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Mauritanie: Détenus dans une prison de Zouerate, des militants anti-esclagistes nous interpellent

Diko Hanoune reproduit sur la page Facebook LIBEREZ Biram Ould Dah Ould Abeid un appel lancé à l’opinion nationale et internationale par les militants de l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA-Mauritanie) détenus dans une prison à Zouerate. 

Je rappelle que certains de ces militants sont arrêtés et accusés d’avoir participé à une manifestation dénonçant l’esclavage, alors qu’ils étaient chez eux. Au total, depuis juin et juillet, ce sont treize militants de l’association IRA-Mauritanie qui sont accusés de “rébellion, usage de la violence, attaque contre les pouvoirs publics, attroupement armé et appartenance à une organisation non reconnue”.

Ils ont été condamnés en août à des peines allant de trois à quinze ans de prison par un tribunal de Nouakchott, leur procès en appel s’est ouvert ce lundi à Zouerate (nord).

En octobre, le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU avait estimé que les poursuites judiciaires engagées à leur encontre étaient “destinées à étouffer les groupes et individus qui favorisent les droits de l’Homme” dans le pays, soulignant que “l’activisme anti-esclavagiste ne peut pas être un crime”.

Le 19 octobre dernier des experts du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) ont dénoncé sur le site ohchr.org dans un langage inhabituel, mais de plus en plus fréquent la situation des droits humains en Mauritanie et les conditions dans lesquelles le procès contre ces militants s’est tenu. En voici des extraits:

«Le gouvernement mauritanien est hostile à tous les groupes de la société civile qui critiquent ses politiques et est particulièrement hostile aux groupes tels que l’IRA, dont les membres sont issus de la minorité Haratine, et qui œuvrent pour la promotion de la fin de l’esclavage», ont souligné les experts, en rappelant que le Rapporteur Spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Philip Alston, a visité la Mauritanie en mai et a rencontré certains membres de l’IRA.

La condamnation des militants s’adapte à un modèle de répression de la dissidence du parti au pouvoir dans un pays où une minorité ethnique domine les deux autres grands groupes ethniques»… « Nous sommes préoccupés par le fait que l’IRA a également été la cible de représailles par le gouvernement en raison de leur réunion avec le Rapporteur Spécial sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme lors de sa visite dans le pays ». 

« Nous avons reçu des informations indiquant que l’ensemble du processus n’a pas permis de respecter les garanties les plus fondamentales d’un procès équitable et d’une procédure régulière, y compris le droit d’avoir un accès adéquat à un avocat » ont déclaré les experts des droits de l’homme.

 Appel à l’opinion nationale et internationale des militants de l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA-Mauritanie) depuis leur prison de Zouerate 

Encore une fois et au moment où les Mauritaniens de façon générale et plus particulièrement les H’ratin, les Pulaar, les Wolof et les Soninké vivent une situation d’une rare complexité tant au niveau des droits de l’homme qu’aux niveaux politique, social et économique, le régime raciste et esclavagiste du dictateur Ould Abdel Aziz s’évertue à afficher son mépris pour les défenseurs de droits humains en général et des abolitionnistes en particulier.

Ce mépris ostentatoire se traduit par l’instrumentalisation méthodique et assumée de la part de ce régime de ce qui reste des autorités judiciaires du pays. La preuve de cette instrumentation, si besoin en était, est notre présence injustifiée et absurde derrière les barreaux des geôles des esclavagistes sans raisons autres que nos idées, nos principes et la ferme intention des les défendre et de les exprimer.

Parce que nous avons défendu nos principes, nous avons été torturés, inhumainement traités et jetés dans les cachots des commissariats de police. Ces tortures et traitements dégradants furent exécutés sous la houlette du Directeur de la sûreté en personne, Mohamed Ould Meguete, triste sir aux mains encore rouges du sang des Noirs répandu lors des années de braises, 89-91.

Parce que nous avons exprimé nos opinions, nous avons été humiliés, réprimés puis condamnés, par un cour à la solde de l’Exécutif, à des peines fantaisistes et qu’aucun magistrat ayant la moindre once de conscience professionnelle n’aurait accepté d’entériner. Ces verdicts de la honte furent téléguidés par le ministre de la justice en personne, Brahim Ould Daddah.

