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Camp Boiro

Sékou Touré en Aout 1976 aux Guinéens « EGORGEZ LES PEULHS, NOUS ASSUMONS ! »

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Ce discours nous a trouvé à Abidjan, étudiant à l’Institut d’Ethnosociologie de Cocody. Nous, Guinéens nous retrouvions en masse à la Cité Universitaire du Plateau, alors en activité. Autour du thé/café et de la belote. En compagnie de nombreux Ivoiriens. 

Dans notre génération on ne parlait pas d’ethnies ou de tribalisme… 

Il y a plus de 44 ans, les 6, 21 et 27 Août 1976, Sékou Touré, à travers des discours radiodiffusés, reproduits dans les Journaux du PDG/RDA et déclamés lors de Conférences à travers toute la Guinée, déclarait la guerre aux Peulhs ! Rien que ça ! Une guerre qui, à l’image de sa Révolution fut globale, multiforme et transcroissante…

  • Ce qui suit est l’extrait d’une analyse sommaire des discours qui sont le point culminant des crimes commis par le PDG. Les discours sont indigestes et typiques de la propagande du PDG. 
  • Cependant, même dans l’abondante logorrhée de Sékou Touré, ils constituent un témoignage éloquent de la faillite politique du PDG et de la nécessité d’extirper son héritage de notre pays.

 Malgré leur caractère irrationnel et les raisons qui les expliquent, ces discours ont une portée historique profonde dans la mesure où ils ont permis de révéler sa vraie nature.

Ils contredisent et ruinent pour toujours la propagande dont se gargarisait Sékou Touré – révolution, nation, unité et émancipation africaine.

Ils sont antiscientifiques car la notion de race ne tient pas surtout quand on parle d’une ethnie africaine.

Leurs postulats historiques sont mensongers et montrent l’ignorance que Sékou Touré avait réussi à masquer par ses logorrhées verbales.

Les mensonges qui parcourent les discours montrent une ignorance totale de l’histoire des interactions nationales et des luttes hégémoniques dans l’Afrique de l’Ouest voire de l’histoire tout court.

Les motivations qui animent Sékou Touré sont au-delà des antagonismes politiques. Elles révèlent une mauvaise foi intrinsèque de l’homme et un esprit rongé par des phobies maladives. Elles sont fondées sur des complexes psychologiques que, ni la fonction de premier président du pays, ni les acclamations de l’Afrique ignorante de sa nature, n’avaient en fin de compte pu tamiser.

Si ces discours ne sont pas enseignés et expliqués de façon continue, toute ces significations vont être perdues

LA « SITUATION PARTICULIERE DU FOUTAH »

  • Le vocable « Situation Particulière du Foutah » singularise et indexe la région et ses habitants.
  • Il se veut un euphémisme pour minimiser les attaques de Sékou Touré contre les Peulhs.

                        EXTRAITS ET ANALYSES

Extrait #1 : Le Foutah était une région de débauche, d’alcooliques et de voleurs avant l’arrivée du PDG « …….En effet, l’on sait qu’à la naissance du Parti Démocratique de Guinée, le Foutah était menacé, tragiquement menacé de nombreux travers sociaux. Nous avions visité cette province guinéenne de long en large et nous nous étions aperçu que l’alcoolisme menaçait, réellement la population du Foutah, y compris les marabouts qui remplissaient leurs bouilloires de bière ou de vin. Ne parlons pas des jeunes et encore moins des intellectuels : consommer l’alcool était devenu alors, le critère de l’évolution à l’époque. C’est le Parti Démocratique de Guinée qui a mis fin à ce mal, qui l’a dénoncé sans pitié. C’est également le Parti Démocratique de Guinée qui, sans arriver à la détruire, a beaucoup atténué, la débauche dans le Foutah. C’est le Parti Démocratique de Guinée qui a dénoncé le vol devenu alors chose courante. A Conakry, à cette époque, lorsque dix voleurs se trouvaient devant un commissaire ou devant le tribunal, l’on comptait au moins 8 ressortissants de la Moyenne-Guinée. C’est un fait vécu et vous pouvez consulter la statistique des condamnés pour vol.

Il faut sauver le voleur, la prostituée, l’alcoolique, le navétane : c’est un devenir qui sera assumé». La «Situation Particulière du Foutah  » pose donc des devoirs à la Révolution….. »

Lire également: Seize ans avant le Rwanda: L’appel au genocide de Sékou Touré

Commentaire #1 :

Sur le mensonge de la débauche au Fouta-Djallon.

  • L’hôpital se moque de la charité !
  • On sait que c’est avec la mainmise du PDG que furent introduites la prostitution et la débauche politiques au Foutah et dans tout le pays.
    • Des jeunes filles à peine pubères étaient enrôlées dans les services protocoles de force, contre le gré de leurs parents, pour le plaisir des dignitaires du parti.
    • Des femmes sont encouragées à se prostituer pour nourrir leur famille et à dénoncer leurs maris s’ils osent contrevenir.
  • Sékou se livre à une falsification des us et coutumes de la communauté du Foutah où l’on sait que l’alcoolisme et la prostitution étaient sévèrement punis.
  • Sékou Touré recourt à l’amalgame habituel. Il travestit des blagues entre « Sanakou » en armes. Il est en effet courant au Foutah que quelqu’un dise à son « sanakou » que sa bouilloire est remplie d’alcool au lieu d’eau.

Extrait #2 : « comme [les Peulhs] n’aiment pas le respect, nous leur présenterons ce qu’ils aiment, la force brutale ! »

Nous disons donc que toutes les Régions de la Moyenne-Guinée doivent vivre désormais l’atmosphère de la Révolution populaire et démocratique. En plus de la force de nos arguments que partagent les intellectuels militants honnêtes de la Moyenne-Guinée, nous utiliserons la force brutale contre ceux qui ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Ils sauront qu’on n’a jamais eu peur d’eux, qu’on les respectait, mais que, comme ils n’aiment pas le respect, nous leur présenterons ce qu’ils aiment, la force brutale ! 

Lire également: Les jugements étaient conditionnés et dits populaires

Puisque c’est le racisme qui est utilisé pour mettre le pays à la disposition de l’impérialisme néo-colonialiste, nous devons tout faire pour la déraciner. Nous ne prions plus personne, nous nous imposons ; cela est clair ! Ceux –qui croient que les responsables du P.D.G. ont peur, n’ont rien compris à l’histoire. La peur réelle qui nous étreint, la peur que nous avons partout, c’est la peur d’avoir peur ! Et c’est pourquoi, l’adversité des racistes, nous la recherchons désormais ! Nous voulons, partout, croiser le fer avec eux !

