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Diallo Telli,

L’aveu en Guinée

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Dans ce billet tiré de son livre, Mort de Diallo Telli, Premier Secrétaire de l’organisation de l’unité africaine, Amadou Diallo nous explique comment il a été contraint d’avouer des crimes qu’il n’a jamais commis. Le but de cet « aveu » était d’accuser des personnalités ignares de ce qui se tramaient à leur insu contre elles. C’est sur la base de ces aveux extorqués qu’est né le « complot peul » le dictateur a attribué principale responsabilité à  Diallo Telli. L’auteur n’a fait que lire une liste de personnes établie par le tyran Sékou Touré, dont il ignorait même certains noms.

Au début de la deuxième quinzaine de juillet 1976, « j’avoue ». J’ai comploté avec les quatre-vingt-dix personnes inscrites sur la liste. Il convient de noter que le nom de certaines d’entre elles m’est parfaitement inconnu. Dès lors, il ne me reste plus qu’à composer – sur les directives de Sékou Touré et par l’intermédiaire de Siaka qui faisait la navette entre Boiro et la présidence — un faisceau de « preuves » de la participation de X, Y ou Z au vaste complot Telli.

J’écris sous la dictée de Siaka, lequel se conforme attentivement à des notes manuscrites. Je crois en reconnaître l’écriture : celle de Sékou Touré.

Chaque élément du puzzle que nous élaborons est soumis au chef de l’Etat pour lecture et approbation. Lorsque notre « travail » ne lui convient pas, nous recommençons.

« Le Président n’est pas satisfait. Il trouve que c’est de la littérature. Il faut refaire. » Après chaque séance, la déposition est dactylographiée et quelle que soit l’heure, généralement tardive, elle file directement à la présidence.

Ainsi, sous la dictée de Siaka, j’ai écrit que, plus jeune, j’avais fréquenté l’Ecole de Saint-Cyr en France, école où je n’ai jamais mis les pieds.

Ce brillant passé militaire qui m’était attribué devait rendre crédible mon rôle d’intermédiaire entre Diallo Telli et l’opposition en vue d’un changement de régime. J’ai écrit que le coup d’Etat devait être réalisé par une partie de l’armée guinéenne et par des mercenaires basés à Dakar et à Abidjan. Ayant eu connaissance, grâce aux aveux du capitaine Lamine Kouyaté, de cette somme de dix millions de F CFA que nous réclamions à l’opposition extérieure, Siaka m’y fit faire allusion, mais cette fois pour préciser qu’elle serait utilisée dans le complot Telli.

Il me demanda de définir le rôle qu’après le changement de régime Telli devait jouer à la tête de l’État. Son programme politique devait viser à l’instauration du capitalisme. Enfin, je dus écrire que nous avions envisagé d’accomplir une série de meurtres contre le chef de l’Etat, son épouse, Mamadi Keita, Ismael Touré, Siaka lui-même et d’autres personnalités encore. Parallèlement à ces activités d’intermédiaire entre Diallo Telli, Siradiou Diallo et d’autres membres de l’opposition, et toujours selon mes « aveux », j’avais été recruté par les services de renseignements français qui me versaient des sommes folles. J’ai noirci des dizaines et des dizaines de feuilles de papier, après des séances de tortures qui me laissaient épuisé.

A la fin, j’ai signé un récit qui faisait de Diallo Telli l’âme d’un complot visant au renversement du régime actuel et devant faire de lui le futur Président de la République. On m’a alors présenté à la commission « complot Telli » composée de :

  • Moussa Diakité, membre du BPN (Bureau politique national), super-ministre d’un domaine couvrant l’Intérieur et la Justice
  • Kera Karim, ministre de l’Intérieur, membre du Comité Central du Parti
  • Mamma Tounkara, ministre-délégué à Faranah
  • le commandant Toya Condé, membre de l’Etat-Major interarmes et aujourd’hui chef d’Etat-Major des armées (grade de général)
  • le lieutenant Bayo Ibrahima, chef d’Etat-Major de la Milice
  • Guy Guichard
  • Konaté du ministère de l’Intérieur
  • Dieng Amadou, secrétaire fédéral de Labé et quelques autres dont j’ai oublié le nom.

Ces hommes qui avaient tous la confiance du Président Sékou Touré étaient chargés de fixer les tenants et les aboutissants du complot afin de le rendre crédible aux yeux des Guinéens et de l’opinion internationale. En somme, ils étaient les théoriciens du complot permanent.

