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En mémoire d’Amadou Diallo, un guinéen victime des violences policières aux États-Unis

La récente vague de manifestations “Black Lives Matter” aux États-Unis met en évidence une longue histoire de brutalité policière à l’encontre des noirs américains.

Le 25 mai, George Floyd, un homme noir, a été tué par un policier blanc  à Minneapolis, dans le Minnesota. Depuis sa mort, les manifestants et activistes descendent dans la rue, rappelant les noms d’innombrables personnes tuées par la police, notamment l’assassinat du jeune guinéen Amadou Diallo parti étudier aux États-Unis.

Monsieur Diallo, 23 ans, a été brutalement abattu de 41 balles à la porte de son appartement le 4 février 1999, par 4 policiers en civil de New York faisant partie d’une “unité de crimes urbains” aujourd’hui disparue. Ces quatre policiers ont affirmé que Monsieur Diallo était le suspect dans une affaire de viol et qu’ils pensaient qu’il avait une arme sur lui, alors qu’il ne portait que son portefeuille.

Les quatre policiers, Edward McMellon, Sean Carroll, Kenneth Boss et Richard Murphy, ont tous été poursuivis pour meurtre au second degré, mais ont tous été acquittés – comme c’est souvent le cas lorsque la police bénéficie d’une totale impunité devant les tribunaux américains. Cet acquittement a suscité la colère de beaucoup d’Américains de toutes raceset a entraîné des manifestations nationales.

L’officier de police Boss demeure dans les forces de police mais a été “réaffecté” en 2012. L’officier Carrol a présenté ses ” excuses affectives ” à la famille, mais longtemps après le drame, explique l’écrivain Janus Marton.

New York “est depuis des siècles la plus grande ville au monde en matière de multicultiralisme, attirant dans ses cinq arrondissements des personnes ambitieuses, porteuses de rêves et de talents, venues de tout le pays et du monde”, se souvient M. Marton, qui se rappelle comment les procès des quatre officiers ont eu lieu à Albany, une ville voisine, par crainte qu’ils “ne puissent obtenir un procès équitable dans le Bronx”, l’arrondissement de New York où Amadou Diallo a été tué.

Des années après le meurtre de Diallo, les manifestants de Black Lives Matter se souviennent des circonstances de son assassinat brutal par des policiers de New York, dénonçant la passivité d’Andrew Cuomo, gouverneur de la ville en ce qui concerne la responsabilité de la police.

Jesse McKinley, chef du bureau d’Albany pour le New York Times, écrit :

@jessemckinley

Open Letter to Gov. Cuomo from Families of NYers Killed by Police Re #SaferNYAct Victories

Governor Cuomo: We are parents, sisters, aunts, and other family members whose children, siblings, nephews, nieces, and loved ones were murdered by police in New York state over the last three…

justicecommittee.org

INFO : Les familles des victimes des meurtres de la police de New York – Amadou Diallo, Ramarley Graham, Kimani Gray, entre autres – adressent une lettre accablante à @NYGovCuomo, indiquant qu’il a été “l’un des obstacles les plus tenaces” à l’imputabilité de la police.

La lettre est ici : https://t.co/oFTSof5SE3 

— Jesse McKinley (@jessemckinley) 15 juin 2020

Marche contre la brutalité policière en hommage à Amadou Diallo devant la Maison Blanche, 15 février 1999. Photo par Elvert Xavier Barnes Protest Photography via Flickr, sous licence CC BY 2.0. 

Qui était Amadou Diallo ?

Amadou Diallo est né au Libéria de parents guinéens, Saikou et Kadiatou Diallo, il était l’aîné de quatre enfants, explique Ayodale Braimah, un écrivain africain. Ses parents exportaient des pierres précieuses entre l’Afrique et l’Asie, ce qui a permis à Diallo d’étudier dans différents pays, dont la Thaïlande, où il a vécu un temps avec sa mère après le divorce de ses parents.

Kadiatou Diallo, la mère d’Amadou, était une combattante qui s’est mariée à l’âge de 13 ans qui est tombée enceinte de son fils à 16 ans. Elle a fait ses études et a créé une entreprise en Thaïlande.

En tant qu’étudiant en anglais, il était attiré par la culture américaine. En 1996, Monsieur Diallo part avec sa famille à New York et se lance dans les affaires avec un cousin. Il a travaillé pendant un certain temps comme vendeur de rue et aspirait ainsi à étudier l’anglais et l’informatique.

Une mère et une ville en deuil

Kadiatou Diallo, la mère de d’Amadou Diallo, était en Guinée lorsqu’elle a appris que son fils avait été abattu par des policiers. Elle est alors retournée aux États-Unis et a commencé à se battre pour sa mémoire, devenant “un symbole de la lutte contre la brutalité policière” aux États-Unis qui utilise son expérience afin de donner du pouvoir aux autres, a écrit Charisma Speakers, un blogueur.

“Mme Diallo humanise la tragédie du profilage racial et de la brutalité policière et continue à travailler activement avec les leaders communautaires en vue d’apporter des changements”, a ajouté Charisma Speakers.

La famille Diallo a poursuivi le département de police de New York dans un procès pour homicide par négligence d’un montant de 61 millions de dollars et a finalement accepté une indemnisation de 3 millions de dollars, selon Alexander Starr de Public Radio International, qui a écrit sur les conséquences du meurtre de Monsieur Diallo en 2014, à l’occasion du cinquième anniversaire de sa mort : “Ils ont utilisé une partie de cet argent pour créer la Fondation Amadou Diallo et un fonds de bourses d’études en 2005″, des étudiants bénéficient toujours des bourses d’études jusqu’à présent.

