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Politique

Burundi: Temps durs pour les journalistes

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Reporters sans frontières dénonce les convocations en série dont sont actuellement victimes la Radio Publique Africaine (RPA) et Radio Isanganiro, relevant du harcèlement. Bob Rugurika, rédacteur en chef de la RPA, initialement convoqué le 29 juillet 2011 au parquet auprès du tribunal de grande instance de Bujumbura, sera entendu le 1er aout. En l’espace de dix jours, il a été convoqué en justice à trois reprises afin de répondre des activités de la radio. Deux autres correspondants de la RPA à Ngozi (nord), Léonce Niyongabo, chef d’antenne, et la journaliste Yvette Murekesabe ont été convoqués aujourd’hui, le 29 juillet, pour « enquête judiciaire » et seront entendus de nouveau le 1er aout. Le même jour, Patrick Mitabaro, rédacteur en chef de Radio Isanganiro, devra se présenter au parquet auprès du tribunal de grande instance de Bujumbura pour « enquête judiciaire ». Le Conseil national de la Communication (CNC) a récemment mis en garde ces deux radios pour des contenus pourtant diffusés sur d’autres stations.

Pour lire tout l’article: http://fr.rsf.org/burundi-les-convocations-en-serie-des-29-07-2011,40717.html

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

Camp Boiro

Voici pourquoi Sékou Touré a tué le capitaine Lamine Kouyaté

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Corrigé le 8 mars 2021

Le capitaine Lamine Kouyaté n’était pas un ange, loin de là, mais nous ne pouvons pas ne pas évoquer ici les raisons de son arrestation et de sa mise à mort par le tyran Sékou Touré. Je vous invite à lire ces pages douloureuses telles que vécues par cet autre rescapé le Lieutenant-colonel Camara Kaba 41, auteur du livre Dans la Guinée de Sékou Touré :  cela a bien eu lieu

Dans le groupe des assassinés du «complot peulh » il y avait deux officiers. Il s’agit de Kouyaté Lamine, avec lequel nous avons fait connaissance depuis Kankan et qui fut l’aide de camp de Sékou Touré , l’officier qui déposa une nuit l’adjudant Kassoum Traoré à Boiro. Le second, c’est le lieutenant Diallo Alassane du génie route de l’armée qui a fait ses études en Allemagne fédérale.

Le capitaine Kouyaté ne faisait pas partie, contrairement aux officiers arrêtés, de la liste établie par le commandant Mamady, et pour cause ! Il est le beau frère de Mamady. C’est Madame Andrée Touré, l’épouse de Sékou, qui perdit le capitaine Kouyaté Lamine. Ce dernier avant de mourir, a confié au mur de sa cellule ses ressentiments. Il s’en prenait à Moussa Diakité. Il a peut-être raison, mais il y a une vérité complémentaire, à savoir que Andrée Touré était amoureuse du beau et fort capitaine et jalouse de Mme Tolbert 37 qui trouvait également cet officier à son goût.

C’était à Monrovia, en 1975, lors de la fameuse réconciliation de Sékou avec Senghor et Houphouët. C’est là que Mme Tolbert remarqua l’athlétique aide de camp, immobile et vigilant sous la pluie.

— Votre aide de camp est formidable ! confia Madame Tolbert à Madame Sékou Touré . Vous en avez de la chance ! ajouta-t-elle.

— Oui, il est bien bâti ; répondit Andrée Touré en souriant d’un sourire contracté.

Après Monrovia, en 1976, Madame Tolbert fit un tour à Conakry et retrouva le beau capitaine au Palais. Maladroite, elle parla encore en bien de l’aide de camp de Sékou. Avant même que madame Tolbert ne quitte Conakry, Andrée Touré dit un jour à Sékou :

— Madame Tolbert est amoureuse de ton aide de camp.
En disant cela, elle avait la mine triste.
— N’est-ce pas ? questionna Sékou.
— Elle m’en a parlé à Monrovia et ici, le jour même de son arrivée.

Sékou Touré ricana. Kouyaté était perdu. Il n’est pas Peulh, mais il fit partie du « complot peulh ». Jai dit au début que je ne parlerai pas de la vie intime ni de Sékou ni de ses tortionnaires dans ce témoignage. Mais je ne suis pas le seul à savoir ce qu’il y a entre Mme Tolbert et Sékou Touré , comme d’ailleurs entre la plupart des belles femmes (épouses) de ses pairs africains et Sékou. Il faut reconnaître que peu de femmes résistent au charme de Sékou. Ce qu’il m’est impossible de savoir :

est-ce à cause d’Andrée Touré ou à cause de Mme Tolbert, ou alors à cause des deux que Sékou a tué le capitaine Lamine Kouyaté ?

Je certifie seulement que tous les aides de camp, à part le commandant Sidi Mohamed, ont été tués à cause d’Andrée Touré ; et l’un d’eux, le lieutenant Dia Gouréyssi, est mort de mort mystérieuse. On a parlé de jaunisse. C’est faux.

Le dernier officier mort dans l’affaire Telli, le lieutenant Diallo Alassane du génie-route, a été tué à cause d’Andrée Touré ; pourtant lui, n’a jamais été aide de camp. Voici ce qui s’est passé. Le ministre de l’Armée, Sagno Mamady effectua une mission au début de 1970, en Allemagne fédérale. Il y alla avec le lieutenant Diallo Alassane qui parlait couramment l’allemand. C’est en l’absence du ministre Sagno que je fus nommé attaché militaire. A son retour, il me trouva à son cabinet.

Le ministre Sagno et le lieutenant Alassane avaient trouvé Mme Andrée Touré en cure en Allemagne fédérale. Sékou était très bien informé. Il en voulut au jeune et beau officier qui accompagnait le ministre Sagno Mamady en Allemagne. Il crut fermement au début que c’était moi, l’attaché du ministre. Cette conviction de Sékou, en plus du fait que je figurais sur la liste des «douteux » dans l’Armée, me perdit ; sans compter d’autre part que je suis marié à une Peuhle. Quand Sékou et Siaka se rendirent compte, en 1972, que ce n’était pas moi qui avait accompagné Sagno Mamady mais bien le lieutenant Alassane, ils le portèrent sur la liste des gens du « complot » suivant, celui de 1976.

