a déjà été publiée sur le blog African Feminism.

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Ce billet écrit en anglais par Rosebell Kagumire a été publié sur globalvoices.org le 14 juin 2018. Je l’ai traduit en français  pour le même site qui l’a publié le 18 juin. L’auteur, Rosebell, est spécialiste des communications multimédias, journaliste et blogueuse primée avec une expérience en genre, paix et conflit. Elle travaille actuellement sur les litiges d’intérêt public pour la justice de genre en mettant l’accent sur les apprentissages Amérique latine-Afrique. Rosebell détient une maîtrise en études des médias, de la paix et des conflits de l’Université pour la paix au Costa Rica. Elle est un jeune leader mondial du Forum économique mondial.

 

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Diallo Telli,

« Les colons étaient plus africains que nous ». Partie I

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[box type= »shadow » ]Ce billet est la première partie d’un entretien, d’une durée initiale de trois heures, que Mme Kadidiatou Diallo Telli a accordé à Mme Pascale Barthélémy dans le cadre de sa thèse de doctorat publiée sous le titre Africaines et diplômées à l’époque coloniale (1918-1957), Rennes, PUR, 2010.

L’entretien en entier a été publié sur journals.openedition.org Mme Pascale Barthélémy est Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, ENS de Lyon et auteure de plusieurs ouvrages sur les intellectuelles africaines. Vu sa longueur, je l’ai divisé en 3 parties. Celle-ci est la première partie. Les autres parties seront mises en ligne le 30 août et le 10 septembre 2020. [/box]

Lorsqu’elle nous reçoit à Conakry, en république de Guinée, ce 22 janvier 2002, Mme Kadidiatou Diallo prépare la commémoration de la « journée des pendus » au cours de laquelle, le 25 janvier 1971, de nombreuses personnes furent exécutées par pendaison à travers toute la Guinée, sur ordre du président de la République Ahmed Sékou Touré.

Mme Diallo Telli a déjà accordé de nombreux entretiens à des journalistes qui l’ont interrogée sur son époux, Boubacar Diallo Telli, une des plus célèbres personnalités de l’histoire politique contemporaine de l’Afrique. Ancien élève de l’École normale William Ponty, diplômé de l’École nationale de la France d’outre-mer, représentant de son pays aux Nations unies et ambassadeur aux États-Unis, premier secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine, où il officia pendant huit ans, de 1964 à 1972

À son retour en Guinée, ministre de la Justice, il fut arrêté en juillet 1976 et mourut au Camp Boiro, ancienne caserne militaire devenue prison politique, le 1er mars 1977.

Cependant, ce n’est pas – seulement – la femme de Diallo Telli que nous venons voir mais l’une des premières filles scolarisées de sa famille, née en 1928 dans un petit village du Fouta Djalon, devenue élève à l’École normale de jeunes filles de l’AOF avant d’abandonner son métier pour endosser le rôle d’une femme de diplomate.

A : Si vous le voulez bien, avant que l’on parle de vos années à l’École normale de Rufisque et de votre carrière, j’aimerais que vous m’expliquiez un peu d’où vous venez, quelles sont vos origines familiales et sociales et comment vous êtes allée à l’école.

B : Ah ! C’est une affaire très compliquée ça. Parce que je suis née à Sampiridji. C’est un petit village au nord de la Guinée. Mon père était un chef de village, administrativement responsable d’un certain nombre de villages, et à l’époque on commençait à ouvrir les écoles aux filles et son chef, le chef de canton, a décidé que l’on inscrive les filles à l’école, et que chaque chef de village devait envoyer une fille à l’école. Donc c’était pratiquement obligatoire, j’étais la seule qui… je suis l’aînée de ma famille – j’étais la seule qui avait 7 ou 9 ans à l’époque, mon père était bien obligé de me scolariser. Donc, on a été obligé de me confier à une famille au village où y’avait l’école, et j’ai commencé là, j’ai fait trois ans dans cette école-là, j’ai du déménager à Labé pour faire les trois autres années.

Et après ça, il y a eu le certificat d’études et j’ai réussi un concours, et je suis allée à l’École primaire supérieure ici. Vous avez peut-être vu Conakry un peu, c’est la petite école en face du château d’eau, on nous appelait d’ailleurs “les jeunes filles du château d’eau”. J’ai fait là deux ans et j’ai préparé l’École normale de Rufisque. J’ai réussi à l’examen et j’ai intégré en octobre 44.

A : Du côté de votre père donc c’était une famille de chefs, lui-même avait été à l’école ?

: Non non non, mon père n’est pas allé à l’école, ma mère non plus d’ailleurs.

A : Quel était le nom de votre père ?

B : Diallo Hamady Diari, élu chef à Samantan2. Ma mère a des origines très islamiques, de Daralabé, c’est dans Labé, à la frontière avec Pita. Du côté de sa mère, de la famille religieuse de Koumba, installée là-bas, et ça c’est vraiment une branche très religieuse, ils n’ont pratiquement pas, au début, mis leurs enfants à l’école, et là maintenant y’en a qui ont des hauts fonctionnaires mais au début ils avaient refusé d’envoyer leurs enfants à l’école. Maintenant ils ont des hauts fonctionnaires, enfin tout a changé, tout a changé.

A : Vous étiez l’aînée ?

: Je suis l’aînée ! Je suis l’aînée des enfants. Quand on a demandé des garçons, mon père n’en avait pas, on a pris des garçons des responsables du village, on les a mis à l’école, et maintenant quand on demande des filles j’avais déjà l’âge d’aller à l’école. On m’a inscrite surtout parce que le chef de canton en visite là m’avait vue, et il avait dit à mon père “c’est mon fils qui l’épousera” or son fils faisait l’école alors quand on a dit “les filles à l’école”, il a dit à mon père tout de suite “ah ! Ma bru doit aller à l’école puisque mon fils est là-bas”. Mais bien sûr ça n’a pas marché (rires). Parce que lui il a abandonné tôt et que moi je n’ai pas voulu abandonner tôt.

A : Et vous vous souvenez de l’effet que ça vous a fait d’aller à l’école ? Est-ce que vous étiez inquiète, contente, parce que vous n’avez pas choisi malgré tout ?

: D’abord j’étais très jeune et j’ai souffert du fait que l’école se trouvait à 30 kilomètres de chez moi et que par conséquent donc il fallait partir et que j’abandonnais tous les miens et j’allais dans une famille que je ne connaissais pas auparavant. Donc j’ai eu cette rupture familiale, mais apparemment ça ne m’a pas laissé de traumatisme.

