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Racisme et ethnicité

Ces pays sont-ils vraiment les plus racistes au monde?

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Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Traiter un pays entier de raciste est injuste car dans le monde entier le racisme est un phénomène récurrent, mais aucun peuple n’est à considérer entièrement raciste. Prenons par exemple, le Rwanda, où le racisme a produit la tragédie de 1994, entre autre. Aux pires  moments du génocide, il y a eu des actes de solidarité de la part des Hutus qui ont pu sauver des familles et des enfants Tutsis. Les Philippines, le seul pays au monde où des citoyens de plus de 150 pays peuvent obtenir le visa directement à l’aéroport,  se débattent dans une guerre civile ayant des fondements où se mêlent religion et race.

En outre chacun de nous peut avoir une vision différente du niveau d’intolérance raciale d’un pays. A titre personnel, ayant été un des premiers noirs à arriver dans certains pays, j’ai été victime d’actes de racisme évidents. Lorsque je suis arrivé à Belgrade en 1960 avec toute ma classe du lycée technique de Conakry à qui le gouvernement yougoslave avait donné une bourse d’études, il y a eu des cas où des gens se sont montrés intolérants. Certains nous ont touché la peau pour voir si la couleur ne s’enlèverait pas, d’autres les cheveux pour voir si ça ne l’aurait pas fait mal à la main. Mais ne faudrait-il pas classer ces cas dans le domaine de la  saine curiosité?

Les seuls cas de racisme manifeste dont j’ai été victime ont eu lieu à Bangkok, à Rome et à Nice. Lorsque j’étais en poste dans la mission pour la paix des Nations unies au Cambodge, compte tenu des conditions difficiles dans lesquelles nous  travaillions dans ce pays, nous avions droit à des congés pour récupérer dans la capitale thaïe chaque mois. En ce qui me concerne en douze mois, j’ai pu me le permettre une seule fois. Mon travail était trop exigeant: éducation civique et électorale, formation des volontaires des Nations unies qui devaient nous assister dans le processus électoral, identification, formation et recrutement du personnel local pour les sièges électoraux et contact avec les médias internationaux.

Je suis allé à Bangkok avec un ami sénégalais marié à une éthiopienne. Il occupait lui aussi un poste crucial dans la province de Siem Reap à environ 350 km de Phnom Penh. Voulant faire des achats, nous sommes allés dans un magasin, on nous a carrément refusé d’y entrer, sas autre raison que nous étions noirs.

La deuxième fois, c’était dans le métro à Rome. En enjambant la porte d’un wagon du métro à la Place de l’Espagne, j’ai senti une main sur mon épaule. Je me suis retourné pensant qu’il s’agissait de quelqu’un que je connaissais. Je me retourne, je vois un inconnu me tendre la main. Ahuri, je lui demande qu’est-ce qu’il voulait. Il me réclamait son porte-monnaie. Il me dit qu’il l’avait dans la poche arrière et qu’il ne le trouve plus. Je lui demande comment aurais-je pu le lui soutirer, étant devant lui. Il répond que comme j’étais le seul noir, si ce n’était pas moi, je devais avoir un complice.

Je l’invite à descendre pour qu’on appelle la police. Je lui dis de me suivre comme je connais les lieux et lui, il était visiblement un touriste. Avant que la police n’arrive j’ai discuté avec cet étrange bonhomme,son épouse et ses amis. C’était un marine à la retraite qui avait donc servi avec des noirs. Peut-on imaginer le quotidien de ses collègues, dont certains pourraient avoir été sous ses ordres?

Lorsque les policiers sont arrivés, je leur ai dit que l’incident était tellement incroyable que je préférais que ce soit lui qui explique ce qui était arrivé. Ils avaient eux-mêmes des difficultés à croire que quelqu’un puisse inventer une telle histoire. à dormir debout. Ils lui ont demandé si d’près lui, ils m’auraient trouvé là si j’avais quoique ce soit à me reprocher et de me remercier que je ne le dénonce pas pour une accusation infondée.

Le dernier cas de discrimination raciale que je suis loin d’oublier m’est arrivé à Nice, en France. J’ai été expulsé d’un restaurant sans aucun motif apparent, par un garçon en me poussant. Considérant l’âge que j’avais, plus tard, je ne sais plus si c’est ma femme qui m’a dit que j’aurais du feindre de m’évanouir sous le choc. J’espère qu’il n’y aura pas de deuxième fois, j’en ferai trésor. Mais ce n’est pas à cause de ces différents incidents que je vais considéré tous ces pays de racistes.

Dans tous les pays, il y a du racisme!

Ceci dit, voici un article publié par le site numidia-liberum.blogspot.co.at qui classifie les 5 pays que l’auteur considère les plus racistes au monde. C’est son opinion, pas nécessairement la mienne! J’ai eu des amis, des collègues et des superviseurs originaires de chacun de ces pays avec un respect et appréciation réciproque.

Les 5 pays les plus racistes du monde

En tant qu’êtres humains, nous avons parcouru un long chemin et nous avons surmonté beaucoup de grandes difficultés. Que ce soit la guerre, la maladie, les calamités naturelles, les catastrophes causées par l’homme, etc.. Et notre 21e siècle nouvellement connecté devrait vraiment combler les lacunes et l’ignorance afin d’éradiquer le racisme là où il existe. Mais nous ne sommes pas encore là.

Bien qu’il y en ait beaucoup dans la communauté internationale qui font de leur mieux pour répandre le message de l’amour et de l’unité et plus de gens de cultures différentes se connectent comme jamais auparavant à des vitesses qui changent notre monde, certains restent sourds et aveugles. Les meurtres, les violences sexuelles, le racisme, l’esclavage, la traite des êtres humains et les crimes de guerre sont toujours parmi nous. Et à partir de ces horribles efforts destructeurs, le racisme est quelque chose que personne ne mérite de supporter, mais ici nous sommes encore en face de l’ignorance et de la laideur.

Donc, pour briller une lumière et encourager le discours, j’ai compilé ma liste des cinq pays les plus racistes au monde. Lisez-le et puis commentez ci-dessous pour me faire savoir si vous êtes d’accord ou avez d’autres candidats. Voici:

(1) Inde

Une terre de tant de diversité est aussi le pays le plus raciste au monde. Les Indiens sont les personnes les plus racistes dans le monde et même aujourd’hui, un enfant né dans la famille indienne est enseigné à adorer n’importe qui avec la peau blanche et mépriser toute personne avec la peau foncée. Et c’est ainsi que naquit le racisme indien contre les Africains et les autres peuples à la peau sombre. Un étranger de peau claire est traité comme un dieu et un autre de peau foncée est très mal traité. Entre les Indiens eux-mêmes il ya aussi des conflits entre les castes et les gens de différentes régions comme le problème entre Marathi Manoos et Biharis. Et pourtant, les Indiens n’accepteront pas ce fait et se vanteront de la culture, de la diversité et de l’acceptation..

(2) Pakistan

Le Pakistan est un pays majoritairement islamique et même alors, il ya beaucoup de conflits qui se produisent là entre les deux ailes de l’islam chiite et de sunnite. Il ya eu des crimes entre les deux ailes depuis toujours et rien n’est fait à ce sujet. En dehors de cela, la longue guerre avec l’Inde voisine est quelque chose qui est connu de tout le monde. Il ya eu des cas de racisme entre les Indiens et les Pakistanais. En dehors de cela, d’autres races comme les Africains et les Latino-Américains sont également victimes de discrimination.

(3) Russie

En Russie, beaucoup de xénophobie et de sentiments «nationalistes» prévalent encore. Même aujourd’hui, les Russes sont racistes envers les personnes qu’ils estiment ne pas être ethniquement et vraiment russes. En dehors de cela, ils sont racistes envers les Africains, les Asiatiques lointaines, les Caucasiens, les Chinois, etc. Il culmine avec la haine et se développe plus tard en crimes flagrants contre l’humanité. Le gouvernement russe et les Nations unies ont essayé de faire de leur mieux pour mettre un terme à ces incidents de racisme, mais ils continuent de se produire non seulement dans les régions éloignées, mais aussi dans les grandes villes.