Avant qu’on ne mette Kouyaté Lamine en diète noire, Saran, — qui logeait dans le 2ème bâtiment aux portes de fer, bâtiment qui se trouve dans le même prolongement que celui qu’occupait le capitaine Kouyaté Lamine — aperçut un jour ce dernier au moment où on lui donnait son assiettée de riz.
— Dieu est vraiment grand, Kouyaté. Tu m’as rejointe ici. Tu aideras aussi la Révolution, mon frère.

Lire également: Camp Boiro: Tu enfanteras dans la douleur ou comment Saran confessa des crimes jamais commis

Le capitaine regarda tristement Saran qui se tenait les reins et qui riait. Elle n’oubliera jamais son vagin arraché par le capitaine Kouyaté, qu’elle voyait là, seul dans sa cellule, en tricot rouge aux manches brodées de blanc.

Saran ne se sentit plus vengée par le Bon Dieu quand on sortit en plein jour le corps recroquevillé du géant et beau capitaine Kouyaté après 14 jours de diète noire. Elle fut triste et pleura même.

Je vous ai parlé de la désintégration progressive des sentiments chez nous les détenus. La mort de nos camarades ne troublait guère plus, par exemple, nos jeux de damier ou de belote. A force de vivre dans nos cellules avec les cadavres, la mort ne nous disait plus rien.

— Enfin le cauchemar est fini pour eux ! ils sont au paradis pour l’éternité, disions-nous.

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Droits de l'Homme

Les positions d’Alexeï Navalny sur les migrants vont à l’encontre de son discours pro-démocratie

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Alexeï Navalny lors de la campagne de 2017 à Irkutsk en Russie Centrale. Photo par Evgeny Feldman pour navalny.feldman.photo, sous licence CC-BY-NC.

Alors qu’Alexeï Navalny [en] est devenu une figure de ralliement pour une grande partie des Russes libéraux et un symbole de l’opposition au président Vladimir Poutine, son image auprès des citoyens d’Asie Centrale – dont beaucoup sont travailleurs immigrés en Russie – est bien plus nuancée. En effet, certains le voient comme un nationaliste, tenant des propos discriminatoires dont il ne s’est jamais excusé, pas plus qu’il ne les a rétractés.

Navalny s’est imposé sur la scène politique comme lanceur d’alerte en 2010. Grâce à son blog [ru], à un usage habile des réseaux sociaux et au lancement de sa fondation anti-corruption [ru] en 2011, il est devenu un acteur majeur de la politique russe. Son dernier documentaire d’investigation sur le palace de Poutine au bord de la mer Noire, diffusé le 19 janvier, a récolté plus de 100 millions de vues sur YouTube.

Il a payé le prix fort pour ses prises de position ouvertement critiques : Navalny et son frère ont tous deux été arrêtés et emprisonnés à maintes reprises. Le 20 août 2020, il est victime d’empoisonnement mais survit après avoir reçu un traitement et se rétablit dans un hôpital en Allemagne. D’après le groupe d’investigation Bellingcat, cette tentative d’assassinat aurait été commanditée [en] par les services secrets russes.

Malgré le fait qu’il ait frôlé la mort et sachant qu’il risquait la prison dès son arrivée sur le territoire, Navalny retourne en Russie le 17 janvier. Il est immédiatement arrêté et devient l’emblème de la résistance politique et de la démocratie, inspirant des milliers de Russes à descendre massivement dans les rues le 23 janvier, dans des proportions jamais vues depuis les années 1990.

Le 2 février, il est condamné à près de trois ans de prison pour une violation présumée de son contrôle judiciaire.

Alliance avec les nationalistes russes

Si les actions de Navalny démontrent son courage, il a aussi fait des déclarations sur sa vision de l’immigration [en] en provenance de l’Asie Centrale et du Caucase – ainsi que sur le statut de la Crimée [en] – qui sont incompatibles avec le discours plus large sur les droits humains et la démocratie qu’il porte pour dénoncer la corruption d’État à l’œuvre pendant les deux décennies du règne incontesté de Poutine.

Global Voices s’est entretenu avec Sergueï Abashine, un professeur de l’Université européenne à Saint-Pétersbourg [ru] et un éminent spécialiste de l’Asie Centrale et des immigrés originaires d’Asie Centrale en Russie, afin d’analyser la position de Navalny sur cette question :

Il y a dix ans, Navalny a participé aux marches russes [en] annuelles qui sont ouvertement xénophobes. Pendant les élections municipales de 2013, l’un des principaux sujets abordés lors de ses interventions publiques était l’immigration. Un phénomène contre lequel il proposait de lutter, sa rhétorique abondant en attaques xénophobes contre les personnes originaires d’Asie Centrale et du Caucase, qu’il accusait d’être des criminels, inadaptés à la culture russe et présentant une menace terroriste.

Interviewé par Global Voices, Rashid [son nom a été modifié par mesure de sécurité], un immigré ouzbek qui vit à Moscou depuis plus de dix ans, explique :

Il [Navalny] fait partie de ces gens en Russie qui introduisent dans le discours libéral cette vision négative des migrants et de la région du Caucase, une position auparavant marginale et peu répandue.

Minimiser un passé encombrant

Depuis 2016, Navalny et son équipe tentent de minimiser ses déclarations passées et évitent de s’exprimer sur le sujet sensible de l’immigration en provenance d’Asie Centrale et du Caucase en Russie, se rendant peut-être compte que ses idées pourraient nuire à son image publique.

