Politique

Donnons une chance à la réconciliation nationale

Les deux co-présidents de la CPRN à la maison de la radio. Source: cprn-guinee.org
Les deux co-présidents de la CPRN à la maison de la radio. Source: cprn-guinee.org

Je dois confesser que depuis sa création par le Président de la république le 15 août 2011, la Commission provisoire de réflexion sur la réconciliation nationale (CPRN) co-présidée par Elhadj Mamadou Saliou, grand imam de la mosquée Fayçal et Monseigneur Vincent Coulibaly, l’archevêque de Conakry, ne m’a jamais convaincu.

Tout d’abord, ces deux personnages sont peu convaincants. Les religieux musulmans ont toujours été du coté du pouvoir, utilisés pour faire des sacrifices. Msgr Coulibaly, après les dramatiques faits du 28 septembre 2009 avait eu des propos regrettables. En outre, les moyens pour leurs activités ont tardé à venir. Ce n’est que le 30 juin 2014 que la Villa N° 36 de la Cité des Nations a été officiellement mise  à sa disposition, ce qui lui a permis d’après son site web « l’opérationnalisation d’un Secrétariat exécutif, composé d’une équipe multidisciplinaire d’experts nationaux et internationaux sur la justice transitionnelle ».

Au-delà de ces raisons, il y aussi la ferme conviction que les principaux problèmes d’une fracture sociale proviennent surtout du comportement de l’état lui-même. Depuis avant l’indépendance, les politiques ont instrumentalisé leur appartenance ethnique nourrissant ainsi le communautarisme, dans l’espoir de gagner des voix ou tout simplement par courte vision. 

Une fois au pouvoir, ils ont souvent utilisé l’exclusion et les violences extra-judiciaires pour le garder. Un processus de réconciliation consisterait, donc, plus en une réconciliation entre l’état et ses citoyens.

J’ai des doutes qu’une approche visant uniquement une réconciliation entre les populations puisse être utile. Il y a certes des conflits périodiques et isolés entre les populations, mais c’est le pouvoir qui devrait faire son mea-culpa.

Quelle crédibilité accordée à la volonté du pouvoir de faire une réconciliation nationale, quand les victimes et leurs familles continuent de voir l’impunité érigée en méthode de gouvernement? Des individus qui ont été accusés par la justice guinéenne des pires crimes commis contre le peuple, continuent à occuper les mêmes fonctions que lorsqu’ils les ont commis, avec promotion? Parler de réconciliation dans ces conditions c’est essayer de se cacher derrière son petit doigt.

Tant qu’il n’y a pas une volonté politique de faire une réconciliation, pour le moment toute institution serait inutile. Cette volonté pour moi, en ce moment, n’est que de façade car le pouvoir ne respecte pas les décisions de la justice. 

Ceci dit, je ne serai pas un obstacle à toute tentative de détendre l’atmosphère social de mon pays. Je participerai pour faire entendre mes critiques contre tout pouvoir jusqu’à ce qu’il réalise qu’il est le véritable obstacle à une réconciliation nationale en Guinée. Pour le moment j’ai peu d’espoir. Mais mon motto est « L’histoire est patiente, la Vérité têtue« . 

Je reprendrai sur mon blog, donc, toute initiative ou publication que je juge positive.

La Commission s’est renforcée avec l’appui technique du Système des Nations Unies (HCDH, PNUD, UNICEF). Depuis 2015. Ses actions sont devenues plus visibles. Dans une déclaration du 30 décembre dernier, Msgr Coulibaly faisait le point en ces termes:

Après un temps de sensibilisation et de formation, notre mission a  démarré cette année avec le lancement de nos activités,  le 25 mars 2015. Aujourd’hui, nos antennes régionales sont fonctionnelles dans toutes les régions administratives et nous avons choisi nos points focaux dans les 33 préfectures et les 5 communes de Conakry », affirme l’Archevêque de Conakry.

Aujourd’hui la CPRN est passée à la vitesse supérieure. Des consultations générales ont depuis maintenant un an permettant de sensibiliser les populations et groupes spécifiques dans toutes les régions, d’après son site d’informations.

Dans un communiqué de presse, publié le 18 mars,  le coprésident Mgr Vincent Coulibaly fait le point sur la situation.

Communiqué de presse de la CPRN:

Les Consultations nationales se poursuivent dans les huit régions administratives de la Guinée

Depuis le 7 mars 2016, la Commission Provisoire de réflexion sur la réconciliation nationale (CPRN) a démarré les consultations nationales sur l’ensemble du territoire.

A cet effet, des équipes d’assistants de recherche travaillent dans les différentes régions et recueillent les avis des Guinéens et des Guinéennes, sur les mécanismes à mettre en place pour solder les contentieux du passé et ouvrir une ère nouvelle basée sur la justice, la vérité et un désir de vivre ensemble plus consolidé.

A cette étape de l’activité, il nous a été donné de noter la forte et étroite collaboration des autorités administratives et religieuses, les organisations de la Société Civile et les médias qui prennent de nombreuses initiatives pour la réussite le succès du processus. Nous tenons à les remercier et à les encourager à poursuivre cet appui.

Dans le même sens et d’une manière générale, les populations participent activement et massivement aux opérations de collecte de données. C’est le lieu de les remercier et d’exhorter les personnes qui seront contactées à réserver aux assistants de recherche, un accueil chaleureux et à leur donner en toute quiétude, les informations sollicitées.

Nos compatriotes de l’étranger participent également à ces consultations en remplissant un questionnaire de sondage en ligne accessible à l’adresse : https://fr.surveymonkey.com/r/DIASPO-GN

Ces opérations de collecte d’informations vont se poursuivre jusqu’au 6 avril 2016.       Aussi réitérons-nous notre appel à tous les Guinéens et Guinéennes, à saisir cette occasion exceptionnelle pour influencer positivement le cours de notre histoire commune pour plus de paix, de justice et de prospérité.

La CPRN vous remercie de votre intérêt pour les consultations nationales.

 

Fait à Conakry le 18 Mars 2016

Pour la CPRN

Mgr Vincent Coulibaly

Co-président

Pour la consultation online, déjà plus de 200 réponses ont été en registrées, l’objectif étant d’atteindre 500. il y a deux liens sur lesquels on peut réagir, on peut y participer en répondant aux question posées dans chaque formulaire:

  • Lien web pour l’enquête qualitative (questionnaire non directif, pour personnes ressources, personnages publics et témoins de l’histoire): https://fr.surveymonkey.com/r/STKV5XJ

 Nous vous remercions de votre disponibilité, dans le cadre de ce projet spécial dont nous ne doutons pas des résultats.

 

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konakryexpress

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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