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Droits de l'Homme

60.000 jeunes réfugiés et migrants arrivés en Italie manquent de soutien, déplorent les Nations Unies

Le nouveau rapport décrit les facteurs qui entravent la transition des jeunes réfugiés et des migrants vers l’âge adulte. Il s’agit notamment de la lenteur et de la complexité des procédures d’obtention de documents juridiques, de la discrimination et du racisme, de la difficulté d’accéder à l’éducation et à la formation et de trouver un emploi, de surmonter les traumatismes émotionnels ainsi que le risque de violence, notamment pour les filles.

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Photo : © UNICEF/Stefano De Luigi Omar (17 ans), à l'extrême droite au deuxième rang, et d'autres garçons migrants non accompagnés dans une église abandonnée en Sicile, Italie. La plupart d'entre eux ont été transférés sans choix dans ce petit village.
Les quelque 60.000 jeunes réfugiés et migrants qui sont arrivés en Italie comme enfants non accompagnés entre 2014 et 2018, et qui ont depuis atteint l’âge de 18 ans, ont besoin d’un soutien continu pour réussir leur transition vers l’âge adulte, soulignent l’UNICEF, le HCR et l’OIM dans un nouveau rapport conjoint publié vendredi.

Le rapport À la croisée des chemins : Les enfants non accompagnés et séparés lors de la transition vers l’âge adulte en Italie, souligne la «triple transition» que vivent les jeunes réfugiés et migrants à l’âge de 18 ans – de l’adolescence à l’âge adulte, d’une vie dans un pays à l’autre, et à travers la douleur et les traumatismes émotionnels ressentis en quittant la maison et lors de voyages dangereux.

«La différence entre un réfugié ou un migrant de 17 ans qui a fui le conflit ou la violence et un jeune de 18 ans qui a vécu la même expérience traumatisante est négligeable», a déclaré Anna Riatti, Coordonnatrice du Programme de migration du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

La perte potentielle d’un soutien continu pour des dizaines de milliers de jeunes – en raison d’une distinction artificielle fondée sur l’âge – les exposera à un risque accru d’isolement social, de violence, d’abus et d’un avenir incertain – UNICEF

«La perte potentielle d’un soutien continu pour des dizaines de milliers de jeunes – en raison d’une distinction artificielle fondée sur l’âge – les exposera à un risque accru d’isolement social, de violence, d’abus et d’un avenir incertain », a-t-elle ajouté.

«Reconnaître la nature complexe de la distinction entre enfants et adultes et reconnaître que les personnes majeures ont des besoins spécifiques est au cœur de cette recherche », a estimé de son côté Roland Schilling, Représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) pour l’Europe du Sud.

«Une meilleure compréhension des facteurs qui favorisent ou entravent une transition positive entre le statut d’enfant réfugié et celui d’adulte indépendant, autonome et résilient aidera les États à intensifier leurs efforts pour protéger non seulement les enfants réfugiés, mais aussi leur transition réussie vers la vie adulte », a-t-il fait valoir.

Double valeur ajoutée

«La valeur ajoutée de cette recherche est double : elle met en lumière les vulnérabilités et les risques des enfants non accompagnés et séparés pendant leur transition vers l’âge adulte, tout en soulignant leurs forces, leur capacité d’action et de résilience, ainsi que leur potentiel. En outre, cette recherche attire l’attention sur les meilleures pratiques à diffuser », a déclaré pour sa part Laurence Hart, Directrice du Bureau de coordination de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour la Méditerranée.

Le nouveau rapport décrit les facteurs qui entravent la transition des jeunes réfugiés et des migrants vers l’âge adulte. Il s’agit notamment de la lenteur et de la complexité des procédures d’obtention de documents juridiques, de la discrimination et du racisme, de la difficulté d’accéder à l’éducation et à la formation et de trouver un emploi, de surmonter les traumatismes émotionnels ainsi que le risque de violence, notamment pour les filles.

Parmi les facteurs qui soutiennent les jeunes réfugiés et migrants pendant cette période critique de leur vie figurent les relations positives avec leurs pairs et leurs tuteurs, l’accès à l’école, à la formation professionnelle et aux possibilités d’emploi, ainsi qu’un logement sûr et adéquat.

Des recommandations pour les autorités italiennes et la Commission européenne

Dans le rapport, les trois agences des Nations unies fournissent des recommandations clés aux autorités italiennes et à la Commission européenne.

Aux autorités italiennes, il est notamment recommandé d’adopter une stratégie nationale intersectorielle pour accroître l’inclusion sociale des jeunes réfugiés et migrants ayant récemment atteint l’âge de 18 ans, ainsi qu’un plan d’action national contre le racisme, la xénophobie et la discrimination;  assurer la mise en œuvre intégrale de la loi n° 47/2017 sur les mesures de protection des UASC; veiller à ce que les jeunes aient accès à un soutien psychosocial, aux soins de santé, à l’éducation, à la prévention de la violence sexiste et à la réponse à y apporter, à la formation et aux services d’emploi; et accroître la participation des jeunes réfugiés et migrants aux activités sociales et récréatives.

La Commission européenne doit quant à elle en particulier faciliter une coopération efficace entre les États membres pour évaluer l’intérêt supérieur de chaque enfant et mettre en œuvre les procédures de regroupement familial; mettre en place un système de collecte de données et d’informations précises sur les enfants réfugiés et migrants non accompagnés et séparés, actuels et anciens, afin de renforcer les systèmes de protection; et affecter des ressources dans le cadre du prochain Fonds communautaire pour l’asile et la migration afin de renforcer et d’intensifier les bonnes pratiques identifiées dans le présent rapport.

