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Camp Boiro

Les derniers jours de Sékou Touré, selon son ami André Lewin, ambassadeur de France

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Dans le Chapitre 89. — 26 mars 1984, La mort américaine de son monumentale oeuvre Ahmed Sékou Touré (1922-1984) Président de la Guinée de 1958 à 1984, M.André Lewin décrit les derniers jours du tyran. Cet ambassadeur qui fut l’artisan de la réconciliation entre son pays, la France et la Guinée a été un ami personnel de notre premier président.

J’estime bien notre ami l’ambassadeur, qui, dès son arrivée à Vienne, a eu la gentillesse d’inviter tous les fonctionnaires internationaux guinéens à déjeuner à la résidence des ambassadeurs de France au coeur de la capitale autrichienne. Mais, je dois disconvenir avec lui quand il attribue à Sékou Touré tout seul la paternité de l’indépendance de notre pays. Celle-ci a été acquise grace à la soif de liberté du peuple sous la conduite de tous les leaders des partis politiques existant à l’époque, avec quelques bourrages d’urnes de la part des agents électoraux, la plupart de jeunes élèves acquis à la cause de l’indépendance.

Sékou Touré fut le dernier parmi les leaders des partis politiques à opter pour le NON au référendum du 28 septembre, qui vit le choix pour l’indépendance triompher par 95 pour cent. Pourtant, cela n’empêchera pas le tyran de déformer l’histoire pour faire croire qu’il fut le seul père de l’indépendance et qu’il va finir tous les autres dans les camps de concentration, en particulier au Camp Boiro.

EXTRAIT

Le mardi 20 mars 1984, Sékou Touré rentre d’Alger et de Fès; il y a vainement tenté de rapprocher, au cours de ses conversations avec le président Chadli et le roi Hassan II, les points de vue de l’Algérie et du Maroc sur le Sahara occidental ; il sait désormais que le XXème Sommet de l’OUA prévu à Conakry, dont il ambitionnait de faire la réunion de la réconciliation, risque d’achopper sur cette question.

D’Alger, il est reparti avec une extinction de voix, et a même craint d’avoir été empoisonné. Du Maroc, il est rentré fatigué. Sa déception est perceptible, mais il espère toujours sauver “son” Sommet en se rendant quelques jours plus tard à Tripoli, puis dans d’autres capitales africaines.

Le mercredi 21 mars, il reçoit des délégations étrangères, des responsables guinéens et de simples militants, comme il a l’habitude de le faire quotidiennement. Le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Mbasogo Obiang Nguema, est son tout dernier visiteur officiel.

Le jeudi 22 mars, au Palais des nations, il préside avec son brio habituel la séance de clôture du congrès des syndicats de la CEDEAO ; rappelant qu’il a lui-même commencé à militer dans un syndicat, il affirme qu’il restera “syndicaliste jusqu’à (sa) mort” ; mais cette formule, qui semble aujourd’hui prémonitoire, il l’a déjà employée à maintes reprises.

Vers 17 heures, il regagne son nouveau bureau dans l’enceinte de la cité de l’OUA (il y est installé depuis un mois à peine), mais marche avec plus de difficulté que d’habitude. Sa femme, Hadja Andrée Touré passe un moment avec lui et lui montre un tissu de bazin avec lequel elle se propose de lui faire confectionner un boubou de cérémonie pour le Sommet de l’OUA ; il répond que ses goûts lui font préférer la percale, tissu plus modeste.

Dans la soirée, comme toujours quand il est seul, il dîne légèrement de miel, de laitages et d’ananas, mais à la fin de ce frugal repas, vers 21 heures, il est pris de malaises et de vomissements. Il se couche sans tarder et se plaint de douleurs qui sont “comme des coups de poignard”. Immédiatement alerté par Madame Andrée, le ministre des affaires étrangères, Abdoulaye Touré, qui est également docteur en médecine, s’affole; arrivé en hâte auprès de Sékou, il lui administre des calmants et appelle à son chevet des médecins chinois. Ceux-ci l’auscultent avec soin, lui donnent divers médicaments et prescrivent surtout du repos. Ils ne semblent pas avoir diagnostiqué l’accident cardio-vasculaire dont Sékou Touré est en fait victime.

L’un des tout premiers à avoir alerté Sékou et ses proches sur des problèmes cardiaques a été le Docteur Nagib Roger Accar, longtemps ministre de la santé. Dès les années 60, il avait décelé un risque d’anévrisme chaque fois que Sékou parlait fort ou se mettait en colère, et avait à plusieurs reprises conseillé une opération préventive, mais en vain…

Le vendredi 23 mars au réveil, Sékou ne se sent pas assez bien pour recevoir des visites, et annule tous ses engagements de la journée. Béavogui en est informé dès 7 heures du matin. Abdoulaye Touré est à ses côtés et répond aux coups de téléphone. Le roi du Maroc l’appelle dans la matinée pour parler encore du Sahara occidental; apprenant le malaise dont Sékou a été victime, il dépêche par avion spécial une équipe de médecins, qui arrivent dans la soirée. Informé par eux que l’état de Sékou est réellement très sérieux et qu’il s’agit d’un problème cardiaque, Hassan II alerte encore dans la nuit un hôpital spécialisé de Cleveland (Etat de l’Ohio) aux EtatsUnis, sur le lac Erié, où plusieurs chefs d’Etat (notamment la famille royale saoudienne) se font régulièrement soigner.

Le secret reste cependant bien gardé: trois ministres qui assistent le soir même à une réception à l’ambassade de France, Abdoulaye Touré, Mamadi Keita et Sénainon Béhanzin, ne font aucune allusion à cette indisposition du chef de l’Etat. Il n’est même pas certain que tous les ministres en aient été informés.

Entre temps, Sékou a été discrètement transporté dans l’une des villas de Belle-Vue. Les cardiologues américains, munis d’appareils sophistiqués de contrôle, arrivent à Conakry le samedi 24. Leur diagnostic tombe très vite: anévrisme de l’aorte; une intervention chirurgicale rapide est impérative. Hassan II prévient le roi Fahd d’Arabie saoudite, lequel envoie un avion médical saoudien ultra-perfectionné (affrété semble-t-il par la compagnie pétrolière ARAMCO) qui se pose à Conakry dans la matinée du dimanche 25. Il faudrait partir le plus rapidement possible, chaque heure qui passe rend désormais plus grand le risque opératoire et plus aléatoires les chances de succès.

Mais Sékou Touré est très réticent à l’idée de quitter la Guinée. C’est Madame Andrée qui finira par le convaincre, et le dimanche 25 en fin de journée, le Boeing 707 saoudien médicalisé s’envole vers les Etats-Unis; Sékou a pu monter à bord sans aide et saluer les membres du BPN et du gouvernement venus lui souhaiter bonne chance. Madame Andrée, leur fils Mohamed, sa fille Aminata, le ministre Abdoulaye Touré, Ben Daouda Touré, chef du protocole, et l’aide de camp Kalagban Camara se trouvent à ses côtés. Avant de partir, Sékou a tenu à faire une brève halte dans son bureau ; il en fait ensuite soigneusement fermer la porte, de même que ses armoires fortes, et en confie les clefs à un homme de confiance, le commandant Keita. A bord de l’avion, Sékou Touré, allongé, dicte à Abdoulaye Touré une sorte de testament.