Je me suis entendue avec la dame chez qui j’étais là-bas, et puis à l’école, ça a cliqué tout de suite, donc vraiment je n’en ai pas souffert. Bon, quand je suis venue à Labé c’était plus difficile parce que je faisais encore 60 kilomètres de plus et là je suis tombée dans une famille très très très gentille mais malgré tout, là j’ai senti l’exil vraiment ! J’ai fait là trois années et chaque fois qu’il y avait même un long week-end, je retournais, je revenais chez mes parents, ça me faisait 80 kilomètres à pieds mais je préférais venir faire deux, trois jours à la maison (rires).

A : Et votre maman, j’imagine que vues ses origines elle ne voyait pas d’un très bon œil peut-être que vous soyez scolarisée ?

B : On lui a imposé ! Elle ne voulait pas, on lui a imposé.

A : Et votre père avait d’autres épouses ?

: Il avait quatre autres, quatre autres.

A : Et est-ce que vous savez, est-ce que tous les enfants ont été scolarisés ?

: J’ai fait un gros effort, plus de la moitié sont allés à l’école. D’abord chez ma mère j’ai mis tout le monde à l’école parce que j’ai réussi à convaincre ma mère, à un certain moment quand la dernière partait, elle m’a dit “maintenant je reste ici, comme une femme qui n’a jamais eu d’enfant”.

Je suis allée chercher une petite cousine chez ses frères, je suis venue la prendre, je suis venue la chercher et je suis partie avec et je l’ai donnée à ma maman.

A : D’accord. Et vous êtes combien d’enfants de même père, même mère ?

B : De même mère nous avons été huit mais y’a que trois qui sont vivants encore.

A : D’accord. Et donc les huit de votre mère sont allés à l’école ?

B : De même maman, non, y’en a quatre qui sont morts très jeunes mais les quatre autres sont allés à l’école. J’ai ma sœur qui vient après moi, qui vient de prendre sa retraite, elle travaille au PNUD et l’autre sœur est mariée à Montréal, elle a un jardin d’enfants dans la ville de Montréal, qu’elle gère encore. Et mon frère qu’on a perdu il y a une dizaine d’années était allé à l’école un tout petit peu, il s’est consacré à l’agriculture, il nous a laissé onze enfants que nous avons encore (rires). Ma sœur aussi, ma sœur a une maîtrise en lettres anglaises, qui est à Montréal.

A : Donc vous avez ouvert la voie en quelque sorte ?

B : J’ai ouvert la voie, même mes demi-frères et demi-sœurs j’ai mis, tous ceux que j’ai pu mettre à l’école je les ai mis à l’école. Y’en a beaucoup qui ont réussi à s’en tirer. Mais vous savez que, ce qui arrive c’est que moi mon père m’a toujours encouragée à rester à l’école, ma mère n’a jamais fait pression sur moi pour que je sorte, mais l’entourage, leurs frères, leurs sœurs, chaque fois que je viens en vacances, ils ont l’impression que je suis rentrée définitivement et puis alors quand on commence à préparer le départ, bon je fais quelques provisions, ceci et cela, alors on venait voir mon père “tu vas la laisser partir encore cette fois-ci, toutes ses camarades sont mariées, y’en a qui ont des enfants, tu vas la laisser partir encore !”

Alors, c’était très difficile pour mon père et ma mère de leur faire comprendre qu’ils étaient d’accord pour que je parte, alors ils disaient toujours “ah vous savez, les enfants de maintenant, ils n’écoutent pas ce qu’on leur dit” (rires). Alors quand je venais lui dire au revoir maintenant, la dernière conversation avant que je parte, il me dit “tu as vu ton cousin untel est avec toi là-bas, ton cousin untel est avec toi là-bas, ton cousin untel est avec toi là-bas”, c’est une compétition, nous allons voir qui va l’emporter et je partais tranquille (rires). Je partais tranquille, ils n’ont jamais fait pression sur moi pour que j’abandonne.

A : Et j’imagine qu’il y avait des prétendants qui faisaient pression aussi ?

B : Oh oui, y’a des prétendants bien sûr, y’a des prétendants. Il y a eu une bataille terrible pour me marier parce que vous savez en Afrique, plus la fille s’en va, plus un certain nombre de personnes se disent “elle est perdue pour moi”, “elle va viser plus haut” donc y’a des freins, des freins énormes : des cousins, des voisins, quelquefois même des enseignants, qui cherchent à vous bloquer à un certain moment parce qu’ils se disent “elle va m’échapper, ou elle va échapper à mon frère” alors ils cherchent à vous bloquer.

A : Et au moment où vous étiez à l’EPS alors, qui est-ce qui a décidé de vous faire présenter plutôt le concours de l’École normale plutôt que le concours de l’École de médecine ?

B : Ça a été pour moi une option, la médecine ça me faisait un peu peur, le sang, ça me faisait un peu peur et puis l’atmosphère du collège je la préférais à l’atmosphère de l’hôpital, donc j’ai pas hésité du tout, j’ai choisi l’École normale.

A : Et est-ce que pendant votre enfance et votre adolescence vous aviez eu autour de vous des exemples d’institutrices qui étaient déjà revenues de Rufisque ou bien de sages-femmes, des personnes qui auraient déterminé un peu votre vocation?

B : Vous savez, quand je suis arrivée à l’EPS ici, les premières promotions des élèves de Rufisque venaient de sortir, donc à l’EPS j’ai eu comme professeur d’éducation physique Kadé Sissoko3. C’était elle notre première surveillante à l’EPS et puis notre professeur d’éducation physique. Ensuite j’ai eu Mme Sultan4 également comme professeur d’éducation physique, elle était toute jeune, elle venait de sortir de l’École, aucune n’était mariée encore. Bon, elles nous parlaient beaucoup de Rufisque. Bon, les sages-femmes on n’avait pas beaucoup de contacts avec elles mais elles, les institutrices, elles nous ont encouragées, elles nous ont vanté l’École normale de Rufisque, la ville même, donc c’était un peu un appât.

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Kadidiatou Diallo Telli

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Droits de l'Homme

Un tribunal brésilien décide de maintenir à Rio de Janeiro l’enquête sur la mort de Marielle Franco

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“Aujourd’hui, nous avons remporté une victoire importante”, déclare Anielle Franco. Le 27 mai, la Cour suprême de justice (STJ) du Brésil a rejeté la demande de fédéralisation de l’enquête sur le meurtre de sa soeur, Marielle Franco, conseillère municipale morte assassinée à Rio de Janeiro avec son chauffeur, Anderson Gomes, en mars 2018.

Malgré l’arrestation des tueurs, les commanditaires du meurtre n’ont toujours pas été identifiés. “Après tant de morts, enfin une victoire”, poursuit-elle.