Entre 2014 et 2018, plus de 70 000 enfants réfugiés et migrants non accompagnés et séparés sont arrivés en Italie par la mer, dont 90 % avaient entre 15 et 17 ans. On estime qu’au moins 60 000 personnes ont eu 18 ans au cours des cinq dernières années.

___

Source: un.org daté du 8 octobre 2019

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Camp Boiro

Quand les pouvoirs guinéens vont-ils dévoiler à la jeunesse ces crimes de Sékou Touré du 25 janvier 1971?

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Fidel Castro en compagnie d'Amílcar Lopes da Costa Cabral (à gauche), l'homme que les Portugais voulaient abattre.

Le 25 janvier est l’anniversaire d’une des pages les plus douloureuses et humiliantes pour le peuple de Guinée. Mais pour comprendre il faut remonter au 22 Novembre 1970! Ce jour-là, les autorités coloniales portugaises, aidées par des ressortissants guinéens, lancèrent leur opération  Operação Mar Verde [Opération Mer verte], qui consistait en un débarquement à Conakry, le 22 novembre 1970, pour libérer des prisonniers du Parti pour l’indépendance de la Guinée-Bissao et du Cap Vert (PAIGC) dirigé par Amilcar Cabral.

Moins d’une semaine plus tard, Sékou Touré organisa un Haut Commandement de la Révolution, et apparaissant désormais en uniforme militaire, il se proclamera Responsable Suprême de la Révolution, Commandant en chef des Forces Armées Populaires et Révolutionnaire. Son biographe, l’ambassadeur de France, André Lewin, rappelle que pendant plusieurs mois, il changera même l’orthographe de son nom en Seku Turé. 

Sous la supervision de ce Haut commandement, furent opérées des arrestations, des détentions sans jugement, et des exécutions de gens qui n’avaient rien à voir avec cette histoire. Il décima le gouvernement, son propre et unique parti du pays, le Parti démocratique de Guinée (PDG), l’armée et la police. De simples citoyens, des étudiants, des agriculteurs, des entrepreneurs et des étrangers qui avaient choisi de vivre en Guinée, malgré les privations de toute sorte furent arrêtés et exécutés sans la possibilité de se défendre. Des étudiants venus de l’extérieur pour aider le pays disparurent sans que personne n’en fut informé.

Dans sa version anglaise, le site Wikipedia fait savoir [traduction personnelle] qu’après un procès de cinq jours, le 23 janvier 1971, le Tribunal révolutionnaire suprême ordonna 29 exécutions menées (trois jours plus tard), 33 condamnations à mort par contumace, 68 peines de travaux forcés à perpétuité, et 17 ordres de confiscation de tous les biens. Les membres des troupes débarquées, qui n’avaient pas pu prendre le bateau pour fuir, furent condamnés à des peines de travaux forcés à perpétuité.

A Conakry, des pendaisons de hauts cadres qui s’étaient battus pour l’indépendance de la Guinée, eurent lieu  le 25 Janvier 1971. Les élèves de toutes classes furent amenés pour assister à l’horrible scène. C’est au pont du 28 novembre [aujourd’hui détruit] que furent pendus et exposés les corps de quatre des plus hauts cadres du pays: Ousmane Balde, Ministre des Finances, Barry Ibrahima, dit Barry III, secrétaire d’Etat, Magassouba Moriba, Ministre Délégué et Keira Kara Soufiana, Commissaire de Police.

Dans le billet qui suit, Boboseydi Bobosey, un haut cadre guinéen vivant aux États Unis, alors à l’école maternelle, qui fut témoin oculaire de ces pendaisons partage avec nous ses réflexions sur cette horrible tragédie et ses conséquences qui se font sentir encore dans de nombreux domaines et qui expliquent les retards de notre pays qui n’atteindra aucun des objectifs du millénaire du développement:

Le destin de la Guinée prenait un tournant des plus sanglants et impitoyables, en janvier 1971. De hauts fonctionnaires de l’Etat, ministres, directeurs et chefs de cabinets, gouverneurs, ambassadeurs, professeurs, chauffeurs, à tous les niveaux des couches sociales, on cherchait des corps pour alimenter le Haut-Fourneau du régime Sékou Touré.

Avec des pendaisons, tortures à mort et des fosses communes, la Guinée- enfant terrible de la décolonisation – s’engageait dans une tempête de sang qui durera 26 ans, de 1958 à 1984. Les dirigeants de l’époque se sont comportés non seulement en personnes dépourvues d’humanité contre le peuple qu’ils dirigeaient, mais aussi ils sont allés au-delà de l’imaginable pour ériger et maintenir des prisons célèbres, à la place des écoles célèbres, des hôpitaux célèbres, bref à la place d’un système économique, social et politique célèbre on a construit des forteresses de sang où des innocents gémissaient à longueurs de journées. Depuis, malheureusement nous crions en vain pour les espoirs de 1958.

Lire aussi: L’aveu en Guinée

Tout pays, la Guinée exceptée, prendrait le dossier des crimes de ce régime pour une priorité pour un meilleur avenir du pays. En Guinée, on a plutôt choisi de perpétuer le crime. Certains compatriotes voudraient qu’on pardonne, le plus souvent ils sont de ces générations auxquelles on a caché l’histoire, qui ignorent donc le poids du fardeau injuste et sanglant. Mais tout pardon n’est pas un acte de sagesse.

L’exemple de l’Afrique du Sud de Nelson Mandela ne s’applique pas à la Guinée. En Afrique du Sud, Mandela a demandé pardon en faveur de la prospérité et de la cohésion civile. L’Afrique du Sud aurait explosé en guerre civile si jamais on se lançait dans des vengeances et cela aurait détruit tous les progrès économiques du pays.