En raison du décalage horaire, c’est encore dans la soirée de dimanche que l’avion se pose à Cleveland. L’ambassadeur de Guinée à Washington, Thierno Habib Diallo, son collègue accrédité à Ottawa, ainsi que N’Faly Sangaré, qui participait à Washington à une réunion du Fonds Monétaire International, rejoignent Sékou dans sa chambre à l’hôpital. Ismaël Touré, qui se trouvait en mission à Paris et en Suisse, en fait de même dans la nuit. Stokeley Carmichaël, l’ancien leader du mouvement des Black Panthers — un temps marié à Myriam Makeba et familier de Conakry — vient prendre des nouvelles. La famille loge dans un hôtel proche, face à l’hôpital.

Le lundi 26 mars au matin, Sékou prend en famille son petit déjeuner; Madame Andrée lui refuse la cigarette qu’il souhaite fumer. Puis Sékou téléphone à Béavogui; il est assez détendu, anxieux toutefois à l’idée d’une opération, car, dit-il :

— Je ne veux pas être opéré aujourd’hui; ce jour n ‘est pas un bon jour pour moi.

Il ajoute :

— D’ailleurs, je veux rentrer à la maison. J’ai un grand voyage important à faire.

Les examens approfondis auxquels les spécialistes américains procèdent montrent l’existence d’une dissection étendue de l’aorte avec une double fissure, ce qui exige une intervention chirurgicale immédiate. Mais le chirurgien se veut rassurant: l’opération a normalement 99% de chances de réussite; il faudra au patient trois semaines de repos complet; il pourra ensuite revenir à Conakry. Madame Andrée, qui dira plus tard qu’elle pensait que Sékou savait qu’il ne survivrait pas, échange encore quelques propos avec lui; à ses paroles d’encouragement et d’espoir, il se borne à répondre d’une voix sourde :

— Amen.

Son fils Mohamed l’accompagne jusqu’à l’entrée du bloc opératoire; ils échangent quelques mots sur la campagne agricole et sur la guerre Irak-Iran, deux sujets qui le préoccupent beaucoup. Au chirurgien américain qui se veut rassurant, il se borne à dire :

L’homme propose, Dieu dispose.

C’est au cours de l’opération, commencée vers midi et qui dure près de quatre heures, que le coeur lâche; tous les efforts des chirurgiens pour arrêter les hémorragies et ramener Sékou à la vie sont vains. Les vaisseaux sanguins, durcis par l’âge et l’usage du tabac, ne se prêtent pas aux manipulations chirurgicales indispensables. II est 15 heures 23 minutes à Cleveland, 22 heures 23 à Conakry, ce lundi 26 mars 1984. Les proches sont immédiatement avertis à l’hôtel où ils attendaient des nouvelles.

 

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Camp Boiro

On est tous condamnés à perpétuité

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Ce billet a été extrait du livre de Jean-Paul Alata Prison d’Afrique, disponible sur le site kababachir.com, entièrement et gratuitement. Jean-Paul est un français né à Brazzaville, militant de gauche, après quelques années passées dans l’administration publique française au Sénégal, il rejoint la Guinée par amitié pour Barry Ibrahima dit Barry III et le tyran Sékou Touré, après que ce pays a opté pour l’indépendance lors du fameux NON à la proposition de la Communauté franco-africaine proposée par le Général De Gaulle. Ayant pris la nationalité guinéenne, il occupera plusieurs postes: inspecteur des affaires administratives et financières à la présidence puis, après 1963, des postes dans des cabinets ministériels; parallèlement à ces activités, il enseigne la comptabilité et l’économie politique à l’Institut Polytechnique Gamal Abdel Nasser de Conakry.

Avant d’être arrêté sur de fausses accusations, le , il était devenu une des personnalités les plus puissantes du régime. 

L’information la plus démoralisante parvint aux emmurés vers la fin de leur troisième mois de détention. Un nouveau avait été incarcéré au B, dans la cellule en face de la mienne et à côté de Ropin du 4. Henri et Ropin avaient établi un code de signaux très simple sous leur porte. Leurs deux cellules disposaient, en effet, d’un très large espace, les vantaux ne descendant pas jusqu’au sol. L’angle de vision découvert permettait d’assurer une assez bonne protection contre la curiosité des gardes qu’ils voyaient arriver de loin.

Les premiers jours de son arrivée, I’homme fut mis à la diète d’usage. Il resta sur son quant-à-soi, refusant de répondre aux appels de ses voisins, même aux coups frappés à ses cloisons. Il suait la frousse. Tous s’étonnaient de cette terreur, Ropin, pour couper sa diète, avait cru bon, dès le deuxième jour, de lui envoyer une orange. Il eut la surprise de la lui voir retourner accompagnée d’un méchant:

— Je n’ai rien de commun avec les traîtres de la 5e colonne. Je ne veux rien d’eux. Foutez-moi la paix.

C’était pourtant un homme assez connu, Diagne Oumar, d’origine sénégalaise, directeur d’entreprise d’Etat. De son côté, il pouvait certainement mettre un nom sur chacun des visages qu’il apercevait. Pourquoi cette terreur? Cet homme devait savoir quelque chose que tous ignoraient à Boiro, quelque chose de terrifiant. L’inquiétude gagna l’ensemble des détenus qui apprirent vite l’étrange attitude de Diagne. Après son deuxième retour d’interrogatoire et les soins d’usage aux avant-bras, le B fut convaincu, par les arguments péremptoires de la commission, qu’il appartenait, lui aussi, à la 5e colonne. Il s’humanisa et rechercha, de lui-même, le contact humain.

Ce fut un drame pour le bloc, une nouvelle qui plongea tout le monde dans la détresse pour de nombreux jours. La démoralisation commença par Henri qui demeura, un jour entier, étrangement silencieux. Il ne répondait plus aux appels réitérés. Finalement, devant la proposition de faire appel au chef de poste s’il se sentait trop malade pour bouger, il se résolut à s’expliquer:

— C’est trop dur à digérer, Jean. J’ai voulu garder la nouvelle pour moi mais je me rends compte que je ne le pourrai pas.

Sa voix n’était qu’un souffle. J’insistai:

— Qu’ as-tu appris? C’est de Ropin et du nouveau?

— Oui, écoute-moi, mon pauvre vieux. Il faut se préparer à de mauvais jours. On est tous condamnés à perpétuité. Le jugement a été rendu le 25 janvier.

Bon Dieu! J’en eus le souffle coupé. Dans la pire hypothèse, j’envisageais une peine de dix ans. Connaissant le système de remise appliqué en Guinée, je réduisais le temps effectif à passer en prison a un peu moins de la moitié: quatre, au plus cinq ans. Mais la perpétuité!

