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Une mère et son enfant soignés pour le paludisme dans un hôpital du Burundi. Le gouvernement du pays fournit des soins de santé gratuits aux femmes enceintes et aux enfants de moins de cinq ans. Burundi, 12 mars 2009. Photographie utilisée avec l'autorisation du PNUD via Flickr CC BY-NC-ND 2.0.
Une mère et son enfant soignés pour le paludisme dans un hôpital du Burundi. Le gouvernement du pays fournit des soins de santé gratuits aux femmes enceintes et aux enfants de moins de cinq ans. Burundi, 12 mars 2009. Photographie utilisée avec l'autorisation du PNUD via Flickr CC BY-NC-ND 2.0.

Burundi : le paludisme a touché plus de 5 millions de personnes pendant la seule première moitié de 2019

Ce billet de Liam Anderson que j’ai traduit de l’anglais en français a été publié sur globalvoices.org le 29 août 2019.

[Sauf indication contraire, tous les liens sont en anglais]

Au Burundi, en 2019, le paludisme a déjà touché 5 738 661 de personnes, soit environ la moitié de sa population, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA [fr]). À la date du 21 juillet, 1 801 personnes étaient mortes de l’infection, selon le ministère de la Santé publique du Burundi.

Le paludisme est une maladie causée par un parasite transmis par des moustiques. Il affecte les Burundais et l’ensemble de la région de l’Afrique de l’Est depuis longtemps, mais le pays est aujourd’hui face à d’une augmentation de 97% par rapport à la même période en 2018.

Les personnes touchées souffrent d’une forte fièvre, de courbatures, de frissons, de nausées et parfois de déshydratation et de délire.

L’OMS surveille régulièrement les épidémies. Elle précise que le nombre de cas de paludisme avait atteint des proportions épidémiques en mai : environ 3 millions. L’OCHA a signalé [fr] que de vastes régions du pays avaient atteint le statut épidémique (34 districts sanitaires sur 46) en particulier vers le nord.

Selon les données épidémiologiques du ministère de la Santé publique et de la Lutte contre le SIDA, cinq millions de cas de paludisme ont été enregistrés au cours des six premiers mois de l’année. Cela représente une augmentation de 97% par rapport à la même période en 2018. Capture d’écran du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies.

Pourtant, le gouvernement n’est pas prêt à qualifier d’épidémie la crise de paludisme :

Ngendakumana J. Patrick@ngendapatrick

Les autorités du Burundi doivent ravaler leur fierté et déclarer le paludisme comme une catastrophe nationale. Les gens meurent et personne ne semble s’en soucier. Quand elles se réveilleront, ce sera tard. Retenez ce tweet.

L’enfant-star burundais sur YouTube, Kacaman, âgé de six ans, a attiré l’attention sur le sort des milliers de personnes souffrant de paludisme lorsqu’il a succombé à la maladie :

Reaching the Last Mile@RLMglobalhealth

Darcy Irakoze

YouTube child star dies of malaria

Darcy Irakoze, known as Kacaman, contracted the illness on Wednesday and died a day later in Burundi.

bbc.co.uk

Faut-il qu’il y ait une tragédie pour provoquer le changement ? Le décès de Kacaman, une star de YouTube âgée de 6 ans, attire l’attention sur le Burundi, où plus de 1 800 personnes sont décédées de la malaria cette année, selon l’OMS.

Radio France Internationale a rapporté [fr] les propos d’un agent de santé qui déclarait anonymement qu’ils étaient submergés par la maladie et que, si le gouvernement déclarait une épidémie, il faciliterait davantage l’assistance aux personnes ayant des coûts de soins élevés.

Le journal Iwacu a décrit [fr] la situation d’une clinique de Giheta, dans la province de Gitega, en juillet, qui lutte pour faire face à l’augmentation du nombre de cas : 90% de ses patients souffrent de paludisme et sont principalement des enfants. Cette clinique reçoit des centaines de patients par mois, partageant des lits et formant de longues files d’attente, ce qui met le personnel sous pression.