Pour le quatrième anniversaire de la mort d’Amadou Diallo, la ville de New York a dévoilé la plaque de la place Amadou Diallo dans le Bronx pour honorer sa mémoire.

Kadiatou Diallo a collaboré avec 100 Blacks in Law Enforcement Who Care, un groupe de défense des droits visant à améliorer le maintien de l’ordre à New York, et a également travaillé avec des politiciens locaux pour faire adopter une loi sur le profilage racial à Albany, New York.

En 2004, Kadiatou Diallo a publié un livre intitulé “My Heart Will Cross This Ocean: My Story, My Son, Amadou.”  (en français: Mon cœur traversera cet océan: Mon histoire, Mon fils, Amadou). Elle a témoigné dans les documentaires “Death of Two Sons” en 2006, et “Every Mother’s Son“, sur trois mères qui ont chacune perdu un enfant non armé aux mains de la police de New York.

La tragédie d’Amadou Diallo a inspiré plus de 20 chansons, cinq documentaires et deux films.

La vie des Noirs est une question d’actualité

Les manifestions Black Lives Matter qui ont éclaté en réaction au meurtre de George Floyd par la police ont incité de nombreux utilisateurs de Twitter à évoquer le nom d’Amadou Diallo, plus de 20 ans après ce meurtre brutal.

Clara || BLM (@quiteclara) recommande une docu-série sur le cas de Diallo :

clara || BLM@quiteclara

Netflix’s docuseries “Trial by Media”, ep.3 “41 Shots”.
4 NYPD officers in 1999 shot 41 shots at Amadou Diallo, 19 of which struck and killed him, outside his apartment. Diallo was unarmed. All 4 officers were charged with second-degree murder, but all 4 were found not guilty.

La docu-série de Netflix “Trial by Media”, ep.3 “41 Shots”.
En 1999, 4 officiers de la police de New York ont tiré 41 coups de feu sur Amadou Diallo, 19 l’ont atteint et tué, devant son appartement. Diallo n’était pas armé. Les 4 officiers ont été accusés de meurtre au second degré, mais ont été reconnus non coupables.
— clara || BLM (@quiteclara) 16 juin 2020

Clint Smith, écrivain et enseignant, tweete “Trop c’est trop” :

Clint Smith

@ClintSmithIII

Marla Wolfson@marla_vous

I’m old enough to remember AMADOU DIALLO and ABNER LOUIMA. Enough is enough. More than 20 years later we have not turned the page. Stop telling black people what they should have done or what they should do to not get killed. It’s the other way around.

Je suis assez vieux pour me souvenir d’AMADOU DIALLO et d’ABNER LOUIMA. Trop, c’est trop. Plus de 20 ans plus tard, nous n’avons pas tourné la page. Arrêtez de dire aux noirs ce qu’ils auraient dû faire ou ce qu’ils doivent faire pour ne pas se faire tuer. C’est le contraire.
— Marla Wolfson (@marla_vous) 15 juin 2020

So African (@Mx_chichi), un anthropologue, écrit :

So African@Mx_chichi

This is the same New York police that promoted Kenneth Boss of of the men who killed Amadou Diallo. After shooting Diallo 41 times & bullets hitting his body 19 times. The NY cops involved were never held accountable. They said “bas! Tumesema sorry!” & They were “forgiven”

August Takala@AugustTakala

WATCH 🚨 New York police boss Mike O’Meara went off on the media today:

“Stop treating us like animals and thugs and start treating us with some respect … Our legislators abandoned us. The press is vilifying us. It’s disgusting.”

Vidéo intégrée

C’est la même police de New York qui a promu Kenneth Boss un des hommes qui a tué Amadou Diallo. Après avoir tiré sur Diallo 41 fois et que 19 balles ont touché son corps. Les policiers new-yorkais impliqués n’ont jamais été reconnus coupables. Ils ont dit “bas ! Désolé Tumesema !” & Ils ont été “pardonnés”
— So African (@Mx_chichi) 10 juin 2020

Felonious Munk, un comédien, écrivain et acteur américain d’origine éthiopienne, rappelle les noms d’autres hommes Noirs américains qui ont été tués par la police aux États-Unis :

Felonious Munk 🇪🇹

@Felonious_munk

Obama was president when Mike Brown, Eric Garner, amd Tamir Rice we’re killed. Clinton was president when Amadou Diallo (and countless others) were killed. Who do we vote for to get them to stop killing Black people with impunity?

Desi Banks

@iamdesibanks

If you want change in America register to vote

Obama était président lorsque Mike Brown, Eric Garner, et Tamir Rice ont été tués. Clinton était président quand Amadou Diallo (et bien d’autres) ont été tués. Pour qui devons-nous voter afin qu’ils cessent de tuer les Noirs en toute impunité ?

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Ce billet que j’ai écrit en anglais a été traduit en français par Tafsir Baldé pour globalvoices.org qui l’a publié le 27 juin 2020.

Tafsir est membre fondateur de l’Association des blogueurs de Guinée (ABLOGUI), et responsable de la commission promotion des langues nationales au sein de la dite association.

À propos konakryexpress

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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