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COVID-19 en Afrique : « Des niveaux de mobilisation sans précédent » alors que les nations se préparent à une pandémie

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À l’aéroport de Kigoma, en Tanzanie, un agent de santé enregistre les détails des passagers à l’arrivée et au départ, le 14 mars 2020. Photo de Pernille Bærendtsen, reproduite avec autorisation.

[Sauf mention contraire, tous les liens mènent vers des sources en anglais]

Étant donné qu’au moins 19 pays africains sont désormais confrontés au COVID-19, plusieurs gouvernements ont pris des mesures cruciales pour l’atténuation et la gestion de son impact, notamment des restrictions de voyage, des tests de santé aux points d’entrée, des tests rapides et des mesures de distanciation sociale.

l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré le 11 mars que le COVID-19, qui provoque une maladie jusque-là inconnue potentiellement mortelle, avait atteint le statut de pandémie [fr]. Le virus a coûté la vie à 4 955 personnes dans le monde à la date du 13 mars 2020, selon l’OMS.

Au 14 mars, l’OMS signalait 215 cas et cinq décès au total en Afrique.

Les pays suivants ont signalé plus de 15 cas de COVID-19 : Algérie (37), Égypte (93), Sénégal (19), Afrique du Sud (24) et Tunisie (16). Ces autres pays ont moins de 15 cas : Burkina Faso (2), Cameroun (2), Côte d’Ivoire (1), République démocratique du Congo (2), Éthiopie (1), Gabon (1), Guinée (1), Kenya (1), Mauritanie (1), Maroc (7), Namibie (2), Nigéria (2), Soudan (1) et Togo (1).

Presque tous les cas du virus en Afrique sont liés à des voyageurs en provenance de l’Europe, qui est maintenant devenue l’épicentre de la pandémie. Cela a incité plusieurs pays africains à prendre la décision historique d’imposer des restrictions aux voyageurs en provenance de pays ayant un nombre élevé de cas de COVID-19.

Par exemple, l’Ouganda a pris la mesure sans précédent de restreindre l’entrée des voyageurs en provenance de 16 pays ayant un nombre élevé de cas de COVID-19, dont la Chine, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Iran, la Corée du Sud, l’Espagne, le Royaume-Uni et les États-Unis.

L’Ouganda a suspendu les vols en provenance de pays à haut risque touchés par le coronavirus, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, la Chine, la France, l’Allemagne, l’Iran, l’Italie, la Corée du Sud, l’Espagne, les Pays-Bas, la Suède, la Norvège, l’Autriche et la Malaisie.

Pendant ce temps, l’île semi-autonome de Zanzibar, qui fait partie de la République Unie de Tanzanie, aurait annoncé qu’elle restreignait les vols charters en provenance d’Italie, où les cas de COVID-19 montent en flèche. Mais ces restrictions ne s’appliqueraient pas à la Chine, un pays qui fait du commerce et des affaires avec la Tanzanie. Le Kenya a également interrompu les vols directs depuis l’Italie vers les stations balnéaires de Mombasa.

Le Nigéria n’a imposé aucune restriction de voyage mais a fortement déconseillé les voyages vers des pays enregistrant des niveaux élevés de transmission du COVID-19 tels que la Chine, l’Iran, l’Italie, le Japon et la Corée du Sud. En outre, ce pays ouest-africain a proposé une mesure d’auto-isolement de 14 jours aux voyageurs en provenance de ces pays.

Le Libéria, un pays qui n’a jusqu’à présent enregistré aucun cas de COVID-19 mais a une vaste expérience suite à la crise sanitaire causée par Ebola, une maladie très infectieuse [fr], a décidé d’imposer une quarantaine obligatoire de 14 jours dans un centre d’observation à toute personne provenant d’Allemagne, où les cas de COVID-19 sont en augmentation rapide. De même, la République démocratique du Congo met en place un régime d’auto-quarantaine de 14 jours à toute personne venant [fr] de France, d’Allemagne, d’Italie et de Chine.

« L’épidémie d’Ebola en 2014 a entraîné des suspensions de vols, des interdictions de visa et des régimes de quarantaine qui ont touché des milliers de voyageurs des trois pays d’Afrique de l’Ouest au cœur de l’épidémie », selon le Globe and Mail.

Un internaute a qualifié ce moment – où les gouvernements africains sont désormais en mesure d’interdire l’entrée des voyageurs en provenance d’Europe, des États-Unis et du Royaume-Uni – de « tournant historique »:

Le tournant de l’histoire est arrivé.

[Titre de l’article : Face à la pandémie du coronavirus, les pays africains mettent en place des restrictions à l’entrée des visiteurs européens.]

Mobilisation et préparation

Alors que le coronavirus continue de se propager à travers l’Afrique, les citoyens et les gouvernements ont débattu des capacités des nations africaines à gérer la crise en termes de soins de santé, de préparation aux catastrophes, de communication et de réponse.

Mais « de nombreux responsables de la santé africains sont fortement irrités lorsqu’on évoque l’idée qu’ils ne s’attaquent pas adéquatement à la crise, affirmant qu’il y a eu un niveau de mobilisation sans précédent pour COVID-19, ainsi qu’une expérience croissante sur laquelle s’appuyer », selon la BBC.

Une fois que les premiers cas ont été signalés en Éthiopie et au Kenya, deux pays dont les capitales servent de plaques tournantes pour les transports, ces nations ont immédiatement interdit les grands rassemblements et exhorté les citoyens à pratiquer la « distanciation sociale » – un terme utilisé pour décrire la minimisation des contacts avec d’autres personnes et le maintien d’une distance d’au moins six pieds [1,83 mètres] si l’interaction est nécessaire – afin de ralentir la propagation du virus.

Lire également:  Un titre de France24 sur le COVID-19 qualifié de raciste par des internautes africains

Lorsque le Nigéria a alerté le monde de l’existence du cas de son patient zéro du COVID-19, le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Ghebreyesus, a félicité le Centre nigérian pour le contrôle sanitaire (NCDC) pour sa transparence et sa rapidité à partager les informations :

Merci à @NCDCgov et au gouvernement du #Nigéria pour la manière rapide et transparente avec laquelle vous avez partagé la séquence # COVID19 du premier cas du pays. C’est un véritable acte de solidarité et une étape importante pour empêcher le #coronavirus de se propager davantage.

En Tanzanie, également sans aucun cas signalé au 14 mars, le président John Magufuli s’est toujours efforcé d’encourager la distanciation sociale – un défi majeur dans une région connue pour ses normes sociales de contacts étroits et communautaires.

