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Racisme et ethnicité

Ces pays sont-ils vraiment les plus racistes au monde?

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Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Traiter un pays entier de raciste est injuste car dans le monde entier le racisme est un phénomène récurrent, mais aucun peuple n’est à considérer entièrement raciste. Prenons par exemple, le Rwanda, où le racisme a produit la tragédie de 1994, entre autre. Aux pires  moments du génocide, il y a eu des actes de solidarité de la part des Hutus qui ont pu sauver des familles et des enfants Tutsis. Les Philippines, le seul pays au monde où des citoyens de plus de 150 pays peuvent obtenir le visa directement à l’aéroport,  se débattent dans une guerre civile ayant des fondements où se mêlent religion et race.

En outre chacun de nous peut avoir une vision différente du niveau d’intolérance raciale d’un pays. A titre personnel, ayant été un des premiers noirs à arriver dans certains pays, j’ai été victime d’actes de racisme évidents. Lorsque je suis arrivé à Belgrade en 1960 avec toute ma classe du lycée technique de Conakry à qui le gouvernement yougoslave avait donné une bourse d’études, il y a eu des cas où des gens se sont montrés intolérants. Certains nous ont touché la peau pour voir si la couleur ne s’enlèverait pas, d’autres les cheveux pour voir si ça ne l’aurait pas fait mal à la main. Mais ne faudrait-il pas classer ces cas dans le domaine de la  saine curiosité?

Les seuls cas de racisme manifeste dont j’ai été victime ont eu lieu à Bangkok, à Rome et à Nice. Lorsque j’étais en poste dans la mission pour la paix des Nations unies au Cambodge, compte tenu des conditions difficiles dans lesquelles nous  travaillions dans ce pays, nous avions droit à des congés pour récupérer dans la capitale thaïe chaque mois. En ce qui me concerne en douze mois, j’ai pu me le permettre une seule fois. Mon travail était trop exigeant: éducation civique et électorale, formation des volontaires des Nations unies qui devaient nous assister dans le processus électoral, identification, formation et recrutement du personnel local pour les sièges électoraux et contact avec les médias internationaux.

Je suis allé à Bangkok avec un ami sénégalais marié à une éthiopienne. Il occupait lui aussi un poste crucial dans la province de Siem Reap à environ 350 km de Phnom Penh. Voulant faire des achats, nous sommes allés dans un magasin, on nous a carrément refusé d’y entrer, sas autre raison que nous étions noirs.

La deuxième fois, c’était dans le métro à Rome. En enjambant la porte d’un wagon du métro à la Place de l’Espagne, j’ai senti une main sur mon épaule. Je me suis retourné pensant qu’il s’agissait de quelqu’un que je connaissais. Je me retourne, je vois un inconnu me tendre la main. Ahuri, je lui demande qu’est-ce qu’il voulait. Il me réclamait son porte-monnaie. Il me dit qu’il l’avait dans la poche arrière et qu’il ne le trouve plus. Je lui demande comment aurais-je pu le lui soutirer, étant devant lui. Il répond que comme j’étais le seul noir, si ce n’était pas moi, je devais avoir un complice.

Je l’invite à descendre pour qu’on appelle la police. Je lui dis de me suivre comme je connais les lieux et lui, il était visiblement un touriste. Avant que la police n’arrive j’ai discuté avec cet étrange bonhomme,son épouse et ses amis. C’était un marine à la retraite qui avait donc servi avec des noirs. Peut-on imaginer le quotidien de ses collègues, dont certains pourraient avoir été sous ses ordres?

Lorsque les policiers sont arrivés, je leur ai dit que l’incident était tellement incroyable que je préférais que ce soit lui qui explique ce qui était arrivé. Ils avaient eux-mêmes des difficultés à croire que quelqu’un puisse inventer une telle histoire. à dormir debout. Ils lui ont demandé si d’près lui, ils m’auraient trouvé là si j’avais quoique ce soit à me reprocher et de me remercier que je ne le dénonce pas pour une accusation infondée.

Le dernier cas de discrimination raciale que je suis loin d’oublier m’est arrivé à Nice, en France. J’ai été expulsé d’un restaurant sans aucun motif apparent, par un garçon en me poussant. Considérant l’âge que j’avais, plus tard, je ne sais plus si c’est ma femme qui m’a dit que j’aurais du feindre de m’évanouir sous le choc. J’espère qu’il n’y aura pas de deuxième fois, j’en ferai trésor. Mais ce n’est pas à cause de ces différents incidents que je vais considéré tous ces pays de racistes.

Dans tous les pays, il y a du racisme!

Ceci dit, voici un article publié par le site numidia-liberum.blogspot.co.at qui classifie les 5 pays que l’auteur considère les plus racistes au monde. C’est son opinion, pas nécessairement la mienne! J’ai eu des amis, des collègues et des superviseurs originaires de chacun de ces pays avec un respect et appréciation réciproque.

Les 5 pays les plus racistes du monde

En tant qu’êtres humains, nous avons parcouru un long chemin et nous avons surmonté beaucoup de grandes difficultés. Que ce soit la guerre, la maladie, les calamités naturelles, les catastrophes causées par l’homme, etc.. Et notre 21e siècle nouvellement connecté devrait vraiment combler les lacunes et l’ignorance afin d’éradiquer le racisme là où il existe. Mais nous ne sommes pas encore là.

Bien qu’il y en ait beaucoup dans la communauté internationale qui font de leur mieux pour répandre le message de l’amour et de l’unité et plus de gens de cultures différentes se connectent comme jamais auparavant à des vitesses qui changent notre monde, certains restent sourds et aveugles. Les meurtres, les violences sexuelles, le racisme, l’esclavage, la traite des êtres humains et les crimes de guerre sont toujours parmi nous. Et à partir de ces horribles efforts destructeurs, le racisme est quelque chose que personne ne mérite de supporter, mais ici nous sommes encore en face de l’ignorance et de la laideur.

Donc, pour briller une lumière et encourager le discours, j’ai compilé ma liste des cinq pays les plus racistes au monde. Lisez-le et puis commentez ci-dessous pour me faire savoir si vous êtes d’accord ou avez d’autres candidats. Voici:

(1) Inde

Une terre de tant de diversité est aussi le pays le plus raciste au monde. Les Indiens sont les personnes les plus racistes dans le monde et même aujourd’hui, un enfant né dans la famille indienne est enseigné à adorer n’importe qui avec la peau blanche et mépriser toute personne avec la peau foncée. Et c’est ainsi que naquit le racisme indien contre les Africains et les autres peuples à la peau sombre. Un étranger de peau claire est traité comme un dieu et un autre de peau foncée est très mal traité. Entre les Indiens eux-mêmes il ya aussi des conflits entre les castes et les gens de différentes régions comme le problème entre Marathi Manoos et Biharis. Et pourtant, les Indiens n’accepteront pas ce fait et se vanteront de la culture, de la diversité et de l’acceptation..

