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Politique

Le Japon réagit aux actions de la star du tennis Naomi Osaka en faveur de Black Lives Matter

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«Naomi Osaka s'exprime sur son action incitant le monde du tennis à protester contre la fusillade policière contre Jacob Blake.» Capture d'écran du 28 août 2020 sur la chaîne YouTube officielle d'ESPN.

[Sauf indication contraire, tous les liens mènent vers des sites en anglais, ndt.]

Le 27 août, la superstar japonaise du tennis Naomi Osaka a brièvement suspendu sa participation au tournoi de tennis Western & Southern Open aux États-Unis à la suite des tirs de la police sur Jacob Blake [fr] à Kenosha, dans le Wisconsin. La « nouvelle voix » de Naomi Osaka contre le racisme a suscité des éloges et, comme on pouvait s’y attendre, des critiques aussi au Japon.

La fusillade de Jacob Blake dans le Wisconsin le 23 août 2020, qui entre dans le cadre d’un schéma historique de violence contre les personnes autochtones, noires et de couleur par la police aux États-Unis, a provoqué des critiques massives et une vague de désobéissance civile à travers le pays.

Lire également: Déboulonnage de statues : la France face à son passé colonial et esclavagiste 

De nombreux athlètes et équipes sportives ont organisé des grèves sauvages pour protester contre les tirs sur M. Blake. Dans un tweet du 27 août, Mme Osaka a déclaré qu’elle se retirerait du tournoi Western & Southern Open pour « engager une conversation dans un sport à majorité blanche » (le tennis) :

Suite à l’annonce de Naomi Osaka, les organisateurs ont annoncé une interruption du tournoi le jeudi 27 août, le jeu reprenant le vendredi 28 août. L’athlète a ensuite annoncé qu’elle rejoindrait le tournoi, retournant sur le court de tennis vêtue d’un t-shirt Black Lives Matter.

Déclaration faite.

48 heures impressionnantes que nous a livrées Naomi Osaka.

[image] L’athlète Naomi Osaka arrive sur le court de tennis en t-shirt noir et blanc à l’effigie du mouvement Black Lives Matter.

Mme Osaka a envoyé cette déclaration à plusieurs organes de presse :

Comme vous le savez, je me suis retirée du tournoi hier pour soutenir la lutte contre l’injustice raciale et la poursuite des violences policières. […] J’étais (et je suis) prête à concéder le match à mon adversaire. Cependant, après mon annonce et de longues consultations avec la WTA (Association de tennis féminin) et l’USTA (Association américaine de tennis), j’ai accepté leur demande de jouer vendredi. Ils ont proposé de reporter tous les matchs à vendredi et dans mon esprit, cela apporte plus d’attention au mouvement.

Naomi Osaka, largement considérée comme l’une des meilleures joueuses de tennis au monde, est une citoyenne du Pays du Soleil levant d’origine japonaise et haïtienne, qui a grandi aux États-Unis en parlant japonais et créole. Afin de se conformer aux exigences de la citoyenneté japonaise, qui n’autorisent pas la double nationalité, et pour pouvoir représenter le Japon aux Jeux olympiques de 2018, elle a renoncé à la citoyenneté américaine.

Lire également: Juin 2020, un mois de Black Lives Matter au Japon 

Mme Osaka est une figure populaire au Japon, grâce à son palmarès sur les courts de tennis et à sa personnalité joviale en ligne. Cependant, elle a subi des attaques racistes en ligne, parfois pour des tweets apparemment anodins, d’autres fois pour son soutien et sa sensibilisation au mouvement #BlackLivesMatter [fr] au Japon.

Une utilisatrice populaire de Twitter, qui se décrit comme une « Hapaaméricano-japonaise » (une personne partiellement d’origine asiatique ou insulaire du Pacifique), décrit dans un tweet partagé des dizaines de milliers de fois les diverses critiques formulées contre elle au Japon :

Les commentaires en japonais sur la décision de Naomi Osaka de boycotter ses matchs de tennis sont absolument terribles :

«Je suppose qu’elle n’est pas vraiment japonaise, après tout.»
«Pensez aux difficultés auxquelles sont confrontés ses sponsors.»
«Boycotter les matchs ne sert à rien.»
«Le gars qui s’est fait tirer dessus par la police le méritait.»

Lire également : Black Lives Matter fait fléchir IBM, qui renonce à la reconnaissance faciale

Yamaoka Tetsuhide, un commentateur ultra-conservateur de premier plan, a réprimandé Naomi Osaka en anglais, allant jusqu’à utiliser le terme d’adresse diminutif et condescendant « chan » pour interpeller la superstar mondiale du tennis :

Naomi Chan, je sais ce que vous devez ressentir mais je pense que c’est un problème totalement distinct. Vous pouvez exprimer librement votre inquiétude par tous les moyens, mais ne vous éloignez pas du court de tennis car vous êtes une joueuse de tennis professionnelle que nous aimons.

Cependant, beaucoup plus de personnes au Japon ont montré leur soutien à Mlle Osaka, y compris Fukuyama Kazuhito, un éminent avocat et candidat à la mairie de Kyoto.

Mme Naomi Osaka :

« Avant d’être une athlète, je suis une femme noire. Et en tant que femme noire, j’ai l’impression qu’il y a des événements en cours beaucoup plus importants qui nécessitent une attention immédiate, plutôt que de me regarder jouer au tennis. »

Probablement un choix difficile. Je soutiens Naomi Osaka.

Huffington Post : «Naomi Osaka annonce le boycott d’un match pour protester contre les tirs de la police sur un homme noir »

Ishigaki Noriko, conseiller municipal de Sendai et membre d’un important parti d’opposition au Japon :

Grâce aux protestations et à l’activisme de Naomi Osaka, le tournoi a été reporté par les organisateurs, qui ont dit avoir fait un « choix délibéré contre le racisme et l’injustice sociale ». Mme Osaka ne s’est pas contredite pas lorsqu’elle a accepté de reprendre sa participation, puisque le tournoi a répondu (à son message).

Je suis solidaire de la protestation contre tout racisme structurel.

Article de la NHK : « Naomi Osaka reprend sa participation au tournoi de tennis. »

Quand Mme Osaka a repris le jeu le vendredi 28 août, elle a été forcée de se retirer rapidement une fois de plus, en raison d’une blessure au tendon.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Droits de l'Homme

La contrôle officiel et total du pouvoir par Sékou Touré et son parti

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Ce billet est tiré de la contribution de Bernard Charles intitulée Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-1958) à l’oeuvre collective L’Afrique noire française : l’heure des Indépendances parue en 1992, reprise dans webguinee.net.

Vu la longueur du texte je l’ai divisé en trois parties, dont celle-ci est la première. La première et deuxième ont été publiées les 15 et 18 août 2020

Du même auteur: Cadres politiques et administratifs dans la construction nationale en Guinée

Dans le nouveau contexte créé par la loi-cadre et par les élections de mars 1957 qui consacrent la prise en charge officielle du pouvoir par Sékou Touré et son parti 28, on eût pu s’attendre à un relatif apaisement de la vie politique. En fait, c’est tout le contraire qui se produit. 1957 et 1958 sont les années les plus agitées de toute la période et aboutissent en mai 1958 à un embryon de guerre civile.

