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Camp Boiro

Trente minutes après le meurtre d’Amilcar Cabral à Conakry le 20 janvier 1973, Sékou Touré recevait ses assassins

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Ce billet est extrait du 7ème chapitre d’une lettre que le Prof. Charles Diané a adressée au President français François Mitterand au moment où celui-ci s’apprêtait à recevoir Sékou Touré à Paris en septembre 1982. Le titre complet est Sékou Touré, l’homme et son régime. Lettre ouverte au Président Mitterand. Paris : Editions Berger-Levrault. 1982, 106 pages. 

Dans cette partie, le Prof. Diané nous dévoile comment le tyran guinéen cherchait à mettre sous sa botte le Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap Vert (PAIGC) dirigé par Amilcar Cabral et les tensions que ces tentatives avaient fini par créer entre les deux hommes. Il nous décrit aussi la duplicité du tyran dans la libération des prisonniers portugais, détenus par le PAIGC à Mamou. Sékou Touré les avait fait transférer de Mamou à Conakry sans le consentement de Cabral, juste quelques jours après la fameuse attaque du 22 novembre 1970 et la libération des autres prisonniers du Camp Boiro. 

Le Professeur Charles Diané était un chirurgien Guinéen qui a servi en France, au Libéria, au Gabon et en Guinée et même en Guinée. Il est l’auteur de « Feanf et les Grandes Heures du Mouvement Syndical ». 

Monsieur le Président, vous me permettrez de vous rappeler un souvenir douloureux, mais c’est pour mieux cerner le “nationalisme” de Sékou Touré.

Le 20 janvier 1973, Amilcar Cabral a été assassiné à Conakry même. C’était le Secrétaire Général et fondateur du PAIGC (Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap Vert). A la date du 22 janvier 1973, dans La Paille et le Grain vous écriviez :

« Cabral, à son tour. J’apprends sa mort. Sékou Touré accuse le Portugal. Caetano s’en défend. Je n’ai pas d’éléments pour juger. »

Amilcar Cabral était votre ami. Il avait eu l’occasion, en Guinée même, de vous “confier ses luttes, ses espoirs”. Il avait engagé la lutte de libération de son pays et son mouvement; il contrôlait les deux-tiers du territoire de la Guinée Bissau. Comme vous le dites justement “le mouvement de libération disposait d’écoles de brousse, d’hôpitaux de campagne et de structures administratives”.

Comme vous même, Monsieur le Président, l’Assassinat d’Amilcar Cabral en plein Conakry, dans les conditions troubles que l’on sait, ont laissé plus d’un observateur sceptique.

Je vais vous apporter des éléments, dont certains vous sont connus, pour vous dire que de Caetano et de Sékou Touré, le plus coupable n’est pas celui que l’on a cru. La PIDE a été accusée à tort. Amilcar Cabral, que j’ai eu l’honneur de connaître, était un grand intellectuel. Vous avez écrit que le Portugal a perdu en lui “l’adversaire le plus sensible, le mieux formé à ses valeurs”.

C’était un nationaliste vrai, un combattant de la liberté, les armes à la main; à qui son courage, son autorité, sa rigueur intellectuelle et sa culture avaient conféré un grand rayonnement et une très grande notoriété en Afrique et une envergure internationale.

C’était là une première tare aux yeux de Sékou Touré, qui n’a jamais ni tiré un coup de feu ni armé qui que ce soit, pour ce faire, contre quelque colonialisme que ce soit. Vous êtes mieux placé que moi pour savoir qu’il s’accommodait fort bien du colonialisme français.

Amilcar Cabral était ingénieur agronome. C’était là, je l’ai suffisamment montré, une autre tare aux yeux du dictateur de Conakry.

Amilcar Cabral avait autant de charisme mais beaucoup plus de relations et surtout de crédibilité que Sékou Touré.

Sékou Touré, certes, par la force des événements, a donné asile au PAIGC dès 1958. Quand les autres pays limitrophes sont devenus indépendants, Sékou Touré apparaissait déjà comme le “tuteur” du PAIGC et la Guinée comme la base des combattants de la liberté de la Guinée Bissau. Personne n’attribuera en cela un mérite particulier à Sékou Touré. D’autres l’ont fait, la Tunisie et le Maroc pour l’Algérie, le Zaïre et le Congo pour l’Angola, le Gabon pour Sao Tomé et Principe, la Zambie pour le Mozambique, le Mozambique pour le Zimbabwe, l’Angola aujourd’hui pour la Namibie; pour ne citer que quelques exemples en Afrique.

Aussi, Sékou Touré avait-il consenti à Cabral toutes les facilités pour l’aider dans sa lutte: détaxes de toute sorte, fréquence spéciale pour ses émissions à la radio nationale guinéenne, avantages diplomatiques et surtout deux camps militaires à Conakry réservés aux combattants du PAIGC.

Mais tout cela n’allait pas sans conflits. Sékou Touré recevait et gérait pratiquement tous les fonds envoyés de l’extérieur pour le PAIGC. Il contrôlait leurs mouvements et tentait de contrecarrer les relations qui ne lui plaisaient pas.

Ces conflits étaient de notoriété publique en Guinée. Ainsi, nul n’ignorait que Sékou Touré détournait, au bénéfice de ses milices, armes et munitions pour la défense de son pouvoir. Parfois, il s’appuyait directement sur certaines fractions des forces PAIGC stationnées à Conakry pour sa police intérieure et la répression.

Ainsi, tout opposait ces deux hommes sauf la géographie qui allait paradoxalement devenir la plus grande pomme de discorde.

Les deux Guinée Occidentales ont des problèmes de frontière que le PAIGC, alors engagé dans sa lutte de libération n’a pas voulu agiter lorsqu’en 1964 Sékou Touré publia un décret reprenant un accord passé en 1960 entre la France et le Portugal, et fixant unilatéralement les frontières maritimes des deux pays. Ce conflit éclata au grand jour en 1980 lorsque Sékou Touré accorda à la Compagnie pétrolière américaine Union Texas des droits de prospection en mer, précisément dans cette zone frontalière litigieuse. On se souvient de la déclaration sèche du Conseil Supérieur du PAIGC, publiée à Praia le 14 août 1980 et dans laquelle il est dit clairement que “toute initiative unilatérale allant dans le sens de l’exploitation des ressources naturelles des zones en litige est illégale et ne peut qu’envenimer et aggraver les relations entre les deux pays”. C’est dire à quel point ces relations étaient déjà tendues.

En plus des zones maritimes, la région frontalière sud de la Guinée-Bissau a toujours fait l’objet de convoitise de la part de Sékou Touré à cause de la bauxite déjà largement exploitée par les multi-nationales en Guinée.

Tout cela explique les appréhensions d’Amilcar Cabral qui ne manquait pas de s’en ouvrir à ses intimes. Sékou Touré avait ses hommes au sein du PAIGC qui attisaient les moindres contradictions, y compris les oppositions entre Cap-Verdiens et Guinéens, métis et noirs.

Bruno Crimi rapporte, dans le Continent du 26 mai 1981, ses dernières conversations avec Cabral, deux semaines avant son assassinat:

« Amilcar m’avait fait part de ses soucis. Son parti, disait-il, était secoué par de profondes divisions. Le conflit toujours latent entre Cap-Verdiens et Guinéens était devenu très aigu.
Nous aurons un jour l’indépendance. C’est sûr. Mais aujourd’hui, je ne peux pas dire que la Guinée et le Cap Vert resteront unis… Je ne sais pas non plus si je serai encore là pour assister à la proclamation de l’indépendance de mon pays. »

Quelles prophéties ! Oui Cabral fut tué quinze jours plus tard.