C’est devant cette commission que j’ai revu le capitaine Lamine Kouyate. Très éprouvé par les tortures subies, Lamine était effrondré. Siaka lui a demandé de se comporter en officier même si les douze balles l’attendaient au sortir.

Lamine s’est ressaisi et m’a dit : « Amadou, je regrette que tout le monde ne soit pas en mesure de jouer son rôle dans cette affaire. Malgré ma fidélité au responsable suprême de la Révolution et à son peuple, pour des actions récentes Moussa Diakité a décidé de me tuer. Etant militaire et officier de surcroît, je suis plus près de la peine capitale, entraînant une exécution immédiate, que toi. Comme par le passé, je te confie Paty, sa mère et mes enfants. » Que voulait dire Lamine en regrettant le comportement de certains ? Je me suis souvent posé la question depuis.

Faisait-il allusion à des hommes comme le colonel Diallo ou Sikhé Camara, ministre de l’Enseignement supérieur, tous deux sympathisants du RDR et dont la découverte du complot n’a pas mis la vie en danger. Tout au contraire même pour le ministre, puisqu’en remplacement de Telli il est devenu ministre de la Justice après avoir été élevé au rang de Docteur en droit par le Bureau Politique National.

Quant au colonel Lamine Diallo, il a été mis à la retraite anticipée. Quel acte obscur a-t-il valu à l’un sa promotion sociale, à l’autre d’avoir été épargné ? Cette question, après des années passées au camp Boiro, après la mort du capitaine Lamine Kouyaté des suites de la diète noire, enfin après l’assassinat de Diallo Telli et de ses compagnons, je me les pose et les pose publiquement.

Après mes aveux, ont été arrêtés :

  • Diallo Telli et des personnalités telles que
  • Dr. Alpha Oumar Barry, ministre du Domaine des Echanges, ami intime de Telli
  • Alioune Dramé, ministre du Plan et des Statistiques, ami lui aussi de Telli
  • Camara Sékou dit Philo, ancien ambassadeur de Guinée en Algérie
  • Sy Savane Souleymane, inspecteur d’Etat,
  • Lieutenant Alassane Diallo, officier du camp Samory
  • Hadja Bobo Diallo

C’est-à-dire à partir du 24 juillet et des jours qui ont suivi.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Camp Boiro

Guinée Visite au camp Boiro : de la  » cabine technique  » à la  » diète noire « …

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Entrée du camp Boiro. Photo Wikipedia
Le 11 avril 1984, soit une semaine après l’ouverture des camps de concentration que le tyran Sékou Touré avait érigé à travers le pays, le journaliste sénégalais Kader Diop avait écrit cet article pour le quotidien français Le Monde., après avoir visité le camp Boiro.

Les séances de torture, au camp de Boiro, à Conakry, où des centaines de Guinéens ont perdu la vie pendant les vingt-six ans de règne de Sekou Touré, duraient de trois à six heures par jour pendant six jours, ont raconté, lundi 9 avril, d’anciens gardiens de ce camp, visité pour la première fois par les journalistes.

À la suite de l’un des vingt  » complots  » que  » dévoilait  » périodiquement Sekou Touré, l’accusé était  » accueilli  » dans le camp par un  » comité révolutionnaire », dont les membres les plus connus étaient Siaka Touré, ancien commandant du camp Boiro, ex-ministre des transports, et Ismaël Touré, ex-ministre des mines, respectivement neveu et demi-frère de l’ancien président. Ceux-ci étaient chargés de déterminer les « moyens » à utiliser pour obtenir des aveux.

Ces  » moyens « , – torture, sévices, humiliations – étaient d’abord employés dans la « cabine technique « . Dans cette salle rudimentaire, ont raconté les anciens prisonniers, une corde servait à pendre le détenu par la taille, de manière à lui « griller un peu le corps  » pour le faire avouer. Le prisonnier, s’il refusait, recevait les décharges électriques d’un générateur actionné par une manivelle.

Le camp est aujourd’hui vide de prisonniers, avec comme seuls occupants les anciens gardiens restés sur place après l’avènement du régime militaire.

Les derniers détenus ont été libérés après le coup d’État du 3 avril. Selon les registres, ils étaient cent trente-quatre, dont deux femmes. Les prisonniers libérés ont été remplacés durant quelques jours par les anciens dirigeants guinéens arrêtés après le coup d’État, ceux-ci étant ensuite transférés ailleurs, car le nouveau régime est soucieux de son image humanitaire.