Lorsque le président Magufuli a rencontré le chef de l’opposition de longue date, Malim Seif Sharif, ils ont donné l’exemple en « se touchant du pied » – une nouvelle salutation dans un pays habitué à des poignées de main solides et fermes :

Le président de la Tanzanie, Magufuli (à droite), échange ses salutations du pied avec le chef de l’opposition Seif Sharif Hamad pour promouvoir la norme du « bonjour sans poignée de main » en ces temps de #Coronavirus. Un critique dit que « Magufuli l’antidémocrate a dû remercier le COVID-19, car cela lui donne l’excuse parfaite pour NE PAS serrer la main de l’opposition ».

Un communiqué de M. Ummy Mwalimu, Ministre tanzanien de la Santé, du Développement, du Genre, des Personnes âgées et de la Jeunesse.

Il a également été signalé que la Tanzanie avait identifié de manière préventive trois « centres d’isolement » dans les régions du nord, de l’est et de l’ouest, en cas d’épidémie de COVID-19. « Des thermomètres ont été stockés et plus de 2 000 agents de santé formés », selon la BBC. Cependant, on ne sait pas exactement où sont situés ces centres.

Le ministre tanzanien de la Santé, M. Ummy Mwalimu, a publié un communiqué officiel le 14 mars, selon lequel six voyageurs en provenance du Danemark et de Norvège ayant transité par le Kenya auraient été contrôlés à l’aéroport de Kilimandjaro à Arusha, en Tanzanie. L’un d’eux avait une forte fièvre, une toux et un épuisement – autant de symptômes du COVID-19. Les autorités ont décidé de placer le groupe en isolement, avant de transférer les voyageurs à l’hôpital de Rufaa pour des tests. Tous se sont révélés négatifs pour le COVID-19 et sont désormais libres de poursuivre leurs activités.

Pendant ce temps, au Rwanda, sans aucun cas signalé, le gouvernement a mis en place des mesures préventives de lavage des mains dans les centres de transports publics de Kigali :

LEADERSHIP 👇🇷🇼

Le Rwanda tient le coronavirus à distance avec une campagne de lavage des mains en public.

Les préparatifs en Afrique

On a beaucoup spéculé sur le fait que les chiffres concernant le COVID-19 seraient faibles en Afrique (ainsi que dans certaines autres parties du monde) car il n’y aurait pas encore de tests adéquats disponibles.

Cependant, 33 des 47 pays d’Afrique subsaharienne sont actuellement équipés de dispositifs de test, une augmentation spectaculaire par rapport à janvier 2020, lorsque seuls l’Afrique du Sud et le Sénégal étaient en mesure d’effectuer ce dépistage.

Le Sénégal, avec un seul cas signalé jusqu’à présent, a déclaré pouvoir effectuer le test en moins de quatre heures, alors que dans certains pays, comme les États-Unis, cela pourrait prendre jusqu’à une semaine pour obtenir des résultats.

Selon le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), au début du mois de février, le Sénégal a également formé 16 laboratoires [fr] africains pour la détection du COVID-19. Les sessions de formation ont eu lieu à Dakar, la capitale ; une formation supplémentaire pour 12 autres laboratoires africains a eu lieu en Afrique du Sud.

Le NCDC du Nigéria publie des rapports quotidiens avec des mises à jour du suivi des contacts COVID-19, et dispose également d’une ligne téléphonique fixe gratuite et d’un numéro WhatsApp pour que les citoyens puissent poser des questions liées au COVID-19.

La Communauté de développement de l’Afrique australe a également tenu une session extraordinaire le 9 mars [pdf] à Dar es Salaam, en Tanzanie, pour discuter de la préparation et de la réponse au COVID-19, exhortant les membres à se préparer à mettre en œuvre leurs plans d’urgence nationaux.

Malgré ces mesures, de nombreux pays africains ont du mal à offrir des soins de santé adéquats à tous.

Mme Everjoice Win du Zimbabwe a tweeté de sérieuses questions sur celles et ceux qui pourraient être laissés pour compte dans cette crise, et son compte a depuis été suspendu :

Comment se mettre en auto-isolement dans un quartier informel ? Ou dans un foyer comptant de nombreuses personnes ? Comment « faire des réserves » quand on vit dans la précarité ? Quels seront les effets des fermetures de magasins pour le personnel payé à la journée ou à l’heure ? Je demande au nom d’un continent.

En Tanzanie, par exemple, 25 millions de personnes n’ont toujours pas accès à de l’eau propre,  essentielle pour se laver les mains, afin de ralentir la propagation du COVID-19.

Pourtant, les diverses réponses coordonnées lors de l’apparition de cas de COVID-19 à travers le continent prouvent que l’expérience et la détermination vont de pair.

Consultez le dossier spécial de Global Voices sur l‘impact mondial du COVID-19.

_______

J’ai traduit ce billet qui a été écrit conjointement par Amanda Leigh Lichtenstein, écrivaine et éducatrice de Chicago, IL (USA), qui vit en Afrique de l’est et est, éditrice pour la section africaine au sud du Sahara dans globalvoices.org et le nigérian Nwachukwu Egbunike, poète et écrivain et coéditeur pour ce même réseau également pour l’Afrique au sud du Sahara.. 

Il a été publié en premier sur globalvoices.org le 1 6 mars 2020.

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Droits de l'Homme

Black Lives Matter fait fléchir IBM, qui renonce à la reconnaissance faciale

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Sous la pression du mouvement Black Lives Matter, qui soulève des questions cruciales sur la relation entre surveillance et racisme aux États-Unis et ailleurs, la société IBM a annoncé qu’elle renoncerait au marché de la reconnaissance faciale. Cela marquera-t-il un tournant dans l’exploitation sécuritaire de technologies qui présentent de nombreux défauts ?

L’information est presque passée inaperçue.

D’un côté de l’actualité, la crise sanitaire du COVID-19 gérée dans la confusion. De l’autre, les explosions de colère engendrées par des violences policières ahurissantes, ravivant le mouvement Black Lives Matter autour du monde. Entre les deux, IBM déclarait le 8 juin sa décision d’abandonner le marché de la reconnaissance faciale [en], poussée par les actions militantes à respecter sa charte éthique.

« La technologie peut accroître la transparence et aider la police à protéger les communautés mais ne doit pas promouvoir la discrimination ou l’injustice raciale. » annonçait notamment Arving Krishna, CEO de la firme.

L’annonce a suscité peu de réactions, hormis chez certains analystes politico-économiques [en], technophiles, ou militants. Elle pourrait pourtant annoncer des changements majeurs dans l’influence qu’exercent les technologies sur nos vies.

