Capture d'écran d'un tweet montrant des manifestations à Bahreïn qui appellent à la libération des prisonniers.
Capture d'écran d'un tweet montrant des manifestations à Bahreïn qui appellent à la libération des prisonniers.

Dix ans après l’échec du “printemps” de Bahreïn, les détenus politiques restent en prison

Dix ans après que les manifestations inspirées du Printemps arabe aient éclaté à Bahreïn mais sans réussir à apporter de changement positif, les détenus politiques continuent de souffrir dans un contexte de détérioration des conditions de détention et d’une épidémie de COVID-19 parmi les détenus.

Le 8 avril, l’éminente militante bahreïnie Maryam Al-Khawaja a raconté sur Twitter les détails horribles de l’arrestation de son père, la principale figure de l’opposition Abdulhadi Al-Khawaja, il y a exactement dix ans. Il est toujours emprisonné à ce jour.

Il est 2 heures du matin à #Bahreïn :

ÇA VIENT D’ARRIVER! Ils ont pris mon père, le sang de mon père est toujours dans les escaliers! Ils ont tellement frappé mon père! Ils l’ont battu et il ne pouvait respirer
Maryam Alkhawaja (@MARYAMALKHAWAJA) 8 avril 2021

Au cours des dernières semaines, des proches de prisonniers ont organisé une série de manifestations pacifiques à travers le petit royaume, appelant les autorités bahreïnies à réduire la capacité des prisons à la lumière des infections généralisées au COVID-19 dans ces établissements.

Les manifestations ont augmenté à #Bahreïn à la suite de l’épidémie de # COVID19 dans la prison de Jaw, qui détient des centaines de prisonniers politiques. Plus de manifestations ont été signalées la semaine dernière que pendant toute autre semaine en plus d’un an, selon les données @ACLEDINFO.
— Sam Jones (@SamuelAJones_) 8 avril 2021

Les parentes des détenus politiques ont pris leur propre position, exigeant la libération de leurs proches, dont certains sont enfermés depuis une décennie.

Il est très encourageant de voir des mères, des sœurs, des filles, des épouses et même des grands-mères bahreïnies diriger ces manifestations pacifiques aujourd’hui. Les femmes bahreïnies  ont toujours eu une voix dominante et influente dans la revendication de la justice et des droits humains à #Bahreïn
— Sam Jones (@SamuelAJones_) 8 avril 2021

Les manifestations ont pris de l’ampleur à la suite de l’annonce selon laquelle les prisons débordantes de Bahreïn ont connu des taux élevés d’infections au COVID-19.

Une nouvelle vague de manifestations décolle à #Bahreïn, centrée sur l’épidémie de Covid dans la prison de Jau. Les familles de prisonniers descendent dans la rue pour exprimer leur colère. Le moment est venu pour le gouvernement de libérer les détenus de la prison surpeuplée et dangereuse @jongambrellAP
— Brian Dooley (@dooley_dooley) 2 avril 2021

La mort d’un activiste emprisonné, exacerbée par des accusations de négligence médicale, a alimenté les manifestations :

Funérailles de l’activiste Abbas Malallah décédé en prison – avec les accusations de ses partisans de négligence médicale – sa mort a encore alimenté les récentes manifestations appelant à la libération des prisonniers à cause du # COVID19
— sebastian usher (@sebusher) 7 avril 2021

Le Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD), basé à Londres, qui a signalé les cas répandus d’infection au COVID-19 dans les prisons bahreïnies, a déclaré dans un communiqué du 28 mars que les informations diffusées par les familles de détenus sur WhatsApp suggéraient qu’au moins 55 personnes du bâtiment 21 de la prison de Jau ont été testées positives au COVID-19. Cette organisation a pu vérifier 30 de ces cas à ce jour.

Alors que le pays est touché par une épidémie majeure de COVID-19 à la prison de Jaw, les autorités n’ont pas pris de mesures de protection suffisantes, elles n’ont pas distribué de masques faciaux ou de désinfectant pour les mains ou offert des tests réguliers aux prisonniers violant leurs droits à la santé.
— amnestypress (@amnestypress) 9 avril 2021

Bahreïn a vu son bilan en matière de droits humains se détériorer alors que le régime réprimait les défenseurs et l’opposition pro-démocratie, les détenant dans des prisons surpeuplées, leur révoquant leur citoyenneté, leur interdisant de participer à la vie politique et fermant leurs plates-formes.

