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Camp Boiro

HALIMATOU CAMARA, LA SOIF DE JUSTICE EN HÉRITAGE FLORENCE MORICE, JOURNALISTE, RFI

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Le billet que je vous propose aujourd’hui est extrait du livre Mémoire collective: Une histoire plurielle des violences politiques en Guinée, produit par La Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et Radio France Internationale.

Vous remarquerez que même la petite-fille de feu Tounkara itou Tounkara a des réticences à reconnaitre qu’au temps de la révolution, on n’avait pas besoin de se maquiller de quelque crime que ce soit pour finir en prison et que les victimes ne jouissaient d’aucune assistance juridique. Le drame que le peuple de Guinée a vécu sous Sékou Touré dépasse tout entendement.

Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, plusieurs dizaines de cadres de la Guinée, emprisonnés au Camp Boiro, furent fusillés, selon des rescapés29. Parmi eux, Tibou Tounkara, compagnon de la lutte pour l’indépendance, et ancien ministre de Sékou Touré. Il est accusé d’avoir « trahi » la révolution lors de l’agression de novembre 70 et vient d’être condamné par un « tribunal révolutionnaire ».

Son corps ne fut jamais retrouvé. Sa famille a toujours dénoncé une « parodie de justice ». Héritière de cette histoire troublée, Halimatou Camara, sa petite fille, a fait le vœu très tôt d’œuvrer pour la justice de son pays. À 32 ans, l’avocate coordonne une clinique juridique30. Rencontre.

Ce n’est pas de la bouche de ses parents, mais dans le Livre blanc d’Ahmed Sékou Touré qu’Halimatou a découvert les conditions d’arrestation de son grand-père. Un recueil où l’ex-président consignait les « aveux » réels ou supposés de ceux qu’il qualifiait de « traîtres » sans que l’on sache s’il s’agissait de leurs propos ou de ceux soufflés par leurs bourreaux.

Le supposé aveu qui signa l’arrêt de mort de Tibou Tounkara tient en sept petites pages. Selon ce récit « officiel » écrit à la première personne, l’ancien syndicaliste, se sentant « incompris », aurait adhéré en 1967 au « Réseau français intérieur » dont le but était de « renverser le régime ». Trois ans plus tard, il aurait finalement reçu 4 000 dollars de la part des Allemands – qualifiés par endroits de SS – pour ensuite prendre part à l’agression de novembre 1970.

Halimatou n’a pas encore 10 ans lorsqu’elle feuillète distraitement l’ouvrage trouvé par hasard dans l’armoire de son père. C’est une photo qui attire son regard : elle y voit son grand-père, abattu, yeux cernés et chemise froissée. L’aurait-elle seulement reconnu, s’il n’avait porté dans ses mains une ardoise avec dessus son nom, lui qu’à l’époque elle ne voyait que dans les albums de famille poser dans ses habits de ministre ou d’ambassadeur ? Lui, dont elle ignore encore presque tout.

« J’ai été choquée. Je savais qu’il avait été prisonnier politique. Mon père m’avait emmenée quelques années plus tôt devant le camp Boiro, où il fut enfermé, et j’emmagasinais dans ma tête quelques bribes de conversation. Mais je ne comprenais rien. »

Entre choc et incrédulité, Halimatou décide d’en parler à son père. Il lui raconte alors l’arrestation, en juillet 1971, le « faux procès » et puis la fusillade quelques mois plus tard dans des circonstances encore floues. Il parle aussi des questions sans réponse : le corps qui ne fut jamais retrouvé et le silence autour des crimes commis à cette période. « Dans ce pays, on a besoin de justice et d’histoire. Peut-être que tu seras à l’avant-garde de ce combat un jour », lance-t-il, comme un défi, à la jeune fille qui envisage déjà des études de droit.

Depuis, Halimatou vit dans un sentiment d’injustice et retourne dans sa tête les blessures qui hantent la mémoire familiale. « Certains disent qu’on aurait découpé le corps de mon grand-père, puis qu’il aurait été jeté au niveau du pont Kaporo. Est-ce vrai ? Je n’en sais rien. C’est le black-out total. Aucune justice n’a été rendue et aucune mémoire n’a été entretenue sur ces gens, qui ont pourtant de près ou de loin participé à la construction de la Guinée. »

Et c’est cette même jeune femme, désormais avocate âgée de 32 ans, que l’on retrouve à l’automne 2017, à l’entrée du tribunal de Dixinn, un quartier de Conakry. Depuis 2015, Halimatou y coordonne une clinique juridique. Un projet porté par l’OGDH (Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme) et la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme), où de jeunes juristes et avocats se relaient pour offrir une défense gratuite à ceux qui sinon, faute d’argent, n’auraient pas droit à un procès équitable et contradictoire.

Ce jour-là, on l’aperçoit au loin. Elle lève les mains au ciel, puis les joint fermement au niveau du menton, yeux fermés, et sourit de satisfaction. Elle vient d’apprendre qu’un jeune homme qu’elle a récemment défendu dans une affaire de vol va sortir de prison. « Il cherchait de l’argent pour émigrer, mais ce n’est pas un délinquant. Peut-être qu’avec une seconde chance, il s’en sortira ».

« Chaque fois que je viens ici, raconte l’avocate, je pense à toutes ces personnes condamnées par des tribunaux populaires sous la Première République, qui n’avaient pas droit à une véritable défense. Mon grand-père et tant d’autres. Leurs avocats n’étaient là que pour chanter les louanges du régime. Une voix disait : ‘‘ vous êtes coupable de ceci ou de cela ’’, à partir d’aveux obtenus sous le coup de la torture et des humiliations. Et vous étiez condamné. C’est ce qui donne toute la valeur au travail que je fais aujourd’hui. »

Son cheval de bataille : aider les Guinéens à retrouver confiance en leur justice et lutter contre « les détentions provisoires abusives ». Elles sont nombreuses au tribunal de Dixinn, où plus de 200 dossiers criminels attendent d’être traités, souvent depuis de longues années. L’an passé, la jeune fille s’est battue pour qu’un homme en attente de procès depuis plus de 10 ans passe enfin devant le juge. Halimatou raconte qu’un magistrat, dont elle taira le nom, lui demanda : « Mais pourquoi te soucies-tu de cet homme ? N’as-tu rien d’autre à faire ? C’est un bandit, il n’a qu’à périr en prison ». « Madame, j’ai perdu mon grand-père sans procès équitable. Je ne peux pas regarder cette histoire se répéter sous mes yeux sans agir », a-t-elle répondu.

Halimatou « la dure » comme on la surnomme avec respect au tribunal de Dixinn, ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de critiquer les failles de la justice de son pays, persuadée qu’ « il y a un lien intime entre ce que qui s’est passé il y a 50 ans et ce qui se passe aujourd’hui ». « Dans ce pays, la vie humaine a été banalisée et le concept de présomption d’innocence n’existe presque pas. On jette facilement des gens en prison sur de simples soupçons, comme à l’époque de Sékou Touré où l’on pouvait se retrouver au camp Boiro sur simple dénonciation. »

Dans la famille d’Halimatou chacun porte une part de ce drame. Aujourd’hui encore, l’avocate n’ose pas aborder l’histoire de son grand-père avec sa grand-mère, qui perdit ses esprits en même temps que son mari en 1971 et ne retrouva la parole qu’en 1984 à la mort d’Ahmed Sékou Touré. La mère, Fatoumata Tounkara, syndicaliste et ancienne ministre elle-aussi sous Alpha Condé, n’a rien oublié de cet été 1971 qui lui arracha du jour au lendemain son père, sa maison, et sa réputation.