Une technologie controversée

La reconnaissance faciale permet d’identifier des personnes sur des photos ou vidéos, de manière automatisée. Pour y parvenir, elle s’appuie sur deux piliers : une banque d’images de référence, préenregistrées, et une grande puissance de calcul. Deux domaines qui ont connu des progrès phénoménaux dernièrement, grâce aux innovations réalisées respectivement dans la Big Data [en] et l’intelligence artificielle [en] (IA). Déployer la reconnaissance faciale à grande échelle est donc devenu possible.

Depuis plusieurs années, les exemples se multiplient à travers le monde. Dès février 2005, la police municipale de Los Angeles [en] utilisait un système développé par General Electric et Hamilton Pacific. Une pratique qui s’est généralisée depuis, et accélérée. En 2019, la Chine [en] comptait 200 millions de caméras de vidéosurveillance sur son sol. Un réseau plus dense encore se préparerait en Russie [en]. Sans compter les initiatives de villes comme Nice qui la teste actuellement, ou Londres [en], où des caméras analysent les visages des passants (sans les prévenir) dans le but de localiser les personnes recherchées.

Les autorités justifient cette surveillance automatisée par des impératifs sécuritaires : fin 2016, Interpol déclarait avoir identifié «plus de 650 malfaiteurs, fugitifs, personnes d’intérêt ou personnes disparues […] ». Il s’agit en somme de lutter contre la délinquance, le terrorisme, ou plus récemment la propagation du coronavirus [en].

Mais comme d’autres avancées technologiques, la reconnaissance faciale est une arme à double-tranchant. Les progrès qu’elle apporte s’accompagnent de menaces, notamment sur les libertés humaines.

Plusieurs associations de défenseurs des droits numériques alertent l’opinion publique sur les dérives potentielles. Parmi elles, l’Electronic Frontier Foundation (EFF [en]) ou La Quadrature du Net. Cette dernière coordonne la campagne Technopolice, une initiative qui recense et dénonce les projets de surveillance automatisée en France, et qui appelle à une résistance systématique.

Fiabilité relative

Le danger le plus évident de la reconnaissance faciale vient de sa méthode d’apprentissage, un entraînement basé sur des échantillons de données : les training data sets. S’ils sont incomplets ou manquent de pertinence, votre outil tirera de mauvaises interprétations. On appelle cela un biais d’apprentissage.

Une démonstration saisissante de ce biais a été partagée récemment : le 19 juin, une IA démontrait sa capacité à reconstruire un portrait à partir d’une source pixelisée, une prouesse digne des séries télévisées policières. Des utilisateurs l’ont rapidement testée, et ont obtenu des résultats parfois aberrants, qu’ils ont publiés. Des échecs significativement plus nombreux sur les sujets afro-américains ou d’origine hispanique, comme… Barack Obama et Alexandria Ocasio-Cortez ! Le data set, qui contenait presque uniquement des portraits de personnes blanches, avait orienté les reconstructions vers des profil-types qu’il calculait, à tort, les plus probables.

Cette photo d’un Barack Obama blanc représente tout le problème du biais racial de l’IA https://t.co/88Sl9H0lEp [en]

Si vous utilisez l’IA pour identifier des personnes sur des images plutôt que pour les améliorer, le traitement d’analyse aura probablement un biais semblable, comme l’explique cet article:

Imaginons que vous décidiez d’évaluer la dangerosité, le risque de criminalité d’une personne, à partir de paramètres tels que l’âge, le lieu de résidence, la couleur de peau, le diplôme le plus élevé… et que pour entraîner votre logiciel, vous utilisiez les données fournies par les centres de détention, les prisons.

Alors il est fort probable que votre logiciel minimise fortement les risques pour les personnes blanches et l’augmente pour les autres.

Les faits parlent d’eux-mêmes. À Londres la reconnaissance faciale en temps réel affiche un taux d’erreur de 81% ; à Détroit, un homme afro-américain a témoigné [en]après avoir été arrêté à tort à cause d’une identification défaillante…

Une légitimité remise en cause

Non seulement le système est faillible, mais il aggrave les discriminations [en], comme le confirmait une enquête du site d’investigation ProPublica dès 2016.

Google Photos qui étiquetait comme des « gorilles » deux Afro-Américains […] un outil d’aide au recrutement utilisé par Amazon et défavorisant les femmes

Source : « IA : la reconnaissance faciale est-elle raciste ? » Orange Digital Society Forum

Pour les services de police, souvent pointés du doigt en matière de discriminations, la reconnaissance faciale est un élément supplémentaire hautement inflammable.

La mort de Georges Floyd dans une affaire de violence policière, le 25 mai à Minneapolis, a déclenché de nombreuses manifestations aux États-Unis d’abord, puis à travers le monde. Elles dénonçaient initialement les discriminations visant les minorités ethniques. Mais une incroyable escalade de violence a amené les manifestants à réclamer la démilitarisation des forces de l’ordre, scandant le slogan « Defund the police ». Par extension, les outils de surveillance généralisée ont aussi été remis en question, ainsi que les entreprises privées qui les fournissent.

Mise sous pression par les militants du mouvement Black Lives Matter [en], la société IBM a donc annoncé son retrait (relatif) du marché de la reconnaissance faciale.

Ce n’est pas un hasard si Big Blue a réagi la première. L’entreprise a une longue histoire, parfois honteuse, qu’elle a du apprendre à assumer. Dès 1934, elle collaborait avec le régime nazi par l’intermédiaire de sa filiale allemande. Beaucoup plus tard en 2013, elle était impliquée dans l’affaire du programme de surveillance PRISM, mis en lumière par le lanceur d’alerte Edward Snowden. Peut-être pour cette raison, elle a pu prendre la mesure de son rôle dans le conflit actuel, entre un état sécuritaire et des militants des droits humains. Bien sûr, on peut évoquer un argument beaucoup plus rationnel dans la stratégie d’IBM, désireuse de se protéger d’éventuelles procédures judiciaires et de leur coût financier.

Néanmoins, la réorientation de son activité est bien réelle, et elle a initié une dynamique suivie par d’autres de ces géants. Microsoft déclarait le 12 juin qu’elle refuserait de vendre sa solution aux services de police ; Amazon, sous la pression sociale [en], a fini par décréter un moratoire [en] sur son outil Rekognition.

Un premier pas dans une démarche de réformes ?