(2) Pakistan

Le Pakistan est un pays majoritairement islamique et même alors, il ya beaucoup de conflits qui se produisent là entre les deux ailes de l’islam chiite et de sunnite. Il ya eu des crimes entre les deux ailes depuis toujours et rien n’est fait à ce sujet. En dehors de cela, la longue guerre avec l’Inde voisine est quelque chose qui est connu de tout le monde. Il ya eu des cas de racisme entre les Indiens et les Pakistanais. En dehors de cela, d’autres races comme les Africains et les Latino-Américains sont également victimes de discrimination.

(3) Russie

En Russie, beaucoup de xénophobie et de sentiments «nationalistes» prévalent encore. Même aujourd’hui, les Russes sont racistes envers les personnes qu’ils estiment ne pas être ethniquement et vraiment russes. En dehors de cela, ils sont racistes envers les Africains, les Asiatiques lointaines, les Caucasiens, les Chinois, etc. Il culmine avec la haine et se développe plus tard en crimes flagrants contre l’humanité. Le gouvernement russe et les Nations unies ont essayé de faire de leur mieux pour mettre un terme à ces incidents de racisme, mais ils continuent de se produire non seulement dans les régions éloignées, mais aussi dans les grandes villes.

(4) Israël

Israël est en pleine controverse depuis sa création en 1948. Et cela a été dû aux crimes commis contre le peuple palestinien et les Arabes israéliens. Après la Seconde Guerre mondiale, un nouvel état a été taillé pour les immigrants européens juifs. Les habitants originaux de la terre ont été forcés de devenir des réfugiés dans leur propre pays. Ainsi a commencé le conflit en cours entre les peuples d’origine khazare importés en Israël et les peuples palestiniens autochtones locaux. Les Palestiniens sont les vrais descendants des Hébreux convertis d’abord au christianisme, ensuite, à l’islam. Toutes les études génétiques israéliennes le prouvent. Aujourd’hui, nous voyons clairement l’affrontement de ce que beaucoup croient être leur tribu euro-supérieure sur les soi-disant ignorants non cultivés les peuples locaux : Palestiniens, juifs orientaux, juifs noirs. Israël continue à lutter contre le traitement de ses citoyens non juifs et des peuples occupés comme des parias.

(5) États-Unis d’Amérique

La terre des libres et la terre des braves se trouve aussi être la terre de certains des peuples les plus racistes du monde. Bien que l’image que certains voir des Etats-Unis est à travers un verre rose-teinté et tout semble fleurs et papillons, le cas réel est tout à fait différent.

Dans les régions du Sud profond et du Mid-West comme l’Arizona, Missouri, Mississippi etc., le racisme est une chose quotidienne. Que ce soit contre les Asiatiques, les Africains, les Sud-Américains ou même les seuls vrais américains des États-Unis : les Amérindiens.

Les suivants dans le classement : Arabie saouditeRoyaume-UniRwanda, Afrique du Sud, Australie, Japon, Allemagne

Article de Johnny Punish, publié sur numidia-liberum.blogspot.co.at

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Droits de l'Homme

Dans la conquête du pouvoir, tous les coups sont permis

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Ce billet est tiré de la contribution de Bernard Charles intitulée Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-1958) à l’oeuvre collective L’Afrique noire française : l’heure des Indépendances parue en 1992, reprise dans webguinee.net.

Vu la longueur du texte je l’ai divisé en trois parties, dont celle-ci est la première. La deuxième seront publiées les 18 et 25 août 2020

Du même auteur: Cadres politiques et administratifs dans la construction nationale en Guinée

« Toute l’histoire est fondée sur l’usage de la force et de la violence; si notre leader et fondateur a jeté les bases de quelque chose, ce sont les principes d’une politique d’État de violence et de teneur. » Ce jugement porté récemment par un historien sur l’évolution soviétique de son propre pays nous paraît aussi s’appliquer singulièrement au cas de la de République de Guinée et à son fondateur Sékou Touré. Que la violence soit au coeur même de ce régime, il n’est que de se rappeler la succession quasi annuelle des « complots » qui défrayèrent la chronique et leur répression avec ses deux paroxysmes en 1971 et 1975.

Mais la violence, dans ses diverses formes, n’est pas apparue brusquement dans un régime qui se voulait révolutionnaire et qui, par là même, générait la contre-révolution, selon les termes de Sékou Touré. On la trouve aux origines mêmes du régime touréen, lors de sa mise en place dans les années qui précédèrent l’indépendance, soit de 1954 à 1958.

Dans cette brève communication, nous nous efforcerons de saisir quel fut son rôle dans la dislocation de l’ordre colonial en Guinée, dans l’établissement des bases du pouvoir personnel de Sékou Touré, dans la neutralisation ou l’élimination des adversaires, dans le contrôle de la population et dans la mise en place des institutions du nouveau régime. Nous nous appuierons tant sur les archives officielles qui commencent à être ouvertes aux chercheurs que sur les documents rassemblés au fil des années depuis 1959.

Si des incidents impliquant l’usage de la violence physique eurent lieu dès 1945, c’est surtout à partir de 1954 qu’ils se produisirent systématique ment jusqu’au référendum du 29 septembre 1958 par lequel la Guinée accéda à l’indépendance. Trois paroxysmes (juillet 1954-février 1955; septembre-octobre 1956 ; avril-mai 1958) ne sauraient faire oublier qu’ils s’échelonnèrent en fait tout au long de ces cinq années. Ils accompagnent une vie politique effervescente et ponctuée par une succession d’élections législatives (juin 1954, janvier 1956), municipales (novembre 1956), territoriales (mars 1957) et aux conseils de circonscription (mai 1958) avec leurs innombrables réunions publiques, un corps électoral multiplié par trois. L’enjeu est très clair: d’abord la conquête du pouvoir, puis sa consolidation par tous les moyens.

S’insèrent dans ce continuel remue-ménage électoral les activités des partis politiques. Le PDG, branche du RDA, qui, après avoir failli disparaître en 1949-1951, retrouve des forces au sein des masses par le biais des syndicats cégétistes et se pose en parti largement majoritaire. Face à lui s’érigent la DSG (octobre 1954), branche du MSA (en janvier 1957), etle BAG (décembre 1954) qui s’uniront en 1958 pour former la section guinéenne du PRA aux fins du référendum de 1958.

Les syndicats ne manifestent pas moins de vitalité par-delà leurs divergences idéologiques et leurs affinités politiques: CGT qui, par scissiparité, devient CGTA en s’affranchissant de la métropolitaine tout comme procédera la CFTC. Chacun, parti ou syndicat, ayant ses congrès à l’échelle du pays ou à celle de l’Afrique occidentale française …
Le tout sur marche accélérée vers l’indépendance et remise en cause des clivages sociaux.