(4) Israël

Israël est en pleine controverse depuis sa création en 1948. Et cela a été dû aux crimes commis contre le peuple palestinien et les Arabes israéliens. Après la Seconde Guerre mondiale, un nouvel état a été taillé pour les immigrants européens juifs. Les habitants originaux de la terre ont été forcés de devenir des réfugiés dans leur propre pays. Ainsi a commencé le conflit en cours entre les peuples d’origine khazare importés en Israël et les peuples palestiniens autochtones locaux. Les Palestiniens sont les vrais descendants des Hébreux convertis d’abord au christianisme, ensuite, à l’islam. Toutes les études génétiques israéliennes le prouvent. Aujourd’hui, nous voyons clairement l’affrontement de ce que beaucoup croient être leur tribu euro-supérieure sur les soi-disant ignorants non cultivés les peuples locaux : Palestiniens, juifs orientaux, juifs noirs. Israël continue à lutter contre le traitement de ses citoyens non juifs et des peuples occupés comme des parias.

(5) États-Unis d’Amérique

La terre des libres et la terre des braves se trouve aussi être la terre de certains des peuples les plus racistes du monde. Bien que l’image que certains voir des Etats-Unis est à travers un verre rose-teinté et tout semble fleurs et papillons, le cas réel est tout à fait différent.

Dans les régions du Sud profond et du Mid-West comme l’Arizona, Missouri, Mississippi etc., le racisme est une chose quotidienne. Que ce soit contre les Asiatiques, les Africains, les Sud-Américains ou même les seuls vrais américains des États-Unis : les Amérindiens.

Les suivants dans le classement : Arabie saouditeRoyaume-UniRwanda, Afrique du Sud, Australie, Japon, Allemagne

Article de Johnny Punish, publié sur numidia-liberum.blogspot.co.at

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Droits de l'Homme

Les États arabes réconciliés avec le Qatar, mais les militants saoudiens pour cette cause restent derrière les barreaux

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[Sauf mention contraire tous les liens mènent vers des sites en anglais, ndt.]

Une rupture entre le Qatar, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), Bahreïn et l’Égypte a conduit à un boycott ainsi qu’à un blocus absolus du Qatar en juin 2017. Alors que ces pays arabes se réconcilient [fr] beaucoup de gens se demandent ce qu’il adviendra des citoyens saoudiens détenus pour avoir exprimé leur opposition à ce boycott et milité pour l’unité du monde arabe.

Depuis le mouvement connu sous le nom de Printemps arabe, les alliances régionales ont éclaté, laissant d’un côté le Qatar et de l’autre un quatuor de pays qui accusent les Qataris d’ingérence dans leurs affaires intérieures.

Doha, capitale du Qatar et siège du pouvoir, a accueilli avec faveur les changements politiques dans les pays touchés par les soulèvements et soutenu les Frères musulmans en Égypte ainsi qu’ailleurs, alors que les dirigeants des quatre autres États jugeaient ces changements politiques préjudiciables à leurs intérêts et considéraient les Frères musulmans comme une organisation terroriste islamiste. 

En fin de compte, les tensions se sont intensifiées, conduisant les quatre pays à boycotter et à bloquer le petit État du Golfe riche en gaz, le poussant plus profondément dans les bras de leurs rivaux régionaux que sont la Turquie et l’Iran.

À la suite de plusieurs tentatives de rapprochement entre les États du Golfe, le 5 janvier, les dirigeants jadis opposés de l’Arabie saoudite et du Qatar ont signé un accord négocié par le Koweït et les États-Unis, pour régler leurs différends et rétablir leurs relations diplomatiques.

À l’aéroport saoudien d’al-Ula, au nord de Médine, le dirigeant de facto du royaume, le prince héritier Mohammed ben Salmane, communément connu sous ses initiales MBS, a accueilli son rival, l’émir du Qatar, le cheikh Tamim bin Hamad al-Thani, les deux dirigeants arborant des masques chirurgicaux en raison du coronavirus.

Presque immédiatement après l’annonce de la réconciliation, les médias proches de chacun des deux côtés dans la querelle et qui, pendant des années, s’étaient livrés [ar] une guerre médiatique féroce consistant à élaborer des théories du complot et à dénigrer leurs rivaux, ont commencé à louer [ar] la réconciliation et à saluer l’unité dans les rangs des frères du Golfe.

Pendant ce temps, au moins 20 citoyens saoudiens qui ont exprimé des sentiments allant dans le sens de cette réconciliation au début de la querelle et semblaient donc s’opposer à leurs dirigeants à Riyad, restent en prison, sous le coup d’une multitude d’accusations.

Un compte Twitter appelé «Prisoners of Conscience» (en français : Prisonniers de conscience), visant à soutenir les Saoudiens emprisonnés pour avoir exprimé leurs opinions, a tweeté :

🔴 NOUS DEMANDONS LA LIBÉRATION IMMÉDIATE DE TOUS LES PRISONNIERS DE CONSCIENCE QUI SONT DÉTENUS JUSTE PARCE QU’ILS ONT SOUHAITÉ UNE RÉCONCILIATION AVEC LE QATAR, IL Y A 3 ANS.

Parmi ces prisonniers se trouve l’éminent religieux islamique Salman al-Odah, dont la détention en 2017 est intervenue quelques heures après la publication du tweet suivant le 8 septembre :

Ô Dieu, louange à Toi. Mettez l’harmonie dans leurs cœurs pour qu’ils agissent dans le meilleur intérêt de leurs nations.

Depuis lors, M. Odah, âgé de 63 ans, est détenu principalement à l’isolement, avec des périodes d’accès limité ou sans accès à sa famille, et dans des conditions qui, selon son fils, reflètent l’intention des autorités de «le tuer à petit feu».

Ô Seigneur, ramène-le dans sa famille, auprès de ses proches, parmi les nations musulmanes arabes et dans le monde. #Ne_Tuez_Pas_Salman_Al_Odah

Le fils de M. Al-Odah, Abdullah, qui réside aux États-Unis, décrit la situation sanitaire du religieux :

Au cours de la procédure judiciaire du 18 novembre à Riyad, mes frères et sœurs ont été frappés par la faiblesse et l’émaciation de notre père. Ayant perdu la moitié de son audition et de sa vision en prison, il était incohérent et avait du mal à les entendre et à les voir clairement. Ils ont estimé que notre père fier et déterminé semblait complètement soumis et hochait la tête à tout ce qu’on lui disait. Ils craignaient que, dans son état précaire, il ne soit contraint de signer tout type de confession.

Après un an de détention sans procès, le procureur général saoudien a demandé la peine de mort pour M. Odah pour 37 chefs d’accusation, notamment incitation à agir contre le dirigeant, appel au changement de gouvernement et possession de livres interdits.

Salman al-Odah boit un jus de fruit à la paille dans le même verre que son petit-fils, dans un restaurant.

Le religieux saoudien détenu Salman al-Odah avec l’un de ses petits-enfants. Image tirée de Twitter.

Alors que les camps rivaux font amende honorable, les appels à la libération de M. Odah, ainsi que d’autres prisonniers, se sont multipliés.

Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch, a tweeté :

Maintenant que l’Arabie saoudite apaise les tensions et ouvre la frontière avec le #Qatar, que diriez-vous de libérer des détenus comme @salman_alodah, accusés de s’opposer à un blocus (qui n’a abouti qu’à séparer les familles, bloquer les travailleurs et interrompre les soins médicaux des malades) ?

Awad al-Qarni et Ali al-Omari sont d’autres détenus notables sur lesquels pèsent des accusations similaires. On leur reproche notamment d’avoir entretenu des liens avec les Frères musulmans et le gouvernement qatari, et exprimé publiquement leur soutien aux dissidents emprisonnés :

🔴Dernière minute 2
Nous confirmons que
Cheikh Salman al-Odah
Cheikh Awad al-Qarni
Cheikh Naser al-Omar
sont toujours à l’isolement dans de très mauvaises conditions.

