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Politique

Donnons une chance à la réconciliation nationale

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Les deux co-présidents de la CPRN à la maison de la radio. Source: cprn-guinee.org

Les deux co-présidents de la CPRN à la maison de la radio. Source: cprn-guinee.org

Je dois confesser que depuis sa création par le Président de la république le 15 août 2011, la Commission provisoire de réflexion sur la réconciliation nationale (CPRN) co-présidée par Elhadj Mamadou Saliou, grand imam de la mosquée Fayçal et Monseigneur Vincent Coulibaly, l’archevêque de Conakry, ne m’a jamais convaincu.

Tout d’abord, ces deux personnages sont peu convaincants. Les religieux musulmans ont toujours été du coté du pouvoir, utilisés pour faire des sacrifices. Msgr Coulibaly, après les dramatiques faits du 28 septembre 2009 avait eu des propos regrettables. En outre, les moyens pour leurs activités ont tardé à venir. Ce n’est que le 30 juin 2014 que la Villa N° 36 de la Cité des Nations a été officiellement mise  à sa disposition, ce qui lui a permis d’après son site web « l’opérationnalisation d’un Secrétariat exécutif, composé d’une équipe multidisciplinaire d’experts nationaux et internationaux sur la justice transitionnelle ».

Au-delà de ces raisons, il y aussi la ferme conviction que les principaux problèmes d’une fracture sociale proviennent surtout du comportement de l’état lui-même. Depuis avant l’indépendance, les politiques ont instrumentalisé leur appartenance ethnique nourrissant ainsi le communautarisme, dans l’espoir de gagner des voix ou tout simplement par courte vision. 

Une fois au pouvoir, ils ont souvent utilisé l’exclusion et les violences extra-judiciaires pour le garder. Un processus de réconciliation consisterait, donc, plus en une réconciliation entre l’état et ses citoyens.

J’ai des doutes qu’une approche visant uniquement une réconciliation entre les populations puisse être utile. Il y a certes des conflits périodiques et isolés entre les populations, mais c’est le pouvoir qui devrait faire son mea-culpa.

Quelle crédibilité accordée à la volonté du pouvoir de faire une réconciliation nationale, quand les victimes et leurs familles continuent de voir l’impunité érigée en méthode de gouvernement? Des individus qui ont été accusés par la justice guinéenne des pires crimes commis contre le peuple, continuent à occuper les mêmes fonctions que lorsqu’ils les ont commis, avec promotion? Parler de réconciliation dans ces conditions c’est essayer de se cacher derrière son petit doigt.

Tant qu’il n’y a pas une volonté politique de faire une réconciliation, pour le moment toute institution serait inutile. Cette volonté pour moi, en ce moment, n’est que de façade car le pouvoir ne respecte pas les décisions de la justice. 

Ceci dit, je ne serai pas un obstacle à toute tentative de détendre l’atmosphère social de mon pays. Je participerai pour faire entendre mes critiques contre tout pouvoir jusqu’à ce qu’il réalise qu’il est le véritable obstacle à une réconciliation nationale en Guinée. Pour le moment j’ai peu d’espoir. Mais mon motto est « L’histoire est patiente, la Vérité têtue« . 

Je reprendrai sur mon blog, donc, toute initiative ou publication que je juge positive.

La Commission s’est renforcée avec l’appui technique du Système des Nations Unies (HCDH, PNUD, UNICEF). Depuis 2015. Ses actions sont devenues plus visibles. Dans une déclaration du 30 décembre dernier, Msgr Coulibaly faisait le point en ces termes:

Après un temps de sensibilisation et de formation, notre mission a  démarré cette année avec le lancement de nos activités,  le 25 mars 2015. Aujourd’hui, nos antennes régionales sont fonctionnelles dans toutes les régions administratives et nous avons choisi nos points focaux dans les 33 préfectures et les 5 communes de Conakry », affirme l’Archevêque de Conakry.

Aujourd’hui la CPRN est passée à la vitesse supérieure. Des consultations générales ont depuis maintenant un an permettant de sensibiliser les populations et groupes spécifiques dans toutes les régions, d’après son site d’informations.

Dans un communiqué de presse, publié le 18 mars,  le coprésident Mgr Vincent Coulibaly fait le point sur la situation.

Communiqué de presse de la CPRN:

Les Consultations nationales se poursuivent dans les huit régions administratives de la Guinée

Depuis le 7 mars 2016, la Commission Provisoire de réflexion sur la réconciliation nationale (CPRN) a démarré les consultations nationales sur l’ensemble du territoire.

A cet effet, des équipes d’assistants de recherche travaillent dans les différentes régions et recueillent les avis des Guinéens et des Guinéennes, sur les mécanismes à mettre en place pour solder les contentieux du passé et ouvrir une ère nouvelle basée sur la justice, la vérité et un désir de vivre ensemble plus consolidé.

A cette étape de l’activité, il nous a été donné de noter la forte et étroite collaboration des autorités administratives et religieuses, les organisations de la Société Civile et les médias qui prennent de nombreuses initiatives pour la réussite le succès du processus. Nous tenons à les remercier et à les encourager à poursuivre cet appui.

Dans le même sens et d’une manière générale, les populations participent activement et massivement aux opérations de collecte de données. C’est le lieu de les remercier et d’exhorter les personnes qui seront contactées à réserver aux assistants de recherche, un accueil chaleureux et à leur donner en toute quiétude, les informations sollicitées.

Nos compatriotes de l’étranger participent également à ces consultations en remplissant un questionnaire de sondage en ligne accessible à l’adresse : https://fr.surveymonkey.com/r/DIASPO-GN

Ces opérations de collecte d’informations vont se poursuivre jusqu’au 6 avril 2016.       Aussi réitérons-nous notre appel à tous les Guinéens et Guinéennes, à saisir cette occasion exceptionnelle pour influencer positivement le cours de notre histoire commune pour plus de paix, de justice et de prospérité.

La CPRN vous remercie de votre intérêt pour les consultations nationales.