Certes, d’autres territoires de l’Ouest africain français connurent semblables bouillonnements. Peu, semble-t-il, furent autant marqués par la multiplicité des incidents, près de quatre cents ayant troublé l’ordre public, et le recours à la violence physique. Les rapports affluent quasi journellement chez les responsables signalant ici un groupe de femmes s’en prenant à un chef de canton, là des bagarres au marché entre partisans de Barry Diawadou et fidèles de Sékou Touré, ailleurs que des maisons sont assiégées par plusieurs centaines de manifestants, qu’une fête est troublée par un groupe du parti adverse ou que les passants se voient contraints d’acheter des cartes d’adhérent.

Les campagnes électorales, si fréquentes, peuvent être suivies à la trace avec leur cortège d’interventions policières, gendarmes ou gardes de cercle. Et c’est à qui empêchera l’adversaire de tenir ses réunions, organisera des contremanifestations et des défilés où pleuvent de part et d’autre pierres, insultes et coups.

Mais l’intensité des incidents et leur extension sont sans doute spécifiques de la Guinée. Pour ne s’en tenir qu’à une définition simple de l’incident « grave» quant aux personnes, c’est-à-dire celui qui entraîne des morts ou blessés on peut en effet recenser, de juin 1954 à octobre 1958, un minimum d’environ 75 pour l’ensemble de la Guinée , certains pouvant s’étendre sur plusieurs jours. Ils occasionnèrent, selon les chiffres officiels, 48 morts et plus vraisemblablement au-delà de 70. Les plus dramatiques éclatèrent à Conakry du 29 septembre au 5 octobre 1956 et du 1er au 5 mai 1958. Un paroxysme est atteint dans ce dernier cas puisque le rapport transmis au ministre de la France d’ outre-mer considère, comme « très loin de la réalité », le bilan officiel des victimes qui dénombrait cependant 26 morts (il faudrait en compter plus de 40) et plus de 400 blessés.

Une évaluation même grossière du nombre des blessés est encore plus difficile à établir puisque, souvent, les rapports de police se contentent de signaler de « nombreux blessés» et que les victimes ne se font pas toujours connaître, bien loin de là, ni ne sont revendiquées par les partis antagonistes.

Au total, pour la même période, le chiffre minimal devrait s’établir aux environs de 1 500 victimes, dont un millier pour Conakry. Les deux régions du pays les plus affectées seraient, et de loin, la basse Guinée (avec principalement Conakry, Forécariah, Boké), et la Guinée forestière (Nzérékoré et Macenta) tant par le nombre d’incidents graves que par celui des victimes (voir tableau en annexe).

Lire également: Encore à la recherche des raisons à la base de la barbarie de Sékou Touré

Pour les années 1954-1959, on en trouverait une confirmation avec l’indemnisation des victimes : 8,7 millions de CFA sur 10 inscrits au budget local pour 166 sinistrés de la basse Guinée (Conakry, Boffa, Dubréka et Forécariah) . Toutefois, si on tient compte de l’ensemble des incidents, ils se seraient produits à 70 % en basse Guinée, le reste se répartissant à peu près également dans les trois autres régions: Fouta, haute Guinée et Guinée forestière.

Pour obtenir une impression plus précise encore du caractère tumultueux de la période, il faut prendre en considération d’autres manifestations de la violence comme le nombre de cases et maisons brûlées, saccagées ou pillées pour raisons politiques ou autres (antagonismes ethniques , terrains de culture) ; les innombrables lapidations d’adversaires et du service d’ordre, les pierres ayant été l’arme par excellence des fauteurs de troublé ; les centaines d’arrestations dont le chiffre semble avoir été fortement exagéré par les divers antagonistes ainsi que les condamnations, elles aussi beaucoup moins nombreuses, eu égard aux événements, que ne le laissent entendre les propagandes partisanes.

Dans le rapport déjà mentionné sur les troubles de mai 1958 à Conakry, son auteur indique « chiffre dérisoire » pour les arrestations et condamnations !

Autre exemple, le gouverneur signalait en septembre 1958 qu’un village entier, celui de Koundara, avait été incendié . Dès lors, il n’est pas surprenant que se soit établie une psychose de la violence provoquant des réactions de crainte, voire de terreur, et enclenchant le cycle des représailles où se diluent les responsabilités des affrontements.

Déjà en 1955, un président signalait que les « incidents ont engendré parmi les patrons africains membres de notre syndicat une psychose de crainte pour le présent et d’anxiété pour l’avenir » .

Lire également:  L’implantation d’une « dynamique de violence», avant l’indépendance

Maints autres exemples touchant les diverses catégories sociales pourraient être fournis : « atmosphère de terreur » à Siguiri en juillet 1956. Aussi devient-il souvent illusoire de rechercher qui a déclenché les troubles, tout au moins au niveau des simples exécutants.

Dans un tel climat, un autre élément acquiert une importance primordiale. Les incitations à la violence jouent un rôle de détonateur et d’amplificateur. Les effets peuvent en être suffisamment dissuasifs pour éviter de passer aux actes. A cet égard, les discours des chefs de parti ou des candidats aux élections sont très révélateurs ainsi que les démarches auprès de l’administration qui prennent souvent un ton comminatoire ou d’ultimatum.

La « violence verbale» est de règle. C’est le langage de l’agressivité, de la lutte, du combat à finir. Nouveau député en 1956, Sékou Touré s’écrie à Macenta:

« Si vos chefs vous obligent à des travaux forcés, refusez. S’ils vous injurient, injuriez-les à votre tour. Si quelqu’un vous frappe, frappez-le même si c’est un gendarme. Si vous êtes incapables de frapper vous-même, allez chercher des camarades militants » 10

L’adversaire doit être non seulement combattu, mais détruit moralement à défaut de l’être physiquement; il faut le discréditer totalement. Donnons-en quelques exemples qui pourraient être multipliés à loisir. Dans une lettre du 10 avril 1957 au commandant de Forécariah, le chef de canton de Morebayah-Kaback dénonce ses adversaires RDA qui auraient déclaré au cours d’une réunion: « Nos partisans sont libres de faire ce qu’ils veulent, nous pouvons saccager la concession du chef de canton … Cette fois il ne faudra pas le rater, il faudra l’égorger comme un poulet. Personne ne nous blâmera, car l’administration est avec nous. » 11

Dans un éditorial du 16 mai 1958, le journal du PDG écrit, sous le titre « Ils ne passeront pas » : « Il leur faut engendrer le désordre et la haine, la destruction et la misère. Il leur faut des morts et des victimes expiatoires pour payer leurs fautes et se sortir de l’oubli où les a relégués la volonté populaire.

