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Voici le gouvernement guinéen dont seulement ceux qui sont en blanc ne seront pas arrêtés

Témoignage d’un témoins direct, le capitaine Amou Soumah, sur la fin de Keita Fodéba

L’hebdomadaire Jeune Afrique publie, dans son numéro daté du 18 mai, le témoignage du capitaine Amou Soumah, ancien officier d’ordonnance de M. Sekou Touré, sur la situation qui règne dans les prisons guinéennes. Ancien élève de l’Ecole d’application de l’infanterie de Saint-Maixent, marié à une Française, le capitaine Amou Soumah, arrêté par les autorités de Conakry, le 5 avril 1969, avait été libéré lors de l’attaque de commandos menée le 22 novembre dernier dans la capitale guinéenne par un groupe d’opposants au régime. Condamné, en mai 1969, à vingt ans de détention, par un tribunal révolutionnaire qui devait prononcer en même temps des sentences de mort contre les anciens ministres Barry Diawadou, Keita Fodeiba et le colonel Kaman Diaby, le capitaine Soumah affirme, à propos de ces personnalités :

” (…) Ils ont été supprimés physiquement au mois de mai 1969 et ce, dans des conditions atroces… J’ai été témoin oculaire de la mort de ces personnes. Les oreilles collées au sol, je pouvais voir à travers la toute petite fente de la porte de ma cellule, tout ce qui se passait dans le bâtiment d’en face. Au bout de deux à trois semaines, j’avais fini par localiser certains détenus.

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Ainsi, les cellules n 15, 17 et 18 étaient occupées respectivement par les ministres Fofana par le chef de bataillon Keita Fofana Karim et Barry Diawadou et par le chef de bataillon Keita Chaick, tandis que dans la cellule n 16 se trouvait le lieutenant Coumbassa. Sur la porte de ces cellules était inscrite la lettre D. Ce qui signifie ” Diète “. Autrement dit, les prisonniers qui s’y trouvent n’ont pas le droit de boire ni de manger..

” Un jour, c’était, pour autant que je m’en souvienne le 27 mai 1969, vers la fin de l’après-midi, le ministre de l’éducation nationale, M. Keita Mamadi, beau-frère de Sekou Touré, et le lieutenant Touré Siaka, son neveu, sont venus inspecter les cellules des condamnés à mort. En refermant la cellule n 15, j’ai entendu Siaka dire à son compagnon : “tu sais, ” Fofana Karim n’est pas encore ” mort. ” ” Peu importe, répliqua ” Mamadi, nous attendrons la ” nuit “. J’eus tellement peur, que je restai à ma position des heures et des heures… Dans la nuit du 27 au 28 mai 1969, une corvée de ramassage vint tes prendre tous.

Barry Diawadou, Coumbassa et Keita Chaick étaient visiblement morts. Leurs corps ont été transportés sur des brancards. Derrière mon bâtiment, j’ai entendu Keita Fodeba dont je reconnais parfaitement la voix dire : ” Siaka, ” je voudrais dire un mot à Sekou ” Touré avant de mourir “. J’ai entendu le colonel Kaman Diaby dire : ” Laissez-moi, je peux encore marcher “. Mais, plus tard, il me fut confirmé que tous ceux qui n’étaient pas encore morts de faim et de soif avaient été achevés au cours de cette nuit-là. ils étaient, en tout, douze, c’est-à-dire les onze condamnés à mort de l’époque, présents en Guinée, plus le lieutenant Coumbassa, qui n’était toujours pas condamné à la peine capitale.”

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Ce billet a été extrait d’un article du quotidien Le Monde publié le 20 mai 1970, malheureusement réservé aux seuls abonnés. Cette partie que je reprends ici est celle qui est visible par tout le monde. 

 

À propos Abdoulaye Bah

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