Littéralement, cela ne signifiait rien. En aucun pays du monde, la perpétuité réelle n’est appliquée. Le prisonnier d’Alcatraz lui-même s’en était sorti. On est toujours gracié, tôt ou tard, à condition de tenir le coup physiquement et moralement. Seulement, il n’y avait plus aucun point de repère possible. Une telle condamnation prouvait la volonté des autorités politiques guinéennes de ne tirer les détenus de leur obscurité qu’à une date très lointaine.

Le coeur serré, je calculais qu’il fallait tenir, au moins dix ans. Jamais je n’en verrais le bout! En trois mois, déjà, j’avais fondu tellement que je flottais dans ma tenue, autrefois si ajustée. Mes vertiges étaient continuels. Même couché, toute la cellule dansait autour de moi, comme aux premiers jours de détention. Peu m’importait d’ailleurs la pauvreté et la médiocrité de la chère, il ne m’importait plus aucun appétit et je n’arrivais pas à absorber la totalité des si maigres rations.

Ce qui me minait c’était cet isolement des miens. Dix ans sans jamais rien savoir de ma femme et de mes enfants! Comment allaient-ils se débrouiller sans moi? Je m’étais marié très jeune, à dix-huit ans. Cela n’avait pas été une réussite mais j’avais toujours voulu assumer mes responsabilités matérielles, pris l’habitude de voir tout un monde vivre par moi.

Tout ce temps sans pouvoir les aider ! Qu’allaient-ils, tous, devenir? Jean-François et ses enfants, Tenin et notre bébé? J’avais lu, autrefois, dans la littérature concentrationnaire qu’en URSS même, les détenus politiques reçoivent des nouvelles et parfois des visites des leurs. En Guinée c’eût été impensable. Le mur qui nous isolait du reste du monde s’élevait plus haut de jour en jour.

Je me souvins d’un entretien passé, il y avait de cela près de deux ans: un de mes anciens amis, condamné à cinq ans pour le « complot Petit Touré » avait été libéré après trois ans passés à ce même camp. Il m’avait rencontré le surlendemain de sa libération. L’homme était très discret, trop visiblement encore apeuré. Il avait toutefois répondu à une seule question.

— Savais-tu si tu étais condamné, et à combien? Le jugement t’a-t-il été signifié?

— Jamais, avait-il jeté très vite. Jamais et heureusement! Nous nous imaginions n’êtême pas condamnés et nous attendions la libération de jour en jour. C’est cela qui nous a permis de tenir et cela seul. Si j’avais personnellement su que j’en avais pour dix ans, je me serais pendu comme l’a fait Kaba Sory à la cellule contiguë.

Il s’était alors aperçu qu’il en avait trop dit et je ne pus plus rien lui arracher.

Une nouvelle angoisse me poigna. Dans dix ans, j’aurais cinquante-six ans. Même si je tenais physiquement, ce qui n’était pas certain, que ferais-je? Comment me réinsérer dans un monde qui appartient à la jeunesse?

— Jean, Jean. J’ai eu tort de t’apprendre cela. J’avais bien promis à Ropin de ne rien dire mais c’est trop dur à supporter seul. Secoue-toi, ne fais pas comme moi. Je suis resté assommé depuis hier mais je me rends compte qu’il faut réagir. Inutile de nous faire encore plus mal.

J’essayais bien de me ressaisir mais un lourd filet m’enserrait de toute part. Mon coeur battait plus follement. Mes entrailles mêmes se convulsaient. Je fis un violent effort pour parler d’une voix que je voulais normale et qui devait ressembler au croassement d’un corbeau.

— Ce n’est rien. Merci de m’avoir prévenu au contraire. Je crois qu’il vaut mieux savoir. Nous faisions des rêves, nous nous y complaisions. Il est préférable de voir la réalité en face. Henri, mon vieil Henri, on va avoir drôlement besoin l’un de l’autre ces jours-ci.

— J’ai bien réfléchi, tu sais, Jean. Après le premier désarroi, je me suis repris. Nous les reverrons nos femmes. Pour les Guinéens, c’est un sale coup. Ils sont entièrement entre les mains de ces salauds. Pour nous, cela ne signifie rien. C’est trop lourd. La perpétuité, cela n’existe pas. Le monde extérieur va s’élever tout entier comme pour les Basques en Espagne.

Je comprenais le cheminement de la pensée de mon ami. C’était peut-être bien raisonné. Une trop lourde condamnation, par son absurdité même, serait plus aisément révisée qu’une peine moyenne. Peut-être !

Henri, tu veux dire que si on nous avait infligé cinq ans, nous aurions été obligés de les faire, dans l’indifférence générale ?

— Oui, Jean. Cinq ans, cela n’effraie personne. Nos compatriotes auraient estimé que c’était un mauvais moment à passer mais que nous nous en sortirions rapidement. D’autant qu’une remise de peine pouvait intervenir à tout moment, ramenant la durée à deux ou trois ans. La perpétuité, pour des innocents surtout, cela prouve une telle haine, un tel système inhumain, amoral, que cela va faire bondir tout le monde! Gouvernements et peuples vont s’émouvoir!

Je réfléchis longuement à cette théorie.

Les peuples et les gouvernements? Ils ne s’émeuvent que pour ce qui les touche directement. Qui va donc s’intéresser à des prisonniers dans cette Guinée dont la presque totalité des Français a oublié jusqu’à l’existence, quand elle ne la situe pas en Océanie? Quant aux autres peuples d’Amérique et d’Europe, qui se soucie donc de ce petit pays. Il faut en être le dirigeant pour se croire le nombril du monde. Les peuples africains, conscients de l’immense duperie de ce fameux procès, pousseront quand même à la roue. Faire pièce aux anciens colonisateurs, c’est leur rêve à tous, à l’exception de la Côte-d’Ivoire et du Sénégal !

Le Gouvernement français, le principal intéressé ? N’est-il pas encore tout imprégné de la pensée de celui qui a, pour la France, rayé ce pays de la carte du monde le 28 septembre 1958 et interdit depuis qu’on lui rebatte les oreilles de ses problèmes ? Les Français qui ont été arrêtés dans cette affaire ne seront jamais que de mauvais nationaux qui n’ont pas obéi aux ordres et refusé d’abandonner ce navire en perdition.

Enfin, tout ce beau raisonnement n’est valable que pour les autres, Français, Allemands, Libanais, entraînés dans cette aventure! Moi, je suis guinéen. Personne ne se souciera de mon sort!

Il faut seulement survivre. Là est le but à atteindre. Plus facile de se tracer une ligne de conduite que de la suivre ! Par instants, une panique viscérale s’emparait de moi. Perpétuité ! Des années et des années dans cette tombe ! Sans ne jamais rien faire, sans ne jamais rien savoir des siens ! C’était impossible. Que Dieu m’aide ! Et je m’abîmai dans une longue prière.

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Camp Boiro

18 Octobre 1971, au pied du Mont Kakoulima, une autre forfaiture de Sékou Touré

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Ce message est le cri de u coeur de Hadja Hadiatou après une visite à un site au pied du Mont Nimba où des personnalités avaient été sacrifiées (dont son papa et le mien) par le regime sanguinaire de Sékou Touré. Il a été publié sur la page Facebook d’Alpha M Diallo le 19 octobre 2014.