Selon les gardiens, les accusés étaient mis à la  » diète noire  » – sans nourriture ni eau – dans de minuscules cellules sans lit et sans couverture, mal éclairées par un petit trou fait dans le mur.

Une soixantaine de cellules du même genre constituent la prison du camp Boiro. Dans chacune d’elles s’entassaient cinq à six détenus couchant à même le sol. Ils mouraient lentement d’inanition, des suites de sévices ou de maladie, ou devenaient aveugles à cause de l’obscurité, ou paralysés, en raison de l’humidité. C’est, confirment les gardiens, dans la cellule 49 qu’est mort Diallo Telli, ancien secrétaire général de l’organisation de l’unité africaine (OUA), accusé de complot en juillet 1978.

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Kader Diop, était un journaliste sénégalais. Il a été  formateur à l’école de journalisme de l’université Cheikh Anta Diop et Chef adjoint du Bureau de l’Agence France presse (Afp) à Dakar. Il est décédé le 23 juillet 2020 à l’âge de 77 ans

Voici ce qu’avait écrit de lui le media en ligne .lequotidien.sn en guise de nécrologie: « La rigueur dans le travail en bandoulière, le sens des responsabilités dans sa mission, une loyauté indéfectible, Kader Diop fait partie de ces hommes qui auront marqué à tout jamais la presse sénégalaise »

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Diallo Telli,

« Les colons étaient plus africains que nous ». Partie I

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[box type= »shadow » ]Ce billet est la première partie d’un entretien, d’une durée initiale de trois heures, que Mme Kadidiatou Diallo Telli a accordé à Mme Pascale Barthélémy dans le cadre de sa thèse de doctorat publiée sous le titre Africaines et diplômées à l’époque coloniale (1918-1957), Rennes, PUR, 2010.

L’entretien en entier a été publié sur journals.openedition.org Mme Pascale Barthélémy est Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, ENS de Lyon et auteure de plusieurs ouvrages sur les intellectuelles africaines. Vu sa longueur, je l’ai divisé en 3 parties. Celle-ci est la première partie. Les autres parties seront mises en ligne le 30 août et le 10 septembre 2020. [/box]

Lorsqu’elle nous reçoit à Conakry, en république de Guinée, ce 22 janvier 2002, Mme Kadidiatou Diallo prépare la commémoration de la « journée des pendus » au cours de laquelle, le 25 janvier 1971, de nombreuses personnes furent exécutées par pendaison à travers toute la Guinée, sur ordre du président de la République Ahmed Sékou Touré.

Mme Diallo Telli a déjà accordé de nombreux entretiens à des journalistes qui l’ont interrogée sur son époux, Boubacar Diallo Telli, une des plus célèbres personnalités de l’histoire politique contemporaine de l’Afrique. Ancien élève de l’École normale William Ponty, diplômé de l’École nationale de la France d’outre-mer, représentant de son pays aux Nations unies et ambassadeur aux États-Unis, premier secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine, où il officia pendant huit ans, de 1964 à 1972

À son retour en Guinée, ministre de la Justice, il fut arrêté en juillet 1976 et mourut au Camp Boiro, ancienne caserne militaire devenue prison politique, le 1er mars 1977.

Cependant, ce n’est pas – seulement – la femme de Diallo Telli que nous venons voir mais l’une des premières filles scolarisées de sa famille, née en 1928 dans un petit village du Fouta Djalon, devenue élève à l’École normale de jeunes filles de l’AOF avant d’abandonner son métier pour endosser le rôle d’une femme de diplomate.

A : Si vous le voulez bien, avant que l’on parle de vos années à l’École normale de Rufisque et de votre carrière, j’aimerais que vous m’expliquiez un peu d’où vous venez, quelles sont vos origines familiales et sociales et comment vous êtes allée à l’école.

B : Ah ! C’est une affaire très compliquée ça. Parce que je suis née à Sampiridji. C’est un petit village au nord de la Guinée. Mon père était un chef de village, administrativement responsable d’un certain nombre de villages, et à l’époque on commençait à ouvrir les écoles aux filles et son chef, le chef de canton, a décidé que l’on inscrive les filles à l’école, et que chaque chef de village devait envoyer une fille à l’école. Donc c’était pratiquement obligatoire, j’étais la seule qui… je suis l’aînée de ma famille – j’étais la seule qui avait 7 ou 9 ans à l’époque, mon père était bien obligé de me scolariser. Donc, on a été obligé de me confier à une famille au village où y’avait l’école, et j’ai commencé là, j’ai fait trois ans dans cette école-là, j’ai du déménager à Labé pour faire les trois autres années.

