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Camp Boiro

Camp Boiro: La libération d'Alsény René Gomez, après 7 ans de prison

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Le 31 Mars 2012, Alseny René GOMEZ s’éteignait à Paris des suites d’une longue maladie. Après avoir passé 7 ans au Camp Boiro, sous le régime sanguinaire de Sékou Touré, il était allé passer quelques mois à Vienne, en Autriche, chez un ami, où j’ai eu l’occasion de le connaitre. C’était une personne très attachante, qui savait tellement raconter des histoires pour rire qu’au Camp Boiro, il était fameux pour le soutien qu’il apportait à ses compagnons de malheur. 

À sa libération, il a occupé plusieurs postes de hautes responsabilités. Il a été notamment ministre de l’intérieur et de la sécurité, ambassadeur de Guinée au Libéria, secrétaire général à la présidence de la République sous le Général Lansana Conté. 

 Malheureusement, bien qu’étant membre de l’Association des victimes du Camp Boiro, il est difficile de retrouver un seul un acte positif qu’il ait posé pour que les martyrs de la révolution aient la justice, l’identification des fosses communes, la réhabilitation ou la restitution de leurs corps et le reste de leurs biens à leurs familles.

 Il est l’auteur de deux ouvrages :’’Parler ou Périr’’ (accessible gratuitement sur campboiro.org) et « La Guinée peut –elle être changé? »(qu’on peut acheter en ligne). C’est du premier livre que j’ai tiré le passage que je vous propose aujourd’hui.

Le Retour dans la Famille

Mois de mai 1979, comme à l’approche de chaque anniversaire du PDG, C’était l’espoir dans les familles et dans les cellules. D’un côté avec le frigidaire garni, et le pyjama neuf soigneusement rangé dans l’armoire, puis côté cellule, où l’on avait déjà dressé la liste de ceux qui devaient hériter de la vieille couverture, de la tenue délavée, ou des ustensiles fabriqués localement. Depuis plusieurs jours déjà, bien avant la date anniversaire du parti le 14 mai, nous étions prêts et nous attendions. Dès le 9 mai j’avais expédié ma dernière note et demandé de suspendre momentanément le courrier.

L’école de la vie

Ma scolarité tire bientôt à sa fin. Dans quelques jours je serai parmi vous, revenant de l’école, celle que l’on appelle l’école de la vie. On n’y entre non sur demande ou concours, mais par simple convocation. Si pendant tout ce temps vous n’avez reçu aucun bulletin de notes, sachez qu’on n’en délivre pas. La scolarité était de cinq ans pour les promotions précédentes. Mais la nôtre qui était exceptionnelle a eu à faire des spécialités diverses. Chez nous les mauvais élèves ne sont jamais renvoyés, et tous ceux qui finissent en sortent diplômés.

A maintes reprises j’ai eu à côtoyer la mort, à me familiariser avec elle, mais jamais à la souhaiter. Je l’ai combattue pour les autres et pour moimême, mais plus d’une fois elle a eu le dernier mot. Ainsi j’ai fini par comprendre que la mort n’avait rien d’épouvantable, et que la vie valait la peine d’être vécue. J’étais entré sans foi et j’en ressortirai plein de foi.
Foi en moi-même, car j’ai appris à mieux me connaître.
Foi en vous, épouse, enfants, maman et parents, qui n’avez jamais cessé de croire en moi et d’espérer.
Foi en Dieu, car en ces lieux et dans ces circonstances, il était impossible de croire à d’autres lois que les siennes.
C’est ainsi qu’il m’a appris que :

« Là où il y a la liberté
Là est le paradis sur terre,
Là est la seule patrie de l’homme »

Ce fut ma derniére note.

 Ma libération

A présent que tout avait été réglé il fallait attendre, et comme dit un proverbe bien Soussou :
« Lôkhè boukhi nan na, lôkhè fâtaré mou na » Des jours lointains, il y en a toujours, mais jamais de jour qui n’arrive pas.

Le 13 mai vers 20h00, je me trouvais à l’infirmerie, lorsque le major Sakho fit son apparition. Il venait tout droit du bureau de Siaka Touré :

— Je crois qu’il va y avoir libération, dit-il, on vient tout juste d’amener la liste. Je n’ai pas pu la lire, mais je pense que l’opération est imminente.

Je venais tout juste de raccrocher ma blouse blanche. Les détenus avaient rejoint leurs cellules, mais les portes étaient restées ouvertes. En rejoignant ma cellule, j’avais eu le temps de propager la bonne nouvelle sur mon passage. Trente minutes plus tard, le papier était arrivé au poste de police. Nous étions dix-huit sur la liste. A notre sortie du Bloc nous avions fait un bref arrêt au bureau de Siaka Touré, le temps de recevoir les dernières recommandations.

Puis comme tout le monde, j’avais reçu un certificat de libération en date du 13 mai 1979, confirmant que j’avais été gracié par le Responsable Suprême de la Révolution. Après cette formalité nous avons été livrés dans nos différentes familles comme des colis. Quant à moi, je fus ramené chez mon oncle, car j’ignorais le domicile de ma famille. D’ailleurs, même si je le savais je ne pouvais pas le dire, sans que l’on me demande comment je l’avais su.

Arrivé au quartier Sans-Fil, en franchissant la porte du salon pour aller me jeter dans les bras de ma tante, j’ai dépassé sans même m’y attarder, un adolescent qui était à la porte. Puis le pointant du doigt ma tante me dit :

— Voilà ton fils.
Alors, en une fraction de seconde j’avais pu mesurer le temps passé en prison, et tout le préjudice fait à ma famille.

Après avoir embrassé mon fils, je fus conduit, coutume oblige, au bord de la mer pour un bain de purification, tout juste derrière les bureaux des anciens combattants, tout un symbole. De là j’ai été conduit accompagné de mon fils à Dixinn, dans la concession familiale. Ma femme, qui avait été informée par ma tante, n’avait pu attendre à la maison. Elle avait donc décidé d’aller à Dixinn à notre rencontre. Quel bonheur de retrouver mon épouse, ma mère et mes soeurs. Il avait fallu à ma tante beaucoup de tact et de persuasion pour m’arracher à la foule des voisins et amis du quartier, où tout le monde connaît tout le monde. Puis ce fut le départ pour la maison, celle qui allait devenir maintenant ma maison. Par coïncidence il se trouvait que le 13 mai était la date anniversaire de Yayé Aye, une belle-soeur.