Pour réduire à merci les opposants, Sékou Touré disposait désormais des leviers du pouvoir légal (une partie de l’administration, la police, puis la garde territoriale). Il va en jouer en virtuose sans grand contre-poids de la part d’une administration dirigée nominalement par un nouveau gouverneur 29 dont les pouvoirs vont être vidés de leur substance. Des mesures révolutionnaires, bouleversant les structures traditionnelles, quoique prévisibles depuis longtemps, sont adoptées rapidement, comme la suppression de la chefferie et la mise en place des municipalités élues … Mais l’exercice du pouvoir avec les décisions à prendre en matière budgétaire 30, en matière d’africanisation des cadres, d’affectation et de mutations de fonctionnaires, en gestion des conflits de travail… suscitent les déceptions chez les partisans tout en renforçant les opposants de toujours : BAG et DSG-MSA finalement groupés en PRA. S’y ajoutent un long conflit avec les enseignants, des tensions au sein même du PDG qui amènent Sékou Touré à exclure, au mépris des règles du parti, la section de Mamou31 en novembre 1957 …

Un retournement de situation se produit, et les moyens utilisés jusqu’alors par le PDG sont retournés à son encontre. Lui qui dénonçait systématiquement l’administration antérieure, taxée d’arbitraire, d’incompétence et de gaspillage, se voit aux prises avec une « certaine campagne antigouvernementale et antifiscale incitant la population à la rébellion et à la désobéissance aux lois » 32. Une telle campagne portait ses fruits sur la population comme en témoigne la distribution de tracts anti-PDG 33 à Conakry et à Kankan en novembre 1957 ou encore le grand meeting PRA du 13 avril 1957 avec deux mille à trois mille personnes, dans le calme, autour de Barry III et Barry Diawadou qui critiquèrent sévèrement Sékou Touré 34 tandis qu’une réunion du PDG en attirait trois fois moins.

Là encore, le recours à la violence va être déterminant: lapidations, agressions, incendies, bagarres et échaufourées provoquant morts et blessés.

Deux rapports établis par un inspecteur général de la France d’outre-mer, Gaston Boyer, permettent de faire le point sur les événements, leur origine, leurs causes et le rôle des autorités. Une constatation tout d’abord : les événements de mai 58 constituent la phase paroxystique de toute une série d’incidents (voir tableau en annexe) dont les prétextes sont de minime importance : actes de propagande, réunions publiques, voire simples actes de la vie administrative. On peut les résumer comme suit :

« Des agressions réciproques mais à prédominance Foulah-PRA en banlieue les 29 et 30 avril, auxquelles succèdent, en ville, dans la nuit du 2 au 3 mai « la Saint-Barthélemy de Guinée »), de très dures représailles (peut-être concertées à l’avance et en tout cas bien conduites) de la part des Soussous-RDA (commandos très armés, agents de liaison) laissant l’impression de vouloir atteindre des éléments dirigeants oppositionnels et impressionner la masse foulah. » 35

Si les responsabilités du recours à la violence sont partagées à l’origine (actes de propagande ou de provocations du PRA), elles ne le sont guère par la suite. L’auteur du rapport le reconnaît, dans un style « diplomatique », car Sékou Touré est quasi-chef de gouvernement, en écrivant: « Leur attitude [celle de S. Touré et des ministres] n’a pas été empreinte de l’impartialité et du sang froid nécessaires. Des immixtions et intrusions inadmissibles de leur part ont eu lieu dans les opérations [ … ] de maintien de l’ordre [… ] dans celles de police judiciaire [… ] et même dans le fonctionnement de la justice. » Et de souligner l’action de forts commandos très organisés; le comportement étrange, si ce n’est complice, de la police et de la garde territoriale qui relèvent de Sékou Touré et de son ministre Fodéba Keita; l’impossibilité d’obtenir d’eux de lancer un véritable appel au calme; agressions systématiques contre les dirigeants du PRA et destructions de leurs maisons alors qu’aucun des responsables du PDG n’a eu à subir de dégâts ni à craindre pour sa vie aux pires moments des troubles. Il est remarquable aussi que tout incite à penser que les représailles ont été concertées et organisées à l’avance. Sur ce dernier point, des témoignages imputeraient une responsabilité directe à Sékou Touré qui aurait donné des instructions en ce sens, tout comme en octobre 1956 36

Que la violence soit une caractéristique constante de l’action du PDG et singulièrement de son chef Sékou Touré dans les années 1954-1958, cela paraît incontestable. Sans aucun doute s’en sont-ils défendus parfois ou ontils affecté d’être débordés par elle à d’autres moments. Mais les argumentations qu’ils ont tenté de formuler lorsqu’ils y étaient contraints par certaines circonstances n’ont jamais été convaincantes ou n’étaient plus valables : explication par la misère des masses; exaspération de ne pas être reconnus comme représentants qualifiés de la population ; attitude d’opposition systématique de l’administration coloniale ; nécessité de se défendre contre les attaques et contre les provocations perpétrées par leurs adversaires BAG, DSG ou PRA ; pègre ne respectant aucune consigne 37. Du reste, lorsque les freins n’existeront plus, Sékou Touré n’aura aucune hésitation à proclamer la nécessité de la dictature … au nom du peuple et de la révolution.

Liste des incidents graves survenus en Guinée (juillet 1954-septembre 1958)

Cela dit, il faut reconnaître que la violence a été utilisée avec une extrême habileté et une grande efficacité pour conquérir d’abord un pouvoir de fait, puis un pouvoir de droit permettant successivement d’éliminer tous les adversaires.

Elle fut employée contre l’administration coloniale de plusieurs manières différentes. Le PDG dénonça inlassablement, impitoyablement, tout ce qui lui paraissait des abus dans son fonctionnement et dans ses rapports avec la population. La violence morale, par l’écrit ou la parole, fut l’arme par excellence: accusations justifiées ou non, plaintes auprès des autorités supérieures, démarches de toutes sortes (délégations, défilés, dénonciations publiques des comportements, campagnes de presse, etc.). Tout était prétexte à mettre en cause un commandant de cercle, un administrateur, pour peu que celui-ci ne soit pas favorable au parti. Des lettres partaient aussitôt chez le gouverneur à Conakry, chez le haut commissaire à Dakar; d’autres étaient envoyées à Paris (ministre de la France d’outre-mer, chef du gouvernement, président de la République). L’administration fut mise ainsi continuellement sur le qui-vive et obligée de se défendre. Un changement de commandant venait-il à se produire dans le cadre de la rotation habituelle des fonctionnaires, il était dû à l’action du PDG … Peu à peu, celui-ci réussit à instiller dans la population l’idée de sa puissance, puissance de moins en moins surfaite avec le temps. Ainsi, en 1954, lors de la visite en Guinée du ministre de la France d’outre-mer, la foule criait-elle déjà : « Sékou Touré est gouverneur de Guinée », et le parti fit ce jour-là une démonstration impressionnante de sa force 38

Par la suite, le PDG ne se contente plus de clouer au pilori les chefs de canton, maillon faible de l’administration coloniale, mais s’en prend à eux par la violence physique en organisant des manifestations où leurs biens et leurs personnes sont atteints dans leur intégrité physique. Le cas exemplaire est celui du chef de Tondon qui sera finalement destitué et dont l’une des victimes accidentelles sera faite héroïne nationale. En revanche, sauf exceptions rarissime 39, aucun Européen ne se verra pris à partie pas plus que les « bons » chefs traditionnels qui surent se dédouaner à temps.