Cependant, quelques incidents embarrassants ont entaché son discours. Pendant la guerre entre la Géorgie et la Russie en 2008, qui a résulté en l’annexion d’une partie de la Géorgie par la Russie, Navalny a exprimé son soutien aux actions menées par Moscou, employant même des termes injurieux à l’égard des Géorgiens dans ses articles de blog [en].

En avril 2017, la veille de l’élection présidentielle à laquelle il se présentait, Navalny est l’invité de l’émission en ligne présentée par le vlogueur Youri Doud, l’un des influenceurs les plus connus en Russie. Il nie alors être un nationaliste.

 

EN SAVOIR PLUS sur l’importance et l’influence des vlogueurs en Russie : Un documentaire novateur sur l’épidémie du VIH en Russie rencontre un succès phénoménal

Pourtant, lorsque le présentateur lui demande pourquoi il voulait imposer un système de visa aux citoyens kazakh tout en réclamant que l’Allemagne mette en place un programme d’exemption de visa pour les citoyens russes, Navalny répond : « Je vois que des gens d’Asie Centrale viennent en Russie et je ne vois pas ça comme bénéfique. »

Les indicateurs économiques et démographiques, cependant, montrent tout autre chose. La population russe est en constant déclin et l’immigration [en] vers le pays empêche ces statistiques démographiques de sombrer dans l’abîme. Avant l’épidémie de COVID-19, le pays comptait plusieurs millions de travailleurs immigrés, principalement originaires d’Asie Centrale. En novembre 2020, le nombre officiel est de 1,8 million[ru]. Il n’existe pas de chiffres exacts, cependant, car beaucoup d’immigrés viennent de pays dont les citoyens sont exemptés de visa et travaillent le plus souvent illégalement.

La présence d’immigrés d’Asie Centrale est tellement indispensable pour l’industrie lourde, pour le bâtiment et pour d’autres prestations de services, qu’en janvier 2021 le gouvernement russe a dû réitérer son besoin urgent de travailleurs immigrés originaires d’Ouzbékistan et du Tadjikistan [ru].

Si l’importance des travailleurs immigrés est un fait établi, pourquoi Navalny a-t-il alors déclaré à maintes reprises par le passé que les migrants étaient un problème, une menace même ? Le professeur Abashine explique :

Navalny est un populiste et un politicien pragmatique. L’idéologie n’est pas un principe fondamental pour lui, il préfère s’adapter à l’état d’esprit de son public potentiel. Si la société russe réclame fortement un discours anti-immigration et si ce sujet occupe une place importante dans l’opinion publique, dominant les questions concernant la guerre avec l’Ukraine, le rôle de l’Occident ou le COVID-19, je pense qu’il est capable de revenir à une rhétorique anti-immigration et xénophobe.

Rashid partage cet avis :

Il est peu probable que [Navalny] ignore l’importance des immigrés pour l’économie russe. Mais il a besoin du soutien des Russes lambda, des gens qu’il peut convaincre que le gouvernement actuel est responsable de tout ce qui ne va pas, celui-là même qui offre du travail aux migrants, ce qui explique que tout aille mal en Russie aujourd’hui.

Note de la rédaction : Cet article est la première partie d’une analyse sur l’image de l’opposant russe Alexey Navalny en Asie Centrale. Retrouvez la deuxième partie ici [en].

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Ce billet a été écrit conjointement par Filip Noubel et par Yevgeniya Plakhina et traduit par Amaryllis Prémillieu pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 17 février 2021.

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Camp Boiro

Les exécutants des sales besognes du tyran Sékou Touré. 2ère partie

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Almamy Fodé Sylla

Après avoir décrit les membres et les rôles néfastes des différents Touré, appartenant à sa propre  et les Keïta, appartenant à celle de sa femme, Almamy Fodé Sylla décrit dans son livre L’Itinéraire sanglant les roles des sous-fifres qui ont contribué à la destruction morale, économique et sociale de la Guinée.

Almamy Fodé Sylla, disparu depuis septembre 2016, avait eu la chance de survivre aux atrocités du camp Boiro. Il avait été vice-président de l’Assemblée nationale sous la première législature de la deuxième république; ministre secrétaire général à la présidence; ministre de la fonction publique et du travail; ministre de l’enseignement technique et de la formation professionnelle.

L’auteur était  tellement proche du Général qu’il était une des rares personnes qui montaient en voiture avec ce vieux dictateur. C’était une des personnes qui oeuvraient pour une véritable réconciliation nationale, en Guinée. Il était un ami intime de la famille d’Elhadj Diallo Boubacar Telli.

En 2002, lors d’une rencontre avec une délégation de l’Association des victimes du camp Boiro, il avait confessé son échec auprès de son ami Conté dans sa tentative de réhabilitation des victimes des caps de concentration du tyran Sékou Touré.

Ce groupe est composé de toutes celles et de tous ceux qui sont mêlés de près ou de loin à la tragédie guinéenne : agents secrets, parents ou alliés du tyran, les nombreux marabouts complices du pouvoir tyrannique. Responsables de la plupart des sacrifices humains, qu’ils indiquaient personnellement, avec le rituel, au Chef de la Loge maçonnique de l’Ouest africain, les sacrificateurs portent la lourde responsabilité d’avoir mis le couteau à la gorge d’êtres humains, comme eux, et de l’avoir tranchée, froidement, sans frémir.

Lire également: Le gouvernement, une affaire des familles Touré et Keita

Sur ce chapitre, rappelons avec amertume le résultat d’une amitié.

Oh ! Dieu de la Clémence ! Pardonnez aux innocents ! Mais condamnez les coupables !
Ayez l’âme d’Elhadj Sidiki que l’amitié d’un fils pour un tyran a entraîné sur la voie très périlleuse de « Cheytane », du Satan trompeur. En effet, Sékou et son ami Béa (Premier Ministre) se concertent, discutent, arrêtent un plan satanique, auquel ils associent malheureusement un homme respectable, le père du Premier Ministre. Si Sékou a, 30 ans durant, choisi, adopté et gardé Béavogui Lansana comme fidèle compagnon, c’est parce qu’il le sait capable d’accepter de jouer n’importe quel rôle dans son théâtre infernal. Assis dans un coin, les deux hommes complices convoquent Elhadj Sidiki Béavogui, qui arrive précipitamment, sans savoir qu’il venait se souiller les mains dans des circonstances imprévisibles pour un fervent musulman.