VICTOIRE ! Par 5 voix à zéro le STJ a rejeté la fédéralisation de l’affaire Marielle et Anderson ! Plus de 150 000 personnes et plus de 200 organismes de la société civile ont signé contre la fédéralisation, et nous avons inondé les réseaux sociaux avec le hashtag #FederalizaçãoNão. Tous nos remerciements pour votre soutien !

Marielle [fr] était conseillère municipale à Rio de Janeiro pour le Parti socialisme et liberté (PSOL). Elle était noire, bissexuelle, mère et issue des favelas. Elle était également présidente de la Commission de la femme au sein du conseil municipal. La voiture qui la ramenait chez elle la nuit du meurtre a été criblée de 13 balles.

Lire également: De l’importance d’avoir une militante afro-féministe au gouvernement du Costa Rica

Fédéraliser l’opération équivaudrait à retirer la responsabilité de l’enquête à la police civile et au Ministère public d’un état, en l’occurrence celui de Rio de Janeiro, pour la confier à une structure fédérale, en l’occurence la police fédérale et le Ministère public fédéral.

Ce qui aurait permis au président Jair Bolsonaro, dont la famille a des liens avec les suspects du meurtre, d’interférer dans l’affaire.

La demande de fédéralisation avait été déposée en 2019 par le bureau du Procureur général de la République (PGR). Une des dernières missions de la procureure générale de l’époque, Raquel Dodge, qui, au vu des lenteurs des investigations, alléguait un risque de contamination en laissant l’enquête sur place et un manque de résultats quant aux commanditaires de l’assassinat.

La famille s’est immédiatement opposée à cette mesure dans une lettre envoyée au STJ dans laquelle elle déclare:

De nombreuses raisons factuelles et juridiques nous amènent à penser que la fédéralisation de l’affaire n’est pas la voie que les institutions judiciaires doivent suivre pour établir la responsabilité de tous ceux qui sont impliqués dans ce crime barbare qui a ôté la vie à nos proches. (…) Contrairement à ce que le bureau du procureur général a déclaré, la fédéralisation de l’affaire ouvre indubitablement la voie à l’impunité des véritables responsables des meurtres.

Sur le site web de la campagne, un texte explique que la décision retire l’affaire à la police fédérale et que “maintenant il y a moins de risques d’ingérence directe du président [Jair Bolsonaro]”.

Nous espérons que les choses vont enfin évoluer. Nous espérons ne pas avoir à attendre encore deux ans pour savoir qui a fait tuer ma mère. Et qui sait ? Peut-être qu’un jour cette affaire sera résolue.

Le jugement

Dans son jugement, Laurita Vaz, la rapporteuse dans l’affaire, a déclaré que la gravité de l’affaire est “incontestable” mais “a signalé un épisode qui dessert la demande de fédéralisation  de l’affaire”. D’après elle, le lendemain des meurtres, le PGR a créé un groupe de travail constitué de cinq procureurs de la République chargés de surveiller l’avancement des recherches à Rio.

Il est indéniable que l’affaire a révolté non seulement le pays tout entier, mais aussi la communauté internationale, à la fois en raison de la brutalité des homicides et du symbolisme de cet acte criminel. Un attentat contre la vie d’une parlementaire, élue par un vote significatif, qui se consacrait à la défense des groupes sociaux les plus défavorisés, et qui s’opposait clairement dans ses discours au crime organisé à Rio de Janeiro.

Les autres juges ayant voté comme Vaz, la non-fédéralisation a été rejetée à l’unanimité. L’Institut Marielle Franco, créé par sa famille, avait lancé une campagne “Federalização Não!” (Non à la fédéralisation”) pour recueillir des signatures et faire pression sur la décision. Plus de 150 000 personnes et 200 organisations de la société civile ont transmis leur pétition aux juges. Pour Anielle, la présidente de l’institut qui s’est entretenue avec Global Voices via WhatsApp, cette décision est une victoire :

C’est une victoire non seulement pour la famille, mais aussi pour les 154 000 camarades qui ont participé activement à cette mobilisation de la société civile contre la fédéralisation. (…) Ce vote a été unanime et important au milieu d’un tel chaos, de tant d’interférences et de tant de douleur.

Une enquête sur l’enquête

En 2018, les investigations ont peu progressé. De mars à août, la police de Rio a découvert qu’il existait des liens entre les assassins et un groupe de miliciens — qui agissent comme des organisations paramilitaires à Rio de Janeiro — connu sous le nom de “bureau du crime”.

En Janvier 2019, après une opération du Ministère public il a été annoncé que le fils du président, le sénateur Flávio Bolsonaro, avait employé dans son bureau la mère et la femme d’un des chefs du groupe, l’ex-policier Adriano da Nóbrega.

En mars, Ronnie Lessa et Élcio Vieira de Queiroz, deux autres membres de l’organisation, sont arrêtés pour les meurtres. D’après la police, Lessa avait tiré sur Marielle et l’ex-militaire Queiroz conduisait la voiture qui poursuivait celle de la conseillère. On ne sait toujours pas qui a commandité le crime.

À peine étaient-ils emprisonnés, la police fédérale évoquait des possibilités de fraudes dans l’instruction de l’affaire et tentait d’en gêner le déroulement. Ronnie Lessa habitait la même résidence que le président Jair Bolsonaro, dans un quartier chic de Rio. Un portier a confié à la police que Élcio Queiroz avait été autorisé à entrer dans l’immeuble, quelques heures avant les meurtres, par quelqu’un qui se trouvait dans la maison de Jair Bolsonaro, alors député fédéral. Quelques jours plus tard, il s’est rétracté devant la police fédérale, et a déclaré s’être trompé de numéro de maison.

Bolsonaro est allé jusqu’à accuser le gouverneur de Rio de Janeiro, Wilson Witzel, de manipuler l’instruction du meurtre de Marielle pour tenter de ruiner sa réputation. Witzel a nié ces accusations et a déclaré qu’il poursuivrait Bolsonaro.

Les suites

Avant le jugement du STJ, Bolsonaro avait déclaré, dans un échange de SMS avec Sergio Moro, à l’époque ministre de la Justice, qu’il souhaitait renforcer la mainmise sur la police fédérale de Rio de Janeiro. Lors d’une réunion filmée avec ses ministres le 22 avril, il déclare :

J’ai bien essayé d’envoyer officiellement nos gars de la sécurité à Rio de Janeiro. Mais je n’y suis pas parvenu ! Ça suffit. Je ne vais pas attendre que ma famille, ou mes amis [sic], se fassent niquer parce que je ne peux pas changer un petit agent de sécurité de rien du tout d’une structure qui nous appartient. On va les remplacer ! Si on ne peut pas les remplacer, on remplace leur chef ! On ne peut pas remplacer leur chef ? On change de ministre ! Point à la ligne !

