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Droits de l'Homme

Le parlement cubain a maintenant trois vice-président.e.s noir.e.s. Pourquoi on n’en parle pas ?

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(De gauche à droite) Inés María Chapman Waugh, Beatriz Jhonson Urrutia et Salvador Valdés Mesa. Montage par l’auteur à partir de photos sur EcuRed.

Le 19 avril 2018, la République de Cuba a investi à sa présidence l’ex-professeur d’université Miguel Díaz-Canel Bermúdez, et le 9ème Congrès de l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire – l’organe suprême de la direction – a élu un nouveau Conseil d’État. Mais l’euphorie et l’incertitude entourant un supposé “Cuba sans les Castro” et d’autres sujets connexes ont éclipsé un autre développement majeur: la présence de quatre dirigeants noirs dans le nouveau gouvernement jusqu’en 2023.

Les Cubains noirs représentent 10% de la population mais leur représentation dans les cercles du pouvoir est très limitée, en dépit des idéaux d’égalité après la révolution.

Avant Bermúdez, le précédent Congrès avait deux hommes noirs à des postes de responsabilité : le premier vice-président Juan Esteban Lazo Hernández et Salvador Valdés Mesa, président de l’Assemblée nationale. Avec la sélection d’Inés María Chapman Waugh et de Beatriz Jhonson Urrutia comme vice-présidentes, Cuba a, pour ainsi dire, “ajouté plus de couleur” au gouvernement.

Avant de parler de ces deux femmes, je veux consacrer une minute à Valdés Mesa et Lazo Hernández.

Valdés, qui a occupé auparavant les postes de secrétaire de l’Union centrale des travailleurs de Cuba, de ministre du Travail et de la Sécurité sociale, et secrétaire des travailleurs agricoles, ne fait pas partie de la génération de “los históricos”, ceux qui ont dirigé la Révolution cubaine de 1959 et qui ont généralement cédé le pouvoir qu’une fois évincés ou morts. Il est issu de la génération qui a suivi, tout comme Lazo, qui a été élu président de l’Assemblée nationale en 2013 et conservera son poste jusqu’en 2023, quand il aura 79 ans.

Lazo a eu une trajectoire longue et variée dans la politique cubaine. Il a été secrétaire du Parti communiste cubain pour les provinces de Matanzas, Santiago de Cuba et La Havane, membre du parlement cubain depuis 1981 et vice-président du Conseil d’État depuis 1992. Lazo a également représenté les affaires étrangères de Cuba pour les pays des Caraïbes, d’Afrique et d’Asie. Il a été élu président de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire le 25 février 2013.

Nouvelle phase de test

Les deux nouvelles vice-présidentes sont relativement jeunes selon les normes parlementaires, si l’on considère l’âge moyen à l’Assemblée législative – où seulement 13% des députés ont moins de 35 ans.

Ines María Chapman Waugh, originaire de Holguín, est ingénieure, actuellement présidente de l’Institut national des ressources hydrauliques. Pour les Cubains, son nom est familier. Depuis longtemps, elle est le visage de l’agence qu’elle dirige, offrant au public des informations importantes pendant la saison des ouragans. Elle a été députée de l’Assemblée nationale pour le Congrès précédent et du Conseil d’État depuis 2008. En 2011, elle a été élue au Comité central du Parti communiste cubain.

Beatriz Jhonson Urrutia est également ingénieure. En 2011, elle a été élue vice-présidente de l’Assemblée provinciale du pouvoir populaire dans sa province natale, Santiago de Cuba. Elle est Présidente de cette instance depuis 2016. Lors du 7ème Congrès il y a une dizaine d’années, elle a été élue au Comité Central. Elle est devenue députée en 2013.

Toutes les deux viennent de la base et ont développé des carrières professionnelles avant ou à côté de leur trajectoires politiques. En tant que femmes noires, elles ont dû travailler dur pour obtenir leurs diplômes et construire leur carrière. Et ces dernières nominations ne signifient pas qu’elles sont arrivées. Elles entrent à présent dans une nouvelle épreuve, où elles seront “évaluées” en raison de leur couleur et soumises à un examen raciste et à l’attente que, tôt ou tard, elles vont sans doute tout faire foirer.

Le silence est aussi du racisme

Pourquoi la presse cubaine et internationale, et les gens en général, n’ont-ils pas accueilli et salué ces développements avec enthousiasme ? Je trouve cela suspect, considérant que dans le scénario politique actuel c’est une plus grande surprise que la nomination Díaz-Canel, qui était attendue. Les médias ont préféré porter l’attention sur la première dame et d’autres futilités tout en continuant à ignorer cette information essentielle.

Invisibiliser est l’un des moyens utilisés par le racisme. Parfois, le silence en dit plus que les mots ne le pourraient jamais. Ce que je pense être à l’œuvre ici c’est une combinaison de peur de la Négritude et du néo-racisme désinvolte au quotidien. Avec la notion officielle, à Cuba, que parler de Négritude, de racisme et de discrimination raciale divise la nation.