Commentaire #2 :

  • Ce passage est bien du voyou que fut Sékou Touré
  • La tradition et les coutumes du Foutah sont fondés sur le respect. Dans le Pulaaku, les Peulh disent que quand quelqu’un te respecte, il t’a vaincu.
  • Le passage est une rengaine de psychopathe et une incantation contre la peur d’avoir peur ! En réalité, Sékou était un poltron qui masquait sa peur. En outre il savait que l’honneur de diriger la nation était une imposture due à l’aide de Cornut-Gentil son amant.
  • D’où ces menaces publiques et ces bravades. On sait comment il a réagi le 22 Novembre 1970.
  • Cette forme de paranoïa et de peur est très dangereuse. Elle a nourri ses phobies imaginaires et son penchant pour la répression préventive avec des complots fictifs.

Extrait #3 : Devons-nous continuer à leur accorder des bourses ?

Puisque dans plusieurs familles peuhles, le pays a attribué des bourses à 1, 2, 3, voire 4 de leurs enfants qui, au terme des études, ont trahi la Nation pour se réfugier ailleurs et combattre le régime guinéen. Devons-nous continuer à leur accorder des bourses ?
Réponse unanime de l’assistance : NON !

Alors, nous proclamons sans détour : racisme = RACISME, et pour l’illustrer, nous vous rappelons ce proverbe africain qui dit : « lorsque vous dansez avec un aveugle, de temps en temps, piétinez-le pour qu’il sache qu’il pas seul » !

Ainsi nous réaffirmons notre position qu’en Guinée, et, jusqu’à la fin de l’université, tous les camarades sont à égalité : Peulhs, Soussous, Malinkés, Guerzés, Kissiens, Tomas, Bassaris, Koniaguis, etc… Cependant, pour l’extérieur, il ne sera plus attribué de bourses aux Peulh aussi longtemps que ceux restés à l’extérieur n’auront pas rejoint la patrie.
(Applaudissements enthousiastes et prolongés de l’assistance)

Camarades, nous vous remercions de cette approbation enthousiaste et unanime qui traduit «la prise de conscience de notre Peuple face à ceux qui veulent détruire son régime. En effet, nous n’allons pas continuer à multiplier les moyens entre les mains de l’ennemi de la Guinée. »

Commentaire #3 :

  • La culpabilisation collective d’un groupe ethnique et punition collective
  • Ceci est un chantage éhonté au retour forcé des étudiants exilés, dans le paradis de « la dignité et de la pauvreté » du PDG.
  • Presque la totalité des étudiants étrangers refusèrent de retourner en Guinée après la répression de 1961.
  • Mais Sékou indexe les étudiants peuls, et décrète un pogrom intellectuel et l’exclusion de l’ethnie entière.

Extrait #4 : Si aujourd’hui, la Guinée ne peut s’entendre ni avec la Côte d’Ivoire, ni avec le Sénégal, la responsabilité principale en incombe [aux] seuls, cadres Peulh.

Ce sont ces traîtres qui induisent toujours en erreur les autres Peuples, les Peuples d’Afrique, les Peuples européens, les Peuples américains quand il s’agit d’apprécier la situation guinéenne. Ils font plus de mal à la Guinée que l’impérialisme et le néocolonialisme, parce que se réclamant de la Guinée, ils donnent un semblant d’authenticité à leurs mensonges flagrants. Ce sont des traîtres à leur Patrie, rien d’autre.
Mais disons-nous la vérité. Il faut que la trahison soit extirpée et bannie définitivement du comportement du Peulh. Il faut enfin sauver cette partie de la Guinée, car il s’agit d’un problème de fond. Le mal que font ces traîtres-là est profond. Si aujourd’hui, la Guinée ne peut s’entendre ni avec la Côte d’Ivoire, ni avec le Sénégal, la responsabilité principale en incombe vraiment à qui ? A eux seuls, cadres Peulhs !  Mais soyez sûrs que lorsque le Peulh ivoirien (sic !), le Peulh sénégalais accèderont à la liberté, ils écraseront et conduiront à leurs tombeaux tous les cadres racistes Peulhs qui habitent Abidjan ou Dakar ! Soyez en sûrs !

Ce sont eux également qui induisent toujours en erreur les gouvernements français, américain, allemand. Tous les gouvernements désireux de traiter avec la Guinée sont intoxiqués par leurs informations mensongères débitées à longueur de journée, à la seule fin de décourager ces pays dans leurs intentions louables vis-à-vis du Peuple guinéen.

Ils sont sans Patrie, ces racistes Peulhs forcenés, parce qu’ils se disent ne pas être des Noirs.
Ils sont encore et toujours à la recherche de leur Patrie. Ils ne peuvent pas avoir de Patrie, parce qu’ils n’ont pas une ligne de conduite exigeant l’accomplissement de devoirs sacrés. Aliénés qu’ils sont, ils ne pensent qu’à l’argent, et pour eux. C’est pourquoi, nous devons être d’accord de ne plus accorder de pitié aux traîtres. Plus de pitié pour les racistes, plus de pitié pour les saboteurs !

Commentaire #4 : 

  • Un autre trait de Sékou : refuser de tout temps à prendre la responsabilité pour son incapacité politique et sa faillite économique. C’était toujours la faute des autres ! Les Blancs, les fonctionnaires, les commerçants, la diaspora et les Peulhs en particulier !
  • Aucun Guinéen n’a du plaisir à diffamer son pays.
  • Nul ne choisit avec joie d’être un apatride.
  • Les Guinéens de la diaspora (qualifiés d’« anti-guinéens ») avaient fui l’enfer du PDG.
  • Ils se recrutaient dans toutes les ethnies et parmi toutes les couches sociales !
  • Ils ne sont pas des saboteurs.
  • Les vrais saboteurs sont ceux qui après, des décennies de responsabilité, ne surent pas augmenter le standard de vie des populations.
  • Les vrais comploteurs sont ceux qui, face au fiasco par eux créé, décidèrent de faire porter le chapeau à des innocents par des complots inventés de toutes pièces.

Lire également: Après 20 ans de révolution, la production de riz est tombée de 282 700 tonnes en 1957—veille de l’indépendance—à moins de 30 000 tonnes

Extrait #5 : [Les Peulhs] ne voulaient pas de l’indépendance- ils ont humilié notre Peuple avec un vote massif de « OUI- C’est la déclaration de guerre.

Ils ne voulaient pas de l’indépendance, ces Peulhs et ils ont humilié notre Peuple avec un vote massif de « OUI ». Au lieu d’en avoir honte, ils veulent encore détruire notre indépendance. Cela ne se fera plus jamais, et s’il faut que toute la Guinée se mette encore debout, couteaux, marteaux et fusils en mains pour les supprimer, les amener au tombeau et les ensevelir, la Guinée assumera ses responsabilités ! C’est la déclaration de guerre ! Ils veulent d’une guerre raciale ? Eh bien nous nous sommes prêts; quant à nous, nous sommes d’accord, et nous les anéantirons immédiatement, non par une guerre raciale, mais par une guerre révolutionnaire radicale. 