Espèrent-ils donc dans leur criminel orgueil pouvoir rétablir leur fortune sur les cadavres de nos morts, les cendres de nos cases et les ruines de nos maisons ? [ … ] Et pour quelle fin ? Pour aucune autre fin que celle de leur seule ambition d’hommes qui ont échoué et ne s’y résignent pas. Pour rien d’autre que le rétablissement de leurs dérisoires privilèges, l’assouvissement de leur dangereuse vanité. » 12

Pour sa part, le député Barry Diawadou, chef du PRA, se déplaçait alors avec une mitraillette en bandoulière et n’hésitait pas à répéter en public, voire devant de hauts fonctionnaires, que son parti riposterait immédiatement aux provocations : « Cent pierres pour une pierre jetée, cent coups de fusil pour un coup de fusil reçu » 13. Il s’écriait :

«Nous sommes prêts, même si nous devons installer ici l’anarchie et le désordre, à nous battre pour notre cause. »

Dans le même temps, Sékou Touré, son adversaire de toujours, devenu vice-président du Conseil, lançait à la population, un curieux appel au calme en précisant: « Nous savons que ceux que le suffrage universel a éliminé de l’arène politique et ceux qui sont privés des moyens d’exploitation des masses paysannes du fait de la mise en application de nouvelles structures administratives, économiques et sociales et des institutions démocratiques votées par l’Assemblée territoriale sont en désarroi et se livrent à des provocations ouvertes contre l’ordre public. » 14

Et Barry Diawadou de lui rétorquer, deux mois plus tard, dans un éditorial cinglant :

« Il se déroule actuellement en Guinée française un véritable drame qui, pour être couvert par des officiels, n’en est que plus horrible [ … ]. En d’autres termes, le leader RDA a célébré sans risques les funérailles de la légalité pour qu’enfin la force prime le droit, transformant sa majorité en hystérie guerrière [ … ]. Le martyr de la Guinée dure depuis quatre ans [ … ]. De larges couches de la population livrées au matraquage inhumain du RDA se posent la question lancinante : « Qui arrêtera le drame » 15

Notes:

  1. M. Manassiev, cité par B. Guetta, « M. Gorbatchev qualifie de “décision illégale” la proclamation de la Lituanie de son indépendance}), le Monde, 14 mars 1990.

2. Ce décompte a été établi à partir de diverses sources, de rapports d’enquête sur les incidents les plus graves de Conakry ainsi que sur une partie de la presse Afrique nouvelle, la Liberté, le Montagnard) dont je n°ai pu dépouiller qu’un certain nombre de numéros.

3. Rapports de M. Boyer, inspecteur général de la FOM, à monsieur le ministre de la France d’outre-mer, sur les incidents en Guinée, 2 et 4 juin 1958.

4. Lettre n° 1513 de G. Defferre, ministre de la FOM, à Bangoura Karim. conseiller de l’Union française, 12 juin 1956.

5. Le chiffre doit approcher le millier pour l’ensemble de la période, avec une recrudescence de 1954 à 1958 (plus de 130 pour les troubles de mai 1958 à Conakry).

6. « Le RDA lapide les maisons du chef de village et de deux notables» à Kénindé/Dubréka en décembre 1954. Rapport de H. Pruvost sur les incidents de 1954-1955 en Guinée française.

7. Gouverneur J. Mauberna, télégramme n° 334 du 14 septembre 1958 au ministre de la France d’outre-mer. Dans un autre cas, le chef local du PDG put dissuader 7 villages d’aller en démolir un autre où. résidait le chef de canton (rapport n° 755/4 du commandant du groupe de gendarmerie de Guinée, 10 octobre 1957).

8. Lettre de L. Deleau, président du Syndicat patronal agricole de Guinée, au gouverneur, 5 octobre 1955.

9. Motion de la sous-section RDA de Guinée, 12 juillet 1956.

10. Allocution à Macenta, 29 mai 1956.

11. Services de police, renseignements, n° 892/371, 18 avril 1957.

12. La Liberté, n° 2, 16 mai 1958.

13. Rapport M. Boyer, op. cit., 4 juin 1958.

14. Appel au calme radiodiffusé, 3 mai 1958 in « La vérité sur les événements de Conakry », Livre blanc, ministère de l’Intérieur, Guinée française.

15. La Voix du peuple, éditorial, « Qui arrêtera le drame? », 10 juillet 1958.

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Droits de l'Homme

Un tribunal brésilien décide de maintenir à Rio de Janeiro l’enquête sur la mort de Marielle Franco

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“Aujourd’hui, nous avons remporté une victoire importante”, déclare Anielle Franco. Le 27 mai, la Cour suprême de justice (STJ) du Brésil a rejeté la demande de fédéralisation de l’enquête sur le meurtre de sa soeur, Marielle Franco, conseillère municipale morte assassinée à Rio de Janeiro avec son chauffeur, Anderson Gomes, en mars 2018.

Malgré l’arrestation des tueurs, les commanditaires du meurtre n’ont toujours pas été identifiés. “Après tant de morts, enfin une victoire”, poursuit-elle.

VICTOIRE ! Par 5 voix à zéro le STJ a rejeté la fédéralisation de l’affaire Marielle et Anderson ! Plus de 150 000 personnes et plus de 200 organismes de la société civile ont signé contre la fédéralisation, et nous avons inondé les réseaux sociaux avec le hashtag #FederalizaçãoNão. Tous nos remerciements pour votre soutien !

Marielle [fr] était conseillère municipale à Rio de Janeiro pour le Parti socialisme et liberté (PSOL). Elle était noire, bissexuelle, mère et issue des favelas. Elle était également présidente de la Commission de la femme au sein du conseil municipal. La voiture qui la ramenait chez elle la nuit du meurtre a été criblée de 13 balles.

Lire également: De l’importance d’avoir une militante afro-féministe au gouvernement du Costa Rica

Fédéraliser l’opération équivaudrait à retirer la responsabilité de l’enquête à la police civile et au Ministère public d’un état, en l’occurrence celui de Rio de Janeiro, pour la confier à une structure fédérale, en l’occurence la police fédérale et le Ministère public fédéral.

Ce qui aurait permis au président Jair Bolsonaro, dont la famille a des liens avec les suspects du meurtre, d’interférer dans l’affaire.

La demande de fédéralisation avait été déposée en 2019 par le bureau du Procureur général de la République (PGR). Une des dernières missions de la procureure générale de l’époque, Raquel Dodge, qui, au vu des lenteurs des investigations, alléguait un risque de contamination en laissant l’enquête sur place et un manque de résultats quant aux commanditaires de l’assassinat.