Parmi les autres détenus éminents figurent l’universitaire Mustafa al-Hasan, l’écrivain Abdullah al-Malki, et l’économiste Essam al-Zamil.

Leur arrestation a eu lieu il y a plus de trois ans, à peu près au même moment où plusieurs militantes revendiquant le droit de conduire pour les femmes ont été interpellées. Parmi elles se trouvait l’activiste emblématique Loujain al-Hathloul [fr].

___

Ce billet que j’ai traduit de l’anglais en français a été écrit par Dahlia Kholaif pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 2 février 2021.

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Gouvernance

Peuls, Forestiers et minorités depuis toujours marginalisés dans l’armée guinéenne

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Pas de place pour les peuls, les forestiers et les minorités dans les hautes sphères de la hiérarchie. Source: journalguinee.com
Depuis son irruption sur la scène politique guinéenne, le Président Alpha Condé a utilisé la fibre ethnique pour conquérir le pouvoir. Mais c’est depuis la présidence de Sékou Touré et de Lansana Conté que les politiques ont usé de leur talent pour allumer et attiser les tensions ethniques en Guinée. Pour mieux mener à terme leur dessein ils ont marginalisé les Peuls, Forestiers et les minorités. 

Le regretté Mamadou Kaly Bah, disparu au début de novembre 2020 avait acquis une certaine notoriété au début des années ’90 par la pertinence de ses critiques et analyses de la perversion de la politique guinéenne, au point de recevoir des menaces.

Dans ce pamphlet intitulé Regard Rétrospectif sur l’Armée Guinéenne publié le 1er Novembre 1993, il analyse les pervers de l’armée guinéenne qui s’est soldée par l’exclusion des peuls, forestiers et autres minorités dans les postes de commandement sous les gouvernements de Sékou Touré et Lansana Conté.

Je n’ai pas les données actuelles, mais il est fort probable que la marginalisation  de ces composantes de la société guinéenne n’ait pas changé, tant Alpha Condé a utilisé l’ethnie comme moyen pour se maintenir au pouvoir, notamment sa réthorique anti-peule. 

L’occasion du 35ème Anniversaire de la création de notre Armée Nationale, me donne l’opportunité de jeter un regard rétrospectif sur elle.

L’Armée Guinéenne, on le sait, vit le jour le 1er Novembre 1958, soit un mois après notre accession à l’indépendance nationale dans l’euphorie à la suite de notre vote négatif au référendum gaulliste du 28 Septembre 1958.

Nos compatriotes qui servaient alors dans l’Armée coloniale la rallièrent spontanément et volontairement en masse en rejetant les promesses alléchantes de nos anciens maîtres. Et ceux d’entre eux qui se trouvaient en dehors de la Guinée eurent à subir brimades et humiliations pour leur décision de regagner leur patrie, la République de Guinée.

C’est dire qu’elle a démarré avec des hommes dévoués à leur patrie et fermement engagés à la défendre. Mais force est de constater aujourd’hui que cette Armée n’a retenu l’attention de nos Gouvernants que dans les périodes turbulentes – pour la répression.

Les dirigeants de notre Etat temporaire  – eh oui, je dirai Etat Temporaire car 35 ans après notre indépendance on n’a pas encore commencé à fixer l’Etat guinéen sur le sol guinéen par la réalisation des attributs et des symboles de l’Etat : Présidence de la République, Casernes, Commissariats de Police, Brigades de Gendarmerie, Palais de Justice, Centres pénitentiares, Blocs administratifs, etc. se sont peu soucié du devenir heureux de cette Armée. Nos dirigeants de 1958 à nos jours se sont montrés incapables de rénover les casernes que l’armée a héritées des colons à plus forte raison les étendres (même le Gouvernement militaire a été incapable de faire en dix ans).

Et pourtant nousdevons mettre tous les corps militaires et para-militaires en casernes. C’est le minimum que nous puissions faire si nous voulons d’une Armée efficace, dynamique et disciplinée.

Le népotisme, l’ethnocentrisme et le favoritisme et leur corollaire la délation, la suspicion et l’iniquité ont empêché notre Armée de connaître des jours heureux. On a ainsi perverti notre Armée initialement dévouée et engagée. Et on en a fait autre chose qu’une école et un haut lieu de patriotisme.

Pour illustrer mon assertion sur le népotisme et l’ethnocentrisme, je propose

  • un tableau sur le commandement de Monsieur Sékou Touré en Mars 1984 que j’ai tenté de reconstituer et
  • un autre tableau sur le commandement actuel de Mr. Lansana Conté.

Tableau sur le commandement de Monsieur Sékou Touré (Mars 1984)

  • Etat Major Général Inter-Armes
    Chef : Général Toya Condé
  • Etat Major Armée de Terre
    Chef : Général Soma
  • Adjoint : Colonel Lansana Conté
  • Zone militaire de Kindia
    Commandant : Capitaine Babacar N’Diaye
  • Zone militaire de Boké
    Commandant : Cdt. Finando Tiani
  • Zone militaire de Labé
    Commandant : Cdt. Lancei Camara
  • Zone militaire de Kankan
    Commandant : Cdt. Mory Traoré
  • Zone militaire de Faranah
    Commandant : Cdt. Noumoukè Keita
  • Zone militaire de N’Zerekore
    Commandant : Idrissa Condé
  • Bataillon du Quartier Général (Camp Almamy Samory Touré)
    Commandant : Capitaine Kerfalla Camara
  • Bataillon Spécial de Conakry (Camp Alfa Yaya Diallo)
    Commandant : Cdt. Sidiki Condé
  • Bataillon des Chars
    Commandant : Capitaine Baourou Condé
  • Bataillon des Troupes aéroportées (Parachutistes)
    Commandant : Capitaine Lanciné Fangama Kéita
  • Etat-Major de l’Armée de l’Air
    Chef : Cdt. Abdourahmane Kéita
  • Etat-Major de la Marine
    Chef : Capitaine Mohamed Lamine Sacko
  • Etat-Major de la Gendarmerie Nationale
    Chef : Cdt. Makan Camara
  • Etat-Major de la Milice Populaire
    Chef : Capitaine Mamadi Bayo

Dans ce tableau de Monsieur Sékou Touré, sur les 17 postes clefs, nous avons :

Ethnie
Officiers supérieurs
Malinké (ethnie du Président Touré)
13
Soussou
4
Peulh
0
Forestier
0
Minorités
0

 

Hierarchie superieure de l'armee sous Sekou Toure
Et voici le tableau de Monsieur Lansana Conté

  • Etat Major Général Inter-Armes
    Chef : Lieutenant-Colonel Sanoussi Condé
  • Adjoint : Lieutenant-Colonel Oumar Soumah
  • Etat Etat Major Armée de Terre
    Chef: Lieutenant-Colonel Kaba 43
  • Adjoint : Cdt. Naby Camara
  • 1ère Région militaire – Kindia
    Commandant : Cdt. Sinkoun Keita
  • Garnison de Boké
    Commandant : Cdt. Cissoko
  • 2ème Région militaire – Labé
    Commandant : Cdt. Souleymane Camara
  • 3ème Region militaire – Kankan
    Commandant : Cdt. Sény Bangoura
  • Garnison de Faranah
    Commandant : Commandant Momo Camara
  • 4ème Région militaire – N’Zérékoré
    Commandant : Cdt. Saliou Coumbassa
  • Bataillon du Quartier Général (Camp Almamy Samory Touré)
    Commandant : Cdt. Ibrahima Cissé
  • Bataillon Spécial de Conakry – Alfa Yaya Diallo
    Commandant : Cdt. Souaré
  • Garnison du Km 36
    Commandant : Capitaine Sama Panival Bangoura
  • Bataillon des Chars
    Commandant : Capitaine Aly Badara Soumah
  • Bataillon des Troupes aéroportées (Parachutistes)
    Commandant : Capitaine Kader Doumbouya
  • Armements et Munitions
    Chef : Capitaine Abdourahmane Kébé
  • Etat-Major de l’Armée de l’Air
    Chef : Cdt. Abdourahmane Kéita
  • Etat-Major de la Marine
    Chef : Lieutenant-Colonel Amara Bangoura
  • Région Opérationnelle du Nord
    Commandant : Cdt. Morlaye Camara
  • Région Opérationnelle du Sud
    Commandant : Cdt. Fodé Moussa Camara
  • Etat-Major de la Gendarmerie Nationale
    Chef : Cdt. Mamadouba Bangoura
  • Adjoint : Capitaine Abdourahmane Kaba
  • Commandant du 1er Bureau : Capitaine Sampil
  • Commandant du 2ème Bureau : Capitaine Amy Fodé
  • Commandant du 3ème Bureau : Capitaine Somparé
  • Officier Section Judiciaire : Capitaine Sankon