Lorsque je suis arrivé le premier à la porte du salon, les décibels et la lumière inondaient la pièce. Personne ne faisait attention, car personne dans l’assistance ne me connaissait. Puis tout s’est arrêté tout d’un coup, lorsque mon épouse, qui était derrière, est rentrée à son tour. La soirée d’anniversaire était achevée, et une autre commençait pour moi, qui allait se prolonger presque jusqu’au petit matin, avec les visiteurs qui venaient voir et toucher l’extra-terrestre que j’étais. Au milieu des pleurs des proches et la curiosité des autres visiteurs, une lueur d’espérance pour l’avenir. On dit que bon sang ne peut mentir. C’est ainsi qu’après avoir embrassé ma fille, qui avait quatorze mois à mon arrestation, et qui avait eu ses neuf ans à présent, celle-ci était sortie en courant pour aller interpeller ses copines :

— Venez voir, moi aussi, j’ai un père.

Je crois que c’est à partir de ce moment que je me suis senti réellement libéré.
La première semaine de liberté est toujours épuisante. Beaucoup de mains à serrer, et très peu de visages retenus. Surtout des nuits blanches au cours desquelles nous avions eu à revivre en huit jours, huit années d’absence. Puis par Décret no. 210 en date du 21 mai 1979, j’apprenais avec étonnement que j’avais été effectivement condamné et emprisonné à la prison civile de Conakry. Moi, qui croyais avoir fait tout mon temps au Camp Boiro, je ne me retrouvais plus. J’avais oublié que la République Populaire et Révolutionnaire de Guinée n’avait pas de détenus politiques. Je n’étais que le quatre cent vingt-trois (423ème) détenu de droit commun ayant bénéficié d’une remise sur une peine de durée inconnue, à l’occasion de la fête du PDG.

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Décret portant sur une remise peines, libérant un certain nombre de prisonniers

Après ma sortie, je fus très soulagé par le soutien moral et matériel de ma famille. Avec ma première voiture offerte par mon oncle Linseni, je m’étais tout d’abord rendu à Dalaba, où se trouvait ma belle-famille afin de pouvoir profiter non seulement du climat et de la quiétude des lieux, mais aussi pour passer quelques bons moments auprès de ma belle-mère et de ma fille, qui s’y trouvait. Après ce séjour, faute d’autorisation de sortie pour l’extérieur, j’avais pu finalement profiter de la généreuse hospitalité de mon ami d’enfance, Coumbassa Abdoulaye, dit Durac, directeur des douanes à Kamsar une ville industrielle située à 300 kilomètres de la capitale. Ainsi grâce à ses relations, j’ai pu bénéficier gratuitement d’une prise en charge par l’hôpital de la compagnie CBG, dont les équipements et le personnel étaient de très grande qualité. Finalement les dégâts physiques étant circonscrits et jugés acceptables, il me restait une dernière obligation.

La cérémonie de ma conversion à l’Islam

Ma reconversion avait eu lieu en prison. Ce qui y avait été fait pouvait être considéré comme suffisant pour la circonstance. Après ma libération, j’avais tenu à refaire la cérémonie dans une mosquée et surtout avec la participation de la famille et des proches. Malheureusement cela se fit en l’absence de mon oncle Linseni décédé depuis. Ce fut pour moi un grand regret, mais nous étions impuissants devant la volonté de Dieu. C’est pourquoi j’avais tenu à ce que la cérémonie ait lieu à la mosquée de Sans-Fil, celle qu’il fréquentait.

Ce fut une cérémonie émouvante et inoubliable. En plus des membres de ma famille, j’avais hautement apprécié la présence d’Elhadj Boubacar, le fils aîné de l’Almamy, venu spécialement de Mamou en compagnie de son jeune frère Docteur Barry Kandia, un compagnon de Boiro. C’est à l’occasion de ce baptême que je décidai de prendre comme prénom Alsény, en souvenir de mon oncle.
Sans affectation et sans travail, je continuai mon repos.

Cependant, j’étais mal à l’aise car il me manquait quelque chose. Une partie de moi était encore à Boiro. A défaut de pouvoir l’en sortir, il fallait l’assister moralement et matériellement. J’avais ainsi réussi à maintenir le contact avec les derniers compagnons au bloc, et à continuer à faire de fréquentes visites dans leurs familles. Bien entendu il y avait d’autres détenus à Boiro, car depuis sa construction cette prison n’a jamais été vidée de la totalité de ses occupants, excepté le jour de l’agression du 22 novembre 1970, lorsque les agresseurs étaient venus ouvrir les portes et libérer tous les prisonniers. Les anciens, ceux de ma promotion, ceux-là étaient une partie de moi-même.

Il aura fallu attendre le 22 novembre 1980, pour que je sois enfin complètement libéré, car Yoro DiarraKeita Ousmane, et Diallo Alpha Abdoulaye Portos étaient revenus chez eux.
Ils étaient les derniers survivants de la 5ème colonne.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Quand les pouvoirs guinéens vont-ils dévoiler à la jeunesse ces crimes de Sékou Touré du 25 janvier 1971?

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Fidel Castro en compagnie d'Amílcar Lopes da Costa Cabral (à gauche), l'homme que les Portugais voulaient abattre.

Le 25 janvier est l’anniversaire d’une des pages les plus douloureuses et humiliantes pour le peuple de Guinée. Mais pour comprendre il faut remonter au 22 Novembre 1970! Ce jour-là, les autorités coloniales portugaises, aidées par des ressortissants guinéens, lancèrent leur opération  Operação Mar Verde [Opération Mer verte], qui consistait en un débarquement à Conakry, le 22 novembre 1970, pour libérer des prisonniers du Parti pour l’indépendance de la Guinée-Bissao et du Cap Vert (PAIGC) dirigé par Amilcar Cabral.

Moins d’une semaine plus tard, Sékou Touré organisa un Haut Commandement de la Révolution, et apparaissant désormais en uniforme militaire, il se proclamera Responsable Suprême de la Révolution, Commandant en chef des Forces Armées Populaires et Révolutionnaire. Son biographe, l’ambassadeur de France, André Lewin, rappelle que pendant plusieurs mois, il changera même l’orthographe de son nom en Seku Turé. 

Sous la supervision de ce Haut commandement, furent opérées des arrestations, des détentions sans jugement, et des exécutions de gens qui n’avaient rien à voir avec cette histoire. Il décima le gouvernement, son propre et unique parti du pays, le Parti démocratique de Guinée (PDG), l’armée et la police. De simples citoyens, des étudiants, des agriculteurs, des entrepreneurs et des étrangers qui avaient choisi de vivre en Guinée, malgré les privations de toute sorte furent arrêtés et exécutés sans la possibilité de se défendre. Des étudiants venus de l’extérieur pour aider le pays disparurent sans que personne n’en fut informé.

