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Politique

Japon: Qu’y a-t- il de mal à ce que Miss Univers soit africaine-japonaise ?

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Le billet d’aujourd’hui traite des réactions des japonais suite à l’élection d’une noire japonaise comme Miss Japon 2015 et partant du racisme anti-noir dans le pays du Soleil levant. Il a été écrit par Matt McClellan étudiant en quatrième année d’études sur le Pacifique et d’Asie à l’Université de Victoria, ayant un intérêt particulier pour le Japon. Le billet a été traduit par Noelle Aboya-Chevanne, qui avoue nourrir « un grand intérêt pour la thématique de la mondialisation et ses effets collatéraux sur les concepts du soi et de l’altérité, les identités, les politiques publiques, les idées et les croyances communes ».

Introduction:

Un rapport du Comité des droits de l’homme des Nations Unies publié le 24 juillet 2014, demandait au gouvernement japonais d’interdire les discours haineux et de prévenir une montée du racisme dans le pays. Le comité, composé d’experts en la matière, qui a examiné la situation des droits de l’homme du pays, s’est dit préoccupé par la propagation de la haine et des remarques discriminatoires contre des résidents d’origines coréenne, chinoise et d’autres minorités ethniques vivant au Japon.

Une brève recherche sur Internet sur le sujet m’a permis de découvrir l’étendue des débats. Une analyse fort intéressante de Glowybunny sur tchintcha.com, intitulé Les japonais sont-ils racistes? traite du problème sous plusieurs aspects. Dans cette analyse, la blogueuse avertit que d’où que vous veniez ou quelque soit la couleur de votre peau:

Si vous avez décidé de vous installer au Japon, sachez que même Tokyo n’est pas cosmopolite, et un étranger ne sera jamais un tokyoïte ou un japonais d’adoption. Dans ce cas là vous ressentirez probablement du racisme à l’inverse des voyageurs de passage.

Sur un autre site, Chris agé de 18 ans a publié ceci sur le site kanpai.fr:

Je vous envoie ce message car j’aimerais vraiment en savoir un peu plus sur ce pays [Japon], car mon rêve sera de pouvoir aller dans ce pays, y faire mes études et (pourquoi pas) y vivre. d ‘ici peu je compte aller là bas.

Les réactions ont été très partagées, de la part aussi bien que de lecteurs noirs que d’autres couleurs.  Ludo a écrit:

Salut Chris 🙂 Je ne pense que ce soit un réel problème noir, jaune ou rouge au Japon. Mais je comprends le sens de ta question 🙂 Moi aussi j’ai le même rêve que toi, si ça te dit de discuter un de ces jours.

Une lectrice, Yu a répondu à Chriss en disant:

Je suis noire, je suis allée au Japon à deux reprises et je n’ai eu aucun souci. Après bien sûr il y a une différence entre être touriste et y vivre. Il y aura toujours le Japonais d’un côté et le gaijin de l’autre, mais chacun y vit des expériences différentes je suppose.
Moi en tout cas j’ai su m’intégrer assez bien, m’y faire des amies qui me réclament souvent et qui sont très loin de s’arrêter à ma couleur de peau.

Quant aux études, comme l’a dit Jenna cela nécessite un certain budget. Seul toi sait si c’est dans tes possibilités ~

L’article:

Screencap image from Miss Universe Japan YouTube channel.

La sélection d’une jeune femme moitié japonaise et moitié américaine en tant que représentante du Japon lors de la 64ème édition du concours de Miss Univers en avril dernier a suscité à nouveau un débat au niveau national et international sur l’identité japonaise.

La candidate au concours de Miss Univers met également en lumière les problèmes que rencontrent les métis japonais au Japon, leur propre pays natal.

Ariana Miyamoto, fille d’une japonaise et d’un afro-américain, sera la première candidate métisse japonaise durant le concours de Miss Univers. Sa sélection en tant que représentante du Japon a généré une vague de réactions diverses sur Twitter.

Quelques unes des réactions les plus modérées sur les médias sociaux expriment la confusion et l’hésitation à l’égard de cette annonce.

Étrangement, beaucoup de tweets modérément négatifs ont été supprimés par leurs auteurs mais pas avant qu’ils aient été intégrés par le site d’agrégation d’informations, Matome Naver :

Qu’est-ce qu’ il y a de mal à ce que Miss Univers Japon soit métisse ? (lol)

Un autre tweet, supprimé depuis, déclarait :

Au début, j’ai pensé “oh, ils ont choisi Miss Univers Japon ! Mais ensuite j’ai jeté un oeil aux résultats et…eh bien, pour être honnête, je ne peux pas m’empêcher de me demander pourquoi une métisse représente le Japon…

D’autres se sont demandés comment une telle sélection avait pu avoir lieu :

Est-ce normal de choisir une hafu [métisse] comme représentante du Japon ?! Cette fois, la procédure de sélection de Miss Univers a vraisemblablement été une énigme.

Des critiques plus soutenues ont remis en question l’identité de Miyamoto :

La candidate japonaise à Miss Univers originaire de Nagasaki est une incroyable beauté mais son visage ne représente pas vraiment le Japon, n’est-ce pas ?

Les réactions les plus marquées déclarent que Miyamoto est une gaijin, ce qui est une façon péjorative de désigner les étrangers au Japon, mais également que sa sélection est une erreur.

Même si elle est Miss Univers Japon, quoique l’on fasse, en regardant son visage, elle est clairement hors jeu !

Malgré les recherches et les preuves indiquant que les Japonais sont issus de migrations de divers individus en provenance de toute l’Asie, pendant des milliers d’années, l’opinion commune soutient que la nation est composée d’une seule race ethniquement homogène.

Historiquement, les enfants métis ont été sujet aux brimades et à un ostracisme social depuis l’union de GI américains et de Japonaises après la fin de la seconde guerre mondiale.

L’occupation américaine d’après-guerre s’est manifestée par une hausse des naissances d’enfants métis au Japon.

En 1952,un recensement du gouvernement a recensé 5 013 enfants métis au Japon, tandis qu’à ce jour, selon le documentaire de Megumi Nishikura, “Hafu: l’expérience métisse au Japon”, 20000 bébés métis naissent chaque année.

Sur ces bases, il est quelque peu étonnant que les personnes comme Melle Miyamoto qui s’apparentent à des métis continuent d’être sujettes à des formes de harcèlement social et physique à l’école.

Dans une interview accordée à Rupert Wingfield-Hayes de BBC News Tokyo, Melle Miyamoto fait référence à l’une de ses amies qui en grandissant n’a pas réussi à supporter le traitement infligé par ses pairs et a fini par se suicider.