En Guinée, toutes les familles étaient victimes et depuis 1984 on a constaté que l’impunité est la cause de la continuité du crime. Au moment où j’écris ces lignes, on est prêt à tirer sur les gens à bout pourtant, sans aucune inquiétude. Personne n’a jamais été inquiété pour toutes les répressions sanglantes, de 1985 à nos jours. Les présidents et leurs fidèles soldats continuent à tuer comme si l’âme du guinéen était un champ de tirs. Pas d’arrestations, pas de procès.

Lire également : Comment la révolution de Sékou Touré extorquait les confessions

Pour finir avec ces crimes il faut absolument passer par l’instauration d’un Etat de droit, un des rêves de 1958 jamais réalisé. Les dossiers de tous les crimes politiques devraient passer par la cour de justice- une cour indépendante et patriotique, loin de ces cours qu’on a vues vendre la justice à des fins personnelles à travers de faux procès pour de faux coups d’Etat.

Si donc en Afrique du Sud le pardon a éradiqué la haine et les crimes, en Guinée il contribuerait à les accentuer. De 1960 à 2014, soit 54 ans d’existence, nous n’avons jamais eu de procès équitable et jamais un crime politique n’a été introduit dans une cour de justice, donc jamais on a puni le mal.

Cette attitude devant le crime a-t-elle empêché le crime ? Non ! Pour en finir donc, il faudrait que les auteurs répondent de leurs actes, en vertu des principes d’un Etat de droit, et sous l’œil vigilant et patriotique d’un Chef d’Etat qui assumerait de manière responsable le destin de son peuple. La croissance et l’expansion économique, la cohésion sociale et l’avancement politique en dépendent.

Boboseydi Diallo

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Camp Boiro

Quelques renseignements sur les charniers de Sékou Touré, selon Almamy Fodé Sylla

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Almamy Fodé Sylla est auteur du livre L’itinéraire sanglant, d’où est tiré ce billet entièrement accessible en ligne.

On ne saurait parler de charniers sans indiquer les différentes formes de liquidation physique, que pratiquaient Sékou et ses bourreaux dans le cadre de leur plan machiavélique d’élimination systématique de tous les Guinéens capables de contribuer tant soit peu à l’accélération du processus de développement de la nation guinéenne.

1. Les Formes de liquidation

  1. Les liquidations accidentelles ou volontaires des suites de tortures à la cabine technique sont si tragiques que les agents chargés de cette salle besogne sont aussi responsables des crimes que leurs maîtres. Il faut être sans cœur pour tuer aussi froidement l’homme, cette créature parfaite qui a la vie difficile à prendre.
  2. La pendaison publique est la forme qui a le plus terrorisé les populations guinéennes depuis que Sékou Touré a pendu en 1971, 4 hauts cadres dont 2 Ministres à Conakry et 73 marginaux dans les régions, pauvres navetanes extradés d’un pays africain.
  3. L’exécution, par les armes est la forme classique de liquidation que tous les détenus préfèrent à toute autre forme, mais comme tout choix, l’exécution par les armes a ses inconvénients en Guinée de Sékou Touré où la balle du peloton d’exécution n’atteint pas tous les condamnés à mort. Poussés dans la fosse commune, ceux qui ne sont même pas blessés, demandent avec insistance le coup de grâce, s’il faut l’appeler ainsi, pour qu’ils ne soient pas enterrés vivants. «
    — Tuez-nous s’il vous plaît, nous ne sommes pas morts ! Nous ne sommes pas atteints par les balles ! «
    — Allez ! envoyez la terre ! leur bouche sera bientôt fermée .
    Le conducteur du bulldozer fait le nécessaire en mettant dans le ventre de cette innocente et silencieuse terre, morts, blessés et vivants.
  4. La liquidation par la diète noire a tout naturellement remplacé la forme classique qui requérait trop de dispositions. Cette forme ‘moderne’ ne coûte rien, même pas une balle. Il s’agit d’enfermer le détenu dans une cellule requise et de n’ouvrir la porte que pour retirer son cadavre. S’il gémit trop fort parce que tenaillé par la faim et la soif, Fadama Condé n’acceptera pas d’être « tympannisé », il fera ligoter le malheureux supplicié pour accélérer sa mort en empêchant le sang de circuler normalement. « Attachez-le ! il se taira et mourra bientôt, dira-t-il ».
  5. La liquidation après une injection de produits toxiques est une preuve du cynisme de Sékou Touré dont aucune mort n’a ébranlé la vie, même pas celle de son ami Saïfoulaye…
  6. L’ensevelissement de personnes vivantes a été considéré par l’opinion comme une ignoble exécution de sacrifices humains par le dictateur. Le cas du garde républicain enterré vivant à Dixinn a profondément marqué les populations de Conakry.
    Les pelotons d’exécution étaient communément appelés « corvée bois » par les services de sécurité et les agents de la force publique dont Sékou a sali la main de la plupart. De même, ils désignaient le Camp Boiro par Coyah, rien que pour cacher les tristes réalités que le monde sait aujourd’hui.

2. Charniers connus

  1. Bloc Boiro

    A l’intérieur du bloc, sous l’enceinte même de la prison, a été enterré le corps de Seibold, citoyen allemand arrêté en 1970.