Sur ce dernier point, je voudrais ajouter que même parmi les militants sociaux et politiques les plus engagés et les non-initiés, l’idée persiste que considérer les questions raciales de quelconque façon dilue un “but suprême” vaguement défini. C’est à partir de cette position que sont contestées les notions allant du terme “afro-cubain” à l’existence d’un racisme structurel dans le pays.

Si on peut supposer à juste raison qu’il n’y aura pas de changement dans les politiques liées à la race, il convient de souligner que l’arrivée de ces trois législateurs noirs, en particulier les deux femmes, augure favorablement de la tendance vers l’inclusion. Ou, à tout le moins, cela indique qu’elle a été prise en compte dans les sphères les plus élevées du pouvoir de l’île.

Nous pouvons supposer que nul parmi ceux qui siègent à l’Assemblée nationale n’a de programme politique antiraciste explicite. En tant que membres du Parlement cubain, comment le pourraient-ils ? Et je vois cela comme une preuve de racisme, avec les particularités du système électoral cubain et les complexités de l’entrée en “politique” à Cuba. C’est un pays où l’activisme indépendant se situe en dehors des espaces de pouvoir légitimés – ce qui crée une situation anormale où des personnes complètement dépourvues d’intérêt pour la politique ou de reconnaissance publique peuvent siéger, pendant cinq ans, dans l’organe suprême du gouvernement.

Pour changer cela, il faudrait convaincre ceux qui sont dans les couloirs du pouvoir que le racisme est actuellement le problème le plus urgent de Cuba. Il est connecté à beaucoup d’autres, comme la pauvreté. Il limite la jouissance des droits fondamentaux et universels tels que l’accès à l’université.

La crainte de s’attaquer au problème est évidente dans l’impact minimal que tant de publications, de recherches et de thèses liées à la race ont eu sur les décideurs de Cuba. Je me demande ce qui est nécessaire pour susciter une reconnaissance ouverte de cette question et de tout ce qu’elle comporte – ainsi que les propositions de politique publique qui en découlent pour lutter contre le racisme.

Les questions raciales ne sont répertoriées comme sujet / objectif dans aucun des dix groupes de travail permanents de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire. Je pense à au moins trois de ces groupes qui sont importantes pour la question de la race : la Commission pour l’attention à l’enfance, à la jeunesse et à l’égalité des droits pour les femmes ; la Commission des questions économiques ; et la Commission de l’éducation, de la culture, de la science, de la technologie et de l’environnement.

Il n’y a pas de racisme à Cuba, ¿de verdad?

S’il y a un sujet sur lequel les Cubains situés aux extrémités opposées du spectre politique sont d’accord, c’est la discrimination raciale. Les partisans et adversaires du gouvernement cubain affirment la main sur le cœur qu’”à Cuba, noirs et blancs, c’est pareil”. Pour les partisans du gouvernement sur et hors de l’île, la situation semble assez bonne, y compris sur cette question. Pour les opposants du monde entier, les choses à Cuba sont si terribles et tout le monde est tellement opprimé que la discrimination raciale ne mérite pas une attention particulière. Ces dynamiques détournent la discussion et nous empêchent d’aller de l’avant. Parmi certains membres de la communauté en exil, le racisme à la cubaine a même supplanté l’animosité antigouvernementale.

Une capture d’écran de Facebook: “Diaz Canel n’est pas le pire de tout. C’est le “N ***** -erie” laissé par [euphémisme cubain homophobe, raciste et xénophobe] se référant à] Raúl Castro à quelques centimètres du pouvoir. Le prochain gouvernement cubain, formé à partir de l’exil, doit exclure les candidats noirs … aucun lien avec le régime, la sorcellerie, la paresse, le vol et les médiocrités “

À l’heure actuelle, nous aurions dû mettre en œuvre des solutions, par exemple, au problème de la surreprésentation des Cubains noirs et métis dans la population carcérale. Il devrait déjà y avoir des progrès vers une discrimination positive dans les projets communautaires d’auto-entreprenariat.

Néanmoins, le fait qu’il y ait maintenant plus de politiciens de haut niveau représentant les Cubains noirs, même imparfaitement, me remplit d’optimisme. Je ne demande rien à nos trois vice-président.e.s noir.e.s que je ne demanderais pas aussi aux autres législateurs, mais lutter contre le racisme et la discrimination à Cuba exige la participation de tous les membres de la société, dans les espaces de pouvoir et de privilège que chacun d’eux occupent.

Cet article est paru sur le blog Negra cubana tenía que ser.

Publié sur globalvoices,org en anglais le 19 mai, traduit par moi en français et publié le 22 mai.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

2 Comments

2 Comments

  1. Sandra AbdAllah-Alvarez Ramirez

    27 mai 2018 at 11 h 08 min

    Gracias por compartir/Merci d´avoir partagé

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Droits de l'Homme

Gouvernance rwandaise pendant la pandémie : le temps de l’introspection

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Note de la rédaction : Cet article a été initialement publié par Louis Gitinwya sur le blog du Friedrich Ebert Stiftung (en anglais et en français). Une version légèrement modifiée est reproduite ici avec l’autorisation de l’auteur. 