En s’attaquant de la sorte aux chefs, Sékou Touré faisait coup double : il se gagnait une partie de la population, il faisait la preuve que l’administration n’était plus en mesure de les défendre ni de les maintenir. Cette dernière, déjà sous surveillance depuis 1955-1956, perd également toute initiative réelle avec l’entrée en vigueur de la loi-cadre de 1957, et le gouverneur ne fait plus que de la représentation officielle.

La généralisation de la violence à l’occasion des incessantes campagnes électorales, la terreur ou la crainte provoquée par les grandes explosions d’octobre 1956 et de mai 1958 manifestent à l’évidence que l’appareil d’État colonial n’a plus la capacité de maintenir l’ordre public, ce qui était son ultime raison d’être. Désormais, il n’est d’autre force que celle de Sékou Touré et du PDG. A quoi bon, dès lors, continuer à s’opposer à son pouvoir et à sa toute-puissance? Ne disposait-il pas d’ailleurs, depuis mars 1957, des instruments de la violence institutionnelle et légale (police, renseignements, affectation des fonctionnaires, pouvoir législatif) ? Bon gré, mal gré, les adversaires irréductibles ou quitteront la Guinée ou se rallieront. Quant aux fidèles, ils voient s’appesantir sur eux la poigne de Sékou Touré; leur mise au pas est déjà commencée avec l’expulsion des déviationnistes du parti, la dissolution de comités directeurs de section, l’interdiction des grèves.

L’enthousiasme suscité par l’accession à l’indépendance en octobre 1958 et la renommée internationale qui en résulte pour le pays font taire les oppositions et disparaître provisoirement les appréhensions quant à l’avenir.

_____

Notes

28. Il est devenu vice-président du conseil du gouvernement qu’il a composé uniquement de militants ou sympathisants du PDG. Le gouverneur sera pour une courte période président dudit conseil. Le PDG détient la majorité absolue à l’assemblée territoriale.

29. Il s’agit de J. Ramadier qui a pris ses fonctions en novembre 1956.

30. Le conseil de gouvernement voulut imposer un prélèvement de 2 % sur les pensions et rentes viagères. Face à l’émotion suscitée par cette mesure chez les anciens combattants et militaires (150 000), il du la retirer. Rapport Boyer, op. cit., 4 juin 1956.

31. Dans une lettre n° 126, adressée le 2 août 1957, au comité directeur du PDG, la section affirmait que « sorti victorieux du scrutin du 31 mars […], le PDG n’a cependant cessé de péricliter dans sa vie intérieure en tant qu’organisation démocratique populaire ». Elle s’en prenait au non-respect des règles du parti par le comité directeur, au refus d’assurer l’indépendance dudit comité par rapport au conseil de gouvernement, à la décision d’attribuer un traitement mensuel de 85 000 francs aux membres de l’assemblée … [Texte gracieusement communiqué à l’auteur par M. Bela Doumbouya.)

32. S. Touré, « Appel au calme radiodiffusé », 3 mai 1958.

33. Tracts intitulés « Mouvement de la volonté du peuple » où on pouvait lire: « Le leader du parti majoritaire a menti, trompé, trahi le peuple ouvrier » ou encore « Venez à notre aide (…) contre cet intolérable dictateur. »

34. Gouverneur J. Mauberna, télégramme n° 80-81 du 14 avril 1958 au minime de la France d’outre-mer.

35. Rapport M. Boyer, op. cit., 2 juin 1958. 36. Témoignage du Dr Najib Roger Accar, qui était alors ministre de la Santé publique et chirurgien-chef de l’hôpital Ballay de Conakry. Entretien avec l’auteur (novembre 1989).

37. Sur ce point, il a souvent été rapporté que les commandos, les perturbateurs obéissaient au clairon, arrêtant net toutes actions de violence. De même celles-ci, en 1955 comme en 1956, cessèrent-elles aussitôt après que furent diffusés des consignes et des appels au calme sans équivoque.

38. Services de police, renseignements n° 125,31 octobre 1954.

39. Agression contre un juge d’instruction (services de police, renseignemenrs n° 971/369, 24 mai 1958) ; attaque de 2 Européens par un groupe de jeunes à Coyah (9 mai 1958).

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Gouvernance

La couverture du COVID-19 par les médias français ignore les spécialistes issu·e·s des minorités

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Un garçon tenu par son père porte un masque. Photo par Xavier Donat via Flickr, sous licence CC BY-NC-ND 2.5.

Ce billet que j’ai traduit en français a été écrit par Eric Tevoedjre* par le réseau social globalvoices.org qui l’a publié le 14 septembre 2020. L’auteur jette un regard critique sur l’invisibilité des scientifiques d’origine africaine dans les débats sur le COVID-19 dans sur les plateaux des télévisions françaises.  

Il y a quinze ans, un best-seller du sociologue Eric Maurin, Le Ghetto Français, décrivait les processus responsables de la ségrégation sociale et géographique qui caractérise la société française.

La télévision française reproduit-elle les mêmes processus ? Souvent accusée de ségrégation contre les minorités, notamment les Noir·e·s, la télévision française ne s’est pas corrigée. La couverture de la pandémie COVID-19 en est un bon exemple.

Le 12 mars, un record d’audience a été atteint : 35 millions de personnesont regardé le président Emmanuel Macron expliquer qu’il avait décidé d’imposer un confinement à l’échelle nationale pour empêcher la propagation du nouveau coronavirus.

Presque immédiatement, les grandes chaînes de télévision ont commencé à organiser de longs débats avec des médecins, des chercheur·e·s et des spécialistes de la santé publique des hôpitaux, écoles ou laboratoires les plus réputés de France, de Suisse et des États-Unis. Des millions de citoyen·ne·s ont retenu leur souffle alors que ces expert·e·s transmettaient, jour après jour, des informations clés qui apaiseraient leurs craintes et pourraient potentiellement sauver des vies.

Bien qu’informatifs, ces débats quotidiens ont révélé une triste et douloureuse vérité : aujourd’hui, dans une France multiethnique, les personnes qui sont apparues à la télévision parce qu’elles étaient considérées comme les plus qualifiées pour expliquer les crises mondiales et suggérer des solutions aux problèmes du monde avaient la même couleur de peau. Elles étaient toutes blanches.

Par coïncidence, dans son rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie [pdf], la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNDH), a fait l’une de ses grandes recommandations pour l’année 2020 :

La CNCDH recommande au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) d’encourager la représentation des hommes et des femmes noires, y compris dans des fonctions d’expertise.