Elle raconte à sa fille les longues années sans nouvelles, passées à se demander si son père reviendrait un jour, et ces journées d’école où elle se retrouva tout d’un coup « indexée » par ses camarades et par ses enseignants, traitée de « fille de traître, d’agent de la 5ème colonne », elle qui se voyait au contraire en digne enfant de la révolution, car elle avait été élevée ainsi. La supposée trahison de son père, l’ex-ministre refuse toujours d’y croire et dit avoir « compris » son histoire et celle de la Guinée en lisant Le zéro et l’infini, roman d’Arthur Koetsler, l’histoire de Roubachof, ancien apparatchik, figure de la révolution russe, finalement arrêté puis jeté en prison. Un homme confronté à la terreur d’un système répressif auquel il avait lui-même collaboré durant sa carrière politique. « J’ai compris que la révolution mange ses propres enfants. »

Faute de sépulture pour son père, Fatoumata Tounkara conserve dans un couloir de la maison familiale du quartier Ratoma de Conakry une pierre du pont du 8 novembre. Ce pont où, en janvier 1971, furent pendus 4 hauts cadres du pays31, en même temps que plusieurs dizaines d’autres dans différentes villes de Guinée, accusés de trahison eux aussi. Une date qui rappelle dans la famille d’Halimatou cette nuit d’octobre qui coûta la vie à Tibou Tounkara, à ceci près que cette fois-là, la mort fut donnée en public. Ce pont, qu’en dépit de tout son activisme, l’AVCB (Association des victimes du camp Boiro) n’a pas sauvé de la destruction en mars 2012. «Lorsque j’ai appris que les travaux commençaient, j’ai immédiatement couru vers mon chauffeur. Je lui ai dit : ‘‘ Allons-y ’’. Il fallait que j’en garde un bout, que cette mémoire-là ne s’efface pas totalement », raconte Fatoutama Tounkara. Depuis, l’AVCB conserve, entassées dans une cour, des tonnes de gravats dont elle espère encore faire un jour le socle d’un monument en mémoire des victimes. « Si les autorités continuent de s’y opposer, je finirai peut-être par installer ma propre stèle.»

______

29 Témoignages recueillis par l’AVCB, Association des victimes du camp Boiro.

30 Clinique juridique mise en place en 2015 par la FIDH et l’OGDH.

31 Furent pendus à Conakry ce-jour-là, Ousmane Baldé, gouverneur de la Banque centrale et ministre des Finances, Ibrahima Barry, secrétaire d’État, Magassouba Moriba, ministre de l’Education nationale et le commissaire de police Keita Kara Soufiana.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Les exécutants des sales besognes du tyran Sékou Touré. 2ère partie

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Almamy Fodé Sylla

Après avoir décrit les membres et les rôles néfastes des différents Touré, appartenant à sa propre  et les Keïta, appartenant à celle de sa femme, Almamy Fodé Sylla décrit dans son livre L’Itinéraire sanglant les roles des sous-fifres qui ont contribué à la destruction morale, économique et sociale de la Guinée.

Almamy Fodé Sylla, disparu depuis septembre 2016, avait eu la chance de survivre aux atrocités du camp Boiro. Il avait été vice-président de l’Assemblée nationale sous la première législature de la deuxième république; ministre secrétaire général à la présidence; ministre de la fonction publique et du travail; ministre de l’enseignement technique et de la formation professionnelle.

L’auteur était  tellement proche du Général qu’il était une des rares personnes qui montaient en voiture avec ce vieux dictateur. C’était une des personnes qui oeuvraient pour une véritable réconciliation nationale, en Guinée. Il était un ami intime de la famille d’Elhadj Diallo Boubacar Telli.

En 2002, lors d’une rencontre avec une délégation de l’Association des victimes du camp Boiro, il avait confessé son échec auprès de son ami Conté dans sa tentative de réhabilitation des victimes des caps de concentration du tyran Sékou Touré.

Ce groupe est composé de toutes celles et de tous ceux qui sont mêlés de près ou de loin à la tragédie guinéenne : agents secrets, parents ou alliés du tyran, les nombreux marabouts complices du pouvoir tyrannique. Responsables de la plupart des sacrifices humains, qu’ils indiquaient personnellement, avec le rituel, au Chef de la Loge maçonnique de l’Ouest africain, les sacrificateurs portent la lourde responsabilité d’avoir mis le couteau à la gorge d’êtres humains, comme eux, et de l’avoir tranchée, froidement, sans frémir.

Lire également: Le gouvernement, une affaire des familles Touré et Keita

Sur ce chapitre, rappelons avec amertume le résultat d’une amitié.

Oh ! Dieu de la Clémence ! Pardonnez aux innocents ! Mais condamnez les coupables !
Ayez l’âme d’Elhadj Sidiki que l’amitié d’un fils pour un tyran a entraîné sur la voie très périlleuse de « Cheytane », du Satan trompeur. En effet, Sékou et son ami Béa (Premier Ministre) se concertent, discutent, arrêtent un plan satanique, auquel ils associent malheureusement un homme respectable, le père du Premier Ministre. Si Sékou a, 30 ans durant, choisi, adopté et gardé Béavogui Lansana comme fidèle compagnon, c’est parce qu’il le sait capable d’accepter de jouer n’importe quel rôle dans son théâtre infernal. Assis dans un coin, les deux hommes complices convoquent Elhadj Sidiki Béavogui, qui arrive précipitamment, sans savoir qu’il venait se souiller les mains dans des circonstances imprévisibles pour un fervent musulman.

— Tiens, égorge-le ! telle est la volonté de Dieu.

Les deux hommes d’État suivent avec un réel plaisir « l’exécution froide » qu’ils viennent d’ordonner. Crime parfait ! Certainement pas ! La chose, bien tenue au secret pendant un certain temps, va «filtrer ». Et, finalement, c’est dans un livre que l’humanité entière sera informée. Elhadj Sidiki Béavogui en voudra éternellement à son fils pour ce crime odieux qu’il lui a fait commettre. Toutes celles et tous ceux qui ont approché Elhadj Sidiki Béavogui peuvent témoigner de l’authenticité de cette révélation. Car le « vieux » l’a dit à tout son entourage. Et c’est pour cette raison que, très «adroitement », « ce père indiscret que l’âge fait délirer », est mis en réclusion quelque part jusqu’à sa mort. Mais comme il n’y a pas de crime parfait, c’est bien dans cette réclusion que le « Tout Guéckédou » a appris tout ce qui s’est passé.

« Je refuserai de commettre un tel crime », diront certains lecteurs.

Attention ! Sékou n’était plus un homme à partir de 1964. C’était un monstre si effrayant que tous les Guinéens le craignaient plus que Dieu, parce qu’on avait fini par accréditer l’idée d’immortalité d’Ahmed Sékou Touré, qualifié de « Cheick Mahady », le sauveur de l’humanité, le dernier prophète et le plus grand de tous les envoyés.

Lire également: Quand les pouvoirs guinéens vont-ils dévoiler à la jeunesse ces crimes de Sékou Touré du 25 janvier 1971?

Si un musulman intègre, à conviction inébranlable préfère la mort à un tel crime, ce n’est sûrement pas le cas chez un « musulman de circonstance », illettré par surcroît, récemment baptisé, peut être par conviction légère, ou par amour de certains rites, très certainement par honneur d’être dans une «société » religieuse que Sékou le musulman de « parade », l’excellent commentateur du Saint Coran, mais qui s’est interrogé pour trouver, dans sa vie, le crime qu’il n’a pas encore commis, pour qu’il le fasse allègrement avant que la mort ne le surprenne.