Dans sa version anglaise, le site Wikipedia fait savoir [traduction personnelle] qu’après un procès de cinq jours, le 23 janvier 1971, le Tribunal révolutionnaire suprême ordonna 29 exécutions menées (trois jours plus tard), 33 condamnations à mort par contumace, 68 peines de travaux forcés à perpétuité, et 17 ordres de confiscation de tous les biens. Les membres des troupes débarquées, qui n’avaient pas pu prendre le bateau pour fuir, furent condamnés à des peines de travaux forcés à perpétuité.

A Conakry, des pendaisons de hauts cadres qui s’étaient battus pour l’indépendance de la Guinée, eurent lieu  le 25 Janvier 1971. Les élèves de toutes classes furent amenés pour assister à l’horrible scène. C’est au pont du 28 novembre [aujourd’hui détruit] que furent pendus et exposés les corps de quatre des plus hauts cadres du pays: Ousmane Balde, Ministre des Finances, Barry Ibrahima, dit Barry III, secrétaire d’Etat, Magassouba Moriba, Ministre Délégué et Keira Kara Soufiana, Commissaire de Police.

Dans le billet qui suit, Boboseydi Bobosey, un haut cadre guinéen vivant aux États Unis, alors à l’école maternelle, qui fut témoin oculaire de ces pendaisons partage avec nous ses réflexions sur cette horrible tragédie et ses conséquences qui se font sentir encore dans de nombreux domaines et qui expliquent les retards de notre pays qui n’atteindra aucun des objectifs du millénaire du développement:

Le destin de la Guinée prenait un tournant des plus sanglants et impitoyables, en janvier 1971. De hauts fonctionnaires de l’Etat, ministres, directeurs et chefs de cabinets, gouverneurs, ambassadeurs, professeurs, chauffeurs, à tous les niveaux des couches sociales, on cherchait des corps pour alimenter le Haut-Fourneau du régime Sékou Touré.

Avec des pendaisons, tortures à mort et des fosses communes, la Guinée- enfant terrible de la décolonisation – s’engageait dans une tempête de sang qui durera 26 ans, de 1958 à 1984. Les dirigeants de l’époque se sont comportés non seulement en personnes dépourvues d’humanité contre le peuple qu’ils dirigeaient, mais aussi ils sont allés au-delà de l’imaginable pour ériger et maintenir des prisons célèbres, à la place des écoles célèbres, des hôpitaux célèbres, bref à la place d’un système économique, social et politique célèbre on a construit des forteresses de sang où des innocents gémissaient à longueurs de journées. Depuis, malheureusement nous crions en vain pour les espoirs de 1958.

Lire aussi: L’aveu en Guinée

Tout pays, la Guinée exceptée, prendrait le dossier des crimes de ce régime pour une priorité pour un meilleur avenir du pays. En Guinée, on a plutôt choisi de perpétuer le crime. Certains compatriotes voudraient qu’on pardonne, le plus souvent ils sont de ces générations auxquelles on a caché l’histoire, qui ignorent donc le poids du fardeau injuste et sanglant. Mais tout pardon n’est pas un acte de sagesse.

L’exemple de l’Afrique du Sud de Nelson Mandela ne s’applique pas à la Guinée. En Afrique du Sud, Mandela a demandé pardon en faveur de la prospérité et de la cohésion civile. L’Afrique du Sud aurait explosé en guerre civile si jamais on se lançait dans des vengeances et cela aurait détruit tous les progrès économiques du pays.

En Guinée, toutes les familles étaient victimes et depuis 1984 on a constaté que l’impunité est la cause de la continuité du crime. Au moment où j’écris ces lignes, on est prêt à tirer sur les gens à bout pourtant, sans aucune inquiétude. Personne n’a jamais été inquiété pour toutes les répressions sanglantes, de 1985 à nos jours. Les présidents et leurs fidèles soldats continuent à tuer comme si l’âme du guinéen était un champ de tirs. Pas d’arrestations, pas de procès.

Lire également : Comment la révolution de Sékou Touré extorquait les confessions

Pour finir avec ces crimes il faut absolument passer par l’instauration d’un Etat de droit, un des rêves de 1958 jamais réalisé. Les dossiers de tous les crimes politiques devraient passer par la cour de justice- une cour indépendante et patriotique, loin de ces cours qu’on a vues vendre la justice à des fins personnelles à travers de faux procès pour de faux coups d’Etat.

Si donc en Afrique du Sud le pardon a éradiqué la haine et les crimes, en Guinée il contribuerait à les accentuer. De 1960 à 2014, soit 54 ans d’existence, nous n’avons jamais eu de procès équitable et jamais un crime politique n’a été introduit dans une cour de justice, donc jamais on a puni le mal.

Cette attitude devant le crime a-t-elle empêché le crime ? Non ! Pour en finir donc, il faudrait que les auteurs répondent de leurs actes, en vertu des principes d’un Etat de droit, et sous l’œil vigilant et patriotique d’un Chef d’Etat qui assumerait de manière responsable le destin de son peuple. La croissance et l’expansion économique, la cohésion sociale et l’avancement politique en dépendent.

Boboseydi Diallo

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Quelques renseignements sur les charniers de Sékou Touré, selon Almamy Fodé Sylla

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Almamy Fodé Sylla est auteur du livre L’itinéraire sanglant, d’où est tiré ce billet entièrement accessible en ligne.

On ne saurait parler de charniers sans indiquer les différentes formes de liquidation physique, que pratiquaient Sékou et ses bourreaux dans le cadre de leur plan machiavélique d’élimination systématique de tous les Guinéens capables de contribuer tant soit peu à l’accélération du processus de développement de la nation guinéenne.