Cette recommandation ne fait que confirmer ce que des dizaines d’articles, de journaux et de sites Internet dénonçaient depuis plusieurs années : le fait que trop souvent, les chaînes de télévision françaises ne présentent pas des personnalités issues des minorités dans des positions de leadership positives. Ceci est important parce que la télévision a le pouvoir de fabriquer des modèles et ainsi de permettre aux jeunes de toutes origines d’avoir confiance en leurs capacités.

Tenter de corriger un mépris séculaire pour les minorités

La France, ancienne puissance coloniale, est bien consciente qu’elle doit faire un meilleur travail de promotion et d’intégration des minorités.

Une étude réalisée en 2013 par Catherine Ghosn a comparé la représentation des minorités à la télévision américaine, belge, britannique, canadienne et française. La chercheuse en Sciences de l’information et de la communication a noté que les politiques françaises dans ce domaine sont beaucoup moins efficaces et efficientes que dans tous les autres pays de l’étude.

En 2007, la chercheuse Catherine Humblot a observé que si la France a fait des progrès dans sa représentation des minorités, il reste encore beaucoup à faire. Elle explique, par exemple, que ce n’est qu’en 2006 qu’une grande chaîne de télévision française a pris la décision audacieuse de faire présenter le journaliste noir, Harry Roselmack, aux heures de grande écoute – et ce n’était que sur une base provisoire. En comparaison, la même année, selon le journaliste néerlandais Stefan de Vries, la première femme noire à présenter les informations à la télévision néerlandaise partait à la retraite.

On ne croit que ce que l’on voit

À la fin de l’année dernière, Judy Woodruff, l’animatrice de l’émission PBS Newshour, diffusée aux États-Unis, a présenté [en] une jeune ingénieure biomédicale afro-américaine nommée Elizabeth Wayne en ces termes :

Plus de la moitié des enfants des écoles américaines sont de couleur, mais leurs professeur·e·s sont majoritairement blanc·he·s. [Ce soir] une ingénieure biomédicale afro-américaine nous explique pourquoi il est si important de se voir [représenté·e] devant la salle de classe.

La Dre Elizabeth Wayne explique avoir eu une expérience marquante pendant ses études supérieures, lorsqu’elle a assisté à une conférence où l’une des intervenantes était une femme noire :

Je n’avais jamais réalisé que je n’avais jamais eu quelqu’un qui me ressemblait, m’enseignant. … J’ai toujours pensé qu’on ne croit que ce que l’on voit…

La découverte d’Elizabeth Wayne a été publiée et discutée par la suite dans plus de 700 articles. Elle dit que certains des e-mails qu’elle a reçus provenaient de personnes qui lui confiaient : « Je n’ai jamais vu une femme noire en blouse de laboratoire photographiée pour avoir contribué à une découverte majeure. »

Le problème en France est-il peut-être d’une autre nature ? Se pourrait-il que la France compte trop peu de spécialistes issu·e·s des minorités dans le corps médical ? Probablement pas. En 2007, le quotidien français Libération citait un responsable des Nations Unies, Habib Ouane, qui s’exclamait : « Il y a plus de médecins béninois rien qu’en Ile-de-France que dans tout le Bénin ! »

Et le journaliste Majed Nehme écrivait en avril dernier [en] :

Le système de santé français profite de plus en plus de l’afflux massif de professionnel·le·s de santé d’Afrique subsaharienne venant notamment du Sénégal, du Mali, du Bénin, du Burkina Faso, du Congo et de tous les pays francophones.

Il pourrait bien y avoir une raison sinistre expliquant pourquoi les minorités, en particulier les Noir·e·s, sont constamment cantonnées à des rôles spécifiques et stéréotypés à la télévision française. Bien sûr, les grands modèles des minorités dans le divertissement sont essentiels et les jeunes des minorités les admirent souvent, sachant qu’ils peuvent un jour être lauréats d’un Oscar ou devenir un·e athlète olympique légendaire. Mais qu’en est-il des jeunes scientifiques prometteurs issus des minorités qui pourraient aider à découvrir le prochain remède ?

Les médias, en particulier la télévision, jouent un rôle important dans la façon dont les individus se perçoivent. La télévision peut aider à créer des modèles positifs pour les enfants issus des minorités, en les aidant à aller au-delà de ce qu’ils ont jamais cru possible.

Nous avons tous entendu l’histoire de « l’aigle qui vivait comme un poulet » [en] : après être tombé de son nid, un aigle atterrit dans un poulailler où il est rapidement adopté par les poussins. Il grandit en pensant qu’il est poulet. Un jour, il rencontre un aigle plus âgé qui lui apprend à voler et l’aide à développer son véritable potentiel.

La politique de ségrégation continue et systématique de la télévision française empêchera non seulement l’émergence de modèles positifs pour les minorités, mais pourrait bien exacerber les tensions sociales en consolidant les anciens ghettos.

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Eric Tevoedjre est originaire du Bénin, en Afrique de l’Ouest. Il a un doctorat. en relations internationales de l’Université Johns Hopkins aux États-Unis et enseigne à l’Université catholique de Lille, France.

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Politique

« Les colons étaient plus humains que nous ». Partie III

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Le mari de Hadja Kadidiatou Diallo Telli El Hadj Boubacar Telli Diallo, premier Secrétaire général de l'Organisation de l’Unité Africaine

[box type= »shadow » ]Ce billet est la troisième partie d’un entretien, d’une durée initiale de trois heures, que Mme Kadidiatou Diallo Telli, veuve de El Hadj Boubacar Telli Diallo, auteure de « Mon cahier de morale ». a accordé à Mme Pascale Barthélémy dans le cadre de sa thèse de doctorat publiée sous le titre Africaines et diplômées à l’époque coloniale (1918-1957), Rennes, PUR, 2010. L’entretien en entier a été publié sur journals.openedition.org Mme Pascale Barthélémy est Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, ENS de Lyon et auteure de plusieurs ouvrages sur les intellectuelles africaines. Vu sa longueur, je l’ai divisé en 3 parties. Celle-ci est la troisième partie. Les autres parties ont été publiées le 25 et le 30 août.[/box]

A : Et donc pendant vos années d’études, c’est là que vous avez noué des relations avec celui qui devient votre futur mari, monsieur Diallo Telli ?

: Mon mari je l’ai connu à Sébikotane. J’étais à Rufisque. On l’a envoyé en mission à Rufisque pour préparer avec Mme Le Goff la fête de fin d’année de Sébikotane. Il est arrivé au portail, le gardien ne lui a pas permis de rentrer. Et on était dans la cour, je regardais du côté du portail et j’ai vu que le gardien s’en prenait à quelqu’un là-bas, je suis allée voir. Quand il m’a vue, il a vu que j’étais une Guinéenne, il m’a parlé peul. J’ai dit “oui, mais qu’est-ce que vous voulez ?” “Le gardien ne veut pas me laisser rentrer, je dois voir la directrice”, alors j’ai expliqué au gardien, “je suis responsable – ils étaient deux – je les amène à la directrice et je les ramène jusqu’au portail”, donc je suis montée avec eux chez Mme Le Goff, je les ai introduits, je suis sortie. Je les ai attendus au bas des escaliers, quand ils sont redescendus je les ai conduits à la porte.