Si l’on peut trouver des circonstances atténuantes pour le père de Béa, le seul fait d’avoir accepté la mission de tuer pour un salaire est une circonstance très aggravante pour les tueurs a gage. Quant aux dignitaires du P.D.G. qui, par excès de zèle, se sont rendus coupables de crime de toutes sortes, ils doivent être jugés et condamnés comme tels. Par exemple, Sékou n’a dit à aucun responsable de Conakry d’aller saccager la concession de Lancéï Keita, père de Tidiane, l’agresseur du Président.

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Camp Boiro

Les exécutants des sales besognes du tyran Sékou Touré. 1ère partie

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Ce billet est tiré du livre de Almamy Fodé Sylla L’Itinéraire sanglant. Disparu depuis septembre 2016, il avait eu la chance de survivre aux atrocités du camp Boiro. Il avait été vice-président de l’Assemblée nationale sous la première législature de la deuxième république; ministre secrétaire général à la présidence; ministre de la fonction publique et du travail; ministre de l’enseignement technique et de la formation professionnelle.

L’auteur était  tellement proche du Général qu’il était une des rares personnes qui montaient en voiture avec ce vieux dictateur. C’était une des personnes qui oeuvraient pour une véritable réconciliation nationale, en Guinée. Il était un ami intime de la famille d’Elhadj Diallo Boubacar Telli.

En 2002, lors d’une rencontre avec une délégation de l’Association des victimes du camp Boiro, il avait confessé son échec auprès de son ami Conté dans sa tentative de réhabilitation des victimes des caps de concentration du tyran Sékou Touré.

Que dire des traits de caractère des principaux dirigeants du P.D.G. nazi ? Sékou a trahi les Guinéens, l’Afrique et les autres peuples qui l’accueillaient en héros, en véritable champion de la liberté et de la démocratie. Il a essayé de tromper Dieu, mais celui-ci avait déjà révélé avant lui dans le Saint Coran, le verset 13 de la Souratoul Moulkou : « Je sais ce que chacun de vous trame dans les méandres de sa pensée profonde ».

Sékou était un véritable ennemi du peuple de Guinée, un politicien réactionnaire qui n’a dit la vérité qu’une seule fois de sa vie , ce jour-là, agonisant dans son lit de mort, il laissera échapper la seule expression de vérité dont il a été capable : « l’homme propose, Dieu dispose, aujourd’hui c’est fini pour Sékou ».

Lire également: Guinée: Le gouvernement, une affaire des familles Touré et Keita

Sékou était également méchant, très méchant, extrêmement méchant, mais aussi, il était petit, très petit, un lilliputien, qu’opposés ces deux traits de caractère ont limité certains dégâts de l’illuminé. Tous ses proches collaborateurs qu’il a fini par tuer ou mettre en prison pour de longues années ont été plus ou moins victimes de haine résultant de la jalousie née de cette petitesse. Constatant un jour la finesse des motifs de broderie du grand boubou d’un de ses Ministres, il s’exclama comme un bambin : « Oh là ! là ! quelle bourgeoisie. » Il n’oublie pas de faire à un autre Ministre, la remarque suivante : « Moi je suis un Président malheureux, tous mes Ministres ont de jolis salons. Chez moi, c’est une honte ».

Dès qu’il a arrêté un Ministre aisé, membre de la Direction Nationale du P.D.G., il s’est aussitôt jeté sur son bureau en marbre qu’il a immédiatement fait envoyer à la case de Belle-Vue, une de ses résidences officielles.

Tous les anciens détenus de Boiro conviendront avec moi qu’Ismael Touré est un sadique né, un criminel né pour tuer. Il n’est pas entièrement satisfait de l’exécution de ses ordres par les « cabinards » (cabine technique) : il doit faire du mal lui-même pour jouir du bonheur qui en résulte pour un sadique comme lui. C’est ainsi qu’il torturera personnellement certains détenus. Momo Soloma-nâni en sait long sur ce chapitre. Il porte de visibles séquelles de la brûlure d’un morceau de caoutchouc allumé sur son corps. D’autres détenus ont eu le « privilège » de recevoir sur leurs joues pour être éteints plus d’un mégot de cigarettes allumées.

Quand ses bourreaux de la cabine technique sont venus lui annoncer la mort, survenue des suites de tortures, du Commandant Sylla Théoury, Ismaël a répondu : «C’est bien ! il est cuit dans son jus ».

Siaka Touré, lui, est un personnage singulier. Il n’est pas facile de rencontrer un bourreau au comportement doux et affable de l’acabit de cet homme qui a trompé tous les Guinéens, surtout les jolies filles guinéennes par cette nature innocente.

Grand spécialiste du montage, de la mise en scène et de l’exécution de tant de complots imaginaires, Siaka est un homme qui a su tromper par ses sourires et ses envolées sentimentales presque affectueuses, pas comme Néron d’Agrippine qui était cruel sans malice.

Siaka vient ramasser une dizaine de détenus pour les mener au « poum-poum » (fusillade) et revenir les mains ensanglantées auprès des autres détenus qui attendent leur tour et, caressant l’épaule décharnue d’un malheureux, lui demander : « Et le moral, il est bon ? ». Quel caractère monstrueux !

Keira Karim, Seydou Keita, Cherif Sékou, Moussa Diakité, analphabètes opportunistes, sont, avec Mamadi Keita, Siké Camara, Mamadi Kaba, les meilleurs apprentis-sorciers, anthropophages. Responsables d’assassinats de cadres, ils étaient, comme leur maître Sékou, passionnément jaloux des qualités techniques, morales et intellectuelles de leurs victimes.

Sékou Touré ne s’était entouré, pour la plupart, que de tristes individus, assoiffés de sang, qui l’ont aidé à saccager la Guinée, pour laisser ce beau pays dans une parfaite incurie, une totale désolation. Conakry, cette « perte de l’AOF » est une ville qui semble dévastée et abandonnée par des croisés.
Les crimes sont nombreux et de tous ordres. Peut-on payer le sang par le sang, comme le conseillent certaines religions ?

Le Comité Militaire de Redressement National a demandé au peuple de pardonner pour tout ce qui est arrivé et de regarder l’avenir avec optimisme. C’est bien beau de pardonner mais d’abord la justice !
Pour empêcher les rescapés des geôles de se rendre justice, il y a lieu de créer un tribunal spécial chargé de juger des crimes et criminels qui ont agi en temps de paix comme en temps de guerre.

Non pas en spécialiste, en magistrat, mais en qualité de victime, constituée en partie civile, voici l’accusation principale que je porte contre Sékou Touré et ses complices : convaincus de crimes et complicité de crimes.

1er groupe.