Tout le monde n’est pas nécessairement d’accord avec l’idée que la jeune fille n’est pas la candidate idéale pour représenter le Japon. Dans cette vidéo YouTube, beaucoup interviewés soutiennent en nombre sa candidature pour le titre de Miss Univers.

Le soutien à Miyamoto s’est également avéré soutenu sur Twitter :

Où est le problème…J’ai vraiment du mal à comprendre ces objections [propos récupérés par Matome Naver].

Un autre utilisateur de Twitter a révélé un préjugé d’un autre ordre tout en apportant cependant son soutien à Miyamoto:

Si elle était transsexuelle je comprendrais mais qu’il y a-t-il de mal à être “double” ?

L’utilisateur emploie le terme daburu ou “double” pour désigner ce que les Japonais identifient comme son héritage biculturel. “Double” est une manière moins commune mais politiquement correcte pour désigner une personne métisse ou hafuau Japon.

Le terme “moitié” fait implicitement référence à quelque chose d’incomplet, le terme “double” implique la complémentarité entre les différentes origines culturelles d’une personne.

Qu’est-ce que ça fait qu’Ariana ne ressemble pas à une Japonaise de souche ? Sa mère est Japonaise, née et élevée au Japon, et elle a indiqué que sa fille s’est habituée à la culture japonaise. Ariana est une élégante jeune femme japonaise ! Laissons tomber tout ça et félicitons la !

Dans une vidéo du Hafu Project [projet métis], une organisation cherchant à sensibiliser l’opinion publique sur les métis japonais, on a demandé à des personnes qui s’identifient comme ayant des origines à la fois japonaises et non japonaises, de se présenter au public japonais.

Les réponses ont été éclairantes :

Le Hafu Project a également interviewé des Japonais pour connaître leur point de vue sur les hafu [métis] :

Les réponses montrent que la situation n’est pas aussi triste que semblent l’indiquer les tweets négatifs contre la jeune fille, mais  les points de vue des participants sont principalement influencés par l’apparence. Les premiers mots utilisés pour décrire les hafu incluent les termes de “jolie,” “mignonne” et “belle,” qui sont uniquement centrés sur l’aspect physique et ne prennent pas en compte la personnalité.

Toutefois, lorsqu’on demande aux participants s’ils considèrent qu’il y a une différence entre les Japonais et les hafu [métis], tous répondent qu’il n’y a pas de réelle différence et qu’ils sont comme tout le monde.

On peut dire que des progrès sont faits en ce qui concerne les comportements des Japonais à l’égard des Japonais métis ; cependant les réactions mitigées et le manque de couverture médiatique sur le cas d’ Ariana Miyamoto montre qu’il reste encore à faire pour que les “moitiés” Japonais soient considérés comme Japonais à part entière.

La 64ème édition du concours de Miss Univers aura lieu plus tard dans l’année ou début 2016 et bien que le lieu de la cérémonie n’ait pas encore été choisi, les lieux pressentis sont la Chine et la Colombie. Même si le débat sur Ariana  Miyamoto s’est calmé, il est fort probable qu’il se ranimera une fois que le concours débutera.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Droits de l'Homme

Somalie : Les journalistes affirment que la nouvelle loi sur les médias musèlera la liberté de la presse

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[Sauf mention contraire, tous les articles renvoient vers de pages en anglais, ndt]

Avec l’adoption récente d’un projet de loi controversé sur les médias par le président somalien Mohamed Abdullahi Farmjo, les professionnel.le.s des médias s’inquiètent du sort qui pourrait être réservé aux journalistes qui luttent déjà dans un environnement médiatique hostile.

Le projet de loi, promulgué le 26 août, contient 41 articles sur les médias et la manière dont ils doivent mener leur travail. La loi restreindra le travail des professionnel.le.s des médias et donnera à l’État un pouvoir illimité sur le monde du journalisme.

Pourquoi la société civile et les médias crient-ils au scandale à propos de ce projet de loi ?

Selon Abdalla Mumin, secrétaire général du Syndicat des journalistes somaliens, un groupe de défense des droits de la presse, la loi sur les médias récemment adoptée placera la presse sous le contrôle direct du gouvernement comme si tous les médias étaient des médias d’État. Cela viole la constitution et ouvre la voie à un environnement plus restrictif dans lequel le journalisme devient un crime.

Il a écrit un tweet passionné sur la question en août après l’adoption du projet de loi :

Quand vous arrachez la langue d’un homme, vous ne prouvez pas qu’il est menteur, vous montrez seulement au monde que vous craignez ce qu’il pourrait dire.

— GEORGE R. R. MARTIN, A Clash of Kings pic.twitter.com/GsGRrPpxw2

— Abdalle Ahmed Mumin (@Cabdalleaxmed) 28 août 2020

Le projet de loi sur les médias prévoit que le gouvernement délivrera des licences aux journalistes et pourra les retirer à tout moment, pour quelque raison que ce soit, si le journaliste est jugé trop critique. C’est le ministère de l’Information qui accrédite les journalistes plutôt qu’une association de presse ou des organisations de médias indépendantes et non gouvernementales.

La loi permet clairement à l’État de contrôler et de diriger les professionnel.le.s des médias, qu’il.elle.s travaillent pour les médias d’État ou autre. Cela les prend en otage et compromet leur impartialité. Les États autoritaires sont les seuls gouvernements où les travailleurs des médias demandent des licences et une accréditation du gouvernement.

En août, le patron de la presse Abdinur Mohamed Ahmed a déclaré dans une interview accordée à BBC Somali que 16 articles avaient été omis du projet de loi et que d’autres avaient été modifiés. Mais les associations de médias dénoncent toujours le projet de loi qu’elles jugent oppressant.

L’ancien président somalien Hassan Sheikh a initialement signé le projet de loi controversé en 2016, et depuis lors, les associations de médias et les groupes de la société civile ont mené des campagnes pour la changer en raison de sa nature draconienne. Des progrès ont été réalisés lorsque le président actuel est arrivé au pouvoir et a ordonné une révision de la loi, mais cette révision à elle seule n’a pas répondu aux demandes des professionnels des médias et des défenseurs des droits civils.

Lire également : Les espoirs de trois journalistes somaliens sur Lesbos : l’asile en Europe

La Somalie copie les états dictatoriaux où la liberté de la presse est inexistante

Le 31 août, l’ancien ministre de l’Information Mohamed Abdi Hayir a fait remarquer que la Somalie n’était pas le seul pays où le gouvernement délivre des licences aux médias, lors d’un talk-show animé par Universal TV (une chaîne de télévision par satellite somalienne). En réponse, le secrétaire du syndicat des journalistes somaliens, M. Mumin, s’en est pris au ministre de l’Information, l’accusant de copier des États dictatoriaux où la liberté de la presse est inexistante.