Et après ça, il y a eu le certificat d’études et j’ai réussi un concours, et je suis allée à l’École primaire supérieure ici. Vous avez peut-être vu Conakry un peu, c’est la petite école en face du château d’eau, on nous appelait d’ailleurs “les jeunes filles du château d’eau”. J’ai fait là deux ans et j’ai préparé l’École normale de Rufisque. J’ai réussi à l’examen et j’ai intégré en octobre 44.

A : Du côté de votre père donc c’était une famille de chefs, lui-même avait été à l’école ?

: Non non non, mon père n’est pas allé à l’école, ma mère non plus d’ailleurs.

A : Quel était le nom de votre père ?

B : Diallo Hamady Diari, élu chef à Samantan2. Ma mère a des origines très islamiques, de Daralabé, c’est dans Labé, à la frontière avec Pita. Du côté de sa mère, de la famille religieuse de Koumba, installée là-bas, et ça c’est vraiment une branche très religieuse, ils n’ont pratiquement pas, au début, mis leurs enfants à l’école, et là maintenant y’en a qui ont des hauts fonctionnaires mais au début ils avaient refusé d’envoyer leurs enfants à l’école. Maintenant ils ont des hauts fonctionnaires, enfin tout a changé, tout a changé.

A : Vous étiez l’aînée ?

: Je suis l’aînée ! Je suis l’aînée des enfants. Quand on a demandé des garçons, mon père n’en avait pas, on a pris des garçons des responsables du village, on les a mis à l’école, et maintenant quand on demande des filles j’avais déjà l’âge d’aller à l’école. On m’a inscrite surtout parce que le chef de canton en visite là m’avait vue, et il avait dit à mon père “c’est mon fils qui l’épousera” or son fils faisait l’école alors quand on a dit “les filles à l’école”, il a dit à mon père tout de suite “ah ! Ma bru doit aller à l’école puisque mon fils est là-bas”. Mais bien sûr ça n’a pas marché (rires). Parce que lui il a abandonné tôt et que moi je n’ai pas voulu abandonner tôt.

A : Et vous vous souvenez de l’effet que ça vous a fait d’aller à l’école ? Est-ce que vous étiez inquiète, contente, parce que vous n’avez pas choisi malgré tout ?

: D’abord j’étais très jeune et j’ai souffert du fait que l’école se trouvait à 30 kilomètres de chez moi et que par conséquent donc il fallait partir et que j’abandonnais tous les miens et j’allais dans une famille que je ne connaissais pas auparavant. Donc j’ai eu cette rupture familiale, mais apparemment ça ne m’a pas laissé de traumatisme.

Je me suis entendue avec la dame chez qui j’étais là-bas, et puis à l’école, ça a cliqué tout de suite, donc vraiment je n’en ai pas souffert. Bon, quand je suis venue à Labé c’était plus difficile parce que je faisais encore 60 kilomètres de plus et là je suis tombée dans une famille très très très gentille mais malgré tout, là j’ai senti l’exil vraiment ! J’ai fait là trois années et chaque fois qu’il y avait même un long week-end, je retournais, je revenais chez mes parents, ça me faisait 80 kilomètres à pieds mais je préférais venir faire deux, trois jours à la maison (rires).

A : Et votre maman, j’imagine que vues ses origines elle ne voyait pas d’un très bon œil peut-être que vous soyez scolarisée ?

B : On lui a imposé ! Elle ne voulait pas, on lui a imposé.

A : Et votre père avait d’autres épouses ?

: Il avait quatre autres, quatre autres.

A : Et est-ce que vous savez, est-ce que tous les enfants ont été scolarisés ?

: J’ai fait un gros effort, plus de la moitié sont allés à l’école. D’abord chez ma mère j’ai mis tout le monde à l’école parce que j’ai réussi à convaincre ma mère, à un certain moment quand la dernière partait, elle m’a dit “maintenant je reste ici, comme une femme qui n’a jamais eu d’enfant”.

Je suis allée chercher une petite cousine chez ses frères, je suis venue la prendre, je suis venue la chercher et je suis partie avec et je l’ai donnée à ma maman.

A : D’accord. Et vous êtes combien d’enfants de même père, même mère ?