L’OMS a cité parmi les facteurs, le faible usage de mesures préventives telles que les moustiquaires, les changements climatiques permettant aux moustiques d’atteindre des altitudes plus élevées [fr] (dans un pays montagneux), le développement de la riziculture au cours des dernières années (avec donc beaucoup d’eau stagnante où les moustiques peuvent se reproduire facilement), une situation sanitaire publique problématique dans les zones urbaines et des changements dans le comportement des moustiques. L’OMS a invité toutes les parties prenantes à adopter une “réponse énergique”.

Franck Arnaud Ndorukwigira, un blogueur burundais du site Web Yaga, a rapporté [fr] que des médecins du pays ont déclaré que la pauvreté était un autre facteur empêchant la prévention. Il a cité une statistique de la Banque mondiale selon laquelle 74,7% des Burundais vivaient dans la pauvreté, ce qui rend difficile l’accès aux soins de santé. La malnutrition et la faiblesse du système immunitaire rendent plus difficile la survie à une crise de paludisme. Les moustiquaires sont parfois utilisées pour la pêche.

Le gouvernement a déployé des efforts [fr] pour s’attaquer au problème : il a fourni [fr] des sprays anti-moustiques, des médicaments gratuits, en particulier pour les enfants de moins de cinq ans, et des cliniques mobiles dans les zones rurales difficiles d’accès. Il a l’intention d’effectuer une distribution générale de moustiquaires en 2020. Toutefois, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) fait état d’un “manque de ressources humaines, logistiques et financières pour une réponse efficace”.

Le ministre de la Santé, Thaddée Ndikumana, toutefois évite [fr] de déclarer qu’il s’agit d’une épidémie. Il a démenti [fr] ces informations en comparant la situation actuelle aux chiffres plus élevés enregistrés en 2017, lorsque le gouvernement avait déclaré [fr] une situation d’urgence. Le blogueur Honoré Mahoro et d’autres avaient alors vivement critiqué [fr] le retard. Aujourd’hui, le ministre a évité [fr] de parler d’épidémie.

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a écrit en juin qu’il y avait eu quelques améliorations dans la situation humanitaire, mais que celle-ci demeurait précaire, avec 1,7 million de personnes identifiées comme étant dans le besoin. La situation pourrait également être aggravée par des catastrophes naturelles, notamment des inondations et la menace du virus ebola de la République démocratique du Congo voisine, où il existe déjà depuis plus d’un an. D’autres problèmes subsistent, telles que l’insécurité alimentaire, qui touche 44% de la population (selon l’UNICEF), et une récente épidémie de choléra [fr] à Bujumbura.

Lire aussi : New Burundian opposition party faces intimidation ahead of 2020 elections [en]

Cette crise sanitaire se déroule dans le contexte des prochaines élections de 2020 et le gouvernement pourrait être opposé à une déclaration d’urgence formelle qui le présenterait de manière négative. La sécurité politique reste lourde depuis les élections controversées de 2015.

De nombreux citoyens ont fui ou se sont déplacées à l’intérieur du pays, y compris des politiciens et des journalistes, alors que le gouvernement a été critiqué pour son virage vers l’autoritarisme, confrontant d’autres gouvernements, des organisations internationales telles que les Nations Unies et l’Union africaine, et faisant l’objet d’une enquête menée par la Cour pénale internationale pour violations potentielles graves des droits humains.

Lire aussi : Au Burundi, gribouiller sur la photo du président mène en prison [fr]

La crise du paludisme a encore déstabilisé et aggravé la situation en exacerbant la pauvreté, l’insécurité alimentaire et les difficultés économiques, telles que les pénuries [fr] récurrentes de produits alimentaires et la hausse des prix des carburants.

En raison des restrictions imposées aux médias et aux organisations non gouvernementales, les journalistes ont du mal à travailler, ce qui entrave les interventions sur les crises et rend difficile l’obtention d’informations.

Liam a étudié l’anthropologie sociale, puis une maîtrise en relations internationales. Il a écrit des articles sur la sécurité, la transparence et les droits de l’homme, notamment sur des sites Web tels que Think Africa Press, openDemocracy, Asia Times, Global Voices et The Guardian.

 

À propos konakryexpress

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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