Nous disons donc que ces racistes ont présenté les traits de « Cheytane » avec la trahison, le mensonge, la division et puisque le combat est engagé contre « Cheytane », que nous voulons à tout prix enterrer, nous saurons enterrer ce qui reste de racistes au Foutah. Nous sommes déterminés à libérer le Foutah. Nous répétons que si le Foutah n’a pas été libéré le 28 Septembre 1958, désormais il sera libéré par la Révolution. 

Quiconque violera désormais les consignes de l’honnêteté sociale, de la justice sociale en se livrant à des manifestations racistes, vous avez le pouvoir, Camarades militants, de l’égorger sur place et nous en assumons la responsabilité devant le Peuple de Guinée.

Bah Mamadou Lamine

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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18 Octobre 1971, au pied du Mont Kakoulima, une autre forfaiture de Sékou Touré

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Ce message est le cri de u coeur de Hadja Hadiatou après une visite à un site au pied du Mont Nimba où des personnalités avaient été sacrifiées (dont son papa et le mien) par le regime sanguinaire de Sékou Touré. Il a été publié sur la page Facebook d’Alpha M Diallo le 19 octobre 2014.

L’Horreur !!

Comme chaque année, la date anniversaire des exécutions massives du 18 Octobre 1971 nous rappelle les périodes inconcevables d’une République digne de ce nom. A la vue des photos des disparus, avec toutes empreintes de douleur que leurs visages nous renvoient, notre cœur se serre, et pleure encore plus fort que les autres fois.

La première visite de l’endroit où ces exécutions ont eu lieu, au pied du Mont Kakoulima, en 2011 par un groupe composé d’enfants, d’amis et de rescapés de cette douloureuse date était encore bien triste. Toute l’atmosphère était enveloppée de deuil. Chacun pensait au sien, absent pour toujours.

Ce jour-lā, ā 13h, après avoir visité tous les sites où étaient enterrées les victimes de ces exécutions, le groupe se retrouva ā l’improviste devant une petite maisonnette fermée. Du petit banc où ils étaient assis sur la véranda d’une petite maisonnette, deux petits vieux, en caftan et petit bonnet blanc laiteux, firent un petit salut de la tête au groupe.

Au même instant, quelqu’un dans le groupe murmura: « C’est l’endroit où se faisaient les sacrifices humains » !!!

Une bombe n’aurait pas fait autant d’effet et de dégâts.

On murmura, les yeux écarquillés, incrédules : « SACRIFICES HUMAINS ! « ,  » SACRIFICES HUMAINS !!  » à plusieurs reprises. Chacun pensa immédiatement au sien!

Certaines femmes tombèrent, secouées par l’émotion. Des hommes portèrent les mains à la tête, criant : « Allahou Akbar, La ilaha Illalahou !! » en chœur.

D’autres essayèrent de tenir la bouche des deux mains pour ne pas hurler. Des groupes se formèrent, s’agglutinant les uns aux autres pour aller vers la maisonnette tout en éprouvant de la crainte et de la répulsion.

Les deux petits vieux, pas impressionnés se levèrent et ouvrirent la petite porte aux visiteurs.

Une petite salle vide, glacée, avec un plancher en ciment. Deux ouvertures béantes, en forme de carré. On imagine alors la suite: « l’arrivée des exécutants masqués, portant sur leurs épaules les corps ligotés des victimes qu’ils déposent à terre.

En suite ils sortent leurs outils et s’en approchent Alors sortent des entrailles de ceux-ci les cris stridents remplis d’horreur, suivi du sang abondant qui gicle inondant la main et le couteau pointé à la gorge.

Puis viennent les râles très forts au début, semblant ne jamais s’arrêter pour se terminer par un murmure à peine audible.

Peu après on entend le « plouf », du bruit du corps inerte qui tombe au fond du trou. La deuxième victime suit, ainsi de suite jusqu’au dernier. »

Les deux petits vieux connaissant la scène macabre par cœur imaginent facilement ce que pensent les visiteurs de ce jour. Ils préférèrent disparaitre.

La stupéfaction et l’horreur se lirent sur les visages, chacun s’imaginant à la place des victimes ligotées, ne pouvant même pas faire le moindre mouvement.

Chacun sort en marche arrière, effaré, comme anesthésié. On marche aveuglement en titubant vers les véhicules, avec le secret désir d’en finir une fois pour toute avec cette visite éprouvante.

Bien à vous.

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Dans la nuit du 17 au 18/10/1971, la Guinée perdait la fine fleur de ses cadres et entrepreneurs

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Révisé le 18 octobre 2020

Funeste nuit que celle du 17 au 18 octobre 1971! On trouvera au fonds de ce billet les noms de quelques unes des victimes. Contrairement à ce que beaucoup de jeunes, qui n’ont pas connu cette période tragique de notre pays, la dictature de Sékou Touré n’a pas concerné qu’une ethnie ou une région. Elle a sévi sur toute l’étendue du territoire nationale dans toutes les ethnies et dans toutes les couches de la population.

Pour preuve, dans la liste partielle qu’on peut consulter au fonds de cette page, il y a 7 hauts cadres qui portent le nom Camara et 9 Diallo.

C’est cette nuit qui a vu mon père disparaitre dans des conditions effroyables à Kindia. Il avait l’ambition de contribuer à sortir la Guinée de sa pauvreté par la création d’unités industrielles qui puissent répondre aux besoins de la population, tout en donnant une impulsion à la production agricole

En effet quelques semaines avant sa deuxième arrestation et sa disparition définitive, il adressait une lettre le 8 mars 1971, au Secrétaire d’état chargé de l’industrie et des Mines, pour solliciter l’autorisation de réaliser 5 unités industrielles, notamment: 1 fabrique de couscous précuit à partir du maïs, 1 fabrique de pâte d’arachides et d’emballage, 1 fabrique de jambon, saucisson, 1 fabrique de produits ménagers d’entretien et 1 fabrique de confiture de bananes et de figues.

