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Droits de l'Homme

Il y a 21 ans était révélé le testament de Yaguine Koita et Fodé Tounkara

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Un jardin dédié à Yaguine Koita et Fodé Tounkara à Cinecittà Lamaro . Source: justinmorel.info

Ce 29 juillet 2020 comme d’habitude probablement, il y aura peut-être des commémorations dans quelques endroits du monde en souvenir de Yaguine Koita et Fodé Tounkara, ces deux jeunes âgés d’à peine 14 et 15 ans, décédés le 29 juillet 1999. Mais malheureusement, ce ne sera pas en Guinée, la terre qui les a vus naitre.

A Rome, il y a deux ans le site abitarearoma.it rappelait, en italien, leur histoire et signalait l’installation du panneau en marbre portant leurs noms dans un jardin de la Piazza Galgano à côté de Cinecittà, à Rome:

Aujourd’hui, le 24 octobre 2017 vers 13 heures, j’ai accidentellement croisé deux travailleurs de la municipalité qui posaient une plaque de marbre dans le jardin de la Piazza Galgano à Lamaro-Cinecittà. Le paneau indique à qui, depuis de nombreuses années, l’espace vert dont notre journal a traité à plusieurs reprises, est intitulé: Yaguine Koita et Fodè Tounkara âgés de 14 et 15 ans …

Il y a dix ans, le comité de district de Lamaro-Piazza Cavalieri del Lavoro, présidé par Teresa Vergali, maintenant âgée de quatre-vingt-dix ans, relayeuse et combattante pendant la guerre de libération, a demandé de donner au jardin le nom de ces deux garçons africains. C’est en consultant par hasard  le plan des rues que l’on s’est aperçu que l’attribution du nom avait été décidée. Seul le panneau portant leurs noms manquait. Aujourd’hui, il est arrivé, silencieux, sans cérémonies, avec seulement moi comme spectatrice occasionnelle qui aie assisté en silence, presque avec recueillement, au travail patient et minutieux des travailleurs municipaux. Il est arrivé sans qu’on explique qui étaient ces deux adolescents guinéens et pourquoi on donnait leurs noms au jardin autogéré par des bénévoles des bâtiments environnants, qui est devenu un centre de vie sociale intense.

Chaque année, des commémorations sont organisées en leur souvenir. Il y a 7 mois, en novembre 2019, le site romamultietnica.it signalait, toujours en italien:  

Mercredi 20 novembre 2019, le Département des politiques de l’école, de la culture, des sports et de la jeunesse de la mairie VII, avec la collaboration de l’Institut global de via Giuseppe Messina, promeut une célébration à la mémoire des deux jeunes et vise à impliquer les jeunes générations, à partir des élèves des écoles locales, pour que leur histoire devienne un moment de réflexion et de discussion sur les thèmes de l’hospitalité et de l’intégration. À 8h30, projection du film Il sole dentro, de Paolo Bianchini (Italie, 2012)

Voici le lettre que les deux adolescents avaient adressée aux dirigeants européens pour expliquer pourquoi ils s’étaient lancés dans cette aventure qui allait emporter leurs jeunes vies: 

Excellences, Messieurs les membres et responsables d’Europe,

Nous avons l’honorable plaisir et la grande confiance de vous écrire cette lettre pour vous parler de l’objectif de notre voyage et de la souffrance de nous, les enfants et jeunes d’Afrique.

Mais tout d’abord, nous vous présentons les salutations les plus délicieuses, adorables et respectées dans la vie. A cet effet, soyez notre appui et notre aide. Vous êtes pour nous, en Afrique, ceux à qui il faut demander au secours. Nous vous en supplions, pour l’amour de votre continent, pour le sentiment que vous avez envers votre peuple et surtout pour l’affinité et l’amour que vous avez pour vos enfants que vous aimez pour la vie. En plus, pour l’amour et la timidité de notre créateur Dieu le tout-puissant qui vous a donné toutes les bonnes expériences, richesses et pouvoirs de bien construire et bien organiser votre continent à devenir le plus beau et admirable parmi les autres.

Messieurs les membres et responsables d’Europe, c’est de votre solidarité et votre gentillesse que nous vous crions au secours en Afrique. Aidez-nous, nous souffrons énormément en Afrique, nous avons des problèmes et quelques manques au niveau des droits de l’enfant.

Au niveau des problèmes, nous avons la guerre, la maladie, le manque de nourriture, etc. Quant aux droits de l’enfant, c’est en Afrique, et surtout en Guinée nous avons trop d’écoles mais un grand manque d’éducation et d’enseignement. Sauf dans les écoles privées où l’on peut avoir une bonne éducation et un bon enseignement, mais il faut une forte somme d’argent. Or, nos parents sont pauvres et il leur faut nous nourrir. Ensuite, nous n’avons pas non plus d’écoles sportives où nous pourrions pratiquer le football, le basket ou le tennis.

C’est pourquoi, nous, les enfants et jeunes Africains, vous demandons de faire une grande organisation efficace pour l’Afrique pour nous permettre de progresser.

Donc, si vous voyez que nous nous sacrifions et exposons notre vie, c’est parce qu’on souffre trop en Afrique et qu’on a besoin de vous pour lutter contre la pauvreté et pour mettre fin à la guerre en Afrique. Néanmoins, nous voulons étudier, et nous vous demandons de nous aider à étudier pour être comme vous en Afrique.