Et dans ce tableau de Monsieur Lansana Conté sur les 29 postes-clés nous avons :

Ethnie
Officiers supérieurs
Soussou (ethnie du Président Conté) 20
Malinke 8
Peulh 1
Forestier 0
Minorités 0

 

Hierarchie superieure de l'armee sous Lansana Conte
Tout un chacun peut se faire une idée sur les mobiles et les arrières-pensées qui motivent les auteurs de ces aberrations. Mais force est de constater que dans les deux cas on a ignoré le Peulh, le Forestier et les minorités.

Alors a-t-on peur d’eux ? Ou bien ne les aime-t-on pas ? Ou encore ne sont-ils pas dignes de confiance ? Et pourtant la Guinée étant au pluriel, il faut absolument faire confiance à tous les Guinéens de toutes les ethnies sinon nous allons sûrement casser la Guinée un jour et tout le monde en pâtirait.

Alors je demande solennellement à tous les Chefs et Commandants actuels des Armées de se remettre en cause et démissionner afin de permettre à Mr. Lansana Conté de répartir les postes de commandement proportionnellement entre toutes les ethnies guinéennes. Moi je conteste à Mr Lansana Conté le droit de nommer uniquement les siens – s’il ne me fait pas confiance moi non plus je ne lui ferai pas confiance car son principe sacro-saint selon lequel «ton parent peut te tromper mais il ne te trahira jamais » est aussi vrai pour moi. Et je suis bien averti par l’assassinat de feu Mamadou Alpha Diallo, cuisinier à Sogetrag, à Matam le 28 Septembre 1993 à 10h 30 par ce militaire qui a haineusement crié en tirant sur lui à bout portant :

N’gbe fe muna carte fema Fule naara.
« Je me moque du problème de carte car c’est un Peulh. »

Et ce n’est pas non plus la vaine tentative de l’avocat du diable Mr. Mohamed Sampil, Directeur adjoint de Sogetrag, de faire dire au témoin oculaire, Abdoul Kabirou Diallo, conducteur à Sogetrag, que Mamadou Alpha Diallo a été victime d’une balle perdue ou les menaces proférées contre lui à la suite de son refus de cacher la vérité comme on le voulait, qui me feront démordre. Je suis aussi averti par la descente du « vaillant et valeureux chef guerrier » Sama Panival Bangoura à Simbaya, le 29 Septembre 1993, à la tête d’une compagnie de Bérets Rouges assoiffés de sang. Laquelle compagnie sema la terreur dans le quartier et se distingua horriblement en assassinant gratuitement et lâchement des gamins

  • Ibrahima Diallo, 14 ans
  • Abdourahmane Diallo, 13 ans

dont le seul crime était d’appartenir à une autre ethnie qu’eux.

L’Armée et les forces de sécurité doivent être au service de la Nation et non à la dévotion d’un individu ou d’une ethnie. C’est pourquoi nous ne devons plus et ne pouvons plus accepter, admettre ou tolérer que leurs chefs soient de la même ethnie.

Il faut aussi renvoyer toutes les recrues de cette année afin de mettre définitivement fin à la tentative de soussouiser l’Armée Guinéenne. Nos forces armées doivent fidèlement refléter la physionomie de la Guinée tout entière : ce qui nous éviterait les malheurs du Togo ou du Burundi.

Et pourquoi les commandos que les Marines américains sont entrain de former à Labé dans les anciens locaux de l’ex-4ème Compagnie des Paras sont à 80% Soussous ?

Pourquoi encore certains militaires n’ont eu aucun avancement alors que les favoris sont avancés de 4 à 5 fois depuis 1984 ?

Les camarades de classe de Harouna Conté, jeune frère de Monsieur Lansana Conté, – classe 1970 – se demandent et moi avec eux comment et pourquoi ce sieur qui ne sait ni lire ni écrire est aujourd’hui Sous-Lieutenant alors que eux ils sont sergents ou sergents-chef et eux ils savent lire, compter et écrire ?

Il y a aussi lieu de se demander pourquoi Nestor Bangoura, frère de Mme Henriette Conté, qui s’est rendu coupable de vol de plus de 400,000 000 de FG à Kindia a été promu Sous-lieutenant et affecté à Monrovia (Ecomog) dans les mêmes fonctions de Trésorier au lieu d’aller en prison ?

Notre Armée est assurément malade de ses chefs mais j’espère qu’elle se portera mieux après le changement que Mr. Lansana Conté est obligé de faire. Chacun se sentira mieux car seront du passé les anomalies par exemple de la Marine que son Chef, le Lt. Col. Amara Bangoura a transformée en une entreprise soussou à sa dévotion :

  1. Chef d’Etat-Major : Lt-Col. Amara Bangoura
  2. Adjoint : Cdt. Morlaye Camara
  3. Commandant ROM Nord : Cdt. Fode Boubacar Camara
  4. Commandant ROM Sud : Cdt. Fode O. Moussa Camara
  5. Administration : Cdt. Kanfory Sylla
  6. Commandant Dock Flottant : Cdt. Aboubacar Diarra

Cette entreprise soussou, disé-je, est au seul service de son Président-Directeur général, le Lt.-Col. Amara Bangoura, et ses sources sont :

  1. Les recettes du transport effectué par les chalans
  2. Les recettes du Dock Flottant (en devises)
  3. Les saisies en mer
  4. Le trafic de carburant et lubrifiants

Ou encore, le cas de l’aviation militaire où le Lt. Colonel Raymond Bangoura, le Chef d’Etat-major, est personnellement et directement impliqué dans le trafic de kérosène.

Armée Guinéenne, il est regrettable de constater que tous les véhicules en situation irrégulière du point de vue immatriculation ou taxes uniques appartiennent à des hommes en tenu. Quel dommage, il est souhaitable que les auteurs de ces pratiques anormales fassent amende honorable afin de préserver le prestige et la réputation de l’Armée.

Officiers, sous-officiers et hommes de troupes de l’Armée Guinéenne, pour l’amour de la patrie, refusez d’être les bourreaux de vos concitoyens. Votre noble mission est de défendre la Guinée et tous les citoyens guinéens et leurs biens. Vous ne devez en aucun cas verser le sang de vos concitoyens.

Armée Guinéenne, la traversée du désert a été jusqu’à maintenant rude et longue, mais un jour que je souhaite être très prochain elle finira. Et tu auras tes casernes, ton équipement et même ton Centre hospitalier entre autres, ta patrie te le doit, elle te le donnera. Les injustices et les iniquités disparaîtront définitivement de la réalité de l’Armée, qui deviendra le creuset de l’unité nationale.

Armée Guinéenne, Bon Anniversaire.
Vive la Guinée – Vive la République.

Conakry, le 1er Novembre 1993

Mamadou Kaly Bah

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Droits de l'Homme

Connaissez-vous l’histoire de la première députée noire du Brésil ?