  2. Nongo

    Quartier situé dans la 8e sous-préfecture de Conakry II, Nongo a cet avantage d’abriter l’un des plus grands cimetières de la capitale. Sékou Touré a profité du retrait de cette zone, presque rurale, pour y enterrer quelques cadres tués au Camp Boiro. Les fouilles, encore insuffisantes ont permis de découvrir, grâce à des témoins occulaires, les tombes des personnes suivantes :

    • M. Diallo Telli, ex-secrétaire général de l’O.U.A.
    • Dr Alpha Oumar Barry, ex-Ministre
    • Capitaine Lamine Kouyate, commandant du Camp Kindia.
    • Commandant Ibrahima Sylla, Chef d’État major armée de l’air.
    • Dr Ansoumane Traore, pharmacien.
    • Les frères Boiro ( Demba et Yéro).
    • M. Barry Sory, contrôleur du grand marché Conakry-Madina.
    • M. Abdoul Rada, jeune Libanais, enfant unique pour sa famille installée à Coyah.
    • Karifa Camara, élève gendarme.
    • Sidiki Kaba, caporal formé en Lybie.
    • Les 9 jeunes peuhls tués dans l’affaire du professeur Bah Mahmoudou.
  3. Champ de tir Sangoyah

    On a découvert à cet endroit trois fosses communes. La première pourrait comprendre entre autres, les corps suivants :

    • M. Barry Ibrahima dit Barry III, ex-Ministre
    • Baldet Ousmane, ex-Ministre.
    • Magassouba Moriba, ex-Ministre.
    • Kaba Laye, grand commerçant originaire de Kankan.
    • Commisaire Keita Kara de Soufiane.
    • M. Tall Habib, ex-Gouverneur.
    • Mme Hadja Loffo Camara, ex-Ministre, fondatrice du Parti.

    Le cas de cette dame, Mme Hadja Loffo Camara, membre fondatrice du P.D.G., sage-femme principale de son état, membre de la Direction Nationale du Parti unique, Ministre des Affaires Sociales, est très douloureux, quand on sait les conditions de traitement infligées à cette respectueuse personne durant sa détention. Son calvaire ne devait prendre fin que le 25 janvier 1971, jour où elle a été retirée du Camp Boiro pour être exécutée à côté d’une fosse dont elle a personnellement apprécié des yeux non bandés, les dimensions. Aussitôt abattue, elle a été précipitée dans sa dernière demeure où elle repose. La deuxième fosse contiendrait les corps des personnes qualifiées de mercenaires arrêtées lors de l’agression du 22 novembre 1970, dont le célèbre Thiam Mamoudou, l’assaillant principal de l’usine électrique la nuit du 22 novembre 1970.

  4. Kindia

    Sous le mont Gangan
    Il existe là deux fosses communes situées côte à côte et, les témoins affirment que les corps suivants sont enterrés dans la première fosse :

    Dans la deuxième fosse, reposent les parachutistes de Labé arrêtés en 1969.

    • Mamadi Kourouma
    • Diallo Baïlo
    • Bah Oury Telly
    • Keita Ousmane, fils du Cdt. Guèye
    • Oulare Tamba Lewa
    • Camara Bignè
    • Soumaoro Karamoko
    • Beavogui Pévé
    • Sow Alpha
    • Bangoura Bassirou
    • Bangoura Ibrahima
    • Lt. Coumbassa Aly
    • Sakovogui Siba
    • Niankoye Tefamou
    • Lt Camara Aboubacar dit MBeng
    • Adjt-chef Keita Namory
    • Diallo Mouctar
  5. La forêt de Fissa

    Cette célèbre forêt renferme des fosses communes avec les corps des détenus de 1969 et ceux des extradés d’un pays africain, complices de Sékou. Ces victimes ont été nuitamment transportées sur ces lieux après avoir été étouffées dans des sacs d’emballage et traînées par les membres pour être jetées dans les fosses comunes. Ce massacre, mal opéré, a dû attirer l’attention des populations avoisinantes qui ont ainsi suivi toute l’opération. Cette mésaventure a conduit les prochaines opérations vers Kouradi sur la route de Gomba, mais toujours dans la préfecture de Kindia.
    Le Comité révolutionnaire était composé d’hommes réellement astucieux : avant de lancer cette vaste opération, une mission était dépêchée de Conakry pour prendre contact avec les autorités de Kindia qui, à leur tour, passaient prévenir les villageois de l’organisation prochaine dans leur contrée de séances de combat de nuit de l’armée.
    A cet endroit l’existence de trois fosses communes a été prouvée.
    D’ailleurs à ce jour, et sur ces lieux, le sol est encore jonché d’étuis vides de cartouches de FM, AK et PA, confirmation des tueries massives dans ces bois lointains que la mission d’Amnesty International a visités en octobre 1984.

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Droits de l'Homme

Somalie : Les journalistes affirment que la nouvelle loi sur les médias musèlera la liberté de la presse

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[Sauf mention contraire, tous les articles renvoient vers de pages en anglais, ndt]

Avec l’adoption récente d’un projet de loi controversé sur les médias par le président somalien Mohamed Abdullahi Farmjo, les professionnel.le.s des médias s’inquiètent du sort qui pourrait être réservé aux journalistes qui luttent déjà dans un environnement médiatique hostile.

Le projet de loi, promulgué le 26 août, contient 41 articles sur les médias et la manière dont ils doivent mener leur travail. La loi restreindra le travail des professionnel.le.s des médias et donnera à l’État un pouvoir illimité sur le monde du journalisme.

Pourquoi la société civile et les médias crient-ils au scandale à propos de ce projet de loi ?

Selon Abdalla Mumin, secrétaire général du Syndicat des journalistes somaliens, un groupe de défense des droits de la presse, la loi sur les médias récemment adoptée placera la presse sous le contrôle direct du gouvernement comme si tous les médias étaient des médias d’État. Cela viole la constitution et ouvre la voie à un environnement plus restrictif dans lequel le journalisme devient un crime.