— Tiens, égorge-le ! telle est la volonté de Dieu.

Les deux hommes d’État suivent avec un réel plaisir « l’exécution froide » qu’ils viennent d’ordonner. Crime parfait ! Certainement pas ! La chose, bien tenue au secret pendant un certain temps, va «filtrer ». Et, finalement, c’est dans un livre que l’humanité entière sera informée. Elhadj Sidiki Béavogui en voudra éternellement à son fils pour ce crime odieux qu’il lui a fait commettre. Toutes celles et tous ceux qui ont approché Elhadj Sidiki Béavogui peuvent témoigner de l’authenticité de cette révélation. Car le « vieux » l’a dit à tout son entourage. Et c’est pour cette raison que, très «adroitement », « ce père indiscret que l’âge fait délirer », est mis en réclusion quelque part jusqu’à sa mort. Mais comme il n’y a pas de crime parfait, c’est bien dans cette réclusion que le « Tout Guéckédou » a appris tout ce qui s’est passé.

« Je refuserai de commettre un tel crime », diront certains lecteurs.

Attention ! Sékou n’était plus un homme à partir de 1964. C’était un monstre si effrayant que tous les Guinéens le craignaient plus que Dieu, parce qu’on avait fini par accréditer l’idée d’immortalité d’Ahmed Sékou Touré, qualifié de « Cheick Mahady », le sauveur de l’humanité, le dernier prophète et le plus grand de tous les envoyés.

Lire également: Quand les pouvoirs guinéens vont-ils dévoiler à la jeunesse ces crimes de Sékou Touré du 25 janvier 1971?

Si un musulman intègre, à conviction inébranlable préfère la mort à un tel crime, ce n’est sûrement pas le cas chez un « musulman de circonstance », illettré par surcroît, récemment baptisé, peut être par conviction légère, ou par amour de certains rites, très certainement par honneur d’être dans une «société » religieuse que Sékou le musulman de « parade », l’excellent commentateur du Saint Coran, mais qui s’est interrogé pour trouver, dans sa vie, le crime qu’il n’a pas encore commis, pour qu’il le fasse allègrement avant que la mort ne le surprenne.

Si l’on peut trouver des circonstances atténuantes pour le père de Béa, le seul fait d’avoir accepté la mission de tuer pour un salaire est une circonstance très aggravante pour les tueurs a gage. Quant aux dignitaires du P.D.G. qui, par excès de zèle, se sont rendus coupables de crime de toutes sortes, ils doivent être jugés et condamnés comme tels. Par exemple, Sékou n’a dit à aucun responsable de Conakry d’aller saccager la concession de Lancéï Keita, père de Tidiane, l’agresseur du Président.

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Droits de l'Homme

Le premier témoignage d’Almamy Fodé Sylla à la Radio télévision guinéenne (RTG)

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Le 9 avril 1984, lorsque l’armée a enfin libéré le pays de la sanguinaire révolution du tyran Sékou Touré et ouvert les portes des abominables camps de concentration. « Les nouveaux maîtres de la Guinée ouvrent, à l’intention des mass media, les grandes portes métalliques de la prison Boiro de Conakry. L’auteur [Facély II Mara, auteur du livre Camp Boiro ou le sixième continent], qui était de la visite, diffuse, dans la soirée, son reportage. Le succès est phénoménal. Naquit alors officiellement une émission : « À vous la parole ! » Les rescapés se bousculent pour y témoigner, les Guinéens se bousculent pour écouter. »

Facély II Mara a travaillé quelques années comme enseignant, avant de rejoindre la RTG. Il est auteur de plusieurs ouvrages dont Alpha Condé, l’opposant historique – Une école de la démocratie pour les Guinéens.

Il est Président-fondateur de l’Association des journalistes de Guinée, il est aussi ancien vice-président de l’Union des journalistes de l’Afrique de l’Ouest.

Almamy Fodé Sylla est l’un des premiers à témoigner devant le micro de Facély II Mara de la RTG. M. Sylla est lui aussi auteur du livre L’itinéraire sanglant, d’où est tiré ce billet.

Facély II Mara, Radio Télévision Guinéenne (RTG) : Voudriez-vous décliner votre identité à l’intention de nos auditeurs ?

Almamy Fodé Sylla : Almamy Fodé Sylla, professeur de Langues et Littératures, ex-Secrétaire général de l’ex-section du 5e arrondissement, ex-fédération de Conakry II.

RTG : Indiquez les circonstances de votre arrestation et les conditions de votre détention au Camp Boiro.

Almamy Fodé Sylla : Il y a exactement deux mois, nous vivions sous une dictature noire, impitoyable, injuste et sanglante qui a maintenu notre peuple martyr dans la plus effroyable terreur où chaque citoyen était en liberté provisoire, attendant chaque jour qui passe, son tour d’être pris pour l’un des trois principaux camps de concentration du pays.

C’est dans cette logique sékoutouréenne que se situe mon arrestation survenue voici comment :

De retour de Kassa où j’avais passé la nuit du vendredi 16 septembre 1977, arrivé au petit matin par bateau, j’aperçus de loin, sur le pont, un de mes jeunes frères, Aboubacar Barath, actuel président de la Cour d’Appel de Faranah. Mais si je distinguai bien ce frère, je vis en même temps, et de tous côtés, de nombreux policiers et gendarmes dont la présence insolite et inaccoutumée au port avait attiré beaucoup de curieux. «

— Madame Sylla m’envoie te recevoir ce matin, te porter la triste nouvelle de la situation inquiétante qui prévaut chez nous depuis hier soir , devait m’annoncer Aboubacar, qui me réclama également ma fouille, notamment les clés si j’en avais sur moi.