Aujourd’hui, Guinéens et Cap Verdiens sont séparés par quelque chose qu’Amilcar craignait le plus, le coup d’état militaire. L’on sait avec quelle précipitation et quels délices Sékou Touré s’est jeté dans les bras des militaires de Bissau, sacrifiant par là même le frère d’Amilcar, Luis Cabral, qui n’avait jamais pardonné à Sékou Touré le meurtre de son frère. Parce que Luis Cabral savait. Il savait que, depuis 1970, son frère s’était confié à des ministres de Sékou Touré sur la trahison de ce dernier. C’était avant le débarquement de novembre 1970.

Il savait que, contrairement à ce que les services de propagande de Conakry et les différents bureaux du PAIG affirmaient, Amilcar Cabral avait été tué par des éléments guinéens du PAIGC, appuyés par le stratège de Conakry lui-même.

Il savait que la fameuse police politique portugaise, la PIDE, n’était en rien mêlée à cet assassinat.

Il était au courant du conflit aigu qui avait opposé Amilcar à Sékou Touré avant le fameux débarquement du 22 novembre 1970, qui fut la meilleure aubaine pour la remise en selle du régime de Conakry.

Les Portugais avaient en effet tenté sans succès de faire un échange de prisonniers avec le PAIGC, qui détenait dix-huit prisonniers, dont le fils du richissime Maire de Lisbonne, pilote d’hélicoptère, tombé entre les mains des forces de libération de Cabral. Ce dernier était prêt à miser au maximum pour récupérer son fils. Après le refus catégorique de Cabral, il mit Sékou Touré dans son jeu en y mettant le prix. Toute la classe politique guinéenne sait que le Ministre de l’Armée, Diané Lansana, a été chargé par Sékou Touré de prendre contact avec Amilcar Cabral pour l’amener à accepter l’échange de ce fils à papa.

Prisonniers de guerre portugais du PAIGC, détenus d’abord à Manou, puis transférés à Conakry par Sékou Touré, contre l’avis d’Amilcar Cabral

Devant l’intransigeance de Cabral, l’opération du 22 novembre vint à point, financée en partie par la PIDE et le Maire de Lisbonne.

On sait aujourd’hui que Sékou Touré était informé de l’opération “Enlèvement des prisonniers”. Il ne savait cependant pas, peut-être, qu’elle serait combinée avec celle de la tentative du renversement de son régime. Des faits précis étayent cette affirmation .

Au début de l’année 1970, Sékou Touré avait décidé d’éliminer près de six cent cadres nationaux. Le congrès de son Parti, réuni en janvier 1970, avait pour thème l’épuration du Parti et de l’Etat. Pendant six mois, ce thème sera diffusé à travers tout le pays.

En juin 1970, Sékou Touré réquisitionne toute la toile bleue venue de Chine pour en faire des tenues de prisonniers. C’est cette toile qui servira effectivement au Camp Boiro et dans les différentes geôles du pays.

En juillet 1970, il commande mille menottes au directeur d’Unicomer M. Boris, qui sera arrêté par la suite.

Une édition du journal Le Monde de mai 1970 relate que Sékou Touré s’apprêtait à effectuer une épuration d’une ampleur sans précédent dans son pays.

Sékou Touré savait tout le bénéfice qu’il tirerait d’une opération portugaise pour “épurer” son parti, son état et asseoir dans la terreur un régime enfin élagué et “radicalisé”.

Prévenu vaguement de l’opération début novembre, il décide de transférer les prisonniers portugais. Jusque là, ces derniers étaient détenus à Mamou, sous la surveillance de Habas Diallo, à 350 kilomètres de la capitale.

Le PAIGC, contre l’avis de qui le transfert est décidé à Conakry, demande au moins leur garde dans l’un des camps de la capitale. Sékou Touré refuse. Il les met dans une villa privée, celle de M. Fodé Mangaba Camara, à un kilomètre de la plage. Sur l’insistance du PAIGC, il fait la concession de les laisser garder par seize soldats du PAIGC.

Ce transfert a été effectué le mercredi 9 novembre 1970. Les commandos portugais qui en furent informés, n’auront aucune peine à massacrer les seize malheureux gardes et libérer leurs compatriotes dans la nuit du 21 novembre.

Sékou Touré, qui ne s’attendait pas à une opération combinée visant aussi son régime prend peur, et se réfugie hors de son palais, chez une amie. Pour ce déplacement, il est déguisé en femme par celui-là même qui a pris en main la riposte, qui sera arrêté quelques mois après, le ministre Alassane Diop. Il ne sera relâché qu’après huit ans de détention.

Lire la version, plus fiable, par Alpha Abdoulaye Portos Diallo sur l’évacuation secrète de Sékou Touré cette nuit-là.
— T.S. Bah

Le régime est une fois encore sauvé. Dans son cerveau machiavélique, Sékou Touré prépare la riposte … contre le peuple de Guinée.

Il met en oeuvre la résolution qu’il avait fait adopter par le congrès de son parti en janvier 1970, l’épuration du Parti et l’Etat. Il ressort sa liste de six cents cadres à liquider, les mille menottes et déclenche la répression par une machine mise en place depuis plus d’un an. Six mois plus tard ce sont près de 30.000 Guinéens, hommes, femmes et enfants de toutes conditions qui se retrouvent dans les prisons.

Monsieur le Président,
Dans les enquêtes de ce genre, on demande à qui profite le crime. L’amoncellement des faits désigne l’homme à qui l’assassinat de Cabral a profité. D’ailleurs, d’autres faits ne laissent aucun doute sur l’identité du commanditaire de l’odieuse opération.

On sait à Conakry que trente minutes après leur forfait les cinq assassins ont été reçus au palais de Sékou Touré qui les attendait seul dans son bureau.

Les meurtriers auraient donné comme seule raison de leur forfait le fait que le gouvernement, mis en place par Cabral, ne comportait que des Cap-Verdiens, pas de Guinéens.

L’enlèvement simultané d’Aristides Pereira, le numéro deux du PAIGC, n’aura été qu’une diversion. Après l’assassinat, Sékou Touré a refusé catégoriquement, dans un premier temps, de livrer les coupables au PAIGC, qui se proposait de les juger lui-même. Ils ont été mis sous protection dans le fameux Camp Boiro après un semblant de procès radiophonique dont Sékou Touré a le secret.

Au dire de nombreux compagnons de détention, aujourd’hui libérés, les meurtriers d’Amilcar Cabral protestaient quotidiennement de leur détention par Sékou Touré, qui les avait engagés à commettre leur forfait.

Deux officier guinéens, arrêtés en même temps que l’ancien Secrétaire Général de l’OUA, Diallo Telli, ont déclaré avoir participé à cet assassinat, sur les instructions du “Guide Suprême”.

Selon de nombreux anciens détenus, le capitaine Lamine Kouyaté, ancien garde de corps de Sékou Touré, a en effet déclaré, au sixième jour de diète, quelques jours avant sa mort, qu’il a participé à l’assassinat de Cabral à la demande de Sékou Touré. Le commadant Ibrahima Sylla, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air de Sékou Touré a fait le même aveu. C’est ce qui aurait précipité son assassinat par diète noire un mois aprè son arrestation.