Il a écrit un tweet passionné sur la question en août après l’adoption du projet de loi :

Quand vous arrachez la langue d’un homme, vous ne prouvez pas qu’il est menteur, vous montrez seulement au monde que vous craignez ce qu’il pourrait dire.

— GEORGE R. R. MARTIN, A Clash of Kings pic.twitter.com/GsGRrPpxw2

— Abdalle Ahmed Mumin (@Cabdalleaxmed) 28 août 2020

Le projet de loi sur les médias prévoit que le gouvernement délivrera des licences aux journalistes et pourra les retirer à tout moment, pour quelque raison que ce soit, si le journaliste est jugé trop critique. C’est le ministère de l’Information qui accrédite les journalistes plutôt qu’une association de presse ou des organisations de médias indépendantes et non gouvernementales.

La loi permet clairement à l’État de contrôler et de diriger les professionnel.le.s des médias, qu’il.elle.s travaillent pour les médias d’État ou autre. Cela les prend en otage et compromet leur impartialité. Les États autoritaires sont les seuls gouvernements où les travailleurs des médias demandent des licences et une accréditation du gouvernement.

En août, le patron de la presse Abdinur Mohamed Ahmed a déclaré dans une interview accordée à BBC Somali que 16 articles avaient été omis du projet de loi et que d’autres avaient été modifiés. Mais les associations de médias dénoncent toujours le projet de loi qu’elles jugent oppressant.

L’ancien président somalien Hassan Sheikh a initialement signé le projet de loi controversé en 2016, et depuis lors, les associations de médias et les groupes de la société civile ont mené des campagnes pour la changer en raison de sa nature draconienne. Des progrès ont été réalisés lorsque le président actuel est arrivé au pouvoir et a ordonné une révision de la loi, mais cette révision à elle seule n’a pas répondu aux demandes des professionnels des médias et des défenseurs des droits civils.

Lire également : Les espoirs de trois journalistes somaliens sur Lesbos : l’asile en Europe

La Somalie copie les états dictatoriaux où la liberté de la presse est inexistante

Le 31 août, l’ancien ministre de l’Information Mohamed Abdi Hayir a fait remarquer que la Somalie n’était pas le seul pays où le gouvernement délivre des licences aux médias, lors d’un talk-show animé par Universal TV (une chaîne de télévision par satellite somalienne). En réponse, le secrétaire du syndicat des journalistes somaliens, M. Mumin, s’en est pris au ministre de l’Information, l’accusant de copier des États dictatoriaux où la liberté de la presse est inexistante.

La communauté des médias somaliens proteste également contre l’appel du projet de loi à la la formation d’un conseil, dans lequel le gouvernement aurait un pouvoir hégémonique sans précédent sur toutes les associations de médias.

Le conseil composé de neuf membres, dont trois issus de médias indépendants, trois de la société civile et trois du gouvernement, aura le dernier mot sur la responsabilisation des professionnel.le.s des médiasIl examinera également les plaintes déposées contre les médias et prendra des décisions concernant les retraits de licence des maisons de presse. Mais les organisations de médias considèrent ce conseil comme un outil de «censure» et craignent qu’ avant les prochaines élections en Somalie, cela ne pose problème pour les voix dissidentes.

Les médias somaliens sont florissants malgré des défis constants.

La Somalie, un des endroits les plus dangereux pour un journaliste

Selon l’indice d’impunité du Comité pour la protection des journalistes, la Somalie est l’un des pays les plus dangereux pour un journaliste. Le CPJ affirme que 26 meurtres de journalistes n’ont toujours pas été résolus. Bien que le nombre de meurtres ait diminué, le harcèlement des autorités persiste sous la forme de détentions illégales, d’arrestations arbitraires et de refus d’accès à l’information.

Certains professionnels des médias somaliens ont payé le prix ultime pour leur profession. De 2017 à 2020, 11 journalistes ont été tués et les auteurs de ces crimes n’ont pas encore eu à répondre de leurs actes. Cette culture d’impunité crée un environnement où les journalistes craignent pour leur sécurité et hésitent donc à faire des reportages.

Onze journalistes ont été tués dans le pays au cours des quatre dernières années : 3 en 2017; 4 en 2018; 2 en 2019 et 2 en 2020, faisant du pays l’un des endroits les plus dangereux au monde pour les journalistes.

— Somali Media Association- SOMA (@SomaliMedia13) 3 novembre 2020

Les journalistes sont également confrontés au risque de détention arbitraire, soit en raison de publications critiques sur Facebook, soit en raison d’interviews que les autorités n’approuvent pas.

La dernière victime d’une répression gouvernementale contre les médias est Abdullahi Kulmiye Addow, journaliste radio qui a interviewé un homme d’affaires à tendance islamiste qui critique le gouvernement somalien et les soldats de la paix de l’Union africaine. Après que la station de radio de M. Addow ait publié une bande-annonce pour l’interview, des agents de l’agence nationale de renseignement et de sécurité somalienne ont perquisitionné son domicile dans la nuit du 18 octobre et l’ont gardé à leur siège pendant cinq jours. Il a ensuite été libéré lorsque sa station de radio a accepté de ne pas diffuser l’interview complète en échange de sa libération.