La nécessité d’un cadre législatif est devenue une évidence. Dans sa déclaration, Arvind Krishna, CEO d’IBM, réclamait au Congrès américain de « démarrer un dialogue national pour savoir si, et comment, les technologies de reconnaissance faciales devaient être utilisées par les forces de l’ordre. »

Cet appel a été entendu. Des membres du Congrès ont proposé, le 25 juin, un projet de loi [en] interdisant l’utilisation de la reconnaissance faciale par la police. La veille déjà, l’interdiction était entérinée dans la ville de Boston [en] par le Conseil municipal.

Ce n’est sans doute que le début d’un long combat politique et juridique, pour encadrer l’utilisation de la reconnaissance faciale dans une démarche respectueuse des citoyens. Mais pour la première fois, les mouvements de défense des droits humains semblent en mesure d’influencer les entreprises de la Big Tech et des pouvoirs politiques, afin de tendre conjointement vers une technologie profitable à tous.

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Droits de l'Homme

Les Maliens se sont rendus au second tour des élections législatives malgré la pandémie du COVID-19

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J’ai écrit ce billet pour globalvoices.org qui l’a publié avant la proclamation des résultats, le 30 avril 2020

Le 19 avril, le Mali a procédé au deuxième tour de son élection législative en dépit des menaces djihadistes et des incertitudes liées à la pandémie du COVID-19.

Après avoir voté au premier tour le 29 mars, les Maliens se sont rendu aux urnes pour un deuxième tour afin de renouveler les membres de leur parlement élu en 2013. Le mandat législatif, d’une durée de cinq ans, devait s’achever en 2018. Toutefois, les élections ont été reportées à deux reprises. Pour le dernier report, le journaliste malien Kané Illa explique dans un billet de l’agence Anadolu:

Le gouvernement a expliqué ces reports par la grève des magistrats -entamée depuis plus de deux mois en contestation des conditions financières et de travail, qui “a empêché l’acquisition par les candidats de certains documents nécessaires pour postuler aux législatives”.

Dans une déclaration publiée le 26 septembre dernier, l’opposition malienne avait demandé le report des législatives, soutenant “qu’aucune élection régulière, transparente et démocratique ne peut être organisée sans la correction de graves insuffisances et la mise à plat du système de fraude organisée, qui a marqué la dernière élection présidentielle“.

Aux dires des observateurs locaux, les élections se sont tenues dans les règles tout en intégrant les nouvelles mesures de santé publique liées à la pandémie du COVID-19. A la date du 26 avril on a enregistré 370 cas de COVID-19 dont 21 mortels.

Drissa Traoré, président de la Coalition pour l’Observation Citoyenne des Elections au Mali (COCEM), une plateforme d’organisations issues de la société civile, a déclaré lors d’une conférence de presse pour faire le point sur les premiers constats le jour même des élections le 19 Avril 2020:

Les observateurs de la Cocem ont constaté le renforcement des mesures préventives contre la propagation de COVID-19 par le gouvernement telle que la mise à disposition du gel, gants et des masques pour les agents électoraux et des électeurs dans certaines localités, des unités de lavage des mains dans certains centres de vote. Cependant, des telles mesures auraient pu être effectives dans tous les centres et bureaux de vote, tel que recommandé par la Cocem dans sa déclaration préliminaire du premier tour…

Et il ressort pour l’instant que 95% de bureaux de vote observés ont ouvert à l’heure (avant 8h15) et 5% des bureaux observés ont ouvert entre 8h15 et 9h30.

À l’issue de ces élections, Ibrahima Sangho, chef de la Mission d’Observation Électorale (MOE) et de la Synergie des organisations de la société civile entre autres, a tenu une conférence de presse sur le déroulement de ces élections. Un article reprend la principale déclaration:

Selon la Synergie des organisations de la société civile et de la CNDH (Commission nationale des droits de l’homme), le taux de participation global à la clôture était de 23,22%. En outre, la mission a noté que 53,87% des votants étaient des femmes.

Ces organisations de la société civile avaient déployé dans les 55 circonscriptions électorales plus de 1,200 observateurs.

Cependant, les taux fournis par Boubacar Alpha Bah, Ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, sont différents:

Le 19 avril, très peu d’électeurs ont effectué le déplacement dans les centres de vote pour élire leurs députés : 2.363.827 votants sur les 6.691.305 inscrits, 2.311.920 suffrages valablement exprimés, soit un taux de participation de 35,33%. Ces chiffres ont été communiqués, hier, par le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Boubacar Alpha Bah. Les résultats seront soumis à la Cour constitutionnelle qui a le dernier mot. Si cette institution valide les résultats compilés par le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, l’Assemblée nationale ne changera pas fondamentalement de configuration.

Le taux fourni par le ministre est plus proche des taux de participation aux législatives en 2013 qui avait été de 37, 24% , et de celui du deuxième tour de la présidentielle qui a eu lieu le 12 août 2018, qui était de 34,54 %.

Selon ce que rapporte le journaliste Abdoulaye Ouattara, la Cour constitutionnelle a déjà validé les résultats du 1er tour le 9 avril 2020:

Au terme de son audience, la Cour a déclaré 22 députés élus dès le premier tour dans 11 circonscriptions électorales. Les 125 autres sièges seront attribués à l’issue du second prévu pour le 19 avril 2020.

Ces élections se sont déroulées dans des conditions particulières car d’un côté, il y a les massacres de villageois et des membres des forces armées maliennes que les groupes djihadistes imposent dans de vastes zones du pays, de l’autre on trouve les contraintes imposées par le gouvernement pour contrer la progression du COVID-19.

K. Richard Kouassi, rédacteur du site web à Afrique Sur 7 rappelle les dernières attaques meurtrières des jihadistes qui ont fait un lourd bilan:

Le Mali connaît actuellement un moment douloureux. Et pour cause, le lundi 6 avril 2020, le pays a subi une attaque perpétrée par des djihadistes. Selon l’AFP (Agence France presse), le bilan fait état de vingt soldats tués par les assaillants…

Vingt et neuf soldats maliens avaient été tués et cinq autres ont subi des blessures, avaient annoncé les Forces armées maliennes dans un communiqué. Cette attaque était la plus meurtrière qu’a connue le Mali en quatre mois.

Depuis près de dix ans, le pays est sous la menace de groupes armés qui endeuillent les populations et causent d’énormes pertes dans l’armée malienne.