La famille s’est immédiatement opposée à cette mesure dans une lettre envoyée au STJ dans laquelle elle déclare:

De nombreuses raisons factuelles et juridiques nous amènent à penser que la fédéralisation de l’affaire n’est pas la voie que les institutions judiciaires doivent suivre pour établir la responsabilité de tous ceux qui sont impliqués dans ce crime barbare qui a ôté la vie à nos proches. (…) Contrairement à ce que le bureau du procureur général a déclaré, la fédéralisation de l’affaire ouvre indubitablement la voie à l’impunité des véritables responsables des meurtres.

Sur le site web de la campagne, un texte explique que la décision retire l’affaire à la police fédérale et que “maintenant il y a moins de risques d’ingérence directe du président [Jair Bolsonaro]”.

Nous espérons que les choses vont enfin évoluer. Nous espérons ne pas avoir à attendre encore deux ans pour savoir qui a fait tuer ma mère. Et qui sait ? Peut-être qu’un jour cette affaire sera résolue.

Le jugement

Dans son jugement, Laurita Vaz, la rapporteuse dans l’affaire, a déclaré que la gravité de l’affaire est “incontestable” mais “a signalé un épisode qui dessert la demande de fédéralisation  de l’affaire”. D’après elle, le lendemain des meurtres, le PGR a créé un groupe de travail constitué de cinq procureurs de la République chargés de surveiller l’avancement des recherches à Rio.

Il est indéniable que l’affaire a révolté non seulement le pays tout entier, mais aussi la communauté internationale, à la fois en raison de la brutalité des homicides et du symbolisme de cet acte criminel. Un attentat contre la vie d’une parlementaire, élue par un vote significatif, qui se consacrait à la défense des groupes sociaux les plus défavorisés, et qui s’opposait clairement dans ses discours au crime organisé à Rio de Janeiro.

Les autres juges ayant voté comme Vaz, la non-fédéralisation a été rejetée à l’unanimité. L’Institut Marielle Franco, créé par sa famille, avait lancé une campagne “Federalização Não!” (Non à la fédéralisation”) pour recueillir des signatures et faire pression sur la décision. Plus de 150 000 personnes et 200 organisations de la société civile ont transmis leur pétition aux juges. Pour Anielle, la présidente de l’institut qui s’est entretenue avec Global Voices via WhatsApp, cette décision est une victoire :

C’est une victoire non seulement pour la famille, mais aussi pour les 154 000 camarades qui ont participé activement à cette mobilisation de la société civile contre la fédéralisation. (…) Ce vote a été unanime et important au milieu d’un tel chaos, de tant d’interférences et de tant de douleur.

Une enquête sur l’enquête

En 2018, les investigations ont peu progressé. De mars à août, la police de Rio a découvert qu’il existait des liens entre les assassins et un groupe de miliciens — qui agissent comme des organisations paramilitaires à Rio de Janeiro — connu sous le nom de “bureau du crime”.

En Janvier 2019, après une opération du Ministère public il a été annoncé que le fils du président, le sénateur Flávio Bolsonaro, avait employé dans son bureau la mère et la femme d’un des chefs du groupe, l’ex-policier Adriano da Nóbrega.

En mars, Ronnie Lessa et Élcio Vieira de Queiroz, deux autres membres de l’organisation, sont arrêtés pour les meurtres. D’après la police, Lessa avait tiré sur Marielle et l’ex-militaire Queiroz conduisait la voiture qui poursuivait celle de la conseillère. On ne sait toujours pas qui a commandité le crime.

À peine étaient-ils emprisonnés, la police fédérale évoquait des possibilités de fraudes dans l’instruction de l’affaire et tentait d’en gêner le déroulement. Ronnie Lessa habitait la même résidence que le président Jair Bolsonaro, dans un quartier chic de Rio. Un portier a confié à la police que Élcio Queiroz avait été autorisé à entrer dans l’immeuble, quelques heures avant les meurtres, par quelqu’un qui se trouvait dans la maison de Jair Bolsonaro, alors député fédéral. Quelques jours plus tard, il s’est rétracté devant la police fédérale, et a déclaré s’être trompé de numéro de maison.

Bolsonaro est allé jusqu’à accuser le gouverneur de Rio de Janeiro, Wilson Witzel, de manipuler l’instruction du meurtre de Marielle pour tenter de ruiner sa réputation. Witzel a nié ces accusations et a déclaré qu’il poursuivrait Bolsonaro.

Les suites

Avant le jugement du STJ, Bolsonaro avait déclaré, dans un échange de SMS avec Sergio Moro, à l’époque ministre de la Justice, qu’il souhaitait renforcer la mainmise sur la police fédérale de Rio de Janeiro. Lors d’une réunion filmée avec ses ministres le 22 avril, il déclare :

J’ai bien essayé d’envoyer officiellement nos gars de la sécurité à Rio de Janeiro. Mais je n’y suis pas parvenu ! Ça suffit. Je ne vais pas attendre que ma famille, ou mes amis [sic], se fassent niquer parce que je ne peux pas changer un petit agent de sécurité de rien du tout d’une structure qui nous appartient. On va les remplacer ! Si on ne peut pas les remplacer, on remplace leur chef ! On ne peut pas remplacer leur chef ? On change de ministre ! Point à la ligne !

Moro a démissionné du gouvernement peu après et a remis ces échanges à la Cour suprême de justice pour qu’elle enquête sur les crimes supposés du président. Il s’était opposé à la démission du chef de la police fédérale, Maurício Valeixo, décidée par Bolsonaro.

C’est Alexandre Ramagem qui avait été choisi par le président pour diriger la police fédérale, mais sa nomination a été rejetée par le STF. Le ministre Alexandre de Moraes a compris que Ramagem était proche de la famille du président — Des photos de lui avec les enfants de Bolsonaro au Nouvel An ont été publiées sur les réseaux sociaux. Bolsonaro a alors proposé le nom de Rolando Alexandre de Souza, un proche de Ramagem.

L’une de ses premières décisions a été le remplacement du chef de la police fédérale de Rio. Quant à la fédéralisation de l’affaire Marielle, le bureau du procureur général de la République a encore la possibilité de faire appel auprès du Tribunal suprême fédéral, la plus haute instance de justice au Brésil.

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Ce billet de Giovana Fleck a été écrit en portugais et traduit en français par Annick Battesti pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 25 juin.

 

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Politique

La Mauritanie persiste et signe dans son racisme anti-Noir systémique

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En Mauritanie, pays de populations mixtes, le gouvernement reste sourd aux revendications du mouvement Black Lives Matter (BLM) et continue une politique de racisme anti-Noir systémique.