Le rédacteur en chef Abdul Aziz Gurbiye, de Goobjoog media, une maison de presse privée, a été arrêté le 14 avril pour une publication sur Facebook dans laquelle il affirmait que le président somalien Mohamed Abdullahi Farmajo s’était approprié un ventilateur COVID-19 destiné à un usage public. Cinq jours plus tard, il a été libéré sous caution. Après deux mois de va-et-vient, une bataille judiciaire s’en est suivie qui s’est terminée par un verdict de culpabilité, et M. Gurbiye a été accusé d’avoir diffusé de fausses informations et d’avoir offensé l’honneur du président. Il a été condamné à six mois de prison, mais a été autorisé à payer une amende de 200 dollars au lieu de l’emprisonnement.

Les associations de presse et les propriétaires de médias se sont réunis pour mettre le gouvernement en garde contre l’application de la loi sur les médias. Ils affirment qu’Osman Dubbe, le nouveau ministre de l’Information, recherche le soutien de la communauté internationale et qu’il a envoyé une lettre de sollicitation à des donateurs potentiels le 7 novembre pour soutenir la mise en œuvre de la loi.

Le 18 novembre, les associations de médias ont invité M. Dubbe à venir à une table des négociations pour un examen approfondi du projet de loi.

Lors de la conférence consultative des journalistes qui s’est tenue aujourd’hui à #Mogadiscio, nous avons conjointement fait part de nos inquiétudes face aux tentatives du nouveau ministre de l’information de mettre en œuvre à la hâte la draconienne #Loi somalienne sur les médias, la sécurité des journalistes en activité & dénoncé la montée des menaces contre la presse.

Depuis la chute du régime militaire en 1991, le paysage médiatique est passé d’un seul média d’État à plusieurs. Mais avec les vestiges de l’ancienne loi draconienne encore existants et appliqués, tous les gains réalisés peuvent être vains.

Les associations de médias et les groupes de la société civile ont vivement protesté contre l’imposition de cette loi qui entravera la liberté de la presse et réduira un espace politique déjà rétréci. Sans presse libre, la justice disparaît et l’autoritarisme prend le dessus.

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Ce billet billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par le journaliste somalien Mohamed Adan Ishak pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 28 décembre 2020.

 

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Droits de l'Homme

Gouvernance rwandaise pendant la pandémie : le temps de l’introspection

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Note de la rédaction : Cet article a été initialement publié par Louis Gitinwya sur le blog du Friedrich Ebert Stiftung (en anglais et en français). Une version légèrement modifiée est reproduite ici avec l’autorisation de l’auteur. 

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndt.]

Après la désignation par l’Organisation Mondiale de Santé (OMS) du coronavirus (SARS-CoV-2) en tant que pandémie mondiale, le Rwanda était le premier pays d’Afrique à entrer dans une phase de confinement. Le 23 mars, le gouvernement a ordonné un confinement strict, restreignant les voyages et fermant les universités afin de réduire la propagation du virus dans le pays. Depuis lors, il y a eu 7 970 cas confirmés de COVID-19, avec 74 décès et 6 289 cas de guérison au Rwanda, selon l’Université Johns Hopkins.

Le modèle de gouvernance du Rwanda est construit sur deux modèles concurrents : parallèlement à l’histoire de l’« enfant chéri de l’aide », le pays est généralement considéré comme un exemple réussi de développement en Afrique. C’est également un État autoritaire basé sur un pouvoir économique et politique étroitement centralisé au sein du parti au pouvoir, le FPR (Front patriotique rwandais), qui contrôle l’appareil de sécurité de l’État et possède les principales entreprises du pays. Ce modèle de gouvernance a fondé sa légitimité sur le progrès socio-économique rapide du pays.

Certains commentateurs politiques suggèrent à juste titre d’utiliser l’épidémie comme barème pour tester la nature et la qualité de nos institutions. Et le point de départ évident est d’examiner les forces et faiblesses de l’appareil d’État et la façon dont le pouvoir répond aux besoins du peuple.

Peu de temps après que le gouvernement ait annoncé un confinement à l’échelle nationale, les citoyens se sont tournés vers les médias sociaux, plus particulièrement vers les Rwandais sur Twitter (surnommés RWoT), exhortant le gouvernement à fournir des secours alimentaires d’urgence aux familles les plus vulnérables et à mettre en œuvre des mesures économiques palliatives dès que possible.

Cette subvention de 12 millions de dollars de l’ADEPR atteindra-t-elle les pauvres touchés par le #COVID19 ? Ou sera-t-elle spoliée aux villageois et aux chefs des communautés, comme ce fut le cas lors du dernier épisode en date dans presque tout le district de Gasabo  ? Que manque-t-il à ce programme ?

En outre, il est important de comprendre le contexte national où l’on ne voit pas souvent les Rwandais critiquer publiquement l’État ; en particulier sur les réseaux sociaux en raison de la réticence du régime à tolérer les critiques. Souvent, les gens ont peur d’exprimer leurs préoccupations à cause de la répression étatique et de l’utilisation de son pouvoir coercitif.

Certains citoyens sont allés loin en demandant plus de transparence sur la gestion du « Fonds Agaciro » (Agaciro, qui signifie « dignité » en kinyarwanda, est essentiellement un fonds fiduciaire national). Les Rwandais se demandent aussi pourquoi le gouvernement n’a pas encore décidé d’utiliser une partie de ses propres fonds pour atténuer les effets socio-économiques de cette crise plutôt que de demander à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international des plans de sauvetage et des prêts.

En raison du confinement de 6 semaines au #Rwanda à la suite de la pandémie de #Covid19, les approvisionnements alimentaires sont le besoin le plus urgent pour les pauvres et les nécessiteux. Solace Ministries essaie de soutenir ses bénéficiaires avec une aide alimentaire. Pour en savoir plus, accédez à https://t.co/BsoqoXcodp.