 

Fait à Conakry le 18 Mars 2016

Pour la CPRN

Mgr Vincent Coulibaly

Co-président

Pour la consultation online, déjà plus de 200 réponses ont été en registrées, l’objectif étant d’atteindre 500. il y a deux liens sur lesquels on peut réagir, on peut y participer en répondant aux question posées dans chaque formulaire:

  • Lien web pour l’enquête qualitative (questionnaire non directif, pour personnes ressources, personnages publics et témoins de l’histoire): https://fr.surveymonkey.com/r/STKV5XJ

 Nous vous remercions de votre disponibilité, dans le cadre de ce projet spécial dont nous ne doutons pas des résultats.

 

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Droits de l'Homme

L’Union africaine se tourne vers les technologies de biosurveillance pour freiner le COVID-19

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Les voyageurs traversent la frontière entre le Ghana et le Togo, en Afrique de l'Ouest, le 25 janvier 2016. Photo par Enock4seth via Wikimedia Commons, sous licence CC BY-SA 4.0.

Les dirigeants africains ont pris des mesures rapides et décisives pour freiner la propagation du COVID-19. En fait, les Centres africains de contrôle des maladies (ACDCP) ont créé leur groupe de travail COVID-19 dès le 5 février, avant que le continent ne connaisse un seul cas.

Aujourd’hui, l’Afrique est la région la moins touchée au monde, avec 1 293 048 cas de COVID-19 confirmés à ce jour et un nombre remarquable de 1 031 905 guérisons, selon le CDCP Afrique. Le continent compte moins de 5 % des cas signalés et moins de 1 % des décès.

À présent, alors que les pays africains – l’Union africaine en tête – assouplissent les restrictions relatives au COVID-19 et se préparent à rouvrir leurs économies et leurs frontières, de nombreux gouvernements ont recours à des technologies innovantes.

Le besoin d’une technologie unifiée et panafricaine capable de suivre la propagation et de connecter les centres de test COVID-19 à travers le continent a conduit à l’utilisation de PanaBIOS, une application de biosurveillance soutenue par l’Union africaine.

PanaBIOS propose une application mobile en ligne utilisant des algorithmes pour assurer le suivi et le traçage des personnes confrontées à des menaces sanitaires potentielles ainsi que de leurs dossiers. L’application permet également de conserver un historique du parcours des échantillons de test depuis leur origine jusqu’aux laboratoires du pays.

La technologie a été développée par Koldchain, une start-up kenyane, financée par AfroChampions, un partenariat public-privé conçu pour galvaniser les ressources et les institutions africaines afin de soutenir l’émergence et le succès du secteur privé africain.

Le Ghana est actuellement le seul pays africain à utiliser la technologie PanaBIOS dans le cadre de la réouverture de ses frontières. PanaBIOS permet aux voyageurs d’utiliser les résultats des tests effectués dans un pays pour satisfaire aux formalités requises dans un autre, grâce à leur application personnelle ou en ajoutant un code d’accès SMS/USSD généré par le système à un autre document de voyage.

Les responsables de la santé portuaire utilisent la version entreprise de l’application pour valider les déclarations de santé de manière uniforme dans tous les pays.

Une législation complète en matière de protection des données et de la vie privée

L’Union africaine et le CDCP Afrique encouragent les États membres à intégrer la plateforme mobile PanaBIOS qui permettrait de centraliser les résultats de tout le continent. Cependant, les interventions en matière de santé numérique ont soulevé de nombreuses questions concernant l’accès à ces données et leur confidentialité.

La surveillance et le contrôle mis en œuvre par les gouvernements peuvent susciter la peur et menacer les libertés civiles, surtout sur un continent où seuls 27 pays sur 54 disposent de lois pleinement opérationnelles en matière de protection des données et de la vie privée.

Certains pays africains, comme le Ghana, ont adopté une nouvelle législation donnant au président des pouvoirs exceptionnels pour lutter contre la pandémie dans l’urgence. Dans ce cadre, le président peut ordonner aux entreprises de télécommunications de lui fournir des données [pdf] personnelles de leurs clients, telles que la base de données des abonnés, les données de référence de leurs téléphones portables, les données concernant les transferts d’argent non encaissés par les abonnés, les codes de commerçants proposant des services de transfert d’argent par mobile ainsi que des adresses.

Pour garantir la protection des données et la confidentialité, toutes les techniques d’apprentissage automatique (machine learning) utilisées par PanaBIOS reposent sur des données agrégées. C’est-à-dire que les données recueillies sont résumées à des fins d’analyse statistique, et qu’il ne s’agit pas de données personnelles utilisées pour cibler des individus – sauf lorsqu’elles sont nécessaires à des fins de recherche de contacts, pour atteindre des personnes suspectes ou infectées.

Afin d’assurer la prévention des atteintes à la vie privée, l’Union africaine, PanaBIOS et ses partenaires doivent proposer des mesures de mise en conformité respectant les diverses lois nationales sur la protection des données afin de protéger la vie privée, de garantir le consentement au recueil de données et d’éviter le partage des données à des fins commerciales.

L’application ne dispose actuellement d’aucune politique de confidentialité accessible au public, qui expliquerait aux utilisateurs ses pratiques en matière de collecte et de partage des données.

Le défi est de savoir comment cette politique de protection des données répondra aux différentes lois continentales, nationales et régionales sur la protection des données, telles que la Convention [pdf] de l’Union africaine sur la cybersécurité et la protection des données personnelles, la loi-cadre [pdf] de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) sur la protection des données, l’Acte supplémentaire A/SA.1/01/10 [pdf] de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur la protection des données personnelles au sein de la CEDEAO et le dispositif juridique [pdf] de la Communauté de l’Afrique de l’Est concernant les cyberlégislations.

Les solutions technologiques contribuent au succès de la lutte contre le COVID-19 en Afrique

En plus de PanaBIOS, plusieurs pays africains ont activé des réponses technologiques à la crise COVID-19 pour en atténuer la propagation.

Par exemple, des scientifiques du Sénégal ont mis au point un kit de test COVID-19 à 1 dollar et des ventilateurs 3D pour les patients. Wellvis, une startup nigériane, a créé un outil de triage COVID-19, accessible gratuitement en ligne pour aider les utilisateurs à auto-évaluer leur niveau de risque de contamination en fonction de leurs symptômes et de leurs antécédents d’exposition.

Le gouvernement sud-africain a utilisé Whatsapp pour fournir un chatbot interactif qui peut répondre à des questions courantes sur les mythes, les symptômes et le traitement du COVID-19. Et en Ouganda, les femmes du marché ont utilisé l‘application Market Garden pour vendre leurs marchandises depuis leur domicile. Les produits sont ensuite livrés aux clients par des taxis-motos.