Enfin, nous vous supplions de nous excuser très très fort d’oser vous écrire cette lettre en tant que Vous, les grands personnages à qui nous devons beaucoup de respect. Et n’oubliez pas que c’est à vous que nous devons nous plaindre de la faiblesse de notre force en Afrique.

(Signature) Ecrit par deux enfants guinéens Yaguine Koita et Fodé Tounkara.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Ces 28 militaires mauritaniens pendus le 28 novembre 1990

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Capture d’ écran des 28 soldats exécutés le jour de l’indépendance – Video de Ibrahima Sow

Révisé le 28 novembre 2020

Depuis 1990, chaque 28 novembre une partie des mauritaniens réclament que justice soit rendue pour 28 militaires pendus dans la nuit du 27 au 28 novembre pour fêter l’anniversaire de l’accession à l’indépendance de leur pays. Ils furent minutieusement sélectionnés parmi ceux qui avaient été arrêtés les jours précédents. Comble de l’horreur, ils furent pendus l’un après l’autre au même endroit.

Mais, il ne s’agit là que d’un cas parmi tant de massacres des Noirs mauritaniens, comme le révélait dans une interview concédée à Assanatou Baldé, en 2011 publiée sur le site afrik.com, le président du comité Inal-France, Youba Dianka:

Je tiens à préciser qu’Inal n’est qu’un exemple; il y’ a eu plusieurs Inal en Mauritanie. Des horreurs ont eu lieu à Azlatt, à Sory Malé, à Wothie, à Walata, à Jreida et dans toute la vallée. A l’intérieur de la caserne militaire d’Inal et environs, il y a eu des militaires écartelés, enterrés vifs, tués à bout portant, et pendus pour célébrer la fête de l’indépendance du pays en 1990.

Dans un billet publié sur cridem.org, Kaaw Elimane Bilbassi Touré dénonce le fait que tandis que tous les mauritaniens se sont retrouvés pour fêter la qualification de leur équipe nationale de football, composé uniquement de noirs, pour la 1ère fois à la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN)

Les morts furent nombreux au moins 530 personnes sont mortes dans les camps de détention mais sans compter les assassinats repétés, perpétrés tout au long de la vallée du fleuve Sénégal depuis le début du conflit sénégalo-mauritanien…

Les organisateurs de ces inqualifiables sacrifices de ces boucheries d´un anniversaire à l´autre, sont toujours là et continuent à diriger notre armée raciale à commandement monocolore et restent toujours protégés par l´Etat raciste…

Depuis, ils gisent dans la solitude des fosses anonymes. Depuis, ils attendent des sépultures décentes…

La video ci-dessous resume l’episode tragique du contexte de ces executions:

Le 28 novembre 2018, Kiné-Fatim Diop, chargée de campagnes pour l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International rappelle le contraste entre ce que toute la nation mauritanienne devrait ressentir, en ce jour anniversaire de l’accession du pays à l’indépendance, et ce que vivent les familles des victimes:

Chaque année, pendant que les officiels célèbrent dans la joie l’accession à la souveraineté du pays, les familles des victimes pleurent et manifestent dans la tristesse pour demander justice et réparation. Face à elles, les autorités mauritaniennes s’efforcent d’ensevelir cette face hideuse de l’histoire, comme lorsqu’elles faisaient voter, en catimini en 1993, une loi d’amnistie confirmant l’amnésie de l’Etat sur les tueries des militaires il y a 30 ans.

C’est la tragédie des deux frères Diallo pendus l’un après l’autre et le comportement inhumain de leurs bourreaux qui a retenu l’attention du site du Forum pour la lutte contre l’impunité et l’injustice en Mauritanie (fliim90.canalblog.com):

Absolument, une malédiction gratuite s’était battue sur les 28 officiers noirs ce soir-là. Telle la pendaison de deux frères Diallo Oumar Demba et son frère Diallo Ibrahima qui portaient des numéros successifs écrits par le moyen d’un feutre. Triste mort que celle d’assister placidement à la mort de son frère aîné. Les bourreaux tuaient avec précision, d’ailleurs, ils ne se limitaient pas seulement-là, ils trainaient les pendus et s’asseyaient sur leur cadavre.

Les témoignages des survivants abondent. Dans son livre L’enfer d’Inal publié en 2000, Mamadou Sy, qui a occupé les fonctions de commandant d’escadron, d’adjoint au commandant de base puis de commandant de base dans l’armée mauritanienne, avant son arrestation, décrit la scène de torture à laquelle il a été soumis avec d’autres camarades:

Le lieutenant Anne Dahirou est attache’ derrière une Land Rover, le véhicule de commandement du capitaine SIDINA OULD TALEB BOUYA, il est à l’autre extrémité sur ma gauche, ensuite viennent respectivement Mohamed Mansour, puis le lieutenant Sall Abdoulaye Moussa attachés eux derrière des Sovamags. Quant a moi, on me destine un camion… Le caporal OULD DEMBA nous met les bandeaux. On m’asperge d’eau sale et puante. Le camion, une Mercedes type 11/13 se met à rouler. J’essaie de suivre en courant mais cela ne peut durer longtemps avec des pieds enchaînes’…

Un autre militaire, qui a pu rejoindre la France pour se soigner, après sa sortie de prison, avec l’aide de l’Association catholique d’aide aux victimes de la torture (ACAT) témoignage sur flamnet.info:

Je suis un militaire de carrière, brigadier-chef de la Garde Nationale, ancien commandant de brigade de T., une ville qui se trouve non loin de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie. J´ai derrière moi vingt quatre ans de service militaire.