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndt.]

Après la désignation par l’Organisation Mondiale de Santé (OMS) du coronavirus (SARS-CoV-2) en tant que pandémie mondiale, le Rwanda était le premier pays d’Afrique à entrer dans une phase de confinement. Le 23 mars, le gouvernement a ordonné un confinement strict, restreignant les voyages et fermant les universités afin de réduire la propagation du virus dans le pays. Depuis lors, il y a eu 7 970 cas confirmés de COVID-19, avec 74 décès et 6 289 cas de guérison au Rwanda, selon l’Université Johns Hopkins.

Le modèle de gouvernance du Rwanda est construit sur deux modèles concurrents : parallèlement à l’histoire de l’« enfant chéri de l’aide », le pays est généralement considéré comme un exemple réussi de développement en Afrique. C’est également un État autoritaire basé sur un pouvoir économique et politique étroitement centralisé au sein du parti au pouvoir, le FPR (Front patriotique rwandais), qui contrôle l’appareil de sécurité de l’État et possède les principales entreprises du pays. Ce modèle de gouvernance a fondé sa légitimité sur le progrès socio-économique rapide du pays.

Certains commentateurs politiques suggèrent à juste titre d’utiliser l’épidémie comme barème pour tester la nature et la qualité de nos institutions. Et le point de départ évident est d’examiner les forces et faiblesses de l’appareil d’État et la façon dont le pouvoir répond aux besoins du peuple.

Peu de temps après que le gouvernement ait annoncé un confinement à l’échelle nationale, les citoyens se sont tournés vers les médias sociaux, plus particulièrement vers les Rwandais sur Twitter (surnommés RWoT), exhortant le gouvernement à fournir des secours alimentaires d’urgence aux familles les plus vulnérables et à mettre en œuvre des mesures économiques palliatives dès que possible.

Cette subvention de 12 millions de dollars de l’ADEPR atteindra-t-elle les pauvres touchés par le #COVID19 ? Ou sera-t-elle spoliée aux villageois et aux chefs des communautés, comme ce fut le cas lors du dernier épisode en date dans presque tout le district de Gasabo  ? Que manque-t-il à ce programme ?

En outre, il est important de comprendre le contexte national où l’on ne voit pas souvent les Rwandais critiquer publiquement l’État ; en particulier sur les réseaux sociaux en raison de la réticence du régime à tolérer les critiques. Souvent, les gens ont peur d’exprimer leurs préoccupations à cause de la répression étatique et de l’utilisation de son pouvoir coercitif.

Certains citoyens sont allés loin en demandant plus de transparence sur la gestion du « Fonds Agaciro » (Agaciro, qui signifie « dignité » en kinyarwanda, est essentiellement un fonds fiduciaire national). Les Rwandais se demandent aussi pourquoi le gouvernement n’a pas encore décidé d’utiliser une partie de ses propres fonds pour atténuer les effets socio-économiques de cette crise plutôt que de demander à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international des plans de sauvetage et des prêts.

En raison du confinement de 6 semaines au #Rwanda à la suite de la pandémie de #Covid19, les approvisionnements alimentaires sont le besoin le plus urgent pour les pauvres et les nécessiteux. Solace Ministries essaie de soutenir ses bénéficiaires avec une aide alimentaire. Pour en savoir plus, accédez à https://t.co/BsoqoXcodp.

Les citoyens s’inspirent du monde extérieur pour savoir comment d’autres pays ont réagi aux effets économiques de cette crise. Par ailleurs, il est essentiel de comprendre le réveil soudain des citoyens, en particulier dans un contexte d’une nation où les opinions officielles du gouvernement dominent les médias nationaux, avec une liberté d’expression limitée couplée d’une société civile très affaiblie.

Quand bien même le produit national brut ait oscillé autour de 7% [fr] au cours de la dernière décennie, la majorité des Rwandais, pour la plupart jeunes et instruits, restent pauvres, sans emploi et en situation de précarité financière. En revanche, on observe une expression forte et croissante des frustrations des citoyens, en particulier dans les zones urbaines, envers le discours officiel sur le développement et le progrès socio-économique du pays.

Pendant ce temps, les États membres voisins de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) comme le Kenya ont déjà annoncé des plans de relance économique pour faire face à l’impact économique dévastateur de l’épidémie de coronavirus. L’Ouganda, également, a déjà demandé [pdf] un budget supplémentaire de 284 milliards de shillings ougandais (environ 75 millions USD) pour lutter contre l’épidémie de COVID-19 et ses effets. Pour sa part, le Rwanda a annoncé une stratégie globale d’atténuation économique pour aider les entreprises et le secteur privé à faire face aux effets économiques de cette crise, bien que les détails de ce plan ne soient pas encore rendus publics et que neuf mois plus tard, le secteur privé n’ait pas reçu un centime.