La communauté des médias somaliens proteste également contre l’appel du projet de loi à la la formation d’un conseil, dans lequel le gouvernement aurait un pouvoir hégémonique sans précédent sur toutes les associations de médias.

Le conseil composé de neuf membres, dont trois issus de médias indépendants, trois de la société civile et trois du gouvernement, aura le dernier mot sur la responsabilisation des professionnel.le.s des médiasIl examinera également les plaintes déposées contre les médias et prendra des décisions concernant les retraits de licence des maisons de presse. Mais les organisations de médias considèrent ce conseil comme un outil de «censure» et craignent qu’ avant les prochaines élections en Somalie, cela ne pose problème pour les voix dissidentes.

Les médias somaliens sont florissants malgré des défis constants.

La Somalie, un des endroits les plus dangereux pour un journaliste

Selon l’indice d’impunité du Comité pour la protection des journalistes, la Somalie est l’un des pays les plus dangereux pour un journaliste. Le CPJ affirme que 26 meurtres de journalistes n’ont toujours pas été résolus. Bien que le nombre de meurtres ait diminué, le harcèlement des autorités persiste sous la forme de détentions illégales, d’arrestations arbitraires et de refus d’accès à l’information.

Certains professionnels des médias somaliens ont payé le prix ultime pour leur profession. De 2017 à 2020, 11 journalistes ont été tués et les auteurs de ces crimes n’ont pas encore eu à répondre de leurs actes. Cette culture d’impunité crée un environnement où les journalistes craignent pour leur sécurité et hésitent donc à faire des reportages.

Onze journalistes ont été tués dans le pays au cours des quatre dernières années : 3 en 2017; 4 en 2018; 2 en 2019 et 2 en 2020, faisant du pays l’un des endroits les plus dangereux au monde pour les journalistes.

— Somali Media Association- SOMA (@SomaliMedia13) 3 novembre 2020

Les journalistes sont également confrontés au risque de détention arbitraire, soit en raison de publications critiques sur Facebook, soit en raison d’interviews que les autorités n’approuvent pas.

La dernière victime d’une répression gouvernementale contre les médias est Abdullahi Kulmiye Addow, journaliste radio qui a interviewé un homme d’affaires à tendance islamiste qui critique le gouvernement somalien et les soldats de la paix de l’Union africaine. Après que la station de radio de M. Addow ait publié une bande-annonce pour l’interview, des agents de l’agence nationale de renseignement et de sécurité somalienne ont perquisitionné son domicile dans la nuit du 18 octobre et l’ont gardé à leur siège pendant cinq jours. Il a ensuite été libéré lorsque sa station de radio a accepté de ne pas diffuser l’interview complète en échange de sa libération.

Le rédacteur en chef Abdul Aziz Gurbiye, de Goobjoog media, une maison de presse privée, a été arrêté le 14 avril pour une publication sur Facebook dans laquelle il affirmait que le président somalien Mohamed Abdullahi Farmajo s’était approprié un ventilateur COVID-19 destiné à un usage public. Cinq jours plus tard, il a été libéré sous caution. Après deux mois de va-et-vient, une bataille judiciaire s’en est suivie qui s’est terminée par un verdict de culpabilité, et M. Gurbiye a été accusé d’avoir diffusé de fausses informations et d’avoir offensé l’honneur du président. Il a été condamné à six mois de prison, mais a été autorisé à payer une amende de 200 dollars au lieu de l’emprisonnement.

Les associations de presse et les propriétaires de médias se sont réunis pour mettre le gouvernement en garde contre l’application de la loi sur les médias. Ils affirment qu’Osman Dubbe, le nouveau ministre de l’Information, recherche le soutien de la communauté internationale et qu’il a envoyé une lettre de sollicitation à des donateurs potentiels le 7 novembre pour soutenir la mise en œuvre de la loi.

Le 18 novembre, les associations de médias ont invité M. Dubbe à venir à une table des négociations pour un examen approfondi du projet de loi.

Lors de la conférence consultative des journalistes qui s’est tenue aujourd’hui à #Mogadiscio, nous avons conjointement fait part de nos inquiétudes face aux tentatives du nouveau ministre de l’information de mettre en œuvre à la hâte la draconienne #Loi somalienne sur les médias, la sécurité des journalistes en activité & dénoncé la montée des menaces contre la presse.

Depuis la chute du régime militaire en 1991, le paysage médiatique est passé d’un seul média d’État à plusieurs. Mais avec les vestiges de l’ancienne loi draconienne encore existants et appliqués, tous les gains réalisés peuvent être vains.

Les associations de médias et les groupes de la société civile ont vivement protesté contre l’imposition de cette loi qui entravera la liberté de la presse et réduira un espace politique déjà rétréci. Sans presse libre, la justice disparaît et l’autoritarisme prend le dessus.

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Ce billet billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par le journaliste somalien Mohamed Adan Ishak pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 28 décembre 2020.

 

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Droits de l'Homme

Gouvernance rwandaise pendant la pandémie : le temps de l’introspection

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Note de la rédaction : Cet article a été initialement publié par Louis Gitinwya sur le blog du Friedrich Ebert Stiftung (en anglais et en français). Une version légèrement modifiée est reproduite ici avec l’autorisation de l’auteur. 

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndt.]

Après la désignation par l’Organisation Mondiale de Santé (OMS) du coronavirus (SARS-CoV-2) en tant que pandémie mondiale, le Rwanda était le premier pays d’Afrique à entrer dans une phase de confinement. Le 23 mars, le gouvernement a ordonné un confinement strict, restreignant les voyages et fermant les universités afin de réduire la propagation du virus dans le pays. Depuis lors, il y a eu 7 970 cas confirmés de COVID-19, avec 74 décès et 6 289 cas de guérison au Rwanda, selon l’Université Johns Hopkins.

Le modèle de gouvernance du Rwanda est construit sur deux modèles concurrents : parallèlement à l’histoire de l’« enfant chéri de l’aide », le pays est généralement considéré comme un exemple réussi de développement en Afrique. C’est également un État autoritaire basé sur un pouvoir économique et politique étroitement centralisé au sein du parti au pouvoir, le FPR (Front patriotique rwandais), qui contrôle l’appareil de sécurité de l’État et possède les principales entreprises du pays. Ce modèle de gouvernance a fondé sa légitimité sur le progrès socio-économique rapide du pays.