Ils sont accusés d’avoir apporté au dictateur :

  1. L’aide nécessaire requise pour la naissance, le développement et l’entretien d’un pouvoir personnel, dictatorl al par le culte de la personnalité du tyran, « Responsable Suprême de la Révolution, Stratège infaillible »
  2. Le concours opportun et nécessaire au tyran dans l’exécution de son plan machiavélique d’élimination systématique de tous les patriotes guinéens
  3. Le soutien politique et moral au cupide, insatiable dans ses nombreux vols d’argent et de pierres précieuses

les complices actifs suivants :

  • Ismaël Touré
  • Siaka Touré
  • Amara Touré
  • Abdoulaye Touré
  • Mouloukou Touré
  • Mohamed Touré
  • Nounkoumba Touré
  • Ramata Touré
  • Andrée Touré
  • Samory Touré
  • Mamady Touré
  • Mamourou Touré
  • Karim Keira
  • Moussa Diakite
  • Sékou Cherif
  • Damantang Camara

2e groupe

Lire également : Camp Boiro: Crimes révolutionnaires et sadisme de Sékou Touré

Sékou Touré dit « Alcapone », ancien Président de la République, accusé pour:

  1. Destruction physique et morale de paisibles et innocentes personnes au nombre incalculable.
    En effet, personne ne sait le nombre de citoyens guinéens et africains innocemment tués dans les « célèbres » camps de concentration sous le régime de Sékou Touré. Témoin, ces trois camions remplis de « Mamadou Diallo », tous raflés à Labé et déposés au Camp Boiro sur instruction du Comité Révolutionnaire dont une section avait signalé l’entrée clandestine en Guinée d’un mercenaire du nom de « Mamadou Diallo ».
    — Il faut prendre dans la zone où le mercenaire a disparu après sa pénétration illégale, tous ceux qui portaient les mêmes noms et prénoms que lui.
    Cela cadre parfaitement avec le système mis en place par Sékou qui préférait les défauts de ses amis aux qualités de ses adversaires, et qui disait qu’il vaut mieux sacrifier de nombreux innocents que de laisser échapper un cadre longtemps visé, lui-même un parfait innocent.
    Après trois ans de séjour, tous les Mamadou sont morts sauf cinq sur le contenu des trois camions. Quelle justice !
    Sékou Touré devra rendre compte devant les hommes et dans l’autre monde, de tous ces cas de massacres de marginaux raflés aux frontières ou dans les centres urbains. Il y sera aidé par certaines personnalités qui occupent encore aujourd’hui les premiers rangs des dignitaires du nouveau régime.
    Le cas d’un pauvre paysan, victime de l’arbitraire et de l’injustice mérite d’être porté à la connaissance du public. De passage devant le Camp Boiro, un vieux paysan fraîchement débarqué des montagnes de l’intérieur du pays, demande des renseignements au sujet d’un certain Abou, fils de son voisin, arrêté à Conakry et conduit au Camp Boiro, selon les informations reçues au village : «
    — Est-ce ici le Camp Boiro ? si oui, je vous prie de dire à votre chef de libérer « Abou ». C’est le fils de mon ami du village , son père est très bon. Lui-même, un garçon sérieux. Il est marié avec enfants. Pardon, libérez-le, car son champ de riz est en maturité et n’attend que des bras valides pour être récolté. Vous lui remettrez ces 20 sylis pour qu’il s’achète des cigarettes. N’oubliez pas ma commission, je compte sur vous et nous attendons Abou.
    — Approche un peu vieux et assieds-toi, ordonne le garde portier.
    Entre-temps arrive le « Tout-Puissant » Siaka Touré, maître-sorcier, tortionnaire en chef, commandant en chef des « forces occultes », célèbre gardien des « loques humaines », l’homme-caméléon : « monstre » à Boiro, « ange » ailleurs.
    — Voici, mon Commandant, un vieux qui demande des nouvelles d’un agent de la 5e colonne.
    — Bon, envoyez-le.
    Et voilà le pauvre vieux qui s’en va pour une destination inconnue. Il y fera trois ans pour sortir avec trois maladies qui ne tarderont pas à l’emporter à trois mois de sa libération… Ces quelques exemples suffisent, je crois pour appuyer ma première accusation contre «Alcapone » que j’accuse encore de :
  2. Haute trahison du peuple en hypothéquant son avenir politique, économique, culturel et social.
    En effet, en donnant au socialisme guinéen une figure de fantôme, synonyme de violence, de dictature, d’injustice, il a délibérément détruit les bases morales du socialisme qui s’en remettra difficilement en Guinée. En 30 ans du règne du Parti unique, Sékou a sacrifié le développement économique aux discours creux, insensés, ennuyeux, auxquels il a habitué les Guinéens qui ont abandonné l’essentiel au profit du superflu : plus de productions industrielles, pourtant source de devises ; créer la rareté en tout pour rendre le Parti indispensable à la vie car c’est lui seul qui peut satisfaire le centième des besoins du peuple qui doit se contenter du minimum car la « Révolution est exigence » selon Sékou Tôrè (Tôrè signifie souffrance en langue soussou).
    Quant à l’aspect culturel hypothéqué, le commentaire n’est pas nécessaire car c’est une honte nationale dont le peuple de Guinée portera encore longtemps le poids. Les centres d’enseignement révolutionnaire (C.E.R.) créés pour saboter l’enseignement et l’éducation en République de Guinée, avaient pleinement joué leur rôle.
    En effet, jusqu’au 3 avril 1984, le niveau général moyen de l’élève guinéen était le plus bas de toute l’Afrique, comme le revenu par tête d’habitant en Guinée.
    Que voulait Sékou pour ce beau pays de Guinée ? Un pays dont tous les habitants seraient des abrutis, des aveugles, prêts à applaudir le tyran, à rapporter au Parti le moindre propos malveillant de la part de n’importe qui, car seule la délation permet d’avoir un bon d’achat de quelques mètres de percale ou d’imprimés à Sonatex. Une population affamée, soumise au dictateur dont le bonheur fait la joie du peuple. Ne jamais laisser au peuple le moindre temps de réfléchir sur sa propre condition. Au plan social, un peuple divisé aux mœurs corrompues : menteur, tricheur, fainéant, cupide voilà la réalité que Sékou a voulu créer en Guinée pour garantir deux choses
    – son pouvoir personnel
    – après lui, le déluge, le chaos où se noierait immanquablement son successeur que le peuple qualifierait d’incapable, regrettant ainsi le règne tyrannique de notre brave tyran. Sékou a-t-il réussi dans cette entreprise destructrice ? A chacun d’y répondre !
  3. Vol de sommes fabuleuses d’argent et de pierres précieuses.
  4. Division du peuple pour préparer une guerre civile qui serait au passif du successeur. Comme Hitler, Sékou a construit une poudrière et mis à côté un fût d’essence avec une boîte d’allumettes pour qu’après lui la bombe éclate par la moindre imprudence de la part des nouvelles autorités en place.
  5. Abus de confiance, escroquerie politique et morale tout au début. (Alabè, Annabibè, de grâce, venez à moi, je ne vous décevrai pas).
  6. Incitation et appel à peine voilé à la débauche : toutes les structures du Parti et des organismes parallèles, des travailleurs, des jeunes, des femmes favorisent ce contact très délicat de l’essence et du feu, de la jeunesse, masculine et féminine. La plupart des enfants nés entre 1958 et 1984 portent les tares très graves de cette licence insupportable.
  7. Dictature politique imposée à un peuple doux résigné parce que profondément religieux.
  8. Propos délateurs et mensongers, injurieux et alarmistes, méthode cynique de tenir le peuple sous tension permanente et de créer en lui des sentiments d’éternelle suspicion et de haine.
  9. Charlatanisme et assassinat de personnes comme sacrifices humains.
  10. Attentat à la pudeur par de nombreux viols de mineures et d’épouses de détenus politiques.
  11. Exploitation scandaleuse des initiatives et aptitudes du peuple dans des activités inutiles, ruineuses et nuisibles (manifestations artistiques populaires).
  12. Fausse déclaration d’identité pour tromper l’opinion publique sur ses origines authentiques.

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L’épopée des parachutistes basés à Labé

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Ce billet est extrait du livre du Dans la Guinée de Sékou Touré : cela a bien eu lieu du Lieutenant-colonel Camara Kaba 41 [1939-1995]. Il nous livre un témoignage horrible sur comment ont été éliminés de 3 parachutistes guinéens basés à Labé.