Moro a démissionné du gouvernement peu après et a remis ces échanges à la Cour suprême de justice pour qu’elle enquête sur les crimes supposés du président. Il s’était opposé à la démission du chef de la police fédérale, Maurício Valeixo, décidée par Bolsonaro.

C’est Alexandre Ramagem qui avait été choisi par le président pour diriger la police fédérale, mais sa nomination a été rejetée par le STF. Le ministre Alexandre de Moraes a compris que Ramagem était proche de la famille du président — Des photos de lui avec les enfants de Bolsonaro au Nouvel An ont été publiées sur les réseaux sociaux. Bolsonaro a alors proposé le nom de Rolando Alexandre de Souza, un proche de Ramagem.

L’une de ses premières décisions a été le remplacement du chef de la police fédérale de Rio. Quant à la fédéralisation de l’affaire Marielle, le bureau du procureur général de la République a encore la possibilité de faire appel auprès du Tribunal suprême fédéral, la plus haute instance de justice au Brésil.

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Ce billet de Giovana Fleck a été écrit en portugais et traduit en français par Annick Battesti pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 25 juin.

 

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Droits de l'Homme

Nomination de la première ministre noire en Israël dans une société qui peine à accepter les Juifs éthiopiens

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Portrait de Pnina Tamano-Shata, utilisé sous license under CC BY-SA 3.0

Israël vient de nommer sa première ministre noire issue de la communauté falasha, ou Juifs d’Éthiopie. Malgré ce geste encourageant, cette communauté reste en butte à la discrimination et au racisme.

L’ascencion fulgurante de Pnina Tamano-Shata

Le parcours de Pnina Tamano-Shata, nommée Ministre de l’Immigration et de l’Intégration le 1er mai 2020 est remarquable: née en Éthiopie dans la communauté falasha, elle passe ses premières années dans un camp de réfugiés au Soudan.

A l’âge de trois ans, elle est rapatriée en Israël ainsi que 7,000 autres membres de cette communauté dans le cadre d’une opération de transfert clandestine organisée par Tel-Aviv avec l’appui de Washington entre le 20 novembre 1984 et le 6 janvier 1985, plus connue sous le nom d’Opération Moïse.

Une fois installée en Israël, elle s’intègre à la société, fait des études de droit et travaille comme journaliste ainsi qu’avocate. Elle s’engage aussi dans la société civile, devenant vice-présidente de l’Association nationale des étudiants éthiopiens en 2004, et membre du comité exécutif de Transparency International de 2015 à 2018.

Elle entame  une carrière politique, en se faisant élire à la Knesset, le Parlement israélien où elle siège de 2013 à 2015 en tant que représentante du parti laïc Yesh Atid.

Son engagement social et politique lui vaut d’être reconnue en Israël ainsi qu’à l’étranger. Ainsi, en 2016 elle est lauréate du prix UNSUNG AWARD 2016 décerné par le Drum Major Institute, une organisation non-gouvernementale américaine qui lutte pour les droits de l’homme et l’égalité des races.

La consécration arrive en mai 2020 lorsqu’elle est réélue à la Knesset le 2 mars 2020, puis nommée Ministre de l’Immigration et de l’Intégration. Voici ce qu’elle déclare à cette occasion:

Je suis ravie et fière d’assumer le poste de ministre de l’immigration et de l’intégration. Pour moi, c’est un point de repère et la fermeture d’un cercle pour cette fillette de trois ans qui a immigré en Israël sans mère, lors d’un voyage à pied dans le désert; en grandissant en Israël et dans les luttes que j’ai menées et que je mène toujours pour la communauté, l’intégration, l’acceptation de l’autre et contre la discrimination et le racisme; jusqu’à ma mission publique à l’intérieur et à l’extérieur des murs de la Knesset et aujourd’hui au statut de ministre de l’immigration et de l’intégration.

L’immigration est l’âme et le cœur battant de l’État d’Israël. Je travaillerai avec diligence pour encourager l’immigration de tous les pays du monde et pour diriger la réforme du processus d’absorption des immigrants en Israël.

Le revers de la médaille: racisme institutionnel

Même si Tamano-Shata se veut optimiste, la situation des Noirs en Israël reste difficile, car cette communauté, estimée à plus de 130,000 membres, soit 2 pour cent de la population, reste en butte au racisme. Comme le rappelle cet article, de nombreux scandales témoignent d’un racisme répandu à l’encontre des Noirs dont Tamano-Shata elle-même a été victime:

En 1996, lors d’une opération nationale de collecte, le centre israélien de transfusion sanguine fait jeter tous les dons des immigrants d’Éthiopie de crainte qu’ils ne soient porteurs du sida. Humiliée, en colère, la communauté falasha [Juifs éthiopiens] organise un immense rassemblement à Jérusalem, devant les bureaux du Premier ministre, qui dégénère en heurts avec la police.

Ces heurts ne font cependant pas changer les choses puisqu’en 2013, alors qu’elle [Tamano-Shata] est députée et décide de faire un don de sang lors d’une opération de don organisée par le Magen David Adom dans l’enceinte du Parlement à Jérusalem, une responsable de cet organisme, filmée et enregistrée par une caméra vidéo, lui explique que « selon les directives du ministère de la Santé, il n’est pas possible d’accepter le sang spécial d’origine juive éthiopienne ». La députée s’insurge lors d’une interview sur la chaîne de télévision privée « 10 », contre « cet affront fait à toute une communauté en raison de la couleur de sa peau ».

Un autre scandale retentissant est celui de la contraception forcée des femmes éthiopiennes révélée en 2013, comme l’indique cet article:

Pendant 5 ans, le gouvernement a nié qu’il avait mis en place un système de contraception concernant les immigrées éthiopiennes les forçant à accepter une injection de l’agent contraceptif Depo-Provera si elles voulaient entrer sur le territoire israélien.

L’Association pour les droits civiques en Israël (ACRI) a demandé une enquête ainsi que la fin de ces injections. Le directeur général du ministère de la santé a donné l’ordre d’arrêter ces injections contraceptives. Les juifs d’Ethiopie ou falashas sont des citoyens israéliens ont longtemps été mis à l’écart des autres communautés juives.

Un autre exemple des violences et du racisme dont sont victimes les Falashas est le cas de Damas Pakada, un soldat israélien né en Ethiopie. Un jour d’avril 2015, il rentre chez lui en uniforme militaire pour fêter son anniversaire. Il est arrêté et tabassé par deux policiers et jeté en prison, sans aucun motif. Grâce aux images d’une vidéo reprenant l’incident, il est par la suite libéré de prison, et les policiers en question sont arrêtés, soupçonnés d’usage excessif de la force. Cet incident provoque des manifestations de la part des Falashas. Par la suite, Pakada a été décoré par l’armée et reçu par le Premier ministre.