1. Les Formes de liquidation

  1. Les liquidations accidentelles ou volontaires des suites de tortures à la cabine technique sont si tragiques que les agents chargés de cette salle besogne sont aussi responsables des crimes que leurs maîtres. Il faut être sans cœur pour tuer aussi froidement l’homme, cette créature parfaite qui a la vie difficile à prendre.
  2. La pendaison publique est la forme qui a le plus terrorisé les populations guinéennes depuis que Sékou Touré a pendu en 1971, 4 hauts cadres dont 2 Ministres à Conakry et 73 marginaux dans les régions, pauvres navetanes extradés d’un pays africain.
  3. L’exécution, par les armes est la forme classique de liquidation que tous les détenus préfèrent à toute autre forme, mais comme tout choix, l’exécution par les armes a ses inconvénients en Guinée de Sékou Touré où la balle du peloton d’exécution n’atteint pas tous les condamnés à mort. Poussés dans la fosse commune, ceux qui ne sont même pas blessés, demandent avec insistance le coup de grâce, s’il faut l’appeler ainsi, pour qu’ils ne soient pas enterrés vivants. «
    — Tuez-nous s’il vous plaît, nous ne sommes pas morts ! Nous ne sommes pas atteints par les balles ! «
    — Allez ! envoyez la terre ! leur bouche sera bientôt fermée .
    Le conducteur du bulldozer fait le nécessaire en mettant dans le ventre de cette innocente et silencieuse terre, morts, blessés et vivants.
  4. La liquidation par la diète noire a tout naturellement remplacé la forme classique qui requérait trop de dispositions. Cette forme ‘moderne’ ne coûte rien, même pas une balle. Il s’agit d’enfermer le détenu dans une cellule requise et de n’ouvrir la porte que pour retirer son cadavre. S’il gémit trop fort parce que tenaillé par la faim et la soif, Fadama Condé n’acceptera pas d’être « tympannisé », il fera ligoter le malheureux supplicié pour accélérer sa mort en empêchant le sang de circuler normalement. « Attachez-le ! il se taira et mourra bientôt, dira-t-il ».
  5. La liquidation après une injection de produits toxiques est une preuve du cynisme de Sékou Touré dont aucune mort n’a ébranlé la vie, même pas celle de son ami Saïfoulaye…
  6. L’ensevelissement de personnes vivantes a été considéré par l’opinion comme une ignoble exécution de sacrifices humains par le dictateur. Le cas du garde républicain enterré vivant à Dixinn a profondément marqué les populations de Conakry.
    Les pelotons d’exécution étaient communément appelés « corvée bois » par les services de sécurité et les agents de la force publique dont Sékou a sali la main de la plupart. De même, ils désignaient le Camp Boiro par Coyah, rien que pour cacher les tristes réalités que le monde sait aujourd’hui.

2. Charniers connus

  1. Bloc Boiro

    A l’intérieur du bloc, sous l’enceinte même de la prison, a été enterré le corps de Seibold, citoyen allemand arrêté en 1970.

  2. Nongo

    Quartier situé dans la 8e sous-préfecture de Conakry II, Nongo a cet avantage d’abriter l’un des plus grands cimetières de la capitale. Sékou Touré a profité du retrait de cette zone, presque rurale, pour y enterrer quelques cadres tués au Camp Boiro. Les fouilles, encore insuffisantes ont permis de découvrir, grâce à des témoins occulaires, les tombes des personnes suivantes :

    • M. Diallo Telli, ex-secrétaire général de l’O.U.A.
    • Dr Alpha Oumar Barry, ex-Ministre
    • Capitaine Lamine Kouyate, commandant du Camp Kindia.
    • Commandant Ibrahima Sylla, Chef d’État major armée de l’air.
    • Dr Ansoumane Traore, pharmacien.
    • Les frères Boiro ( Demba et Yéro).
    • M. Barry Sory, contrôleur du grand marché Conakry-Madina.
    • M. Abdoul Rada, jeune Libanais, enfant unique pour sa famille installée à Coyah.
    • Karifa Camara, élève gendarme.
    • Sidiki Kaba, caporal formé en Lybie.
    • Les 9 jeunes peuhls tués dans l’affaire du professeur Bah Mahmoudou.
  3. Champ de tir Sangoyah

    On a découvert à cet endroit trois fosses communes. La première pourrait comprendre entre autres, les corps suivants :

    • M. Barry Ibrahima dit Barry III, ex-Ministre
    • Baldet Ousmane, ex-Ministre.
    • Magassouba Moriba, ex-Ministre.
    • Kaba Laye, grand commerçant originaire de Kankan.
    • Commisaire Keita Kara de Soufiane.
    • M. Tall Habib, ex-Gouverneur.
    • Mme Hadja Loffo Camara, ex-Ministre, fondatrice du Parti.

    Le cas de cette dame, Mme Hadja Loffo Camara, membre fondatrice du P.D.G., sage-femme principale de son état, membre de la Direction Nationale du Parti unique, Ministre des Affaires Sociales, est très douloureux, quand on sait les conditions de traitement infligées à cette respectueuse personne durant sa détention. Son calvaire ne devait prendre fin que le 25 janvier 1971, jour où elle a été retirée du Camp Boiro pour être exécutée à côté d’une fosse dont elle a personnellement apprécié des yeux non bandés, les dimensions. Aussitôt abattue, elle a été précipitée dans sa dernière demeure où elle repose. La deuxième fosse contiendrait les corps des personnes qualifiées de mercenaires arrêtées lors de l’agression du 22 novembre 1970, dont le célèbre Thiam Mamoudou, l’assaillant principal de l’usine électrique la nuit du 22 novembre 1970.

  4. Kindia

    Sous le mont Gangan
    Il existe là deux fosses communes situées côte à côte et, les témoins affirment que les corps suivants sont enterrés dans la première fosse :

    Dans la deuxième fosse, reposent les parachutistes de Labé arrêtés en 1969.

    • Mamadi Kourouma
    • Diallo Baïlo
    • Bah Oury Telly
    • Keita Ousmane, fils du Cdt. Guèye
    • Oulare Tamba Lewa
    • Camara Bignè
    • Soumaoro Karamoko
    • Beavogui Pévé
    • Sow Alpha
    • Bangoura Bassirou
    • Bangoura Ibrahima
    • Lt. Coumbassa Aly
    • Sakovogui Siba
    • Niankoye Tefamou
    • Lt Camara Aboubacar dit MBeng
    • Adjt-chef Keita Namory
    • Diallo Mouctar
  5. La forêt de Fissa

    Cette célèbre forêt renferme des fosses communes avec les corps des détenus de 1969 et ceux des extradés d’un pays africain, complices de Sékou. Ces victimes ont été nuitamment transportées sur ces lieux après avoir été étouffées dans des sacs d’emballage et traînées par les membres pour être jetées dans les fosses comunes. Ce massacre, mal opéré, a dû attirer l’attention des populations avoisinantes qui ont ainsi suivi toute l’opération. Cette mésaventure a conduit les prochaines opérations vers Kouradi sur la route de Gomba, mais toujours dans la préfecture de Kindia.
    Le Comité révolutionnaire était composé d’hommes réellement astucieux : avant de lancer cette vaste opération, une mission était dépêchée de Conakry pour prendre contact avec les autorités de Kindia qui, à leur tour, passaient prévenir les villageois de l’organisation prochaine dans leur contrée de séances de combat de nuit de l’armée.
    A cet endroit l’existence de trois fosses communes a été prouvée.
    D’ailleurs à ce jour, et sur ces lieux, le sol est encore jonché d’étuis vides de cartouches de FM, AK et PA, confirmation des tueries massives dans ces bois lointains que la mission d’Amnesty International a visités en octobre 1984.