Certains commentateurs politiques suggèrent à juste titre d’utiliser l’épidémie comme barème pour tester la nature et la qualité de nos institutions. Et le point de départ évident est d’examiner les forces et faiblesses de l’appareil d’État et la façon dont le pouvoir répond aux besoins du peuple.

Peu de temps après que le gouvernement ait annoncé un confinement à l’échelle nationale, les citoyens se sont tournés vers les médias sociaux, plus particulièrement vers les Rwandais sur Twitter (surnommés RWoT), exhortant le gouvernement à fournir des secours alimentaires d’urgence aux familles les plus vulnérables et à mettre en œuvre des mesures économiques palliatives dès que possible.

Cette subvention de 12 millions de dollars de l’ADEPR atteindra-t-elle les pauvres touchés par le #COVID19 ? Ou sera-t-elle spoliée aux villageois et aux chefs des communautés, comme ce fut le cas lors du dernier épisode en date dans presque tout le district de Gasabo  ? Que manque-t-il à ce programme ?

En outre, il est important de comprendre le contexte national où l’on ne voit pas souvent les Rwandais critiquer publiquement l’État ; en particulier sur les réseaux sociaux en raison de la réticence du régime à tolérer les critiques. Souvent, les gens ont peur d’exprimer leurs préoccupations à cause de la répression étatique et de l’utilisation de son pouvoir coercitif.

Certains citoyens sont allés loin en demandant plus de transparence sur la gestion du « Fonds Agaciro » (Agaciro, qui signifie « dignité » en kinyarwanda, est essentiellement un fonds fiduciaire national). Les Rwandais se demandent aussi pourquoi le gouvernement n’a pas encore décidé d’utiliser une partie de ses propres fonds pour atténuer les effets socio-économiques de cette crise plutôt que de demander à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international des plans de sauvetage et des prêts.

En raison du confinement de 6 semaines au #Rwanda à la suite de la pandémie de #Covid19, les approvisionnements alimentaires sont le besoin le plus urgent pour les pauvres et les nécessiteux. Solace Ministries essaie de soutenir ses bénéficiaires avec une aide alimentaire. Pour en savoir plus, accédez à https://t.co/BsoqoXcodp.

Les citoyens s’inspirent du monde extérieur pour savoir comment d’autres pays ont réagi aux effets économiques de cette crise. Par ailleurs, il est essentiel de comprendre le réveil soudain des citoyens, en particulier dans un contexte d’une nation où les opinions officielles du gouvernement dominent les médias nationaux, avec une liberté d’expression limitée couplée d’une société civile très affaiblie.

Quand bien même le produit national brut ait oscillé autour de 7% [fr] au cours de la dernière décennie, la majorité des Rwandais, pour la plupart jeunes et instruits, restent pauvres, sans emploi et en situation de précarité financière. En revanche, on observe une expression forte et croissante des frustrations des citoyens, en particulier dans les zones urbaines, envers le discours officiel sur le développement et le progrès socio-économique du pays.

Pendant ce temps, les États membres voisins de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) comme le Kenya ont déjà annoncé des plans de relance économique pour faire face à l’impact économique dévastateur de l’épidémie de coronavirus. L’Ouganda, également, a déjà demandé [pdf] un budget supplémentaire de 284 milliards de shillings ougandais (environ 75 millions USD) pour lutter contre l’épidémie de COVID-19 et ses effets. Pour sa part, le Rwanda a annoncé une stratégie globale d’atténuation économique pour aider les entreprises et le secteur privé à faire face aux effets économiques de cette crise, bien que les détails de ce plan ne soient pas encore rendus publics et que neuf mois plus tard, le secteur privé n’ait pas reçu un centime.

Plusieurs mois après la mise en œuvre de la décision de confinement, le gouvernement est resté muet sur la demande des citoyens en matière d’aide alimentaire ; en particulier sur les controverses qui ont émergé dans les médias locaux dénonçant le fait que les autorités ont accordé si peu ou pas de soutien aux familles vulnérables.

Fait intéressant, cette crise a mis en lumière les frictions politiques croissantes au sein du gouvernement, compte tenu des récents limogeages du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Patrick Nyamvumba, et du ministre d’État au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération est-africaine, l’ambassadeur Oliver Nduhungirehe. On peut donc affirmer que ces turbulences illustrent l’absence d’une stratégie claire du gouvernement pour faire face à cette crise. Officiellement, les deux ministres ont été limogés pour avoir menti au chef de l’État, pour négligence et pour avoir constamment agi en fonction de leurs opinions personnelles plutôt que de mettre en œuvre des politiques nationales dans le cadre de leurs rôles respectifs.

Aujourd’hui, il semble qu’à travers cette pandémie, le mythe d’un État organisé et efficace soit brisé.

Avec cette crise pandémique, des questions se posent sur la maturité et la légitimité de notre modèle de gouvernance. Un modèle autoritaire de développement est-il efficace ou non pour absorber les inégalités sociales et les conflits ? Malgré son hégémonie, le modèle politique actuel reste vulnérable.

À la lumière de la frustration croissante d’une population qui souffre déjà de difficultés diverses, notamment le chômage et la pauvreté, il est clair que la réticence du régime à tolérer la critique peut compromettre la longévité de son modèle.

Le plein potentiel perturbateur de la crise du coronavirus prendra des mois, voire des années, pour se révéler. En attendant, et si cela vous préoccupe, alors il pourrait être utile de réfléchir à la façon dont cette épidémie pourrait éventuellement changer notre société pour le mieux.

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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par Louis Gitinwya pour le blog du Friedrich Ebert Stiftung (en anglais et en français). Le réseau globalvoices.org l’a repris et publié le 31 décembre 2020

Louis Gitinwya est un avocat rwandais, membre du Media Defence East African Lawyers Network, une ONG basée au Royaume-Uni.

Il a été.

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Camp Boiro

Une exécution publique aura lieu ce matin à Boulbinet

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Source: Wikipedia

Revu et corrigé le 15 janvier 2021

Mahmoud Bah (né en 1940 à Labé) auteur du livre Construire la Guinée après Sékou Touré, d’où ce texte a été extrait, est un technicien dans l’industrie agro-alimentaire et enseignant. Après l’arrestation de son frère, Ibrahima Kaba Bah, lors d’une grève des enseignants en Guinée, Bah a cherché l’exil, d’abord à Dakar, puis en France. Mais fatigué de l’exil, à partir de Dakar il rejoint Conakry en 1979. Dès son arrivée il est arrêté et interné au camp de concentration Boiro. Malgré l’intervention en sa faveur de la Ligue française des Droits de l’Homme et d’Amnesty International ce n’est qu’à la mort du dictateur Sékou Touré et le coup d’état des  militaires qu’il sera libéré, le 3 avril 1984. Il rentre alors en France et reprend son enseignement au lycée jusqu’à sa retraite en 2005 .