Plusieurs mois après la mise en œuvre de la décision de confinement, le gouvernement est resté muet sur la demande des citoyens en matière d’aide alimentaire ; en particulier sur les controverses qui ont émergé dans les médias locaux dénonçant le fait que les autorités ont accordé si peu ou pas de soutien aux familles vulnérables.

Fait intéressant, cette crise a mis en lumière les frictions politiques croissantes au sein du gouvernement, compte tenu des récents limogeages du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Patrick Nyamvumba, et du ministre d’État au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération est-africaine, l’ambassadeur Oliver Nduhungirehe. On peut donc affirmer que ces turbulences illustrent l’absence d’une stratégie claire du gouvernement pour faire face à cette crise. Officiellement, les deux ministres ont été limogés pour avoir menti au chef de l’État, pour négligence et pour avoir constamment agi en fonction de leurs opinions personnelles plutôt que de mettre en œuvre des politiques nationales dans le cadre de leurs rôles respectifs.

Aujourd’hui, il semble qu’à travers cette pandémie, le mythe d’un État organisé et efficace soit brisé.

Avec cette crise pandémique, des questions se posent sur la maturité et la légitimité de notre modèle de gouvernance. Un modèle autoritaire de développement est-il efficace ou non pour absorber les inégalités sociales et les conflits ? Malgré son hégémonie, le modèle politique actuel reste vulnérable.

À la lumière de la frustration croissante d’une population qui souffre déjà de difficultés diverses, notamment le chômage et la pauvreté, il est clair que la réticence du régime à tolérer la critique peut compromettre la longévité de son modèle.

Le plein potentiel perturbateur de la crise du coronavirus prendra des mois, voire des années, pour se révéler. En attendant, et si cela vous préoccupe, alors il pourrait être utile de réfléchir à la façon dont cette épidémie pourrait éventuellement changer notre société pour le mieux.

__

Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par Louis Gitinwya pour le blog du Friedrich Ebert Stiftung (en anglais et en français). Le réseau globalvoices.org l’a repris et publié le 31 décembre 2020

Louis Gitinwya est un avocat rwandais, membre du Media Defence East African Lawyers Network, une ONG basée au Royaume-Uni.

Il a été.

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Camp Boiro

Une exécution publique aura lieu ce matin à Boulbinet

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Source: Wikipedia

Revu et corrigé le 15 janvier 2021

Mahmoud Bah (né en 1940 à Labé) auteur du livre Construire la Guinée après Sékou Touré, d’où ce texte a été extrait, est un technicien dans l’industrie agro-alimentaire et enseignant. Après l’arrestation de son frère, Ibrahima Kaba Bah, lors d’une grève des enseignants en Guinée, Bah a cherché l’exil, d’abord à Dakar, puis en France. Mais fatigué de l’exil, à partir de Dakar il rejoint Conakry en 1979. Dès son arrivée il est arrêté et interné au camp de concentration Boiro. Malgré l’intervention en sa faveur de la Ligue française des Droits de l’Homme et d’Amnesty International ce n’est qu’à la mort du dictateur Sékou Touré et le coup d’état des  militaires qu’il sera libéré, le 3 avril 1984. Il rentre alors en France et reprend son enseignement au lycée jusqu’à sa retraite en 2005 .

Une dictature à visages multiples étouffe la concorde nationale qui a permis d’obtenir l’indépendance, confisque brutalement en quelques mois toutes les libertés fondamentales, enserre les populations dans un vaste réseau de polices occultes et parallèles, arrête, emprisonne et liquide des milliers de paysans, ouvriers, intellectuels et cadres. Finalement, ce régime qui se disait révolutionnaire se révèle particulièrement rétrograde et brise les ressorts de la vie économique et sociale d’un pays où les gens ne demandaient qu’à travailler et à vivre en paix.