La réussite de l’Afrique dans le contrôle et la gestion de la propagation du COVID-19 a été attribuée à la jeunesse de sa population, à sa faible capacité de dépistage et de suivi de la mortalité, et à la présence possible d’anticorps anti-SARS-CoV-2 trouvés chez certains Africains.

Toutefois, il est clair que les innovations technologiques issues du continent sont un facteur majeur contribuant à son succès dans la lutte contre COVID-19, en plus d’un leadership décisif au début de la pandémie.

Solomon Zewdu, médecin adjoint de la Fondation Bill & Melinda Gates, a expliqué comment, en janvier, alors même que de nombreux pays occidentaux hésitaient, l’Éthiopie a commencé un dépistage intensif à l’aéroport d’Addis-Abeba. Le Rwanda est devenu le premier pays africain à fermer ses portes le 21 mars, et de nombreux autres pays africains ont rapidement suivi : l’Afrique du Sud a adopté un confinement complet alors qu’elle ne comptait que 400 cas et deux décès. (Avec une population de taille similaire, l’Italie enregistrait plus de 9 000 cas et 400 décès lorsqu’elle a réagi).

En revanche, le nombre de cas d’infection et de décès aux États-Unis est six fois plus élevé qu’en Afrique. Pourtant les experts de la santé publique avaient prédit que la pandémie aurait des effets horribles sur le continent africain, avec des cadavres gisant dans les rues.

Il est clair que l’Afrique a prouvé le contraire.

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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais en français a été écrit par Kofi Yeboah pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 22 septembre 2020. Les articles de K. Yeboah et ses commentaires ont été publiés dans les principaux médias locaux et internationaux, notamment The Guardian, Aljazeera, Coda Story et Global Voices Online.

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Droits de l'Homme

Le Nigérian Abubakar Idris Dadiyata toujours porté disparu, un an après son enlèvement

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Abubakar Idris Dadiyata, image utilisée avec l'autorisation de The SignalNg.

Ce billet que j’ai traduit de l’anglais en français a été écrit par le poète nigérian Nwachukwu Egbunike pour le réseau social globalvoices qui l’a publié le 14 septembre 2020.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndt]

Abubakar Idris Dadiyata, maître de conférences et critique féroce du gouvernement nigérian, a été enlevé à son domicile le 1er août 2019, dans le quartier de Barnawa à Kaduna, au nord-ouest du Nigéria.

Un an après son enlèvement, M. Dadiyata n’a pas été retrouvé.

Abubakar Idris (Didiyata) a été enlevé à son domicile dans l’État de Kaduna, au Nigéria. On ne sait toujours pas où il se trouve. Sa famille et ses amis exigent une réponse à la question: où est @dadiyata? Abubakar est victime de disparition forcée.

[image] Une photo de M. Dadiyata à côté du texte: « Un blogueur disparu de force depuis le 1er août » et le hashtag #PressforFreedom par Amnesty International Nigéria.

M. Dadiyata enseignait à l’Université fédérale de Dutsinma, dans l’État de Katsina. En tant que membre du Parti démocratique populaire d’opposition, Dadiyata s’est souvent querellé avec des membres du parti au pouvoir, le All Progressive Congress, sur les réseaux sociaux. 

« L’État et les agences fédérales sont occupés à ne rien faire »

M. Dadiyata a été kidnappé vers 1 heure du matin alors qu’il arrivait à son domicile, il y a un an, le 1er août 2019, a rappelé Premium Times.

Mme Kadija, l’épouse de M. Dadiyata, se souvient dans une interview accordée à la BBC que son mari « passait un coup de téléphone, le moteur de sa voiture tournait encore », lorsqu’il a été saisi par ses ravisseurs. Bien que Mme Kadija n’ait pas pu entendre ce qui « s’était passé au téléphone ou à qui il parlait », elle se souvient que les ravisseurs de son mari « l’avaient suivi, ils sont même entrés dans la maison ». La femme de M. Dadiyata regardait la scène de sa chambre pendant qu’ils enlevaient son mari.

Malheureusement, il n’y a toujours pas d’informations concernant M. Dadiyata. « C’est douloureux », déclaré Mme Kadija à la BBC, alors  que leurs enfants ne cessent de poser des questions sur leur père disparu.

Plutôt que de retrouver M. Dadiyata, les services de sécurité nigérians se déchargent de toute forme de culpabilité ou de blâme pour sa disparition. 

Le Département nigérian de la sécurité d’État (DSS) avait nié en janvier la détention de M. Dadiyata. L’agence de sécurité de l’État a déclaré que depuis que M. Dadiyata « a été emmené de chez lui par des hommes armés, cela ne signifie pas que ces hommes faisaient partie du personnel du DSS ».

De même, Aisha Dikko, la procureure générale de l’État de Kaduna, nié savoir « où se trouve » ou avoir été impliquée « de quelque manière que ce soit » dans l’enlèvement de M. Dadiyata. « Toute affirmation contraire est vile et ne cherche qu’à spéculer sur le fait qu’il a été enlevé dans l’État de Kaduna pour signifier l’implication du gouvernement de l’État », a déclaré Mme Dikko.

Cependant, ces dénégations de la part du DSS et du gouvernement de l’État de Kaduna n’atténuent ni la tourmente de l’épouse de M. Dadiyata et de leurs deux enfants, ni ne lui redonnent sa liberté.

L’appel à la libération de M. Dadiyata est toujours actif sur Twitter avec le hashtag #OneYearWithOutDadiyata, (en français : Un an sans Dadiyata) alors  que les Nigérians exigent sa libération.

Bulama Bukarti a déploré le « traumatisme » que ce « genre d’impunité » a causé à la famille de M. Dadiyata :

Il est incompréhensible qu’un Nigérian puisse disparaître ainsi. Nous devons continuer de faire tout ce que nous pouvons pour que M. Dadiyata retrouve sa famille. Il ne doit y avoir aucune place pour ce type d’impunité. Ceux qui ont enlevé M. Dadiyata en paieront le prix. Si ce n’est pas maintenant, ce sera certainement plus tard.