A l’époque, le Président Reuven Rivlin avait admis que l’Etat hébreu avait commis des erreurs causant un traumatisme chez les Juifs d’origine éthiopienne:

Les manifestants de Jérusalem et de Tel-Aviv ont révélé une plaie ouverte et vive au coeur de la société israélienne. Nous devons nous pencher directement sur cette plaie ouverte. Nous avons commis des erreurs, nous n’avons pas assez ouvert les yeux et nous n’avons pas assez tendu l’oreille

Malgré ces scandales et les déclarations de Rivlin, le racisme anti-Falasha et anti-Noir continue, comme le rapportait, en juillet 2019 le militant syndicaliste français Pierre Lemaire:

Depuis 1997, onze Noirs israéliens ont trouvé la mort dans une confrontation avec la police. Selon l’Association des Juifs éthiopiens, les mises en examen d’Israéliens-Éthiopiens ont progressé de 90 % depuis 2015 et 90 % des jeunes Noirs passant devant un tribunal sont condamnés, contre un tiers seulement des autres Israéliens.

A l’annonce de la nomination de Tamano-Shata comme Ministre, les Israéliens ont été nombreux à partager leurs sentiments sur les réseaux sociaux.

Pour le professeur Chely Lobatón (@chelylobaton), la présence de Pnina dans le gouvernement est la seule bonne nouvelle:

Pnina Tamano-Shata obtenant le ministère de l’Aliyah et de l’intégration est l’une des rares bonnes choses au sujet du nouveau gouvernement. En tant que premier membre noir du cabinet d’Israël et étantelle-même immigrante éthiopienne,  j’espère que cela signifie une adaptation plus facile pour les Juifs africains.
Igor Delanoë, de l’Observatoire franco-russe note que:

#Russie#Israel /Nouveau cabinet israélien: le ministère de l’Aliyah et de l’Intégration échoit à Pnina Tamano-Shata, d’origine éthiopienne. Jusqu’à présent, ce portefeuille revenait à une personnalité politique russophone. Par ailleurs, un nvl ambassadeur devait ê nommé à Moscou

Ironie de l’histoire, comme le rappelle le site serpent-libertaire.over-blog.com, l’ancienne ministre de l’Immigration et de l’Intégration Sofa Landver, qui est d’origine russe, et dont Pnina Tamano-Shata a pris la place, avait déclaré en 2012 “vous devriez dire merci qu’on vous ait accueillis”, en réponse à une précédente vague de manifestations de jeunes Israélo-Éthiopiens.
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 J’ai écrit ce billet pour globalvoices.org qui l’a publié le 3 juin.

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Camp Boiro

Camp Boiro: Tu enfanteras dans la douleur ou comment Saran confessa des crimes jamais commis

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 Lieutenant-colonel Camara Kaba 41, L’auteur de Dans la Guinée de Sékou Touré : cela a bien eu lieu, en 1984. Source: campboiro.org

Lt-colonel Camara Kaba 41. Source: campboiro.org

Je vous invite à lire ces pages douloureuses telles que vécues par cet autre rescapé, le Lieutenant-colonel Camara Kaba 41, auteur du livre Dans la Guinée de Sékou Touré : cela a bien eu lieu. Pour les négationnistes, ce sera une autre occasion pour nous insulter, mon ethnie, ma mère et moi. Sachez seulement que tant que la vérité ne sera pas faite sur les graves violations des droits humains que notre peuple a subies, les victimes réhabilitées et le pardon demandé et accordé, il n’y aura pas de paix dans notre pays.

Des survivants de ces camps de concentration érigés à travers la Guinée ont témoigné de l’horreur dans laquelle la folie meurtrière et le rêve de grandeur de Sékou Touré avaient plongé tout un peuple. Rendons-leur hommage et faisons savoir à nos compatriotes et au reste du monde ce que fut cet univers carcérale que le premier président de notre pays avait créé. Les excuses, souvent avancées, de l’animosité de la France à l’égard de Sékou Touré, à l’impérialisme, les Blancs ou l’Occident, ne tiennent pas. Il n’a pas été le seul artisan de notre indépendance, mais dans son délire il a constitué un rideau de mensonges à travers lequel la vérité a encore des difficultés à percer. Mais rappelons-nous que l’histoire est patiente, elle finit toujours par restituer ce qu’on lui a confié. Et la vérité est têtue car on a beau la cacher, elle finit toujours elle aussi par triompher tôt ou tard. Cela dépend de chacun de nous de contribuer pour abréger les délais de ces deux facteurs qui dépendent du temps qu’on emploie à les aider à se frayer leur chemin.

« Tu enfanteras dans la douleur » ; et elle enfanta, elle enfanta la douleur. Le hurlement qu’elle poussa avant de s’évanouir fit sursauter la sentinelle qui somnolait dehors près de l’entrée. Il était trois heures du matin. Kankan dormait. Les centaines de détenus politiques, eux, ne dormaient point. Chacun attendait son tour, son tour de passer à la cabine technique, à l’abattoir, à la mort. Ils avaient suivi son départ pour l’interrogatoire depuis une heure du matin. Ils l’avaient entendue pleurnicher, pleurer, les prier en vain; mais ce hurlement de bête qu’on égorge leur avait fait perdre tout espoir, l’espoir de s’en sortir. Qu’on puisse torturer ainsi une femme.

Bon Dieu ! Bon Dieu ! murmura l’un des plus riches commerçants de Kankan, arrêté depuis trois jours. Saran, c’était elle, en était à son cinquième, car il faut quatre jours de diète sèche avant d’être interrogé , quatre jours sans manger ni boire, sans aucun contact, bouclé par derrière dans une cellule qui a toute l’allure d’une tombe.
— Aide donc la Révolution, Saran ; cela fait près de deux heures que tu nous embêtes. Si j’ai attendu tout ce temps, c’est parce que je te connais. Mais ma patience a une limite. Tu n’es pas la seule, les autres attendent. Dis la vérité ! Reconnais que tu es recrutée par les Allemands et que tu as reçu d’eux 3 500 dollars.
— C’est pas vrai ! C’est pas vrai ! C’est pas …
— Ta gueule ! hurla le capitaine Kouyaté, sur les nerfs.
— Écoute mon frère ! Tu peux me sauver si tu le veux bien. Tu sais très bien que tout cela est préfabriqué. Je te jure que tout est faux, tout.
— Je ne te demande pas la date de ta naissance. Je la connais. Conakry attend, pour demain matin, ta déposition. Tu crois que l’avion va t’attendre ? Des plus durs que toi sont passés ici. Si tu es dans cet état, c’est que tu l’as cherché. Reconnais ou je deviens méchant.