Janvier 1959: Premières exécutions publiques

Le lycée de Donka s’est agrandi au fil des ans, occupant maintenant les deux tiers de la plaine de Donka. En ces premiers mois d’indépendance, le complexe scolaire groupe une vingtaine de bâtiments. Les élèves sont internes à 90%. Ils sont nourris, logés et habillés correctement. Quelque 2500 élèves suivent les cours du Lycée Technique, du Lycée classique et moderne ainsi que du Centre d’apprentissage.
Ce matin de janvier 1959, les élèves du Lycée prennent leur petit-déjeuner dans le grand réfectoire. Arrive un messager qui monte sur une chaise, au milieu de la salle, et demande le silence.
— Je vais vous lire un communiqué du Comité PDG de Donka, annonce-t-il.
Silence complet. Et l’homme poursuit:
— Une exécution publique aura lieu ce matin à Boulbinet. Des hommes indignes de la Nation se sont rendus coupables de vol après avoir été graciés en octobre dernier par le Président. Les élèves, comme tous les militants de notre Parti, doivent assister au châtiment suprême que le Parti infligera à tous les fauteurs de troubles.
L’homme s’en va et les élèves avalent dans un lourd silence la déclaration qu’ils viennent d’entendre.
Une heure après, trois cars s’arrêtent devant la salle de permanence du Lycée. Quelque cent cinquante élèves y prennent place, des élèves du second cycle.
A Boulbinet un des quartiers de la presqu’île de Tombo (Conakry), il y a foule: hommes et femmes de tous âges. Un condamné est attaché à un poteau. Ses yeux sont bandés. Il fait dos à la mer. J’apprendrai quelques minutes plus tard qu’il s’appelle Chérif Camara.
Un peloton d’exécution est là, l’arme au pied. Un homme s’avance, lit une sentence puis le Chef du peloton lance les ordres. Un bruit sec et la tête du condamné tombe sur son épaule. Le Chef du peloton s’avance à quelques pas du condamné, arme son pistolet et donne trois coups de grâce. Le sang coule à flots jusqu’à terre. Les soldats détachent le cadavre, le recouvrent d’un linge et le jettent dans un camion.
Le Chef de Peloton déclare:
— Mission accomplie.
On voit alors des jeunes et des vieux pleurer et perdre connaissance. C’est la première fois qu’ils subissent une telle scène. Un jeune homme crie:
— Pourquoi nous oblige-t-on à voir ça?
Pas de réponse. Chacun s’en va, hébété, abasourdi. On se disperse dans la tourmente.
Renseignements pris, le condamné avait volé des bananes en plein marché de Conakry alors qu’il venait d’être gracié. Deux autres exécutions pour les mêmes raisons ont eu lieu à Kindia (Samba Diallo fusillé) et à Friguiagbé

L’année 1959 démarre ainsi sous le signe du sang et de la liquidation physique. Pour ceux qui pensent que le décompte des morts s’est arrêté au lendemain du référendum, la désillusion est arrière. La peur revient par la volonté du Président.
Fidèle à ses méthodes d’action de masse, le PDG, devenu Parti Unique de la Guinée, implante partout des Comités de Quartier.
Partout on entend, on affiche un mot d’ordre: « Reconversion ». Tout est prétexte pour les agents du Parti, à parler de « reconversion », à accuser tel ou tel de ne pas être « reconverti ».
Cela signifie en fait que tout le monde, sans exception, doit intégrer le Parti et obéir aux ordres du Parti.

Dissolution du mouvement étudiant
Création de la Jeunesse du Parti

Dès février 1959, le Gouvernement annonce la tenue prochaine d’un important Congrès, le Congrès constitutif de la Jeunesse du Rassemblement Démocratique Africain (JRDA). Ce Congrès devra consacrer l’unification de toutes les Organisations de Jeunes existant dans le pays, quels que soient leurs buts et leurs activités.
Apprenant cela, les étudiants guinéens, organisés au sein de l’Union Générale des Elèves et Etudiants de Guinée (UGEEG), décident de tenir un Congrès pour définir leur place et leur rôle dans la JRDA naissante.
A la Délégation de l’UGEEG venue demander à Saïfoulaye Diallo, Secrétaire politique du PDG, l’autorisation de tenir un Congrès, Saïfoulaye répond:
— « Vous pouvez tenir votre Congrès entre ciel et terre si vous voulez, mais pas en Territoire guinéen »…
Il est donc clair que les étudiants n’ont plus droit à la parole, eux qui ont été, durant les années 40 et 50, les porte-drapeaux de l’éveil socioculturel et de la lutte anticoloniale en Guinée.
De ce point de vue, force est de constater que le régime colonial tolérait la liberté d’expression alors que le PDG l’interdit purement et simplement.
Le coup n’est pas moins dur que les exécutions de janvier. Adieu liberté d’association, de réunion, d’expression !

Le 26 mars 1959, avec tout le cérémonial que le Parti est capable de déployer, la JRDA est constituée. Désormais, il n’y a plus d’UGEEG, plus d’Association socioculturelle régionale ou nationale, plus de club sports-loisirs, mais des Comités JRDA partout, à l’instar des Comités du Parti et des Comités de Femmes.
Il est précisé aux étudiants guinéens à l’étranger (Europe, Afrique, Amérique, Asie) que toutes leurs activités doivent être supervisées par le Parti; qu’ils ne doivent pas, par exemple, se marier à l’extérieur sans le consentement du Parti, faire des déclarations ou des publications sans en référer au Parti…
Les étudiants, qui avaient une solide tradition de lutte pour les Droits et les Libertés de l’Homme, ne peuvent se résigner à un rôle de « béni-oui-oui ». Ils entendent participer pleinement à tout ce qui fait la vie du peuple guinéen.
C’est alors que commence une longue guerre entre le pouvoir et les étudiants.
L’intégration de la Jeunesse au sein du Parti ayant été consommée, l’imagination intarissable de Sékou Touré lance un autre mot d’ordre…

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Droits de l'Homme

Une nouvelle taxe sur les appareils mobiles menace l’inclusion numérique en République démocratique du Congo

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Photo de Pixabay.

En septembre 2020, le gouvernement congolais, par l’intermédiaire du ministre des Postes, des Télécommunications et des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, a annoncé la mise en place du Registre des Appareils Mobiles (RAM). 