Cet utilisateur de Twitter s’est dit « bouleversé » en entendant l’interview de l’épouse de M. Dadiyata :

J’ai été bouleversé d’entendre la femme de M. Dadiyata parler à @bbchausa, ce matin.
Tout ce qu’elle demande, c’est que ses détenteurs lui pardonnent et le laissent revenir auprès de sa famille; surtout ses jeunes enfants.  #OneYearWithOutDadiyata

— Anders (@Ameenu_Kutama) August 1, 2020

Akin Akíntáyọ̀ ne peut pas comprendre comment M. Dadiyata ait pu disparaître sans laisser de trace pendant un an » :

Une question, comment M. Dadiyata et sa voiture peuvent-ils disparaître sans laisser de trace pendant un an au Nigéria et le gouvernement être si nonchalant à ce sujet, cherchant à être disculpé plutôt que d’assumer l’entière responsabilité de le retrouver, surtout quand il était la cible de ses critiques ?

Malheureusement, il semble que personne ne se soucie de trouver ce critique du gouvernement.

Au contraire, « les agences étatiques et fédérales sont occupées » à éviter les reproches et à « ne rien faire », déclare l’activiste des droits humains, le professeur Chidi Odinkalu, dans une interview accordée à Vyral Africa : 

À part de dire qu’ils ne savent pas où il est. Personne n’a vraiment fait l’effort de nous dire ce qu’ils ont pour le retrouver ni pourquoi ils n’y parviennent pas. Cela révèle à quel point nous importons peu en tant que citoyens. Le moins que nous puissions faire est de demander où est M. Dadiyata et pourquoi notre gouvernement ne peut pas le trouver.   

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Droits de l'Homme

La contrôle officiel et total du pouvoir par Sékou Touré et son parti

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Ce billet est tiré de la contribution de Bernard Charles intitulée Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-1958) à l’oeuvre collective L’Afrique noire française : l’heure des Indépendances parue en 1992, reprise dans webguinee.net.

Vu la longueur du texte je l’ai divisé en trois parties, dont celle-ci est la première. La première et deuxième ont été publiées les 15 et 18 août 2020

Du même auteur: Cadres politiques et administratifs dans la construction nationale en Guinée

Dans le nouveau contexte créé par la loi-cadre et par les élections de mars 1957 qui consacrent la prise en charge officielle du pouvoir par Sékou Touré et son parti 28, on eût pu s’attendre à un relatif apaisement de la vie politique. En fait, c’est tout le contraire qui se produit. 1957 et 1958 sont les années les plus agitées de toute la période et aboutissent en mai 1958 à un embryon de guerre civile.

Pour réduire à merci les opposants, Sékou Touré disposait désormais des leviers du pouvoir légal (une partie de l’administration, la police, puis la garde territoriale). Il va en jouer en virtuose sans grand contre-poids de la part d’une administration dirigée nominalement par un nouveau gouverneur 29 dont les pouvoirs vont être vidés de leur substance. Des mesures révolutionnaires, bouleversant les structures traditionnelles, quoique prévisibles depuis longtemps, sont adoptées rapidement, comme la suppression de la chefferie et la mise en place des municipalités élues … Mais l’exercice du pouvoir avec les décisions à prendre en matière budgétaire 30, en matière d’africanisation des cadres, d’affectation et de mutations de fonctionnaires, en gestion des conflits de travail… suscitent les déceptions chez les partisans tout en renforçant les opposants de toujours : BAG et DSG-MSA finalement groupés en PRA. S’y ajoutent un long conflit avec les enseignants, des tensions au sein même du PDG qui amènent Sékou Touré à exclure, au mépris des règles du parti, la section de Mamou31 en novembre 1957 …

Un retournement de situation se produit, et les moyens utilisés jusqu’alors par le PDG sont retournés à son encontre. Lui qui dénonçait systématiquement l’administration antérieure, taxée d’arbitraire, d’incompétence et de gaspillage, se voit aux prises avec une « certaine campagne antigouvernementale et antifiscale incitant la population à la rébellion et à la désobéissance aux lois » 32. Une telle campagne portait ses fruits sur la population comme en témoigne la distribution de tracts anti-PDG 33 à Conakry et à Kankan en novembre 1957 ou encore le grand meeting PRA du 13 avril 1957 avec deux mille à trois mille personnes, dans le calme, autour de Barry III et Barry Diawadou qui critiquèrent sévèrement Sékou Touré 34 tandis qu’une réunion du PDG en attirait trois fois moins.

Là encore, le recours à la violence va être déterminant: lapidations, agressions, incendies, bagarres et échaufourées provoquant morts et blessés.

Deux rapports établis par un inspecteur général de la France d’outre-mer, Gaston Boyer, permettent de faire le point sur les événements, leur origine, leurs causes et le rôle des autorités. Une constatation tout d’abord : les événements de mai 58 constituent la phase paroxystique de toute une série d’incidents (voir tableau en annexe) dont les prétextes sont de minime importance : actes de propagande, réunions publiques, voire simples actes de la vie administrative. On peut les résumer comme suit :

« Des agressions réciproques mais à prédominance Foulah-PRA en banlieue les 29 et 30 avril, auxquelles succèdent, en ville, dans la nuit du 2 au 3 mai « la Saint-Barthélemy de Guinée »), de très dures représailles (peut-être concertées à l’avance et en tout cas bien conduites) de la part des Soussous-RDA (commandos très armés, agents de liaison) laissant l’impression de vouloir atteindre des éléments dirigeants oppositionnels et impressionner la masse foulah. » 35

Si les responsabilités du recours à la violence sont partagées à l’origine (actes de propagande ou de provocations du PRA), elles ne le sont guère par la suite. L’auteur du rapport le reconnaît, dans un style « diplomatique », car Sékou Touré est quasi-chef de gouvernement, en écrivant: « Leur attitude [celle de S. Touré et des ministres] n’a pas été empreinte de l’impartialité et du sang froid nécessaires. Des immixtions et intrusions inadmissibles de leur part ont eu lieu dans les opérations [ … ] de maintien de l’ordre [… ] dans celles de police judiciaire [… ] et même dans le fonctionnement de la justice. » Et de souligner l’action de forts commandos très organisés; le comportement étrange, si ce n’est complice, de la police et de la garde territoriale qui relèvent de Sékou Touré et de son ministre Fodéba Keita; l’impossibilité d’obtenir d’eux de lancer un véritable appel au calme; agressions systématiques contre les dirigeants du PRA et destructions de leurs maisons alors qu’aucun des responsables du PDG n’a eu à subir de dégâts ni à craindre pour sa vie aux pires moments des troubles. Il est remarquable aussi que tout incite à penser que les représailles ont été concertées et organisées à l’avance. Sur ce dernier point, des témoignages imputeraient une responsabilité directe à Sékou Touré qui aurait donné des instructions en ce sens, tout comme en octobre 1956 36