Le corps des parachutistes, comme les autres corps de la nouvelle armée guinéenne, a pour ossature d’anciens éléments de l’armée française qui ont opté pour le nouvel Etat. Après l’Union Soviétique, de 1959 à 1961, les parachutistes firent un stage au Caire. Leur base est à Labé, tout près de l’aéroport. Le camp militaire de Labé, en 1969, était commandé par le commandant Keïta Cheick, parachutiste lui aussi, tandis que le lieutenant Koumbassa Aly, ancien enfant de troupe de Saint-Louis, commandait le corps des parachutistes. Il avait pour adjoints d’autres enfants de troupe comme :

  • Camara Boubacar dit M’Beng
  • Keita Lanciné
  • Diallo Mouctar
  • Namory Keïta

Le Général Diané Lansana avait remplacé Keïta Fodéba au Ministère de l’Armée. Le Colonel Kaman Diaby, premier pilote de chasse de l’ex-AOF, était Chef d’Etat-Major-adjoint.

Dès la création de l’Armée, Sékou Touré la divisa en ethnie (Soussous, Peulhs, Malinkés, Forestiers) et les opposa les unes aux autres. A l’intérieur de chaque ethnie, il a ses hommes, surtout parmi les subalternes qu’il oppose aux officiers. Sur dix militaires, six au moins sont ses agents. A la tête de chaque camp, de chaque armée, il a placé un officier malinké parce que lui-même se réclame de cette ethnie. Il faut tout de suite dire que les Malinkés sont les plus nombreux dans l’Armée. Sur dix militaires, on peut compter un Soussou, un Peulh et un Forestier.

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Le règne de Sékou, c’est le règne des Malinkés. Ces dispositions sont les mêmes dans l’administration, dans le Parti et cela à tous les échelons, jusqu’au sein du Bureau politique national et du Comité central.

Je vous ai dit que l’une des méthodes de Sékou est de prêcher le faux pour avoir le vrai, mais au fond le vrai même est faux. Suivez-moi, lecteurs, quand je vous dis que Sékou est un génie du mal : Sékou et Emile Cissé vont tisser savamment le complot de 1969.

Voici les faits :
A Labé, comme dans toutes les villes du pays, certains cadres, pour échapper aux critiques, pour échanger leurs idées et opinions, se retrouvaient dans des endroits cachés, généralement au domicile de l’un d’eux, évitant ainsi de se faire repérer dans les bars, dancings ou « maquis ». A Labé donc, le petit club d’amis formé par Emile Cissé, Koumbassa Saliou (inspecteur d’académie), lieutenant Koumbassa Aly, le lieutenant Boubacar M’Beng, le lieutenant Diallo Mouctar et l’adjudant Kéita Namory, sans oublier le commandant Kéita Cheick, se retrouvait chez l’Inspecteur d’Académie.

A part les deux civils, tous les autres étaient des parachutistes. Autour d’un pot de bière, ces messieurs causaient de tout, fort tard la nuit. Au centre des discussions amicales, la littérature, les femmes, la politique.

Un jour, le lieutenant parachutiste M’Beng dit à Emile Cissé:

— Cher ami, si tu ne fais pas attention en dépit de la confiance dont tu jouis auprès de Sékou, il va te cravater ».

Emile se crut blessé par ce terme. M’Beng le sous-estimait, lui, Emile qui appelait Sékou « Papa », lui, Emile, qui pouvait se permettre tout en Guinée, sans aucune inquiétude.

Le fils du « Génie du Mal », blessé dans son amour-propre, saisit la belle occasion pour dire que les parachutistes veulent « cravater » le président Sékou Touré et qu’ils sont en train de préparer un sérieux complot.

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Emile dit cela à Sékou et Sékou y crut. Sans attirer l’attention des autorités politiques et administratives de Labé, il chargea Emile, son Emile, de mener des enquêtes et de lui en rendre compte. Satan en personne se mit alors à jouer, à jouer avec la liberté et la vie des hommes.

Emile avait son organisation personnelle. Il mit à la trousse de ses propres amis, amis et proches, sa compagnie d’agents de renseignements tous dévoyés, démagogues, chercheurs de femmes pour les « patrons ».

Evidement, Emile collectait de faux renseignements qu’il envoyait à Sékou.
Un jour, un agent de Emile, le nommé Safir, poursuivit un élève parachutiste du nom de Diallo Mouctar (différent du lieutenant Diallo Mouctar). Il y eut des altercations entre le soldat et l’agent. La scène se passait précisément à Diari, assez loin de Labé-centre. Evidemment, Safir envenimait et dirigeait la querelle. Il nota des bribes malveillantes à l’endroit de Sékou. En vrai fils de son père, Emile fit de l’élève parachutiste son ami.

Il lui donnait à boire à volonté et lui offrait des cadeaux. Quand il eut assez d’éléments pouvant « coller », il fit un rapport cohérent à Sékou qui prit l’affaire au sérieux, c’est-à-dire qu’il lui accorda de l’importance sachant au fond que rien ne « collait ».

N’oublions pas que nous sommes en 1969 au lendemain du coup d’Etat au Mali. N’oublions pas non plus que Sékou, le lendemain de ce coup d’Etat, a juré qu’il n’y aurait jamais de coup d’Etat militaire en Guinée. Que cette affaire tourne autour des parachutistes, quelle chance pour toi, Sékou !

A l’époque, c’est Magassouba Moriba qui était ministre délégué à Labé. Sékou lui demanda d’instruire l’affaire. Magassouba s’exécuta. Tous ceux qui étaient sur la liste dressée par Emile furent entendus, en présence du Bureau fédéral du Parti, organisme politique. Les interrogatoires dirigés par Magassouba avaient lieu dans les belles cases de la cité de l’OERS à Labé.

Après de nombreuses et laborieuses séances d’interrogatoires, il résulta que rien de tout cela ne se rapportait à un complot quelconque. Le rapport de cette première commission d’enquête fut envoyé au Bureau politique national. Il innocentait les suspects. Dès que Emile le sut, il prit sa voiture et fonça sur Conakry pour dire à Sékou que les enquêtes avaient été sabotées et que Sékou devait envisager « quelque chose ». C’est ainsi que le rapport de Magassouba Moriba n’a pas été accepté par le BPN et l’on chargea le Général Diané Lansana, membre du BPN et Ministre de l’Armée, de reprendre les enquêtes.

Diané se rendit à Labé, accompagné par le commissaire Boiro Mamadou. Ils vinrent par route de Conakry à Labé. Diané, lui, faisait ses interrogatoires au domicile du Ministre délégué.

La deuxième commission d’enquête aboutit à la même conclusion que la première : il n’y avait pas l’ombre projetée d’un complot.

Mais Diané, en tant que Ministre de l’Armée, trouva que le petit club devrait être dispersé. Il prit sur place la décision d’affecter trois des officiers parachutistes les plus chauds sans informer les intéressés.

Ce furent M’Beng, Mouctar Diallo et Kéïta Namory : le premier à Conakry, le deuxième à N’Zérékoré et le troisième à Macenta.

Sans être menottés, les trois grands suspects furent embarqués à bord de l’AN 12. C’est le lieutenant Dian Baldé, l’inspecteur de la garde républicaine à Labé, qui fut désigné seul pour accompagner les trois parachutistes. C’est alors que le commissaire Boiro Mamadou qui, vous vous souvenez, venu par route de Conakry à Labé avec le général Diané Lansana, tenant à rentrer immédiatement, insista pour convoyer les trois suspects à la place du lieutenant Dian Baldé. Cela lui fut accordé par le Général. C’était l’erreur fatale, mais qui pouvait imaginer la suite ?