Dans cette annonce, le ministre a exprimé sa grande confiance dans le fait que le registre serait un outil essentiel pour la protection des utilisateurs congolais d’appareils mobiles :

Nous sommes heureux de mettre en œuvre le RAM. Cette base de données nous permettra de limiter le marché des appareils mobiles contrefaits, de lutter contre le vol d’appareils mobiles et d’améliorer la qualité du réseau de téléphonie mobile en bloquant les appareils non conformes aux normes internationales.

Avec ce nouveau registre, tous les appareils mobiles sur le territoire congolais doivent payer une redevance mensuelle allant de l’équivalent de 0,17 USD pour les appareils 2G à plus de 1,17 USD pour les appareils 3G et 4G sur une période de six mois.

Selon le site datareportal [en] le nombre de connexions mobiles en République démocratique du Congo a augmenté de près d’un million entre 2019 et 2020. Les organisations de la société civile ont exprimé des craintes de voir cette tendance s’inverser en raison de la mise en place de cette nouvelle taxe sur les appareils mobiles.

«Ce décret vient ainsi ajouter une 6e taxe aux cinq autres dont bénéficie déjà l’Autorité de régulation des postes et télécommunications du Congo qu’elle prélève sur les opérateurs de son secteur», déclaré l’organisation à but non lucratif Rudi International dans un communiqué condamnant la RAM.

GSMA [en] une organisation internationale représentant les intérêts des entreprises de téléphonie mobile, avait proposé au gouvernement, par l’intermédiaire du ministre en charge des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, un système gratuit qui n’aurait eu aucun impact sur le coût d’utilisation d’un appareil mobile dans le pays.

GSMA a même présenté au gouvernement congolais des méthodes de financement alternatives basées sur les modèles adoptés dans d’autres pays sub-sahariens, qui utilisent une combinaison de réglementation et d’un cadre juridique pour empêcher la falsification et la vente d’appareils mobiles volés ou contrefaits.

Une étude réalisée par le cabinet Ernst & Young dans le cadre d’une analyse des bénéfices potentiels d’une structure fiscale plus efficace pour le secteur de la téléphonie mobile en RDC, a conclu que la fiscalité était également un frein à l’inclusion numérique en République démocratique du Congo.

«Au lieu de faire des efforts pour renforcer le taux de pénétration de la téléphonie mobile dans le pays, cette taxe n’aura que l’effet inverse car les téléphones deviendront beaucoup plus chers sur le marché», a déclaré Rudi International dans son communiqué critiquant la taxe. Selon l’organisation à but non lucratif, la RAM devrait simplement être suspendue.

Le Collectif 24 a également déclaré qu’une taxe sur les appareils mobiles porterait un coup dur à la liberté d’expression et au droit d’accès à l’information :

La mise en place de cette nouvelle taxe, ne fera que réduire le nombre d’utilisateurs des télécommunications en RDC et contribuera à renforcer le fossé numérique. En effet, l’accès aux services des télécommunications deviendra de plus en plus cher pour le paisible citoyen déjà touché par la crise économique actuelle. La mise en place de ce service aura une incidence négative pour les opérateurs de la téléphonie mobile, car leur chiffre d’affaires connaîtra une baisse sensible avec la réduction du nombre des abonnés. Le secteur risquerait de subir une stagnation avec notamment la réduction des investissements. Ce qui ne manquera pas également de toucher négativement le PIB national.

Évoquant la violation du principe universel consacré à l’article 4 point 30 de la loi-cadre du 16 octobre 2002 [pdf] relative aux télécommunications en République démocratique du Congo, le député national Auguy Kalonji a approché le Premier ministre avec la requête que la taxe sur les appareils mobiles soit annulée :

L’esprit du principe du service universel oblige les pouvoirs publics à fournir à la population des services de communication électronique à un prix abordable, quelle que soit sa situation géographique sur le territoire national.
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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit pour globalvoices.org par Providence Baraka informaticien travaillant sur les droits humains numériques et les questions liées à la gouvernance de l’Internet en RD Congo et au-delà du continent africain.
Le billet a été publié sur globalvoices.org le 2 janvier 2021

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Autres

Sept gouvernements africains utilisent des logiciels espions de surveillance, selon une nouvelle étude

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[Tous les liens renvoient vers des pages web en anglais, ndt.]

Les gouvernements de sept pays africains – le Botswana, la Guinée équatoriale, le Kenya, le Maroc, le Nigéria, la Zambie et le Zimbabwe – utilisent la technologie des logiciels espions, selon un nouveau rapport de Citizen Lab, une unité de recherche interdisciplinaire de l’Université de Toronto, au Canada.

L’étude a identifié au moins 25 pays à travers le monde qui ont déployé un logiciel de surveillance produit par Circles, une entreprise affiliée au groupe israélien NSO. L’étude indique que Circles affirme ne traiter qu’avec les États-nations.