Citant une source du Armed Conflict Location & Event Data Project (Projet de données sur les lieux et les événements de conflits armés) le site independant-mali.net fait savoir que:

Détérioration de la situation sécuritaire dans le nord et le centre du Pays: Plus de 1000 morts dont plus de 300 civils depuis janvier 2020

La révélation a été faite par ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project), une organisation non gouvernementale spécialisée dans la collecte, l’analyse et la cartographie des données de conflit. Selon cette organisation, malgré la propagation du COVID-19, l’intensité des violences armées au Mali n’a pas baissé d’un cran. Parmi les victimes qui en paient le plus lourd tribut figurent les civils, essentiellement dans les régions dites du Centre.

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Droits de l'Homme

Malgré les critiques, un mouvement mené par des femmes en Inde maintient son combat contre la Loi sur la citoyenneté

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The main protest area of Shaheen Bagh protests 15 Jan 2020. Image by DTM via Wikimedia Commons. CC 0

La principale zone de manifestation de Shaheen Bagh le 15 janvier 2020. Image de DTM via Wikimedia Commons, sous licence CC 0.

Je publie ce billet écrit par la blogueuse Anumeha Verma et que j’ai traduit de l’anglais au français et qui a été publié sur le réseau globalvoices.org le 27 février 2020. Je le publie car il concerne de graves violations des droits humains. En effet en Inde, ces jours-ci on assiste à des heurts opposant partisans et opposants d’une loi controversée sur la citoyenneté jugée discriminatoire par les musulmans indiens. Au moins 27 personnes auraient été tuées.

[Sauf mention contraire, tous les liens mènent à des sources en anglais]

Une manifestation dirigée par des femmes dans le quartier de Shaheen Bagh à New Dehli, en Inde, a captivé la nation et attiré l’attention du gouvernement. Ce qui a commencé avec une poignée de femmes musulmanes protestant contre le Registre national des citoyens (NRC, acronyme anglais) et l’amendement de la Loi sur la citoyenneté (CAA) le 15 décembre 2019, s’est rapidement transformé en une manifestation ininterrompue jour et nuit, avec la participation de plusieurs sections locales de la société civile et d’autres groupes d’activistes.

Après que des plaintes aient été déposées contre les manifestantes pour avoir provoqué des embouteillages, la Cour suprême indienne a nommé des médiateurs pour négocier le déplacement de la manifestation le 17 février. Cependant, les femmes de Shaheen Bagh ne sont pas d’humeur à céder et ont plutôt demandé au public : « Si nous pouvons tant sacrifier pour cette manifestation, les gens ne peuvent-ils pas tolérer un léger désagrément ? »

Les raisons de la colère

Le 12 décembre 2019, l’amendement de la Loi sur la citoyenneté (CAA) a été promulgué. La CAA offre des droits [fr] de citoyenneté aux réfugiés et immigrants des pays voisins qui appartiennent à des communautés religieuses spécifiques. Cependant, cette liste exclut les musulmans. La CAA, combinée à une proposition de mise à jour du registre national d’état civil (NRC) qui exige une preuve d’ascendance avec des documents tels que des actes de naissance, est considérée comme désastreuse pour la communauté musulmane [fr] minoritaire. Parmi les musulmans qui ne seraient pas en mesure de fournir ces justificatifs, ce qui peut être compliqué en raison des procédures d’état civil défaillantes, beaucoup craignent d’être déchus de leur citoyenneté et de se trouver sans aucune voie légale pour rester dans le pays, contrairement à d’autres minorités religieuses.

Lire aussi : Le bilan s’élève à 27 morts dans les manifestations contre l’amendement de la Loi sur la citoyenneté en Inde

Lire aussi : Modi instumentalise l’hostilité envers les immigrants bangladais en Inde pour justifier les changements de la loi sur la citoyenneté [fr]

Alimenté par la crainte des manifestantes de perdre leurs maisons et leur citoyenneté à cause de ces nouvelles mesures, le rassemblement de Shaheen Bagh est rapidement devenu une plate-forme d’expression du mécontentement face aux autres problèmes qui affligent le pays. Le chômage, la pauvreté, la corruption et le désenchantement vis-à-vis du gouvernement actuel sont quelques thèmes qui ont fortement figuré dans ces manifestations.

Posters and artwork on a closed storefront. Image by DiplomatTesterMan via Wikimedia commons. CC 0

Affiches et illustrations sur une devanture fermée. Image par DiplomatTesterMan via Wikimedia commons, sous licence CC 0.

Les femmes qui manifestent à Shaheen Bagh ont fait preuve d’une détermination sans faille et refusé de quitter les lieux. Ces manifestations ont inspiré des mouvements similaires dans d’autres régions du pays, notamment à Pune, Bangalore, Ludhiana, et Prayag Raj, où les citoyens concernés se sont montrés solidaires de leurs homologues de Delhi.

Jusqu’à présent, les manifestantes ont obtenu du soutien mais aussi été tournées en ridicule par des factions au sein du parti au pouvoir qui soutiennent que la CAA ne nuira pas aux intérêts des minorités.

Dilip Ghosh, chef du BJP du Bengale occidental lors de la manifestation de Shaheen Bagh à Delhi : lors de la démonétisation, on a beaucoup parlé de personnes qui mouraient dans les files d’attente. Maintenant, lorsque les femmes sont assises avec des enfants à une température de 4 à 5 degrés Celsius, personne ne meurt. Quel amrit (nectar) ont-elles pris? (28.1)

Cependant, certaines personnes ont ouvertement manifesté leur soutien aux femmes de Shaheen Bagh.

Ce Shaheen Bagh !!

Des manifestantes à Shaheen Bagh font un don de sang!

C’est ça l’humanité et cette révolution de masse est contre tout système qui s’oppose à l’humanité !

Shaheen Bagh représente chaque Indien!

Shaheen Bagh, c’est la nouvelle définition de l’humanité

Efforts de médiation

La décision actuelle de la Cour suprême de déplacer la manifestation de Shaheen Bagh est le résultat de plaintes déposées en raison des embouteillages à proximité du lieu de rassemblement. Bien que la Cour suprême ait confirmé le droit des citoyens à manifester pacifiquement, elle a néanmoins précisé que ce droit ne pouvait pas causer de gêne prolongée pour le public. Le quotidien Times of India a créé un blog où sont publiées des mises à jour sur les efforts de médiation.

#ShaheenBagh Dabang daadi, Bilkis Bano (82 ans) :

« Le HM dit qu’il ne reculera pas d’un pouce sur le CAA.
Nous ne toucherons pas non plus un cheveu à quiconque,
mais nous ne bougerons pas tant que la loi ne sera pas retirée »

« Hamne Angrezon ko bhagaya tha, tum kya cheez ho? »
(Nous avons chassé les Britanniques, que représentez-vous?)

La Cour suprême a reconnu aux femmes de #ShaheenBagh leur droit de manifester, mais leur a demandé de cesser de bloquer la circulation.