Voici le témoignage, paru en février dernier sur ce blog, de sa nièce Oumou Hawa Bah, cadre à Ernst & Young Guinée:

C’est après la mort du tyran Sékou Touré que nous avons appris par son meilleur ami avec lequel il était dans la même cellule, Mr Kaba Mory Lamine que mon Oncle a été torturé pendant les mois qui ont suivi son arrestation et fusillé le 18 Octobre 1971. Il nous a raconté ce qui s’est passé ce jour fatidique. Ils étaient dans la même cellule et que parmi ces personnes il n’y avait que des docteurs, des ingénieurs, des professeurs et des entrepreneurs. Qu’on ne soit donc pas étonné que la Guinée soit dans cette situation de misère et de sous-développement que nous connaissons aujourd’hui. Si dans la seule  cellule où se trouvait mon Oncle, il n’y avait que des Cadres émérites et des entrepreneurs. Je ne connais pas le nombre de cellules qu’il y avait au total dans le pays mais chacun peut imaginer l’étendue de la catastrophe et le  gâchis de Sékou Touré et de sa révolution.

Une publication d’Alpha M Diallo nous rappelle ce que fut cette horrible nuit du 17 au 18 octobre 1971 dans toute la Guinée:

Selon les témoignages des rescapés des camps de détentions politiques, dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, soixante-dix (70) détenus ont été extraits de leurs différentes cellules, déshabillés, ligotés et entassés dans des camions, direction l’échafaud.

Cette nuit inoubliable d’octobre 1971, soixante-dix Guinéens qui avaient combattu pour l’indépendance de leur pays, ont été fusillés sur ordre de Sékou Touré.

Presque tous étaient des hauts cadres de l’état, ministres, ambassadeurs, gouverneurs, magistrats, ingénieurs, médecins, professeurs, entrepreneurs, cultivateurs

Mais pourquoi cette date du 18 octobre 1971 ? Parce qu’il s’agissait de sacrifices rituels prescrits par les voyants occultes du régime d’alors pour obtenir la chute du Président ivoirien Houphouët-Boigny. Ces 70 hommes ont été extraits de leurs cellules dans quatre camps de détention politique: Boiro (Conakry), Kémé Bouraïma (Kindia), Soundjata Keita (Kankan) et El Hadj Oumar Tall (Labé).

Voici lune liste partielle des victimes massacrées dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, élaborée par l’Association des victimes du Camp Boiro. Si vous trouviez les noms qui manquent et des photos, je vous prie de nous les communiquer:

NOM FONCTIONS DATES ARRESTATION Observations sur date exécution :
ARIBOT « SODA » Souleymane – Planteur
BAH Bademba – Notable
BAH Mody Baïlo – Commerçant
BAH Thierno Ibrahima – Gouverneur /Chef de Cabinet
BALDE Abdoulaye – Directeur Ecole Militaire
BALDE Oumar – Ingénieur Secrétaire Exécutif OERS
BAMA Marcel Mato – Ministre – 3 Août 1971 à Siguiri
BANGOURA Karim – Ex Ambassadeur, Ministre des transports
Barry Abbas – Douanier
BARRY Cellou – Inspecteur des Douanes
BARRY Mody Oury – Industriel (Fils de l’Almamy de Mamou)
CAMARA Ali – InspecteurAffaires financières (douanier)
CAMARA Baba – Gouverneur
CAMARA Bakary – chef de quartier – Juillet 1971
CAMARA Bakary – Président du Tribunal
CAMARA Doussou Mory – Financier
CAMARA Fama – Douanier
CAMARA Filas – Contrôleur du travail
CONDE Emile – Gouverneur de Kankan (ancien Ministre ) – Juillet 1971
COUMBASSA Abdoulaye – Commissaire de Police (Sécurité N’Krumah)
DIALLO Abdoulaye – Docteur Chirurgien
DIALLO Alpha Amadou « M’en Parler » – Ministre de l’information – Juillet 1971
DIALLO Alpha Taran – Chirurgien, Ministre
DIALLO Karo – Infirmier Camp Boiro – Juillet ou octobre 71
DIALLO Oumar Kounda – Gouverneur
DIALLO Oury Missikoun – Inspecteur Finances
DIALLO Souleymane – Ex Minsitre Commerce Extérieur
DIALLO Souleymane Yala – Directeur des prix et conjonture – arrêté 1971
DIALLO Youssouf Lieutenant – Juillet ou octobre 71
DIOP Ahmadou Tidiane “Saint Germain” – Restaurateur
DIOP Tidiani – Directeur Administratif FRIA
FASSOU Michel – Sous-Lieutenant – Janvier ou octobre 71 ???????
GHUSSEIN Fadel – Chef de Cabinet – arrêté 1971
HABA Paul – Commissaire – 1971
HANN Saïdou ????
KABA ELHADJ Diafodé – Janvier ou octobre 71 ??????
KABA Mamady – Notable (Société Sogonikoun)
KEITA Fadiala – Ambassadeur (Directeur Général OBK) – Juil.-71
KEITA Kémoko – Magistrat (Procureur Général) – arrêté 1971
KOIVOGUI Massa – Planteur, Secrétaire Fédéral Macenta
KOUROUMA Missa – Ex Fédéral de macenta
KOUROUMA Soma – Ct Camp Samory – Juillet ou octobre 71 ???????
MAKADJI Tidiane – Agent SNE – Juillet ou octobre 71
MATHOS Gnan Felix – Directeur Banque
M’BAYE Cheick Oumar – Ambassadeur – 6 août 1971
N’DIAYE Boubacar – Lieutenant – Juillet ou octobre 71 ???????
PORRI René, dit Doumbouya – Chef Milicien Conakry 2
SAGNO Mamady – Ministre -Juillet 1971
SASSONE André – Directeur (témoin de mariage Sékou Touré) – arrêté 1971
SAVANE Morikandian – Ministre
SOW Aliou – Contributions Diverses
SOW Mamadou – Vétérinaire, Ministre du Plan.
SYLLA Fodé Saliou – Magistrat Procureur adjoint, – arrêté 1971
SYLLA Mamadouba – Chef réseau SNE – Juillet ou octobre 71
THIAM Baba Hady – Directeur de Banque – Juillet ou octobre 71
TOUNKARA Tibou – Ministre – Juillet 971
TOURE Kerfala – Urbanisme et Habitat
TOURE Sékou Sadibou – Industriel Malien Directeur Fruitaguinée

PLUS JAMAIS ÇA

Revu le 19 octobre 2018

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Camp Boiro

Commémoration des massacres du 18 Octobre 1971

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Aujourd’hui c’est le 49ème anniversaire d’un des sacrifices humains de Sékou Touré les plus barbares. En commémorant de cette funeste journée l’association des victimes du camp Boiro a publié le communiqué suivant:

Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, 70 (soixante-dix) Guinéens dont beaucoup furent des ardents combattants pour l’indépendance de la Guinée, furent fusillés sur ordre de Sékou Touré.  Ces victimes, pour la plupart, étaient des hommes d’affaires confirmés ou des cadres de haut rang : ministres, ambassadeurs, gouverneurs, magistrats, ingénieurs, médecins, professeurs. Elles avaient été accusées sans preuves de crimes contre l’État Guinéen. Elles furent arrêtées sans égard aux lois en vigueur et n’eurent jamais droit à un jugement équitable. Avant d’être exécutées nuitamment, la plupart furent torturées pour leur extorquer des aveux mensongers. 