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Petite fille, Antonieta de Barros gambadait dans la pension de sa mère en essayant d’apprendre les lettres de l’alphabet. En se faufilant parmi les élèves, tout comme sa soeur Leonor, elle a appris à lire et à écrire. Antonieta ne pouvait imaginer que l’étude de l’alphabet la mettait sur le chemin pour devenir la première femme noire législatrice dans l’histoire du Brésil. On était en 1934 et l’esclavage avait été aboli moins de 50 ans auparavant [fr].

Peu de gens connaissent l’histoire d’Antonieta ou même savent qui elle était. À Florianopolis, la capitale de l’Etat de Santa Catarina au sud du Brésil, des rues, des écoles et des tunnels portent son nom. Il y a même un monument qui lui est dédié. Cependant, comme beaucoup d’autres noms sur les plaques des rues, pour de nombreux citoyens, c’est juste une adresse – quelque chose que la cinéaste Flávia Person a décidé de changer.

Née à São Paulo, Flávia a vécu à Florianópolis pendant sept ans. Elle a découvert Antonieta lors d’une recherche sur l’histoire du peuple noir de Santa Catarina, l’Etat brésilien avec la plus faible proportion de cette population: seulement 15% des catarinenses se déclarent noirs ou partiellement noirs. Lors des élections de 2014, il a été le seul Etat à ne pas avoir élu une seule personne noire. Pourtant, c’est là que 82 ans auparavant, une femme noire a pris ses fonctions après avoir été élue par un vote populaire.

La cinéaste Flavia Person a été fascinée, comme elle l’a dit à Global Voices :

Faire un film sur Antonieta me semblait urgent. Après avoir découvert qu’elle a été enseignante, directrice d’un institut de formation, chroniqueuse pour l’un des journaux les plus importants de l’Etat, la première femme à être élue à Santa Catarina et la première femme noire à être élue dans tout le Brésil, et malgré cela, personne parmi les natifs de Florianópolis ne savait grand-chose sur elle, j’ai pensé que c’était le moment de faire un film sur son histoire pour la révéler à autant de personnes que possible.

Son court métrage documentaire est sorti en octobre, après une année de recherches. Pour réaliser le documentaire “Antonieta”, Flávia a fouillé dans les thèses académiques et les archives publiques, mais elle a été sauvée par les documents personnels, sans aucune image, d’un parent d’Antonieta.

Signé, Maria ‘de l’île “

Florianópolis, capitale de l'Etat de Santa Catarina, au moment de l'enfance de Antonieta. Publiée avec l'autorisation de Magnolia Produções / Traitement par Yannet Briggiler

Florianópolis, capitale de l’Etat de Santa Catarina, lors de l’enfance d’Antonieta. Photo publiée avec l’autorisation de Magnolia Produções / Traitement par Yannet Briggiler

La mère d’Antonieta, une esclave affranchie, devenue veuve très tôt, a dû élever ses filles toute seule en travaillant comme blanchisseuse. Mme Catarina a toujours considéré l’éducation comme l’héritage le plus précieux qu’elle pouvait laisser à ses filles. Elle a fini par élever deux enseignantes. A 21 ans, Antonieta avait déjà fondé sa propre école, l’”Antonieta de Barros Tutorat Cours”, dédié à les adultes analphabètes et pauvres. Pour elle, “l’analphabétisme est ce qui empêche les gens d’être des personnes“. Flávia ajoute :

Antonieta a fait de l’éducation le combat de sa vie. Elle croyait en l’éducation comme la seule voie possible pour l’émancipation des pauvres et des femmes. Elle a toujours préconisé l’éducation pour tous, sans distinction de race, de croyance ou de sexe.

L’écriture était un autre moyen à travers lequel Antonieta s’est taillé une place dans la société. Comme l’a noté la journaliste Ângela Bastos dans un portrait d’Antonieta publié en 2013, elle tenait une rubrique sous le pseudonyme de Maria da Ilha (Maria “de l’île”), pour la défense des droits civils des femmes – à un moment où presque personne ne le faisait au Brésil, surtout hors de Rio de Janeiro et de São Paulo :

Maria da Ilha avait une sensibilité pour différents sujets comme l’éducation, la civilité, la religiosité, les vertus morales, éthiques et civiques. Elle aimait aussi aborder les questions des relations entre les sexes ainsi que la vie politique et sociale des années 1930 au Brésil et dans le monde.

Les Brésiliennes n’ont officiellement obtenu le droit de vote qu’en 1932 [fr]. Deux ans plus tard, Antonieta, qui avait occupé des postes de haut niveau et débattu à égalité avec des hommes et des intellectuels, allait devenir l’une des premières femmes élues députées, remportant un siège dans l’assemblée de l’État (dans la même année, le médecin Carlota Pereira de Queiroz [fr], qui était blanche, a été élu députée fédérale de l’Etat de São Paulo).

Antonieta savait que la marginalisation des femmes dans le monde politique“ n’était pas due à la nature”, mais elle savait que c’était le cas dans d’autres domaines aussi. Comme l’explique Flavia :

Antonieta a toujours été active politiquement. Après avoir obtenu son diplôme, elle a fait partie de la Ligue de l’enseignement, une organisation qui défendait les droits des enseignants de sexe féminin. J’ai découvert que, jusqu’au milieu des années 1930, dans les écoles publiques, il était interdit aux enseignantes de se marier ; il y avait une loi qui leur interdisait de le faire. La justification était que les enfants pouvaient poser des questions inappropriées sur la sexualité de leurs enseignants.

Une députée moderne

Antonieta avec un groupe de politiciens et d'intellectuels de son temps. Publié avec l'autorisation de Magnolia Produções / Traitement par Yannet Briggiler

Antonieta avec un groupe de politiciens et d’intellectuels de son temps. Publié avec l’autorisation de Magnolia Produções / Traitement par Yannet Briggiler

Antonieta a réussi en politique avec l’aide de Nereu Ramos [fr] du Parti libéral de Santa Catarina, qui allait devenir le 20e président du Brésil. La mère d’Antonieta avait travaillé dans la maison de son père, Vidal Ramos, homme politique lui aussi, et entretenait de bonnes relations avec la famille. Flávia explique :

Le parti, sentant que la société était en train de changer dans les années 1930, et voulant afficher une image de modernité, a vu une opportunité en Antonieta, déjà très respectée par l’élite en raison de son travail dans l’éducation. Certes, elle a dû affronter les préjugés en raison de sa couleur de peau et à cause de son sexe. Dans les années 1930, il y avait encore des discussions sur les prédispositions biologiques des femmes, qui les prétendaient incapables d’occuper des fonctions publiques. A cette époque, socialement on les acceptait seulement dans les fonctions liées à l’enseignement et à la vie familiale.

L’école créée par Antonieta a continué à fonctionner pendant près de 10 ans après sa mort. Et les débats qu’elle a introduits dans l’assemblée de l’Etat sont toujours pertinents. Pour Flávia Person, cela montre comment l’histoire oublie souvent les femmes, même quand elles en sont des protagonistes.

Le nom de la première députée noire survit d’autres manières encore. Dans l’Etat de Santa Catarina, un groupe d’enseignantes noires débattent de l’éducation, de l’égalité et de la politique publique sur une page Facebook intitulée “Autres Antonietas”. Cette année, le ministère de la promotion des politiques sociales pour l’égalité raciale du gouvernement fédéral a lancé le prix Antonieta de Barros pour distinguer de jeunes communicants noirs.

Quand on lui demande ce que penserait Antonieta du Brésil d’aujourd’hui, où les gouverneurs combattent les étudiants qui demandent plus d’écoles, où les femmes sont encore minoritaires dans la vie politique et voient leurs droits menacés au Congrès, mais aussi où le débat entre les sexes est en plein essor, Flávia répond :

C’est sûr qu’elle aurait elle aussi crié Fora Cunha [“Cunha, dehors”; Eduardo Cunha est le président de la Chambre des députés, la chambre basse du Congrès du Brésil]

Pour plus d’informations sur le documentaire “Antonieta”, consultez la page officielle du film (en portugais).