B : De même mère nous avons été huit mais y’a que trois qui sont vivants encore.

A : D’accord. Et donc les huit de votre mère sont allés à l’école ?

B : De même maman, non, y’en a quatre qui sont morts très jeunes mais les quatre autres sont allés à l’école. J’ai ma sœur qui vient après moi, qui vient de prendre sa retraite, elle travaille au PNUD et l’autre sœur est mariée à Montréal, elle a un jardin d’enfants dans la ville de Montréal, qu’elle gère encore. Et mon frère qu’on a perdu il y a une dizaine d’années était allé à l’école un tout petit peu, il s’est consacré à l’agriculture, il nous a laissé onze enfants que nous avons encore (rires). Ma sœur aussi, ma sœur a une maîtrise en lettres anglaises, qui est à Montréal.

A : Donc vous avez ouvert la voie en quelque sorte ?

B : J’ai ouvert la voie, même mes demi-frères et demi-sœurs j’ai mis, tous ceux que j’ai pu mettre à l’école je les ai mis à l’école. Y’en a beaucoup qui ont réussi à s’en tirer. Mais vous savez que, ce qui arrive c’est que moi mon père m’a toujours encouragée à rester à l’école, ma mère n’a jamais fait pression sur moi pour que je sorte, mais l’entourage, leurs frères, leurs sœurs, chaque fois que je viens en vacances, ils ont l’impression que je suis rentrée définitivement et puis alors quand on commence à préparer le départ, bon je fais quelques provisions, ceci et cela, alors on venait voir mon père “tu vas la laisser partir encore cette fois-ci, toutes ses camarades sont mariées, y’en a qui ont des enfants, tu vas la laisser partir encore !”

Alors, c’était très difficile pour mon père et ma mère de leur faire comprendre qu’ils étaient d’accord pour que je parte, alors ils disaient toujours “ah vous savez, les enfants de maintenant, ils n’écoutent pas ce qu’on leur dit” (rires). Alors quand je venais lui dire au revoir maintenant, la dernière conversation avant que je parte, il me dit “tu as vu ton cousin untel est avec toi là-bas, ton cousin untel est avec toi là-bas, ton cousin untel est avec toi là-bas”, c’est une compétition, nous allons voir qui va l’emporter et je partais tranquille (rires). Je partais tranquille, ils n’ont jamais fait pression sur moi pour que j’abandonne.

A : Et j’imagine qu’il y avait des prétendants qui faisaient pression aussi ?

B : Oh oui, y’a des prétendants bien sûr, y’a des prétendants. Il y a eu une bataille terrible pour me marier parce que vous savez en Afrique, plus la fille s’en va, plus un certain nombre de personnes se disent “elle est perdue pour moi”, “elle va viser plus haut” donc y’a des freins, des freins énormes : des cousins, des voisins, quelquefois même des enseignants, qui cherchent à vous bloquer à un certain moment parce qu’ils se disent “elle va m’échapper, ou elle va échapper à mon frère” alors ils cherchent à vous bloquer.

A : Et au moment où vous étiez à l’EPS alors, qui est-ce qui a décidé de vous faire présenter plutôt le concours de l’École normale plutôt que le concours de l’École de médecine ?

B : Ça a été pour moi une option, la médecine ça me faisait un peu peur, le sang, ça me faisait un peu peur et puis l’atmosphère du collège je la préférais à l’atmosphère de l’hôpital, donc j’ai pas hésité du tout, j’ai choisi l’École normale.

A : Et est-ce que pendant votre enfance et votre adolescence vous aviez eu autour de vous des exemples d’institutrices qui étaient déjà revenues de Rufisque ou bien de sages-femmes, des personnes qui auraient déterminé un peu votre vocation?

B : Vous savez, quand je suis arrivée à l’EPS ici, les premières promotions des élèves de Rufisque venaient de sortir, donc à l’EPS j’ai eu comme professeur d’éducation physique Kadé Sissoko3. C’était elle notre première surveillante à l’EPS et puis notre professeur d’éducation physique. Ensuite j’ai eu Mme Sultan4 également comme professeur d’éducation physique, elle était toute jeune, elle venait de sortir de l’École, aucune n’était mariée encore. Bon, elles nous parlaient beaucoup de Rufisque. Bon, les sages-femmes on n’avait pas beaucoup de contacts avec elles mais elles, les institutrices, elles nous ont encouragées, elles nous ont vanté l’École normale de Rufisque, la ville même, donc c’était un peu un appât.