Saran roula de côté : elle était amarrée des épaules aux chevilles. Le fil de téléphone de campagne avait pénétré sa chair depuis longtemps. Presque nue, son beau corps était glauque : elle se roulait par terre ; elle se dit que la mort valait mieux qu’avouer un mensonge. Tout son corps était en feu.

Le capitaine Kouyaté lui avait arraché par endroits des plaques de sa peau douce avec une paire de pincettes branchée à un appareil téléphonique de campagne.
— Tu refuses d’aider la Révolution ? Tant pis.
— Vingt-quatre ans à son service, cela ne suffit pas ? dit Saran, fièrement.
— Ce qui compte, c’est la fidélité au Parti. Tu as couché avec les Allemands et ils t’ont recrutée. Il est vrai que tu es l’une des toutes premières militantes de Kankan, mais tu as fini par trahir comme les autres.
— C’est faux ! cria Saran, indignée.
— Détachez-la, ordonna le capitaine. Ce que firent deux gorilles spécialistes des tortures.
— Enlève ton slip, dit le capitaine. Saran hésita, affolée, fixant tour à tour l’officier et les deux sbires.
— Laisse-moi au moins celui-là.
— Enlève-le ou je le déchire.
Il n’attendit pas une seconde. Il la gifla et tira sur le slip qui craqua, roula sur une jambe jusqu’aux genoux. La gifle avait jeté Saran par terre.
— Relevez-la et placez-la sur la table. Ce qui fut vite fait. Nue, Saran écartelée, fut correctement liée à la table.
— Envoyez ! ordonna le capitaine.
L’impitoyable Capitaine Kouyaté Lamine a rejoint ses nombreuses victimes innocentes derrière les barreaux. Source: .campboiro.org

On envoya le « jus » ; le capitaine promena ses pincettes électriques sur le bas-ventre de Saran qui hurla. L’odeur de poils brûlés monta dans la salle puis, brusquement, il plongea l’instrument dans le vagin de Saran, qui hurla de plus belle et perdit connaissance. L’un des hommes de main ricana mais pas pour longtemps car le spectacle qui suivit le fit trembler : le capitaine Kouyaté avait tiré sur les pincettes qui vinrent avec tout le vagin dehors. Il fixa son œuvre. Pour la première fois, depuis qu’il exerçait ce métier, il fut pris de pitié mais non de peur. N’avait-il pas droit de mort sur les détenus qu’il interrogeait ? Il ne pouvait quitter des yeux cette boursouflure sanguinolente que Saran avait entre ses jambes écartées. Il se baissa, plaqua l’oreille sur la poitrine de la femme évanouie. Elle respirait.
— Ranimez-la ! cria-t-il. Qu’est-ce que vous attendez ?

On se précipita. La porte de la salle s’ouvrit. On courut. La bouteille d’eau percée fut là. Les gifles claquèrent. On travailla Saran, longtemps , elle ne revint pas à elle.

— Et si elle mourait avant d’avoir parlé ? Elle devra parler avant de mourir ! Ainsi parla le capitaine, retrouvant ses instructions de tueur.
— Ramenez-la dans sa cellule.

On prit Saran, pur coton ; et on alla la jeter dans une cellule, toujours nue. Kouyaté prit doucement sa casquette, la tapota, ému tout de même pour la première fois. Il regarda les vêtements de la femme, jetés sur une chaise ; il s’approcha, les caressa, les prit dans sa main droite, les serra, serra, ses larmes coulèrent silencieusement. Il était tout seul. Le marbre peut-il s’émouvoir ?

Tout en essuyant ses larmes avec les vêtements de Saran qu’il étreignait, il sortit de la salle des interrogatoires à pas lents. Dehors, la sentinelle, appuyée au mur ne somnolait plus ; il fit semblant de ne pas la voir. Il longea les manguiers sombres de l’allée et se dirigea vers son domicile.

Il traversa la place des rassemblements ; la sentinelle placée devant le poste de police claqua des talons. Le capitaine ne fit pas attention. Le Djoliba, ici appelé Milo, coulait à sa droite, paisiblement. Tout le camp Soundiata de Kankan dormait. Le capitaine Kouyaté rentra chez lui à pied : il avait oublié sa jeep russe devant « la cabine technique ». Il avait la clé de sa chambre. Il l’ouvrit, y pénétra, augmenta l’éclat de la veilleuse. Sa femme était là, belle, claire, ronflant. Il la regarda longuement puis, sans se déshabiller, s’installa dans un fauteuil et ne ferma pas les yeux du reste de la nuit.

A six heures du matin, le capitaine Kouyaté Lamine alla voir sa victime. Il ouvrit lui-même la cellule sans être accompagné — ce qui est interdit dans tous les camps d’extermination de Sékou Touré .
— A boire ! J’ai soif ! Très soif ! Et les habits ? Saran parlait d’une voix faible. Son postérieur gros et nu épousait la poussière de la cellule. Ses deux mains lui servaient de cache-sexe. Pour toute réponse, Kouyaté dit d’une voix haute de supérieur, satisfait de la tournure des événements :

— Dieu merci.

Saran ne comprit pas ce « Dieu merci ».
— Tu sais, Saran, pour l’eau, il faut que tu parles d’abord. Si tu déposes, tu auras et l’eau et la nourriture et même un lit. Pour tes vêtements, c’est tout de suite. Je t’envoie l’infirmier pour une injection antitétanique.

Le capitaine claqua la porte, la verrouilla. Ayant retrouvé ses esprits, il retrouva sa jeep. Il retourna chez lui.
Saran venait tout juste de remettre son vagin à sa place quand Kouyaté avait ouvert la cellule. Elle était revenue à elle quelques minutes auparavant. Saran, de profession, est assistante sociale. Désagréablement surprise, indignée par ce qui lui était arrivé, elle sanglota, sans larmes. Elles avaient tari dans la cabine technique, séchées par la douleur.

— Si je dure en prison, je n’aurai plus d’enfant, dit-elle, toute douleur. Elle regarda ses mains poussiéreuses, fixa son morceau de slip accroché à son genou ; elle le retira et s’en servit pour remettre son vagin peu ou prou à sa place en geignant.

Quand le capitaine ouvrit sa cellule, elle n’avait pas achevé sa délicate et triste besogne. A son départ, elle l’acheva, poussa un gros soupir. Les plaies sur ses fesses, traces des pincettes de feux, lui faisaient très mal, mais elle avait surtout faim et soif, soif. Elle sentait au plus profond de son être, un feu cuisant, permanent qui avivait sa soif. Il vaut mieux accepter ce qu’il demande, mais boire, boire puis mourir.