L’image choc du “George Floyd mauritanien”

Alors que le monde entier s’indigne de la mort de l’Afroaméricain George Floyd, une photo datée du 23 juin illustrant deux policiers appliquant “un plaquage ventral” pour immobiliser un homme noir en posant un genou sur sa nuque dans la région d’El-Minaa, dans la banlieue sud-ouest de Nouakchott, capitale de la Mauritanie, a été reprise par de nombreux médias, dont la chaîne de télévision France24. L’image choquante a également été publiée dans de nombreux tweets:

Cette image nous rappelle ce qui est arrivé à George Floyd, mais elle nous rappelle aussi que nous avons beaucoup de travail à faire en Mauritanie”

Quelles que soient les raisons pour lesquelles cet individu a été appréhendé par des policiers, cette image a choqué car elle a lieu en Afrique et évoque la méthode utilisée par le policier américain Derek Chauvin, le  à Minneapolis, dans le cadre de la mort de George Floyd.

La société mauritanienne: une pyramide raciale qui semble résister à tout changement

De nombreux observateurs expliquent en partie le comportement de la police en raison d’un racisme systémique toujours présent dans le pays. En effet, en Mauritanie, c’est de la couleur de la peau que dépend souvent la place d’un individu dans une société qui a aboli l’esclavage à une date aussi tardive que 1980.

En haut de l’échelle se trouvent les Beidanes, d’origine arabo-berbère qui constituent 53 pourcent de la population, et sont aussie appelés Maures blancs. Puis viennent les Noirs libres; une population mixte composée d’individus de plusieurs ethnies qui représentent environ 13 pourcent de la population. Et en bas de l’échelle se trouvent les Haratins, ou Maures noirs qui constituent 34 pourcent, et sont les descendants d’esclaves des Beidanes.

Malgré cette diversité culturelle et ethnique l’essentiel du pouvoir  économique, politique et militaire est concentré dans les mains des Beidanes. Par exemple, dans l’armée la “quasi-totalité des trente-quatre généraux mauritaniens sont des Maures blancs”.

Cette exclusion, si visible dans les hautes sphères de l’armée, concerne tous les Noirs, c’est-à-dire au total 47 pourcent de la population, et se retrouve dans tous les domaines. A ce propos voici ce qu’écrit Ciré Ba, un mauritanien, militant des droits de l’homme vivant à Paris sur le site malien malijet.co:

L’exclusion au sein de l’armée n’est jamais que le reflet du racisme systémique qui est l’essence même de l’Etat mauritanien. On peut l’observer à tous les autres échelons de la vie nationale, qu’il s’agisse de la fonction publique et notamment la haute administration, de l’enseignement, de la santé, de l’information, de la vie économique. La politique d’assimilation par la langue arabe n’en est qu’une manifestation en format réduit.

Malheureusement, au lieu de remédier à cette exclusion des Noirs du partage du pouvoir, les autorités multiplient les initiatives iniques. C’est dans ce cadre qu’il faut situer le recrutement de 47 élèves officiers à l’exclusion de toute personne noire, comme le souligne un commentaire de Dénonce le racisme publié sur sa page Facebook en septembre 2019:

L’annonce du recrutement de 47 élèves officiers l’armée nationale sans aucun Haalpulaar, Soninké, ou Wolof [trois des principales ethnies noires du pays] est un énorme scandale. Et, au regard du principe de l’égalité, entre les citoyens, ce recrutement est une continuité de la politique du sabotage à l’encontre de la quiétude sociale. À travers de tels agissements, de ces décisions iniques et des politiques injustes, on pousse à certains à sentir qu’ils n’ont pas de place dans ce pays

Izzo Wane, ancien chercheur mauritanien de la Silicon Valley raconte le 6 juin son expérience du racisme sur un blog:

La discrimination raciale est toujours présente dans mon pays d’origine. Je l’ai remarqué pendant mon dernier séjour au pays il y’a quelques mois alors que beaucoup de gens proches me disaient que c’était « normal » et que j’avais « juste trop duré à l’étranger ». Je suis certain que presque chaque Mauritanien noir a vécu dans sa vie un incident, souvent traumatisant, lié à sa couleur de peau… Il y’a quelques jours à peine, Abass Diallo, un Mauritanien noir a été assassiné par l’armée.

Les réactions se sont multipliées sur Twitter:

De nombreuses réactions font aussi appel à une solidarité panafricaine. Ainsi, certains internautes, comme Manteya Freitas (@ManteyaF) invitant les dirigeants africains à prendre position:

Le site ivoirien iciabidjan (@iciabidjancom) rappelle qu’en Mauritanie, l’esclavage demeure une pratique courante:

Les autorités mauritaniennes devraient se rendre compte le fait de se situer entre l’Afrique du nord et l’Afrique subsaharienne représente un atout certain qu’elles pourraient transformer en réelles opportunités. Mais pour cela, elles devraient cesser leurs politiques d’exclusion et de discrimination de près de la moitié de leur population.

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J’ai écrit ce billet pour globalvoices.org qui l’a publié le 15 juillet 2020.

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Droits de l'Homme

Nomination de la première ministre noire en Israël dans une société qui peine à accepter les Juifs éthiopiens

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Portrait de Pnina Tamano-Shata, utilisé sous license under CC BY-SA 3.0

Israël vient de nommer sa première ministre noire issue de la communauté falasha, ou Juifs d’Éthiopie. Malgré ce geste encourageant, cette communauté reste en butte à la discrimination et au racisme.

L’ascencion fulgurante de Pnina Tamano-Shata

Le parcours de Pnina Tamano-Shata, nommée Ministre de l’Immigration et de l’Intégration le 1er mai 2020 est remarquable: née en Éthiopie dans la communauté falasha, elle passe ses premières années dans un camp de réfugiés au Soudan.

A l’âge de trois ans, elle est rapatriée en Israël ainsi que 7,000 autres membres de cette communauté dans le cadre d’une opération de transfert clandestine organisée par Tel-Aviv avec l’appui de Washington entre le 20 novembre 1984 et le 6 janvier 1985, plus connue sous le nom d’Opération Moïse.

Une fois installée en Israël, elle s’intègre à la société, fait des études de droit et travaille comme journaliste ainsi qu’avocate. Elle s’engage aussi dans la société civile, devenant vice-présidente de l’Association nationale des étudiants éthiopiens en 2004, et membre du comité exécutif de Transparency International de 2015 à 2018.

Elle entame  une carrière politique, en se faisant élire à la Knesset, le Parlement israélien où elle siège de 2013 à 2015 en tant que représentante du parti laïc Yesh Atid.

Son engagement social et politique lui vaut d’être reconnue en Israël ainsi qu’à l’étranger. Ainsi, en 2016 elle est lauréate du prix UNSUNG AWARD 2016 décerné par le Drum Major Institute, une organisation non-gouvernementale américaine qui lutte pour les droits de l’homme et l’égalité des races.