Malgré la prise d’assaut du bateau par une vingtaine d’agents royalement ridicules — car aucun ne me connaissait je pus franchir tous les barrages, du bateau jusqu’à la porte où, réalisant l’éventuel scandale qui se produirait si je devais êtreêté en famille, je revins sur mes pas et, me rendant compte du désarroi général de ces nombreux sbires, venus pour arrêter un homme, un seul — ils étaient plus de cent cinquante — je demandai à l’un d’eux ce qu’il faisait là et, en mauvais policier, il répondit : «

— Nous sommes venus arrêter un certain Sylla, Secrétaire général de la section du 5e arrondissement.

A ma question de savoir s’il connaissait physiquement l’intéressé, il répondit négativement. Après l’avoir mis en scène, je me présentai à lui en exhibant ma pièce d’identité. Convaincu qu’il s’agit bien de moi, il s’exclama et donna un coup de sifflet.

«— Arrêtez les recherches, l’intéressé est retrouvé.

Je ne manquai pas l’occasion de redresser l’erreur qu’il commet en disant « l’intéressé est retrouvé .

— Il faut dire « l’intéressé, se rendant compte de la trop grande intelligence pratique de ceux qui nous ont envoyés, s’est présenté à nous.

Conduit donc au commissariat de police du Port, je fus déchaussé sans autre forme de procès et jeté dans une cellule sordide jusqu’à 11 h… Scandalisé par l’énormité de l’acte, car citoyen théoriquement protégé par toutes les prescriptions et lois de la démocratie, qu’on arrête sans aucune formule, et qu’on enferme sans interrogatoire ni jugement.

Vers 11 h 10, je vis la porte de la cellule s’ouvrir sur un homme élancé d’environ 1,90 in, les yeux injectés de sang, les lèvres pendantes rougies par l’excès d’alcool. Je reconnus le Commissaire Diallo dit « criminel » qui m’intima l’ordre de me lever et de le suivre. Ce que je fis sans résistance et, dehors, je voulus prendre ma moto, mais Diallo m’en empêcha, toujours sans scène de rue.

Monté à bord d’une jeep bâchée, je devais me retrouver quelques minutes plus tard dans un bureau situé dans un domaine et un milieu totalement inconnus de moi. Mais l’allure toute particulière des gens de cette planète, l’odeur des drogues qu’ils laissaient exhaler, le bruit de leurs chaussures, le cliquetis des armes m’indiquèrent tout le sérieux du nouveau monde d’accueil.

Trois violents coups de crosse devaient d’ailleurs compléter ma formation de base. Déshabillé à coups de poing, je fus conduit par quatre grands gaillards, les armes avec baïonnette au canon jusqu’à la porte de la cellule no. 71 où je fus enfermé avec mon innocence. A 0 h, je reçus la visite de quatre autres agents qui me sortirent et m’escortèrent devant la commission d’enquête du fameux Comité révolutionnaire que préside le très célèbre et très honorable Béria de Guinée, Son Excellence Ismael Touré (astakh firllah al azime. Allahoumma rabbana amanna fakh firlana Djounoubana wa akhina adia ban nari). (Mon Dieu ! pardonne-moi, puisque j’ai cru en toi ! Pardonne-moi les péchés et évite-moi les tourments de l’enfer).

Son altesse, roi du feu et du fer, Ismaël Touré, me recevant au nom de sa sagesse, le très vénéré père spirituel, propagateur émérite du « Saint-Esprit », sa sainteté Ahmed Sékou Touré. (Allahou akbarou ! Allahou Akbarou ! Allahou Akbarou soub hanalladji sakhara lana haza wama koun na lahou moukhrinina wa in na ila rabbinal moukha liboune). (Verset de protection contre la malédiction qui peut s’abattre sur toute personne prononçant le nom de Sékou Touré).

— Mon cher Sylla, tu te croyais malin pour avoir trompé la Révolution pendant 24 ans. Où es-tu ce soir ?

— Eh ! bien, pris dans l’engrenage infernal du filet infaillible, tu n’as aucune chance de t’en sortir. Cependant, pour limiter tes souffrances avant la potence, tu as intérêt à tout avouer. Préparez donc 20 feuilles pour lui, j’espère qu’il a compris !

C’est par ces propos que le président de la commission m’a reçu pour la première fois.

Cela se passe de tout commentaire. Tout semble préparé avant mon arrivée ! Il est facile de s’en rendre compte. Tous les cadres sont fichés par le Parti, mais c’est à tour de rôle que chacun sera arrêté.

Entre l’étonnement et la surprise, la tension nerveuse faillit me vaincre devant cette mascarade de juges techniquement incompétents dont les maîtres à penser, les directeurs de conscience, ignorent totalement les notions les plus élémentaires de l’histoire des sociétés humaines. Il faut être Sékou Touré, « Alcapone » 1 (c’est le nom que lui ont donné les détenus), pour organiser à la fin du XXe siècle, des tribunaux d’exception, dont l’histoire a enregistré la disparition il y a bien longtemps. Je continue donc à rêver, ête chargée d’idées noires.

C’est à ces instants insupportables, lourdement chargés de cauchemars que viendra s’ajouter la suite du programme : la cabine technique. «

— Oularé, envoyez-le et mettez-le en « condition » » (terme ironique pour voiler l’opération de tortures).

La cabine technique est dirigée par un officier de la gendarmerie du nom de Cisse surnommé « Ministre ». Les différentes tortures sont exécutées par des « hommes » qui n’ont d’humain que de constitution. Drogués pour tuer, ils ont plaisir à fouetter jusqu’au sang, à casser des membres, à plonger la tête du détenu dans un fût rempli d’excréments humains, à électrocuter, à mettre le pied du prisonnier dans du goudron chaud, à installer le détenu dans le pneu destiné à le torturer, etc.