Arrivés à la porte maintenant il me dit : “comment tu t’appelles ?” “je m’appelle Kadidiatou”, “bon moi je m’appelle Boubacar Telli, je suis à l’École normale de garçons, j’étais venu pour préparer une rencontre avec les élèves de 4e année, parce que nous avons une fête à l’École, on aimerait bien inviter les élèves de 4e année” “je suis en première année”. Il est parti. Et après ça il est revenu dans le groupe qui est venu chercher les normaliennes de 4e année, puis il les a ramenées.

Il avait une amie, en 4e année, et au cours de cette fête-là, il lui dit “bon, tu vas sortir, moi aussi je sors mais moi je vais en France, il faut qu’on planifie pour que tu ne te maries pas avant mon retour”. Nankoria lui dit “écoutes, nous sommes du même âge, si on se marie à deux je vais être une vieille, vieille qui traîne à la maison alors que tu seras encore un homme, moi je voudrais que tu épouses une fille plus jeune que moi”. Il lui dit “mais, tu proposes qui ?”, elle dit “j’ai ma fille adoptive, elle est de Guinée, comme nous, elle est beaucoup plus jeune que moi et si tu la vois certainement tu me remercieras de te l’avoir présentée”. Il dit “elle s’appelle comment ?”, “elle s’appelle Kadidiatou”, il dit “c’est elle qui m’a introduit chez Mme le Goff”. Nankoria lui dit “bon moi je suis fiancée (c’est elle qui a épousé Madeira Keita) elle dit moi je suis fiancée, je vais épouser un homme beaucoup plus âgé que moi, ça me va mieux, je vais épouser Madeira Keita”.

Alors, après cette fête, nous avons pris le même train pour rentrer en vacances et c’est dans le train qu’il m’a abordée. J’ai dit “moi j’ai encore trois années d’études devant moi, je ne peux pas encore parler de mariage, et de toutes les façons chez nous, c’est pas les filles qui décident de ça c’est leurs parents”.

Bon, on a correspondu comme ça très facilement, pendant sept ans, mon fils se marre encore quand il prend le courrier, “mon frère, ma sœur”, il dit “vous étiez des hypocrites !” (rires). J’avais beaucoup de gens qui ont défilé, j’ai toujours renvoyé tout le monde, j’ai eu des clashs avec la famille et tout, mais j’avais une chance, j’ai d’abord servi trois ans à Rufisque comme surveillante, après avoir terminé l’École. (…) Lui quand il a terminé sa licence, il a passé le concours d’accès à l’École… l’École coloniale.

A : L’École de la France d’outre-mer ?

: L’École de la France d’outre-mer, il est venu dire à ses parents, “bon maintenant je peux me marier”, parce que lui aussi de son côté la pression était très forte, donc il était soudoyé aussi, il leur a dit “je vais me marier”. Ils lui disent : “oui, mais tu as ta cousine, tu as celle-ci et ainsi de suite” il dit “non non, moi j’ai trouvé une fille, vous êtes d’accord ? Je vais la demander en mariage, si vous n’êtes pas d’accord, je vous laisse ici, je m’en vais me marier, je la prends on va en France !” (rires) On s’est mariés en 58.

En fait non, on s’est mariés en 51, en 51. Mon fils aîné est né en 53, le deuxième en 55, on a fait une bonne pause là, et ma fille est née seulement en 62. Mon mari avait une formule qui faisait rire tout le monde, il dit “j’ai trois enfants qui sont nés dans trois continents différents, l’aîné est français il est né à Fontainebleau, le deuxième est africain il est né à Dakar, la troisième est américaine elle est née à New York” (rires) quand il était ambassadeur aux Nations unies, alors il dit maintenant mon ambition, puisque je suis à Addis-Abeba, c’est d’avoir le quatrième, je vais envoyer ma femme le faire en Asie (rires), elle va aller accoucher en Asie, comme ça je serais tranquille (rires).

A : D’accord. Donc entre 48 et 51 vous avez servi à Rufisque puis j’ai vu que vous aviez fait l’École des surintendantes d’usine en France ?

B : Oui, j’ai fait une école, je savais pas très bien ce qu’il fallait faire, et puis rester à la maison je pouvais pas faire ça, et finalement on m’a inscrite, je me suis inscrite pour une École de surintendantes. En fait c’était la seule à Paris à l’époque, il y avait des Écoles d’assistantes sociales, mais surintendantes d’usine c’était la seule… je crois que c’est la dernière École qui recrutait. Les autres avaient déjà recruté et comme je ne voulais pas perdre une année, donc j’ai passé le test de la dernière École qui avait encore des tests. Et puis on s’était dit, en Afrique, bon, les assistantes sociales et tout ça ce n’est pas encore au point, mais les surintendantes, il y avait des usines à l’époque, c’était, c’était vraiment une activité qu’on aurait pu tout de suite implanter.

A : Donc là vous êtes restée en France jusqu’à quelle date ?

B : On est restés en France jusqu’en 55. Mon mari est revenu au cabinet du haut-commissaire à Dakar, il est arrivé comme magistrat, il avait été muté comme magistrat, à Thiès, il était substitut du procureur et c’est là que le haut-commissaire l’a appelé.

A : Et vous, vous aviez eu le temps de terminer votre formation ?

: Non, je n’ai pas pu terminer, j’ai été stoppée par une tuberculose pulmonaire. J’ai été malade en pleine année scolaire, j’ai été hospitalisée à l’hôpital de la Pitié et on m’a envoyée ensuite en sana à Fontainebleau.

Arrivée à Dakar, j’ai repris dans l’enseignement (silence). J’ai fait deux écoles à Dakar mais pour de très courtes périodes, à partir du moment où mon mari est passé au cabinet du haut-commissaire, on avait commencé à avoir déjà des activités sociales, qui ne pouvaient pas aller avec une salle de classe. Donc j’ai abandonné, on est rentrés dans le cycle infernal des cocktails, des déjeuners, des dîners, j’ai cessé de travailler. On est restés à Dakar jusqu’au référendum. Le référendum nous a trouvés en vacances à Villard-de-Lans7. Bon, après le référendum, de Paris mon mari a décidé de rentrer, de démissionner au Grand Conseil et de venir se mettre à la disposition de la Guinée.

2A la suite de l’indépendance de la Guinée, Boubacar Diallo Telli est nommé représentant permanent de la Guinée aux Nations unies et ambassadeur de son pays à Washington avant de devenir secrétaire général de l’OUA. Son épouse mène alors « la vie infernale de la femme d’un diplomate ». Après l’arrestation de son mari en 1976, Kadidiatou Diallo et ses enfants se rendent à Dakar, en France puis au Canada. Elle ne reviendra en Guinée qu’à la fin des années 1990, bien après la mort de Sékou Touré.

Notes

1 Cet entretien, d’une durée initiale de trois heures, a été réalisé dans le cadre de ma thèse de doctorat publiée sous le titre Africaines et diplômées à l’époque coloniale (1918-1957), Rennes, PUR, 2010. La version retranscrite ici a été très réduite mais, pour faciliter la lecture, les marques de coupe n’ont pas été conservées. L’entretien figure en intégralité en annexe de la thèse.