La consécration arrive en mai 2020 lorsqu’elle est réélue à la Knesset le 2 mars 2020, puis nommée Ministre de l’Immigration et de l’Intégration. Voici ce qu’elle déclare à cette occasion:

Je suis ravie et fière d’assumer le poste de ministre de l’immigration et de l’intégration. Pour moi, c’est un point de repère et la fermeture d’un cercle pour cette fillette de trois ans qui a immigré en Israël sans mère, lors d’un voyage à pied dans le désert; en grandissant en Israël et dans les luttes que j’ai menées et que je mène toujours pour la communauté, l’intégration, l’acceptation de l’autre et contre la discrimination et le racisme; jusqu’à ma mission publique à l’intérieur et à l’extérieur des murs de la Knesset et aujourd’hui au statut de ministre de l’immigration et de l’intégration.

L’immigration est l’âme et le cœur battant de l’État d’Israël. Je travaillerai avec diligence pour encourager l’immigration de tous les pays du monde et pour diriger la réforme du processus d’absorption des immigrants en Israël.

Le revers de la médaille: racisme institutionnel

Même si Tamano-Shata se veut optimiste, la situation des Noirs en Israël reste difficile, car cette communauté, estimée à plus de 130,000 membres, soit 2 pour cent de la population, reste en butte au racisme. Comme le rappelle cet article, de nombreux scandales témoignent d’un racisme répandu à l’encontre des Noirs dont Tamano-Shata elle-même a été victime:

En 1996, lors d’une opération nationale de collecte, le centre israélien de transfusion sanguine fait jeter tous les dons des immigrants d’Éthiopie de crainte qu’ils ne soient porteurs du sida. Humiliée, en colère, la communauté falasha [Juifs éthiopiens] organise un immense rassemblement à Jérusalem, devant les bureaux du Premier ministre, qui dégénère en heurts avec la police.

Ces heurts ne font cependant pas changer les choses puisqu’en 2013, alors qu’elle [Tamano-Shata] est députée et décide de faire un don de sang lors d’une opération de don organisée par le Magen David Adom dans l’enceinte du Parlement à Jérusalem, une responsable de cet organisme, filmée et enregistrée par une caméra vidéo, lui explique que « selon les directives du ministère de la Santé, il n’est pas possible d’accepter le sang spécial d’origine juive éthiopienne ». La députée s’insurge lors d’une interview sur la chaîne de télévision privée « 10 », contre « cet affront fait à toute une communauté en raison de la couleur de sa peau ».

Un autre scandale retentissant est celui de la contraception forcée des femmes éthiopiennes révélée en 2013, comme l’indique cet article:

Pendant 5 ans, le gouvernement a nié qu’il avait mis en place un système de contraception concernant les immigrées éthiopiennes les forçant à accepter une injection de l’agent contraceptif Depo-Provera si elles voulaient entrer sur le territoire israélien.

L’Association pour les droits civiques en Israël (ACRI) a demandé une enquête ainsi que la fin de ces injections. Le directeur général du ministère de la santé a donné l’ordre d’arrêter ces injections contraceptives. Les juifs d’Ethiopie ou falashas sont des citoyens israéliens ont longtemps été mis à l’écart des autres communautés juives.

Un autre exemple des violences et du racisme dont sont victimes les Falashas est le cas de Damas Pakada, un soldat israélien né en Ethiopie. Un jour d’avril 2015, il rentre chez lui en uniforme militaire pour fêter son anniversaire. Il est arrêté et tabassé par deux policiers et jeté en prison, sans aucun motif. Grâce aux images d’une vidéo reprenant l’incident, il est par la suite libéré de prison, et les policiers en question sont arrêtés, soupçonnés d’usage excessif de la force. Cet incident provoque des manifestations de la part des Falashas. Par la suite, Pakada a été décoré par l’armée et reçu par le Premier ministre.

A l’époque, le Président Reuven Rivlin avait admis que l’Etat hébreu avait commis des erreurs causant un traumatisme chez les Juifs d’origine éthiopienne:

Les manifestants de Jérusalem et de Tel-Aviv ont révélé une plaie ouverte et vive au coeur de la société israélienne. Nous devons nous pencher directement sur cette plaie ouverte. Nous avons commis des erreurs, nous n’avons pas assez ouvert les yeux et nous n’avons pas assez tendu l’oreille

Malgré ces scandales et les déclarations de Rivlin, le racisme anti-Falasha et anti-Noir continue, comme le rapportait, en juillet 2019 le militant syndicaliste français Pierre Lemaire:

Depuis 1997, onze Noirs israéliens ont trouvé la mort dans une confrontation avec la police. Selon l’Association des Juifs éthiopiens, les mises en examen d’Israéliens-Éthiopiens ont progressé de 90 % depuis 2015 et 90 % des jeunes Noirs passant devant un tribunal sont condamnés, contre un tiers seulement des autres Israéliens.

A l’annonce de la nomination de Tamano-Shata comme Ministre, les Israéliens ont été nombreux à partager leurs sentiments sur les réseaux sociaux.

Pour le professeur Chely Lobatón (@chelylobaton), la présence de Pnina dans le gouvernement est la seule bonne nouvelle:

Pnina Tamano-Shata obtenant le ministère de l’Aliyah et de l’intégration est l’une des rares bonnes choses au sujet du nouveau gouvernement. En tant que premier membre noir du cabinet d’Israël et étantelle-même immigrante éthiopienne,  j’espère que cela signifie une adaptation plus facile pour les Juifs africains.
Igor Delanoë, de l’Observatoire franco-russe note que:

#Russie#Israel /Nouveau cabinet israélien: le ministère de l’Aliyah et de l’Intégration échoit à Pnina Tamano-Shata, d’origine éthiopienne. Jusqu’à présent, ce portefeuille revenait à une personnalité politique russophone. Par ailleurs, un nvl ambassadeur devait ê nommé à Moscou

Ironie de l’histoire, comme le rappelle le site serpent-libertaire.over-blog.com, l’ancienne ministre de l’Immigration et de l’Intégration Sofa Landver, qui est d’origine russe, et dont Pnina Tamano-Shata a pris la place, avait déclaré en 2012 “vous devriez dire merci qu’on vous ait accueillis”, en réponse à une précédente vague de manifestations de jeunes Israélo-Éthiopiens.
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 J’ai écrit ce billet pour globalvoices.org qui l’a publié le 3 juin.

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Droits de l'Homme

Pour les Noir·e·s et les populations autochtones d’Amérique centrale, Black Lives Matter

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« Questionne ton racisme intériorisé » par l'artiste nicaraguayen Vero Garabatos sur Facebook, utilisé avec permission.

[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais, ndt.]

Des personnes autochtones et des Noir·e·s d’Amérique centrale ont exprimé leur solidarité en ligne en réaction au meurtre de George Floyd [fr], un homme noir qui a été tué par quatre policiers au Minnesota, aux États-Unis. En Amérique centrale, les Afro-descendants et les communautés autochtones sensibilisent à leurs propres souffrances dues au racisme et à la violence des forces de l’ordre de l’État, en particulier dans les pays à forte population blanche ou métisse, comme le Guatemala, le Honduras et le Nicaragua.