Lire également : Guinée Visite au camp Boiro : de la  « cabine technique » à la  « diète noire »;

Il est inutile d’insister sur cet aspect des atrocités du Camp Boiro qui, trop minutieusement racontées, donnent la chair de poule aux uns, envie de rendre aux autres alors que les plus délicats piquent une crise cardiaque qui peut leur être fatale. Sur ce chapitre, le livre « La vérité du Ministre » de M. Diallo Alpha Abdoulaye est suffisamment explicite !

Nous laissons le soin au CMRN (nouvelles autorités guinéennes) d’indiquer, pour l’opinion guinéenne en général et celle africaine et internationale en particulier, le véritable dessous de la carte du pouvoir, de l’autorité, de la singularité de la mobilisation dite « populaire » du P.D.G., surtout la petite histoire de celui que la plupart des peuples considèrent, à tort, comme un géant parmi les plus grands patriotes qui ont défendu les nobles idéaux de liberté, de justice, le « lion » de l’Afrique, le « champion » de l’Indépendance africaine, le « père fondateur » de l’OUA, l’infatigable pèlerin de la cessation de la guerre et du maintien de la paix entre l’Iran et l’Irak, l’éminent coprésident du Comité « Al Quods » chargé, au nom de la communauté musulmane toute entière, de déclencher une vaste campagne dans le monde en vue de préserver la propriété collective des religions révélées sur Jérusalem, le tribun capable des plus violentes diatribes, homme à mémoire d’éléphant, toujours prêt à rappeler, en vue d’humilier, les plus petits faits indigestes des personnalités qu’il a connues dont il est resté farouchement jaloux du rayonnement politique, intellectuel ou socio-humain.

Lire également : Premiers massacres et sacrifices humains attribués à Sékou Touré et son pouvoir

Sékou Touré a eu malheureusement beaucoup de complices dont nous sommes obligés de parler, car l’histoire est le rappel des faits et de leurs auteurs ainsi que les circonstances qui ont motivé les différents actes.

Comme Hitler, le Parti social-démocrate, les généraux et commandants nazis, Sékou, le P.D.G. et les dirigeants du régime dictatorial et sanguinaire, tous à des degrés différents, portent le poids de la responsabilité d’assassinats massifs de populations paisibles et de cadres innocents. Les nombreux livres en chantier et les films historiques qui s’en inspireront, immortaliseront la mémoire de ceux et celles qui ont laissé leur innocente vie dans ces ghettos tristement célèbres. Aussi, le Comité Militaire de Redressement National, soucieux de réhabiliter ces dignes filles et fils du pays, s’est-il engagé à ouvrir les dossiers de ces camps de la honte.

  • Arrestation arbitraire
  • Accusation gratuite
  • Intimidation
  • Intoxication
  • Humiliation par des injures grossières
  • Tortures physique et morale
  • Privation de nourritures, d’eau et de soins médicaux
  • Réclusion totale
  • Actes de banditisme, de terrorisme
  • Assassinats individuels et collectifs
  • Destruction de cellules familiales par toutes sortes d’abus immoraux à l’endroit des épouses et filles des détenus
  • Vols crapuleux des biens du peuple en général et ceux des prisonniers en particulier

voilà en gros ce dont le régime de Sékou « Alcapone », le guinéo-mauritano-malien, a été capable pendant 26 ans d’un règne totalitaire, sanguinaire et inhumain.

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Camp Boiro

L’épopée des parachutistes basés à Labé

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Ce billet est extrait du livre du Dans la Guinée de Sékou Touré : cela a bien eu lieu du Lieutenant-colonel Camara Kaba 41 [1939-1995]. Il nous livre un témoignage horrible sur comment ont été éliminés de 3 parachutistes guinéens basés à Labé.

Le corps des parachutistes, comme les autres corps de la nouvelle armée guinéenne, a pour ossature d’anciens éléments de l’armée française qui ont opté pour le nouvel Etat. Après l’Union Soviétique, de 1959 à 1961, les parachutistes firent un stage au Caire. Leur base est à Labé, tout près de l’aéroport. Le camp militaire de Labé, en 1969, était commandé par le commandant Keïta Cheick, parachutiste lui aussi, tandis que le lieutenant Koumbassa Aly, ancien enfant de troupe de Saint-Louis, commandait le corps des parachutistes. Il avait pour adjoints d’autres enfants de troupe comme :

  • Camara Boubacar dit M’Beng
  • Keita Lanciné
  • Diallo Mouctar
  • Namory Keïta

Le Général Diané Lansana avait remplacé Keïta Fodéba au Ministère de l’Armée. Le Colonel Kaman Diaby, premier pilote de chasse de l’ex-AOF, était Chef d’Etat-Major-adjoint.

Dès la création de l’Armée, Sékou Touré la divisa en ethnie (Soussous, Peulhs, Malinkés, Forestiers) et les opposa les unes aux autres. A l’intérieur de chaque ethnie, il a ses hommes, surtout parmi les subalternes qu’il oppose aux officiers. Sur dix militaires, six au moins sont ses agents. A la tête de chaque camp, de chaque armée, il a placé un officier malinké parce que lui-même se réclame de cette ethnie. Il faut tout de suite dire que les Malinkés sont les plus nombreux dans l’Armée. Sur dix militaires, on peut compter un Soussou, un Peulh et un Forestier.

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Le règne de Sékou, c’est le règne des Malinkés. Ces dispositions sont les mêmes dans l’administration, dans le Parti et cela à tous les échelons, jusqu’au sein du Bureau politique national et du Comité central.

Je vous ai dit que l’une des méthodes de Sékou est de prêcher le faux pour avoir le vrai, mais au fond le vrai même est faux. Suivez-moi, lecteurs, quand je vous dis que Sékou est un génie du mal : Sékou et Emile Cissé vont tisser savamment le complot de 1969.