Aussi loin que je remonte dans ma vie, depuis que j´ai commencé à comprendre, j´ai toujours constaté que les noirs n´avaient aucun droit, et que les Maures blancs étaient privilégiés. Chez nous, sur vingt ministres au gouvernement il y a un quart seulement pour les noirs, à l´armée, un seul Noir pour dix officiers. Dans un stage, si un Maure a mal travaillé, il l’emporte portant sur n´importe quel Noir. Et pas question de protester…

Il décrit une forme de torture particulièrement horrible à laquelle les victimes étaient soumises:

Les tortures étaient pratiquées de différentes facons. Par exemple, on creusait des trous dans le sable, on nous enterrait jusqu´au coup, la tête immobilisée, le visage nu tourné vers le soleil. Si on essayait de fermer les yeux, les gardes nous y jetaient du sable. Ensuite on nous remettait nos bandeaux.

Maimouna Alpha Sy, secrétaire générale du Collectif des veuves et du passif humanitaire, est la veuve de Ba Baïdy Alassane, qui fut lieutenant contrôleur des douanes qui, d’après, fut parmi les victimes:

assassiné en 1990 à la brigade de la gendarmerie de Nouadhibou”. « Nous avons fait trois mois et dix jours à la recherche de mon mari sans pouvoir le retrouver, a-t-elle expliqué. La Douane nous a dit qu’il est mort d’un arrêt cardiaque, ce qui n’est pas vrai. Il y a des témoins qui ont été arrêtés, ligotés et torturés avec lui. Il a été tué devant ces gens-là ».

Cette année, à l’occasion du 28 novembre, il y a eu la manifestation des immigrés mauritaniens en face de l’ambassade de leur pays à Paris pour dénoncer l’oubli dans lequel les autorités mauritaniennes veulent reléguer ce triste épisode. Il y a eu aussi ce discours remarquable de la députée Kardiata Malick Diallo au parlement mauritanien pour essayer d’empêcher cette tentative d’oubli:

Même si votre pouvoir ne peut être tenu comme directement responsable de ces actes qui ont définitivement souillé le 28 novembre, il n’en demeure pas moins qu’il avait la charge de trouver une solution adéquate basée sur le droit des victimes à la vérité et à la justice.

Hors, M. le Premier ministre, les actes que vous avez posés ont consisté à protéger les coupables des crimes dont certains occupent encore de très hautes fonctions dans l’état et ne proposant aux ayant droit des victimes que l’oubli.
Les grandes nations et les grands peuples ne cherchent jamais à gommer un épisode sombre de leur histoire mais le matérialisent par des symboles visibles pour les maintenir dans la mémoire afin de dire « PLUS JAMAIS CA ». M. le Premier ministre, votre pouvoir a préféré poursuivre et parachevé un processus de marginalisation et d’exclusion.

Tant qu’une minorité continuera à occuper presque tous les postes de responsabilité, il sera difficile que ces victimes connaissent un jour une réhabilitation. Hors il se retrouve que dans le dernier gouvernement (d’octobre 2018), sur 24 postes ministériels seulement 5 vont aux Noirs qui représentent de 73 à 80 pour cent, de la population selon les sources. On retrouve cette même sous-représentation de la majorité de la population parmi les élus, les membres des forces de sécurité, les fonctionnaires et les administrateurs locaux.

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Ce billet que j’ai écrit pour globalvoices.org a été publié le 4 décembre 2018

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Comment Houphouët-Boigny a imposé Sékou Touré au peuple guinéen à la naissance du RDA