Boiro et ses trois convoyés prirent l’AN 12 devant transiter à Kankan. Il y avait avec eux, la présidente des femmes de Kankan, Diédoua, qui devait descendre là. Tous à terre, Boiro et les parachutistes se rendirent à l’aérogare pour les toilettes et pour un « petit verre ». C’est là que Boiro, fanfaron, dit à son collègue de Kankan, le commissaire de l’aéroport

— Je conduis trois parachutistes comploteurs à Conakry. Ils passeront devant le Comité révolutionnaire.

Ce sont ces deux petites phrases qui mirent le feu à la poudre, parce qu’elles furent entendues, par hasard et par malheur pour le peuple de Guinée, par le lieutenant Boubacar Camara dit M’Beng qui était aux toilettes. Le fanfaron commissaire ne le savait pas.

— Dites donc, savez-vous qu’on nous conduits à Conakry comme comploteurs? dit M’Beng, sans émotion.

Très vite, avant de regagner l’avion, les trois spécialistes du combat rapproché s’organisèrent et décidèrent de ne plus aller à Conakry.

L’avion décolla direction Conakry. C’est entre Dabola et Dinguiraye que les trois parachutistes désarmèrent aisément le commissaire Boiro qui ne s’attendait à rien.
— C’est donc ça, Boiro ? Tu nous conduis au Comité révolutionnaire ? Tu paieras avant nous, mon cher, dit M’Beng.

Le commissaire, désarmé, fut vite largué dans le vide, et armés, les trois parachutistes se précipitèrent dans la cabine de pilotage.
Le sous-lieutenant Sidibé, pilote de chasse, était aux commandes; son copilote étant Rachid Bah.

— Changez de cap ! nous allons en Côte d’Ivoire, ordonna Namory.
— Nous n’aurons pas assez d’essence pour y arriver, dit le pilote.
— Ta gueule, lieutenant ! Nous allons tous mourir plutôt que d’aller à Conakry. On nous a trahis.

M’beng ricanait, le moteur tournait bien, le pilote réfléchissait intensément. L’équipage savait ce qui était arrivé au commissaire Boiro. « Ces cocos-là sont prêts à tout », pensait le pilote ; de plus, il avait contre sa nuque un gros pistolet plutôt froid. En réalité, c’est lui qui avait chaud : pilote et copilote transpiraient à grosses gouttes.

— Dans quelques minutes, on n’aura plus de carburant. Nous volons depuis longtemps sur la réserve, dit le lieutenant Sidibé.
M’Beng se baissa : l’aiguille, celle que lui montrait le pilote, n’était pas loin du zéro.

— Atterrissons à Dabola qu’on survole, je crois, dit Mouctar.
— D’accord
Ils atterrirent et firent le plein puis repartirent sans incident.

Diallo Mouctar qui avait des notions de pilotage, ordonna sèchement sans consulter ses deux compagnons :

— On change de cap ! Nous n’allons plus en Côte d’Ivoire mais au Mali, à Bafoulabé précisément, qui n’est pas loin de la frontière.

Le cap fut changé et c’est au-dessus de Maléa, dans la région de Siguiri, que le pilote, qui n’avait pas d’autre solution, déclara très sérieusement :

— Il nous manque encore de l’essence. Nous sommes condamnés à atterrir !
Et ils firent un atterrissage forcé. Il n’était pas du tout sur la réserve. Les pilotes avaient joué et gagné. Eux aussi allaient trahir leurs camarades officiers ; ils allaient aider la Révolution en déclenchant un processus d’extermination jamais vu depuis 1965.

Je pense qu’il est inutile ici de relater comment nos trois malheureux ont pu être pris à Maléa, comment ils se sont battus comme des diables. La suite est facile non à deviner, mais à savoir, et à en être convaincu. Sachez seulement qu’il y a du sang dans la crème comme il y en a dans la dent, et le sang guinéen et la crème guinéenne vont couler en ce mois de février 1969.

De Kankan, on dépêcha le lieutenant Finando pour convoyer les trois «comploteurs » de Siguiri à Kankan. Finando, le coeur meurtri, pleurait dans son âme, ravalant ses regrets et sa profonde peine en voyant ses camarades dans cette situation et dans un état indescriptible : amarrés comme des boeufs fougueux qu’on mène à l’abattoir. Tous les trois parachutistes étaient ses jeunes frères, ses jeunes frères d’armes, de l’école d’Enfants de troupe de Saint-Louis du Sénégal. Il osa poser une question à Namory :

— Mais mon frère, pourquoi avez-vous fait cela ?

Namory qui avait la tête baissée, ne la releva pas et ne répondit pas. Il balançait la tête légèrement de gauche à droite, rongé par le regret d’avoir été pris avec ses deux compagnons. Il savait qu’ils étaient perdus, perdus pour rien puisqu’ils laissaient en vie le tyran de Guinée. Le mal est qu’ils n’avaient jamais comploté et c’est cela qui lui faisait mal. S’ils avaient échoué au moins après une tentative de complot ! Ils n’avaient pas peur de mourir, mais mourir si jeunes et si bêtement sans liquider Sékou Touré, torturait les trois héros vaincus plus que les cordes qui se perdaient dans leur vigoureuse chair.
Le jour même de l’atterrissage forcé de l’AN 12, Sékou Touré et Emile Cissé se trouvaient à Mamou, au Fouta-Djallon.

C’est là qu’on leur annonça la perdition de l’avion. C’est là qu’ils apprirent le largage du commissaire Boiro et l’arrestation des trois parachutistes par les paysans de Maléa. Sékou fit venir les autorités politiques et administratives de Labé sans oublier le général Diané Lansana. Vous vous souvenez que c’est à Labé qu’eurent lieu, au début de cette affaire, de nombreuses et infructueuses enquêtes.

Le ministre de l’Armée, Diané Lansana, et le ministre délégué de Labé, Magassouba Moriba, furent traités d’incapables et d’insuffisants par Sékou Touré avec des insanités qu’on ne saurait traduire ici. Le « complot des Paras » venait de naître. C’est là, à Mamou, que les deux pilotes Sidibé et Kourouma firent leur rapport à Sékou. C’est encore là que les trois prisonniers le trouvèrent. C’est là, à Mamou, que Namory Keïta traita Sékou Touré et son entourage de chiens :

— Tôt ou tard, vous payerez, leur dit-il, haineux et admirable quoique ficelé jusqu’aux orteils.

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Camp Boiro

Gouvernance : Les leçons de Sékou à Alpha

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Sekou Touré et Alpha Condé

 

Sur le Lynx du 20 décembre 2020, Bah Mamadou Lamine a procédé à une analyse parallèle entre les manières de gouverner du tyran Sékou Touré et de l’opposant éternel et actuel président Alpha Condé, ou Alpha Grimpeur. 

Dans tous les pays démocratiques, la société civile et les partis politiques sont des institutions de contre-pouvoir qui se donnent pour mission de protéger les citoyens de la toute-puissance de l’exécutif. Ils sont indispensables à toute démocratie. Il y doit y avoir une interaction dynamique entre parti au pouvoir et opposition. Tout cela s’adossant sur une justice indépendante et forte.

La Guinée dans sa configuration géopolitique actuelle est une création française. Notre modèle, la France, est une République traditionnellement très centralisée qui donne des pouvoirs surdimensionnés au Président de la République. A cette réalité s’ajoutent nos spécificités locales. Dans tous nos quant-à-soi ethniques, le chef est perçu comme un Dieu qui exerce sur tous un droit de vie et de mort. Lui demander des comptes, le critiquer est un crime de lèse-majesté. Cette réalité anthropologique est renforcée par les pratiques islamiques. L’Islam de chez nous, c’est « l’Islam Noir » de l’inoubliable Vincent Monteil. C’est un syncrétisme, une salade mêlant religions pré islamiques et islam originel. Tout est prêt pour concevoir « le roi-ègre » tel que décrit par les premiers anthropologues européens parcourant l’Afrique dans un rôle messianique de civilisateurs des peuples primitifs que nous sommes.