Le rapport, rédigé par Bill Marczak et quatre autres, a découvert «une signature unique associée aux noms d’hôte des pare-feu Check Point utilisés dans les déploiements de Circles, nous permettant d’identifier leurs déploiements». Check Point est une société de cybersécurité américano-israélienne de premier plan.

Selon l’étude, la technologie de Circles fonctionne en exploitant une faille de signal commune dans le système mondial de téléphonie mobile pour permettre la surveillance des appels et des SMS ainsi que le suivi des téléphones.

La technique de surveillance utilisée par Circles s’appelle Signaling System 7 (SS7), une «suite de protocoles développée en 1975 pour échanger des informations et acheminer les appels téléphoniques entre différentes sociétés de télécommunications filaires», indique le rapport. Le SS7 est actuellement utilisé dans les réseaux mobiles 2G et 3G lors de la facturation trans-frontalière des appels itinérants.

Thomas Brewster, un analyste en cybersécurité chez Forbes qui a rendu compte de l’étude Citizen Lab, explique en outre que lorsque l’on se rend dans un autre pays, «le réseau SS7 est utilisé pour transférer votre téléphone vers un fournisseur de télécommunications partenaire et ajuster la facturation en conséquence.» Cependant, une distorsion se produit dans ce processus normal si «un fournisseur de surveillance» est capable d’accéder aux réseaux SS7, «soit par piratage, soit par acquisition». Le SS7 envoie alors «des commandes au “réseau domestique” d’un abonné, indiquant à tort que l’abonné est en itinérance. Cela révélera ensuite son emplacement, mais uniquement via les coordonnées de l’antenne de téléphonie cellulaire la plus proche du téléphone », explique Brewster. 

Les clients de Circles en Afrique, identifiés par Citizen Lab, sont les suivants : la Direction des services de renseignement et de sécurité du Botswana (DISS), le ministère marocain de l’Intérieur, l’Agence nigériane de renseignement de l’armée (DIA) et une agence inconnue en Zambie.

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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par le poète et essayiste nigérian Nwachukwu Egbunike pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 28 décembre 2020.  

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Camp Boiro

Décembre 1961: Sékou Touré ferme toutes les écoles de Guinée, emprisonne les élèves, les torture, avant de les renvoyer chez leurs parents.

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Révisé le 30 décembre à à 21:07

Dans ce billet Mahmoud Bah nous raconte pourquoi et comment le tyran Sékou Touré après avoir arrêté et condamné à 7 ans les principaux responsables du syndicat des enseignants pour avoir demandé une revalorisation de leurs conditions de vie s’en est pris violemment aux étudiants.   

L’enthousiasme, l’unanimité et la ferveur des derniers mois de 1958 font place de plus en plus à une profonde amertume.

C’est dans cette atmosphère de crise sociale et politique que le Syndicat des Enseignants, après avoir tenu officiellement son Congrès en avril 1961, adresse une lettre au Gouvernement à propos d’une revalorisation des salaires longtemps promise et récemment octroyée. La lettre constate, sous forme de mémorandum, l’insuffisance de la revalorisation et demande qu’elle soit reconsidérée, améliorée, tout en affirmant sa soumission à la décision que prendra le Parti. La lettre se termine par ces mots: « Le propre de la Nation, c’est d’être le Bien commun de tous ses fils. »

Le 15 novembre 1961, l’UNTG (Union Nationale des Travailleurs Guinéens) tient une conférence des cadres. Cette conférence souhaite trouver un accord de l’ensemble du mouvement syndical sur la revalorisation des salaires.

En réaction à cette situation, le Bureau Directeur du Syndicat des Enseignants est « accusé de haute trahison » et pris comme bouc émissaire. Ses membres sont traduits devant un Tribunal spécial, accusés de diffusion illégale de documents calomnieux et anti-Parti. Le Tribunal, présidé par Saifoulaye Diallo, condamne chaque enseignant à sept ans de prison ferme. Ainsi :

  • Koumandian Keïta
  • Ibrahim Kaba Bah
  • Mamadou Traoré (Ray Autra)
  • Djibril Tamsir Niane
  • Mamadou Gangué Bah, etc.

sont immédiatement mis aux arrêts.

Le Syndicat des fonctionnaires proteste contre ces mesures. Plusieurs de ses Responsables sont arrêtés:

  • Mountagha Baldé
  • Hacimiou Baldé
  • Kolon Koundou Diallo
  • Kenda Diallo, etc.

En apprenant l’arrestation de leurs maîtres et professeurs, les élèves de Conakry se mettent en grève, bientôt suivis par ceux de l’intérieur. Les jeunes filles quittent leur collège situé en ville pour rejoindre les garçons au Lycée de Donka. Elles sont arrêtées par l’Armée au niveau de l’hôpital de Donka: matraques, gaz lacrymogènes, coups de crosse. Plusieurs sont blessées ou tombent évanouies. L’Armée, sous la direction de Fodéba Keita, ministre de la Défense et de la Sécurité 3, encercle le Lycée par un cortège de chars et de camions. Après trois jours de siège, on oblige les élèves à sortir un à un, les mains en l’air, pour embarquer dans les camions. Ils sont conduits au Camp Alfa Yaya, près de l’aéroport.