Les citoyens s’inspirent du monde extérieur pour savoir comment d’autres pays ont réagi aux effets économiques de cette crise. Par ailleurs, il est essentiel de comprendre le réveil soudain des citoyens, en particulier dans un contexte d’une nation où les opinions officielles du gouvernement dominent les médias nationaux, avec une liberté d’expression limitée couplée d’une société civile très affaiblie.

Quand bien même le produit national brut ait oscillé autour de 7% [fr] au cours de la dernière décennie, la majorité des Rwandais, pour la plupart jeunes et instruits, restent pauvres, sans emploi et en situation de précarité financière. En revanche, on observe une expression forte et croissante des frustrations des citoyens, en particulier dans les zones urbaines, envers le discours officiel sur le développement et le progrès socio-économique du pays.

Pendant ce temps, les États membres voisins de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) comme le Kenya ont déjà annoncé des plans de relance économique pour faire face à l’impact économique dévastateur de l’épidémie de coronavirus. L’Ouganda, également, a déjà demandé [pdf] un budget supplémentaire de 284 milliards de shillings ougandais (environ 75 millions USD) pour lutter contre l’épidémie de COVID-19 et ses effets. Pour sa part, le Rwanda a annoncé une stratégie globale d’atténuation économique pour aider les entreprises et le secteur privé à faire face aux effets économiques de cette crise, bien que les détails de ce plan ne soient pas encore rendus publics et que neuf mois plus tard, le secteur privé n’ait pas reçu un centime.

Plusieurs mois après la mise en œuvre de la décision de confinement, le gouvernement est resté muet sur la demande des citoyens en matière d’aide alimentaire ; en particulier sur les controverses qui ont émergé dans les médias locaux dénonçant le fait que les autorités ont accordé si peu ou pas de soutien aux familles vulnérables.

Fait intéressant, cette crise a mis en lumière les frictions politiques croissantes au sein du gouvernement, compte tenu des récents limogeages du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Patrick Nyamvumba, et du ministre d’État au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération est-africaine, l’ambassadeur Oliver Nduhungirehe. On peut donc affirmer que ces turbulences illustrent l’absence d’une stratégie claire du gouvernement pour faire face à cette crise. Officiellement, les deux ministres ont été limogés pour avoir menti au chef de l’État, pour négligence et pour avoir constamment agi en fonction de leurs opinions personnelles plutôt que de mettre en œuvre des politiques nationales dans le cadre de leurs rôles respectifs.

Aujourd’hui, il semble qu’à travers cette pandémie, le mythe d’un État organisé et efficace soit brisé.

Avec cette crise pandémique, des questions se posent sur la maturité et la légitimité de notre modèle de gouvernance. Un modèle autoritaire de développement est-il efficace ou non pour absorber les inégalités sociales et les conflits ? Malgré son hégémonie, le modèle politique actuel reste vulnérable.

À la lumière de la frustration croissante d’une population qui souffre déjà de difficultés diverses, notamment le chômage et la pauvreté, il est clair que la réticence du régime à tolérer la critique peut compromettre la longévité de son modèle.

Le plein potentiel perturbateur de la crise du coronavirus prendra des mois, voire des années, pour se révéler. En attendant, et si cela vous préoccupe, alors il pourrait être utile de réfléchir à la façon dont cette épidémie pourrait éventuellement changer notre société pour le mieux.

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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par Louis Gitinwya pour le blog du Friedrich Ebert Stiftung (en anglais et en français). Le réseau globalvoices.org l’a repris et publié le 31 décembre 2020

Louis Gitinwya est un avocat rwandais, membre du Media Defence East African Lawyers Network, une ONG basée au Royaume-Uni.

Il a été.

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Camp Boiro

Une exécution publique aura lieu ce matin à Boulbinet

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Source: Wikipedia

Revu et corrigé le 15 janvier 2021

Mahmoud Bah (né en 1940 à Labé) auteur du livre Construire la Guinée après Sékou Touré, d’où ce texte a été extrait, est un technicien dans l’industrie agro-alimentaire et enseignant. Après l’arrestation de son frère, Ibrahima Kaba Bah, lors d’une grève des enseignants en Guinée, Bah a cherché l’exil, d’abord à Dakar, puis en France. Mais fatigué de l’exil, à partir de Dakar il rejoint Conakry en 1979. Dès son arrivée il est arrêté et interné au camp de concentration Boiro. Malgré l’intervention en sa faveur de la Ligue française des Droits de l’Homme et d’Amnesty International ce n’est qu’à la mort du dictateur Sékou Touré et le coup d’état des  militaires qu’il sera libéré, le 3 avril 1984. Il rentre alors en France et reprend son enseignement au lycée jusqu’à sa retraite en 2005 .

Une dictature à visages multiples étouffe la concorde nationale qui a permis d’obtenir l’indépendance, confisque brutalement en quelques mois toutes les libertés fondamentales, enserre les populations dans un vaste réseau de polices occultes et parallèles, arrête, emprisonne et liquide des milliers de paysans, ouvriers, intellectuels et cadres. Finalement, ce régime qui se disait révolutionnaire se révèle particulièrement rétrograde et brise les ressorts de la vie économique et sociale d’un pays où les gens ne demandaient qu’à travailler et à vivre en paix.