Que la violence soit une caractéristique constante de l’action du PDG et singulièrement de son chef Sékou Touré dans les années 1954-1958, cela paraît incontestable. Sans aucun doute s’en sont-ils défendus parfois ou ontils affecté d’être débordés par elle à d’autres moments. Mais les argumentations qu’ils ont tenté de formuler lorsqu’ils y étaient contraints par certaines circonstances n’ont jamais été convaincantes ou n’étaient plus valables : explication par la misère des masses; exaspération de ne pas être reconnus comme représentants qualifiés de la population ; attitude d’opposition systématique de l’administration coloniale ; nécessité de se défendre contre les attaques et contre les provocations perpétrées par leurs adversaires BAG, DSG ou PRA ; pègre ne respectant aucune consigne 37. Du reste, lorsque les freins n’existeront plus, Sékou Touré n’aura aucune hésitation à proclamer la nécessité de la dictature … au nom du peuple et de la révolution.

Liste des incidents graves survenus en Guinée (juillet 1954-septembre 1958)

Cela dit, il faut reconnaître que la violence a été utilisée avec une extrême habileté et une grande efficacité pour conquérir d’abord un pouvoir de fait, puis un pouvoir de droit permettant successivement d’éliminer tous les adversaires.

Elle fut employée contre l’administration coloniale de plusieurs manières différentes. Le PDG dénonça inlassablement, impitoyablement, tout ce qui lui paraissait des abus dans son fonctionnement et dans ses rapports avec la population. La violence morale, par l’écrit ou la parole, fut l’arme par excellence: accusations justifiées ou non, plaintes auprès des autorités supérieures, démarches de toutes sortes (délégations, défilés, dénonciations publiques des comportements, campagnes de presse, etc.). Tout était prétexte à mettre en cause un commandant de cercle, un administrateur, pour peu que celui-ci ne soit pas favorable au parti. Des lettres partaient aussitôt chez le gouverneur à Conakry, chez le haut commissaire à Dakar; d’autres étaient envoyées à Paris (ministre de la France d’outre-mer, chef du gouvernement, président de la République). L’administration fut mise ainsi continuellement sur le qui-vive et obligée de se défendre. Un changement de commandant venait-il à se produire dans le cadre de la rotation habituelle des fonctionnaires, il était dû à l’action du PDG … Peu à peu, celui-ci réussit à instiller dans la population l’idée de sa puissance, puissance de moins en moins surfaite avec le temps. Ainsi, en 1954, lors de la visite en Guinée du ministre de la France d’outre-mer, la foule criait-elle déjà : « Sékou Touré est gouverneur de Guinée », et le parti fit ce jour-là une démonstration impressionnante de sa force 38

Par la suite, le PDG ne se contente plus de clouer au pilori les chefs de canton, maillon faible de l’administration coloniale, mais s’en prend à eux par la violence physique en organisant des manifestations où leurs biens et leurs personnes sont atteints dans leur intégrité physique. Le cas exemplaire est celui du chef de Tondon qui sera finalement destitué et dont l’une des victimes accidentelles sera faite héroïne nationale. En revanche, sauf exceptions rarissime 39, aucun Européen ne se verra pris à partie pas plus que les « bons » chefs traditionnels qui surent se dédouaner à temps.

En s’attaquant de la sorte aux chefs, Sékou Touré faisait coup double : il se gagnait une partie de la population, il faisait la preuve que l’administration n’était plus en mesure de les défendre ni de les maintenir. Cette dernière, déjà sous surveillance depuis 1955-1956, perd également toute initiative réelle avec l’entrée en vigueur de la loi-cadre de 1957, et le gouverneur ne fait plus que de la représentation officielle.

La généralisation de la violence à l’occasion des incessantes campagnes électorales, la terreur ou la crainte provoquée par les grandes explosions d’octobre 1956 et de mai 1958 manifestent à l’évidence que l’appareil d’État colonial n’a plus la capacité de maintenir l’ordre public, ce qui était son ultime raison d’être. Désormais, il n’est d’autre force que celle de Sékou Touré et du PDG. A quoi bon, dès lors, continuer à s’opposer à son pouvoir et à sa toute-puissance? Ne disposait-il pas d’ailleurs, depuis mars 1957, des instruments de la violence institutionnelle et légale (police, renseignements, affectation des fonctionnaires, pouvoir législatif) ? Bon gré, mal gré, les adversaires irréductibles ou quitteront la Guinée ou se rallieront. Quant aux fidèles, ils voient s’appesantir sur eux la poigne de Sékou Touré; leur mise au pas est déjà commencée avec l’expulsion des déviationnistes du parti, la dissolution de comités directeurs de section, l’interdiction des grèves.

L’enthousiasme suscité par l’accession à l’indépendance en octobre 1958 et la renommée internationale qui en résulte pour le pays font taire les oppositions et disparaître provisoirement les appréhensions quant à l’avenir.

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Notes

28. Il est devenu vice-président du conseil du gouvernement qu’il a composé uniquement de militants ou sympathisants du PDG. Le gouverneur sera pour une courte période président dudit conseil. Le PDG détient la majorité absolue à l’assemblée territoriale.

29. Il s’agit de J. Ramadier qui a pris ses fonctions en novembre 1956.

30. Le conseil de gouvernement voulut imposer un prélèvement de 2 % sur les pensions et rentes viagères. Face à l’émotion suscitée par cette mesure chez les anciens combattants et militaires (150 000), il du la retirer. Rapport Boyer, op. cit., 4 juin 1956.