Monsieur le Président,
Ce sont là les motifs et les faits que j’apporte au dossier de ce crime contre l’Afrique et l’humanité. L’évolution de la situation dans la sous-région ne fait que corroborer
l’accusation. Après une succession de conflits de tous ordres, Luis Cabral a été écarté le 14 novembre 1980 par le Commandant Nino Vieira, que Sékou Touré a accueilli à bras ouverts.

Conakry vient encore d’envoyer des “coopérants” à Bissao. Nous savons que cette coopération est fortement entachée par l’ambition dominatrice de Sékou Touré, qui s’est toujours posé en champion d’un confédéralisme à sa dévotion.

Les métis et leur Cap-Vert sont écartés. Les conflits sont enterrés. Pourvu que notre renard n’attende pas trop longtemps le fromage du corbeau de Bissau.
Il serait capable d’ingérence surtout que de gros intérêts économiques (bauxite et pétrole) semblent sous-tendre son ambition annexionniste.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Le 27 août 1977: La révolte des femmes contre Sékou Touré

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Les femmes de Guinée sont spéciales. Chaque fois que le pays se trouve dans une situation difficile, ce sont elles qui se sont levées pour y faire face, aujourd’hui contre les abus pour imposer le 3ème mandat d’Alpha Condé, hier contre les colons et ensuite contre la dictature de Sékou Touré. Contre Ebola elles furent également en première ligne dans les foyers et les hôpitaux ce sont elles qui poussèrent le sacrifice jusqu’à en perdre la vie. C’est pour cela qu’elles furent plus nombreuses à être infectées. Il y a 43 ans, le 27 aout 1977, elles se levèrent pour faire face au tyran Sékou Touré lorsque sa politique démagogique avait détruit les bases de l’économie guinéenne.

Le peuple souffrait d’une faim chronique, les denrées et divers condiments étaient rationnés. Dans les hôpitaux, où on était soigné par d’anciens infirmiers promus docteurs en médecine par décret présidentiel, les malades devaient apporter de chez eux une bassine d’eau et la nourriture. Les prescriptions médicales devaient comporter le choix entre plusieurs médicaments car les pharmacies étant mal approvisionnées. Les médecins devaient faire ainsi car si le malade ne trouvait pas de médicaments, ils étaient accusés de créer eux la pénurie et ils pouvaient être taxés de saboteurs de la révolution. Et surtout la production de riz, denrée alimentaire de base des Guinéens avait dégringolé de 282 700 tonnes en 1957—veille de l’indépendance—à moins de 30 000 tonnes. 

Fatiguées des tracasseries de toute nature que la population subissait, les femmes sont sorties pour crier leur ras-le-bol à Nzérékoré  Macenta, Gueckédou,  Kissidougou,  Beyla et Kankan. Le responsable suprême de la révolution et de nos malheurs, Ahmed Sékou Touré, tente de récupérer la situation.

À l’occasion de ce 43ème anniversaire, l’association des victimes du camp Boiro a publié le communiqué de presse suit:

On dit souvent que « l’histoire est têtue » surtout quand elle est cousue de faits poignants comme cette révolte des femmes guinéennes un certain 27 août 1977.

Comment oublier cette date qui marqua le début de la fin de la dictature sanglante de Sékou TOURE ? Non elle ne peut être occultée tant elle constitua le début de la décadence du pouvoir exterminateur de Sékou TOURÉ pendant 26 ans. 

Pour rappel, la révolte des femmes partit le 27 août 1977 de la résistance de l’une des commerçantes face aux exactions des sbires du régime, les agents communément appelés « Police économique ». Une bagarre entre un agent et cette commerçante devint virale et embrasa l’ensemble du pays. Ce fut la goutte d’eau de trop qui entama la descente aux enfers d’un régime qui détruisit très tôt les espoirs de développement de tout un peuple. Combien de femmes tombèrent ce jour-là ? On l’ignore. Mais ce qui est certain, c’est que le rouleau compresseur, la machine à tuer du régime, le camp BOIRO se mit en marche et fit d’innombrables victimes parmi nos braves femmes. Ironie du sort, celles qui avaient fabriqué le dictateur étaient désormais, ce 27 août les victimes désignées pour le CAMP BOIRO.

Comment oublier ces faits si douloureux où des femmes se battant pour leurs libertés se retrouvent par dizaines broyées par le régime de celui qui les avait toujours trompées ?

L’Association des Victimes des Camps Boiro se souvient et appelle à commémorer ce 27 août 2020 sous le signe de « l’honneur de ces femmes » qui ont par leur bravoure fragilisé un régime moribond qui ne s’illustra que par le crime pour se maintenir au pouvoir.

Braves femmes de Guinée, souvenez-vous de ce que vous avez accompli en mettant fin au mythe du Syli intouchable. Vous avez par cette révolte sauvé vos enfants, vos maris et avez montré que mensonge et duplicité seront toujours mis à nus. Ce combat restera dans la mémoire collective comme celui qui montra à la face du monde les horreurs bien dissimulées de Sékou TOURÉ. Enfin il était démasqué. En s’attaquant aux femmes de Guinée, il avait commis un sacrilège de trop. La chute commença et se poursuivit jusqu’au 26 mars 1984 date de sa fin sur cette terre.

En cette date anniversaire, honorons nos braves FEMMES de Guinée disparues dans les geôles des CAMPS BOIRO. Honorons celles qui y furent exécutées. Honorons celles qui y furent violées ; Honorons celles qui connurent l’opprobre pour avoir résisté. Honorons-les toutes. Ne les oublions pas car elles ont payé cher le prix de notre liberté d’aujourd’hui.

 

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Sékou Touré en Aout 1976 aux Guinéens « EGORGEZ LES PEULHS, NOUS ASSUMONS ! »

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Ce discours nous a trouvé à Abidjan, étudiant à l’Institut d’Ethnosociologie de Cocody. Nous, Guinéens nous retrouvions en masse à la Cité Universitaire du Plateau, alors en activité. Autour du thé/café et de la belote. En compagnie de nombreux Ivoiriens. 

Dans notre génération on ne parlait pas d’ethnies ou de tribalisme… 

Il y a plus de 44 ans, les 6, 21 et 27 Août 1976, Sékou Touré, à travers des discours radiodiffusés, reproduits dans les Journaux du PDG/RDA et déclamés lors de Conférences à travers toute la Guinée, déclarait la guerre aux Peulhs ! Rien que ça ! Une guerre qui, à l’image de sa Révolution fut globale, multiforme et transcroissante…

  • Ce qui suit est l’extrait d’une analyse sommaire des discours qui sont le point culminant des crimes commis par le PDG. Les discours sont indigestes et typiques de la propagande du PDG. 
  • Cependant, même dans l’abondante logorrhée de Sékou Touré, ils constituent un témoignage éloquent de la faillite politique du PDG et de la nécessité d’extirper son héritage de notre pays.

 Malgré leur caractère irrationnel et les raisons qui les expliquent, ces discours ont une portée historique profonde dans la mesure où ils ont permis de révéler sa vraie nature.

Ils contredisent et ruinent pour toujours la propagande dont se gargarisait Sékou Touré – révolution, nation, unité et émancipation africaine.

Ils sont antiscientifiques car la notion de race ne tient pas surtout quand on parle d’une ethnie africaine.