L’Horreur !!

Comme chaque année, la date anniversaire des exécutions massives du 18 Octobre 1971 nous rappelle les périodes inconcevables d’une République digne de ce nom. A la vue des photos des disparus, avec toutes empreintes de douleur que leurs visages nous renvoient, notre cœur se serre, et pleure encore plus fort que les autres fois.

La première visite de l’endroit où ces exécutions ont eu lieu, au pied du Mont Kakoulima, en 2011 par un groupe composé d’enfants, d’amis et de rescapés de cette douloureuse date était encore bien triste. Toute l’atmosphère était enveloppée de deuil. Chacun pensait au sien, absent pour toujours.

Ce jour-lā, ā 13h, après avoir visité tous les sites où étaient enterrées les victimes de ces exécutions, le groupe se retrouva ā l’improviste devant une petite maisonnette fermée. Du petit banc où ils étaient assis sur la véranda d’une petite maisonnette, deux petits vieux, en caftan et petit bonnet blanc laiteux, firent un petit salut de la tête au groupe.

Au même instant, quelqu’un dans le groupe murmura: « C’est l’endroit où se faisaient les sacrifices humains » !!!

Une bombe n’aurait pas fait autant d’effet et de dégâts.

On murmura, les yeux écarquillés, incrédules : « SACRIFICES HUMAINS ! « ,  » SACRIFICES HUMAINS !!  » à plusieurs reprises. Chacun pensa immédiatement au sien!

Certaines femmes tombèrent, secouées par l’émotion. Des hommes portèrent les mains à la tête, criant : « Allahou Akbar, La ilaha Illalahou !! » en chœur.

D’autres essayèrent de tenir la bouche des deux mains pour ne pas hurler. Des groupes se formèrent, s’agglutinant les uns aux autres pour aller vers la maisonnette tout en éprouvant de la crainte et de la répulsion.

Les deux petits vieux, pas impressionnés se levèrent et ouvrirent la petite porte aux visiteurs.

Une petite salle vide, glacée, avec un plancher en ciment. Deux ouvertures béantes, en forme de carré. On imagine alors la suite: « l’arrivée des exécutants masqués, portant sur leurs épaules les corps ligotés des victimes qu’ils déposent à terre.

En suite ils sortent leurs outils et s’en approchent Alors sortent des entrailles de ceux-ci les cris stridents remplis d’horreur, suivi du sang abondant qui gicle inondant la main et le couteau pointé à la gorge.

Puis viennent les râles très forts au début, semblant ne jamais s’arrêter pour se terminer par un murmure à peine audible.

Peu après on entend le « plouf », du bruit du corps inerte qui tombe au fond du trou. La deuxième victime suit, ainsi de suite jusqu’au dernier. »

Les deux petits vieux connaissant la scène macabre par cœur imaginent facilement ce que pensent les visiteurs de ce jour. Ils préférèrent disparaitre.

La stupéfaction et l’horreur se lirent sur les visages, chacun s’imaginant à la place des victimes ligotées, ne pouvant même pas faire le moindre mouvement.

Chacun sort en marche arrière, effaré, comme anesthésié. On marche aveuglement en titubant vers les véhicules, avec le secret désir d’en finir une fois pour toute avec cette visite éprouvante.

Bien à vous.

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Camp Boiro

Dans la nuit du 17 au 18/10/1971, la Guinée perdait la fine fleur de ses cadres et entrepreneurs

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Révisé le 18 octobre 2020

Funeste nuit que celle du 17 au 18 octobre 1971! On trouvera au fonds de ce billet les noms de quelques unes des victimes. Contrairement à ce que beaucoup de jeunes, qui n’ont pas connu cette période tragique de notre pays, la dictature de Sékou Touré n’a pas concerné qu’une ethnie ou une région. Elle a sévi sur toute l’étendue du territoire nationale dans toutes les ethnies et dans toutes les couches de la population.

Pour preuve, dans la liste partielle qu’on peut consulter au fonds de cette page, il y a 7 hauts cadres qui portent le nom Camara et 9 Diallo.

C’est cette nuit qui a vu mon père disparaitre dans des conditions effroyables à Kindia. Il avait l’ambition de contribuer à sortir la Guinée de sa pauvreté par la création d’unités industrielles qui puissent répondre aux besoins de la population, tout en donnant une impulsion à la production agricole

En effet quelques semaines avant sa deuxième arrestation et sa disparition définitive, il adressait une lettre le 8 mars 1971, au Secrétaire d’état chargé de l’industrie et des Mines, pour solliciter l’autorisation de réaliser 5 unités industrielles, notamment: 1 fabrique de couscous précuit à partir du maïs, 1 fabrique de pâte d’arachides et d’emballage, 1 fabrique de jambon, saucisson, 1 fabrique de produits ménagers d’entretien et 1 fabrique de confiture de bananes et de figues.

Voici le témoignage, paru en février dernier sur ce blog, de sa nièce Oumou Hawa Bah, cadre à Ernst & Young Guinée:

C’est après la mort du tyran Sékou Touré que nous avons appris par son meilleur ami avec lequel il était dans la même cellule, Mr Kaba Mory Lamine que mon Oncle a été torturé pendant les mois qui ont suivi son arrestation et fusillé le 18 Octobre 1971. Il nous a raconté ce qui s’est passé ce jour fatidique. Ils étaient dans la même cellule et que parmi ces personnes il n’y avait que des docteurs, des ingénieurs, des professeurs et des entrepreneurs. Qu’on ne soit donc pas étonné que la Guinée soit dans cette situation de misère et de sous-développement que nous connaissons aujourd’hui. Si dans la seule  cellule où se trouvait mon Oncle, il n’y avait que des Cadres émérites et des entrepreneurs. Je ne connais pas le nombre de cellules qu’il y avait au total dans le pays mais chacun peut imaginer l’étendue de la catastrophe et le  gâchis de Sékou Touré et de sa révolution.

Une publication d’Alpha M Diallo nous rappelle ce que fut cette horrible nuit du 17 au 18 octobre 1971 dans toute la Guinée:

Selon les témoignages des rescapés des camps de détentions politiques, dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, soixante-dix (70) détenus ont été extraits de leurs différentes cellules, déshabillés, ligotés et entassés dans des camions, direction l’échafaud.

Cette nuit inoubliable d’octobre 1971, soixante-dix Guinéens qui avaient combattu pour l’indépendance de leur pays, ont été fusillés sur ordre de Sékou Touré.

Presque tous étaient des hauts cadres de l’état, ministres, ambassadeurs, gouverneurs, magistrats, ingénieurs, médecins, professeurs, entrepreneurs, cultivateurs

Mais pourquoi cette date du 18 octobre 1971 ? Parce qu’il s’agissait de sacrifices rituels prescrits par les voyants occultes du régime d’alors pour obtenir la chute du Président ivoirien Houphouët-Boigny. Ces 70 hommes ont été extraits de leurs cellules dans quatre camps de détention politique: Boiro (Conakry), Kémé Bouraïma (Kindia), Soundjata Keita (Kankan) et El Hadj Oumar Tall (Labé).