2 Petit village au nord de Yambering.

3 Promotion 1938-1942.

4 Mariama Traore épouse Sultan, promotion 1938-1943.

5 Il s’agit de Nima Bâ Sow, promotion 1942-1946.

6 La fondation a été créée en 1992.

7 Chef-lieu de canton de l’Isère, dans le Vercors, près de Grenoble. Station climatique et de sports d’hiver

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Droits de l'Homme

Les familles kényanes souffrent des retombées des fermetures d’écoles

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École primaire de Kibera, Nairobi, Kenya, 18 septembre 2012. Photo via ARC / Flickr, sous licence CC BY 2.0.

[box type= »shadow » ]Ce billet que j’ai traduit de l’anglais en français a été écrit par Bonface Witaba pour globalvoices.org qui l’a publié le 16 août 2020. L’auteur est un professionnel des TIC multidisciplinaire avec une expérience de travail en tant que; Rédacteur, traducteur (Eng-Swa), formateur, chercheur, consultant en matière de gouvernance et de politique de l’Internet.[/box]

[Sauf mention contraire, tous les liens mènent vers des sources en anglais.]

Note de la rédaction : cet article a été co-écrit par Bonface Witaba, contributeur de Global Voices et Sri Ranjini Mei Hua, un chercheur et écrivain de Singapour.

En mars, le gouvernement kényan a annoncé la suspension des cours dans les écoles dans le cadre des mesures visant à freiner la propagation du COVID-19. L’annonce a jeté le pays dans le désarroi, affectant 18 millions d’apprenants dans tout le pays, et a également menacé de faire dérailler les progrès vers une éducation inclusive, équitable et de qualité, comme le décrit l’Objectif 4 [fr] de développement durable des Nations Unies.

Dans le cadre des efforts visant à assurer un apprentissage continu tout en protégeant la santé, la sécurité et le bien-être des apprenants et des éducateurs, le ministère de l’Éducation, en collaboration avec les partenaires et les parties prenantes, a conçu le plan d’intervention d’urgence COVID-19 [pdf] pour l’éducation de base au Kenya, avec l’objectif de promouvoir « l’apprentissage hors des classes » par la radio, la télévision, le cloud et les téléphones mobiles.

Aujourd’hui, malgré les efforts du Kenya Institute of Curriculum Development (KICD, en français : Institut kényan de développement des programmes éducatifs) pour étendre la diffusion de contenu en ligne, on estime que 80 % des apprenants n’ont toujours pas accès à des cours à distance, selon une étude réalisée par le réseau de recherche sur l’éducation Usawa Agenda [fr].

Cela est dû, en partie, à un accès inégal aux technologies telles que les ordinateurs de bureau, les ordinateurs portables ou smartphones, ainsi qu’à des coûts d’Internet prohibitifs et à un service peu fiable, en particulier pour les apprenants issus de familles défavorisées et de communautés marginalisées. Même là où la technologie est disponible, il y a des préoccupations concernant l’utilisation d’Internet par les jeunes enfants sans surveillance.

Avant le confinement, les élèves avaient accès à des repas gratuits à l’école. Les filles pouvaient accéder aux serviettes hygiéniques grâce à une initiative visant à les leur fournir gratuitement. Cependant, en raison de la fermeture prolongée, le secrétaire de cabinet chargé de l’éducation, George Magoha, déclaré l’année scolaire « perdue ».Cela signifie que les écoles resteront fermées jusqu’en 2021, laissant des milliers d’élèves dans une situation désastreuse car leurs familles, qui ont récemment subi des pertes d’emploi, ne peuvent pas se permettre de leur fournir la nourriture et les nécessités de base.

Par exemple, à Kibra*, un quartier considéré comme la plus grande zone de résidence informelle de Nairobi (et d’Afrique), la plupart des élèves ne peuvent pas accéder aux programmes d’apprentissage hors des classes du KICD et n’ont pas d’endroit où étudier, encore moins de place pour les jeux ou l’exercice.

Dans une interview Skype avec Asha Jaffar, une journaliste résidant à Kibra qui écrit sur le sort de la communauté locale, celle-ci a déclaré à Global Voices qu’il y avait un nombre limité de bibliothèques gratuites qui permettaient à 10 élèves à la fois de faire leurs devoirs. Cependant, ces élèves doivent céder leur place au groupe suivant après environ une heure. Elle a ajouté que les initiatives de formation gratuite pour les jeunes ont dû être réduites en raison des règles de distanciation sociale imposées par le gouvernement et les responsables de la santé.

La journaliste Asha Jaffar, en gilet réfléchissant orange, montre l'étendue du quartier informel de Kibra à Nairobi, depuis une route avoisinante.

Asha Jaffar, journaliste et résidente de Kibra, indique l’emplacement de son quartier. Photo de Kibra Food Drive, août 2020, utilisée avec permission.

L’impact à long terme des fermetures d’écoles est vaste et encore plus dévastateur pour les familles vivant en dessous du seuil de pauvreté. Étant donné que la sécurité alimentaire prime sur l’éducation, les élèves – en particulier les filles et les jeunes femmes – issu⸱e⸱s de familles vulnérables doivent souvent travailler dans des exploitations agricoles et contribuer aux tâches ménagères ou prendre soin de leurs proches au lieu d’apprendre. Cela s’est produit pendant le confinement, qui coïncidait avec le pic de la saison des semailles en mars.

Certaines filles peuvent même être sujettes à des mariages précoces, ce qui les expose à un risque plus élevé d’abandonner l’école, souvent en raison de grossesses précoces. Par conséquent, les résultats scolaires des enfants issus des familles les plus vulnérables en pâtiront car elles n’auront guère de raisons de les envoyer à l’école lors de la réouverture.

En mars, Mme Jaffar a lancé l’initiative Kibra Food Drive pour aider à soulager la faim dans la communauté de Kibra, grâce à des dons de colis alimentaires aux familles les plus vulnérables. Elle a commencé par la sollicitation de dons via l’application mobile de transfert d’argent M-Pesa, dans le but de nourrir 100 familles vulnérables par semaine. Cependant, les besoins allant croissant, l’initiative a nourri 2 400 familles, à la date du 5 août. Mme Jaffar reconnaît que fournir des repas gratuits ne suffit pas car les familles ont finalement besoin de soutien pour démarrer de petites entreprises. Cependant, la communauté reste dans une impasse alors que le commerce et l’activité économique stagnent.

Un homme en gilet de sécurité portant l'inscription "Kibra Food Drive" porte un gros sac de jute sur son épaule pendant une distribution de nourriture dans le plus grand quartier informel de Nairobi.

Un bénévole livrant de la nourriture aux résidents de Kibra dans le cadre de l’initiative Kibra Food Drive à Kibra, Kenya, août 2020. Photo de Kibra Food Drive, utilisée avec permission.

Le Kenya prévoit la réouverture des écoles pour une nouvelle année scolaire en 2021, mais tout dépend du nombre d’infections au COVID-19, selon le secrétaire de cabinet chargé de l’éducation, M. Magoha.