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Extrait du livre « Dans la Guinée de Sékou Touré: cela a bien eu lieu, du rescapé du Camp Boiro Lieutenant-colonel Camara Kaba 41 qui n’est plus disponible gratuitement sur le site campboiro.org, qui a été piraté d’une manière irréversible. 
Il n’est point besoin, pour moi, de faire l’historique du PDG-RDA, ni de faire le portrait de Sékou Touré. Ce dernier se présentera lui-même et présentera son Parti rien que par ses actes car l’homme, au fond, qu’est-ce que c’est ? Il n’est nullement ce qu’il pense ou dit, mais ce qu’il fait. Les actes de Sékou feront son portrait mieux que moi.
Nous sommes en 1953, précisément le 2 août. Sékou Touré est élu conseiller territorial de Beyla. Les élections étaient partielles. En vérité, Sékou était battu largement par son rival Douty Camara, fils du chef de Beyla. Bernard Cornut-Gentil, gouverneur général de l’Afrique occidentale française (AOF) et Félix Houphouët-Boigny (président ivoirien du RDA) débarquèrent par hélicoptère à Beyla, cassèrent les élections contre toute attente et proclamèrent Sékou élu.
Cette tournure des événements va dans le sens de la nature profonde de Sékou Touré ; rendre vrai ce qui est faux et faux ce qui est vrai et prêcher toujours le faux pour avoir le vrai. C’est le fondement de la dialectique sékoutouréenne. Il s’en servira à merveille pendant les interrogatoires d’innocents détenus qui avoueront (et comment !) les fautes qu’ils n’ont pas commises.
C’est Houphouët-Boigny qui a choisi Sékou à la naissance du RDA comme dauphin. Il l’a soutenu — contre vents et marées en Guinée. Il a contribué au financement de ses campagnes. Des Ivoiriens, tels que Mamadou Coulibaly, battaient campagne pour le RDA, aux côtés de Sékou. Mais celui-ci est un petit de la vipère : il ronge le flanc de sa mère pour venir au monde. La mère de Sékou n’est-elle pas morte en couches ? L’ingratitude est dans le sang de Sékou Touré , je veux dire qu’il est ingratitude, comme il est mensonge, comme il est meurtre.
Dès 1963, il se retournera contre Houphouët-Boigny et contre tous ceux, Guinéens et non Guinéens, Blancs et Noirs, qui l’ont tenu par la main et l’ont aidé à marcher, à se nourrir, à s’affermir. Houphouët-Boigny regrettera amèrement son assistance à Sékou ; en 1976, devant l’Assemblée nationale ivoirienne, il demanda pardon au peuple de Guinée.
— Je ne le savais pas, dira-t-il. Sékou, tu es un frère mais un mauvais frère, ajouta-t-il.
A la lumière des élections de Beyla, toutes les cellules du PDG seront basées sur le trucage. Il n’y a pas eu, il n’y aura jamais de véritable suffrage universel en Guinée tant que Sékou Touré sera au pouvoir. Du comité de base à la section du Parti, de la fédération au Bureau politique national (BPN) en passant par l’Assemblée nationale elle-même, tout est truqué, téléguidé par le Responsable Suprême de la Révolution. Si un membre de comité de base ne lui plaît pas, eh bien, il ne sera pas retenu ; de même, si les habitants d’un comité ne veulent pas d’un candidat, ce dernier leur est imposé si Sékou le veut. Cela est ainsi dans les organismes du Parti, des syndicats. Quant à l’Assemblée nationale, ses membres sont purement et simplement désignés et non élus. On se retrouve un matin député de la République de Guinée sans y avoir rêvé et parfois contre son propre gré.
La grève de 70 jours de septembre à novembre 1953, de même que sa victoire pour ramener l’impôt de capitation colonial de 700 francs à 500 francs, furent des atouts considérables pour la lutte politique de cet homme. A sa candidature aux élections législatives de juin 1954 pour remplacer Yacine Diallo, alors premier député de la Guinée, mort la même année, Sékou Touré déclarait : « Dans l’intérêt de l’Union française, la politique de courte vue doit cesser ; choisir le pire par peur du mal est une action inintelligente ».
Cependant, Sékou sera battu à ces élections par Barry Diawadou, leader du Bloc africain de Guinée (BAG). Il reprendra sa revanche aux élections législatives du 2 janvier 1956 : le PDG – RDA remporte deux sièges sur trois. Quant aux élections à l’Assemblée territoriale du 3 mars 1957, il y remporte 57 sièges sur 60. C’est la consécration définitive du PDG.

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L’indépendance, Président, quand est-ce que ça va finir ?

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Dans son livre Dans la Guinée de Sékou Touré: cela a bien eu lieu, le rescapé du Camp Boiro Lieutenant-colonel Camara Kaba 41 rapporte cette question qu’une vieille dame aurait posée au tyran « L’indépendance, Président, quand est-ce que ça va finir ? ».

C’est dans le chapitre « Un fleuve de sang et de larmes » qu’il nous présente le contexte dans lequel cette femme pose sa question.  Elle résume toutes les attentes déçues des guinéens depuis l’indépendance. Les violences dont les forces de (in)sécurité se rendent coupables chaque fois qu’elles en ont la possibilité n’ont jamais été épargnées à la population, en particulier aux jeunes, c’est-à-dire ceux sur lesquels repose le futur du pays.

Mon désir n’est point de juger cet homme, autrement je serai aussi violent que lui, mais de découvrir la vérité en décriant le mensonge et puis, oui ! pardonner les dix années passées entre ses griffes, dans ses camps d’extermination, d’animalisation de l’homme.

Sékou Touré est mensonge, vous ai-je dit, et le peuple de Guinée croit en lui fermement quand il lui ment. Comment ne pas croire en lui ? De mémoire d’homme et par éducation, les peuples savent que les rois, les chefs, ne mentent pas et la raison de leur conviction est très simple : le roi, le chef, le dirigeant n’a pas besoin de mentir ; il est le représentant de Dieu sur la terre. Cette conviction date des temps immémoriaux et son résidu demeure et demeurera au tréfonds de l’individu et dans la conscience des peuples.

Quand Sékou Touré ment, il est convaincu que son mensonge passera la rampe, parce que ceux auxquels il ment sont loin d’imaginer que, lui, le grand chef, le grand libérateur, peut leur mentir et ils croient tout raisonnablement. Mais malheureusement le temps est là, le temps qui ronge patiemment tout ce qui n’est pas et qui est en lui et qui ne saurait être hors de lui. Avec la complicité du temps, la vérité, l’amère vérité, pure dans sa patience parfois désarmante, finit par être mise à nu et alors « le monde saura ce jour-là qui est Sékou Touré » (Émile Cissé). « On peut tromper une partie du peuple tout le temps, mais jamais tout le peuple tout le temps », dira-t-il lui-même (ce mot n’est pas de lui, on le sait).