Voici lune liste partielle des victimes massacrées dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, élaborée par l’Association des victimes du Camp Boiro. Si vous trouviez les noms qui manquent et des photos, je vous prie de nous les communiquer:

NOM FONCTIONS DATES ARRESTATION Observations sur date exécution :
ARIBOT « SODA » Souleymane – Planteur
BAH Bademba – Notable
BAH Mody Baïlo – Commerçant
BAH Thierno Ibrahima – Gouverneur /Chef de Cabinet
BALDE Abdoulaye – Directeur Ecole Militaire
BALDE Oumar – Ingénieur Secrétaire Exécutif OERS
BAMA Marcel Mato – Ministre – 3 Août 1971 à Siguiri
BANGOURA Karim – Ex Ambassadeur, Ministre des transports
Barry Abbas – Douanier
BARRY Cellou – Inspecteur des Douanes
BARRY Mody Oury – Industriel (Fils de l’Almamy de Mamou)
CAMARA Ali – InspecteurAffaires financières (douanier)
CAMARA Baba – Gouverneur
CAMARA Bakary – chef de quartier – Juillet 1971
CAMARA Bakary – Président du Tribunal
CAMARA Doussou Mory – Financier
CAMARA Fama – Douanier
CAMARA Filas – Contrôleur du travail
CONDE Emile – Gouverneur de Kankan (ancien Ministre ) – Juillet 1971
COUMBASSA Abdoulaye – Commissaire de Police (Sécurité N’Krumah)
DIALLO Abdoulaye – Docteur Chirurgien
DIALLO Alpha Amadou « M’en Parler » – Ministre de l’information – Juillet 1971
DIALLO Alpha Taran – Chirurgien, Ministre
DIALLO Karo – Infirmier Camp Boiro – Juillet ou octobre 71
DIALLO Oumar Kounda – Gouverneur
DIALLO Oury Missikoun – Inspecteur Finances
DIALLO Souleymane – Ex Minsitre Commerce Extérieur
DIALLO Souleymane Yala – Directeur des prix et conjonture – arrêté 1971
DIALLO Youssouf Lieutenant – Juillet ou octobre 71
DIOP Ahmadou Tidiane “Saint Germain” – Restaurateur
DIOP Tidiani – Directeur Administratif FRIA
FASSOU Michel – Sous-Lieutenant – Janvier ou octobre 71 ???????
GHUSSEIN Fadel – Chef de Cabinet – arrêté 1971
HABA Paul – Commissaire – 1971
HANN Saïdou ????
KABA ELHADJ Diafodé – Janvier ou octobre 71 ??????
KABA Mamady – Notable (Société Sogonikoun)
KEITA Fadiala – Ambassadeur (Directeur Général OBK) – Juil.-71
KEITA Kémoko – Magistrat (Procureur Général) – arrêté 1971
KOIVOGUI Massa – Planteur, Secrétaire Fédéral Macenta
KOUROUMA Missa – Ex Fédéral de macenta
KOUROUMA Soma – Ct Camp Samory – Juillet ou octobre 71 ???????
MAKADJI Tidiane – Agent SNE – Juillet ou octobre 71
MATHOS Gnan Felix – Directeur Banque
M’BAYE Cheick Oumar – Ambassadeur – 6 août 1971
N’DIAYE Boubacar – Lieutenant – Juillet ou octobre 71 ???????
PORRI René, dit Doumbouya – Chef Milicien Conakry 2
SAGNO Mamady – Ministre -Juillet 1971
SASSONE André – Directeur (témoin de mariage Sékou Touré) – arrêté 1971
SAVANE Morikandian – Ministre
SOW Aliou – Contributions Diverses
SOW Mamadou – Vétérinaire, Ministre du Plan.
SYLLA Fodé Saliou – Magistrat Procureur adjoint, – arrêté 1971
SYLLA Mamadouba – Chef réseau SNE – Juillet ou octobre 71
THIAM Baba Hady – Directeur de Banque – Juillet ou octobre 71
TOUNKARA Tibou – Ministre – Juillet 971
TOURE Kerfala – Urbanisme et Habitat
TOURE Sékou Sadibou – Industriel Malien Directeur Fruitaguinée

PLUS JAMAIS ÇA

Revu le 19 octobre 2018

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Camp Boiro

Commémoration des massacres du 18 Octobre 1971

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Aujourd’hui c’est le 49ème anniversaire d’un des sacrifices humains de Sékou Touré les plus barbares. En commémorant de cette funeste journée l’association des victimes du camp Boiro a publié le communiqué suivant:

Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, 70 (soixante-dix) Guinéens dont beaucoup furent des ardents combattants pour l’indépendance de la Guinée, furent fusillés sur ordre de Sékou Touré.  Ces victimes, pour la plupart, étaient des hommes d’affaires confirmés ou des cadres de haut rang : ministres, ambassadeurs, gouverneurs, magistrats, ingénieurs, médecins, professeurs. Elles avaient été accusées sans preuves de crimes contre l’État Guinéen. Elles furent arrêtées sans égard aux lois en vigueur et n’eurent jamais droit à un jugement équitable. Avant d’être exécutées nuitamment, la plupart furent torturées pour leur extorquer des aveux mensongers. 

Plusieurs témoignages indiquent que le massacre du 18 Octobre 1971 procédait de pratiques occultes et de sacrifices rituels. Entre autres, M. Alpha Abdoulaye Diallo (Portos) a écrit dans son livre, « La vérité du ministre – dix ans dans les geôles de Sékou Touré »: « Les voyants avaient convaincu Sékou Touré qu’en sacrifiant autant de cadres que le président ivoirien avait d’années d’âge, le jour anniversaire de sa naissance, cela entraînerait irrémédiablement sa chute, d’autant plus que cet anniversaire tombait un lundi. La nuit du dimanche au lundi revêt, dans la logique des opérations occultes du régime, une importance capitale ! »  

C’est ainsi que dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, les 70 (FHB avait 70 ans) victimes de ce carnage furent extraites de leurs cellules dans trois camps de détention politique : Camp Boiro à Conakry, Camp Kémé Bouraïma à Kindia et Camp Soundjata Keita à Kankan. 

El Hadj Mouctar Bah, ancien détenu, libéré en mai 1978 a témoigné sur cette nuit tragique dans le livre de Madame Nadine Barry : « Guinée, les cailloux de la mémoire » : 

« Ce soir, tout le camp est inquiet. Vers 17 heures, on a « prélevé » plusieurs prisonniers qu’on a regroupés dans les cellules voisines 5 et 6. Rien que dans la salle TF où je suis, on en a sorti dix-huit pour les rassembler dans une cellule d’attente. Le commandant Siaka est venu en personne voir les pensionnaires des deux cellules. Il a posé la question classique :

  • Comment ça va ici ?

Les détenus se sont plaints d’être serrés :

  • On n’arrive même pas à se coucher tous en même temps, a dit l’un d’eux.
  • Ça va passer ! les a rassurés Siaka d’un ton paternel.