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Une exécution publique aura lieu ce matin à Boulbinet

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Source: Wikipedia

Revu et corrigé le 15 janvier 2021

Mahmoud Bah (né en 1940 à Labé) auteur du livre Construire la Guinée après Sékou Touré, d’où ce texte a été extrait, est un technicien dans l’industrie agro-alimentaire et enseignant. Après l’arrestation de son frère, Ibrahima Kaba Bah, lors d’une grève des enseignants en Guinée, Bah a cherché l’exil, d’abord à Dakar, puis en France. Mais fatigué de l’exil, à partir de Dakar il rejoint Conakry en 1979. Dès son arrivée il est arrêté et interné au camp de concentration Boiro. Malgré l’intervention en sa faveur de la Ligue française des Droits de l’Homme et d’Amnesty International ce n’est qu’à la mort du dictateur Sékou Touré et le coup d’état des  militaires qu’il sera libéré, le 3 avril 1984. Il rentre alors en France et reprend son enseignement au lycée jusqu’à sa retraite en 2005 .

Une dictature à visages multiples étouffe la concorde nationale qui a permis d’obtenir l’indépendance, confisque brutalement en quelques mois toutes les libertés fondamentales, enserre les populations dans un vaste réseau de polices occultes et parallèles, arrête, emprisonne et liquide des milliers de paysans, ouvriers, intellectuels et cadres. Finalement, ce régime qui se disait révolutionnaire se révèle particulièrement rétrograde et brise les ressorts de la vie économique et sociale d’un pays où les gens ne demandaient qu’à travailler et à vivre en paix.

Janvier 1959: Premières exécutions publiques

Le lycée de Donka s’est agrandi au fil des ans, occupant maintenant les deux tiers de la plaine de Donka. En ces premiers mois d’indépendance, le complexe scolaire groupe une vingtaine de bâtiments. Les élèves sont internes à 90%. Ils sont nourris, logés et habillés correctement. Quelque 2500 élèves suivent les cours du Lycée Technique, du Lycée classique et moderne ainsi que du Centre d’apprentissage.
Ce matin de janvier 1959, les élèves du Lycée prennent leur petit-déjeuner dans le grand réfectoire. Arrive un messager qui monte sur une chaise, au milieu de la salle, et demande le silence.
— Je vais vous lire un communiqué du Comité PDG de Donka, annonce-t-il.
Silence complet. Et l’homme poursuit:
— Une exécution publique aura lieu ce matin à Boulbinet. Des hommes indignes de la Nation se sont rendus coupables de vol après avoir été graciés en octobre dernier par le Président. Les élèves, comme tous les militants de notre Parti, doivent assister au châtiment suprême que le Parti infligera à tous les fauteurs de troubles.
L’homme s’en va et les élèves avalent dans un lourd silence la déclaration qu’ils viennent d’entendre.
Une heure après, trois cars s’arrêtent devant la salle de permanence du Lycée. Quelque cent cinquante élèves y prennent place, des élèves du second cycle.
A Boulbinet un des quartiers de la presqu’île de Tombo (Conakry), il y a foule: hommes et femmes de tous âges. Un condamné est attaché à un poteau. Ses yeux sont bandés. Il fait dos à la mer. J’apprendrai quelques minutes plus tard qu’il s’appelle Chérif Camara.
Un peloton d’exécution est là, l’arme au pied. Un homme s’avance, lit une sentence puis le Chef du peloton lance les ordres. Un bruit sec et la tête du condamné tombe sur son épaule. Le Chef du peloton s’avance à quelques pas du condamné, arme son pistolet et donne trois coups de grâce. Le sang coule à flots jusqu’à terre. Les soldats détachent le cadavre, le recouvrent d’un linge et le jettent dans un camion.
Le Chef de Peloton déclare:
— Mission accomplie.
On voit alors des jeunes et des vieux pleurer et perdre connaissance. C’est la première fois qu’ils subissent une telle scène. Un jeune homme crie:
— Pourquoi nous oblige-t-on à voir ça?
Pas de réponse. Chacun s’en va, hébété, abasourdi. On se disperse dans la tourmente.
Renseignements pris, le condamné avait volé des bananes en plein marché de Conakry alors qu’il venait d’être gracié. Deux autres exécutions pour les mêmes raisons ont eu lieu à Kindia (Samba Diallo fusillé) et à Friguiagbé

L’année 1959 démarre ainsi sous le signe du sang et de la liquidation physique. Pour ceux qui pensent que le décompte des morts s’est arrêté au lendemain du référendum, la désillusion est arrière. La peur revient par la volonté du Président.
Fidèle à ses méthodes d’action de masse, le PDG, devenu Parti Unique de la Guinée, implante partout des Comités de Quartier.
Partout on entend, on affiche un mot d’ordre: « Reconversion ». Tout est prétexte pour les agents du Parti, à parler de « reconversion », à accuser tel ou tel de ne pas être « reconverti ».
Cela signifie en fait que tout le monde, sans exception, doit intégrer le Parti et obéir aux ordres du Parti.

Dissolution du mouvement étudiant
Création de la Jeunesse du Parti

Dès février 1959, le Gouvernement annonce la tenue prochaine d’un important Congrès, le Congrès constitutif de la Jeunesse du Rassemblement Démocratique Africain (JRDA). Ce Congrès devra consacrer l’unification de toutes les Organisations de Jeunes existant dans le pays, quels que soient leurs buts et leurs activités.
Apprenant cela, les étudiants guinéens, organisés au sein de l’Union Générale des Elèves et Etudiants de Guinée (UGEEG), décident de tenir un Congrès pour définir leur place et leur rôle dans la JRDA naissante.
A la Délégation de l’UGEEG venue demander à Saïfoulaye Diallo, Secrétaire politique du PDG, l’autorisation de tenir un Congrès, Saïfoulaye répond:
— « Vous pouvez tenir votre Congrès entre ciel et terre si vous voulez, mais pas en Territoire guinéen »…
Il est donc clair que les étudiants n’ont plus droit à la parole, eux qui ont été, durant les années 40 et 50, les porte-drapeaux de l’éveil socioculturel et de la lutte anticoloniale en Guinée.
De ce point de vue, force est de constater que le régime colonial tolérait la liberté d’expression alors que le PDG l’interdit purement et simplement.
Le coup n’est pas moins dur que les exécutions de janvier. Adieu liberté d’association, de réunion, d’expression !