Peut-on mentir à soi-même ? Impossible ! Et pourtant, pourtant Sékou a menti à lui-même.

« L’indépendance, Président, quand est-ce que ça va finir ? », lui demanda un jour une vieille femme, lors d’une de ses rondes à l’intérieur du pays. « Depuis le départ des Blancs, je n’ai pas mangé de sucre », poursuivit la vieille femme, appuyée sur son bâton. Sékou se contenta de la regarder, ne sachant que répondre : il souriait mais ses yeux lançaient des flammes. Sa suite était gênée, embarrassée. Pris au dépourvu, lui le verbeux, il battit en retraite. Ce n’est pas seulement la vieille qu’il a fui, mais la région administrative qu’il visitait ce jour-là.

La promesse n’a pas été tenue et la question de la vieille Guinéenne n’est qu’un implacable constat:  Sékou n’a tenu aucune de ses promesses. Aux ouvriers, il disait : « les Blancs vous payent mal ; aidez-moi à les chasser, vous aurez le même salaire qu’eux ». Quel ouvrier n’aurait-il pas voté pour lui ? Sa méthode la plus désarmante pour convaincre les Guinéens, les réduire à sa cause afin qu’ils le portent et dans leur bras et dans leur coeur, était de se coucher par terre devant un chef de canton ou devant un notable influent et de dire :

« Je suis orphelin, je suis pauvre, au nom d’Allah et de son Prophète, aidez-moi, votez pour moi.»

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Connaissez-vous l’histoire de la première députée noire du Brésil ?

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Petite fille, Antonieta de Barros gambadait dans la pension de sa mère en essayant d’apprendre les lettres de l’alphabet. En se faufilant parmi les élèves, tout comme sa soeur Leonor, elle a appris à lire et à écrire. Antonieta ne pouvait imaginer que l’étude de l’alphabet la mettait sur le chemin pour devenir la première femme noire législatrice dans l’histoire du Brésil. On était en 1934 et l’esclavage avait été aboli moins de 50 ans auparavant [fr].

Peu de gens connaissent l’histoire d’Antonieta ou même savent qui elle était. À Florianopolis, la capitale de l’Etat de Santa Catarina au sud du Brésil, des rues, des écoles et des tunnels portent son nom. Il y a même un monument qui lui est dédié. Cependant, comme beaucoup d’autres noms sur les plaques des rues, pour de nombreux citoyens, c’est juste une adresse – quelque chose que la cinéaste Flávia Person a décidé de changer.

Née à São Paulo, Flávia a vécu à Florianópolis pendant sept ans. Elle a découvert Antonieta lors d’une recherche sur l’histoire du peuple noir de Santa Catarina, l’Etat brésilien avec la plus faible proportion de cette population: seulement 15% des catarinenses se déclarent noirs ou partiellement noirs. Lors des élections de 2014, il a été le seul Etat à ne pas avoir élu une seule personne noire. Pourtant, c’est là que 82 ans auparavant, une femme noire a pris ses fonctions après avoir été élue par un vote populaire.

La cinéaste Flavia Person a été fascinée, comme elle l’a dit à Global Voices :

Faire un film sur Antonieta me semblait urgent. Après avoir découvert qu’elle a été enseignante, directrice d’un institut de formation, chroniqueuse pour l’un des journaux les plus importants de l’Etat, la première femme à être élue à Santa Catarina et la première femme noire à être élue dans tout le Brésil, et malgré cela, personne parmi les natifs de Florianópolis ne savait grand-chose sur elle, j’ai pensé que c’était le moment de faire un film sur son histoire pour la révéler à autant de personnes que possible.

Son court métrage documentaire est sorti en octobre, après une année de recherches. Pour réaliser le documentaire “Antonieta”, Flávia a fouillé dans les thèses académiques et les archives publiques, mais elle a été sauvée par les documents personnels, sans aucune image, d’un parent d’Antonieta.

Signé, Maria ‘de l’île “

Florianópolis, capitale de l'Etat de Santa Catarina, au moment de l'enfance de Antonieta. Publiée avec l'autorisation de Magnolia Produções / Traitement par Yannet Briggiler

Florianópolis, capitale de l’Etat de Santa Catarina, lors de l’enfance d’Antonieta. Photo publiée avec l’autorisation de Magnolia Produções / Traitement par Yannet Briggiler

La mère d’Antonieta, une esclave affranchie, devenue veuve très tôt, a dû élever ses filles toute seule en travaillant comme blanchisseuse. Mme Catarina a toujours considéré l’éducation comme l’héritage le plus précieux qu’elle pouvait laisser à ses filles. Elle a fini par élever deux enseignantes. A 21 ans, Antonieta avait déjà fondé sa propre école, l’”Antonieta de Barros Tutorat Cours”, dédié à les adultes analphabètes et pauvres. Pour elle, “l’analphabétisme est ce qui empêche les gens d’être des personnes“. Flávia ajoute :

Antonieta a fait de l’éducation le combat de sa vie. Elle croyait en l’éducation comme la seule voie possible pour l’émancipation des pauvres et des femmes. Elle a toujours préconisé l’éducation pour tous, sans distinction de race, de croyance ou de sexe.