Plusieurs experts en éducation affirment que cette période est le moment opportun pour le gouvernement de mener une analyse des lacunes du système éducatif et d’effectuer un redémarrage complet en vue d’un accès équitable à l’apprentissage pour tous, comme le prévoit le Plan de réponse d’urgence COVID-19 pour l’éducation de base au Kenya. La première étape consisterait à allouer un budget à l’amélioration des infrastructures scolaires en termes d’éclairage, de bureaux et de chaises et à fournir une alimentation électrique fiable – en particulier dans les zones rurales. Ensuite, le gouvernement pourrait réduire les tarifs de l’eau et de l’électricité pour les écoles, car ces coûts énormes nuisent à leur fonctionnement.

Ce n’est que lorsque ces priorités seront résolues que les efforts pourront reprendre sur un projet d’alphabétisation numérique lancé en 2013 par le gouvernement, actuellement au point mort. Ce programme visait à garantir que les élèves du premier cycle du primaire (3 premières années d’école) puissent utiliser la technologie numérique et les outils de communication, avec pour objectif primordial de transformer l’apprentissage au Kenya en un système éducatif ancré dans le XXIe siècle.

Le projet a eu beaucoup de mal à démarrer après sa phase pilote, en raison de l’incapacité à atteindre les résultats escomptés et du manque de préparation des enseignant⸱e⸱s pendant la période de généralisation de l’initiative. La réussite de ce programme nécessiterait une formation approfondie en technologies de l’information et de la communication (TIC) pour les enseignant⸱e⸱s, qui leur permettrait d’utiliser efficacement ce matériel électronique et de régler les problèmes techniques.

Le Kenya est passé d’un programme d’éducation primaire universelle [pdf] à un programme d’éducation pour tous [fr]. L’éducation primaire universelle, le deuxième Objectif du Millénaire [fr] pour le développement déclaré par les Nations Unies, visait à faire en sorte qu’avant 2015, tous les enfants du monde terminent l’école primaire, alors que l’éducation pour tous était un mouvement mondial dirigé par l’UNESCO[fr], visant à apporter les avantages de l’éducation à « tous les citoyens dans chaque société ». Avec ces gains, le Kenya ne peut pas se permettre de revenir sur ses progrès.

Le prochain défi du Kenya est maintenant de s’assurer que les élèves aient accès à des projets d’alphabétisation numérique qui fournissent non seulement une éducation conventionnelle, mais un apprentissage holistique, autonome et basé sur les compétences, afin de réaliser sa vision de l’éducation et ses objectifs de développement durable d’ici 2030.

*Pendant de nombreuses années, le quartier a été appelé « Kibera », une mauvaise prononciation du mot nubien kibra, qui désigne la forêt. La communauté nubienne du Kenya estime que l’utilisation de « Kibera » les prive de leur identité.

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Politique

« Les colons étaient plus africains que nous ». Partie II

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Une réunion de l’Association des victimes du camp Boiro

[box type= »shadow » ]Ce billet est la deuxième partie d’un entretien, d’une durée initiale de trois heures, que Mme Kadidiatou Diallo Telli a accordé à Mme Pascale Barthélémy dans le cadre de sa thèse de doctorat publiée sous le titre Africaines et diplômées à l’époque coloniale (1918-1957), Rennes, PUR, 2010. L’entretien en entier a été publié sur journals.openedition.org Mme Pascale Barthélémy est Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, ENS de Lyon et auteure de plusieurs ouvrages sur les intellectuelles africaines. Vu sa longueur, je l’ai divisé en 3 parties. Celle-ci est la deuxième partie. La première a été publiée le 25 août 2020 et la troisième le sera le 10 septembre 2020. [/box]

 

A : Et donc est-ce que vous avez le souvenir de ce que ces femmes-là représentaient, les premières promotions, lorsqu’elles sont sorties, quelle réaction elles ont suscité ces premières intellectuelles en fait ?

: Les premières intellectuelles… on les craignait. Nous avons eu une directrice, Mme Le Goff, qui avait essayé de former une élite. Elle était à Dakar, elle a visité l’École normale de Sébikotane, où se trouvaient les garçons, elle a trouvé là des centaines et des centaines de jeunes gens, et elle a demandé une audience au Gouverneur général et elle est allée le voir. Elle lui a dit “je viens de visiter l’École de médecine, je viens de visiter l’École normale de Sébikotane des garçons, où est-ce que vous voulez trouver des femmes à ces jeunes gens que vous formez, vous allez les lâcher, ils vont aller épouser une cousine au village, qui est-ce qu’elle est, est-ce que vous pensez que vous allez obtenir là un progrès ? Vous savez moi, d’après mon expérience, quand vous éduquez un homme et que vous n’éduquez pas sa femme, lui il descendra au niveau de sa femme, donc tout ce travail que vous êtes en train de faire il est inutile”. Alors il lui demande “mais qu’est-ce que vous proposez ?” “Il faut créer une École normale de jeunes filles pendante à celle-là, vous avez des enfants dans les écoles primaires et tout ça… mais ouvrez une École, préparez des femmes à ces hommes-là”. C’est son idée à elle, c’est son idée à elle ! À l’École normale, pour se débarrasser d’elle on lui a donné des magasins désaffectés. On lui a dit “débrouille-toi pour implanter ton École”. Et elle a été la première directrice.

A : D’accord. Et donc tout ça pour m’expliquer qu’on vous craignait lorsque vous êtes sorties ?

B : Oui. C’était des filles évoluées, d’abord elles avaient besoin d’une montre, Mme Le Goff nous avait habituées à un certain niveau de vie à Rufisque alors quand on sortait elle donnait une montre à chacune, on avait une montre au poignet, bon, c’était pas très bien vu… et puis alors quand on discutait en groupe avec les garçons on disait toujours “ah il faut un frigidaire”, alors on nous appelait pendant quelques temps “les jeunes filles frigidaires”. Alors certains se disaient “ah je peux pas me marier dans ce milieu-là parce que je peux pas trouver un frigidaire” (rires). Donc on a eu ce problème-là. Au départ y’a beaucoup d’entre nous qui ont traîné longtemps avant de trouver un mari parce que les hommes avaient peur de nous.

A : Et même les garçons de Sébikotane ?

B : Même les garçons de Sébikotane, même eux, même eux ! Mais finalement comme il y avait très peu de filles par rapport aux garçons on a toutes fini par se marier (rires). Chacune de nous a eu au moins 5, 10, 15 candidats, donc nous, nous avons eu le choix. Pour eux c’était la lutte pour s’établir, avant l’autre, ou bien pour déloger l’autre et s’installer.

A : Cette anecdote du frigidaire quand même c’est très significatif. Comme vous aviez votre salaire finalement vous n’aviez pas forcément besoin d’un mari pour pouvoir l’obtenir le frigidaire, même si ça coûtait très cher ?