Voir aussi cette vidéo d’une interview du Prof. (Camerounais) Kapet de Bana (Kape Debagna), rescapé du camp Boiro ancien Professeur d’économie à l’École d’Administration de l’Institut Polytechnique de Conakry, lauréat de nombreuses distinctions internationales. pour ses travaux dans plusieurs domaines, dont celui des droits humains. Elle a été enregistrée par Paul Théa;

Ce billet a été publié une première fois sur konakryexpress.wordpress.com le 30 juillet 2013, sous le titre de « Guinée: La « confession » de Saran à Kankan.

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Droits de l'Homme

La Tanzanie réintroduit la taxe tampon

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Le 13 juin 2019, le ministre des Finances et du Planning de Tanzanie, Philippo Mpango, a annoncé la décision de ré-introduire l’impôt sur les protections hygiéniques féminines (la “taxe tampon”) dans le budget 2019-2020. Ce faisant, il a déclenché un débat majeur sur l’impact de cette taxe sur les jeunes filles et les femmes.

L’an dernier, le même ministre proposait d’abandonner la taxe tampon.

Son annonce a déclenché une vive indignation du public, et tout particulièrement des femmes pour qui cette taxe est une forme de discrimination sexuelle. Le ministre a expliqué que l’exonération fiscale implémentée en 2018 n’avait pas eu l’effet escompté, à savoir de donner accès aux protections hygiéniques à des prix raisonnables pour assurer “une meilleure gestion de la santé menstruelle”.

Mais l’exonération en question n’avait pas réduit le prix au détail des protections hygiéniques : à la place, elle a permis aux marchands d’augmenter leurs prix et d’accroître leurs bénéfices.

Le ministre a déclaré qu’avec ce budget, le gouvernement réduira l’impôt sur le revenu des sociétés de cinq pour cent (de trente à vint-cinq pour cent) pour les investisseurs qui fabriquent les protections localement. L’objectif est d’attirer les investisseurs en question, créer des emplois locaux et réduire la dépendance dans l’import des produits hygiéniques.

Le prix des règles

L’annonce du 13 juin arrive quelques mois après que la ministre adjointe des Finances et du Planning Ashatu Kijaji en mentionne la possibilité. Le 23 avril, elle a expliqué que son ministère avait reçu des plaintes des consommateurs selon lesquelles les protections hygiéniques coûtaient toujours cher. Elle a insisté sur le fait que le ministère cherchait de meilleures options qui bénéficieraient à la fois aux femmes et au gouvernement, et a parlé de la taxe tampon dans ce contexte.

Plus tôt en 2019, le ministre de la Santé, du Développement communautaire, du Genre, des Personnes âgées et des Enfants Ummy Mwalimu avait déclaré que son ministère recevaitdes courriers demandant instamment une réduction du prix élevé des protections hygiéniques.

Le coût annuel moyen des règles en Tanzanie est de 36 000 shillings tanzaniens, soit environ 13,75 euros.

Les prix actuels des protection hygiéniques jetables vont de 2 000 shillings (0.77 euros) a 4 000 shillings (1,54 euros) selon la marque.

En réponse aux plaintes reçues, U. Mwalimu a écrit au ministère des Finances et du Planning et au ministère du Commerce et de l’Industrie, requérant qu’ils imposent aux fabricants de réduire les prix des protections hygiéniques.

En juin, la députée Upendo Peneza a demandé au gouvernement de fixer des prix indicatifssur les protections (un prix moyen et fixé). Mais Joseph Kakunda, le ministre du Commerce et de l’Industrie, a expliqué que le gouvernements ne peut fixer des prix indicatifs que pour les biens et services publics, et que les protections hygiéniques ne sont pas incluses dans cette catégorie.

Mme. Peneza a donc demandé une réunion entre le gouvernement et les différents acteurs pour discuter d’une façon dont une exonération fiscale des protections hygiéniques pourrait refléter les besoins des consommatrices, au lieu de ré-instaurer la taxe précipitamment.

Clouds Media@CloudsMediaLive

« Tulikutana na wauzaji/wasambazaji wa pedi, walitueleza kwamba wauzaji/wasambazaji wa jumla wamepunguza bei, tena kwa vielelezo, shida ipo kwa wauzaji wa rejareja. Serikali lazima ianzishe mfumo wa namna ya kusimamia maslahi ya watumiaj wa mwisho »

Nous avons rencontré des distributeurs et des marchands de protections hygiéniques dans ce pays et ces commerçants nous ont informé, avec des illustrations, qu’ils avaient réduit leurs prix. Le problème, c’est que les prix n’ont pas diminué du côté du commerce de détail.

Mme Peneza poursuit :

Le gouvernement a pris en compte les opinions des femmes, il a pris en compte les opinions des Tanzaniens, il a pris en compte les opinions des députés de cette Assemblée et c’est pourquoi il avait supprimé la taxe. Revenons-y et asseyons-nous avec les parties prenantes des protections hygiéniques, les distributeurs, les consommateurs et toutes les autres organisations pour que nous puissions trouver un moyen que cette réduction puisse bénéficier aux citoyens. Cependant, se précipiter n’est pas une bonne chose. En 2016 j’avais dit qu’une exonération fiscale seule n’est pas suffisante. Cependant, le gouvernement doit créer un système qui protège les consommateurs. C’était ma position en 2016, c’était ma position en 2018 quand j’ai contribué à la même discussion.

Plusieurs députés se sont aussi prononcés contre la réintroduction de la taxe tampon. Ainsi, le député de Kigoma Ujiji, Zitto Kabwe, a argumenté que les règles étant un phénomène biologique, imposer les protections hygiéniques étaient une injustice faite aux femmes.

Pour la députée spéciale Sonia Magogo, un an n’est pas assez long pour que le gouvernement conclue à l’impossibilité de forcer distributeurs et marchands à adhérer à un contrôle des prix.

Clouds Media@CloudsMediaLive

« Napinga suala la taulo za kike kurudishiwa kodi ikiwa ni mwaka mmoja tu tangu ile kodi imeondolewa. Naona huu ni muda mfupi kufanya tathmini kwamba imeshindikana kabisa kuwabana wafanyabiashara waendane na zile bei ambazo serikali ingezitaka”

Honnêtement, je suis aussi totalement opposée à la réintroduction de la taxe tampon. Je dis ceci parce que ça fait un an que la taxe a été supprimée et qu’elle a été réintroduite après peu de temps. Personnellement, je trouve que ce n’est pas assez pour évaluer l’impossibilité de forcer les marchands à adhérer aux prix que le gouvernement veut.