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Kadidiatou Diallo Telli

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Camp Boiro

Le faux témoignage qui emporta El Hadj Boubacar Telly Diallo

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Le 25 mai est la journée mondiale de l’Afrique célébrée pour marquer la signature des accords d’Addis-Abeba pour sur la création de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) devenue Union Africaine.

Cette année aussi les dirigeants africains célèbreront cette Journée tout en oubliant qu’après avoir été jeté nu dans une cellule jusqu’à ce que mort survienne au Camp Boiro, le premier  Secrétaire général  de l’OUA, Elhadj Boubacar Telli Diallo git toujours dans une fosse  non identifié. 

Dans ce post repris du livre de son livre La mort de Diallo Telli: 1er Secrétaire général de l’O.U.A. (Organisation de l’unité africaine), Amadou Diallo nous présente comment il fut prélevé de sa cellule pour être confronté avec El Hadj Diallo Telly Diallo sur qui il avait dit tous les mensonges que ses tortionnaires avaient fabriqués contre cette éminente personnalité.

 

J’appris par la suite que depuis avril 1976, c’est-à-dire depuis mon arrestation, Siaka avait assisté à tous les conseils de ministres à la seule fin de surveiller Telli. C’est Siaka lui-même qui me l’a dit. De même qu’il m’a répété à plusieurs reprises entre le 24 juillet, date de l’arrestation, et le 11 ou 12 août, fin de sa première diète noire, que Telli refusait d’avouer. En même temps que la diète noire, Diallo Telli subissait les interrogatoires dans la cabine technique. Voulant absolument obtenir de lui qu’il admette sa « trahison », le chef de l’Etat en personne demanda à ses exécuteurs des basses besognes que lui soient appliquées plus fréquemment et plus longuement les électrodes sur les parties génitales. Jusqu’à ce qu’il cède. Ce traitement inhumain lui a été infligé pendant dix-neuf jours. Pendant dix-neuf jours Telli résista.

Affolés par les coups de fil intempestifs du Président et désorientés par la résistance de Telli, Moussa Diakité et Siaka Touré firent alors une fausse manœuvre. Afin de convaincre leur prisonnier de collaborer, ils crurent bon de lui faire savoir que son arrestation avait été décidée depuis longtemps déjà. Pour étayer cette affirmation, ils lui révélèrent l’existence depuis 1974 d’un rapport rédigé par M. Martin, Procureur de la République. Telli leur dit qu’il connaissait l’existence de ce rapport et insista auprès d’eux afin qu’ils obtiennent du Président qu’il informe objectivement l’opinion publique sur l’origine réelle du complot.

En clair, Telli refusait de laisser croire à tout le Fouta Djallon que son arrestation et sa mort probable étaient imputables à l’un de ses fils, c’est-à-dire à moi-même. Malgré ses souffrances, Telli était décidé à ne pas céder. Il ne voulait pas être complice de la politique de division et de diversion menée en Guinée depuis 1958.

Pour Sékou Touré le but à atteindre était simple : ses collaborateurs devaient concentrer leurs efforts sur la mise en lumière d’une alliance entre Telli et Siradiou Diallo par l’intermédiaire du jeune Amadou de la SOGUIFAB. L’existence et les activités du RDR, trop peu connues du public, devaient rester dans l’ombre.

Informé du piétinement de l’enquête, Sékou Touré désapprouva l’initiative de ses collaborateurs. Ceux-ci parvinrent cependant à le convaincre qu’avec Telli il convenait d’aller droit au but si on voulait obtenir de lui une déposition qui aille dans le sens souhaité. Pressé de parvenir à ses fins, Sékou Touré ordonna alors que Telli et moi soyons confrontés en présence de Moussa Diakité, assisté de Siaka Touré et de Manma Tounkara.

Un soir du mois d’août, vers 22 h, l’adjudant-chef Bembeya vient me prendre dans ma cellule pour me conduire devant le Comité Révolutionnaire. Siaka désire me voir car, paraît-il, il s’inquiète de mon état de santé, de mon alimentation, etc. Je lui réponds que depuis trois mois, lui et moi, nous nous retrouvons régulièrement dans la cabine technique où, sous ses ordres et même par sa main, le courant n’épargne ni mes oreilles, ni ma bouche, ni mon sexe. Il peut donc disposer de moi comme il l’entend sans se fatiguer à tenir des discours inutiles.