Voici les faits :
A Labé, comme dans toutes les villes du pays, certains cadres, pour échapper aux critiques, pour échanger leurs idées et opinions, se retrouvaient dans des endroits cachés, généralement au domicile de l’un d’eux, évitant ainsi de se faire repérer dans les bars, dancings ou « maquis ». A Labé donc, le petit club d’amis formé par Emile Cissé, Koumbassa Saliou (inspecteur d’académie), lieutenant Koumbassa Aly, le lieutenant Boubacar M’Beng, le lieutenant Diallo Mouctar et l’adjudant Kéita Namory, sans oublier le commandant Kéita Cheick, se retrouvait chez l’Inspecteur d’Académie.

A part les deux civils, tous les autres étaient des parachutistes. Autour d’un pot de bière, ces messieurs causaient de tout, fort tard la nuit. Au centre des discussions amicales, la littérature, les femmes, la politique.

Un jour, le lieutenant parachutiste M’Beng dit à Emile Cissé:

— Cher ami, si tu ne fais pas attention en dépit de la confiance dont tu jouis auprès de Sékou, il va te cravater ».

Emile se crut blessé par ce terme. M’Beng le sous-estimait, lui, Emile qui appelait Sékou « Papa », lui, Emile, qui pouvait se permettre tout en Guinée, sans aucune inquiétude.

Le fils du « Génie du Mal », blessé dans son amour-propre, saisit la belle occasion pour dire que les parachutistes veulent « cravater » le président Sékou Touré et qu’ils sont en train de préparer un sérieux complot.

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Emile dit cela à Sékou et Sékou y crut. Sans attirer l’attention des autorités politiques et administratives de Labé, il chargea Emile, son Emile, de mener des enquêtes et de lui en rendre compte. Satan en personne se mit alors à jouer, à jouer avec la liberté et la vie des hommes.

Emile avait son organisation personnelle. Il mit à la trousse de ses propres amis, amis et proches, sa compagnie d’agents de renseignements tous dévoyés, démagogues, chercheurs de femmes pour les « patrons ».

Evidement, Emile collectait de faux renseignements qu’il envoyait à Sékou.
Un jour, un agent de Emile, le nommé Safir, poursuivit un élève parachutiste du nom de Diallo Mouctar (différent du lieutenant Diallo Mouctar). Il y eut des altercations entre le soldat et l’agent. La scène se passait précisément à Diari, assez loin de Labé-centre. Evidemment, Safir envenimait et dirigeait la querelle. Il nota des bribes malveillantes à l’endroit de Sékou. En vrai fils de son père, Emile fit de l’élève parachutiste son ami.

Il lui donnait à boire à volonté et lui offrait des cadeaux. Quand il eut assez d’éléments pouvant « coller », il fit un rapport cohérent à Sékou qui prit l’affaire au sérieux, c’est-à-dire qu’il lui accorda de l’importance sachant au fond que rien ne « collait ».

N’oublions pas que nous sommes en 1969 au lendemain du coup d’Etat au Mali. N’oublions pas non plus que Sékou, le lendemain de ce coup d’Etat, a juré qu’il n’y aurait jamais de coup d’Etat militaire en Guinée. Que cette affaire tourne autour des parachutistes, quelle chance pour toi, Sékou !

A l’époque, c’est Magassouba Moriba qui était ministre délégué à Labé. Sékou lui demanda d’instruire l’affaire. Magassouba s’exécuta. Tous ceux qui étaient sur la liste dressée par Emile furent entendus, en présence du Bureau fédéral du Parti, organisme politique. Les interrogatoires dirigés par Magassouba avaient lieu dans les belles cases de la cité de l’OERS à Labé.

Après de nombreuses et laborieuses séances d’interrogatoires, il résulta que rien de tout cela ne se rapportait à un complot quelconque. Le rapport de cette première commission d’enquête fut envoyé au Bureau politique national. Il innocentait les suspects. Dès que Emile le sut, il prit sa voiture et fonça sur Conakry pour dire à Sékou que les enquêtes avaient été sabotées et que Sékou devait envisager « quelque chose ». C’est ainsi que le rapport de Magassouba Moriba n’a pas été accepté par le BPN et l’on chargea le Général Diané Lansana, membre du BPN et Ministre de l’Armée, de reprendre les enquêtes.

Diané se rendit à Labé, accompagné par le commissaire Boiro Mamadou. Ils vinrent par route de Conakry à Labé. Diané, lui, faisait ses interrogatoires au domicile du Ministre délégué.

La deuxième commission d’enquête aboutit à la même conclusion que la première : il n’y avait pas l’ombre projetée d’un complot.

Mais Diané, en tant que Ministre de l’Armée, trouva que le petit club devrait être dispersé. Il prit sur place la décision d’affecter trois des officiers parachutistes les plus chauds sans informer les intéressés.

Ce furent M’Beng, Mouctar Diallo et Kéïta Namory : le premier à Conakry, le deuxième à N’Zérékoré et le troisième à Macenta.

Sans être menottés, les trois grands suspects furent embarqués à bord de l’AN 12. C’est le lieutenant Dian Baldé, l’inspecteur de la garde républicaine à Labé, qui fut désigné seul pour accompagner les trois parachutistes. C’est alors que le commissaire Boiro Mamadou qui, vous vous souvenez, venu par route de Conakry à Labé avec le général Diané Lansana, tenant à rentrer immédiatement, insista pour convoyer les trois suspects à la place du lieutenant Dian Baldé. Cela lui fut accordé par le Général. C’était l’erreur fatale, mais qui pouvait imaginer la suite ?

Boiro et ses trois convoyés prirent l’AN 12 devant transiter à Kankan. Il y avait avec eux, la présidente des femmes de Kankan, Diédoua, qui devait descendre là. Tous à terre, Boiro et les parachutistes se rendirent à l’aérogare pour les toilettes et pour un « petit verre ». C’est là que Boiro, fanfaron, dit à son collègue de Kankan, le commissaire de l’aéroport

— Je conduis trois parachutistes comploteurs à Conakry. Ils passeront devant le Comité révolutionnaire.