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Ce billet a été écrit en portugais par Fernanda Canofre traduit en anglais par Taisa Sganzerla et en français par moi pour globalvoices.org. Fernanda Canovre est une brésilienne diplômée en journalisme de l’Université de Passo Fundo et détient un Master en histoire de l’Université de Coimbra.

Taisa Sganzerla est rédactrice en chef de Global Voices. Elle s’intéresse principalement au Brésil, mais aussi à l’Asie du Sud-Est et à l’Europe.

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Droits de l'Homme

Dans la conquête du pouvoir, tous les coups sont permis

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Ce billet est tiré de la contribution de Bernard Charles intitulée Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-1958) à l’oeuvre collective L’Afrique noire française : l’heure des Indépendances parue en 1992, reprise dans webguinee.net.

Vu la longueur du texte je l’ai divisé en trois parties, dont celle-ci est la première. La deuxième seront publiées les 18 et 25 août 2020

Du même auteur: Cadres politiques et administratifs dans la construction nationale en Guinée

« Toute l’histoire est fondée sur l’usage de la force et de la violence; si notre leader et fondateur a jeté les bases de quelque chose, ce sont les principes d’une politique d’État de violence et de teneur. » Ce jugement porté récemment par un historien sur l’évolution soviétique de son propre pays nous paraît aussi s’appliquer singulièrement au cas de la de République de Guinée et à son fondateur Sékou Touré. Que la violence soit au coeur même de ce régime, il n’est que de se rappeler la succession quasi annuelle des « complots » qui défrayèrent la chronique et leur répression avec ses deux paroxysmes en 1971 et 1975.

Mais la violence, dans ses diverses formes, n’est pas apparue brusquement dans un régime qui se voulait révolutionnaire et qui, par là même, générait la contre-révolution, selon les termes de Sékou Touré. On la trouve aux origines mêmes du régime touréen, lors de sa mise en place dans les années qui précédèrent l’indépendance, soit de 1954 à 1958.

Dans cette brève communication, nous nous efforcerons de saisir quel fut son rôle dans la dislocation de l’ordre colonial en Guinée, dans l’établissement des bases du pouvoir personnel de Sékou Touré, dans la neutralisation ou l’élimination des adversaires, dans le contrôle de la population et dans la mise en place des institutions du nouveau régime. Nous nous appuierons tant sur les archives officielles qui commencent à être ouvertes aux chercheurs que sur les documents rassemblés au fil des années depuis 1959.

Si des incidents impliquant l’usage de la violence physique eurent lieu dès 1945, c’est surtout à partir de 1954 qu’ils se produisirent systématique ment jusqu’au référendum du 29 septembre 1958 par lequel la Guinée accéda à l’indépendance. Trois paroxysmes (juillet 1954-février 1955; septembre-octobre 1956 ; avril-mai 1958) ne sauraient faire oublier qu’ils s’échelonnèrent en fait tout au long de ces cinq années. Ils accompagnent une vie politique effervescente et ponctuée par une succession d’élections législatives (juin 1954, janvier 1956), municipales (novembre 1956), territoriales (mars 1957) et aux conseils de circonscription (mai 1958) avec leurs innombrables réunions publiques, un corps électoral multiplié par trois. L’enjeu est très clair: d’abord la conquête du pouvoir, puis sa consolidation par tous les moyens.

S’insèrent dans ce continuel remue-ménage électoral les activités des partis politiques. Le PDG, branche du RDA, qui, après avoir failli disparaître en 1949-1951, retrouve des forces au sein des masses par le biais des syndicats cégétistes et se pose en parti largement majoritaire. Face à lui s’érigent la DSG (octobre 1954), branche du MSA (en janvier 1957), etle BAG (décembre 1954) qui s’uniront en 1958 pour former la section guinéenne du PRA aux fins du référendum de 1958.

Les syndicats ne manifestent pas moins de vitalité par-delà leurs divergences idéologiques et leurs affinités politiques: CGT qui, par scissiparité, devient CGTA en s’affranchissant de la métropolitaine tout comme procédera la CFTC. Chacun, parti ou syndicat, ayant ses congrès à l’échelle du pays ou à celle de l’Afrique occidentale française …
Le tout sur marche accélérée vers l’indépendance et remise en cause des clivages sociaux.

Certes, d’autres territoires de l’Ouest africain français connurent semblables bouillonnements. Peu, semble-t-il, furent autant marqués par la multiplicité des incidents, près de quatre cents ayant troublé l’ordre public, et le recours à la violence physique. Les rapports affluent quasi journellement chez les responsables signalant ici un groupe de femmes s’en prenant à un chef de canton, là des bagarres au marché entre partisans de Barry Diawadou et fidèles de Sékou Touré, ailleurs que des maisons sont assiégées par plusieurs centaines de manifestants, qu’une fête est troublée par un groupe du parti adverse ou que les passants se voient contraints d’acheter des cartes d’adhérent.

Les campagnes électorales, si fréquentes, peuvent être suivies à la trace avec leur cortège d’interventions policières, gendarmes ou gardes de cercle. Et c’est à qui empêchera l’adversaire de tenir ses réunions, organisera des contremanifestations et des défilés où pleuvent de part et d’autre pierres, insultes et coups.

Mais l’intensité des incidents et leur extension sont sans doute spécifiques de la Guinée. Pour ne s’en tenir qu’à une définition simple de l’incident « grave» quant aux personnes, c’est-à-dire celui qui entraîne des morts ou blessés on peut en effet recenser, de juin 1954 à octobre 1958, un minimum d’environ 75 pour l’ensemble de la Guinée , certains pouvant s’étendre sur plusieurs jours. Ils occasionnèrent, selon les chiffres officiels, 48 morts et plus vraisemblablement au-delà de 70. Les plus dramatiques éclatèrent à Conakry du 29 septembre au 5 octobre 1956 et du 1er au 5 mai 1958. Un paroxysme est atteint dans ce dernier cas puisque le rapport transmis au ministre de la France d’ outre-mer considère, comme « très loin de la réalité », le bilan officiel des victimes qui dénombrait cependant 26 morts (il faudrait en compter plus de 40) et plus de 400 blessés.

Une évaluation même grossière du nombre des blessés est encore plus difficile à établir puisque, souvent, les rapports de police se contentent de signaler de « nombreux blessés» et que les victimes ne se font pas toujours connaître, bien loin de là, ni ne sont revendiquées par les partis antagonistes.

Au total, pour la même période, le chiffre minimal devrait s’établir aux environs de 1 500 victimes, dont un millier pour Conakry. Les deux régions du pays les plus affectées seraient, et de loin, la basse Guinée (avec principalement Conakry, Forécariah, Boké), et la Guinée forestière (Nzérékoré et Macenta) tant par le nombre d’incidents graves que par celui des victimes (voir tableau en annexe).

Lire également: Encore à la recherche des raisons à la base de la barbarie de Sékou Touré

Pour les années 1954-1959, on en trouverait une confirmation avec l’indemnisation des victimes : 8,7 millions de CFA sur 10 inscrits au budget local pour 166 sinistrés de la basse Guinée (Conakry, Boffa, Dubréka et Forécariah) . Toutefois, si on tient compte de l’ensemble des incidents, ils se seraient produits à 70 % en basse Guinée, le reste se répartissant à peu près également dans les trois autres régions: Fouta, haute Guinée et Guinée forestière.

Pour obtenir une impression plus précise encore du caractère tumultueux de la période, il faut prendre en considération d’autres manifestations de la violence comme le nombre de cases et maisons brûlées, saccagées ou pillées pour raisons politiques ou autres (antagonismes ethniques , terrains de culture) ; les innombrables lapidations d’adversaires et du service d’ordre, les pierres ayant été l’arme par excellence des fauteurs de troublé ; les centaines d’arrestations dont le chiffre semble avoir été fortement exagéré par les divers antagonistes ainsi que les condamnations, elles aussi beaucoup moins nombreuses, eu égard aux événements, que ne le laissent entendre les propagandes partisanes.