Leurs postulats historiques sont mensongers et montrent l’ignorance que Sékou Touré avait réussi à masquer par ses logorrhées verbales.

Les mensonges qui parcourent les discours montrent une ignorance totale de l’histoire des interactions nationales et des luttes hégémoniques dans l’Afrique de l’Ouest voire de l’histoire tout court.

Les motivations qui animent Sékou Touré sont au-delà des antagonismes politiques. Elles révèlent une mauvaise foi intrinsèque de l’homme et un esprit rongé par des phobies maladives. Elles sont fondées sur des complexes psychologiques que, ni la fonction de premier président du pays, ni les acclamations de l’Afrique ignorante de sa nature, n’avaient en fin de compte pu tamiser.

Si ces discours ne sont pas enseignés et expliqués de façon continue, toute ces significations vont être perdues

LA « SITUATION PARTICULIERE DU FOUTAH »

  • Le vocable « Situation Particulière du Foutah » singularise et indexe la région et ses habitants.
  • Il se veut un euphémisme pour minimiser les attaques de Sékou Touré contre les Peulhs.

                        EXTRAITS ET ANALYSES

Extrait #1 : Le Foutah était une région de débauche, d’alcooliques et de voleurs avant l’arrivée du PDG « …….En effet, l’on sait qu’à la naissance du Parti Démocratique de Guinée, le Foutah était menacé, tragiquement menacé de nombreux travers sociaux. Nous avions visité cette province guinéenne de long en large et nous nous étions aperçu que l’alcoolisme menaçait, réellement la population du Foutah, y compris les marabouts qui remplissaient leurs bouilloires de bière ou de vin. Ne parlons pas des jeunes et encore moins des intellectuels : consommer l’alcool était devenu alors, le critère de l’évolution à l’époque. C’est le Parti Démocratique de Guinée qui a mis fin à ce mal, qui l’a dénoncé sans pitié. C’est également le Parti Démocratique de Guinée qui, sans arriver à la détruire, a beaucoup atténué, la débauche dans le Foutah. C’est le Parti Démocratique de Guinée qui a dénoncé le vol devenu alors chose courante. A Conakry, à cette époque, lorsque dix voleurs se trouvaient devant un commissaire ou devant le tribunal, l’on comptait au moins 8 ressortissants de la Moyenne-Guinée. C’est un fait vécu et vous pouvez consulter la statistique des condamnés pour vol.

Il faut sauver le voleur, la prostituée, l’alcoolique, le navétane : c’est un devenir qui sera assumé». La «Situation Particulière du Foutah  » pose donc des devoirs à la Révolution….. »

Lire également: Seize ans avant le Rwanda: L’appel au genocide de Sékou Touré

Commentaire #1 :

Sur le mensonge de la débauche au Fouta-Djallon.

  • L’hôpital se moque de la charité !
  • On sait que c’est avec la mainmise du PDG que furent introduites la prostitution et la débauche politiques au Foutah et dans tout le pays.
    • Des jeunes filles à peine pubères étaient enrôlées dans les services protocoles de force, contre le gré de leurs parents, pour le plaisir des dignitaires du parti.
    • Des femmes sont encouragées à se prostituer pour nourrir leur famille et à dénoncer leurs maris s’ils osent contrevenir.
  • Sékou se livre à une falsification des us et coutumes de la communauté du Foutah où l’on sait que l’alcoolisme et la prostitution étaient sévèrement punis.
  • Sékou Touré recourt à l’amalgame habituel. Il travestit des blagues entre « Sanakou » en armes. Il est en effet courant au Foutah que quelqu’un dise à son « sanakou » que sa bouilloire est remplie d’alcool au lieu d’eau.

Extrait #2 : « comme [les Peulhs] n’aiment pas le respect, nous leur présenterons ce qu’ils aiment, la force brutale ! »

Nous disons donc que toutes les Régions de la Moyenne-Guinée doivent vivre désormais l’atmosphère de la Révolution populaire et démocratique. En plus de la force de nos arguments que partagent les intellectuels militants honnêtes de la Moyenne-Guinée, nous utiliserons la force brutale contre ceux qui ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Ils sauront qu’on n’a jamais eu peur d’eux, qu’on les respectait, mais que, comme ils n’aiment pas le respect, nous leur présenterons ce qu’ils aiment, la force brutale ! 

Lire également: Les jugements étaient conditionnés et dits populaires

Puisque c’est le racisme qui est utilisé pour mettre le pays à la disposition de l’impérialisme néo-colonialiste, nous devons tout faire pour la déraciner. Nous ne prions plus personne, nous nous imposons ; cela est clair ! Ceux –qui croient que les responsables du P.D.G. ont peur, n’ont rien compris à l’histoire. La peur réelle qui nous étreint, la peur que nous avons partout, c’est la peur d’avoir peur ! Et c’est pourquoi, l’adversité des racistes, nous la recherchons désormais ! Nous voulons, partout, croiser le fer avec eux !

Commentaire #2 :

  • Ce passage est bien du voyou que fut Sékou Touré
  • La tradition et les coutumes du Foutah sont fondés sur le respect. Dans le Pulaaku, les Peulh disent que quand quelqu’un te respecte, il t’a vaincu.
  • Le passage est une rengaine de psychopathe et une incantation contre la peur d’avoir peur ! En réalité, Sékou était un poltron qui masquait sa peur. En outre il savait que l’honneur de diriger la nation était une imposture due à l’aide de Cornut-Gentil son amant.
  • D’où ces menaces publiques et ces bravades. On sait comment il a réagi le 22 Novembre 1970.
  • Cette forme de paranoïa et de peur est très dangereuse. Elle a nourri ses phobies imaginaires et son penchant pour la répression préventive avec des complots fictifs.

Extrait #3 : Devons-nous continuer à leur accorder des bourses ?

Puisque dans plusieurs familles peuhles, le pays a attribué des bourses à 1, 2, 3, voire 4 de leurs enfants qui, au terme des études, ont trahi la Nation pour se réfugier ailleurs et combattre le régime guinéen. Devons-nous continuer à leur accorder des bourses ?
Réponse unanime de l’assistance : NON !

Alors, nous proclamons sans détour : racisme = RACISME, et pour l’illustrer, nous vous rappelons ce proverbe africain qui dit : « lorsque vous dansez avec un aveugle, de temps en temps, piétinez-le pour qu’il sache qu’il pas seul » !

Ainsi nous réaffirmons notre position qu’en Guinée, et, jusqu’à la fin de l’université, tous les camarades sont à égalité : Peulhs, Soussous, Malinkés, Guerzés, Kissiens, Tomas, Bassaris, Koniaguis, etc… Cependant, pour l’extérieur, il ne sera plus attribué de bourses aux Peulh aussi longtemps que ceux restés à l’extérieur n’auront pas rejoint la patrie.
(Applaudissements enthousiastes et prolongés de l’assistance)

Camarades, nous vous remercions de cette approbation enthousiaste et unanime qui traduit «la prise de conscience de notre Peuple face à ceux qui veulent détruire son régime. En effet, nous n’allons pas continuer à multiplier les moyens entre les mains de l’ennemi de la Guinée. »

Commentaire #3 :

  • La culpabilisation collective d’un groupe ethnique et punition collective
  • Ceci est un chantage éhonté au retour forcé des étudiants exilés, dans le paradis de « la dignité et de la pauvreté » du PDG.
  • Presque la totalité des étudiants étrangers refusèrent de retourner en Guinée après la répression de 1961.
  • Mais Sékou indexe les étudiants peuls, et décrète un pogrom intellectuel et l’exclusion de l’ethnie entière.