Mais Shaheen Bagh est bien plus qu’un simple site de protestation ou un embouteillage

Regardez #MintWideAngle avec @AunindyoC

Les médiateurs devaient achever les négociations et soumettre un rapport à la Cour suprême au plus tard le 24 février 2020.

On ne sait pas encore si les manifestantes seront forcées de se déplacer, mais les femmes de Shaheen Bagh se sont fait une place dans les annales de l’histoire des mouvements de protestation en Inde.

Consultez le dossier spécial de Global Voices : Qui paie le coût du déclin de la démocratie en Inde? (en anglais).

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Droits de l'Homme

Forte mobilisation pour la libération du chercheur Patrick Zaki, détenu en Égypte pour des motifs politiques

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« Cette fois-ci, tout ira bien » Giulio Regeni prend Patrick Zaki dans ses bras comme pour le protéger. Photo de Fotografia Errante (Photographie errante).

[Tous les liens conduisent à des sites en italien, sauf indication contraire].

La peinture murale de l’artiste de rue Laika est une image plus éloquente que mille mots, pour attirer l’attention sur l’arrestation par les autorités égyptiennes du chercheur et militant des droits humains Patrick Zaki. L’œuvre [déjà effacée] réalisée à Rome près de l’ambassade d’Égypte, dépeint Giulio Regeni[fr], le chercheur brutalement assassiné dans ce pays en 2016, prenant Zaki dans ses bras en disant : « Cette fois-ci tout ira bien. »

Qui est Patrick George Michel Zaki Soleyman?

Patrick Zaki poursuit actuellement un Master de recherche GEMMA[en] sur les femmes et le genre à l’Université de Bologne. Il travaille pour l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIRP [en]) et en 2018, il a été directeur de la campagne présidentielle de Khaled Ali, l’un des opposants au président Abdel Fattah al-Sisi.

Les études de Zaki sont étroitement liées à son activisme pour la liberté d’expression et pour les droits humains, en particulier les droits des minorités chrétiennes, de la communauté LGBTQIA [fr] et des femmes. Il a exprimé publiquement son soutien à la campagne de Regeni et a constamment attiré l’attention sur les conditions de détention des prisonniers politiques moins connus. Par le passé, il a sévèrement critiqué le régime du général Al Sisi [fr].

L’arrestation de Patrick Zaki

À l’heure actuelle, des informations contradictoires circulent sur son arrestation. Les rapports de police indiquent que Zaki aurait été arrêté dans sa ville natale, où il était revenu pour de courtes vacances. En fait, le jeune homme a plutôt été interpellé à 4 heures du matin le 7 février à son arrivée à l’aéroport du Caire, après avoir à peine eu le temps de communiquer son arrestation à sa famille. Les yeux bandés, il a été emmené dans un endroit tenu secret et il n’y a eu aucune nouvelle de lui pendant 27 heures. Il a ensuite été présenté le matin du 8 février devant le procureur de Mansoura pour un nouvel interrogatoire, en présence de ses avocats.

L’arrestation aurait eu lieu sur la base d’un mandat délivré le 23 septembre 2019, qui ne lui a cependant jamais été notifié ; il est maintenant accusé de publication de fausses informations, d’incitation contre les pouvoirs publics, de soutien au renversement de l’État égyptien, d’utilisation des réseaux sociaux pour porter atteinte à l’ordre social et à la sécurité publique, d’incitation à la violence et au terrorisme. Le militant a été condamné à 15 jours de détention provisoire, mesure qui peut cependant être renouvelée plusieurs fois, jusqu’à une durée de 2 ans de prison. Selon son père, l’ingénieur George Michel, qui a pu lui rendre une courte visite, il a changé de lieu de détention. Du poste de police numéro 2, où il était en garde à vue avec d’autres prisonniers politiques, Patrick Zaki a été transféré à la prison de Talkha sur l’autre rive du Nil, où se retrouvent des criminels et des délinquants sexuels.

Lire également: Comment la révolution de Sékou Touré extorquait les confessions 

L’organisation Epir et l’avocat de Zaki Wael Ghally signalent tous deux de graves violations de ses droits de la part des agents de sécurité : au moment de son arrestation, le jeune homme n’a pas été autorisé à contacter un avocat ; pendant son interrogatoire, il aurait été frappé et torturé, et ses effets personnels réquisitionnés ou détruits.

D’autres collègues de Zaki ont également été temporairement détenus et interrogés ces derniers mois ; il y a au moins 60 000 prisonniers politiques en Égypte, y compris des personnalités importantes du soulèvement de 2011 et d’éminents politiciens. Les familles des personnes persécutées par le gouvernement ont également fait l’objet d’arrestations et d’intimidations.

Réactions sur les médias sociaux

La nouvelle de l’arrestation de Zaki a été divulguée le 8 février par l’EIPR, alors qu’en Italie, c’est le porte-parole d’Amnesty Italia, Riccardo Noury, qui l’a rapportée. La mobilisation en solidarité avec l’activiste en détention a déclenché différentes campagnes : il y a deux pétitions sur Change.org, qui ont recueilli respectivement plus de 173 000et 1 200 signatures (au moment où nous écrivons), tandis qu’une autre pétition a été lancée par Amnesty International et signée par plus de 54 000 personnes à ce jour.

Des rassemblements ont eu lieu à Grenade, l’université qui propose le Master GEMMA, et une marche a également été organisée le lundi 17 février à Berlin et à Bologne, ainsi que dans d’autres villes italiennes, grâce à l’engagement d’Amnesty Italia.

Dehors pour demander la libération de Patrick George Zaki :
14 février, Pescara – Place Salotto, sit in à partir de 19h00
14 février, Padoue – Palazzo comunale, flashmob à partir de 18h00 organisée par des étudiants de l’UDU et de l’ASU
15 février, Milan – près du consulat d’Egypte, 18h00

Des utilisateurs de Twitter qui soutiennent Patrick Zaki, comme @elianacolombino, ont également ajouté leurs voix au chœur de protestations contre les abus des forces de sécurité égyptiennes :

ACTION URGENTE Liberté pour Patrick George Zaky, activiste et chercheur de 27 ans emprisonné en Egypte uniquement parce qu’il est militant. #FreePatrickZaki [Libérez Patrick Zaki]

@saveriolakadima a fait référence à la vente d’armes à l’Égypte par l’Italie…

1 473 jours sans Giulio.
Au lieu de continuer à vendre des armes à l’Égypte, l’Italie devrait seulement la déclarer un pays dangereux.
On ne peut pas qualifier autrement un pays qui bafoue les droits humains.