Le 26 mars 1959, avec tout le cérémonial que le Parti est capable de déployer, la JRDA est constituée. Désormais, il n’y a plus d’UGEEG, plus d’Association socioculturelle régionale ou nationale, plus de club sports-loisirs, mais des Comités JRDA partout, à l’instar des Comités du Parti et des Comités de Femmes.
Il est précisé aux étudiants guinéens à l’étranger (Europe, Afrique, Amérique, Asie) que toutes leurs activités doivent être supervisées par le Parti; qu’ils ne doivent pas, par exemple, se marier à l’extérieur sans le consentement du Parti, faire des déclarations ou des publications sans en référer au Parti…
Les étudiants, qui avaient une solide tradition de lutte pour les Droits et les Libertés de l’Homme, ne peuvent se résigner à un rôle de « béni-oui-oui ». Ils entendent participer pleinement à tout ce qui fait la vie du peuple guinéen.
C’est alors que commence une longue guerre entre le pouvoir et les étudiants.
L’intégration de la Jeunesse au sein du Parti ayant été consommée, l’imagination intarissable de Sékou Touré lance un autre mot d’ordre…

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Camp Boiro

Décembre 1961: Sékou Touré ferme toutes les écoles de Guinée, emprisonne les élèves, les torture, avant de les renvoyer chez leurs parents.

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Révisé le 30 décembre à à 21:07

Dans ce billet Mahmoud Bah nous raconte pourquoi et comment le tyran Sékou Touré après avoir arrêté et condamné à 7 ans les principaux responsables du syndicat des enseignants pour avoir demandé une revalorisation de leurs conditions de vie s’en est pris violemment aux étudiants.   

L’enthousiasme, l’unanimité et la ferveur des derniers mois de 1958 font place de plus en plus à une profonde amertume.

C’est dans cette atmosphère de crise sociale et politique que le Syndicat des Enseignants, après avoir tenu officiellement son Congrès en avril 1961, adresse une lettre au Gouvernement à propos d’une revalorisation des salaires longtemps promise et récemment octroyée. La lettre constate, sous forme de mémorandum, l’insuffisance de la revalorisation et demande qu’elle soit reconsidérée, améliorée, tout en affirmant sa soumission à la décision que prendra le Parti. La lettre se termine par ces mots: « Le propre de la Nation, c’est d’être le Bien commun de tous ses fils. »

Le 15 novembre 1961, l’UNTG (Union Nationale des Travailleurs Guinéens) tient une conférence des cadres. Cette conférence souhaite trouver un accord de l’ensemble du mouvement syndical sur la revalorisation des salaires.

En réaction à cette situation, le Bureau Directeur du Syndicat des Enseignants est « accusé de haute trahison » et pris comme bouc émissaire. Ses membres sont traduits devant un Tribunal spécial, accusés de diffusion illégale de documents calomnieux et anti-Parti. Le Tribunal, présidé par Saifoulaye Diallo, condamne chaque enseignant à sept ans de prison ferme. Ainsi :

  • Koumandian Keïta
  • Ibrahim Kaba Bah
  • Mamadou Traoré (Ray Autra)
  • Djibril Tamsir Niane
  • Mamadou Gangué Bah, etc.

sont immédiatement mis aux arrêts.

Le Syndicat des fonctionnaires proteste contre ces mesures. Plusieurs de ses Responsables sont arrêtés:

  • Mountagha Baldé
  • Hacimiou Baldé
  • Kolon Koundou Diallo
  • Kenda Diallo, etc.

En apprenant l’arrestation de leurs maîtres et professeurs, les élèves de Conakry se mettent en grève, bientôt suivis par ceux de l’intérieur. Les jeunes filles quittent leur collège situé en ville pour rejoindre les garçons au Lycée de Donka. Elles sont arrêtées par l’Armée au niveau de l’hôpital de Donka: matraques, gaz lacrymogènes, coups de crosse. Plusieurs sont blessées ou tombent évanouies. L’Armée, sous la direction de Fodéba Keita, ministre de la Défense et de la Sécurité 3, encercle le Lycée par un cortège de chars et de camions. Après trois jours de siège, on oblige les élèves à sortir un à un, les mains en l’air, pour embarquer dans les camions. Ils sont conduits au Camp Alfa Yaya, près de l’aéroport.

A l’intérieur du pays, les élèves se révoltent. Ils sont sauvagement matés et les écoles fermées. A Labé, la répression est particulièrement féroce. L’Armée quitte le Camp El Hadj Omar situé à 7 km de la ville et investit le centre de Labé. Des tirs de chars sont ordonnés. Un ouvrier peintre qui réalise une affiche pour le Parti à l’entrée de la permanence est tué net.

Décembre 1961: toutes les écoles de Guinée sont fermées, les élèves emprisonnés, torturés, avant d’être renvoyés chez leurs parents. Des meetings sont organisés où on oblige des parents à renier leurs enfants.

Sékou Touré, dans de violents discours, traite les enseignants et universitaires d’intellectuels tarés. Certains de ces enseignants, croyant naïvement que Sékou Touré était des leurs, n’avaient pas caché au Président leur penchant marxiste. Sékou en profite pour accuser l’URSS de vouloir exporter la Révolution en Guinée et crie:

« La Révolution ne s’exporte pas ! »

Il ordonne le départ de l’Ambassadeur soviétique après avoir demandé et obtenu des assurances du Gouvernement des USA, présidé alors par John F. Kennedy. Il jouera toujours ce jeu de bascule d’une puissance à une autre, d’une part pour se soustraire à ses engagements, d’autre part, pour être seul maître à bord de l’embarcation guinéenne.

Le riz manque dans le pays pour les raisons avancées plus haut. Le Président déclare carrément que ce sont les enseignants qui ont empêché la livraison de riz ! Il n’explique pas comment, mais ajoute que c’est pour inciter les populations à la révolte.

Le PDG tient un Conseil National à Labé. Dans un ton encore plus violent qu’à Conakry, le Président menace d’extermination ceux qu’il appelle « les féodaux, les ennemis du Parti ». Il promet « d’étouffer dans l’œuf tous les comploteurs ». Car pour lui, c’est là un nouveau complot ourdi par les enseignants.

Le comploteur en fait, est toujours lui. Il va enfoncer le pays dans un bain de terreur psychopolitique et physique, supprimer les droits et libertés qui subsistent.

A partir de 1961, les Syndicats sont dirigés par le Parti: le Président de la CNTG est nommé par le Parti; les activités syndicales doivent « suivre la ligne du Parti ».

Qui aurait cru, en novembre 1953, alors que le Syndicat Guinéen était en grève, que Sékou Touré domestiquerait un jour ce même Syndicat et lui ôterait toute raison d’exister?

Le fait est encore une fois que, en matière de droits et libertés de l’individu, le régime colonial a été plus tolérant que le régime du PDG-Sékou Touré.