Plusieurs témoignages indiquent que le massacre du 18 Octobre 1971 procédait de pratiques occultes et de sacrifices rituels. Entre autres, M. Alpha Abdoulaye Diallo (Portos) a écrit dans son livre, « La vérité du ministre – dix ans dans les geôles de Sékou Touré »: « Les voyants avaient convaincu Sékou Touré qu’en sacrifiant autant de cadres que le président ivoirien avait d’années d’âge, le jour anniversaire de sa naissance, cela entraînerait irrémédiablement sa chute, d’autant plus que cet anniversaire tombait un lundi. La nuit du dimanche au lundi revêt, dans la logique des opérations occultes du régime, une importance capitale ! »  

C’est ainsi que dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, les 70 (FHB avait 70 ans) victimes de ce carnage furent extraites de leurs cellules dans trois camps de détention politique : Camp Boiro à Conakry, Camp Kémé Bouraïma à Kindia et Camp Soundjata Keita à Kankan. 

El Hadj Mouctar Bah, ancien détenu, libéré en mai 1978 a témoigné sur cette nuit tragique dans le livre de Madame Nadine Barry : « Guinée, les cailloux de la mémoire » : 

« Ce soir, tout le camp est inquiet. Vers 17 heures, on a « prélevé » plusieurs prisonniers qu’on a regroupés dans les cellules voisines 5 et 6. Rien que dans la salle TF où je suis, on en a sorti dix-huit pour les rassembler dans une cellule d’attente. Le commandant Siaka est venu en personne voir les pensionnaires des deux cellules. Il a posé la question classique :

  • Comment ça va ici ?

Les détenus se sont plaints d’être serrés :

  • On n’arrive même pas à se coucher tous en même temps, a dit l’un d’eux.
  • Ça va passer ! les a rassurés Siaka d’un ton paternel.

On a vu les gardes apprêter des fils électriques en les coupant par unité de deux mètres de long environ. Puis, ils ont fait déshabiller les détenus regroupés et leur ont attaché mains et pieds avec ces fils électriques, en serrant bien les liens. Les pauvres attendent, dans l’angoisse, leur « transfert » nocturne. Les « provisoirement sauvés » entendent monter du groupe les versets coraniques que l’on récite habituellement pour les mourants. Nos lèvres marmonnent des « Amin » de compassion.

Vers 22h30, grand branle-bas autour des bannis : les lumières zébrantes des lampes-torches et les bruits de brodequins n’augurent rien de bon. Les gardes ouvrent la porte et sortent chaque détenu en le prenant par derrière, en le traînant le dos devant. Nous, les détenus chanceux qu’on a laissés cette nuit dans nos geôles, avons vu depuis les trous des portes, nos co-celluliers en slip regroupés dans la cour. On les a lancés dans un camion, comme des poulets, et le véhicule est sorti par le grand portail en fer. Un quart d’heure plus tard, on a entendu de longues rafales trouer le silence de la nuit de Kindia. Une demi-heure plus tard, les gardes sont revenus, portant des pioches couvertes de terre et qu’ils ont lavées dans la cour, sous nos yeux horrifiés. Dans le même témoignage, M. Mouctar Bah indique que les détenus choisis à Kindia, auraient été « enfermés vivants dans des sacs et attachés aux arbres. Deux équipes situées, l’une dans la forêt [Sira-Forêt, près du mont Gangan], l’autre sur le chemin, auraient procédé à des tirs simultanés.» 

La date du 18 Octobre devrait être une journée de prières et de recueillement pour toutes les victimes innocentes des répressions politiques en Guinée. Pour les familles des victimes, leurs proches et pour une large majorité de Guinéens , cette journée reste une journée de deuil.

Malgré cette douleur des familles des victimes, cette année, l’AVCB note avec consternation que M. Alpha Condé a choisi délibérément cette date pour convoquer les élections présidentielles. Quand on se rappelle que M. Alpha Condé fut condamné à mort par contumace à cette époque par le régime du PDG et ne dut sa survie qu’au fait de son éloignement du pays, sa décision constitue un déni véritable des crimes perpétrées en ce 18 octobre 1971.

L’AVCB saisit l’occasion pour marquer sa désapprobation profonde du mépris manifeste du président guinéen à l’endroit des victimes dont il devrait être solidaire. En cette date symbolisant la terreur politique en Guinée, l’AVCB voudrait réitérer les recommandations ci-dessous à M. Alpha Condé.

  1. Le recensement et la démilitarisation de tous les charniers sur l’étendue du territoire national.
  2. La restitution de la partie carcérale du Camp Boiro aux familles des victimes de ce même camp et à leurs descendants.
  3. La création d’une commission de recueil de témoignages des agents des forces de sécurité et de défense pour déterminer les lieux d’exécution des victimes du régime totalitaire du PDG et pour éviter qu’ils n’emportent leurs macabres secrets dans leurs tombes.
  4. La restitution des biens saisis appartenant aux victimes.
  5. Le lancement d’un véritable processus de vérité, justice et réconciliation

 

L’AVCB voudrait aussi interpeller l’ensemble de la classe politique guinéenne sur leur silence coupable autour du choix du 18 Octobre 2020. L’AVCB rappelle aux dirigeants politiques qui se veulent représentants des aspirations de notre pays à la démocratie que garder le silence autour de tragédies comme celle du 18 Octobre 1971, c’est contribuer à maintenir la Guinée dans les cycles sans fin des violences politiques qui ont marquées notre histoire. A ce titre, les Journées de lancement de la réconciliation lancées à grande pompe resteront de simples slogans.   

                                                

 Le Bureau Exécutif

 

Plus Jamais Çà

 

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Camp Boiro

Jean-Paul-Marie Alata de la toute puissance à la déchéance totale, dans les geôles de Sékou Touré

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Révisé le 15/10/2020

L’ambassadeur de France en Guinée, dans son oeuvre Ahmed Sékou Touré (1922-1984). Président de la Guinée de 1958 à 1984, décrit les jeunes années de Jean-Paul-Marie Alata depuis son lieu de naissance, à Brazzaville en 1924, jusqu’à sa formation à l’Ecole militaire inter-armes de Coëtquidan (il semble qu’il ait été capitaine dans la réserve), à ses débuts dans l’administration coloniale française, ses son entrée en politiques, son amitié avec Barry III et Sékou Touré, avant l’indépendance et son escalade dans les structures du jeune état guinéen. Il a choisi la guinéenne au détriment de la nationalité française.  Révolutionnaire convaincu, il avait des idées tellement panafricanistes qu’il aurait proposé à Sékou Touré « de former un corps expéditionnaire guinéen pour aller combattre les troupes françaises en Algérie ».