On a vu les gardes apprêter des fils électriques en les coupant par unité de deux mètres de long environ. Puis, ils ont fait déshabiller les détenus regroupés et leur ont attaché mains et pieds avec ces fils électriques, en serrant bien les liens. Les pauvres attendent, dans l’angoisse, leur « transfert » nocturne. Les « provisoirement sauvés » entendent monter du groupe les versets coraniques que l’on récite habituellement pour les mourants. Nos lèvres marmonnent des « Amin » de compassion.

Vers 22h30, grand branle-bas autour des bannis : les lumières zébrantes des lampes-torches et les bruits de brodequins n’augurent rien de bon. Les gardes ouvrent la porte et sortent chaque détenu en le prenant par derrière, en le traînant le dos devant. Nous, les détenus chanceux qu’on a laissés cette nuit dans nos geôles, avons vu depuis les trous des portes, nos co-celluliers en slip regroupés dans la cour. On les a lancés dans un camion, comme des poulets, et le véhicule est sorti par le grand portail en fer. Un quart d’heure plus tard, on a entendu de longues rafales trouer le silence de la nuit de Kindia. Une demi-heure plus tard, les gardes sont revenus, portant des pioches couvertes de terre et qu’ils ont lavées dans la cour, sous nos yeux horrifiés. Dans le même témoignage, M. Mouctar Bah indique que les détenus choisis à Kindia, auraient été « enfermés vivants dans des sacs et attachés aux arbres. Deux équipes situées, l’une dans la forêt [Sira-Forêt, près du mont Gangan], l’autre sur le chemin, auraient procédé à des tirs simultanés.» 

La date du 18 Octobre devrait être une journée de prières et de recueillement pour toutes les victimes innocentes des répressions politiques en Guinée. Pour les familles des victimes, leurs proches et pour une large majorité de Guinéens , cette journée reste une journée de deuil.

Malgré cette douleur des familles des victimes, cette année, l’AVCB note avec consternation que M. Alpha Condé a choisi délibérément cette date pour convoquer les élections présidentielles. Quand on se rappelle que M. Alpha Condé fut condamné à mort par contumace à cette époque par le régime du PDG et ne dut sa survie qu’au fait de son éloignement du pays, sa décision constitue un déni véritable des crimes perpétrées en ce 18 octobre 1971.

L’AVCB saisit l’occasion pour marquer sa désapprobation profonde du mépris manifeste du président guinéen à l’endroit des victimes dont il devrait être solidaire. En cette date symbolisant la terreur politique en Guinée, l’AVCB voudrait réitérer les recommandations ci-dessous à M. Alpha Condé.

  1. Le recensement et la démilitarisation de tous les charniers sur l’étendue du territoire national.
  2. La restitution de la partie carcérale du Camp Boiro aux familles des victimes de ce même camp et à leurs descendants.
  3. La création d’une commission de recueil de témoignages des agents des forces de sécurité et de défense pour déterminer les lieux d’exécution des victimes du régime totalitaire du PDG et pour éviter qu’ils n’emportent leurs macabres secrets dans leurs tombes.
  4. La restitution des biens saisis appartenant aux victimes.
  5. Le lancement d’un véritable processus de vérité, justice et réconciliation

 

L’AVCB voudrait aussi interpeller l’ensemble de la classe politique guinéenne sur leur silence coupable autour du choix du 18 Octobre 2020. L’AVCB rappelle aux dirigeants politiques qui se veulent représentants des aspirations de notre pays à la démocratie que garder le silence autour de tragédies comme celle du 18 Octobre 1971, c’est contribuer à maintenir la Guinée dans les cycles sans fin des violences politiques qui ont marquées notre histoire. A ce titre, les Journées de lancement de la réconciliation lancées à grande pompe resteront de simples slogans.   

                                                

 Le Bureau Exécutif

 

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Camp Boiro

Jean-Paul-Marie Alata de la toute puissance à la déchéance totale, dans les geôles de Sékou Touré

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Révisé le 15/10/2020

L’ambassadeur de France en Guinée, dans son oeuvre Ahmed Sékou Touré (1922-1984). Président de la Guinée de 1958 à 1984, décrit les jeunes années de Jean-Paul-Marie Alata depuis son lieu de naissance, à Brazzaville en 1924, jusqu’à sa formation à l’Ecole militaire inter-armes de Coëtquidan (il semble qu’il ait été capitaine dans la réserve), à ses débuts dans l’administration coloniale française, ses son entrée en politiques, son amitié avec Barry III et Sékou Touré, avant l’indépendance et son escalade dans les structures du jeune état guinéen. Il a choisi la guinéenne au détriment de la nationalité française.  Révolutionnaire convaincu, il avait des idées tellement panafricanistes qu’il aurait proposé à Sékou Touré « de former un corps expéditionnaire guinéen pour aller combattre les troupes françaises en Algérie ».

Avant d’être arrêté sur de fausses accusations, il était devenu comme il l’explique dans l’interview qui suit une des personnalités les plus puissantes du régime. Et au Camp Boiro, il avait été chargé d’aider ses camarades prisonniers leurs dépositions. Il s’était acquitté de cette sale besogne, avec tellement d’application, que les autres prisonniers lui en voulaient au point que l’ambassadeur Lewin, après avoir obtenu sa libération avec d’autres détenus étrangers, écrit que « Dans l’avion de la SABENA qui ramenait les prisonniers vers Bruxelles (en passant par Monrovia et Abidjan), Jean-Paul Alata ne dut qu’à la présence de l’auteur à ses côtés de ne pas être malmené sérieusement par ses anciens codétenus. »

Interview de  Jean-Paul Alata a accordée à  Anne Blancard de Radio France International le 17 février 1977, environ un an et demi avant sa mort survenue à Abidjan en septembre 1978.

Jean-Paul Alata, vous avez passé cinquante-quatre mois dans un camp pénal de la République de Guinée. Quel a été le motif de votre arrestation ?

Le motif officiel est que j’étais complice du SDECE, de la CIA et du réseau ouest-allemand baptisé SS-Nazi.

A quelle peine avez-vous été condamné ?

J’ai su, après huit mois de prison, et par des indiscrétions de nouveaux arrêtés, que j’avais été condamné à perpétuité.

Vous étiez au Camp de Boiro. Qui y avez-vous vu ? Comment avez-vous été traité ?

J’y ai vu des centaines de co-détenus qui provenaient de tous les horizons sociaux de la République : des ouvriers, des cultivateurs, des hauts-fonctionnaires, des ministres, des artisans, des chômeurs… et j’y ai été traité, disons, comme un chien n’est pas traité en Europe.

Y avait-il des Européens ?

Oui. Il y a eu jusqu’à… A un moment, jusqu’à trente à trente-cinq Européens de tous les bords puisque j’y ai vu des Tchèques communistes, des Bulgares communistes, des Belges non-communistes mais socialistes, des Francais de tous les bords, des Libanais, etc.

A combien évaluez-vous le nombre des prisonniers qui étaient avec vous durant ces cinquante-quatre mois que vous avez passé dans ce Camp de Boiro ?