Plus récemment, et dans le contexte de la pandémie, la pression internationale s’est accrue sur l’État bahreïni pour qu’il améliore sa situation concernant les droits de l’homme et libère les prisonniers politiques, dont certains sont derrière les barreaux depuis plus d’une décennie.

Aujourd’hui, je demande aux autorités du #Bahreïn de libérer le défenseur des droits humains Abdulhadi Al Khawaja avant son 60e anniversaire la semaine prochaine. Il est en prison depuis 10 ans
— Mary Lawlor UN Special Rapporteur HRDs (@MaryLawlorhrds)
2 avril 2021

Le mois dernier, 14 membres du Parlement britannique ont critiqué leur gouvernement pour avoir continué à soutenir le régime bahreïni et ont exhorté le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab à faire pression sur Manama pour qu’il libère les prisonniers politiques détenus depuis une décennie.

Le Parlement européen a également adopté [fr] une résolution en mars appelant à la libération immédiate et inconditionnelle d’Abdulhadi Al-Khawaja, ainsi que « tous ceux qui sont emprisonnés uniquement pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association ».

Dans ce qui semblait être une réponse à cette pression, le 2 avril,  selon l’agence de presse officielle, les autorités bahreïnies ont trouvé 126 prisonniers éligibles pour bénéficier de la loi sur les sanctions et procédures alternatives. Citant le procureur général adjoint, le chancelier Wael Boallay, l’information indique que ce lot porte le nombre total de condamnés à bénéficier de cette loi à 3 224.

La loi sur les sanctions et procédures alternatives, adoptée en 2018, offre des alternatives aux peines d’emprisonnement telles que la surveillance électronique, les injonctions restrictives et une interdiction faite au condamné d’accéder à des lieux spécifiques.

Dans un rapport de janvier, l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch a déclaré que «les conditions de santé et d’hygiène dangereuses dans les prisons surpeuplées de Bahreïn restent extrêmement graves», ajoutant que les prisonniers se voient également refuser des soins médicaux adéquats. Elle a aussi noté que les 1 486 prisonniers libérés par le gouvernement de Bahreïn en mars 2020 en raison de la pandémie n’incluaient pas les dirigeants de l’opposition, les militants, les journalistes et les défenseurs des droits humains, « dont beaucoup sont âgés ou souffrent de problèmes de santé sous-jacents ».

Les pressions nationales et internationales ont été couronnées de succès pour certains.

Le plus ancien prisonnier politique de Bahreïn, le militant des droits humains Mohammed Hassan Jawad, a été libéré aujourd’hui après avoir passé 10 ans de sa vie derrière les barreaux.

Une nouvelle fantastique pour Jawad et sa famille (et espérons-le, un signe que d’autres libérations pourraient être en route).
— Daniel Wickham (@DanielWickham93) 9 avril 2021

Pour d’autres, comme Abdulhadi Al-Khawaja, le combat continue. Deux membres du Parlement européen, Maria Arena et Hannah Neumann, ont publié une déclaration commune le 8 avril 2021, dans lequel elles déclarent :

As Muslims around the world prepare to celebrate the holy month of Ramadan with family and with loved ones, we can but call on the authorities of Bahrain to show mercy to Mr Al-Khawaja by allowing him to reunite with his family.

Alors que les musulmans du monde entier se préparent à célébrer le mois sacré du Ramadan en famille et avec leurs proches, nous ne pouvons qu’appeler les autorités de Bahreïn à faire preuve de miséricorde envers M. Al-Khawaja en lui permettant de retrouver sa famille.

___

Ce billet que j’ai traduit de l’anglais en français a été écrit par Dahlia Kholaif pour globalvoices.org qui l’a publié le 27 avril 2021.

Dahlia Kholaif est redactrice en chef pour le Moyen Orient et l’Afrique du nord. Depuis 14 ans elle écrit sur cette région.

 

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About konakryexpress

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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