B : Oui, mais vous savez qu’en Afrique, une femme qui n’est pas mariée, elle perd toute considération, donc chacune d’entre nous avait à l’idée de se marier, de faire ses enfants, de vivre en famille, ça vous savez, la femme africaine on peut difficilement faire autrement. Non, on s’est installées, au contraire elles ont fait les meilleurs ménages, parce que elles n’attendaient pas tout du mari, elles avaient leur propre salaire, elles ont épousé des jeunes fonctionnaires qui avaient leur revenu également ce qui fait qu’on a tout de suite appris à vivre un ménage partagé. Donc ça a tout de suite bien marché. Et on a été immédiatement pratiquement des exemples. Adja Nima5 par exemple c’est la première femme à Conakry ici qui a piloté sa voiture. Les gens la regardaient dans la rue et puis quand ils se retrouvaient avec son mari “tu n’as pas peur d’avoir ta femme dans une voiture là, tu sais pas où elle va, tu sais pas quand est-ce qu’elle va ?” il disait “c’est son salaire, avec son salaire qu’elle a acheté sa voiture, qu’est-ce que tu veux que moi je dise, moi je n’ai pas de voiture… je ne peux être son pilote, je travaille”. Alors ça s’est généralisé après.

A : Mais c’était quand même une révolution.

B : Ah c’était une révolution, absolument, c’était une révolution. Parce que l’homme africain est un dictateur, quand il a une femme elle doit leur obéir, or nous à Rufisque on nous avait un peu ouvert les yeux et on était pour la coopération, on n’était pas pour l’esclavage, donc les hommes ont très mal pris ça ! Même les hommes intellectuels, même, surtout eux, surtout eux ! Parce que l’Africain a beau être intellectuel on voit actuellement avec des médecins, des professeurs et tout ce monde là, il arrive un moment, bon, il marche avec le progrès mais il arrive un certain moment, vous découvrez tout de suite qu’ils ont une deuxième femme ! On dirait qu’à partir d’un certain moment, eux, ils régressent !

A : Oui, oui oui. En fait tout ce qui est ouverture d’esprit acquise par l’éducation à votre avis ça s’ancre plus fortement chez les femmes que chez les hommes ?

B : Oui. Les hommes ont en eux quelque chose qui à un certain moment les freine et ils peuvent plus avancer, et ils sont même capables de reculer.

A : Et donc vous êtes entrée à l’École normale en 1944, et vous vous souvenez de l’atmosphère de l’École ? Personnellement, qu’est-ce que vous avez retenu de vos années à Rufisque ?

  • 6 La fondation a été créée en 1992.

B : Ce que j’ai constaté à Rufisque c’est que nous venions de sept ou huit pays africains différents, le Sénégal, la Mauritanie, le Mali, la Guinée, la Côte d’Ivoire, ça allait jusqu’au Cameroun. Et on arrivait là, on avait une chose en commun pratiquement c’est la langue française. Des traditions différentes, souvent des religions différentes et on se retrouvait là, une promotion de trente filles, qui venaient de tous les horizons et ce qui m’a le plus frappé c’est que en quelques mois nous devenions des sœurs. Et une entente vraiment parfaite ! On vivait quatre ans comme ça, quand on partait on sentait vraiment la déchirure de sœurs qui se séparent et ça, ça m’a bouleversée. Et tout dernièrement je discutais avec un ministre à Dakar, je lui dis “avec le temps je me rends compte que les dirigeants de la colonisation en Afrique étaient plus africains que nous”. Il me dit “pourquoi ?” je lui dis “ils ont créé les écoles fédérales, Sébikotane, Rufisque, l’École de médecine, et tout ça là, ils ont regroupé là tous les Africains de langue française, ils ont fait de nous des frères et des sœurs !” Je vois nous à Rufisque, chaque fois qu’il y avait une manifestation culturelle à Sébikotane, on nous embarquait dans le bus, on nous envoyait là-bas. On allait passer la journée, on revenait, les jeunes gens, le samedi, ils faisaient la route à pieds pour venir à Rufisque, comme ils ne pouvaient pas payer le transport, ils n’avaient pas d’argent, ils faisaient la route à pieds et ils rentraient le soir. Et puis pendant les vacances de Noël, de Pâques et tout ça on se retrouvait tous à Dakar dans les mêmes familles, on a tissé une fraternité entre les Africains de tous ces États-là. Quand nous nous sommes retrouvées il y a trois ans6 à Rufisque pour lancer la Fondation femmes d’Afrique et Culture, on avait l’impression qu’on s’était séparées hier, c’était vraiment impressionnant ! On a créé une solidarité, même avec les garçons je vous dis, chacune d’entre nous quand elle arrive dans une capitale d’un pays africain, elle demande un nom, le repas suivant ou le repas du lendemain on nous rassemble toutes les Rufisquoises et à ce moment-là, y’en a une d’entre elles qui donne un cocktail et on invite les anciens de l’École normale de garçons, on se retrouve là des vieillards, avec des petits pleurs, c’est une atmosphère tout à fait particulière. Alors je disais au ministre là, je dis les colons étaient plus africains que nous, ils ont créé l’union africaine avant nous ! Il me dit “oui, oui ils sont quand même plus intelligents que nous comme tu dis parce que ils ont cassé ça avant de partir…” (rires) À vous de reconstruire ! (rires) ils sont partis, depuis qu’ils sont partis y’a quarante ans vous n’avez pas réussi à reconstruire, vous n’avez pas compris !

A : C’est-à-dire qu’ils l’avaient créé aussi sur une toute petite minorité, malgré tout, en tout sur toute la période y’a pas tant de femmes et de garçons que ça…

B : Oui oui mais c’était, c’était une mince couche… Mais ça avait marché, c’était une petite couche mais ça avait marché.

A : Et vous pensez que le tempérament maternel de Germaine Le Goff a justement joué son rôle dans la reconstitution d’une famille ?

B : Ah oui. Beaucoup, beaucoup. Parce qu’elle nous a suivies dans les salles de classe, elle nous a suivies dans les salles de récréation, elle a organisé des manifestations culturelles, elle nous faisait venir des conférenciers et puis elle avait créé à l’École là-bas un coin qu’on appelait “la case”. La “case” était à la disposition des filles d’un État pendant un mois, on décorait au style de la région, et il y avait un jour où on recevait. Par exemple, quand la Guinée était là, on faisait une chambre guinéenne, on préparait des mets guinéens pour les élèves le jour de la réception. Ce qui fait que chacune d’entre nous finissait par avoir là les éléments de la vie dans l’autre pays. Et dans les manifestations culturelles également, chacun était amené à montrer ce qui se passe chez lui. Ce qui fait qu’entre nous on a fini par se connaître. Souvent même pendant les vacances, y’ a une fille de Côte d’Ivoire qui disait “ah oui moi cette année je vais aller jusqu’en Guinée et puis après seulement je vais continuer en Côte d’Ivoire”. L’École formait mais dans le but de renvoyer chacun chez lui, donc ils n’ont pas voulu la rupture avec le milieu familial.

A : Et par rapport à ceux qui critiquaient le fait que vous soyez européanisées ou “occidentalisées” ou acculturées, à votre avis quel était l’objectif de Germaine Le Goff de ce point de vue ?

B : Elle a voulu, à mon avis, faire des filles au-dessus de la moyenne pour faire des mères exemplaires pour le milieu, et des enfants qui avaient plus de chances au départ que les pères et les mères. Elle disait toujours : “on peut vous craindre au départ, mais le jour où le rythme sera lancé, vous allez voir que chacune de vous va avoir 50 candidats… au mariage”. Et ça a été ça.

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Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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