Une dictature à visages multiples étouffe la concorde nationale qui a permis d’obtenir l’indépendance, confisque brutalement en quelques mois toutes les libertés fondamentales, enserre les populations dans un vaste réseau de polices occultes et parallèles, arrête, emprisonne et liquide des milliers de paysans, ouvriers, intellectuels et cadres. Finalement, ce régime qui se disait révolutionnaire se révèle particulièrement rétrograde et brise les ressorts de la vie économique et sociale d’un pays où les gens ne demandaient qu’à travailler et à vivre en paix.

Janvier 1959: Premières exécutions publiques

Le lycée de Donka s’est agrandi au fil des ans, occupant maintenant les deux tiers de la plaine de Donka. En ces premiers mois d’indépendance, le complexe scolaire groupe une vingtaine de bâtiments. Les élèves sont internes à 90%. Ils sont nourris, logés et habillés correctement. Quelque 2500 élèves suivent les cours du Lycée Technique, du Lycée classique et moderne ainsi que du Centre d’apprentissage.
Ce matin de janvier 1959, les élèves du Lycée prennent leur petit-déjeuner dans le grand réfectoire. Arrive un messager qui monte sur une chaise, au milieu de la salle, et demande le silence.
— Je vais vous lire un communiqué du Comité PDG de Donka, annonce-t-il.
Silence complet. Et l’homme poursuit:
— Une exécution publique aura lieu ce matin à Boulbinet. Des hommes indignes de la Nation se sont rendus coupables de vol après avoir été graciés en octobre dernier par le Président. Les élèves, comme tous les militants de notre Parti, doivent assister au châtiment suprême que le Parti infligera à tous les fauteurs de troubles.
L’homme s’en va et les élèves avalent dans un lourd silence la déclaration qu’ils viennent d’entendre.
Une heure après, trois cars s’arrêtent devant la salle de permanence du Lycée. Quelque cent cinquante élèves y prennent place, des élèves du second cycle.
A Boulbinet un des quartiers de la presqu’île de Tombo (Conakry), il y a foule: hommes et femmes de tous âges. Un condamné est attaché à un poteau. Ses yeux sont bandés. Il fait dos à la mer. J’apprendrai quelques minutes plus tard qu’il s’appelle Chérif Camara.
Un peloton d’exécution est là, l’arme au pied. Un homme s’avance, lit une sentence puis le Chef du peloton lance les ordres. Un bruit sec et la tête du condamné tombe sur son épaule. Le Chef du peloton s’avance à quelques pas du condamné, arme son pistolet et donne trois coups de grâce. Le sang coule à flots jusqu’à terre. Les soldats détachent le cadavre, le recouvrent d’un linge et le jettent dans un camion.
Le Chef de Peloton déclare:
— Mission accomplie.
On voit alors des jeunes et des vieux pleurer et perdre connaissance. C’est la première fois qu’ils subissent une telle scène. Un jeune homme crie:
— Pourquoi nous oblige-t-on à voir ça?
Pas de réponse. Chacun s’en va, hébété, abasourdi. On se disperse dans la tourmente.
Renseignements pris, le condamné avait volé des bananes en plein marché de Conakry alors qu’il venait d’être gracié. Deux autres exécutions pour les mêmes raisons ont eu lieu à Kindia (Samba Diallo fusillé) et à Friguiagbé

L’année 1959 démarre ainsi sous le signe du sang et de la liquidation physique. Pour ceux qui pensent que le décompte des morts s’est arrêté au lendemain du référendum, la désillusion est arrière. La peur revient par la volonté du Président.
Fidèle à ses méthodes d’action de masse, le PDG, devenu Parti Unique de la Guinée, implante partout des Comités de Quartier.
Partout on entend, on affiche un mot d’ordre: « Reconversion ». Tout est prétexte pour les agents du Parti, à parler de « reconversion », à accuser tel ou tel de ne pas être « reconverti ».
Cela signifie en fait que tout le monde, sans exception, doit intégrer le Parti et obéir aux ordres du Parti.

Dissolution du mouvement étudiant
Création de la Jeunesse du Parti

Dès février 1959, le Gouvernement annonce la tenue prochaine d’un important Congrès, le Congrès constitutif de la Jeunesse du Rassemblement Démocratique Africain (JRDA). Ce Congrès devra consacrer l’unification de toutes les Organisations de Jeunes existant dans le pays, quels que soient leurs buts et leurs activités.
Apprenant cela, les étudiants guinéens, organisés au sein de l’Union Générale des Elèves et Etudiants de Guinée (UGEEG), décident de tenir un Congrès pour définir leur place et leur rôle dans la JRDA naissante.
A la Délégation de l’UGEEG venue demander à Saïfoulaye Diallo, Secrétaire politique du PDG, l’autorisation de tenir un Congrès, Saïfoulaye répond:
— « Vous pouvez tenir votre Congrès entre ciel et terre si vous voulez, mais pas en Territoire guinéen »…
Il est donc clair que les étudiants n’ont plus droit à la parole, eux qui ont été, durant les années 40 et 50, les porte-drapeaux de l’éveil socioculturel et de la lutte anticoloniale en Guinée.
De ce point de vue, force est de constater que le régime colonial tolérait la liberté d’expression alors que le PDG l’interdit purement et simplement.
Le coup n’est pas moins dur que les exécutions de janvier. Adieu liberté d’association, de réunion, d’expression !

Le 26 mars 1959, avec tout le cérémonial que le Parti est capable de déployer, la JRDA est constituée. Désormais, il n’y a plus d’UGEEG, plus d’Association socioculturelle régionale ou nationale, plus de club sports-loisirs, mais des Comités JRDA partout, à l’instar des Comités du Parti et des Comités de Femmes.
Il est précisé aux étudiants guinéens à l’étranger (Europe, Afrique, Amérique, Asie) que toutes leurs activités doivent être supervisées par le Parti; qu’ils ne doivent pas, par exemple, se marier à l’extérieur sans le consentement du Parti, faire des déclarations ou des publications sans en référer au Parti…
Les étudiants, qui avaient une solide tradition de lutte pour les Droits et les Libertés de l’Homme, ne peuvent se résigner à un rôle de « béni-oui-oui ». Ils entendent participer pleinement à tout ce qui fait la vie du peuple guinéen.
C’est alors que commence une longue guerre entre le pouvoir et les étudiants.
L’intégration de la Jeunesse au sein du Parti ayant été consommée, l’imagination intarissable de Sékou Touré lance un autre mot d’ordre…

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Droits de l'Homme

Une nouvelle taxe sur les appareils mobiles menace l’inclusion numérique en République démocratique du Congo

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Photo de Pixabay.