Avant d’être arrêté sur de fausses accusations, il était devenu comme il l’explique dans l’interview qui suit une des personnalités les plus puissantes du régime. Et au Camp Boiro, il avait été chargé d’aider ses camarades prisonniers leurs dépositions. Il s’était acquitté de cette sale besogne, avec tellement d’application, que les autres prisonniers lui en voulaient au point que l’ambassadeur Lewin, après avoir obtenu sa libération avec d’autres détenus étrangers, écrit que « Dans l’avion de la SABENA qui ramenait les prisonniers vers Bruxelles (en passant par Monrovia et Abidjan), Jean-Paul Alata ne dut qu’à la présence de l’auteur à ses côtés de ne pas être malmené sérieusement par ses anciens codétenus. »

Interview de  Jean-Paul Alata a accordée à  Anne Blancard de Radio France International le 17 février 1977, environ un an et demi avant sa mort survenue à Abidjan en septembre 1978.

Jean-Paul Alata, vous avez passé cinquante-quatre mois dans un camp pénal de la République de Guinée. Quel a été le motif de votre arrestation ?

Le motif officiel est que j’étais complice du SDECE, de la CIA et du réseau ouest-allemand baptisé SS-Nazi.

A quelle peine avez-vous été condamné ?

J’ai su, après huit mois de prison, et par des indiscrétions de nouveaux arrêtés, que j’avais été condamné à perpétuité.

Vous étiez au Camp de Boiro. Qui y avez-vous vu ? Comment avez-vous été traité ?

J’y ai vu des centaines de co-détenus qui provenaient de tous les horizons sociaux de la République : des ouvriers, des cultivateurs, des hauts-fonctionnaires, des ministres, des artisans, des chômeurs… et j’y ai été traité, disons, comme un chien n’est pas traité en Europe.

Y avait-il des Européens ?

Oui. Il y a eu jusqu’à… A un moment, jusqu’à trente à trente-cinq Européens de tous les bords puisque j’y ai vu des Tchèques communistes, des Bulgares communistes, des Belges non-communistes mais socialistes, des Francais de tous les bords, des Libanais, etc.

A combien évaluez-vous le nombre des prisonniers qui étaient avec vous durant ces cinquante-quatre mois que vous avez passé dans ce Camp de Boiro ?

Dans l’ensemble du camp de Boiro qui comportait deux sections légerement distinctes, mais interpénétrables, il y avait environ cinq cents détenus en permanence. Et dans l’ensemble des camps de la République de Guinée, il faut compter de deux mille à deux mille cinq cents.

Il y a combien de camps en République de Guinée ? De camps connus ?

Il y a deux camps principaux connus : celui de Boiro à Conakry et celui de Kindia dans la même ville. Mais plusieurs autres : Kankan, Alfa-Yaya, Faranah, Gueckédou, sont renommés pour avoir une population carcérale.

Dans ces camps, dans le camp de Boiro, dans les autres camps, est-ce que ce sont exclusivement des prisonnièrs politiques qui se trouvent là ?

Quand je vous parle de prisonniers, il s’agit de prisonniers politiques. Les prisonniers civils sont dans les prisons civiles et sont largement mieux traités que nous.

Lorsque vous étiez au camp de Boiro, avez-vous vu des prisonniers sortir et être libérés ?

Je ne peux pas vous le dire, étant donné que souvent on venait habiller des gens et on nous disait à nous : « ils sont libérés » et que, après ma propre libération, j’ai appris que ces gens-là, on ne les avait jamais revus en liberté. Donc je ne peux vraiment pas vous dire si j’ai vu sortir en liberté des gens, étant donné que souvent on nous racontait qu’on les libérait alors qu’on les transférait du camp, ou peut-être les tuait-on.

Avez-vous été torturé, Jean-Paul Alata ?

Oui, à deux reprises. Et comme presque tous mes camarades.

Qui êtes-vous, Jean-Paul Alata ?

Je suis un homme d’origine blanche, d’origine corse très exactement, qui s’est voulu Africain parce qu’il est né en Afrique, qui a aimé l’Afrique au-dessus de tout, qui s’est voulu donc Guinéen lors de l’indépendance de la Guinée ; parce qu’en plus de l’amour de l’Afrique, il avait l’amour de la Guinée. Et je suis devenu un Africain, marié à une Africaine, père d’enfants africains. Voilà ce que je suis, c’est tout.

Qu’est-ce que vous êtes allé faire très exactement en Guinée lorsque vous y êtes allé pour la première fois ?

Vivre. Je n’ai pas d’autre réponse à vous faire que vivre là où je me sentais bien. Je me sentais très bien en Guinée. C’était mon pays. J’y ai trouvé une atmosphère et des gens admirables. J’y ai trouvé une ambiance de vie qui me plaisait, j’y ai trouvé un désir d’indépendance qui m’a enchanté et je me suis senti chez moi.

Quelles responsabilités avez-vous exercées en République de Guinée ?

Les plus hautes puisque certains Guinéens me considèrent comme un « super-ministre ». En fait, j’ai été Directeur général des affaires économiques et financières à la Présidence, et à ce titre je coiffais trois ministres de domaine qui coiffaient eux-mêmes sept à huit secrétaires d’État et ministres.

Vous vous êtes converti à l’Islam ?

Oui, mais ça n’a rien à voir avec mon amour de l’Afrique et de la Guinée. Je crois que, même si j’étais resté en France, mon évolution philosophique m’aurait conduit vers l’Islam.

Vous le savez, Jean-Paul Alata, des Guinéens qui ne vous aimaient pas vous considéraient comme un serviteur trop zélé du régime. Ils prétendaient que c’était par ambition, par arrivisme même, que vous vous identifiez aux Guinéens.

Je vous répondrais ce que j’ai répondu déjà à d’autres personnes qui m’ont posé la même question. Je n’ai jamais cherché à convaincre. J’estime que l’évolution d’un homme est quelque chose de purement personnel. J’estime que j’ai agi par conviction totale et que, s’il fallait encore agir, j’agirais dans les mêmes conditions de ême manière. Je ne cherche jamais à convaincre qui que ce soit de ce que je fais. Parce que ce que je fais, je le fais pour moi-même. Je ne le fais pas pour les autres.

Comment avez-vous vécu cette double identité en Guinée, finalement ?

En fait, je n’ai pas vécu de double identité puisque je me sentais très bien dans ma peau d’Africain. Si les autres me trouvaient mal à l’aise, c’était eux qui se sentaient mal à l’aise vis-à-vis de moi. Moi, j’étais très bien dans ma peau d’Africain blanc.