Ce sont ces deux petites phrases qui mirent le feu à la poudre, parce qu’elles furent entendues, par hasard et par malheur pour le peuple de Guinée, par le lieutenant Boubacar Camara dit M’Beng qui était aux toilettes. Le fanfaron commissaire ne le savait pas.

— Dites donc, savez-vous qu’on nous conduits à Conakry comme comploteurs? dit M’Beng, sans émotion.

Très vite, avant de regagner l’avion, les trois spécialistes du combat rapproché s’organisèrent et décidèrent de ne plus aller à Conakry.

L’avion décolla direction Conakry. C’est entre Dabola et Dinguiraye que les trois parachutistes désarmèrent aisément le commissaire Boiro qui ne s’attendait à rien.
— C’est donc ça, Boiro ? Tu nous conduis au Comité révolutionnaire ? Tu paieras avant nous, mon cher, dit M’Beng.

Le commissaire, désarmé, fut vite largué dans le vide, et armés, les trois parachutistes se précipitèrent dans la cabine de pilotage.
Le sous-lieutenant Sidibé, pilote de chasse, était aux commandes; son copilote étant Rachid Bah.

— Changez de cap ! nous allons en Côte d’Ivoire, ordonna Namory.
— Nous n’aurons pas assez d’essence pour y arriver, dit le pilote.
— Ta gueule, lieutenant ! Nous allons tous mourir plutôt que d’aller à Conakry. On nous a trahis.

M’beng ricanait, le moteur tournait bien, le pilote réfléchissait intensément. L’équipage savait ce qui était arrivé au commissaire Boiro. « Ces cocos-là sont prêts à tout », pensait le pilote ; de plus, il avait contre sa nuque un gros pistolet plutôt froid. En réalité, c’est lui qui avait chaud : pilote et copilote transpiraient à grosses gouttes.

— Dans quelques minutes, on n’aura plus de carburant. Nous volons depuis longtemps sur la réserve, dit le lieutenant Sidibé.
M’Beng se baissa : l’aiguille, celle que lui montrait le pilote, n’était pas loin du zéro.

— Atterrissons à Dabola qu’on survole, je crois, dit Mouctar.
— D’accord
Ils atterrirent et firent le plein puis repartirent sans incident.

Diallo Mouctar qui avait des notions de pilotage, ordonna sèchement sans consulter ses deux compagnons :

— On change de cap ! Nous n’allons plus en Côte d’Ivoire mais au Mali, à Bafoulabé précisément, qui n’est pas loin de la frontière.

Le cap fut changé et c’est au-dessus de Maléa, dans la région de Siguiri, que le pilote, qui n’avait pas d’autre solution, déclara très sérieusement :

— Il nous manque encore de l’essence. Nous sommes condamnés à atterrir !
Et ils firent un atterrissage forcé. Il n’était pas du tout sur la réserve. Les pilotes avaient joué et gagné. Eux aussi allaient trahir leurs camarades officiers ; ils allaient aider la Révolution en déclenchant un processus d’extermination jamais vu depuis 1965.

Je pense qu’il est inutile ici de relater comment nos trois malheureux ont pu être pris à Maléa, comment ils se sont battus comme des diables. La suite est facile non à deviner, mais à savoir, et à en être convaincu. Sachez seulement qu’il y a du sang dans la crème comme il y en a dans la dent, et le sang guinéen et la crème guinéenne vont couler en ce mois de février 1969.

De Kankan, on dépêcha le lieutenant Finando pour convoyer les trois «comploteurs » de Siguiri à Kankan. Finando, le coeur meurtri, pleurait dans son âme, ravalant ses regrets et sa profonde peine en voyant ses camarades dans cette situation et dans un état indescriptible : amarrés comme des boeufs fougueux qu’on mène à l’abattoir. Tous les trois parachutistes étaient ses jeunes frères, ses jeunes frères d’armes, de l’école d’Enfants de troupe de Saint-Louis du Sénégal. Il osa poser une question à Namory :

— Mais mon frère, pourquoi avez-vous fait cela ?

Namory qui avait la tête baissée, ne la releva pas et ne répondit pas. Il balançait la tête légèrement de gauche à droite, rongé par le regret d’avoir été pris avec ses deux compagnons. Il savait qu’ils étaient perdus, perdus pour rien puisqu’ils laissaient en vie le tyran de Guinée. Le mal est qu’ils n’avaient jamais comploté et c’est cela qui lui faisait mal. S’ils avaient échoué au moins après une tentative de complot ! Ils n’avaient pas peur de mourir, mais mourir si jeunes et si bêtement sans liquider Sékou Touré, torturait les trois héros vaincus plus que les cordes qui se perdaient dans leur vigoureuse chair.
Le jour même de l’atterrissage forcé de l’AN 12, Sékou Touré et Emile Cissé se trouvaient à Mamou, au Fouta-Djallon.

C’est là qu’on leur annonça la perdition de l’avion. C’est là qu’ils apprirent le largage du commissaire Boiro et l’arrestation des trois parachutistes par les paysans de Maléa. Sékou fit venir les autorités politiques et administratives de Labé sans oublier le général Diané Lansana. Vous vous souvenez que c’est à Labé qu’eurent lieu, au début de cette affaire, de nombreuses et infructueuses enquêtes.

Le ministre de l’Armée, Diané Lansana, et le ministre délégué de Labé, Magassouba Moriba, furent traités d’incapables et d’insuffisants par Sékou Touré avec des insanités qu’on ne saurait traduire ici. Le « complot des Paras » venait de naître. C’est là, à Mamou, que les deux pilotes Sidibé et Kourouma firent leur rapport à Sékou. C’est encore là que les trois prisonniers le trouvèrent. C’est là, à Mamou, que Namory Keïta traita Sékou Touré et son entourage de chiens :

— Tôt ou tard, vous payerez, leur dit-il, haineux et admirable quoique ficelé jusqu’aux orteils.

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Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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