L’écriture était un autre moyen à travers lequel Antonieta s’est taillé une place dans la société. Comme l’a noté la journaliste Ângela Bastos dans un portrait d’Antonieta publié en 2013, elle tenait une rubrique sous le pseudonyme de Maria da Ilha (Maria “de l’île”), pour la défense des droits civils des femmes – à un moment où presque personne ne le faisait au Brésil, surtout hors de Rio de Janeiro et de São Paulo :

Maria da Ilha avait une sensibilité pour différents sujets comme l’éducation, la civilité, la religiosité, les vertus morales, éthiques et civiques. Elle aimait aussi aborder les questions des relations entre les sexes ainsi que la vie politique et sociale des années 1930 au Brésil et dans le monde.

Les Brésiliennes n’ont officiellement obtenu le droit de vote qu’en 1932 [fr]. Deux ans plus tard, Antonieta, qui avait occupé des postes de haut niveau et débattu à égalité avec des hommes et des intellectuels, allait devenir l’une des premières femmes élues députées, remportant un siège dans l’assemblée de l’État (dans la même année, le médecin Carlota Pereira de Queiroz [fr], qui était blanche, a été élu députée fédérale de l’Etat de São Paulo).

Antonieta savait que la marginalisation des femmes dans le monde politique“ n’était pas due à la nature”, mais elle savait que c’était le cas dans d’autres domaines aussi. Comme l’explique Flavia :

Antonieta a toujours été active politiquement. Après avoir obtenu son diplôme, elle a fait partie de la Ligue de l’enseignement, une organisation qui défendait les droits des enseignants de sexe féminin. J’ai découvert que, jusqu’au milieu des années 1930, dans les écoles publiques, il était interdit aux enseignantes de se marier ; il y avait une loi qui leur interdisait de le faire. La justification était que les enfants pouvaient poser des questions inappropriées sur la sexualité de leurs enseignants.

Une députée moderne

Antonieta avec un groupe de politiciens et d'intellectuels de son temps. Publié avec l'autorisation de Magnolia Produções / Traitement par Yannet Briggiler

Antonieta avec un groupe de politiciens et d’intellectuels de son temps. Publié avec l’autorisation de Magnolia Produções / Traitement par Yannet Briggiler

Antonieta a réussi en politique avec l’aide de Nereu Ramos [fr] du Parti libéral de Santa Catarina, qui allait devenir le 20e président du Brésil. La mère d’Antonieta avait travaillé dans la maison de son père, Vidal Ramos, homme politique lui aussi, et entretenait de bonnes relations avec la famille. Flávia explique :

Le parti, sentant que la société était en train de changer dans les années 1930, et voulant afficher une image de modernité, a vu une opportunité en Antonieta, déjà très respectée par l’élite en raison de son travail dans l’éducation. Certes, elle a dû affronter les préjugés en raison de sa couleur de peau et à cause de son sexe. Dans les années 1930, il y avait encore des discussions sur les prédispositions biologiques des femmes, qui les prétendaient incapables d’occuper des fonctions publiques. A cette époque, socialement on les acceptait seulement dans les fonctions liées à l’enseignement et à la vie familiale.

L’école créée par Antonieta a continué à fonctionner pendant près de 10 ans après sa mort. Et les débats qu’elle a introduits dans l’assemblée de l’Etat sont toujours pertinents. Pour Flávia Person, cela montre comment l’histoire oublie souvent les femmes, même quand elles en sont des protagonistes.

Le nom de la première députée noire survit d’autres manières encore. Dans l’Etat de Santa Catarina, un groupe d’enseignantes noires débattent de l’éducation, de l’égalité et de la politique publique sur une page Facebook intitulée “Autres Antonietas”. Cette année, le ministère de la promotion des politiques sociales pour l’égalité raciale du gouvernement fédéral a lancé le prix Antonieta de Barros pour distinguer de jeunes communicants noirs.

Quand on lui demande ce que penserait Antonieta du Brésil d’aujourd’hui, où les gouverneurs combattent les étudiants qui demandent plus d’écoles, où les femmes sont encore minoritaires dans la vie politique et voient leurs droits menacés au Congrès, mais aussi où le débat entre les sexes est en plein essor, Flávia répond :

C’est sûr qu’elle aurait elle aussi crié Fora Cunha [“Cunha, dehors”; Eduardo Cunha est le président de la Chambre des députés, la chambre basse du Congrès du Brésil]

Pour plus d’informations sur le documentaire “Antonieta”, consultez la page officielle du film (en portugais).

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Ce billet a été écrit en portugais par Fernanda Canofre traduit en anglais par Taisa Sganzerla et en français par moi pour globalvoices.org. Fernanda Canovre est une brésilienne diplômée en journalisme de l’Université de Passo Fundo et détient un Master en histoire de l’Université de Coimbra.

Taisa Sganzerla est rédactrice en chef de Global Voices. Elle s’intéresse principalement au Brésil, mais aussi à l’Asie du Sud-Est et à l’Europe.

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Le conflit entre le Ghana et la Guinée ne cesse de s’envenimer

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Ce texte est extrait du mensuel français monde-diplomatique.fr, écrit par Philippe Decraene, chef de la rubrique Afrique noire au journal Le Monde et rédacteur en chef de La Revue française d’études politiques africaines.