… alors que @aledicicco souhaite une action au niveau européen :

où est la politique étrangère européenne et italienne? L’Europe échoue en politique, pas en économie.

Des associations importantes telles que l’ADI, l’Association des docteurs et doctorants de recherche, l’ARCI, Libera et même certains partis se sont alignés aux côtés du chercheur égyptien.

Une attention particulière est accordée par les citoyen.ne.s ordinaires à l’affaire Zaki, peut-être aussi en raison de ce qui est arrivé en 2016 à Giulio Regeni, un chercheur italien à l’Université de Cambridge, qui était en Égypte pour ses recherches lorsqu’il a été kidnappé, torturé et assassiné. L’événement a déclenché une forte réaction en Italie, avec des mobilisations à grande échelle et une campagne autour du hashtag #veritàpergiulioregeni (#la vérité pour Giulio Regeni) toujours en cours. À l’heure actuelle, les circonstances de sa mort n’ont pas été éclaircies, également en raison des fausses pistes et de la mauvaise volonté des autorités égyptiennes.

Si pour l’affaire Regeni, certains politiciens et journaux de droite n’avaient pas manqué d’afficher des positions très dures, faisant passer « le maintien de bonnes relations avec l’Égypte » avant la résolution du meurtre, il n’y a pour le moment aucune déclaration similaire au sujet de Patrick Zaki.

Le rôle des institutions

Au niveau institutionnel, la situation est complexe. Le gouvernement italien suit l’affaire et revendique le choix de confier la tâche à l’ambassadeur au Caire pour obtenir la collaboration nécessaire. Le gouvernement égyptien a répondu que « Zaki était égyptien et non italien et qu’en outre il était recherché ». Ainsi, selon eux, une intervention extérieure constituerait une ingérence et une violation de la souveraineté égyptienne.

Au nom de l’Union européenne, le président du Parlement, David Sassoli, a déclaré:

Voglio ricordare alle autorità egiziane che l’Ue condiziona i suoi rapporti con i Paesi terzi al rispetto dei diritti umani e civili come ribadiamo in tutte le nostre risoluzioni e chiedo che Zaki venga immediatamente rilasciato e restituito ai suoi cari. […] Ne ho parlato con l’Alto rappresentante Ue Josep Borrell che solleverà la questione al prossimo Consiglio europeo lunedì prossimo”.

Je tiens à rappeler aux autorités égyptiennes que l’UE conditionne ses relations avec les pays tiers au respect des droits humains et des droits civils, comme nous le répétons dans toutes nos résolutions et je demande que Zaki soit immédiatement libéré et puisse retrouver ses proches. […] J’ai parlé au haut représentant de l’UE, Josep Borrell, qui abordera la question lors du prochain Conseil européen lundi prochain.

Àcette déclaration, Ali Abdel Aal, président de la Chambre des députés égyptienne, a répondu que c’était là :

Un’ingerenza inaccettabile negli affari interni e un attacco contro il potere giudiziario egiziano” da parte del presidente del Parlamento europeo in merito all’arresto in patria di Patrick George Zaki.

« une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures et une attaque contre le système judiciaire égyptien » de la part du président du Parlement européen, en rapport avec l’arrestation de Patrick George Zaki dans son propre pays.

Au-delà des déclarations, cependant, les gouvernements italiens qui se sont succédés ces dernières années ainsi que de nombreuses entreprises italiennes, ont continué à conclure des accords économiques avec le gouvernement égyptien. D’autres contrats sont actuellement en cours de discussion, prévoyant, entre autres, la vente d’armes, et ce malgré le meurtre de Regeni et les graves violations des droits humains qui se produisent quotidiennement en Égypte.

La mobilisation pour la libération de Patrick Zaki (#patricklibero sur Twitter) continue de faire « autant de bruit que possible » sur les conditions de détention du chercheur et des milliers de citoyens persécutés en Égypte. Le compte officiel de la campagne « Free Patrick » (Libérez Patrick) a été censuré par Twitter, mais un autre a été immédiatement créé.

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Ce billet a été écrit par Margherita Martini et moi pour le site globalvoices.org (GV), qui l’a publié le 19 février 2020. La révision a été faite par Marisa Petricca, responsable des publications de GV en italien. Marisa est diplômée, entre autre, en journalisme multimedia. Elle a fréquenté des universités de Rome, de Pékin et de Shanghai.

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Droits de l'Homme

Nigeria: un état en déliquescence – réalité ou perception?

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Réfugiés nigérians dans le camp de Gagamari, région de Diffa, Niger. Ils ont franchi la frontière pour fuir les attaques de Boko Haram qui ont attaqué leur ville, Damassak, le 24 novembre 2014. Photo de l’utilisateur de Flickr Commission européenne DG ECHO. CC BY-ND 2.0

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt]

L’indice des États en déliquescence 2019 classe le Nigeria au 14e rang des États les plus fragiles au monde et au 9e rang en Afrique.

Selon l’indice, le Yémen est l’état “le plus défaillant”, suivi de près par la Somalie, tandis que la Finlande a émergé comme l’État le plus stable.

L’indice des états fragiles, un rapport annuel du Fonds de réflexion pour la paix basé à Washington, DC, classe 178 pays “sur la base de 12 indicateurs mesurant les risques et vulnérabilités auxquels sont confrontés les pays”.

Sur les 15 pays les plus défaillants, 10 sont africains. Il s’agit notamment de la Somalie (deuxième), du Soudan du Sud (troisième), de la République démocratique du Congo (cinquième), de la République centrafricaine (sixième), du Tchad (septième), du Soudan (huitième), du Zimbabwe (dixième), de la Guinée (onzième ), du Nigéria (quatorzième) et du Burundi (quinzième).

Parmi les indicateurs de risque, on compte la sécurité, les griefs collectifs, le déclin économique et la fuite des cerveaux, la légitimité de l’État / les droits humains et l’état de droit, les pressions démographiques ainsi que le nombre de personnes déplacées ou réfugiées. Ces indicateurs évaluent “les risques d’effondrement des états” en mesurant “la vulnérabilité dans les situations de pré-conflit, de conflit actif et de post-conflit”.