A l’extérieur du Pays, les étudiants guinéens manifestent vivement contre les mesures répressives visant l’Ecole guinéenne. Bien qu’étant intégrés dans le Mouvement JRDA, les étudiants n’hésitent pas à adresser des télégrammes au Gouvernement Guinéen pour condamner ses actes et exiger la libération des détenus et la réouverture des écoles.

En France, les étudiants guinéens alertent l’opinion sur les événements en Guinée par de nombreux tracts et réunions d’information. Le Gouvernement exige que les étudiants reviennent sur leurs déclarations. L’Ambassadeur Tibou Tounkara envoie un télégramme à chaque étudiant boursier. Les étudiants ne se laissent pas intimider. Devant le refus de ceux-ci, le Gouvernement coupe leur bourse. Il ordonne à l’Ambassadeur de rapatrier en Guinée tous les étudiants pour « explication et réintégration. » La guerre est ouverte entre le PDG et le Mouvement étudiant.

A Dakar, l’Ambassadeur de Guinée décide de passer aux actes et entreprend de ramener de force les étudiants en Guinée. C’est l’époque où Siradiou Diallo 4, menacé d’enlèvement et de liquidation par les agents de Sékou Touré doit quitter l’Université de Dakar pour venir en France.

Les étudiants qui sont dans les pays de l’Est (Allemagne de l’Est, Pologne, URSS, etc.) sont ramenés manu militari à Conakry pour « explication ».

Après ce coup contre les enseignants et les élèves guinéens, l’insécurité devient plus inquiétante dans le pays. C’est le début de l’exode massif des élèves et des cadres intellectuels. Le cadre et les conditions de vie deviennent de plus en plus insupportables.

Les cadres progressistes étrangers venus en masse au lendemain du Référendum pour prêter main-forte à un Gouvernement qu’ils croyaient soucieux du développement social et économique du pays, s’empressent de repartir. Nombre d’entre eux sont ouvertement menacés. L’un deux, Yves Bénot 5 écrira: « Sékou Touré, c’est Staline moins Manitogorsk ». Un seul restera qui s’est rangé du côté de Sékou Touré, qui en a épousé les méthodes et qui le servira inconditionnellement jusqu’à la fin du régime: Louis Béhanzin, originaire du Bénin.

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Camp Boiro

Mgr Raymond Marie Tchidimbo, archevêque émérite de Conakry, “On vous a arrêté. Pourquoi?”

Mais le fin fond du problème se trouvait ailleurs: jeune missionnaire encore, de retour en Guinée en 1952, Tchidimbo avait épaulé Sékou Touré dans son action syndicale pour l’avènement d’une société plus juste et plus humaine dans le contexte colonial français. Et à la veille de l’indépendance, Sékou Touré croyait trouver en Tchidimbo ce même allié qui exécuterait ses plans machiavéliques pour ses desseins dictatoriaux.

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Intronisation de Mgr. Raymond-Marie Tchidimbo comme archevêque de Conakry, le 31 mai 1962, à sa droite le tyran Sékou Touré. Source: campboiro.oorg

Corrigé le 23 décembre 2020

De ce mercredi 23 décembre 1970, jour de son arrestation au Samedi 26 mars 2011, jour de son décès, combien de fois Mgr Raymond Marie Tchidimbo a-t-il entendu cette question qui lui était posée? Il ne savait quoi répondre parce qu’il ne savait pas! En effet, sous le régime de Sékou Touré, on n’avait pas besoin de commettre un crime pour se retrouver coupable.

À l’occasion du 49ème anniversaire de cette arrestation, je vous propose cette très émouvante nécrologie écrite par le congolais [Kinshasa] Monzemu Moleli L. sur le site afriquespoir.org.:

Samedi 26 mars 2011, Mgr Raymond Marie Tchidimbo, archevêque émérite de Conakry, s’éteignait en France, à l’âge de 90 ans. Il n’était pas un évêque comme les autres. En effet, chargé en 1962 par le pape Jean XXIII de renouer le dialogue avec Ahmed Sékou Touré, le premier président de la République de Guinée, le prélat est arrêté par ce dernier et condamné à la prison à vie. Mgr. Tchidimbo passera ainsi près de neuf ans au ‘’Camp Boiro’’, lieu de torture par excellence où sont morts par milliers, par toutes sortes de sévices, de nombreux détenus, dont notamment Diallo Telli, premier Secrétaire Général de l’Organisation de l’Unité Africaine, (OUA); Fodeba Keita, ancien ministre et créateur des célèbres ‘Ballets africains’; Barry Diawadou; Camara Balla; Camara Loffo… ‘’Noviciat d’un évêque’’, c’est le titre d’un livre que Mgr Tchidimbo avait écrit sur sa longue incarcération.

Il est 12 h 30, ce mercredi 23 décembre 1970. A deux jours de la grande fête de Noël. Les sbires du président Sekou Touré sont là à la chancellerie de l’archevêque de Conakry. Ils sont venus ‘pêcher’ Mgr. Tchidimbo que voulait tant boucler le chef de l’Etat, mais l’occasion lui manquait encore. Cette fois, occasion ou pas, il fallait bien le réduire au silence. Pour le prélat lui-même, ce n’était pas une surprise, il le savait.

Il y a eu des sources qui l’ont informé que s’il ne quittait pas le territoire guinéen avant le 2 décembre, il serait arrêté. Entretemps, il pouvait bien quitter le pays, s’en aller ailleurs, mais il ne pouvait le faire que sur ordre exprès du Pape. N’avait-il pas juré à la veille de son ordination épiscopale de demeurer fidèle à son poste, quoi qu’il advienne? Dès le 2 décembre même, Paul VI était tenu au courant de l’épée de Damoclès placée au-dessus de la tête de l’archevêque de Conakry. Pour quels motifs?

– Pour deux raisons officiellement données dans le « Livre blanc » du gouvernement guinéen: collaboration avec l’opposition extérieure et délit d’opinions. Le débarquement dans la capitale guinéenne, dans la nuit du 21 au 22 septembre 1970 [correction novembre], d’une troupe portugaise venue chercher ses propres ressortissants détenus dans une prison de Conakry, lesquels détenus avaient été arrêtés par les troupes nationalistes de la Guinée Bissau, a servi de détonateur pour réduire au silence cet évêque.

Mais le fin fond du problème se trouvait ailleurs: jeune missionnaire encore, de retour en Guinée en 1952, Tchidimbo avait épaulé Sékou Touré dans son action syndicale pour l’avènement d’une société plus juste et plus humaine dans le contexte colonial français. Et à la veille de l’indépendance, Sékou Touré croyait trouver en Tchidimbo ce même allié qui exécuterait ses plans machiavéliques pour ses desseins dictatoriaux.