En septembre 2020, le gouvernement congolais, par l’intermédiaire du ministre des Postes, des Télécommunications et des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, a annoncé la mise en place du Registre des Appareils Mobiles (RAM). 

Dans cette annonce, le ministre a exprimé sa grande confiance dans le fait que le registre serait un outil essentiel pour la protection des utilisateurs congolais d’appareils mobiles :

Nous sommes heureux de mettre en œuvre le RAM. Cette base de données nous permettra de limiter le marché des appareils mobiles contrefaits, de lutter contre le vol d’appareils mobiles et d’améliorer la qualité du réseau de téléphonie mobile en bloquant les appareils non conformes aux normes internationales.

Avec ce nouveau registre, tous les appareils mobiles sur le territoire congolais doivent payer une redevance mensuelle allant de l’équivalent de 0,17 USD pour les appareils 2G à plus de 1,17 USD pour les appareils 3G et 4G sur une période de six mois.

Selon le site datareportal [en] le nombre de connexions mobiles en République démocratique du Congo a augmenté de près d’un million entre 2019 et 2020. Les organisations de la société civile ont exprimé des craintes de voir cette tendance s’inverser en raison de la mise en place de cette nouvelle taxe sur les appareils mobiles.

«Ce décret vient ainsi ajouter une 6e taxe aux cinq autres dont bénéficie déjà l’Autorité de régulation des postes et télécommunications du Congo qu’elle prélève sur les opérateurs de son secteur», déclaré l’organisation à but non lucratif Rudi International dans un communiqué condamnant la RAM.

GSMA [en] une organisation internationale représentant les intérêts des entreprises de téléphonie mobile, avait proposé au gouvernement, par l’intermédiaire du ministre en charge des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, un système gratuit qui n’aurait eu aucun impact sur le coût d’utilisation d’un appareil mobile dans le pays.

GSMA a même présenté au gouvernement congolais des méthodes de financement alternatives basées sur les modèles adoptés dans d’autres pays sub-sahariens, qui utilisent une combinaison de réglementation et d’un cadre juridique pour empêcher la falsification et la vente d’appareils mobiles volés ou contrefaits.

Une étude réalisée par le cabinet Ernst & Young dans le cadre d’une analyse des bénéfices potentiels d’une structure fiscale plus efficace pour le secteur de la téléphonie mobile en RDC, a conclu que la fiscalité était également un frein à l’inclusion numérique en République démocratique du Congo.

«Au lieu de faire des efforts pour renforcer le taux de pénétration de la téléphonie mobile dans le pays, cette taxe n’aura que l’effet inverse car les téléphones deviendront beaucoup plus chers sur le marché», a déclaré Rudi International dans son communiqué critiquant la taxe. Selon l’organisation à but non lucratif, la RAM devrait simplement être suspendue.

Le Collectif 24 a également déclaré qu’une taxe sur les appareils mobiles porterait un coup dur à la liberté d’expression et au droit d’accès à l’information :

La mise en place de cette nouvelle taxe, ne fera que réduire le nombre d’utilisateurs des télécommunications en RDC et contribuera à renforcer le fossé numérique. En effet, l’accès aux services des télécommunications deviendra de plus en plus cher pour le paisible citoyen déjà touché par la crise économique actuelle. La mise en place de ce service aura une incidence négative pour les opérateurs de la téléphonie mobile, car leur chiffre d’affaires connaîtra une baisse sensible avec la réduction du nombre des abonnés. Le secteur risquerait de subir une stagnation avec notamment la réduction des investissements. Ce qui ne manquera pas également de toucher négativement le PIB national.

Évoquant la violation du principe universel consacré à l’article 4 point 30 de la loi-cadre du 16 octobre 2002 [pdf] relative aux télécommunications en République démocratique du Congo, le député national Auguy Kalonji a approché le Premier ministre avec la requête que la taxe sur les appareils mobiles soit annulée :

L’esprit du principe du service universel oblige les pouvoirs publics à fournir à la population des services de communication électronique à un prix abordable, quelle que soit sa situation géographique sur le territoire national.
____
Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit pour globalvoices.org par Providence Baraka informaticien travaillant sur les droits humains numériques et les questions liées à la gouvernance de l’Internet en RD Congo et au-delà du continent africain.
Le billet a été publié sur globalvoices.org le 2 janvier 2021

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Gouvernance

Peuls, Forestiers et minorités depuis toujours marginalisés dans l’armée guinéenne

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Pas de place pour les peuls, les forestiers et les minorités dans les hautes sphères de la hiérarchie. Source: journalguinee.com
Depuis son irruption sur la scène politique guinéenne, le Président Alpha Condé a utilisé la fibre ethnique pour conquérir le pouvoir. Mais c’est depuis la présidence de Sékou Touré et de Lansana Conté que les politiques ont usé de leur talent pour allumer et attiser les tensions ethniques en Guinée. Pour mieux mener à terme leur dessein ils ont marginalisé les Peuls, Forestiers et les minorités. 

Le regretté Mamadou Kaly Bah, disparu au début de novembre 2020 avait acquis une certaine notoriété au début des années ’90 par la pertinence de ses critiques et analyses de la perversion de la politique guinéenne, au point de recevoir des menaces.

Dans ce pamphlet intitulé Regard Rétrospectif sur l’Armée Guinéenne publié le 1er Novembre 1993, il analyse les pervers de l’armée guinéenne qui s’est soldée par l’exclusion des peuls, forestiers et autres minorités dans les postes de commandement sous les gouvernements de Sékou Touré et Lansana Conté.

Je n’ai pas les données actuelles, mais il est fort probable que la marginalisation  de ces composantes de la société guinéenne n’ait pas changé, tant Alpha Condé a utilisé l’ethnie comme moyen pour se maintenir au pouvoir, notamment sa réthorique anti-peule. 

L’occasion du 35ème Anniversaire de la création de notre Armée Nationale, me donne l’opportunité de jeter un regard rétrospectif sur elle.

L’Armée Guinéenne, on le sait, vit le jour le 1er Novembre 1958, soit un mois après notre accession à l’indépendance nationale dans l’euphorie à la suite de notre vote négatif au référendum gaulliste du 28 Septembre 1958.