A l’intérieur du pays, les élèves se révoltent. Ils sont sauvagement matés et les écoles fermées. A Labé, la répression est particulièrement féroce. L’Armée quitte le Camp El Hadj Omar situé à 7 km de la ville et investit le centre de Labé. Des tirs de chars sont ordonnés. Un ouvrier peintre qui réalise une affiche pour le Parti à l’entrée de la permanence est tué net.

Décembre 1961: toutes les écoles de Guinée sont fermées, les élèves emprisonnés, torturés, avant d’être renvoyés chez leurs parents. Des meetings sont organisés où on oblige des parents à renier leurs enfants.

Sékou Touré, dans de violents discours, traite les enseignants et universitaires d’intellectuels tarés. Certains de ces enseignants, croyant naïvement que Sékou Touré était des leurs, n’avaient pas caché au Président leur penchant marxiste. Sékou en profite pour accuser l’URSS de vouloir exporter la Révolution en Guinée et crie:

« La Révolution ne s’exporte pas ! »

Il ordonne le départ de l’Ambassadeur soviétique après avoir demandé et obtenu des assurances du Gouvernement des USA, présidé alors par John F. Kennedy. Il jouera toujours ce jeu de bascule d’une puissance à une autre, d’une part pour se soustraire à ses engagements, d’autre part, pour être seul maître à bord de l’embarcation guinéenne.

Le riz manque dans le pays pour les raisons avancées plus haut. Le Président déclare carrément que ce sont les enseignants qui ont empêché la livraison de riz ! Il n’explique pas comment, mais ajoute que c’est pour inciter les populations à la révolte.

Le PDG tient un Conseil National à Labé. Dans un ton encore plus violent qu’à Conakry, le Président menace d’extermination ceux qu’il appelle « les féodaux, les ennemis du Parti ». Il promet « d’étouffer dans l’œuf tous les comploteurs ». Car pour lui, c’est là un nouveau complot ourdi par les enseignants.

Le comploteur en fait, est toujours lui. Il va enfoncer le pays dans un bain de terreur psychopolitique et physique, supprimer les droits et libertés qui subsistent.

A partir de 1961, les Syndicats sont dirigés par le Parti: le Président de la CNTG est nommé par le Parti; les activités syndicales doivent « suivre la ligne du Parti ».

Qui aurait cru, en novembre 1953, alors que le Syndicat Guinéen était en grève, que Sékou Touré domestiquerait un jour ce même Syndicat et lui ôterait toute raison d’exister?

Le fait est encore une fois que, en matière de droits et libertés de l’individu, le régime colonial a été plus tolérant que le régime du PDG-Sékou Touré.

A l’extérieur du Pays, les étudiants guinéens manifestent vivement contre les mesures répressives visant l’Ecole guinéenne. Bien qu’étant intégrés dans le Mouvement JRDA, les étudiants n’hésitent pas à adresser des télégrammes au Gouvernement Guinéen pour condamner ses actes et exiger la libération des détenus et la réouverture des écoles.

En France, les étudiants guinéens alertent l’opinion sur les événements en Guinée par de nombreux tracts et réunions d’information. Le Gouvernement exige que les étudiants reviennent sur leurs déclarations. L’Ambassadeur Tibou Tounkara envoie un télégramme à chaque étudiant boursier. Les étudiants ne se laissent pas intimider. Devant le refus de ceux-ci, le Gouvernement coupe leur bourse. Il ordonne à l’Ambassadeur de rapatrier en Guinée tous les étudiants pour « explication et réintégration. » La guerre est ouverte entre le PDG et le Mouvement étudiant.

A Dakar, l’Ambassadeur de Guinée décide de passer aux actes et entreprend de ramener de force les étudiants en Guinée. C’est l’époque où Siradiou Diallo 4, menacé d’enlèvement et de liquidation par les agents de Sékou Touré doit quitter l’Université de Dakar pour venir en France.

Les étudiants qui sont dans les pays de l’Est (Allemagne de l’Est, Pologne, URSS, etc.) sont ramenés manu militari à Conakry pour « explication ».

Après ce coup contre les enseignants et les élèves guinéens, l’insécurité devient plus inquiétante dans le pays. C’est le début de l’exode massif des élèves et des cadres intellectuels. Le cadre et les conditions de vie deviennent de plus en plus insupportables.

Les cadres progressistes étrangers venus en masse au lendemain du Référendum pour prêter main-forte à un Gouvernement qu’ils croyaient soucieux du développement social et économique du pays, s’empressent de repartir. Nombre d’entre eux sont ouvertement menacés. L’un deux, Yves Bénot 5 écrira: « Sékou Touré, c’est Staline moins Manitogorsk ». Un seul restera qui s’est rangé du côté de Sékou Touré, qui en a épousé les méthodes et qui le servira inconditionnellement jusqu’à la fin du régime: Louis Béhanzin, originaire du Bénin.

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Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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