Est-ce que c’est aussi par idéal politique que vous avez choisi la Guinée ?

Oui. Puisque, quand on m’a muté pour raisons politiques du Sénégal où j’avais servi dix ans, j’ai choisi la Guinée par sympathie pour Sékou Touré, avec lequel je devais monter — on était tombés d’accord depuis déjà deux ou trois ans — la CGT africaine, c’est-à-dire une CGT qui échappe à toutes les obédiences métropolitaines, quelles qu’elles soient. Donc c’est effectivement par sympathie politique que j’ai choisi la Guinée en 1955, après dix ans passés au Sénégal.

Les années soixante

Vous êtes socialiste. Vous ne vous en cachez pas. Dans Prison d’Afrique, vous écrivez de la République de Guinée, qui se dit socialiste : « Cette parodie de socialisme qui s’instaurait en Guinée, cette corruption entretenue par le Parti à tous les échelons de commandement, le désastre économique, le désordre social m’avaient indéniablement découragé ces quatre dernières années » …
… c’est-à-dire autour de 67, n’est-ce pas ? Vous êtes en Guinée depuis 55. Vous avez participé au combat pour l’indépendance. Je dois rappeler que vous avez été le compagnon de Barry Ibrahima, dit « Barry III », qui fut secrétaire général de la Démocratie socialiste guinéenne, qui rallia le PDG au lendemain de l’indépendance. Comment se fait-il qu’il vous ait fallu tout ce temps pour vous rendre compte que- la Guinée n’était pas socialiste et que votre expérience de militant sincère, votre expérience personnelle, était vouée à l’échec ? En fait, très brutalement, qu’est-ce qui vous a fait croire que la Guinée était socialiste ? Qu’est-ce qui vous fait croire qu’elle ne l’est pas ?

Il faut se replacer dans le contexte de 1958. En 1958 : les organisations politiques autres que le RDA ont largement failli à leur mission. Le BAG est resté dans l’obédience de la chefferie traditionnelle. La DSG, à laquelle j’ai appartenu longtemps, avec Barry Ibrahima, dit « Barry III », s’est ralliée en définitive au BAG et a donc abandonné ses options fondamentales socialistes. Que reste-t-il ? Il reste un parti progressiste. C’est le PDG-RDA. Le PDG se trouve, lors du référendum, devant une volonté commune de tous les membres des autres partis : celle de profiter de l’occasion pour acquérir l’indépendance. Car il est faux de dire que le vote du 28 septembre est le vote de Sékou Touré. C’est le vote de toute la nation guinéenne. Tous les membres du BAG, de la DSG et du RDA ont été d’accord pour voter. Il est incontestable que si les opposants avaient voulu dire « Non » à l’indépendance, il n’y aurait pas eu 58 000 voix pour l’accepter, la Constitution, mais 400 ou 500 000. Or il n’y a eu que 58 000 voix seulement pour accepter la Constitution. Il s’agit donc d’un refus de la colonisation par tout le monde. Et donc nous passons dans la pure obédience du PDG. Or, à cette époque-là, que reste-t-il comme voie au jeune parti qui dirige un jeune pays ? Il n’a pas le choix. Ou bien il se déclare libéral — et on voit mal comment il pourrait se déclarer libéral, exclu de la Communauté française —, ou il opte pour une autre voie. Que se passe-t-il ? Sékou nous refuse, à nous socialistes, le droit de parler de socialisme, mais il nous convoque, nous ses amis, nous ses féaux, et il nous dit :

« Je suis favorable au socialisme, vous le savez, mais j’ai affaire à un pays qui est divisé en castes nombreuses. J’ai affaire à une chefferie qui reste encore puissante malgré son démembrement officiel d’il y a deux ans. Il faut donc que je sois très prudent. Je ne parlerai pas de socialisme et je vous interdis de parler de socialisme. Nous irons vers le socialisme à travers deux voies :

  • sur le plan national, la voie d’un développement non-capitaliste (vous et moi nous saurons ce que signifie cette voie de développement non-capitaliste) ;
  • sur le plan international, nous suivrons la voie des pays non-alignés ».

Nous approuvons. Et je crois que ce serait à refaire, j’approuverais encore. Nous suivons donc cette ligne pendant quatre, cinq, six ans. A l’actif de cette ligne, au crédit de cette ligne, il y a tout de même certaines réalisations : la monnaie nationale. Quels que soient les inconvénients de cette monnaie et les catastrophes qui sont survenues par la suite, le principe de la monnaie nationale était bon. Il y a la nationalisation du commerce extérieur. Là aussi, il y a eu des abus ahurissants. Mais le principe est bon et socialiste. Il y a eu la nationalisation des banques. Il y a eu la nationalisation du sous-sol.

Dans tous ces phénomènes, nous voyons quand même la volonté d’un socialisme. Donc nous croyons que Sékou est vraiment pour le socialisme. Mais, à partir de 1964, nous nous apercevons qu’une bourgeoisie nationale se distingue. Elle devient de plus en plus riche. Et, malheureusement, elle est coiffée par des proches parents du Président lui-même. Nous nous apercevons qu’à côté de cette bourgeoisie commerçante se crée une bourgeoisie… appelons-la « koulak », des paysans riches. Et que cette bourgeoisie paysanne qui n’existait pas — car elle n’existait pratiquement pas avant l’indépendance — est encouragée par la pratique des coopératives agricoles qui sont sciemment détournées de leur objectif : on confie à des paysans aisés le soin de chapeauter des coopératives agricoles. On leur donne des prêts à eux, individuels. Et en définitive, ils se servent de leurs coopérateurs comme d’esclaves. Ils ont tous les bénéfices.

Nous dénonçons tout ceci. Nous nous apercevons qu’en plus une bourgeoisie bureaucratique se développe, que les secrétaires fédéraux de région, les secrétaires généraux de section, les présidents de comité — qui sont d’ailleurs, pour la plupart, des anciens chefs féodaux ou des fils de chefs féodaux reconvertis dans le métier fort lucratif de président de comité PDG — sont de plus en plus riches, de plus en plus influents. Quand moi-même je suis nommé Inspecteur général du commerce, je ne peux absolument pas empêcher le commerce d’État de passer entre les mains des comités. Et je m’aperçois…

Les comités du Parti…

Les comités du Parti, oui, les comités du Parti qui s’appelait…

Le parti unique de la République de Guinée…

… qui s’appelait à l’époque Parti démocratique de Guinée. Puisque maintenant il s’appelle le « Parti-Etat ». Je m’aperçois que je ne peux pas empêcher ces comités de prendre en main la répartition des biens et d’user de procédés pour le moins ahurissants en ce qui concerne cette répartition : pressions auprès des femmes, allant très loin, pressions auprès des jeunes, argent ou le reste. Chaque fois que nous protestons, parce que nous sommes. un groupe à protester — n’oubliez pas que nous n’avons pas été, — quoi qu’on croie, des… des spectateurs tacites, des témoins sans paroles. Nous avons protesté à la Conférence de Fulaya, nous avons protesté dans des articles, nous avons protesté à des conférences publiques…

… devant les instances du parti..