Nos compatriotes qui servaient alors dans l’Armée coloniale la rallièrent spontanément et volontairement en masse en rejetant les promesses alléchantes de nos anciens maîtres. Et ceux d’entre eux qui se trouvaient en dehors de la Guinée eurent à subir brimades et humiliations pour leur décision de regagner leur patrie, la République de Guinée.

C’est dire qu’elle a démarré avec des hommes dévoués à leur patrie et fermement engagés à la défendre. Mais force est de constater aujourd’hui que cette Armée n’a retenu l’attention de nos Gouvernants que dans les périodes turbulentes – pour la répression.

Les dirigeants de notre Etat temporaire  – eh oui, je dirai Etat Temporaire car 35 ans après notre indépendance on n’a pas encore commencé à fixer l’Etat guinéen sur le sol guinéen par la réalisation des attributs et des symboles de l’Etat : Présidence de la République, Casernes, Commissariats de Police, Brigades de Gendarmerie, Palais de Justice, Centres pénitentiares, Blocs administratifs, etc. se sont peu soucié du devenir heureux de cette Armée. Nos dirigeants de 1958 à nos jours se sont montrés incapables de rénover les casernes que l’armée a héritées des colons à plus forte raison les étendres (même le Gouvernement militaire a été incapable de faire en dix ans).

Et pourtant nousdevons mettre tous les corps militaires et para-militaires en casernes. C’est le minimum que nous puissions faire si nous voulons d’une Armée efficace, dynamique et disciplinée.

Le népotisme, l’ethnocentrisme et le favoritisme et leur corollaire la délation, la suspicion et l’iniquité ont empêché notre Armée de connaître des jours heureux. On a ainsi perverti notre Armée initialement dévouée et engagée. Et on en a fait autre chose qu’une école et un haut lieu de patriotisme.

Pour illustrer mon assertion sur le népotisme et l’ethnocentrisme, je propose

  • un tableau sur le commandement de Monsieur Sékou Touré en Mars 1984 que j’ai tenté de reconstituer et
  • un autre tableau sur le commandement actuel de Mr. Lansana Conté.

Tableau sur le commandement de Monsieur Sékou Touré (Mars 1984)

  • Etat Major Général Inter-Armes
    Chef : Général Toya Condé
  • Etat Major Armée de Terre
    Chef : Général Soma
  • Adjoint : Colonel Lansana Conté
  • Zone militaire de Kindia
    Commandant : Capitaine Babacar N’Diaye
  • Zone militaire de Boké
    Commandant : Cdt. Finando Tiani
  • Zone militaire de Labé
    Commandant : Cdt. Lancei Camara
  • Zone militaire de Kankan
    Commandant : Cdt. Mory Traoré
  • Zone militaire de Faranah
    Commandant : Cdt. Noumoukè Keita
  • Zone militaire de N’Zerekore
    Commandant : Idrissa Condé
  • Bataillon du Quartier Général (Camp Almamy Samory Touré)
    Commandant : Capitaine Kerfalla Camara
  • Bataillon Spécial de Conakry (Camp Alfa Yaya Diallo)
    Commandant : Cdt. Sidiki Condé
  • Bataillon des Chars
    Commandant : Capitaine Baourou Condé
  • Bataillon des Troupes aéroportées (Parachutistes)
    Commandant : Capitaine Lanciné Fangama Kéita
  • Etat-Major de l’Armée de l’Air
    Chef : Cdt. Abdourahmane Kéita
  • Etat-Major de la Marine
    Chef : Capitaine Mohamed Lamine Sacko
  • Etat-Major de la Gendarmerie Nationale
    Chef : Cdt. Makan Camara
  • Etat-Major de la Milice Populaire
    Chef : Capitaine Mamadi Bayo

Dans ce tableau de Monsieur Sékou Touré, sur les 17 postes clefs, nous avons :

Ethnie
Officiers supérieurs
Malinké (ethnie du Président Touré)
13
Soussou
4
Peulh
0
Forestier
0
Minorités
0

 

Hierarchie superieure de l'armee sous Sekou Toure
Et voici le tableau de Monsieur Lansana Conté

  • Etat Major Général Inter-Armes
    Chef : Lieutenant-Colonel Sanoussi Condé
  • Adjoint : Lieutenant-Colonel Oumar Soumah
  • Etat Etat Major Armée de Terre
    Chef: Lieutenant-Colonel Kaba 43
  • Adjoint : Cdt. Naby Camara
  • 1ère Région militaire – Kindia
    Commandant : Cdt. Sinkoun Keita
  • Garnison de Boké
    Commandant : Cdt. Cissoko
  • 2ème Région militaire – Labé
    Commandant : Cdt. Souleymane Camara
  • 3ème Region militaire – Kankan
    Commandant : Cdt. Sény Bangoura
  • Garnison de Faranah
    Commandant : Commandant Momo Camara
  • 4ème Région militaire – N’Zérékoré
    Commandant : Cdt. Saliou Coumbassa
  • Bataillon du Quartier Général (Camp Almamy Samory Touré)
    Commandant : Cdt. Ibrahima Cissé
  • Bataillon Spécial de Conakry – Alfa Yaya Diallo
    Commandant : Cdt. Souaré
  • Garnison du Km 36
    Commandant : Capitaine Sama Panival Bangoura
  • Bataillon des Chars
    Commandant : Capitaine Aly Badara Soumah
  • Bataillon des Troupes aéroportées (Parachutistes)
    Commandant : Capitaine Kader Doumbouya
  • Armements et Munitions
    Chef : Capitaine Abdourahmane Kébé
  • Etat-Major de l’Armée de l’Air
    Chef : Cdt. Abdourahmane Kéita
  • Etat-Major de la Marine
    Chef : Lieutenant-Colonel Amara Bangoura
  • Région Opérationnelle du Nord
    Commandant : Cdt. Morlaye Camara
  • Région Opérationnelle du Sud
    Commandant : Cdt. Fodé Moussa Camara
  • Etat-Major de la Gendarmerie Nationale
    Chef : Cdt. Mamadouba Bangoura
  • Adjoint : Capitaine Abdourahmane Kaba
  • Commandant du 1er Bureau : Capitaine Sampil
  • Commandant du 2ème Bureau : Capitaine Amy Fodé
  • Commandant du 3ème Bureau : Capitaine Somparé
  • Officier Section Judiciaire : Capitaine Sankon

Et dans ce tableau de Monsieur Lansana Conté sur les 29 postes-clés nous avons :

Ethnie
Officiers supérieurs
Soussou (ethnie du Président Conté) 20
Malinke 8
Peulh 1
Forestier 0
Minorités 0

 

Hierarchie superieure de l'armee sous Lansana Conte
Tout un chacun peut se faire une idée sur les mobiles et les arrières-pensées qui motivent les auteurs de ces aberrations. Mais force est de constater que dans les deux cas on a ignoré le Peulh, le Forestier et les minorités.