Les Noir·e·s d’Amérique centrale – qui appartiennent principalement aux communautés garifuna [fr] et créole [fr] – vivent généralement sur la côte caraïbe de la région. Toutefois pendant des siècles, leur inclusion dans les sociétés d’Amérique centrale a été minime, lorsqu’ils n’en ont pas été exclus, selon les historien·ne·s. Par exemple, il a été légalement interdit aux Noir·e·s [pdf] d’immigrer au Salvador de 1933 aux années 1980.

M. Paul Joseph López Oro, doctorant au Département des études africaines et sur la diaspora africaine de l’Université du Texas, fait valoir que les Noir·e·s d’Amérique centrale sont aliéné·e·s dans les pays d’Amérique centrale où le « mestizaje » [fr] – les personnes dont l’ascendance est mélangée entre blanc et autochtone – est toujours un idéal dominant.

Jusqu’à aujourd’hui, les populations autochtones et noires – souvent en première ligne dans la défense de l’environnement – sont dépossédées de leurs terres, harcelées ou tuées. L’impunité prévaut pour ces crimes.

Appel à la justice dans leur pays et à l’étranger

La vice-présidente du Costa Rica, Epsy Campbell Barr [fr] a condamné le meurtre de George Floyd le 30 mai  et a demandé au Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale de produire un rapport spécial sur toutes les formes de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie, d’afro-phobie et l’intolérance liée visant les citoyen·ne·s afro-américain·e·s. Elle a continué à tweeter pour soutenir les manifestations du mouvement Black Lives Matter aux États-Unis.

Nous ne pouvons pas garder le silence et être complices de l’injustice, de la brutalité et de la douleur. J’exprime ma profonde admiration pour toutes les personnes qui défilent et mettent en valeur les idéaux de justice, d’égalité et d’amour.

Toujours au Costa Rica, l’organisation afro-costaricaine, féministe et antiraciste CostaRica Afro a organisé une réunion sur Zoom pour manifester contre le racisme dans le monde.

Plus de 500 personnes ont manifesté au Costa Rica, de façon virtuelle, contre le racisme dans le monde. L’initiative a été promue par @CostaRicaAfro 

Au Guatemala, les communautés autochtones ont subi un génocide aux mains des forces de l’ordre au cours des opérations de contre-insurrection entre 1960 et 1996. La rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les droits des autochtones, Victoria Tauli-Corpuz, a relevé [fr] que le Guatemala souffrait de discrimination structurelle et d’exclusion des peuples autochtones. Ces communautés ont immédiatement exprimé leur solidarité avec les événements qui se déroulent aux États-Unis et ont invité les Guatémaltèques à réfléchir sur la dynamique raciste dans leur pays.

La chroniqueuse et anthropologue spécialiste de la communauté autochtone Maya Kakchiquel [fr] du Guatemala, Sandra Batz, a tweeté dès le 27 mai au sujet de la mort de George Floyd.

George Floyd a été assassiné et le racisme est à l’origine de ce crime.
Nous, personnes racisées, vivons les abus et l’impunité des États racistes, qui tournent le dos à nos vies au lieu de nous protéger.

Quelques jours plus tard, Mme Batz a écrit [es] un éditorial qui commence par « le racisme tue », déclarant que :

Es más fácil percibir el racismo ajeno, el que se ejerce en otros países, que el propio, que el que se practica como nación en contra de una población mayoritariamente nativa, a quienes se les desprecia y asesina, sí, se asesina,

Il est plus facile de percevoir le racisme des autres, celui qui s’exerce dans d’autres pays que dans le sien, celui qui est pratiqué par sa propre nation contre une population autochtone majoritaire, qui est méprisée et tuée, oui, tuée.

L’artiste Sucely Puluc, qui est issue des communautés Maya K’iche’ et Kaqchikel, a déclaré qu’elle voulait que les mouvements contre le racisme aient des effets durables et ne soient pas une tendance en ligne.

Publiée par Sucely Puluc sur Mercredi 3 juin 2020

Nous avons dénoncé le racisme toute notre vie. Ce n’est pas seulement une tendance.

La défenseure des droits humains Andrea Ixchíu, du peuple Maya K’iche’, a créé des posters de solidarité avec Black Lives Matter [fr] (La vie des Noir·e·s compte).

Un poing levé et serré dégage des étincelles. Le bras, noir, porte les mots "Black Lives Matter" et une étoile blanche en dessous.

Slogan : « K’iche’ solidaires de Black Lives Matter ». Illustration d’Andrea Ixchíu, utilisée avec permission.

Les Garifunas [fr] honduriens, descendants mixtes d’Arawaks africains et amérindiens, font l’objet de fréquentes attaques, selon l’organisation de défense des droits des Garifuna, OFRANEHCentral American News a collecté les données :

In Honduras alone, 105 violent acts were committed against the Garifuna people between 2008 and 2019, including murders, judicial threats, forced displacement, sexual violence and disappearances, according to OFRANEH. That makes for nearly one violent occurrence per month (0.8) in a community of 43,111 people.

Rien qu’au Honduras, 105 actes de violence ont  été commis contre le peuple Garifuna entre 2008 et 2019, notamment des meurtres, des menaces judiciaires, des déplacements forcés, des violences sexuelles et des disparitions, selon OFRANEH. Cela représente près d’un incident violent par mois (0,8) pour une communauté de 43 111 personnes.

Pendant des années, l’OFRANEH, dirigée par Miriam Miranda, a appelé à la fin [es] des massacres des Garifuna. Mme Miranda a également tweeté au sujet des événements aux États-Unis :

La jeunesse appelle à mettre un terme à l’inhumanité appliquée contre les Noir·x·s [accord incluant tous les genres, ou de genre neutre, ndt.] dans ce pays, soi-disant exemple de « démocratie ». C’est un système raciste, prédateur et meurtrier qui a été vendu partout sur la planète comme le meilleur endroit pour vivre sur terre.

[affiche] Il ne s’agit pas seulement de George Floyd. 1 949 Afro-américain·e·s ont été assassiné·e·s par la police entre 2013 et 2019. L’affiche montre une mosaïque de portraits de personnes afro-américaines assassinées : George Floyd, Michael Lee Marshall, Anthony Hill, Eric Garner, Latandra Ellington, Bettie Jones, Alonzo Smith, Jeremy Lette, Ernest Satterwhite, Michal Brown Jr., Tiara Thomas, India Kager, Darrien Hunt, John H. Crawford III, Oliver Jarrod Gregoire, Keith Childressomas, Christian Taylor, Dontre Hamilton, Justin Griffin, Tamir E Arroz [sic].

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Ce billet que j’ai traduite a été écrit par Melissa Vida, une journaliste basée à Mexico City et publié sur globalvoices.org le 8 juin 2020.

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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