Sans opposer la moindre résistance, je prends place à ses côtés dans une des voitures de luxe mises à la disposition de Siaka et nous faisons le trajet du bloc au bureau du Comité Révolutionnaire. Sans escorte cette fois. Dès notre arrivée, Siaka évoque les nombreuses démarches que ma mère et ma soeur Diamy ont effectuées auprès de lui afin d’avoir des informations de première main. Il conclut sa littérature sentimentalo-policière en m’annonçant que je vais être confronté à Diallo Telli. « Il n’est pas question de faire marche en arrière et de te dédire. Tu dois maintenir tes aveux. Que ce soit entendu. » Et il sort me laissant en présence de Moussa Diakité. Les autres collaborateurs du Maître de Boiro sont présents.

A la perspective de cette confrontation avec l’homme qu’on m’a forcé à dénoncer, je tremble de tous mes membres. Je demande une cigarette. L’attente ne dure pas plus de cinq minutes. Cinq minutes qui me paraissent une éternité.

Je fume encore lorsque Diallo Telli entre, escorté par plusieurs gardes et l’adjudant-chef Leno. Il est vêtu de son ensemble trois poches de couleur grise dans lequel il avait été arrêté. Son visage accuse les souffrances subies. Ses bras portent les blessures faites par le fil électrique avec lequel sont attachés les interrogés de la cabine technique. Je savais que Diallo Telli avait été torturé mais d’en avoir la preuve me donne un choc. Malgré son épuisement son attitude reste digne. Il se dirige vers moi. Très vite je me lève et jette ma cigarette. Il me serre la main, la garde quelques instants dans les siennes et s’enquiert de mon état de santé.

Siaka qui, à l’arrivée de Telli, a réintégré le bureau, nous demande de nous asseoir.

Puis se tournant vers Telli, il lui dit :

— « Voici Amadou qui a avoué que tu étais l’âme du complot. Et tu refuses de le reconnaître ! » Telli sourit et répond qu’il est sûr que je n’ai rien contre lui.

— « C’est vrai que je suis lié à sa famille ; mais lui est très jeune. Nous n’appartenons pas à la même génération et par conséquent nous ne nous fréquentions pas. Il est donc inutile de s’étendre sur le sujet. Je ne voudrais pas qu’après ma mort Amadou ait sur la conscience une responsabilité quelconque dans ce qui m’arrive aujourd’hui. Donc, cela suffit. A présent j’ai tout compris. »

Siaka lui demande alors s’il accepte d’aider la Révolution. Telli lui dit qu’il est inutile de continuer la torture.

— « Cela veut donc dire que tu acceptes ? » insiste Siaka.

Telli :

— « Oui, mais à condition que le Président accepte de publier ma vraie déclaration. » Siaka entame alors un long discours sur le complot peul :

— « Le Président a l’impression que vous, les Peuls, vous avez une haine contre lui. Votre haine vous fait oublier que c’est l’Almany Samory Touré qui s’est opposé, seul, à la colonisation française en luttant avec de faibles moyens contre une grande armée coloniale.

Après soixante années de colonisation, le Président Sékou Touré a libéré la Guinée grâce aux lutte du PDG. Dans son humanisme naturel, le Président a intégré tous les cadres peuls qui s’étaient opposés à la dignité de la Guinée et leur a accordé des postes de gouverneurs, d’ambassadeurs et de ministres. Mais n’étant pas originaire de la Guinée, vous voulez la détruire et aller ailleurs. En tout cas, l’Histoire s’interroge sur votre patriotisme. Comme vous le savez, moi-même, j’ai fait une partie de mes études à Grenoble d’où j’ai été renvoyé à cause des luttes pour l’indépendance. C’est ainsi que j’ai été amené à embrasser la carrière militaire en URSS.

Par un côté de ma famille, je peux me réclamer des Peuls. C’est pourquoi je vous vois dans cet état avec beaucoup de peine. Mais mon travail m’oblige à obtenir de vous toute la vérité sur ce complot. Je ne veux pas entendre parler d’un certain RDR. Tous les complots auxquels nous avons eu à faire face jusqu’ici ont pris leur source à Paris. Nous connaissons parfaitement tous vos hommes à l’extérieur. Nous connaissons la plus grande de vos organisations. Nous recevons même ses publications. Nous ferons tout pour éviter la situation de 1971 où des gens mourraient dans la cabine technique avant d’avoir aidé la Révolution. Tous mes hommes sont ici, ils vous écoutent. Ils n’auront pas besoin de me consulter pour agir. Je laisse la parole au président de la commission. »

Moussa Diakité prend alors la parole :

— « Siaka nous a beaucoup facilité la tâche. Je ne reviendrai pas sur ce qu’il a dit, mais j’insisterai sur un point. Comme l’a si bien dit Siaka, nous sommes tous des Peuls. C’est bien dommage que ce soit dans ce genre de cadre que nous évoquions ce grand lien qui devrait nous rapprocher les uns des autres ?