 Sous prétexte que M. Sekou Touré détiendrait illégalement dans son pays des citoyens ghanéens, le gouvernement du général Ankrah faisait procéder, à la veille de l’ouverture du sommet de l’O.U.A., à l’arrestation de la délégation guinéenne à cette conférence. Conduits par M. Lansana Beavogui, ministre des affaires étrangères, dix-neuf ressortissants guinéens, dont l’avion avait fait escale à Accra, y étaient interceptés par la police ghanéenne, puis séquestrés pendant plusieurs jours, placés dans l’impossibilité de se rendre à Addis-Abéba.

Cet acte contraire au droit international a eu de graves répercussions immédiates. Il contribua notamment à faire peser une atmosphère de malaise sur les travaux du quatrième sommet de l’organisation panafricaine. Il a surtout gravement affecté les relations entre la Guinée et le Ghana, dont tout porte à croire qu’elles ne vont cesser de se détériorer.

Certes, passé le moment de stupéfaction, aussitôt connue la nouvelle de l’arrestation à l’escale d’Accra de la délégation guinéenne, les offres de « bons offices » affluèrent. C’est ainsi que l’empereur Hailé Sélassié, dont la capitale abrite le siège du secrétariat général de l’O.U.A., envoya immédiatement auprès du général Ankrah son ministre de la justice. Soucieux d’assurer le succès d’une réunion qui se tenait pour la deuxième fois en Ethiopie, le Roi des rois entendait ne négliger aucun effort qui pût amener les dirigeants du Ghana à entendre raison.

L’initiative éthiopienne devait être accompagnée de plusieurs autres, les unes prises à l’échelon national — ce qui fut le cas pour le Nigeria, — d’autres mises au point dans le cadre de l’O.U.A. C’est en définitive à l’action de la mission spéciale dépêchée dans la capitale ghanéenne par l’organisation panafricaine que l’on doit la remise en liberté des Guinéens arbitrairement arrêtés. Cependant, si M. Justin Bomboko, ministre des affaires étrangères du Congo-Kinshasa, se montra assez habile pour faire lâcher prise aux dirigeants du Conseil national de libération d’Accra, les dirigeants de l’O.U.A. se révélèrent, pour leur part, impuissants à réconcilier Guinéens et Ghanéens.

Comme il arrive souvent en pareil cas dans les organisations internationales, une motion de félicitations fut décernée au « Comité des sages » et à la mission de paix de l’O.U.A. pour « les efforts qu’ils ont déployés en vue de résoudre la crise survenue entre le Ghana et la Guinée ». Cependant, la controverse entre Conakry et Accra a pris un tour si aigu que l’on voit mal comment les points de vue des deux gouvernements pourraient aujourd’hui se rapprocher.

Une querelle vieille de dix mois

En fait, la querelle entre Guinéens et Ghanéens remonte à février dernier. Au cours des dix mois qui suivirent l’éviction du Dr Kwame Nkrumah de la scène politique ghanéenne, le fossé n’a cessé de s’agrandir entre les deux Républiques de Guinée et du Ghana.

Les dirigeants du Conseil national de libération reprochent d’abord à M. Sekou Touré d’avoir accordé asile au président de la République ghanéenne déchu de son poste au moment où il se trouvait en voyage en Chine populaire. Ils admettent surtout fort mal que le leader guinéen ait estimé utile d’offrir au Dr Kwame Nkrumah de partager avec lui la présidence de la République de Guinée. Certes, ce geste ne paraît guère devoir revêtir d’autre signification que symbolique, mais il irrite les auteurs du putsch de février.

On peut faire les mêmes remarques au sujet des projets prêtés à M. Sekou Touré de nommer son ancien collègue Kwame Nkrumah chef de la délégation guinéenne à l’O.N.U. afin de donner à ce dernier une tribune internationale. D’autre part, il ne faut pas oublier que les autorités guinéennes apportent une aide directe au Dr Nkrumah en l’autorisant notamment à lancer à partir de Conakry des appels réguliers invitant la population du Ghana à se soulever en sa faveur. Apparemment sans effet, ces messages radiophoniques que le président déchu adresse régulièrement à ses compatriotes constituent autant d’actes d’hostilité à l’encontre des nouveaux dirigeants ghanéens.

L’attitude agressive adoptée dès le début du printemps par M. Sekou Touré à l’égard de la République de Côte-d’Ivoire, un moment menacée par lui d’invasion, n’est évidemment pas spécialement apte à créer un climat de détente. C’est en effet parce qu’il envisageait -ou feignait d’envisager – une action militaire contre le Ghana que le président de la République guinéenne suscita une telle psychose d’insécurité que les troupes ivoiriennes firent mouvement vers les confins proches de la Haute-Guinée.

La tension artificiellement créée en Côte-d’Ivoire et au Ghana par les dirigeants guinéens a évidemment contribué à isoler ces derniers. Et, toutes proportions gardées, M. Sekou Touré se trouve, en décembre 1966, entouré par un véritable « cordon sanitaire » qui n’est pas sans rappeler celui qui enserrait encore le Ghana avant la chute du Dr Kwame Nkrumah.

En souvenir de l’union Guinée-Ghana …

L’attitude de M. Sekou Touré à l’égard de l’ancien président de la République ghanéenne ne saurait s’expliquer sans faire référence à l’Union des Etats africains. Cet ensemble géopolitique dont beaucoup ignorent jusqu’au nom même, groupe théoriquement la Guinée, le Ghana et le Mali.