Le chef, le roi, le président est de droit divin. C’est Dieu qui l’a mis là. Il est là pour régner. On doit lui obéir, être à son service. Le pays et ses habitants lui appartiennent. C’est le Mansa, le Landho. Il n’a aucune obligation de compte rendu. Il n’a aucun service à rendre à personne. Le problème, c’est que cette perception pré-démocratique et pré-coloniale du chef parasitaire est partagée par nos Politiciens modernes ! Lorsque le Président arrive au pouvoir, il doit y rester à vie. C’est-à-dire jusqu’à sa mort naturelle.

En Guinée, Sékou Touré arrive au pouvoir en 1958. Syndicaliste verbeux et, théoriquement habitué aux débats contradictoires, il refuse ou est incapable de commencer la construction d’une Nation.

Il viole toutes les lois, à commencer par la Constitution qui prônait le multipartisme. Refusant toute contradiction, il embastille et tue tous ceux qui osent dire qu’il n’a pas raison ou qu’il ment. Très vite, sur fond de terreur, il est déifié. Ne disposant d’aucune vision positive de la Guinée, il est incapable de sécuriser nos frontières, de renforcer la Justice moderne naissante et d’élaborer un Code foncier et domanial, après avoir détruit le Code colonial. Or, c’est universellement connu : la Terre est notre première richesse. Elle nous nourrit et finit par se nourrir de nous.

Dans l’administration publique, il supprime les fonctions de contrôle a priori et a posteriori de l’action des services publics. C’est la disparition des inspections de toutes sortes. C’est l’une des raisons pour laquelle il avait très tôt fait assassiner Balla Camara, l’exceptionnel fils de Macenta qui y tenait. Dans les recrutements dans la fonction publique, on privilégie les militants béni-oui oui aux techniciens compétents. La meilleure illustration de ceci, c’est les nominations des administrateurs territoriaux. Des nullards ramassés dans les WC sans eaux des permanences du Parti. Il refuse de renforcer les institutions, y compris les contre-pouvoirs : syndicats, presse. Il criminalise l’opposition et les opposants. Il détruit l’école et l’éducation civique qu’il réduit à la connaissance de ses discours haineux et stupides. Par la suite, il s’en prend aux ethnies et fait tout pour détricoter le tissu social. Le résultat, il est connu : nos frontières ne sont pas sécurisées, les Guinéens ne connaissent pas leurs institutions publiques, l’injustice est souveraine…La guerre contre les diverses composantes de la Nation est l’exercice favori des acteurs politiques.

Comment devient-on président à vie ? La leçon de Sékou Touré a servi à tous ses successeurs. D’abord, semer la terreur dans le pays sur le modèle de Robespierre au cours de la Révolution française. La construction des camps Boiro et les pendaisons du 25 janvier 1971 vont jouer ce rôle. Des gens sont pendus dans toutes les préfectures avec obligation pour tous les citoyens d’aller « voir » le spectacle. La leçon va porter. Sékou devient une vraie terreur qui faisait trembler tous ses interlocuteurs dont certains mouillaient leurs habits chaque fois qu’il les convoquait…S’appuyer sur son ethnie, ses copains et ses coquins en les plaçant aux postes stratégiques à savoir :

là où il y a l’argent : finances, budget, ports, aéroport, banque centrale, douanes…

en plaçant ses hommes aux Affaires étrangères ; des vieillards qui ont tout raté dans la vie y compris leur retraite. Ils en profitent pour se rattraper en volant à tours de bras.

-en maitrisant les moyens de communication de masse. Aujourd’hui, cela devient de plus en plus difficile avec les réseaux sociaux.

en ne recrutant dans l’armée et les FDS que les gens de son ethnie. Ces institutions si fondamentales se transforment en milices ethno politiques.

Depuis son arrivée au pouvoir, Alpha n’a pas fait autre chose. Aujourd’hui, comme naguère avec le PDG, le RPG est devenu un Parti-Etat.

Lors de la transition, on avait suggéré à la Guinée de réformer le secteur de la sécurité, vu l’état lamentable qu’il présentait à l’époque. L’Union africaine et l’assistance internationale avaient donné les ressources. L’Etat RPG a happé ces sous et déformé davantage le secteur.

Résultat, ce secteur est devenu un repaire de tueurs, de voleurs, de violeurs, de casseurs. Ils sont formés et formatés pour détruire les Guinéens toutes régions confondues. Tous ceux qui osent s’opposer à la pensée unique. Et surtout les Peulhs qu’ils arrosent de violences verbales du type : « On va vous exterminer, jamais un Peulh au pouvoir, etc. »

On les voit à l’œuvre en Basse Guinée, en Forêt et en Moyenne Guinée. En Haute Guinée où tout est permis contre les non Malinkés, ils s’illustrent par leurs complicités lorsqu’il s’agit de casser du Peulh et du Soussou, surtout à Siguiri, Kankan et Tokounou.

Les leçons ont porté. Sékou est mort au pouvoir. Comme Conté. Le Grimpeur s’y prépare pour ad vitam aeternam grâce à un Nième mandat. Qui va oser s’y opposer ? L’Axe Bambéto-Cosa ? Le FNDC ? L’UFDG et l’Anad ? L’Ufr ? Leurs leaders sont en taule ou humiliés. Leurs militants croupissent dans les prisons de Conakry, de Soronkoni et dans les fausses communes de Damaro à N’zérékoré !

L’Axe Bambéto-Cosa est la seule incarnation du concept universel de société civile. Dont les militants osent défier les FDS. Malgré leur cruauté. On va détruire cet « Axe du Mal ». Pour cela on peut compter sur le général Ansoumane Camara alias Bafoué et les multiples escadrons de la mort et les milices, notamment celle de 3 000 hommes dont s’est publiquement vanté le sieur Malick Sankhon.

Il peut toujours compter sur Damaro, le pyromane qui incite à la haine et à la violence. Et qui a été récompensé par la femme-bouclier que ses hommes lui ont offerte. Ils sont tous Konyanké. Dailleurs, Ansoumane, ce fils de Beyla est surnommé par les jeunes de l’Axe, « le tueur de Peulhs,» tdp pour les intimes ! La répression des manifestants qui osent réclamer leurs droits est confiée aux Konyankés que le même Damaro a magnifiés dans un discours épique. En réalité, ce sont des reliquats de rebelles transformés en grands spécialistes de cruautés. On les a vus, selon le Président de l’actuelle Assemblée nationale privée du RPG, à l’œuvre en Sierra Leone. Ils coupaient les bras et/ou les mains de leurs adversaires selon le rituel cruel de« manches courtes ou manches longues » !

Ils se sont illustrés, toujours selon lui, au Liberia et en Côte d’Ivoire. Récemment on a vu dans le pays d’Alassane Ouattara, une personne décapitée. Sa tête, récupérée est transformée en ballon par ses tueurs ! Une inhumanité digne de Samory, le fameux résistant à la pénétration française et vendeur d’esclaves malinkés au Fouta précolonial. A l’époque déjà, les esclaves invendus devaient être décapités et leurs têtes restituées à Samory. Une sorte de pièce comptable quoi !