Dans l’ensemble du camp de Boiro qui comportait deux sections légerement distinctes, mais interpénétrables, il y avait environ cinq cents détenus en permanence. Et dans l’ensemble des camps de la République de Guinée, il faut compter de deux mille à deux mille cinq cents.

Il y a combien de camps en République de Guinée ? De camps connus ?

Il y a deux camps principaux connus : celui de Boiro à Conakry et celui de Kindia dans la même ville. Mais plusieurs autres : Kankan, Alfa-Yaya, Faranah, Gueckédou, sont renommés pour avoir une population carcérale.

Dans ces camps, dans le camp de Boiro, dans les autres camps, est-ce que ce sont exclusivement des prisonnièrs politiques qui se trouvent là ?

Quand je vous parle de prisonniers, il s’agit de prisonniers politiques. Les prisonniers civils sont dans les prisons civiles et sont largement mieux traités que nous.

Lorsque vous étiez au camp de Boiro, avez-vous vu des prisonniers sortir et être libérés ?

Je ne peux pas vous le dire, étant donné que souvent on venait habiller des gens et on nous disait à nous : « ils sont libérés » et que, après ma propre libération, j’ai appris que ces gens-là, on ne les avait jamais revus en liberté. Donc je ne peux vraiment pas vous dire si j’ai vu sortir en liberté des gens, étant donné que souvent on nous racontait qu’on les libérait alors qu’on les transférait du camp, ou peut-être les tuait-on.

Avez-vous été torturé, Jean-Paul Alata ?

Oui, à deux reprises. Et comme presque tous mes camarades.

Qui êtes-vous, Jean-Paul Alata ?

Je suis un homme d’origine blanche, d’origine corse très exactement, qui s’est voulu Africain parce qu’il est né en Afrique, qui a aimé l’Afrique au-dessus de tout, qui s’est voulu donc Guinéen lors de l’indépendance de la Guinée ; parce qu’en plus de l’amour de l’Afrique, il avait l’amour de la Guinée. Et je suis devenu un Africain, marié à une Africaine, père d’enfants africains. Voilà ce que je suis, c’est tout.

Qu’est-ce que vous êtes allé faire très exactement en Guinée lorsque vous y êtes allé pour la première fois ?

Vivre. Je n’ai pas d’autre réponse à vous faire que vivre là où je me sentais bien. Je me sentais très bien en Guinée. C’était mon pays. J’y ai trouvé une atmosphère et des gens admirables. J’y ai trouvé une ambiance de vie qui me plaisait, j’y ai trouvé un désir d’indépendance qui m’a enchanté et je me suis senti chez moi.

Quelles responsabilités avez-vous exercées en République de Guinée ?

Les plus hautes puisque certains Guinéens me considèrent comme un « super-ministre ». En fait, j’ai été Directeur général des affaires économiques et financières à la Présidence, et à ce titre je coiffais trois ministres de domaine qui coiffaient eux-mêmes sept à huit secrétaires d’État et ministres.

Vous vous êtes converti à l’Islam ?

Oui, mais ça n’a rien à voir avec mon amour de l’Afrique et de la Guinée. Je crois que, même si j’étais resté en France, mon évolution philosophique m’aurait conduit vers l’Islam.

Vous le savez, Jean-Paul Alata, des Guinéens qui ne vous aimaient pas vous considéraient comme un serviteur trop zélé du régime. Ils prétendaient que c’était par ambition, par arrivisme même, que vous vous identifiez aux Guinéens.

Je vous répondrais ce que j’ai répondu déjà à d’autres personnes qui m’ont posé la même question. Je n’ai jamais cherché à convaincre. J’estime que l’évolution d’un homme est quelque chose de purement personnel. J’estime que j’ai agi par conviction totale et que, s’il fallait encore agir, j’agirais dans les mêmes conditions de ême manière. Je ne cherche jamais à convaincre qui que ce soit de ce que je fais. Parce que ce que je fais, je le fais pour moi-même. Je ne le fais pas pour les autres.

Comment avez-vous vécu cette double identité en Guinée, finalement ?

En fait, je n’ai pas vécu de double identité puisque je me sentais très bien dans ma peau d’Africain. Si les autres me trouvaient mal à l’aise, c’était eux qui se sentaient mal à l’aise vis-à-vis de moi. Moi, j’étais très bien dans ma peau d’Africain blanc.

Est-ce que c’est aussi par idéal politique que vous avez choisi la Guinée ?

Oui. Puisque, quand on m’a muté pour raisons politiques du Sénégal où j’avais servi dix ans, j’ai choisi la Guinée par sympathie pour Sékou Touré, avec lequel je devais monter — on était tombés d’accord depuis déjà deux ou trois ans — la CGT africaine, c’est-à-dire une CGT qui échappe à toutes les obédiences métropolitaines, quelles qu’elles soient. Donc c’est effectivement par sympathie politique que j’ai choisi la Guinée en 1955, après dix ans passés au Sénégal.

Les années soixante

Vous êtes socialiste. Vous ne vous en cachez pas. Dans Prison d’Afrique, vous écrivez de la République de Guinée, qui se dit socialiste : « Cette parodie de socialisme qui s’instaurait en Guinée, cette corruption entretenue par le Parti à tous les échelons de commandement, le désastre économique, le désordre social m’avaient indéniablement découragé ces quatre dernières années » …
… c’est-à-dire autour de 67, n’est-ce pas ? Vous êtes en Guinée depuis 55. Vous avez participé au combat pour l’indépendance. Je dois rappeler que vous avez été le compagnon de Barry Ibrahima, dit « Barry III », qui fut secrétaire général de la Démocratie socialiste guinéenne, qui rallia le PDG au lendemain de l’indépendance. Comment se fait-il qu’il vous ait fallu tout ce temps pour vous rendre compte que- la Guinée n’était pas socialiste et que votre expérience de militant sincère, votre expérience personnelle, était vouée à l’échec ? En fait, très brutalement, qu’est-ce qui vous a fait croire que la Guinée était socialiste ? Qu’est-ce qui vous fait croire qu’elle ne l’est pas ?

Il faut se replacer dans le contexte de 1958. En 1958 : les organisations politiques autres que le RDA ont largement failli à leur mission. Le BAG est resté dans l’obédience de la chefferie traditionnelle. La DSG, à laquelle j’ai appartenu longtemps, avec Barry Ibrahima, dit « Barry III », s’est ralliée en définitive au BAG et a donc abandonné ses options fondamentales socialistes. Que reste-t-il ? Il reste un parti progressiste. C’est le PDG-RDA. Le PDG se trouve, lors du référendum, devant une volonté commune de tous les membres des autres partis : celle de profiter de l’occasion pour acquérir l’indépendance. Car il est faux de dire que le vote du 28 septembre est le vote de Sékou Touré. C’est le vote de toute la nation guinéenne. Tous les membres du BAG, de la DSG et du RDA ont été d’accord pour voter. Il est incontestable que si les opposants avaient voulu dire « Non » à l’indépendance, il n’y aurait pas eu 58 000 voix pour l’accepter, la Constitution, mais 400 ou 500 000. Or il n’y a eu que 58 000 voix seulement pour accepter la Constitution. Il s’agit donc d’un refus de la colonisation par tout le monde. Et donc nous passons dans la pure obédience du PDG. Or, à cette époque-là, que reste-t-il comme voie au jeune parti qui dirige un jeune pays ? Il n’a pas le choix. Ou bien il se déclare libéral — et on voit mal comment il pourrait se déclarer libéral, exclu de la Communauté française —, ou il opte pour une autre voie. Que se passe-t-il ? Sékou nous refuse, à nous socialistes, le droit de parler de socialisme, mais il nous convoque, nous ses amis, nous ses féaux, et il nous dit :