Elle poursuit ainsi :

Si le gouvernement a réussi avec les machines EDF, les sacs en plastique et les cartes d’identité pour les entreprises, je ne crois pas qu’il soit incapable de contrôler les marchands sur une question aussi sensible pour les femmes. Aucune femme ne choisit d’avoir ses règles, qu’elle soit extrêmement pauvre ou riche.

La pauvreté menstruelle

Beaucoup de jeunes filles et de femmes, surtout dans les zones rurales, n’ont pas les moyens de s’acheter des protections hygiéniques et doivent vivre sans elles. La spécialiste sanitaire Dhalia Mbaga cite des études montrant que 91% des magasins des régions rurales de Tanzanie n’en vendent même pas et d’après le Daily Nation, “l’accessibilité des prix demeure le défi le plus important”.

La pauvreté menstruelle est l’une des causes de l’absentéisme des jeunes écolières dans les zones rurales. Certaines jeunes filles n’ont jamais vu de protection hygiénique et parfois, une serviette est coupée en deux pour être partagée entre deux jeunes filles. La plupart du temps, ces écolières utilisent des matériaux inappropriés et peu hygiéniques comme des chiffons, du coton brut et des épis de mais, selon des enquêtes menées par SNV Netherlands Development Organization.

Un manque d’eau et d’installations sanitaires basiques dans les écoles sont une autre raison pour laquelle les écolières de la Tanzanie rurale restent à la maison quand elles ont leurs règles. D’après Raleigh Tanzania, moins de la moitié de la population a accès à de l’eau propre et seulement seize pour cent à des toilettes adéquates.

Dans un éditorial du Citizen, l’auteur Anna Bwana soutenait l’utilisation de produits hygiéniques réutilisables tels que des serviettes en tissu et des coupes menstruelles car celles-ci durent entre 3 et 10 ans.

Cependant, dans les régions rurales où la pauvreté menstruelle est importante, le manque d’eau et de sanitaires rend l’entretien de ces produits difficile.

“Les serviettes hygiéniques ne sont pas un luxe”

Militants et citoyens se sont retrouvés sur Twitter pour exprimer leur indignation et disputer la taxe tampon avec le mot-clic #PediBilaKodi [ServiettesSansTaxe, NdT]

Lisa_Kagaruki@ElTeligon1001

I support #PediBilaKodi Campaign calling the govnt to reduce/totally remove VAT on Sanitary towels /tampons 2 be cheaper & more affordable but urging stakeholders 2 create projects that provide spaces for girls&women 2 access the needed items freely in rural communities.#ReTweet

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Je soutiens la campagne #PediBilaKodi qui appelle le gouvernement à réduire ou totalement supprimer la TVA sur les serviettes hygiéniques et les tampons pour qu’ils soient moins chers et plus abordables mais qui intime aux acteurs de créer des projets qui fournissent des espaces pour que les filles et les femmes accèdent à ces objets nécessaires facilement dans les zones rurales.

Deborah Maufi MD, MBA@DeborahMaufi

Join the campaign to fight reintroduction of taxes(VAT) on sanitary towels in Tanzania. Periods are natural and we should not be punished for that! #PediBilaKodi

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Poster de gauche : Arrêtez d’imposer nos règles! Un point c’est tout.

Poster de droite : Les règles ne sont pas un luxe. Un point c’est tout. [Jeu de mot sur “periods/period”, qui signifie à la fois les règles et le point, signe de ponctuation, NdT]

Légende : Rejoignez la campagne qui combat la réintroduction de la taxe (TVA) sur les serviettes hygiéniques en Tanzanie. Les règles sont naturelles et nous ne devrions pas être punies à cause d’elles !

Quelques hommes ont aussi pris part à la conversation en tant qu’alliés qui n’hésitent pas devant cet problème controversé :

Deogratias Munishi@DeoMunishi

Taxing women sanitary pads means taxing Women Menstrual Period. This is the most shameful act a government can do to its population. Any sensible & responsible MP would not entertain this. #Magufuli govt should feel ashamed to table this in Parliament for approval.

Imposer les serviettes hygiéniques revient à imposer les règles. C’est l’acte le plus honteux qu’un gouvernement puisse faire subir à sa population. Aucun député sensé et responsable ne devrait l’envisager. Le gouvernement Mugufuli devrait avoir honte de présenter cela au Parlement pour approbation.

£manuel Lameck@GiftedMynd

Men; If you think it is their fight alone, you’re as worse as the ‘18% VAT’ itself. Lets all strech our hands and embrace the campaign to support our gentleladies. Hedhi ni maumbile na si anasa. #PediBilaKodi inawezekana period. 

Messieurs, si vous croyez que c’est leur lutte à elles seules, vous êtes pires que la TVA à 18% elle-même. Tendons tous la main et soutenons la campagne de nos dames.

“If Tanzania had 50% of women in the parliament!!! Would taxification upon menstrual sanitary pads exist?”

-Tanzania needs more women in the next presidential term#PediBilaKodi

— Brightius Kalokola  (@DrKalokola) June 21, 2019

Si la Tanzanie avait 50% de femmes au Parlement !!! L’imposition des serviettes hygiéniques existerait-elle ?
La Tanzanie a besoin de plus de femmes pendant le prochain mandat présidentiel.

Malgré tout, ce problème impacte encore les vies des jeunes filles et des femmes. Une internaute rappelle au monde que les règles ne sont pas un choix :

Halima lila@halima_lila

Last year, the Govt removed VAT exemption on sanitary products. This year, it might be added back on. Let’s not move backwards. We want to see #PediBilaKodi – menstruation is not a choice, these are essential products for all women and girls! 

L’an dernier, le gouvernement a supprimé la TVA sur les produits sanitaires. Cette année, il pourrait la réintroduire. Ne faisons pas de pas en arrière. Nous voulons voir #PediBilaKodi. Les règles ne sont pas un choix, ce sont des produits essentiels pour toutes les femmes et filles !

Loyce@1oyce

I can’t really stress this enough; Sanitary pads (products) are not a LUXURY but a NECESSITY!!! #PediBilaKodi #ItsTimeForAction

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Je ne peux pas insister assez : les serviettes hygiéniques ne sont pas un LUXE mais une NÉCESSITÉ !

Ce billet, publié le 8 juillet 2019 sur globalvoices.org, a été écrit par Susie Berya, également connue sous le nom de Nasikiwa Susie. Elle est poétesse, écrivaine et artiste de la création parlée tanzanienne. Elle est également Droits militante féministe et sociale. 

Il a été ttraduit par Gwenaëlle Lefeuvre physicienne des particules le jour, rédacteur en chef de GV Lingua Frenchla nuit, passionnée de langue 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en particulier des langues régionales.

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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