C’est le 23 novembre 1958 que, dans une première étape, MM. Sekou Touré et Kwame Nkrumah décidèrent de lier le sort de leurs Etats pour en faire le noyau des Etats-Unis d’Afrique chers au cœur de l’apôtre du panafricanisme. A cette date, moins d’un mois après le « non » de M. Sekou Touré à la Communauté franco-africaine proposée par le général de Gaulle, le gouvernement ghanéen préleva un crédit de 10 000 livres sur les fonds de réserves du Cocoa Marketing Board pour aider la jeune République guinéenne à consolider son indépendance.

Certes, par la suite, l’union Guinée-Ghana devait rester « mort-née ». Cette situation s’explique à la fois par des considérations financières, économiques et linguistiques, sans omettre, bien sûr, quelques explications de caractère politique. En dépit de sa sortie de la zone franc en mars 1960, la Guinée ne donna en effet jamais son adhésion à la zone sterling à laquelle appartient le Ghana. Le déséquilibre économique existant entre un Ghana prospère, producteur de cacao, de manganèse, de diamants, de bois tropicaux, et une Guinée aux ressources modestes (essentiellement bananes et bauxite) risquant d’entraîner une véritable mise en tutelle de l’un des Etats par l’autre, les rapports restèrent en fait toujours réduits à leur plus simple expression.

L’adhésion du Mali en 1960 à l’union Guinée-Ghana ne parvint pas à donner vie à un ensemble dont rien n’est officiellement venu sanctionner l’échec — contrairement à ce qui s’est produit en août 1960 pour la Fédération du Mali — mais dont rien ne justifie en fait l’existence.

En tout état de cause, que l’union Guinée-Ghana-Mali fût effectivement restée dans les limbes, que cette organisation se soit ou non mal accommodée de la forte personnalité des présidents Sekou-Touré et Kwame Nkrumah, le premier de ces hommes a conservé à l’égard du second une fidélité dont il faut rechercher les raisons dans l’attitude de coopération adoptée par le Dr Kwame Nkrumah à l’égard de la Guinée dès l’accession de cette dernière à la souveraineté nationale.

De profondes divergences idéologiques

Au surplus, tout sépare aujourd’hui le Ghana du général Ankrah de la Guinée de M. Sekou Touré. Les options idéologiques sont en effet profondément différentes à Accra et à Conakry.

Depuis qu’ils se sont emparés du pouvoir par la force, les dirigeants du Conseil national de libération s’efforcent en effet de multiplier les ouvertures en direction de leurs voisins francophones, ainsi qu’en direction des puissances occidentales. Sans rompre formellement avec le gouvernement de Pékin, ils ont chassé de leur pays les experts et diplomates communistes chinois. Enfin, tournant résolument le dos aux « voies socialistes » ghanéennes tracées par le Dr Kwame Nkrumah, ils ont proclamé leurs préférences pour le capitalisme libéral.

Une des premières initiatives du général Ankrah a été de normaliser les rapports du Ghana avec la Haute-Volta, la Côte d’Ivoire, le Togo et le Niger, pays dans lesquels on prêtait à l’ancien président de la République ghanéenne des projets subversifs. Longtemps closes, les frontières du Ghana avec le Togo d’abord, puis la Haute-Volta et la Côte-d’Ivoire ont ainsi été rouvertes. Des accords de coopération ont même été récemment conclus, notamment en matière de défense, entre le Ghana et ses voisins, tandis qu’une mission ghanéenne de bonne volonté se rendait en France pour renouer un dialogue que l’attitude hostile adoptée par le Dr Nkrumah à l’égard de ses collègues francophones avait momentanément rompu.

De son côté, M. Sekou Touré reste en très mauvais termes avec les Etats modérés de l’Organisation commune africaine et malgache (O.C.A.M.), notamment avec les cinq pays membres du Conseil de l’Entente dont la Côte-d’Ivoire est le chef de file. Les relations entre la Guinée et les Etats-Unis se sont d’autre part brutalement détériorées depuis que M. Sekou Touré a décidé l’expulsion de Guinée des membres du Corps de la Paix afin de protester contre ce qu’il qualifie de « complicité » entre Washington et Accra. En effet, on est convaincu à Conakry que le fait que l’avion à bord duquel voyageait la délégation guinéenne au « sommet » de l’O.U.A. appartienne à la compagnie américaine Panam n’est pas étranger à l’arrestation de M. Lansana Beauogui et de sa suite.

Et, tandis que le gouvernement américain a pratiquement décidé la suspension de son aide économique et financière aux dirigeants guinéens, ces derniers ne cessent de renforcer leur coopération avec la Chine communiste. C’est ainsi que le 16 novembre, après que M. Chou En-Lai eut reçu M. Ismaël Touré, un accord prévoyant l’octroi d’un important prêt chinois et un protocole commercial pour l’année fiscale 1967 ont été conclus à Pékin.

Dans ces circonstances, il est donc aisé de constater tout ce qui oppose Guinéens et Ghanéens — dont les Etats restent théoriquement unis au Mali au sein de l’Union des Etats africains (U.E.A.), — tandis qu’on perçoit en revanche fort mal ce qui peut les rapprocher les uns des autres.

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Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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