31. Dans une lettre n° 126, adressée le 2 août 1957, au comité directeur du PDG, la section affirmait que « sorti victorieux du scrutin du 31 mars […], le PDG n’a cependant cessé de péricliter dans sa vie intérieure en tant qu’organisation démocratique populaire ». Elle s’en prenait au non-respect des règles du parti par le comité directeur, au refus d’assurer l’indépendance dudit comité par rapport au conseil de gouvernement, à la décision d’attribuer un traitement mensuel de 85 000 francs aux membres de l’assemblée … [Texte gracieusement communiqué à l’auteur par M. Bela Doumbouya.)

32. S. Touré, « Appel au calme radiodiffusé », 3 mai 1958.

33. Tracts intitulés « Mouvement de la volonté du peuple » où on pouvait lire: « Le leader du parti majoritaire a menti, trompé, trahi le peuple ouvrier » ou encore « Venez à notre aide (…) contre cet intolérable dictateur. »

34. Gouverneur J. Mauberna, télégramme n° 80-81 du 14 avril 1958 au minime de la France d’outre-mer.

35. Rapport M. Boyer, op. cit., 2 juin 1958. 36. Témoignage du Dr Najib Roger Accar, qui était alors ministre de la Santé publique et chirurgien-chef de l’hôpital Ballay de Conakry. Entretien avec l’auteur (novembre 1989).

37. Sur ce point, il a souvent été rapporté que les commandos, les perturbateurs obéissaient au clairon, arrêtant net toutes actions de violence. De même celles-ci, en 1955 comme en 1956, cessèrent-elles aussitôt après que furent diffusés des consignes et des appels au calme sans équivoque.

38. Services de police, renseignements n° 125,31 octobre 1954.

39. Agression contre un juge d’instruction (services de police, renseignemenrs n° 971/369, 24 mai 1958) ; attaque de 2 Européens par un groupe de jeunes à Coyah (9 mai 1958).

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Gouvernance

La couverture du COVID-19 par les médias français ignore les spécialistes issu·e·s des minorités

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Un garçon tenu par son père porte un masque. Photo par Xavier Donat via Flickr, sous licence CC BY-NC-ND 2.5.

Ce billet que j’ai traduit en français a été écrit par Eric Tevoedjre* par le réseau social globalvoices.org qui l’a publié le 14 septembre 2020. L’auteur jette un regard critique sur l’invisibilité des scientifiques d’origine africaine dans les débats sur le COVID-19 dans sur les plateaux des télévisions françaises.  

Il y a quinze ans, un best-seller du sociologue Eric Maurin, Le Ghetto Français, décrivait les processus responsables de la ségrégation sociale et géographique qui caractérise la société française.

La télévision française reproduit-elle les mêmes processus ? Souvent accusée de ségrégation contre les minorités, notamment les Noir·e·s, la télévision française ne s’est pas corrigée. La couverture de la pandémie COVID-19 en est un bon exemple.

Le 12 mars, un record d’audience a été atteint : 35 millions de personnesont regardé le président Emmanuel Macron expliquer qu’il avait décidé d’imposer un confinement à l’échelle nationale pour empêcher la propagation du nouveau coronavirus.

Presque immédiatement, les grandes chaînes de télévision ont commencé à organiser de longs débats avec des médecins, des chercheur·e·s et des spécialistes de la santé publique des hôpitaux, écoles ou laboratoires les plus réputés de France, de Suisse et des États-Unis. Des millions de citoyen·ne·s ont retenu leur souffle alors que ces expert·e·s transmettaient, jour après jour, des informations clés qui apaiseraient leurs craintes et pourraient potentiellement sauver des vies.

Bien qu’informatifs, ces débats quotidiens ont révélé une triste et douloureuse vérité : aujourd’hui, dans une France multiethnique, les personnes qui sont apparues à la télévision parce qu’elles étaient considérées comme les plus qualifiées pour expliquer les crises mondiales et suggérer des solutions aux problèmes du monde avaient la même couleur de peau. Elles étaient toutes blanches.

Par coïncidence, dans son rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie [pdf], la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNDH), a fait l’une de ses grandes recommandations pour l’année 2020 :

La CNCDH recommande au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) d’encourager la représentation des hommes et des femmes noires, y compris dans des fonctions d’expertise.

Cette recommandation ne fait que confirmer ce que des dizaines d’articles, de journaux et de sites Internet dénonçaient depuis plusieurs années : le fait que trop souvent, les chaînes de télévision françaises ne présentent pas des personnalités issues des minorités dans des positions de leadership positives. Ceci est important parce que la télévision a le pouvoir de fabriquer des modèles et ainsi de permettre aux jeunes de toutes origines d’avoir confiance en leurs capacités.

Tenter de corriger un mépris séculaire pour les minorités

La France, ancienne puissance coloniale, est bien consciente qu’elle doit faire un meilleur travail de promotion et d’intégration des minorités.

Une étude réalisée en 2013 par Catherine Ghosn a comparé la représentation des minorités à la télévision américaine, belge, britannique, canadienne et française. La chercheuse en Sciences de l’information et de la communication a noté que les politiques françaises dans ce domaine sont beaucoup moins efficaces et efficientes que dans tous les autres pays de l’étude.

En 2007, la chercheuse Catherine Humblot a observé que si la France a fait des progrès dans sa représentation des minorités, il reste encore beaucoup à faire. Elle explique, par exemple, que ce n’est qu’en 2006 qu’une grande chaîne de télévision française a pris la décision audacieuse de faire présenter le journaliste noir, Harry Roselmack, aux heures de grande écoute – et ce n’était que sur une base provisoire. En comparaison, la même année, selon le journaliste néerlandais Stefan de Vries, la première femme noire à présenter les informations à la télévision néerlandaise partait à la retraite.

On ne croit que ce que l’on voit

À la fin de l’année dernière, Judy Woodruff, l’animatrice de l’émission PBS Newshour, diffusée aux États-Unis, a présenté [en] une jeune ingénieure biomédicale afro-américaine nommée Elizabeth Wayne en ces termes :

Plus de la moitié des enfants des écoles américaines sont de couleur, mais leurs professeur·e·s sont majoritairement blanc·he·s. [Ce soir] une ingénieure biomédicale afro-américaine nous explique pourquoi il est si important de se voir [représenté·e] devant la salle de classe.

