Droits de l'HommeFemmes et sociétés

Dr. Stella Nyanzi, militante pour les droits des femmes emprisonnée pour “mauvais usage de l’informatique”

J’ai traduit ce billet de mon amie Pru Nyamishana, poussé par la révolte qu’a provoqué en moi le mauvais traitement réservé à cette battante pour les droits des femmes et des jeunes filles, Dr Stella Nyanzi, accusée de « mauvais usage d’Internet » et emprisonnée par un régime dictatorial du Président Yoweri K. Museweni au pouvoir depuis 1986.

 Le site ougandais matookerepublic.com révèle qu’en prison, elle est isolée et n’est autorisée à lire que la Bible,. Elle y restera Nyanzi jusqu’au 10 mai, avant de comapraitre de nouveau devant les juges.

Selon la journaliste Betty Ndagire qui couvrait l’évènement pour le site online monitor.co.ug du quotidien de la capitale ougandaise Daily Monitor, la Cour a expulsé les journalistes de la salle d’audience, avant que le procès ne commence.

L’universitaire et militante féministe ougandaise Stella Nyanzi a passé dix jours derrière les barreaux pour avoir enfreit la Loi de 2011 de son pays sur l’abus dans l’utilisation de l’ordinateur.

La Dr. Nyanzi est un critique sévère du Président Yoweri Musveni et elle est devenue une voix de premier plan dans une campagne de collectes de fonds pour l’achat de protections hygiéniques pour les femmes et les filles pauvres en Ouganda.

Arrêtée et détenue le 7 avril [fr], Dr. Nyanzi a été accusée [fr] de se livrer à du « cyber-harcèlement » et à de l’ « information offensante » (articles 24 et 25 de la Loi sur le mauvais usage de l’informatique) vis-à-vis du Président Yoweri Museveni et de sa femme Mme Janet Museveni sur Facebook. Entre autres choses, elle a comparé le président à « une paire de fesses ».

Sur les médias sociaux, l’histoire de Dr.Nyanzi est devenue une occasion de ralliement pour les Ougandais qui s’opposent au gouvernement Musveni, dont beaucoup ont utilisé le hashtag #APairofButtocks pour exprimer leur mécontentement.

Les responsables de la police disent qu’elle restera derrière les barreaux jusqu’à sa prochaine audition, prévue pour le 25 avril.

Quelques jours avant son arrestation, Mme Nyanzi a été interrogée [fr] par la police pour avoir collecté des fonds [fr] sans autorisation pour acheter des serviettes hygiéniques pour les étudiantes, ce qui lui ont-ils dit était contraire à la Loi sur Public Collections Act (Collectes publiques de fonds) de 1966. La Dr. Nyanzi a été portée disparue après avoir parlé lors d’un Événement Rotary Club le 7 avril à Kampala, comme on peut le lire sur l’avis ci-dessus. Plusieurs heures plus tard, la police a déclaré qu’elle était sous sa garde.

Anthropologue médicale spécialisée dans la sexualité africaine, la Dr. Nyanzi jouit d’une large audience sur sa page Facebook, où elle compte plus de 141 000 abonnés. Ici, ses messages sont son épée. En moyenne, elle répond à chaque commentaire. Elle utilise l’éducation sexuelle pour contester les pratiques du pouvoir actuel ainsi que d’autres croyances sociales dans un pays où le conservatisme social prévaut encore dans de nombreux secteurs.

Dr. Stella Nyanzi devant le tribunal le 10 avril 2017. Photo de Voice of America, réutilisation autorisée
Dr. Stella Nyanzi devant le tribunal le 10 avril 2017. Photo de Voice of America, réutilisation autorisée

La Prof. Nyanzi a publiquement dénoncé une promesse de campagne électorale non tenue du président Musveni de fournir des serviettes hygiéniques aux filles pauvres, dont certaines manquent l’école ou même abandonnent parce qu’elles ne peuvent pas s’en payer. En 2016, elle a attiré l’attention des médias quand elle s’est mise à nu pour protester contre la fermeture de son bureau, suite à un conflit avec son doyen, et a publié un clip vidéo de l’incident sur son mur Facebook.

Après que la Prof. Nyanzi a écrit que la Première Dame d’Ouganda avait déclaré à la nation qu’il n’y avait pas d’argent pour réaliser cette promesse de campagne pour les filles, Mme Janet Museveni a répondu dans une interview télévisée qu’elle avait pardonné à la Prof. Nyanzi de l’avoir « insultée ». En réponse, cette dernière a écrit un commentaire sur Facebook disant qu’elle ne lui avait pas demandé de pardonner ses paroles. Dans un autre récent commentaire, la Prof. Nyanzi a comparé le président Musveni à « une paire de fesses ».