Extrait #4 : Si aujourd’hui, la Guinée ne peut s’entendre ni avec la Côte d’Ivoire, ni avec le Sénégal, la responsabilité principale en incombe [aux] seuls, cadres Peulh.

Ce sont ces traîtres qui induisent toujours en erreur les autres Peuples, les Peuples d’Afrique, les Peuples européens, les Peuples américains quand il s’agit d’apprécier la situation guinéenne. Ils font plus de mal à la Guinée que l’impérialisme et le néocolonialisme, parce que se réclamant de la Guinée, ils donnent un semblant d’authenticité à leurs mensonges flagrants. Ce sont des traîtres à leur Patrie, rien d’autre.
Mais disons-nous la vérité. Il faut que la trahison soit extirpée et bannie définitivement du comportement du Peulh. Il faut enfin sauver cette partie de la Guinée, car il s’agit d’un problème de fond. Le mal que font ces traîtres-là est profond. Si aujourd’hui, la Guinée ne peut s’entendre ni avec la Côte d’Ivoire, ni avec le Sénégal, la responsabilité principale en incombe vraiment à qui ? A eux seuls, cadres Peulhs !  Mais soyez sûrs que lorsque le Peulh ivoirien (sic !), le Peulh sénégalais accèderont à la liberté, ils écraseront et conduiront à leurs tombeaux tous les cadres racistes Peulhs qui habitent Abidjan ou Dakar ! Soyez en sûrs !

Ce sont eux également qui induisent toujours en erreur les gouvernements français, américain, allemand. Tous les gouvernements désireux de traiter avec la Guinée sont intoxiqués par leurs informations mensongères débitées à longueur de journée, à la seule fin de décourager ces pays dans leurs intentions louables vis-à-vis du Peuple guinéen.

Ils sont sans Patrie, ces racistes Peulhs forcenés, parce qu’ils se disent ne pas être des Noirs.
Ils sont encore et toujours à la recherche de leur Patrie. Ils ne peuvent pas avoir de Patrie, parce qu’ils n’ont pas une ligne de conduite exigeant l’accomplissement de devoirs sacrés. Aliénés qu’ils sont, ils ne pensent qu’à l’argent, et pour eux. C’est pourquoi, nous devons être d’accord de ne plus accorder de pitié aux traîtres. Plus de pitié pour les racistes, plus de pitié pour les saboteurs !

Commentaire #4 : 

  • Un autre trait de Sékou : refuser de tout temps à prendre la responsabilité pour son incapacité politique et sa faillite économique. C’était toujours la faute des autres ! Les Blancs, les fonctionnaires, les commerçants, la diaspora et les Peulhs en particulier !
  • Aucun Guinéen n’a du plaisir à diffamer son pays.
  • Nul ne choisit avec joie d’être un apatride.
  • Les Guinéens de la diaspora (qualifiés d’« anti-guinéens ») avaient fui l’enfer du PDG.
  • Ils se recrutaient dans toutes les ethnies et parmi toutes les couches sociales !
  • Ils ne sont pas des saboteurs.
  • Les vrais saboteurs sont ceux qui après, des décennies de responsabilité, ne surent pas augmenter le standard de vie des populations.
  • Les vrais comploteurs sont ceux qui, face au fiasco par eux créé, décidèrent de faire porter le chapeau à des innocents par des complots inventés de toutes pièces.

Lire également: Après 20 ans de révolution, la production de riz est tombée de 282 700 tonnes en 1957—veille de l’indépendance—à moins de 30 000 tonnes

Extrait #5 : [Les Peulhs] ne voulaient pas de l’indépendance- ils ont humilié notre Peuple avec un vote massif de « OUI- C’est la déclaration de guerre.

Ils ne voulaient pas de l’indépendance, ces Peulhs et ils ont humilié notre Peuple avec un vote massif de « OUI ». Au lieu d’en avoir honte, ils veulent encore détruire notre indépendance. Cela ne se fera plus jamais, et s’il faut que toute la Guinée se mette encore debout, couteaux, marteaux et fusils en mains pour les supprimer, les amener au tombeau et les ensevelir, la Guinée assumera ses responsabilités ! C’est la déclaration de guerre ! Ils veulent d’une guerre raciale ? Eh bien nous nous sommes prêts; quant à nous, nous sommes d’accord, et nous les anéantirons immédiatement, non par une guerre raciale, mais par une guerre révolutionnaire radicale. 

Nous disons donc que ces racistes ont présenté les traits de « Cheytane » avec la trahison, le mensonge, la division et puisque le combat est engagé contre « Cheytane », que nous voulons à tout prix enterrer, nous saurons enterrer ce qui reste de racistes au Foutah. Nous sommes déterminés à libérer le Foutah. Nous répétons que si le Foutah n’a pas été libéré le 28 Septembre 1958, désormais il sera libéré par la Révolution. 

Quiconque violera désormais les consignes de l’honnêteté sociale, de la justice sociale en se livrant à des manifestations racistes, vous avez le pouvoir, Camarades militants, de l’égorger sur place et nous en assumons la responsabilité devant le Peuple de Guinée.

Bah Mamadou Lamine

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Camp Boiro

Le 3 aout 1971, arrestation de Diallo Abdoulaye Porthos

Je me laisse aller à mes pensées. Toutes ces arrestations… Les rangs des ministres de plus en plus clairsemés. A qui le tour ? Je me sens malheureux, car je ne peux pas intervenir auprès du chef de l’Etat, qui a envoyé une lettre-circulaire confidentielle aux ministres, pour leur interdire toute intervention en faveur d’un membre de la « cinquième colonne » : quiconque enfreindra cette interdiction sera lui-même arrêté.

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Ce 3 aout 2020, cela fait 49 ans depuis que Abdoulaye Diallo dit PORthos fut arrêté. À cette occasion je vous propose ce billet extrait de son livre La vérité du ministre. Dix ans dans les geôles de Sékou Touré.

Dans ce billet l’auteur explique comment après avoir eu l’honneur de participer à la reception du Président Moctar Oul Dada et passer une séance de travail avec le tyran, il est lâchement arrêté et conduit au Camp Boiro.

Mardi 3 août 1971

Depuis hier, il pleut sur Conakry, une pluie forte et continue, parfois intermittente et faible. Temps normal du mois d’août. Mon programme est chargé. Dans la matinée, je procède à la distribution des instruments de musique que j’avais commandés pour les trois orchestres nationaux : Kélétigui Traoré et ses Tambourinis, Balla et ses Baladins, Hamidou et son Bembeya Jazz national.

L’atmosphère gaie de mon bureau transformé en dancing contraste avec la tension qui règne en ville : les arrestations se multiplient et déjà une bonne partie des membres du gouvernement est enfermée à deux pas, au Camp Boiro où la garde a été renforcée depuis le début des événements. Personne ne comprend grand-chose à ce qui se passe.

On m’annonce le journaliste togolais Polycarpe Johnson. Impossible de le recevoir au milieu de ce vacarme. Nous nous retirons dans un coin. Je sais que je suis surveillé, comme tous les membres du gouvernement.