Dans le rapport déjà mentionné sur les troubles de mai 1958 à Conakry, son auteur indique « chiffre dérisoire » pour les arrestations et condamnations !

Autre exemple, le gouverneur signalait en septembre 1958 qu’un village entier, celui de Koundara, avait été incendié . Dès lors, il n’est pas surprenant que se soit établie une psychose de la violence provoquant des réactions de crainte, voire de terreur, et enclenchant le cycle des représailles où se diluent les responsabilités des affrontements.

Déjà en 1955, un président signalait que les « incidents ont engendré parmi les patrons africains membres de notre syndicat une psychose de crainte pour le présent et d’anxiété pour l’avenir » .

Lire également:  L’implantation d’une « dynamique de violence», avant l’indépendance

Maints autres exemples touchant les diverses catégories sociales pourraient être fournis : « atmosphère de terreur » à Siguiri en juillet 1956. Aussi devient-il souvent illusoire de rechercher qui a déclenché les troubles, tout au moins au niveau des simples exécutants.

Dans un tel climat, un autre élément acquiert une importance primordiale. Les incitations à la violence jouent un rôle de détonateur et d’amplificateur. Les effets peuvent en être suffisamment dissuasifs pour éviter de passer aux actes. A cet égard, les discours des chefs de parti ou des candidats aux élections sont très révélateurs ainsi que les démarches auprès de l’administration qui prennent souvent un ton comminatoire ou d’ultimatum.

La « violence verbale» est de règle. C’est le langage de l’agressivité, de la lutte, du combat à finir. Nouveau député en 1956, Sékou Touré s’écrie à Macenta:

« Si vos chefs vous obligent à des travaux forcés, refusez. S’ils vous injurient, injuriez-les à votre tour. Si quelqu’un vous frappe, frappez-le même si c’est un gendarme. Si vous êtes incapables de frapper vous-même, allez chercher des camarades militants » 10

L’adversaire doit être non seulement combattu, mais détruit moralement à défaut de l’être physiquement; il faut le discréditer totalement. Donnons-en quelques exemples qui pourraient être multipliés à loisir. Dans une lettre du 10 avril 1957 au commandant de Forécariah, le chef de canton de Morebayah-Kaback dénonce ses adversaires RDA qui auraient déclaré au cours d’une réunion: « Nos partisans sont libres de faire ce qu’ils veulent, nous pouvons saccager la concession du chef de canton … Cette fois il ne faudra pas le rater, il faudra l’égorger comme un poulet. Personne ne nous blâmera, car l’administration est avec nous. » 11

Dans un éditorial du 16 mai 1958, le journal du PDG écrit, sous le titre « Ils ne passeront pas » : « Il leur faut engendrer le désordre et la haine, la destruction et la misère. Il leur faut des morts et des victimes expiatoires pour payer leurs fautes et se sortir de l’oubli où les a relégués la volonté populaire.

Espèrent-ils donc dans leur criminel orgueil pouvoir rétablir leur fortune sur les cadavres de nos morts, les cendres de nos cases et les ruines de nos maisons ? [ … ] Et pour quelle fin ? Pour aucune autre fin que celle de leur seule ambition d’hommes qui ont échoué et ne s’y résignent pas. Pour rien d’autre que le rétablissement de leurs dérisoires privilèges, l’assouvissement de leur dangereuse vanité. » 12

Pour sa part, le député Barry Diawadou, chef du PRA, se déplaçait alors avec une mitraillette en bandoulière et n’hésitait pas à répéter en public, voire devant de hauts fonctionnaires, que son parti riposterait immédiatement aux provocations : « Cent pierres pour une pierre jetée, cent coups de fusil pour un coup de fusil reçu » 13. Il s’écriait :

«Nous sommes prêts, même si nous devons installer ici l’anarchie et le désordre, à nous battre pour notre cause. »

Dans le même temps, Sékou Touré, son adversaire de toujours, devenu vice-président du Conseil, lançait à la population, un curieux appel au calme en précisant: « Nous savons que ceux que le suffrage universel a éliminé de l’arène politique et ceux qui sont privés des moyens d’exploitation des masses paysannes du fait de la mise en application de nouvelles structures administratives, économiques et sociales et des institutions démocratiques votées par l’Assemblée territoriale sont en désarroi et se livrent à des provocations ouvertes contre l’ordre public. » 14

Et Barry Diawadou de lui rétorquer, deux mois plus tard, dans un éditorial cinglant :

« Il se déroule actuellement en Guinée française un véritable drame qui, pour être couvert par des officiels, n’en est que plus horrible [ … ]. En d’autres termes, le leader RDA a célébré sans risques les funérailles de la légalité pour qu’enfin la force prime le droit, transformant sa majorité en hystérie guerrière [ … ]. Le martyr de la Guinée dure depuis quatre ans [ … ]. De larges couches de la population livrées au matraquage inhumain du RDA se posent la question lancinante : « Qui arrêtera le drame » 15

Notes:

  1. M. Manassiev, cité par B. Guetta, « M. Gorbatchev qualifie de “décision illégale” la proclamation de la Lituanie de son indépendance}), le Monde, 14 mars 1990.

2. Ce décompte a été établi à partir de diverses sources, de rapports d’enquête sur les incidents les plus graves de Conakry ainsi que sur une partie de la presse Afrique nouvelle, la Liberté, le Montagnard) dont je n°ai pu dépouiller qu’un certain nombre de numéros.

3. Rapports de M. Boyer, inspecteur général de la FOM, à monsieur le ministre de la France d’outre-mer, sur les incidents en Guinée, 2 et 4 juin 1958.

4. Lettre n° 1513 de G. Defferre, ministre de la FOM, à Bangoura Karim. conseiller de l’Union française, 12 juin 1956.

5. Le chiffre doit approcher le millier pour l’ensemble de la période, avec une recrudescence de 1954 à 1958 (plus de 130 pour les troubles de mai 1958 à Conakry).

6. « Le RDA lapide les maisons du chef de village et de deux notables» à Kénindé/Dubréka en décembre 1954. Rapport de H. Pruvost sur les incidents de 1954-1955 en Guinée française.

7. Gouverneur J. Mauberna, télégramme n° 334 du 14 septembre 1958 au ministre de la France d’outre-mer. Dans un autre cas, le chef local du PDG put dissuader 7 villages d’aller en démolir un autre où. résidait le chef de canton (rapport n° 755/4 du commandant du groupe de gendarmerie de Guinée, 10 octobre 1957).

8. Lettre de L. Deleau, président du Syndicat patronal agricole de Guinée, au gouverneur, 5 octobre 1955.

9. Motion de la sous-section RDA de Guinée, 12 juillet 1956.

10. Allocution à Macenta, 29 mai 1956.

11. Services de police, renseignements, n° 892/371, 18 avril 1957.

12. La Liberté, n° 2, 16 mai 1958.

13. Rapport M. Boyer, op. cit., 4 juin 1958.

14. Appel au calme radiodiffusé, 3 mai 1958 in « La vérité sur les événements de Conakry », Livre blanc, ministère de l’Intérieur, Guinée française.

15. La Voix du peuple, éditorial, « Qui arrêtera le drame? », 10 juillet 1958.

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Droits de l'Homme

Un tribunal brésilien décide de maintenir à Rio de Janeiro l’enquête sur la mort de Marielle Franco

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“Aujourd’hui, nous avons remporté une victoire importante”, déclare Anielle Franco. Le 27 mai, la Cour suprême de justice (STJ) du Brésil a rejeté la demande de fédéralisation de l’enquête sur le meurtre de sa soeur, Marielle Franco, conseillère municipale morte assassinée à Rio de Janeiro avec son chauffeur, Anderson Gomes, en mars 2018.

Malgré l’arrestation des tueurs, les commanditaires du meurtre n’ont toujours pas été identifiés. “Après tant de morts, enfin une victoire”, poursuit-elle.