Lire également: Siradiou Diallo: Le complot permanent, ou le stalinisme à la guinéenne 1ère partie 

Et encore! Il profita des élections municipales de 1956 pour mener une guerre sourde contre l’Eglise de Guinée. Il y a eu encore bien d’autres ‘petites’ et perfides raisons, notamment la prise de position de Tchidimbo lors du fameux referendum du 28 septembre 1958; son avis contraire au mariage avec une de ses cousines alors qu’en 1956, Sekou Touré en était déjà à son troisième mariage.

«Les grandes vacances»

Menottes aux poignets en direction du ‘Camp Alpha Yaya’, commençaient ‘les grandes vacances’ – le terme est de Mgr Tchidimbo lui-même. «Pourquoi avez-vous été arrêté?», ne cessait-on pas de lui poser la question au bout de ses neuf ans de prison. Pince-sans-rire devant ses auditoires étonnés, cette question, répondait-il toujours, il ne se l’était jamais posée pendant toute son incarcération.

La réponse avait été donnée 2.000 ans plus tôt: «On portera la main sur vous, on vous persécutera, on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous traduira devant des rois et des gouverneurs à cause de mon nom?» (Lc 21,12).

C’est tout dire! Il est donc inutile d’aller chercher ailleurs les causes profondes de l’incarcération, elles se trouvaient tout simplement dans la vocation de Mgr Tchidimbo! Dans son ouvrage Noviciat d’un évêque, Mgr Tchidimbo a notamment écrit que «dans la prison, il sentait que l’Eglise universelle était là en prière pour que la faiblesse de ses moyens d’action ne le fasse pas défaillir, mais qu’avec la puissance de la prière de l’ensemble des chrétiens à travers le monde, il se sentait assisté.»

Dans le cas de la Guinée, ce qui départageait d’une part le prélat en disgrâce aux yeux de son sanguinaire président, et de l’autre, ses compagnons de captivité était le fait que lui, au moins, savait ce à quoi il pouvait s’attendre dès son ordination comme prêtre en 1930 tandis qu’eux, du moins la plupart, ignoraient tout de ce qui leur était reproché.

Grâce à cette détermination, à cette restauration intérieure, la prison cessait d’être ‘une prison’ avec tout ce que cela comporte d’isolement, d’abaissement, d’humiliation, de tortures physiques, de souffrances morales, de mort réelle. Ainsi, au vrai, il n’a pas subi la prison, mais a fait venir en lui la grâce de l’assumer chaque jour. C’est avec ce regard lucide qu’il a abordé ces neuf années de prison.

Temps fort: quand sa cousine avec la complicité de certains gardes, au risque de leurs vies respectives, lui apportaient en secret chaque semaine différents objets, dont les hosties, ainsi que le jour où il a reçu de la même façon sa Bible et ses lunettes de lecture.

Il est comment, l’au-delà?

Arrêté le 23 décembre 1970, il fut conduit au camp Alpha Yaya, en face de l’aéroport Gbessia, de la ville de Conakry, enchaîné, ration minimum possible, et mis au secret et, bien plus tard, transféré au ‘Camp Boiro’, tout aussi célèbre dans ses tortures. Le 5 janvier enfin, la Commission du Tribunal révolutionnaire se décide enfin de l’entendre.

A sa question sur les causes matérielles de son arrestation, il lui fut présenté un long chef d’accusations et on l’invita à faire une déposition d’aveu de ces griefs invraisemblables. Face au refus, les tortures commencèrent. Tant et si bien qu’en dépit de tout, avec toujours ses chaînes aux poignets, il décida la grève de la faim jusqu’au 9 janvier.

Au bout d’une demi-heure de tortures, l’évêque commença à s’évanouir. On l’a alors ramené dans son cachot de 2,20 m sur 0,90 – et toujours enchaîné. Puis il tomba dans un coma qui dura quatre jours. Dès les premiers signes, il fut transporté dans une pièce un peu plus large et un peu mieux éclairée. On le délivra enfin de ses chaînes et un médecin militaire fut mandé à son chevet. Ce coma lui permit de vivre le phénomène de la mort apparente avec tous les signes extérieurs d’un cadavre.

Deux piqûres et il plongea dans un sommeil profond. Sans ces piqûres, peut-être serait-il tombé dans le cas de ces nombreux prisonniers obscurs des camps d’extermination de Sekou Touré ainsi enterrés encore vivants.

Mais sur le plan spirituel, ce coma fut l’occasion pour lui de pénétrer un peu plus avant dans le mystère troublant de la destinée de l’homme. Mgr. Tchidimbo raconte dans son livre: «Ce que j’ai vécu tout au long de ces quatre jours pendant lesquels il me fut donné de côtoyer les frontières de l’au-delà, c’était d’abord l’impression de me trouver dans l’obscurité la plus totale, avec au cœur le sentiment d’une terrible insécurité.

Puis s’établit en votre âme une intense lumière d’où émerge la claire vision de votre existence comme dans un film. La vue de ma vie d’homme responsable déclencha en moi une espèce de panique suivie immédiatement de la tragique interrogation: ‘Dieu est-il encore assez bon et miséricordieux pour pardonner tant de péchés?’ Et ce jugement, contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas Dieu qui le prononce.

C’est nous-mêmes. Ainsi, à l’heure de la mort, le combat intérieur est une réalité dont on ne parle malheureusement pas souvent, tant on a peur d’aborder tout sujet qui touche à l’au-delà.» Remis de son coma, les malheurs de l’évêque ne s’arrêtèrent pas là. La Commission du Tribunal révolutionnaire était toujours là, à la recherche d’un chef d’accusation – ne fût-ce que d’un seul – pour justifier la détention.

Ce chef d’accusation fut aussitôt trouvé: trafic de devises avec un sujet allemand, Adolf Marx, directeur de l’unique brasserie de la Guinée. Oui, c’était vrai! Mgr Tchidimbo le reconnut. Au vrai, c’est le gouvernement guinéen qui le poussa à le faire. En effet, de 1968 jusqu’au jour de son arrestation en 1970, le gouvernement devait à l’archidiocèse de Conakry une rondelette somme de plus de 23 millions de francs guinéens pour exécution de divers travaux de menuiserie, imprimerie, maçonnerie,…

Comment donc allait vivre la chrétienté catholique quand il fallait entretenir prêtres, sœurs, ouvriers, œuvres pastorales, biens meubles et immeubles, et tutti quanti? Ainsi, avec cette histoire de devises, une charge était enfin retenue contre Mgr. Raymond Marie Tchidimbo: condamnation à perpétuité…

Monzemu Moleli L.

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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