« Au Togo, nous ne comprenons rien à ce qui se passe en Guinée, dit-il. Les amis togolais de la Guinée m’ont demandé de venir m’informer à la source sur la situation. J’ai une audience avec le président mais j’aurais voulu m’entretenir avec toi soit avant, soit après cette audience. »

Nous convenons de nous retrouver après son audience avec le président.

Je retourne à mon bureau. Le protocole m’informe de l’arrivée du président Mokhtar Ould Daddah de Mauritanie, et me prie de me rendre directement à l’aéroport. Le président mauritaniens’efforce d’améliorer les relations, actuellement très mauvaises entre la Guinée et le Sénégal. Les entretiens auront lieu en Bureau politique, les membres du gouvernement n’y étant pas admis.

L’hôte repartira l’après-midi, et, après son départ, je suis du nombre des ministres qui raccompagneront le président Ahmed Sékou Touré à son palais. Nous nous installons dans le petit salon. Le président retire ses chaussures, ses chaussettes, les place à côté de lui. La conversation porte sur la courte escale du président mauritanien et sur l’objet de sa mission. Je suis le dernier à prendre congé :

— « Président, je vais rentrer.
— Oui ! Merci mon cher.  »
Il se lève et me serrant la main, il ajoute
— « Que Dieu te protège!
— Merci, président.  »

Je ne laisse rien paraître, mais je suis intrigué. Il n’a pas l’habitude de se lever pour me dire au revoir. Et cette formule , « Que Dieu te protège », que signifie-t-elle ? Et cette lueur fugace que j’aperçois, une fraction de seconde, dans ses yeux, comment l’interpréter?

Dans l’escalier, je rencontre Fily Cissoko qui me serre chaleureusement la main. Je remarque en lui quelque chose d’inhabituel : le geste ? l’intonation de la voix ? le regard ? Il a quelque chose d’indéfinissable. Je cherche un instant, intensément. Je ne trouve pas. Je renonce.

Je me rends au ministère du Développement économique où j’attends, dans le hall, mon ami MBaye Cheik Omar, alors directeur de cabinet du ministre d’État Lansana Béavogui. Il pleut légèrement, un fin crachin plutôt qu’une véritable pluie.

Je me laisse aller à mes pensées. Toutes ces arrestations… Les rangs des ministres de plus en plus clairsemés. A qui le tour ? Je me sens malheureux, car je ne peux pas intervenir auprès du chef de l’Etat, qui a envoyé une lettre-circulaire confidentielle aux ministres, pour leur interdire toute intervention en faveur d’un membre de la « cinquième colonne » : quiconque enfreindra cette interdiction sera lui-même arrêté.
— « Tu n’es pas gentil. »

Le ministre Béavogui m’arrache à mes pensées. Il poursuit :

— « Tu viens jusque-là et tu ne montes même pas me dire un petit bonjour.
— Si, si, je suis monté mais votre planton m’a dit que vous étiez occupé.
— Tu sais bien que je ne suis jamais occupé pour toi. »

Pendant près de dix ans, j’avais été son plus proche collaborateur au ministère des Affaires étrangères. Je pensais pouvoir m’ouvrir à lui et lui dire mon sentiment sur l’affaire de la « cinquième colonne ». Peut-être, pourrait-il intervenir, lui, auprès du président, son ami intime, son collaborateur de longue date, avec lequel il passait le plus clair de son temps ?

— « Vous savez, je suis de plus en plus perplexe, de plus en plus sceptique, quant à cette histoire de « cinquième colonne ».

Il sembla surpris.

— « Actuellement, on arrête à tort et à travers. Des ennemis se sont glissés dans nos rangs pour y semer la confusion et salir les meilleurs d’entre nous. Je ne crois pas à la culpabilité de beaucoup de ceux qui ont été arrêtés.

— Et pourtant, mon cher, tous ceux qui ont été arrêtés sont effectivement coupables, ils ont trempé dans cette affaire.

— J’en doute en ce qui concerne Cissé Fodé. Nous le connaissons bien vous et moi. Il a été notre collaborateur à tous deux. Il ne peut pas être comploteur. La peur physique à elle seule l’en empêcherait.

— Pourtant il est bien dedans. Et il l’a reconnu.

— Et Kassory ? Comment pouvez-vous admettre qu’il fasse partie d’un complot contre son ami de toujours ?

— Lui aussi, il est dedans, nous avons toutes les preuves. C’est pour cela que le président a autorisé son arrestation.

— Et Mamadi ? Vous le connaissez, et moi aussi, de très longue date. Son tempérament …

— Il a reconnu les faits. Il a avoué que c’est Zoumanigui qui l’a recruté, qu’il était le dépositaire des armes à Bofossou .

— Alors, Koro, je suis vraiment surpris, mais très surpris…

— Ah ! Mon cher, il y a des choses encore plus surprenantes. »

Ma dénonciation

Alors que nous dînions mon épouse et moi le speaker de la radio, Oumar Diabaté, débite sa litanie d’une voix imposante :

« Ici la Voix de la révolution, radio-diffusion de la république de Guinée, émettant de Conakry sur l’ensemble de son réseau. Camarades militants du P.D.G., aimables auditeurs d’Afrique et d’ailleurs, bonsoir. Nous vous proposons d’entendre la suite des dépositions des éléments de la cinquième colonne, ces hommes tarés qui ont vendu leur âme au diable, leur pays à l’impérialisme et hypothéqué l’avenir du peuple. Aujourd’hui nous commencerons par le sinistre Diallo Souleymane Yala, ex-directeur des Prix et Conjonctures au ministère du Commerce… »

J’écoute, mais j’entends à peine ce qu’il dit. Je ne distingue rien. Je n’y suis vraiment pas et pourtant je ne veux pas fermer le poste. Mon esprit est ailleurs. Je pense à la famille de Kassory qui a été arrêté la veille. Je me propose d’aller rendre visite aux siens pour leur apporter le réconfort de ma sympathie et de mon amitié.

Brusquement me voici tiré de mes rêveries. C’est bien mon nom qui est martelé avec force. On dirait que Yala qui lisait d’une voix monocorde, monotone, se réveille brusquement :

« … il y avait encore à cette réunion le Dr Accar Najib Roger, El hadj Fofana Mamoudou, Modi Oury Barry, Diallo Alpha Abdoulaye Porthos, secrétaire d’Etat à la Jeunesse…»

Je regarde un instant le poste, comme si c’était Yala. Je souris. Quelle ânerie ! Ce mensonge est trop énorme. Je continue de manger. Ma femme s’est levée de table. Elle pleure. J’essaie de la consoler, de lui faire entendre raison. Tout cela est tellement facile à détruire. Elle murmure :

— « Ils ne te donneront pas l’occasion de t’expliquer. Je sais que c’est un mensonge, mais cela leur importe peu. Ils t’arrêteront et ce sera dur. De toute façon, je t’attendrai aussi longtemps qu’il faudra. »

Le téléphone. Je décroche. C’est MBaye, mon ami MBaye. D’une voix étranglée, il me dit :
—  « J’arrive.
— Non. Non… MBaye, reste où tu es, auprès de ta famille. Avec les barrages qu’il y a sur la route, tu n’auras pas le temps d’arriver ici avant qu’ils viennent me chercher. Tu sais que tout cela est mensonger. Tu t’occuperas de ma famille, que je te confie. A bientôt. »

A peine ai-je raccroché que le téléphone sonne à nouveau. C’est mon père. Sa voix qui semble cassée est pourtant très claire :

— « Je sais que tu es innocent de ce dont on t’accuse, mais la volonté de Dieu est insondable. Ses voies et moyens insoupçonnables et Ses décrets imprescriptibles. Je L’implorerai nuit et jour pour ta survie et pour ta libération, mais je ne verrai pas âme qui vive à ton sujet. Ma seule recommandation, c’est que si tu dois mourir là-bas, il faut tâcher de mourir en homme, avec courage. »

Ils sont enfin là, ces « camarades » chargés de m’emmener, envoyés par la section de l’arrondissement. Ils bavardent, font des commentaires, rient aux éclats. Ils garent la voiture devant la porte de la villa. Ce n’est pas une jeep soviétique mais une Peugeot 203. Quel honneur ! Le chauffeur en descend, suivi de deux miliciens armés de P.M. AKA. Tous, en treillis. Je suis sur le perron de la porte :
— « Bonsoir, m’seu.