La Dre Elizabeth Wayne explique avoir eu une expérience marquante pendant ses études supérieures, lorsqu’elle a assisté à une conférence où l’une des intervenantes était une femme noire :

Je n’avais jamais réalisé que je n’avais jamais eu quelqu’un qui me ressemblait, m’enseignant. … J’ai toujours pensé qu’on ne croit que ce que l’on voit…

La découverte d’Elizabeth Wayne a été publiée et discutée par la suite dans plus de 700 articles. Elle dit que certains des e-mails qu’elle a reçus provenaient de personnes qui lui confiaient : « Je n’ai jamais vu une femme noire en blouse de laboratoire photographiée pour avoir contribué à une découverte majeure. »

Le problème en France est-il peut-être d’une autre nature ? Se pourrait-il que la France compte trop peu de spécialistes issu·e·s des minorités dans le corps médical ? Probablement pas. En 2007, le quotidien français Libération citait un responsable des Nations Unies, Habib Ouane, qui s’exclamait : « Il y a plus de médecins béninois rien qu’en Ile-de-France que dans tout le Bénin ! »

Et le journaliste Majed Nehme écrivait en avril dernier [en] :

Le système de santé français profite de plus en plus de l’afflux massif de professionnel·le·s de santé d’Afrique subsaharienne venant notamment du Sénégal, du Mali, du Bénin, du Burkina Faso, du Congo et de tous les pays francophones.

Il pourrait bien y avoir une raison sinistre expliquant pourquoi les minorités, en particulier les Noir·e·s, sont constamment cantonnées à des rôles spécifiques et stéréotypés à la télévision française. Bien sûr, les grands modèles des minorités dans le divertissement sont essentiels et les jeunes des minorités les admirent souvent, sachant qu’ils peuvent un jour être lauréats d’un Oscar ou devenir un·e athlète olympique légendaire. Mais qu’en est-il des jeunes scientifiques prometteurs issus des minorités qui pourraient aider à découvrir le prochain remède ?

Les médias, en particulier la télévision, jouent un rôle important dans la façon dont les individus se perçoivent. La télévision peut aider à créer des modèles positifs pour les enfants issus des minorités, en les aidant à aller au-delà de ce qu’ils ont jamais cru possible.

Nous avons tous entendu l’histoire de « l’aigle qui vivait comme un poulet » [en] : après être tombé de son nid, un aigle atterrit dans un poulailler où il est rapidement adopté par les poussins. Il grandit en pensant qu’il est poulet. Un jour, il rencontre un aigle plus âgé qui lui apprend à voler et l’aide à développer son véritable potentiel.

La politique de ségrégation continue et systématique de la télévision française empêchera non seulement l’émergence de modèles positifs pour les minorités, mais pourrait bien exacerber les tensions sociales en consolidant les anciens ghettos.

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Eric Tevoedjre est originaire du Bénin, en Afrique de l’Ouest. Il a un doctorat. en relations internationales de l’Université Johns Hopkins aux États-Unis et enseigne à l’Université catholique de Lille, France.

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Politique

« Les colons étaient plus humains que nous ». Partie III

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Le mari de Hadja Kadidiatou Diallo Telli El Hadj Boubacar Telli Diallo, premier Secrétaire général de l'Organisation de l’Unité Africaine

[box type= »shadow » ]Ce billet est la troisième partie d’un entretien, d’une durée initiale de trois heures, que Mme Kadidiatou Diallo Telli, veuve de El Hadj Boubacar Telli Diallo, auteure de « Mon cahier de morale ». a accordé à Mme Pascale Barthélémy dans le cadre de sa thèse de doctorat publiée sous le titre Africaines et diplômées à l’époque coloniale (1918-1957), Rennes, PUR, 2010. L’entretien en entier a été publié sur journals.openedition.org Mme Pascale Barthélémy est Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, ENS de Lyon et auteure de plusieurs ouvrages sur les intellectuelles africaines. Vu sa longueur, je l’ai divisé en 3 parties. Celle-ci est la troisième partie. Les autres parties ont été publiées le 25 et le 30 août.[/box]

A : Et donc pendant vos années d’études, c’est là que vous avez noué des relations avec celui qui devient votre futur mari, monsieur Diallo Telli ?

: Mon mari je l’ai connu à Sébikotane. J’étais à Rufisque. On l’a envoyé en mission à Rufisque pour préparer avec Mme Le Goff la fête de fin d’année de Sébikotane. Il est arrivé au portail, le gardien ne lui a pas permis de rentrer. Et on était dans la cour, je regardais du côté du portail et j’ai vu que le gardien s’en prenait à quelqu’un là-bas, je suis allée voir. Quand il m’a vue, il a vu que j’étais une Guinéenne, il m’a parlé peul. J’ai dit “oui, mais qu’est-ce que vous voulez ?” “Le gardien ne veut pas me laisser rentrer, je dois voir la directrice”, alors j’ai expliqué au gardien, “je suis responsable – ils étaient deux – je les amène à la directrice et je les ramène jusqu’au portail”, donc je suis montée avec eux chez Mme Le Goff, je les ai introduits, je suis sortie. Je les ai attendus au bas des escaliers, quand ils sont redescendus je les ai conduits à la porte.

Arrivés à la porte maintenant il me dit : “comment tu t’appelles ?” “je m’appelle Kadidiatou”, “bon moi je m’appelle Boubacar Telli, je suis à l’École normale de garçons, j’étais venu pour préparer une rencontre avec les élèves de 4e année, parce que nous avons une fête à l’École, on aimerait bien inviter les élèves de 4e année” “je suis en première année”. Il est parti. Et après ça il est revenu dans le groupe qui est venu chercher les normaliennes de 4e année, puis il les a ramenées.

Il avait une amie, en 4e année, et au cours de cette fête-là, il lui dit “bon, tu vas sortir, moi aussi je sors mais moi je vais en France, il faut qu’on planifie pour que tu ne te maries pas avant mon retour”. Nankoria lui dit “écoutes, nous sommes du même âge, si on se marie à deux je vais être une vieille, vieille qui traîne à la maison alors que tu seras encore un homme, moi je voudrais que tu épouses une fille plus jeune que moi”. Il lui dit “mais, tu proposes qui ?”, elle dit “j’ai ma fille adoptive, elle est de Guinée, comme nous, elle est beaucoup plus jeune que moi et si tu la vois certainement tu me remercieras de te l’avoir présentée”. Il dit “elle s’appelle comment ?”, “elle s’appelle Kadidiatou”, il dit “c’est elle qui m’a introduit chez Mme le Goff”. Nankoria lui dit “bon moi je suis fiancée (c’est elle qui a épousé Madeira Keita) elle dit moi je suis fiancée, je vais épouser un homme beaucoup plus âgé que moi, ça me va mieux, je vais épouser Madeira Keita”.