Telli, en ma qualité de président de cette commission, le chef de l’Etat me charge de te remettre son engagement écrit concernant l’orientation que tu veux donner à ta déposition. Parallèlement, il te demande pour l’amour de Dieu de nous décrire les circonstances dans lesquelles Amadou et toi avez jeté les bases de ce complot. Pour te dire jusqu’où le chef de l’Etat te respecte et le désir qu’il a de te récupérer, il t’autorise à lui téléphoner du bureau de Siaka. Dans ces affaires, le chef de l’Etat a eu de très grands amis égarés mais avec eux il n’est jamais allé aussi loin qu’avec toi. Tu connais son numéro de téléphone. Va avec Siaka car il y a longtemps que le chef de l’Etat t’attend. »

Siaka quitte la pièce. Au bout de quelques instants il revient et déclare que le chef de l’Etat attend Telli au bout du fil. Telli et Siaka sortent ensemble. Nous attendons environ un quart d’heure. Puis ils reviennent tous deux. Telli dit à Moussa Diakité :

— « Moussa, toutes les conditions sont réunies pour empêcher un chef d’Etat de mentir, malheureusement la plupart d’entre eux mentent. J’accepte la proposition. Je suis entièrement. à votre disposition à partir de maintenant pour signer et enregistrer la déposition que vous avez rédigée, vous-mêmes. Par ailleurs, Amadou étant un fumeur, je demande à Siaka de lui fournir régulièrement des cigarettes et du lait par l’intermédiaire de Mamadou Fofana qui assure la gestion de vos magasins. Dans l’immédiat, donnez-lui à manger. »

Siaka dépêche Léno qui nous apporte du foie de porc grillé, de la bouillie de riz arrosée de lait caillé et du pain. Telli, ne consommant pas de viande de porc, ne prend qu’un peu de bouillie et de pain.

On nous ramène ensuite au bloc pénitentiaire.

Le principe du complot étant admis, il fallait peaufiner la rédaction de l’aveu. Ce fut le rôle de la commission présidée par Moussa Diakité. Cette commission comprenait plusieurs groupes de travail chacun animé par un homme de confiance du chef de l’Etat. Il y avait Moussa Diakité, Kera Karim, Siaka Touré et le lieutenant Kissi.
J’ai été confronté plusieurs fois encore à Telli. Ces confrontations visaient à faire coïncider mes aveux avec ceux de Telli et ses amis et avec ceux d’autres personnes qu’à son tour il avait dénoncées et qui étaient inscrites sur la liste. Dans ce complot la majorité des accusés appartenaient à l’ethnie peule.

Entre chaque passage devant la commission, Telli devait compléter par écrit certains chapitres de sa déposition. Pour ce faire on lui a remis une pile de feuilles de papier, des crayons à bille et on a fait apporter dans sa cellule une petite table qui appartenait à un autre détenu 1. Telli utilisa une partie de ces feuilles à la rédaction de sa déposition qui devait être enregistrée et diffusée à la radiodiffusion nationale une fois qu’elle eut été approuvée par le chef de l’Etat.

Il est à noter que c’est par le biais des agents et officieusement que nous apprenions la diffusion des « aveux ». Car de même que nous étions laissés dans l’ignorance de la peine à laquelle on nous avait condamnés, nous devions méconnaître ce qui se passait à l’extérieur.

L’autre partie des feuilles, Telli la consacra à une correspondance qu’il entretint avec le chef de I’Etat et à la rédaction de l’authentique déclaration qu’il voulait laisser à la postérité. Au début, il espérait que Sékou Touré accepterait de publier un rectificatif aux aveux qui lui avaient été extorqués, mais les jours passant, il comprit que le président guinéen ne lui avait fait de vagues promesses au téléphone et par écrit (voir lettres qui suivent) que pour obtenir une déposition à sa convenance, mais que jamais il ne publierait la vérité. Diallo Telli acquit aussi très vite la certitude qu’il ne sortirait pas vivant.

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Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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