En colère, les Nigerians se sont tournés vers Twitter pour exprimer leur point de vue sur le statut défaillant de leur nation :

Sirius Black@Mb_ussy:

Traduction

Le Nigeria est un État en déliquescence wallahi avec une clique de personnes sans cœur comme dirigeants

Olufunke Lawson:

Hey, Nigeria is not a failed State. Mind your language pls! Rhe other way round, alot of NIGERIANS are failures in their duty posts.
The monster policemen involved in this #JusticeForChima are not even detestable politicians! They are just common evil Nigerians with gun power

Traduction:

Hé, le Nigeria n’est pas un État défaillant. Faites attention à votre langue! Dans l’autre sens, beaucoup de NIGERIENS sont des échecs dans leurs postes de travail.
Les monstres policiers impliqués dans ce #JusticeForChima ne sont même pas des politiciens détestables! Ce ne sont que des nigérians malfaisants avec une puissance d’armes

Truthfully@Truthfully83

Nigeria is a failed state. The lives of common citizens can be wasted for no reason by the police.

I would have been dead like chima, or in prison like the other 4 boys 10 years ago from the hands of Area F police station in Lagos.

God is watching. #JusticeForChima

Traduction:

Le Nigeria est un État défaillant. La vie des citoyens ordinaires peut être gaspillée sans raison par la police.

J’aurais pu mourir comme Chima, ou en prison comme les 4 autres garçons il y a 10 ans des mains du commissariat de zone F à Lagos.

Dieu regarde. #JusticeForChima

J O E L JoelCAnih

Nigeria is a failed state!

Failed is even an understatement

Royalty

Traduction

Le Nigeria est un état défaillant!

Défaillant est même un euphémisme

Honnêtement

@royaltyuso

#Nigerians, you hate to see this, but you need to watch this!

Traduction:
# Nigerians, vous détestez voir ça, mais vous devez regarder ça!

Vidéo intégrée

L’insécurité au Nigeria

La Constitution nigériane de 1999 stipule que “la sécurité et le bien-être de la population doivent être l’objectif principal du gouvernement”. Cependant, la perte de vies humaines et de moyens de subsistance continue à exposer le Nigéria à un état d’insécurité.

Lire aussi : Pourquoi le massacre de Baga n’a pas fait couler autant d’encre que celui de Charlie Hebdo ? [fr]

Depuis 2011, les attaques de Boko Haram, le groupe djihadiste sévissant dans le nord-est du Nigéria, ont fait environ 37 500 morts, 2,5 millions de personnes déplacées et près de 244 000 réfugiés, selon le Bilan 2020 des conflits dans le monde, un rapport de veille du Council on Foreign Relations (CFR, Conseil sur les affaires étrangères).

Nombre total de morts dans les incidents impliquant Boko Haram. [Capture d’écran du CFR, 20 août 2018].

Les universitaires nigérians M. Edidiong Oko, M. Henry Ufomba et M. Washington Benjamin, de l’Université de Benue, dans le centre-nord du Nigéria, ont analysé la violence de Boko Haram dans le nord du Nigéria à partir de “l’angle d’analyse de l’échec de l’État”. Les universitaires ont déclaré que le succès opérationnel de Boko Haram reposait fermement sur “l’incapacité continue de l’État nigérian” d’assurer une sécurité adéquate qui garantisse la “prospérité nationale”.

En décembre 2015, le président Muhammadu Buhari avait déclaré que le Nigeria avait “techniquement gagné la guerre” contre les militants de Boko Haram, selon la BBC. Mais le 20 janvier des soldats nigérians ont été tués par les militants de Boko Haram à Monguno, dans l’état de Borno, au nord-est du Nigéria.

Outre les menaces provenant directement de Boko Haram, les abductions de la part des forces de sécurité et les enlèvements crapuleux sont également devenus la norme au Nigéria.

Lire aussi : L’arrestation d’un critique du gouvernement nigérian suscite de nouvelles craintes [fr]

Kidnapping in Nigeria since 2015 (Screenshot from the BBC)

Enlèvements au Nigéria depuis 2015 (Capture d’écran de la BBC)

Dans une interview publiée dans le journal Vanguard le 18 janvier 2020, Chief Jide Awe, un politicien, jette une lumière cinglante sur la désignation du Nigéria comme un État en déliquescence. Chief Awe fait écho aux frustrations des habitants du sud-ouest du Nigéria face à la défaillance de l’infrastructure de sécurité :

J’ai subi les conséquences d’un enlèvement lorsque mon frère a été kidnappé par des inconnus ici à Ekiti. Nous avons dû chercher l’argent que nous n’avions pas pour payer la rançon afin qu’il soit libéré. Aurions-nous dû croiser les bras et laisser cela continuer ? Ils veulent nous kidnapper pour que nous leur payions une rançon, cela n’arrivera pas.

Droits humains et liberté d’expression

En 2019, l’incapacité du gouvernement nigérian à fournir des emplois et une sécurité adéquats aux citoyens a déclenché la condamnation de la part des internautes nigérians.

Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement a déposé un projet de loi sur les médias sociaux à l’Assemblée nationale:

Le projet de loi – officiellement nommé le projet de loi 2019 sur la protection contre le mensonge et la manipulation sur Internet – permettrait au gouvernement nigérian de couper l’accès à Internet ou de bloquer des plateformes de médias sociaux spécifiques telles que WhatsApp, Facebook ou Twitter à sa seule discrétion.

Le projet de loi vise à bâillonner la liberté d’expression en ligne.

Lire aussi : Le projet de loi nigérian sur les médias sociaux va anéantir la liberté d’expression en ligne

Comme prévu, les Nigérians ont été nombreux à protester :

The Guardian Nigeria

@GuardianNigeria

“I will not support the suppression of the most potent tool for citizen engagement in the 21st century through a misguided Social Media Bill.”

guardian.ng

Traduction:

“Je ne soutiendrai pas la suppression de l’outil le plus puissant pour la mobilisation des citoyens au 21e siècle par le biais d’un projet de loi malavisé sur les médias sociaux.”

If the Social Media Bill is passed into law, it will not just affect journalists. The tech community will suffer. This specific provision 👇 means young entrepreneurs who register or host websites for news platforms are at great risk. #SayNoToSocialMediaBill

Voir l'image sur Twitter

Si le projet de loi sur les médias sociaux est adopté, il n’affectera pas seulement les journalistes. Le secteur des technologies en souffrira. Cette disposition spécifique 👇 signifie que les jeunes entrepreneurs qui s’identifient comme propriétaires ou hébergent des sites Web pour des plateformes d’information courent de grands risques.

Le Nigéria, avec une population estimée à 200 millions d’habitants et un produit intérieur brut de 376 284 milliards de dollars américains, est la plus grande économie d’Afrique. Cela signifie que ce pays d’Afrique de l’Ouest ne peut pas se permettre de succomber à l’insécurité car cela se répercuterait sur tout le continent.

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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