Alors a-t-on peur d’eux ? Ou bien ne les aime-t-on pas ? Ou encore ne sont-ils pas dignes de confiance ? Et pourtant la Guinée étant au pluriel, il faut absolument faire confiance à tous les Guinéens de toutes les ethnies sinon nous allons sûrement casser la Guinée un jour et tout le monde en pâtirait.

Alors je demande solennellement à tous les Chefs et Commandants actuels des Armées de se remettre en cause et démissionner afin de permettre à Mr. Lansana Conté de répartir les postes de commandement proportionnellement entre toutes les ethnies guinéennes. Moi je conteste à Mr Lansana Conté le droit de nommer uniquement les siens – s’il ne me fait pas confiance moi non plus je ne lui ferai pas confiance car son principe sacro-saint selon lequel «ton parent peut te tromper mais il ne te trahira jamais » est aussi vrai pour moi. Et je suis bien averti par l’assassinat de feu Mamadou Alpha Diallo, cuisinier à Sogetrag, à Matam le 28 Septembre 1993 à 10h 30 par ce militaire qui a haineusement crié en tirant sur lui à bout portant :

N’gbe fe muna carte fema Fule naara.
« Je me moque du problème de carte car c’est un Peulh. »

Et ce n’est pas non plus la vaine tentative de l’avocat du diable Mr. Mohamed Sampil, Directeur adjoint de Sogetrag, de faire dire au témoin oculaire, Abdoul Kabirou Diallo, conducteur à Sogetrag, que Mamadou Alpha Diallo a été victime d’une balle perdue ou les menaces proférées contre lui à la suite de son refus de cacher la vérité comme on le voulait, qui me feront démordre. Je suis aussi averti par la descente du « vaillant et valeureux chef guerrier » Sama Panival Bangoura à Simbaya, le 29 Septembre 1993, à la tête d’une compagnie de Bérets Rouges assoiffés de sang. Laquelle compagnie sema la terreur dans le quartier et se distingua horriblement en assassinant gratuitement et lâchement des gamins

  • Ibrahima Diallo, 14 ans
  • Abdourahmane Diallo, 13 ans

dont le seul crime était d’appartenir à une autre ethnie qu’eux.

L’Armée et les forces de sécurité doivent être au service de la Nation et non à la dévotion d’un individu ou d’une ethnie. C’est pourquoi nous ne devons plus et ne pouvons plus accepter, admettre ou tolérer que leurs chefs soient de la même ethnie.

Il faut aussi renvoyer toutes les recrues de cette année afin de mettre définitivement fin à la tentative de soussouiser l’Armée Guinéenne. Nos forces armées doivent fidèlement refléter la physionomie de la Guinée tout entière : ce qui nous éviterait les malheurs du Togo ou du Burundi.

Et pourquoi les commandos que les Marines américains sont entrain de former à Labé dans les anciens locaux de l’ex-4ème Compagnie des Paras sont à 80% Soussous ?

Pourquoi encore certains militaires n’ont eu aucun avancement alors que les favoris sont avancés de 4 à 5 fois depuis 1984 ?

Les camarades de classe de Harouna Conté, jeune frère de Monsieur Lansana Conté, – classe 1970 – se demandent et moi avec eux comment et pourquoi ce sieur qui ne sait ni lire ni écrire est aujourd’hui Sous-Lieutenant alors que eux ils sont sergents ou sergents-chef et eux ils savent lire, compter et écrire ?

Il y a aussi lieu de se demander pourquoi Nestor Bangoura, frère de Mme Henriette Conté, qui s’est rendu coupable de vol de plus de 400,000 000 de FG à Kindia a été promu Sous-lieutenant et affecté à Monrovia (Ecomog) dans les mêmes fonctions de Trésorier au lieu d’aller en prison ?

Notre Armée est assurément malade de ses chefs mais j’espère qu’elle se portera mieux après le changement que Mr. Lansana Conté est obligé de faire. Chacun se sentira mieux car seront du passé les anomalies par exemple de la Marine que son Chef, le Lt. Col. Amara Bangoura a transformée en une entreprise soussou à sa dévotion :

  1. Chef d’Etat-Major : Lt-Col. Amara Bangoura
  2. Adjoint : Cdt. Morlaye Camara
  3. Commandant ROM Nord : Cdt. Fode Boubacar Camara
  4. Commandant ROM Sud : Cdt. Fode O. Moussa Camara
  5. Administration : Cdt. Kanfory Sylla
  6. Commandant Dock Flottant : Cdt. Aboubacar Diarra

Cette entreprise soussou, disé-je, est au seul service de son Président-Directeur général, le Lt.-Col. Amara Bangoura, et ses sources sont :

  1. Les recettes du transport effectué par les chalans
  2. Les recettes du Dock Flottant (en devises)
  3. Les saisies en mer
  4. Le trafic de carburant et lubrifiants

Ou encore, le cas de l’aviation militaire où le Lt. Colonel Raymond Bangoura, le Chef d’Etat-major, est personnellement et directement impliqué dans le trafic de kérosène.

Armée Guinéenne, il est regrettable de constater que tous les véhicules en situation irrégulière du point de vue immatriculation ou taxes uniques appartiennent à des hommes en tenu. Quel dommage, il est souhaitable que les auteurs de ces pratiques anormales fassent amende honorable afin de préserver le prestige et la réputation de l’Armée.

Officiers, sous-officiers et hommes de troupes de l’Armée Guinéenne, pour l’amour de la patrie, refusez d’être les bourreaux de vos concitoyens. Votre noble mission est de défendre la Guinée et tous les citoyens guinéens et leurs biens. Vous ne devez en aucun cas verser le sang de vos concitoyens.

Armée Guinéenne, la traversée du désert a été jusqu’à maintenant rude et longue, mais un jour que je souhaite être très prochain elle finira. Et tu auras tes casernes, ton équipement et même ton Centre hospitalier entre autres, ta patrie te le doit, elle te le donnera. Les injustices et les iniquités disparaîtront définitivement de la réalité de l’Armée, qui deviendra le creuset de l’unité nationale.

Armée Guinéenne, Bon Anniversaire.
Vive la Guinée – Vive la République.

Conakry, le 1er Novembre 1993

Mamadou Kaly Bah

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Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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