Alors, après cette fête, nous avons pris le même train pour rentrer en vacances et c’est dans le train qu’il m’a abordée. J’ai dit “moi j’ai encore trois années d’études devant moi, je ne peux pas encore parler de mariage, et de toutes les façons chez nous, c’est pas les filles qui décident de ça c’est leurs parents”.

Bon, on a correspondu comme ça très facilement, pendant sept ans, mon fils se marre encore quand il prend le courrier, “mon frère, ma sœur”, il dit “vous étiez des hypocrites !” (rires). J’avais beaucoup de gens qui ont défilé, j’ai toujours renvoyé tout le monde, j’ai eu des clashs avec la famille et tout, mais j’avais une chance, j’ai d’abord servi trois ans à Rufisque comme surveillante, après avoir terminé l’École. (…) Lui quand il a terminé sa licence, il a passé le concours d’accès à l’École… l’École coloniale.

A : L’École de la France d’outre-mer ?

: L’École de la France d’outre-mer, il est venu dire à ses parents, “bon maintenant je peux me marier”, parce que lui aussi de son côté la pression était très forte, donc il était soudoyé aussi, il leur a dit “je vais me marier”. Ils lui disent : “oui, mais tu as ta cousine, tu as celle-ci et ainsi de suite” il dit “non non, moi j’ai trouvé une fille, vous êtes d’accord ? Je vais la demander en mariage, si vous n’êtes pas d’accord, je vous laisse ici, je m’en vais me marier, je la prends on va en France !” (rires) On s’est mariés en 58.

En fait non, on s’est mariés en 51, en 51. Mon fils aîné est né en 53, le deuxième en 55, on a fait une bonne pause là, et ma fille est née seulement en 62. Mon mari avait une formule qui faisait rire tout le monde, il dit “j’ai trois enfants qui sont nés dans trois continents différents, l’aîné est français il est né à Fontainebleau, le deuxième est africain il est né à Dakar, la troisième est américaine elle est née à New York” (rires) quand il était ambassadeur aux Nations unies, alors il dit maintenant mon ambition, puisque je suis à Addis-Abeba, c’est d’avoir le quatrième, je vais envoyer ma femme le faire en Asie (rires), elle va aller accoucher en Asie, comme ça je serais tranquille (rires).

A : D’accord. Donc entre 48 et 51 vous avez servi à Rufisque puis j’ai vu que vous aviez fait l’École des surintendantes d’usine en France ?

B : Oui, j’ai fait une école, je savais pas très bien ce qu’il fallait faire, et puis rester à la maison je pouvais pas faire ça, et finalement on m’a inscrite, je me suis inscrite pour une École de surintendantes. En fait c’était la seule à Paris à l’époque, il y avait des Écoles d’assistantes sociales, mais surintendantes d’usine c’était la seule… je crois que c’est la dernière École qui recrutait. Les autres avaient déjà recruté et comme je ne voulais pas perdre une année, donc j’ai passé le test de la dernière École qui avait encore des tests. Et puis on s’était dit, en Afrique, bon, les assistantes sociales et tout ça ce n’est pas encore au point, mais les surintendantes, il y avait des usines à l’époque, c’était, c’était vraiment une activité qu’on aurait pu tout de suite implanter.

A : Donc là vous êtes restée en France jusqu’à quelle date ?

B : On est restés en France jusqu’en 55. Mon mari est revenu au cabinet du haut-commissaire à Dakar, il est arrivé comme magistrat, il avait été muté comme magistrat, à Thiès, il était substitut du procureur et c’est là que le haut-commissaire l’a appelé.

A : Et vous, vous aviez eu le temps de terminer votre formation ?

: Non, je n’ai pas pu terminer, j’ai été stoppée par une tuberculose pulmonaire. J’ai été malade en pleine année scolaire, j’ai été hospitalisée à l’hôpital de la Pitié et on m’a envoyée ensuite en sana à Fontainebleau.

Arrivée à Dakar, j’ai repris dans l’enseignement (silence). J’ai fait deux écoles à Dakar mais pour de très courtes périodes, à partir du moment où mon mari est passé au cabinet du haut-commissaire, on avait commencé à avoir déjà des activités sociales, qui ne pouvaient pas aller avec une salle de classe. Donc j’ai abandonné, on est rentrés dans le cycle infernal des cocktails, des déjeuners, des dîners, j’ai cessé de travailler. On est restés à Dakar jusqu’au référendum. Le référendum nous a trouvés en vacances à Villard-de-Lans7. Bon, après le référendum, de Paris mon mari a décidé de rentrer, de démissionner au Grand Conseil et de venir se mettre à la disposition de la Guinée.

2A la suite de l’indépendance de la Guinée, Boubacar Diallo Telli est nommé représentant permanent de la Guinée aux Nations unies et ambassadeur de son pays à Washington avant de devenir secrétaire général de l’OUA. Son épouse mène alors « la vie infernale de la femme d’un diplomate ». Après l’arrestation de son mari en 1976, Kadidiatou Diallo et ses enfants se rendent à Dakar, en France puis au Canada. Elle ne reviendra en Guinée qu’à la fin des années 1990, bien après la mort de Sékou Touré.

Notes

1 Cet entretien, d’une durée initiale de trois heures, a été réalisé dans le cadre de ma thèse de doctorat publiée sous le titre Africaines et diplômées à l’époque coloniale (1918-1957), Rennes, PUR, 2010. La version retranscrite ici a été très réduite mais, pour faciliter la lecture, les marques de coupe n’ont pas été conservées. L’entretien figure en intégralité en annexe de la thèse.

2 Petit village au nord de Yambering.

3 Promotion 1938-1942.

4 Mariama Traore épouse Sultan, promotion 1938-1943.

5 Il s’agit de Nima Bâ Sow, promotion 1942-1946.

6 La fondation a été créée en 1992.

7 Chef-lieu de canton de l’Isère, dans le Vercors, près de Grenoble. Station climatique et de sports d’hiver

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Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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