Quant à la mise au pas de la Justice par le tigre en papier qu’est Ould Abdel Aziz, elle s’est manifestée à maintes reprises dont la plus flagrante est l’ordre intimé à la Haute Cour de Justice de dessaisir la Cour d’Appel de Nouakchott, qui est notre juridiction naturelle et territorialement compétente dans notre cas, de notre dossier pour le confier à celle de Nouadhibou, située à 400 kilomètres du lieu des faits qui nous sont reprochés. Une telle décision prouve l’absence de toute indépendance de la Justice dans notre pays.

Nous avons été transférés de la tristement célèbre prison de Dar Ennaiim vers la pas moins sinistre maison d’arrêt de Zouerate dans des conditions d’une rare cruauté. Entravés par de lourdes chaînes de fer, le transfèrement vers Zouerate, située à 700 Km au nord de Nouakchott, dura plus de vingt heures d’horloge entrecoupées de séances de torture, d’humiliation et de mauvais traitements de la part de nos convoyeurs aux ordres de leurs supérieurs.

Nous fûmes transportés tels du bétail ou des bandits de grands chemins ou des terroristes aux moments où notre combat, celui de notre organisation et de nos militants, était célébrés du haut des plus prestigieuses tribunes tant au niveau national qu’international. Mais telle est et demeurera notre volonté, celle de continuer et d’amplifier le combat de notre glorieuse organisation en dépit des multiples pressions morales et physiques et malgré les tentatives répétées de corruption.

Nous, prisonniers de l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), tenons à porter à la connaissance de l’opinion nationale et internationale notre position par rapport au prochain jugement que s’apprêtent à organiser nos geôliers, position qui se résume comme suit:

1- en direction du régime raciste et esclavagiste, nous affirmons, du fin fond des lugubres cellules d’isolement de la prison de Zouerate, que notre moral n’a fait que se raffermir et notre volonté que grandir de continuer notre combat aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des prisons;

2- informons les porteurs de képis et de rangers et plus particulièrement leur général en chef, que nous n’avons aucune confiance en leur justice et n’en attendons rien de bon vu comment nous fûmes empêchés de nous défendre en première instance. Cependant nous exploiterons la tribune que nous offrirait le jugement en appel pour dénoncer les accusations mensongères portés contre nous et pour crier notre innocence en direction de l’opinion nationale et internationale;

3- En direction du Dictateur en chef qui, paraît-il, se demandait “qui sont les H’ratin?”, nous disons que nous sommes les descendants de H’ratin et que ses verdicts ne nous font nullement peur et ne nous détourneront jamais de nos nobles objectifs. Alors à vous de choisir… vingt, vingt-et-cinq ans ou même la perpétuité ou encore la peine capitale.

4- A l’ensemble des Iraouis, militants et dirigeants, nous disons “merci”. Merci pour les combats menés, les actions ciblées. A tous nous renouvelons notre serments de poursuivre la lutte quel qu’en soit le prix et quels qu’en seront les sacrifices. Aux organisations de la société civiles et partis politiques qui nous soutiennent nous disons “merci” et “continuons ensemble la lutte pour hâter l’avènement de l’aube de cette longue nuit peuplée de ténèbres et de dangers”. La victoire ou le sacrifice, telle est notre décision et Allah disposera.

Les prisonniers d’IRA signataires:
– Amadou Tidjani DIOP
– Hamady LEHBOUSS
– Balla TRAORE
– Ahmed Hamer FALL
– Ousman LO
– Mohamed JAR ALLAH
– Mohamed DATI
– Khatry ERRAHEL
– Ousman ANNE
– Moussa BIRAM
– Abdallahi Salek MATALA
– Abdellahi Abou DIOP
– Jemal Samba B’LEIL

Traductin :Dr Mohamed Baba Said

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Pourtant, du 24 au 28 octobre 2016, une mission d’experts du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) félicitait le gouvernement mauritanien pour la mise en place d’un organisme national indépendant chargé de visiter les lieux de détention et de faire des recommandations au gouvernement. Au départ de la mission des militants qui l’avait rencontrée ont été inquiétés. C’est un double langage de la part du gouvernement mauritanien.
Dans un communiqué publié un communiqué de la commission pour la communication IRA- Mauritanie informant que le procès en appel des 13 membres d’IRA-Mauritanie s’est ouvert ce 14 novembre à Zouerate.
D’autre part, selon des informations émanant de différents médias, ce 14 novembre 2016, une plainte contre X visant de hauts responsables mauritaniens, accusés de tortures à l’encontre de ces militants anti-esclavage, a été déposée au tribunal de grande instance de Paris.
POUR EN SAVOIR PLUS:

À propos konakryexpress

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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