VICTOIRE ! Par 5 voix à zéro le STJ a rejeté la fédéralisation de l’affaire Marielle et Anderson ! Plus de 150 000 personnes et plus de 200 organismes de la société civile ont signé contre la fédéralisation, et nous avons inondé les réseaux sociaux avec le hashtag #FederalizaçãoNão. Tous nos remerciements pour votre soutien !

Marielle [fr] était conseillère municipale à Rio de Janeiro pour le Parti socialisme et liberté (PSOL). Elle était noire, bissexuelle, mère et issue des favelas. Elle était également présidente de la Commission de la femme au sein du conseil municipal. La voiture qui la ramenait chez elle la nuit du meurtre a été criblée de 13 balles.

Lire également: De l’importance d’avoir une militante afro-féministe au gouvernement du Costa Rica

Fédéraliser l’opération équivaudrait à retirer la responsabilité de l’enquête à la police civile et au Ministère public d’un état, en l’occurrence celui de Rio de Janeiro, pour la confier à une structure fédérale, en l’occurence la police fédérale et le Ministère public fédéral.

Ce qui aurait permis au président Jair Bolsonaro, dont la famille a des liens avec les suspects du meurtre, d’interférer dans l’affaire.

La demande de fédéralisation avait été déposée en 2019 par le bureau du Procureur général de la République (PGR). Une des dernières missions de la procureure générale de l’époque, Raquel Dodge, qui, au vu des lenteurs des investigations, alléguait un risque de contamination en laissant l’enquête sur place et un manque de résultats quant aux commanditaires de l’assassinat.

La famille s’est immédiatement opposée à cette mesure dans une lettre envoyée au STJ dans laquelle elle déclare:

De nombreuses raisons factuelles et juridiques nous amènent à penser que la fédéralisation de l’affaire n’est pas la voie que les institutions judiciaires doivent suivre pour établir la responsabilité de tous ceux qui sont impliqués dans ce crime barbare qui a ôté la vie à nos proches. (…) Contrairement à ce que le bureau du procureur général a déclaré, la fédéralisation de l’affaire ouvre indubitablement la voie à l’impunité des véritables responsables des meurtres.

Sur le site web de la campagne, un texte explique que la décision retire l’affaire à la police fédérale et que “maintenant il y a moins de risques d’ingérence directe du président [Jair Bolsonaro]”.

Nous espérons que les choses vont enfin évoluer. Nous espérons ne pas avoir à attendre encore deux ans pour savoir qui a fait tuer ma mère. Et qui sait ? Peut-être qu’un jour cette affaire sera résolue.

Le jugement

Dans son jugement, Laurita Vaz, la rapporteuse dans l’affaire, a déclaré que la gravité de l’affaire est “incontestable” mais “a signalé un épisode qui dessert la demande de fédéralisation  de l’affaire”. D’après elle, le lendemain des meurtres, le PGR a créé un groupe de travail constitué de cinq procureurs de la République chargés de surveiller l’avancement des recherches à Rio.

Il est indéniable que l’affaire a révolté non seulement le pays tout entier, mais aussi la communauté internationale, à la fois en raison de la brutalité des homicides et du symbolisme de cet acte criminel. Un attentat contre la vie d’une parlementaire, élue par un vote significatif, qui se consacrait à la défense des groupes sociaux les plus défavorisés, et qui s’opposait clairement dans ses discours au crime organisé à Rio de Janeiro.

Les autres juges ayant voté comme Vaz, la non-fédéralisation a été rejetée à l’unanimité. L’Institut Marielle Franco, créé par sa famille, avait lancé une campagne “Federalização Não!” (Non à la fédéralisation”) pour recueillir des signatures et faire pression sur la décision. Plus de 150 000 personnes et 200 organisations de la société civile ont transmis leur pétition aux juges. Pour Anielle, la présidente de l’institut qui s’est entretenue avec Global Voices via WhatsApp, cette décision est une victoire :

C’est une victoire non seulement pour la famille, mais aussi pour les 154 000 camarades qui ont participé activement à cette mobilisation de la société civile contre la fédéralisation. (…) Ce vote a été unanime et important au milieu d’un tel chaos, de tant d’interférences et de tant de douleur.

Une enquête sur l’enquête

En 2018, les investigations ont peu progressé. De mars à août, la police de Rio a découvert qu’il existait des liens entre les assassins et un groupe de miliciens — qui agissent comme des organisations paramilitaires à Rio de Janeiro — connu sous le nom de “bureau du crime”.

En Janvier 2019, après une opération du Ministère public il a été annoncé que le fils du président, le sénateur Flávio Bolsonaro, avait employé dans son bureau la mère et la femme d’un des chefs du groupe, l’ex-policier Adriano da Nóbrega.

En mars, Ronnie Lessa et Élcio Vieira de Queiroz, deux autres membres de l’organisation, sont arrêtés pour les meurtres. D’après la police, Lessa avait tiré sur Marielle et l’ex-militaire Queiroz conduisait la voiture qui poursuivait celle de la conseillère. On ne sait toujours pas qui a commandité le crime.

À peine étaient-ils emprisonnés, la police fédérale évoquait des possibilités de fraudes dans l’instruction de l’affaire et tentait d’en gêner le déroulement. Ronnie Lessa habitait la même résidence que le président Jair Bolsonaro, dans un quartier chic de Rio. Un portier a confié à la police que Élcio Queiroz avait été autorisé à entrer dans l’immeuble, quelques heures avant les meurtres, par quelqu’un qui se trouvait dans la maison de Jair Bolsonaro, alors député fédéral. Quelques jours plus tard, il s’est rétracté devant la police fédérale, et a déclaré s’être trompé de numéro de maison.

Bolsonaro est allé jusqu’à accuser le gouverneur de Rio de Janeiro, Wilson Witzel, de manipuler l’instruction du meurtre de Marielle pour tenter de ruiner sa réputation. Witzel a nié ces accusations et a déclaré qu’il poursuivrait Bolsonaro.

Les suites

Avant le jugement du STJ, Bolsonaro avait déclaré, dans un échange de SMS avec Sergio Moro, à l’époque ministre de la Justice, qu’il souhaitait renforcer la mainmise sur la police fédérale de Rio de Janeiro. Lors d’une réunion filmée avec ses ministres le 22 avril, il déclare :

J’ai bien essayé d’envoyer officiellement nos gars de la sécurité à Rio de Janeiro. Mais je n’y suis pas parvenu ! Ça suffit. Je ne vais pas attendre que ma famille, ou mes amis [sic], se fassent niquer parce que je ne peux pas changer un petit agent de sécurité de rien du tout d’une structure qui nous appartient. On va les remplacer ! Si on ne peut pas les remplacer, on remplace leur chef ! On ne peut pas remplacer leur chef ? On change de ministre ! Point à la ligne !

Moro a démissionné du gouvernement peu après et a remis ces échanges à la Cour suprême de justice pour qu’elle enquête sur les crimes supposés du président. Il s’était opposé à la démission du chef de la police fédérale, Maurício Valeixo, décidée par Bolsonaro.

C’est Alexandre Ramagem qui avait été choisi par le président pour diriger la police fédérale, mais sa nomination a été rejetée par le STF. Le ministre Alexandre de Moraes a compris que Ramagem était proche de la famille du président — Des photos de lui avec les enfants de Bolsonaro au Nouvel An ont été publiées sur les réseaux sociaux. Bolsonaro a alors proposé le nom de Rolando Alexandre de Souza, un proche de Ramagem.

L’une de ses premières décisions a été le remplacement du chef de la police fédérale de Rio. Quant à la fédéralisation de l’affaire Marielle, le bureau du procureur général de la République a encore la possibilité de faire appel auprès du Tribunal suprême fédéral, la plus haute instance de justice au Brésil.

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Ce billet de Giovana Fleck a été écrit en portugais et traduit en français par Annick Battesti pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 25 juin.

 

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Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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