Entre-temps, la Prof. Nyanzi a rejoint un groupe d’Ougandaises qui a lancé la campagne #Pads4GirlsUG pour collecter de l’argent afin d’acheter des serviettes hygiéniques pour les écolières.

Traduction du twit: Dons de serviettes hygiéniques réutilisables et jetables, du savon, des livrets et des boisson aux filles à Masaka.

Mme Museveni a également été attaquée par la Prof. Nyanzi à la fin de mars, après que la Première Dame eut déclaré à la presse que les Ougandais devraient cesser d’emmener leurs enfants à l’école en boda-boda (moto taxis). Les parents à faible revenu les utilisent généralement comme un moyen de transport, malgré les dangers qu’ils peuvent comporter. Cela n’a rien de nouveau venant de la Première Dame – dans le passé, de telles déclarations lui ont valu une comparaison avec la reine Marie-Antoinette.

En réponse au commentaire aux propos de la Dame de la Première sur les boda-boda, le 29 mars, la Prof. Nyanzi a écrit sur sa page Facebook :

Elle a ouvert la bouche pour dire: « Accompagnez vos enfants à l’école »,
Je marchais quatre kilomètres pour aller et revenir de l’école quand j’étais enfant!
La paresseuse truie qui accompagnait ses enfants à l’école dans un avion, avec son long nez, a regardé au sol et nous a dit d’amener nos enfants à l’école.
Faites comme je dis, pas comme je fais, a-t-elle dit effrontément.

Le 30 mars, la Prof. Nyanzi a été suspendue [fr] de son poste de conférencière à l’Université Makerere, qui relève de la compétence du ministère de l’Éducation. Il convient de noter que la Première Dame est également ministre de l’Éducation de l’Ouganda.

Deux jours avant son enlèvement, la maison de Mme Nyanzi a été perquisitionnée et elle a été emmenée pour interrogatoire par la police pendant quelques heures. Peu de temps après, elle a ouvert une discussion en direct sur Facebook dans laquelle elle a décrit l’incident. La discussion a été vue plus de 1 million de fois.

Le 9 avril, la journaliste de la TV locale Nation Television (NTV), Mme Gertrude Uwitware, qui a exprimé son soutien à Mme Nyanzi sur sa page Facebook, a été enlevée à Kampala {fr] et détenue pendant plusieurs heures avant d’être libérée. On ne sait pas si l’incident était lié à son soutien pour Mme Nyanzi, mais les défenseurs des droits de l’homme, y compris Me Nicholas Opiyo , qui assiste dans l’affaire de Dr. Nyanzi, soupçonnent que ça l’est.

Le Centre africain pour l’excellence des médias) et laC Coalition nationale des défenseurs des droits de l’homme en Ouganda), ainsi que des organisations internationales, dont Amnesty International, ont condamné l’arrestation et les poursuites contre Dr. Nyanzi. Ces groupes et d’autres ont également exprimé leur appui à la journaliste Uwitware.

Les hashtags #FreeStellaNyanzi et #APairofButtocks ont immédiatement fait le buzz suite à l’arrestation de Dr. Nyanzi et continuent d’être utilisés par les Ougandais et les sympathisants. Les Ougandais ont montré leur soutien malgré un climat de peur.

Le message de Stella Nyanzi ne disparaîtra pas même si vous l’arrêtez un million de fois. Grave erreur de l’enlever #FreeStellaNyanzi

Si les agents de sécurité pensent qu’ils peuvent intimider ou menacer tout le pays, prenons en nos mains #FreeStellaNyanzi

Stella Nyanzi est condamnée pour avoir appelé le Président de longue durée Museveni « une paire de fesses »

Certains partisans ont retrouvé ces mots de l’ancien dictateur ougandais Idi Amin Dada d’il y a 40 ans et ont répondu :

[sur l’image : « On a la liberté de parole, mais je ne peux pas garantir la liberté après la parole »] Liberté après la parole

Jongo Asiimwe a plaisanté :

Même Google le sait.

Traitant du sort de Dr. Nyanzi, M. Bwesigye bwa Mwesigire a noté:

Nyanzi n’est pas la seule victime de cette atteinte brutale à la liberté académique. Les contributeurs et les éditeurs de l’anthologie Controlling Consent, dont les exemplaires ont été confisqués par les autorités récemment en sont également les victimes. L’anthologie contenait des analyses académiques des élections présidentielles et parlementaires ougandaises de 2016. Le message est fort et clair. Les universitaires ne sont autorisés à être critiques que dans des espaces inaccessibles au public. Lorsqu’ils s’engagent publiquement, l’Etat leur tape dessus. Même Facebook et d’autres plateformes de médias sociaux ne sont pas à l’abri de cette répression !

Pour contribuer en ligne à la campagne Pads for Uganda (serviettes hygiéniques pour l’Ouganda), visitez la page officielle GoFundMe.

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konakryexpress

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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