La répression des manifestants et le maintien d’ordre est, sous la gouvernance du Président Alpha Condé un business, oui un business. Les FDS arrêtent, plutôt kidnappent des jeunes gens et des jeunes filles. Et les font libérer contre une rançon qui peut monter selon la tête du « client » à plusieurs millions ! Dans quelle mesure la hiérarchie policière n’est pas impliquée dans ce gangstérisme ? Pour le partage. Cette question est obsédante parce que, malgré les dénonciations, malgré les plaintes, le Grimpeur continue à féliciter ses agents…

A écouter le programme de société du RPG selon son mentor, la réconciliation nationale ne figure pas dans l’agenda. Et les tueurs du Konyanké de la CMIS ont transformé le quartier de Wanindara en copie conforme du Ghetto de Varsovie !

Bah Mamadou Lamine

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Camp Boiro

Quand les pouvoirs guinéens vont-ils dévoiler à la jeunesse ces crimes de Sékou Touré du 25 janvier 1971?

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Fidel Castro en compagnie d'Amílcar Lopes da Costa Cabral (à gauche), l'homme que les Portugais voulaient abattre.

Le 25 janvier est l’anniversaire d’une des pages les plus douloureuses et humiliantes pour le peuple de Guinée. Mais pour comprendre il faut remonter au 22 Novembre 1970! Ce jour-là, les autorités coloniales portugaises, aidées par des ressortissants guinéens, lancèrent leur opération  Operação Mar Verde [Opération Mer verte], qui consistait en un débarquement à Conakry, le 22 novembre 1970, pour libérer des prisonniers du Parti pour l’indépendance de la Guinée-Bissao et du Cap Vert (PAIGC) dirigé par Amilcar Cabral.

Moins d’une semaine plus tard, Sékou Touré organisa un Haut Commandement de la Révolution, et apparaissant désormais en uniforme militaire, il se proclamera Responsable Suprême de la Révolution, Commandant en chef des Forces Armées Populaires et Révolutionnaire. Son biographe, l’ambassadeur de France, André Lewin, rappelle que pendant plusieurs mois, il changera même l’orthographe de son nom en Seku Turé. 

Sous la supervision de ce Haut commandement, furent opérées des arrestations, des détentions sans jugement, et des exécutions de gens qui n’avaient rien à voir avec cette histoire. Il décima le gouvernement, son propre et unique parti du pays, le Parti démocratique de Guinée (PDG), l’armée et la police. De simples citoyens, des étudiants, des agriculteurs, des entrepreneurs et des étrangers qui avaient choisi de vivre en Guinée, malgré les privations de toute sorte furent arrêtés et exécutés sans la possibilité de se défendre. Des étudiants venus de l’extérieur pour aider le pays disparurent sans que personne n’en fut informé.

Dans sa version anglaise, le site Wikipedia fait savoir [traduction personnelle] qu’après un procès de cinq jours, le 23 janvier 1971, le Tribunal révolutionnaire suprême ordonna 29 exécutions menées (trois jours plus tard), 33 condamnations à mort par contumace, 68 peines de travaux forcés à perpétuité, et 17 ordres de confiscation de tous les biens. Les membres des troupes débarquées, qui n’avaient pas pu prendre le bateau pour fuir, furent condamnés à des peines de travaux forcés à perpétuité.

A Conakry, des pendaisons de hauts cadres qui s’étaient battus pour l’indépendance de la Guinée, eurent lieu  le 25 Janvier 1971. Les élèves de toutes classes furent amenés pour assister à l’horrible scène. C’est au pont du 28 novembre [aujourd’hui détruit] que furent pendus et exposés les corps de quatre des plus hauts cadres du pays: Ousmane Balde, Ministre des Finances, Barry Ibrahima, dit Barry III, secrétaire d’Etat, Magassouba Moriba, Ministre Délégué et Keira Kara Soufiana, Commissaire de Police.

Dans le billet qui suit, Boboseydi Bobosey, un haut cadre guinéen vivant aux États Unis, alors à l’école maternelle, qui fut témoin oculaire de ces pendaisons partage avec nous ses réflexions sur cette horrible tragédie et ses conséquences qui se font sentir encore dans de nombreux domaines et qui expliquent les retards de notre pays qui n’atteindra aucun des objectifs du millénaire du développement:

Le destin de la Guinée prenait un tournant des plus sanglants et impitoyables, en janvier 1971. De hauts fonctionnaires de l’Etat, ministres, directeurs et chefs de cabinets, gouverneurs, ambassadeurs, professeurs, chauffeurs, à tous les niveaux des couches sociales, on cherchait des corps pour alimenter le Haut-Fourneau du régime Sékou Touré.

Avec des pendaisons, tortures à mort et des fosses communes, la Guinée- enfant terrible de la décolonisation – s’engageait dans une tempête de sang qui durera 26 ans, de 1958 à 1984. Les dirigeants de l’époque se sont comportés non seulement en personnes dépourvues d’humanité contre le peuple qu’ils dirigeaient, mais aussi ils sont allés au-delà de l’imaginable pour ériger et maintenir des prisons célèbres, à la place des écoles célèbres, des hôpitaux célèbres, bref à la place d’un système économique, social et politique célèbre on a construit des forteresses de sang où des innocents gémissaient à longueurs de journées. Depuis, malheureusement nous crions en vain pour les espoirs de 1958.

Lire aussi: L’aveu en Guinée

Tout pays, la Guinée exceptée, prendrait le dossier des crimes de ce régime pour une priorité pour un meilleur avenir du pays. En Guinée, on a plutôt choisi de perpétuer le crime. Certains compatriotes voudraient qu’on pardonne, le plus souvent ils sont de ces générations auxquelles on a caché l’histoire, qui ignorent donc le poids du fardeau injuste et sanglant. Mais tout pardon n’est pas un acte de sagesse.

L’exemple de l’Afrique du Sud de Nelson Mandela ne s’applique pas à la Guinée. En Afrique du Sud, Mandela a demandé pardon en faveur de la prospérité et de la cohésion civile. L’Afrique du Sud aurait explosé en guerre civile si jamais on se lançait dans des vengeances et cela aurait détruit tous les progrès économiques du pays.

En Guinée, toutes les familles étaient victimes et depuis 1984 on a constaté que l’impunité est la cause de la continuité du crime. Au moment où j’écris ces lignes, on est prêt à tirer sur les gens à bout pourtant, sans aucune inquiétude. Personne n’a jamais été inquiété pour toutes les répressions sanglantes, de 1985 à nos jours. Les présidents et leurs fidèles soldats continuent à tuer comme si l’âme du guinéen était un champ de tirs. Pas d’arrestations, pas de procès.

Lire également : Comment la révolution de Sékou Touré extorquait les confessions

Pour finir avec ces crimes il faut absolument passer par l’instauration d’un Etat de droit, un des rêves de 1958 jamais réalisé. Les dossiers de tous les crimes politiques devraient passer par la cour de justice- une cour indépendante et patriotique, loin de ces cours qu’on a vues vendre la justice à des fins personnelles à travers de faux procès pour de faux coups d’Etat.

Si donc en Afrique du Sud le pardon a éradiqué la haine et les crimes, en Guinée il contribuerait à les accentuer. De 1960 à 2014, soit 54 ans d’existence, nous n’avons jamais eu de procès équitable et jamais un crime politique n’a été introduit dans une cour de justice, donc jamais on a puni le mal.

Cette attitude devant le crime a-t-elle empêché le crime ? Non ! Pour en finir donc, il faudrait que les auteurs répondent de leurs actes, en vertu des principes d’un Etat de droit, et sous l’œil vigilant et patriotique d’un Chef d’Etat qui assumerait de manière responsable le destin de son peuple. La croissance et l’expansion économique, la cohésion sociale et l’avancement politique en dépendent.

Boboseydi Diallo

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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