« Je suis favorable au socialisme, vous le savez, mais j’ai affaire à un pays qui est divisé en castes nombreuses. J’ai affaire à une chefferie qui reste encore puissante malgré son démembrement officiel d’il y a deux ans. Il faut donc que je sois très prudent. Je ne parlerai pas de socialisme et je vous interdis de parler de socialisme. Nous irons vers le socialisme à travers deux voies :

  • sur le plan national, la voie d’un développement non-capitaliste (vous et moi nous saurons ce que signifie cette voie de développement non-capitaliste) ;
  • sur le plan international, nous suivrons la voie des pays non-alignés ».

Nous approuvons. Et je crois que ce serait à refaire, j’approuverais encore. Nous suivons donc cette ligne pendant quatre, cinq, six ans. A l’actif de cette ligne, au crédit de cette ligne, il y a tout de même certaines réalisations : la monnaie nationale. Quels que soient les inconvénients de cette monnaie et les catastrophes qui sont survenues par la suite, le principe de la monnaie nationale était bon. Il y a la nationalisation du commerce extérieur. Là aussi, il y a eu des abus ahurissants. Mais le principe est bon et socialiste. Il y a eu la nationalisation des banques. Il y a eu la nationalisation du sous-sol.

Dans tous ces phénomènes, nous voyons quand même la volonté d’un socialisme. Donc nous croyons que Sékou est vraiment pour le socialisme. Mais, à partir de 1964, nous nous apercevons qu’une bourgeoisie nationale se distingue. Elle devient de plus en plus riche. Et, malheureusement, elle est coiffée par des proches parents du Président lui-même. Nous nous apercevons qu’à côté de cette bourgeoisie commerçante se crée une bourgeoisie… appelons-la « koulak », des paysans riches. Et que cette bourgeoisie paysanne qui n’existait pas — car elle n’existait pratiquement pas avant l’indépendance — est encouragée par la pratique des coopératives agricoles qui sont sciemment détournées de leur objectif : on confie à des paysans aisés le soin de chapeauter des coopératives agricoles. On leur donne des prêts à eux, individuels. Et en définitive, ils se servent de leurs coopérateurs comme d’esclaves. Ils ont tous les bénéfices.

Nous dénonçons tout ceci. Nous nous apercevons qu’en plus une bourgeoisie bureaucratique se développe, que les secrétaires fédéraux de région, les secrétaires généraux de section, les présidents de comité — qui sont d’ailleurs, pour la plupart, des anciens chefs féodaux ou des fils de chefs féodaux reconvertis dans le métier fort lucratif de président de comité PDG — sont de plus en plus riches, de plus en plus influents. Quand moi-même je suis nommé Inspecteur général du commerce, je ne peux absolument pas empêcher le commerce d’État de passer entre les mains des comités. Et je m’aperçois…

Les comités du Parti…

Les comités du Parti, oui, les comités du Parti qui s’appelait…

Le parti unique de la République de Guinée…

… qui s’appelait à l’époque Parti démocratique de Guinée. Puisque maintenant il s’appelle le « Parti-Etat ». Je m’aperçois que je ne peux pas empêcher ces comités de prendre en main la répartition des biens et d’user de procédés pour le moins ahurissants en ce qui concerne cette répartition : pressions auprès des femmes, allant très loin, pressions auprès des jeunes, argent ou le reste. Chaque fois que nous protestons, parce que nous sommes. un groupe à protester — n’oubliez pas que nous n’avons pas été, — quoi qu’on croie, des… des spectateurs tacites, des témoins sans paroles. Nous avons protesté à la Conférence de Fulaya, nous avons protesté dans des articles, nous avons protesté à des conférences publiques…

… devant les instances du parti..

… devant les instances du Parti et devant Sékou lui-même. On nous donne raison en apparence, mais on ne fait rien. Au contraire, on aggrave la situation. Et c’est à partir de 1966-67 que nous avons bien conscience que rien ne peut plus être fait pour diriger la Guinée vers une voie normale, qu’en fait, cette voie de développement non-capitaliste est la voie de création d’une petite bourgeoisie favorable à Sékou Touré.

C’est en 1967 que vous vous rendez compte de cela. Vous étiez en Guinée en 1971 encore, avant votre arrestation. Alors ?

Alors rien. Alors ceux qui liront mon livre, car un jour ou l’autre ils le liront, ils y liront la vérité : la peur est humaine. J’ai eu peur. Premièrement je vous répondrai qu’il y a un phénomène… il y a un proverbe chez nous, en pays africain, qui dit qu’on ne tue pas son enfant. Que parfois, il peut arriver que votre enfant vous tue, mais qu’en aucun cas, vous, vous n’avez le droit de tuer votre propre enfant. Le PDG et la République de Guinée née du PDG étaient un peu mon enfant, et j’en revendique la paternité, la petite partie de paternité. Donc je ne m’estimais pas le droit de me désolidariser des erreurs qui avaient été commises. J’ai donc continué. Deuxièmement, j’avais peur.

Vous dites que vous aviez peur. Cela veut dire que c’est un régime policier, le régime guinéen !

C’est pire qu’un régime policier. C’est ce régime de parti unique ahurissant, qui est différent du parti unique soviétique ou d’autres pays, puisqu’il y a obligation pour l’enfant même au berceau d’avoir sa carte. Les parents d’un enfant qui vient de naître sont obligés d’aller prendre la carte de l’enfant. Ce qui fait que tout le monde se trouve enrégimenté dans le parti. Vous vous trouvez à une assemblée obligatoire de parti hebdomadaire, assemblée qui est menée à la trique par la milice qui sort les gens des concessions à coup de bottes, pour les obliger à aller à cette réunion, et vous vous trouvez avec tous les éléments de la population : des bandits, des gens très honnêtes, des anciens chefs féodaux même pas transformés à côté de gens sincèrement communistes ou socialistes. Et vous êtes là, tous, ensemble. Vous vous épiez ; vous ne savez absolument pas ce que l’autre pense, mais ce que vous savez, c’est qu’il a les mêmes droits que vous d’aller moucharder auprès du Président ce que vous, vous allez dire. Et ça, c’est le quadrillage policier premier du parti. Il n’y a pas d’endroit en Guinée où vous soyez à l’abri d’un racontar — et malheureusement, vous devez savoir ce que c’est qu’un racontar… Si encore on ne se contentait que de dire la vérité de ce qu’on a entendu, mais malheureusement, vous ne pouvez pas empêcher quelqu’un de transformer ce qu’il a entendu.

 

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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