— Bonsoir. Vous venez me chercher?

— Oui, m’seu.

— Alors allons-y, je suis prêt! »

Sans me retourner, sans faire un signe, je monte dans la voiture sur la banquette arrière, encadré par les deux miliciens.

Ils garent la voiture non loin de là, chez le Dr Nanamodou Diakité. Il habite derrière l’hôtel de France. Les miliciens vont le chercher. Il sort, brisé, visiblement bouleversé. Des cris, des pleurs s’élèvent de la maison comme à l’occasion d’un décès. J’aperçois des femmes qui se roulent par terre, comme prises de convulsions. Elles pleurent, crient, s’arrachent les cheveux, lancent en malinké des paroles indistinctes. Le Dr Nanamodou s’installe à côté de moi, répétant :

— « Yala aussi. Pourquoi ment-il de façon si éhontée ? »

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Camp Boiro

Cinquante mille tombes qui ne seront jamais profanées. 

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Dans la journée 14 juillet  2020, la tombe du sanguinaire Sékou Touré, a fait l’objet de profanation au cimetière de la  Camayenne, dans la commune de Dixinn.

Voici ce que geste a inspiré à Ourouro Bah, membre de l’Association des victimes du Camp Boiro, comme publié sur sa page Facebook.

D’un fait divers bizarre de profanation du catafalque de Sékou Touré, resurgissent les fantômes de l’assassin avec ses corollaires, l’ombre de ses victimes qui n’eurent droit ni à des sépultures, ni à des prières, ni à des tombes. Les fosses communes où ses victimes furent jetées sont encore des tabous dans la conscience lézardée de la nation. 

Mais, sombre ironie de l’histoire déboussolée de la Guinée, ces victimes sont immunisées contre toute profanation. 

Néanmoins, il reste un inexorable constat : après l’imposture d’une révolution, Sékou Touré n’aura rien trouvé de mieux à léguer que des supputations sur un cénotaphe. Sous terre, à la Camayenne, y a-t-il un corps ou une caisse vide ? Questions incongrues et tragiques, mais si révélatrices de la vie damnée de Sékou Touré. L’âme retorse avait bien conscience de ses honneurs immérités, au point de ne pouvoir résister à jouer à cache-cache avec la nation, par-delà la mort. N’est-ce pas là les caractéristiques des zombies ou des émules de Satan ? Ce constat doit être explicité, quand les esprits se seront assagis. Il servira de point d’appui pour expliquer les aberrations de ce règne diabolique.  

Quant aux victimes de la barbarie de Sékou Touré, contrairement à ce qu’avait chanté le poète (note 1), elles ne sont ni dans le feu qui crépite, ni dans le vent, ni dans l’eau qui coule….  Il serait vain d’écouter les choses pour chercher à les entendre… 

Ces victimes ne sont pas enfouies sous nos pieds. Elles sont plantées dans nos consciences. Elles sont des stèles de nos prières et les inspirations de nos refrains de regrets ; elles sont les sources de notre soif de justice qui marine dans la mélancolie empoissonnée d’une Guinée en faillite. Elles tiennent en otage les promesses de lendemains meilleurs. Avec la sérénité et la patience dont les morts ont le secret, elles perturbent la marche de l’histoire de notre pays. De l’olympe de Dieu, elles n’ont cure de nos lamentations. Elles ne demandent rien. Sauf de n’être pas mort en vain et d’être reconnues pour ce qu’elles sont : des sacrifices à la construction d’une nation, des sanctuaires pour ériger le droit et des cénacles pour approfondir les leçons sur les intentions criminelles et les négligences coupables qui ont ruiné tant d’espérances. 

À défaut, elles nous laissent nous vautrer dans les mêmes bêtises. 

 

Note 1 :  Birago Diop – le souffle des ancêtres 

 

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Camp Boiro

Les derniers jours de Sékou Touré, selon son ami André Lewin, ambassadeur de France

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Dans le Chapitre 89. — 26 mars 1984, La mort américaine de son monumentale oeuvre Ahmed Sékou Touré (1922-1984) Président de la Guinée de 1958 à 1984, M.André Lewin décrit les derniers jours du tyran. Cet ambassadeur qui fut l’artisan de la réconciliation entre son pays, la France et la Guinée a été un ami personnel de notre premier président.

J’estime bien notre ami l’ambassadeur, qui, dès son arrivée à Vienne, a eu la gentillesse d’inviter tous les fonctionnaires internationaux guinéens à déjeuner à la résidence des ambassadeurs de France au coeur de la capitale autrichienne. Mais, je dois disconvenir avec lui quand il attribue à Sékou Touré tout seul la paternité de l’indépendance de notre pays. Celle-ci a été acquise grace à la soif de liberté du peuple sous la conduite de tous les leaders des partis politiques existant à l’époque, avec quelques bourrages d’urnes de la part des agents électoraux, la plupart de jeunes élèves acquis à la cause de l’indépendance.

Sékou Touré fut le dernier parmi les leaders des partis politiques à opter pour le NON au référendum du 28 septembre, qui vit le choix pour l’indépendance triompher par 95 pour cent. Pourtant, cela n’empêchera pas le tyran de déformer l’histoire pour faire croire qu’il fut le seul père de l’indépendance et qu’il va finir tous les autres dans les camps de concentration, en particulier au Camp Boiro.

EXTRAIT

Le mardi 20 mars 1984, Sékou Touré rentre d’Alger et de Fès; il y a vainement tenté de rapprocher, au cours de ses conversations avec le président Chadli et le roi Hassan II, les points de vue de l’Algérie et du Maroc sur le Sahara occidental ; il sait désormais que le XXème Sommet de l’OUA prévu à Conakry, dont il ambitionnait de faire la réunion de la réconciliation, risque d’achopper sur cette question.

D’Alger, il est reparti avec une extinction de voix, et a même craint d’avoir été empoisonné. Du Maroc, il est rentré fatigué. Sa déception est perceptible, mais il espère toujours sauver “son” Sommet en se rendant quelques jours plus tard à Tripoli, puis dans d’autres capitales africaines.

Le mercredi 21 mars, il reçoit des délégations étrangères, des responsables guinéens et de simples militants, comme il a l’habitude de le faire quotidiennement. Le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Mbasogo Obiang Nguema, est son tout dernier visiteur officiel.