Janvier 1959: Premières exécutions publiques

Le lycée de Donka s’est agrandi au fil des ans, occupant maintenant les deux tiers de la plaine de Donka. En ces premiers mois d’indépendance, le complexe scolaire groupe une vingtaine de bâtiments. Les élèves sont internes à 90%. Ils sont nourris, logés et habillés correctement. Quelque 2500 élèves suivent les cours du Lycée Technique, du Lycée classique et moderne ainsi que du Centre d’apprentissage.
Ce matin de janvier 1959, les élèves du Lycée prennent leur petit-déjeuner dans le grand réfectoire. Arrive un messager qui monte sur une chaise, au milieu de la salle, et demande le silence.
— Je vais vous lire un communiqué du Comité PDG de Donka, annonce-t-il.
Silence complet. Et l’homme poursuit:
— Une exécution publique aura lieu ce matin à Boulbinet. Des hommes indignes de la Nation se sont rendus coupables de vol après avoir été graciés en octobre dernier par le Président. Les élèves, comme tous les militants de notre Parti, doivent assister au châtiment suprême que le Parti infligera à tous les fauteurs de troubles.
L’homme s’en va et les élèves avalent dans un lourd silence la déclaration qu’ils viennent d’entendre.
Une heure après, trois cars s’arrêtent devant la salle de permanence du Lycée. Quelque cent cinquante élèves y prennent place, des élèves du second cycle.
A Boulbinet un des quartiers de la presqu’île de Tombo (Conakry), il y a foule: hommes et femmes de tous âges. Un condamné est attaché à un poteau. Ses yeux sont bandés. Il fait dos à la mer. J’apprendrai quelques minutes plus tard qu’il s’appelle Chérif Camara.
Un peloton d’exécution est là, l’arme au pied. Un homme s’avance, lit une sentence puis le Chef du peloton lance les ordres. Un bruit sec et la tête du condamné tombe sur son épaule. Le Chef du peloton s’avance à quelques pas du condamné, arme son pistolet et donne trois coups de grâce. Le sang coule à flots jusqu’à terre. Les soldats détachent le cadavre, le recouvrent d’un linge et le jettent dans un camion.
Le Chef de Peloton déclare:
— Mission accomplie.
On voit alors des jeunes et des vieux pleurer et perdre connaissance. C’est la première fois qu’ils subissent une telle scène. Un jeune homme crie:
— Pourquoi nous oblige-t-on à voir ça?
Pas de réponse. Chacun s’en va, hébété, abasourdi. On se disperse dans la tourmente.
Renseignements pris, le condamné avait volé des bananes en plein marché de Conakry alors qu’il venait d’être gracié. Deux autres exécutions pour les mêmes raisons ont eu lieu à Kindia (Samba Diallo fusillé) et à Friguiagbé

L’année 1959 démarre ainsi sous le signe du sang et de la liquidation physique. Pour ceux qui pensent que le décompte des morts s’est arrêté au lendemain du référendum, la désillusion est arrière. La peur revient par la volonté du Président.
Fidèle à ses méthodes d’action de masse, le PDG, devenu Parti Unique de la Guinée, implante partout des Comités de Quartier.
Partout on entend, on affiche un mot d’ordre: « Reconversion ». Tout est prétexte pour les agents du Parti, à parler de « reconversion », à accuser tel ou tel de ne pas être « reconverti ».
Cela signifie en fait que tout le monde, sans exception, doit intégrer le Parti et obéir aux ordres du Parti.

Dissolution du mouvement étudiant
Création de la Jeunesse du Parti

Dès février 1959, le Gouvernement annonce la tenue prochaine d’un important Congrès, le Congrès constitutif de la Jeunesse du Rassemblement Démocratique Africain (JRDA). Ce Congrès devra consacrer l’unification de toutes les Organisations de Jeunes existant dans le pays, quels que soient leurs buts et leurs activités.
Apprenant cela, les étudiants guinéens, organisés au sein de l’Union Générale des Elèves et Etudiants de Guinée (UGEEG), décident de tenir un Congrès pour définir leur place et leur rôle dans la JRDA naissante.
A la Délégation de l’UGEEG venue demander à Saïfoulaye Diallo, Secrétaire politique du PDG, l’autorisation de tenir un Congrès, Saïfoulaye répond:
— « Vous pouvez tenir votre Congrès entre ciel et terre si vous voulez, mais pas en Territoire guinéen »…
Il est donc clair que les étudiants n’ont plus droit à la parole, eux qui ont été, durant les années 40 et 50, les porte-drapeaux de l’éveil socioculturel et de la lutte anticoloniale en Guinée.
De ce point de vue, force est de constater que le régime colonial tolérait la liberté d’expression alors que le PDG l’interdit purement et simplement.
Le coup n’est pas moins dur que les exécutions de janvier. Adieu liberté d’association, de réunion, d’expression !

Le 26 mars 1959, avec tout le cérémonial que le Parti est capable de déployer, la JRDA est constituée. Désormais, il n’y a plus d’UGEEG, plus d’Association socioculturelle régionale ou nationale, plus de club sports-loisirs, mais des Comités JRDA partout, à l’instar des Comités du Parti et des Comités de Femmes.
Il est précisé aux étudiants guinéens à l’étranger (Europe, Afrique, Amérique, Asie) que toutes leurs activités doivent être supervisées par le Parti; qu’ils ne doivent pas, par exemple, se marier à l’extérieur sans le consentement du Parti, faire des déclarations ou des publications sans en référer au Parti…
Les étudiants, qui avaient une solide tradition de lutte pour les Droits et les Libertés de l’Homme, ne peuvent se résigner à un rôle de « béni-oui-oui ». Ils entendent participer pleinement à tout ce qui fait la vie du peuple guinéen.
C’est alors que commence une longue guerre entre le pouvoir et les étudiants.
L’intégration de la Jeunesse au sein du Parti ayant été consommée, l’imagination intarissable de Sékou Touré lance un autre mot d’ordre…

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Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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