… devant les instances du Parti et devant Sékou lui-même. On nous donne raison en apparence, mais on ne fait rien. Au contraire, on aggrave la situation. Et c’est à partir de 1966-67 que nous avons bien conscience que rien ne peut plus être fait pour diriger la Guinée vers une voie normale, qu’en fait, cette voie de développement non-capitaliste est la voie de création d’une petite bourgeoisie favorable à Sékou Touré.

C’est en 1967 que vous vous rendez compte de cela. Vous étiez en Guinée en 1971 encore, avant votre arrestation. Alors ?

Alors rien. Alors ceux qui liront mon livre, car un jour ou l’autre ils le liront, ils y liront la vérité : la peur est humaine. J’ai eu peur. Premièrement je vous répondrai qu’il y a un phénomène… il y a un proverbe chez nous, en pays africain, qui dit qu’on ne tue pas son enfant. Que parfois, il peut arriver que votre enfant vous tue, mais qu’en aucun cas, vous, vous n’avez le droit de tuer votre propre enfant. Le PDG et la République de Guinée née du PDG étaient un peu mon enfant, et j’en revendique la paternité, la petite partie de paternité. Donc je ne m’estimais pas le droit de me désolidariser des erreurs qui avaient été commises. J’ai donc continué. Deuxièmement, j’avais peur.

Vous dites que vous aviez peur. Cela veut dire que c’est un régime policier, le régime guinéen !

C’est pire qu’un régime policier. C’est ce régime de parti unique ahurissant, qui est différent du parti unique soviétique ou d’autres pays, puisqu’il y a obligation pour l’enfant même au berceau d’avoir sa carte. Les parents d’un enfant qui vient de naître sont obligés d’aller prendre la carte de l’enfant. Ce qui fait que tout le monde se trouve enrégimenté dans le parti. Vous vous trouvez à une assemblée obligatoire de parti hebdomadaire, assemblée qui est menée à la trique par la milice qui sort les gens des concessions à coup de bottes, pour les obliger à aller à cette réunion, et vous vous trouvez avec tous les éléments de la population : des bandits, des gens très honnêtes, des anciens chefs féodaux même pas transformés à côté de gens sincèrement communistes ou socialistes. Et vous êtes là, tous, ensemble. Vous vous épiez ; vous ne savez absolument pas ce que l’autre pense, mais ce que vous savez, c’est qu’il a les mêmes droits que vous d’aller moucharder auprès du Président ce que vous, vous allez dire. Et ça, c’est le quadrillage policier premier du parti. Il n’y a pas d’endroit en Guinée où vous soyez à l’abri d’un racontar — et malheureusement, vous devez savoir ce que c’est qu’un racontar… Si encore on ne se contentait que de dire la vérité de ce qu’on a entendu, mais malheureusement, vous ne pouvez pas empêcher quelqu’un de transformer ce qu’il a entendu.

 

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Camp Boiro

Guinée Visite au camp Boiro : de la  » cabine technique  » à la  » diète noire « …

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Entrée du camp Boiro. Photo Wikipedia
Le 11 avril 1984, soit une semaine après l’ouverture des camps de concentration que le tyran Sékou Touré avait érigé à travers le pays, le journaliste sénégalais Kader Diop avait écrit cet article pour le quotidien français Le Monde., après avoir visité le camp Boiro.

Les séances de torture, au camp de Boiro, à Conakry, où des centaines de Guinéens ont perdu la vie pendant les vingt-six ans de règne de Sekou Touré, duraient de trois à six heures par jour pendant six jours, ont raconté, lundi 9 avril, d’anciens gardiens de ce camp, visité pour la première fois par les journalistes.

À la suite de l’un des vingt  » complots  » que  » dévoilait  » périodiquement Sekou Touré, l’accusé était  » accueilli  » dans le camp par un  » comité révolutionnaire », dont les membres les plus connus étaient Siaka Touré, ancien commandant du camp Boiro, ex-ministre des transports, et Ismaël Touré, ex-ministre des mines, respectivement neveu et demi-frère de l’ancien président. Ceux-ci étaient chargés de déterminer les « moyens » à utiliser pour obtenir des aveux.

Ces  » moyens « , – torture, sévices, humiliations – étaient d’abord employés dans la « cabine technique « . Dans cette salle rudimentaire, ont raconté les anciens prisonniers, une corde servait à pendre le détenu par la taille, de manière à lui « griller un peu le corps  » pour le faire avouer. Le prisonnier, s’il refusait, recevait les décharges électriques d’un générateur actionné par une manivelle.

Le camp est aujourd’hui vide de prisonniers, avec comme seuls occupants les anciens gardiens restés sur place après l’avènement du régime militaire.

Les derniers détenus ont été libérés après le coup d’État du 3 avril. Selon les registres, ils étaient cent trente-quatre, dont deux femmes. Les prisonniers libérés ont été remplacés durant quelques jours par les anciens dirigeants guinéens arrêtés après le coup d’État, ceux-ci étant ensuite transférés ailleurs, car le nouveau régime est soucieux de son image humanitaire.

Selon les gardiens, les accusés étaient mis à la  » diète noire  » – sans nourriture ni eau – dans de minuscules cellules sans lit et sans couverture, mal éclairées par un petit trou fait dans le mur.

Une soixantaine de cellules du même genre constituent la prison du camp Boiro. Dans chacune d’elles s’entassaient cinq à six détenus couchant à même le sol. Ils mouraient lentement d’inanition, des suites de sévices ou de maladie, ou devenaient aveugles à cause de l’obscurité, ou paralysés, en raison de l’humidité. C’est, confirment les gardiens, dans la cellule 49 qu’est mort Diallo Telli, ancien secrétaire général de l’organisation de l’unité africaine (OUA), accusé de complot en juillet 1978.

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Kader Diop, était un journaliste sénégalais. Il a été  formateur à l’école de journalisme de l’université Cheikh Anta Diop et Chef adjoint du Bureau de l’Agence France presse (Afp) à Dakar. Il est décédé le 23 juillet 2020 à l’âge de 77 ans

Voici ce qu’avait écrit de lui le media en ligne .lequotidien.sn en guise de nécrologie: « La rigueur dans le travail en bandoulière, le sens des responsabilités dans sa mission, une loyauté indéfectible, Kader Diop fait partie de ces hommes qui auront marqué à tout jamais la presse sénégalaise »

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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