Le jeudi 22 mars, au Palais des nations, il préside avec son brio habituel la séance de clôture du congrès des syndicats de la CEDEAO ; rappelant qu’il a lui-même commencé à militer dans un syndicat, il affirme qu’il restera “syndicaliste jusqu’à (sa) mort” ; mais cette formule, qui semble aujourd’hui prémonitoire, il l’a déjà employée à maintes reprises.

Vers 17 heures, il regagne son nouveau bureau dans l’enceinte de la cité de l’OUA (il y est installé depuis un mois à peine), mais marche avec plus de difficulté que d’habitude. Sa femme, Hadja Andrée Touré passe un moment avec lui et lui montre un tissu de bazin avec lequel elle se propose de lui faire confectionner un boubou de cérémonie pour le Sommet de l’OUA ; il répond que ses goûts lui font préférer la percale, tissu plus modeste.

Dans la soirée, comme toujours quand il est seul, il dîne légèrement de miel, de laitages et d’ananas, mais à la fin de ce frugal repas, vers 21 heures, il est pris de malaises et de vomissements. Il se couche sans tarder et se plaint de douleurs qui sont “comme des coups de poignard”. Immédiatement alerté par Madame Andrée, le ministre des affaires étrangères, Abdoulaye Touré, qui est également docteur en médecine, s’affole; arrivé en hâte auprès de Sékou, il lui administre des calmants et appelle à son chevet des médecins chinois. Ceux-ci l’auscultent avec soin, lui donnent divers médicaments et prescrivent surtout du repos. Ils ne semblent pas avoir diagnostiqué l’accident cardio-vasculaire dont Sékou Touré est en fait victime.

L’un des tout premiers à avoir alerté Sékou et ses proches sur des problèmes cardiaques a été le Docteur Nagib Roger Accar, longtemps ministre de la santé. Dès les années 60, il avait décelé un risque d’anévrisme chaque fois que Sékou parlait fort ou se mettait en colère, et avait à plusieurs reprises conseillé une opération préventive, mais en vain…

Le vendredi 23 mars au réveil, Sékou ne se sent pas assez bien pour recevoir des visites, et annule tous ses engagements de la journée. Béavogui en est informé dès 7 heures du matin. Abdoulaye Touré est à ses côtés et répond aux coups de téléphone. Le roi du Maroc l’appelle dans la matinée pour parler encore du Sahara occidental; apprenant le malaise dont Sékou a été victime, il dépêche par avion spécial une équipe de médecins, qui arrivent dans la soirée. Informé par eux que l’état de Sékou est réellement très sérieux et qu’il s’agit d’un problème cardiaque, Hassan II alerte encore dans la nuit un hôpital spécialisé de Cleveland (Etat de l’Ohio) aux EtatsUnis, sur le lac Erié, où plusieurs chefs d’Etat (notamment la famille royale saoudienne) se font régulièrement soigner.

Le secret reste cependant bien gardé: trois ministres qui assistent le soir même à une réception à l’ambassade de France, Abdoulaye Touré, Mamadi Keita et Sénainon Béhanzin, ne font aucune allusion à cette indisposition du chef de l’Etat. Il n’est même pas certain que tous les ministres en aient été informés.

Entre temps, Sékou a été discrètement transporté dans l’une des villas de Belle-Vue. Les cardiologues américains, munis d’appareils sophistiqués de contrôle, arrivent à Conakry le samedi 24. Leur diagnostic tombe très vite: anévrisme de l’aorte; une intervention chirurgicale rapide est impérative. Hassan II prévient le roi Fahd d’Arabie saoudite, lequel envoie un avion médical saoudien ultra-perfectionné (affrété semble-t-il par la compagnie pétrolière ARAMCO) qui se pose à Conakry dans la matinée du dimanche 25. Il faudrait partir le plus rapidement possible, chaque heure qui passe rend désormais plus grand le risque opératoire et plus aléatoires les chances de succès.

Mais Sékou Touré est très réticent à l’idée de quitter la Guinée. C’est Madame Andrée qui finira par le convaincre, et le dimanche 25 en fin de journée, le Boeing 707 saoudien médicalisé s’envole vers les Etats-Unis; Sékou a pu monter à bord sans aide et saluer les membres du BPN et du gouvernement venus lui souhaiter bonne chance. Madame Andrée, leur fils Mohamed, sa fille Aminata, le ministre Abdoulaye Touré, Ben Daouda Touré, chef du protocole, et l’aide de camp Kalagban Camara se trouvent à ses côtés. Avant de partir, Sékou a tenu à faire une brève halte dans son bureau ; il en fait ensuite soigneusement fermer la porte, de même que ses armoires fortes, et en confie les clefs à un homme de confiance, le commandant Keita. A bord de l’avion, Sékou Touré, allongé, dicte à Abdoulaye Touré une sorte de testament.

En raison du décalage horaire, c’est encore dans la soirée de dimanche que l’avion se pose à Cleveland. L’ambassadeur de Guinée à Washington, Thierno Habib Diallo, son collègue accrédité à Ottawa, ainsi que N’Faly Sangaré, qui participait à Washington à une réunion du Fonds Monétaire International, rejoignent Sékou dans sa chambre à l’hôpital. Ismaël Touré, qui se trouvait en mission à Paris et en Suisse, en fait de même dans la nuit. Stokeley Carmichaël, l’ancien leader du mouvement des Black Panthers — un temps marié à Myriam Makeba et familier de Conakry — vient prendre des nouvelles. La famille loge dans un hôtel proche, face à l’hôpital.

Le lundi 26 mars au matin, Sékou prend en famille son petit déjeuner; Madame Andrée lui refuse la cigarette qu’il souhaite fumer. Puis Sékou téléphone à Béavogui; il est assez détendu, anxieux toutefois à l’idée d’une opération, car, dit-il :

— Je ne veux pas être opéré aujourd’hui; ce jour n ‘est pas un bon jour pour moi.

Il ajoute :

— D’ailleurs, je veux rentrer à la maison. J’ai un grand voyage important à faire.

Les examens approfondis auxquels les spécialistes américains procèdent montrent l’existence d’une dissection étendue de l’aorte avec une double fissure, ce qui exige une intervention chirurgicale immédiate. Mais le chirurgien se veut rassurant: l’opération a normalement 99% de chances de réussite; il faudra au patient trois semaines de repos complet; il pourra ensuite revenir à Conakry. Madame Andrée, qui dira plus tard qu’elle pensait que Sékou savait qu’il ne survivrait pas, échange encore quelques propos avec lui; à ses paroles d’encouragement et d’espoir, il se borne à répondre d’une voix sourde :

— Amen.

Son fils Mohamed l’accompagne jusqu’à l’entrée du bloc opératoire; ils échangent quelques mots sur la campagne agricole et sur la guerre Irak-Iran, deux sujets qui le préoccupent beaucoup. Au chirurgien américain qui se veut rassurant, il se borne à dire :

L’homme propose, Dieu dispose.

C’est au cours de l’opération, commencée vers midi et qui dure près de quatre heures, que le coeur lâche; tous les efforts des chirurgiens pour arrêter les hémorragies et ramener Sékou à la vie sont vains. Les vaisseaux sanguins, durcis par l’âge et l’usage du tabac, ne se prêtent pas aux manipulations chirurgicales indispensables. II est 15 heures 23 minutes à Cleveland, 22 heures 23 à Conakry, ce lundi 26 mars 1984. Les proches sont immédiatement avertis à l’hôtel où ils attendaient des nouvelles.

 

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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