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Que savait le tyran Sékou Touré de l’agression du 22 novembre 1970?

Des « faits troublants » constatés à l’intérieur du pays peu avant le 22 novembre 1970

De nombreux auteurs se sont interrogés sur le rôle qu’aurait joué  le tyran Sékou Touré dans le débarquement portugais à Conakry le 22 novembre 1970.  Facely 2 Mara dans son livre Camp Boiro ou le sixième continent rapporte quelques témoignages. 

Facély II Mara, un journaliste radio de renom, a animé, des années durant des émissions à succès à la Radio télévision guinéenne dont A vous la parole! Il a été Président-fondateur de l’Association des journalistes de Guinée et vice-président de l’Union des journalistes de l’Afrique de l’Ouest. Il a travaillé pendant plus de dix ans, pour le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
En qualité d’analyste en communication, il a une expérience avérée en matière de consultance en communication, de modération d’événements et de formation des adultes en management. 

Revenons au macro-objectif. Abass Diallo a bien voulu livrer ses souvenirs à ce sujet : « En 1961, quand j’étais régisseur des prisons à Kindia, j’avais des détenus politiques tels que Rossignol, Frichi, le vieux Casablanca et Francisco qui est de nationalité portugaise et dont le père est un grand industriel, responsable dans l’administration portugaise et Maire de Lisbonne.

Ce jeune a été pris à la frontière entre les deux Guinée. Il a été conduit directement à Conakry où il est resté trois semaines à la Sûreté. Un jour, j’ai été convoqué à Conakry où on m’a fait savoir que je devais recevoir très prochainement un prisonnier… On m’ordonna entre autres de l’isoler et de l’empêcher de connaître le nom de la ville dans laquelle il devait se retrouver quelques jours plus tard : Kindia… En effet, un jour, vers 4 h du matin, j’ai vu une jeep se garer devant la prison civile. On a fait descendre Mr. Francisco…Je l’ai hébergé à la cellule 7…

Deux jours après son arrivée, le Président de la République a fait un petit séjour dans cette ville. Il s’enquit de la situation de Francisco et me répéta les mêmes instructions en présence de Saïfoulaye, Béavogui et autres … J’ai discuté avec lui de la nourriture de Francisco … Du « Buffet de la Gare », d’où venait au départ sa nourriture à raison de 45 000 FG par mois, j’ai cherché à le faire nourrir au camp Kèmè Bouréma à un taux forfaitaire de 11 000 FG par mois.

Je m’étais arrangé avec le capitaine Siradio, le lieutenant Idrissa, son adjoint et l’aspirant Mara. L’enfant ne parlait que portugais et un peu d’anglais. Je lui ai posé en anglais des questions sur sa personne. Il m’a dit le nom de ses parents et m’a expliqué que c’est son avion qui était tombé en panne l’obligeant à faire un atterrissage forcé en terrain inconnu… Il m’avait dit aussi qu’il était certain qu’il ne resterait pas longtemps en Guinée …Il était âgé de 15 ans … C’était un beau garçon …

Tous les jours – je n’ai pas respecté intégralement les ordres – je le sortais de sa cellule. Je le mettais dans la cour. Il avait fini par sympathiser avec certains prisonniers. Il mangeait beaucoup d’oranges et de mangues… J’avais autorisé Rossignol et lui à se laver toute la journée dans le bassin de l’arrière-cour… Un jour, Alata (57) vint en inspection… Il rentra directement dans la prison … et après il m’ordonna de le traiter comme les prisonniers africains en le faisant manger, par exemple, riz et manioc… Je fus affecté à Mamou.

Quand le Président me vit dans cette région et après avoir cherché à connaître les raisons de ma présence « soudaine »,il demanda après « son pensionnaire »… Il m’ordonna de le prendre de Kindia pour Mamou… Nous sommes restés ensemble pendant un an à Mamou… Muté à Conakry, je reçus ordre de Fodéba Kéïta de le faire conduire à Conakry. A son arrivée, Fodéba me l’a fait conduire au camp Boiro et de là-bas, il fut conduit au camp du PAIGC…Francisco est resté, dans nos prisons, de 1961 au 22 novembre 1970.»

Des « faits troublants » constatés à l’intérieur du pays peu avant le 22 novembre 1970

Lire également : A la Maison centrale de Kindia, on tuait par le fouet, par la matraque et par les balles.

Des « faits troublants », qui « restent encore à éclaircir » dit René Alsény Gomez, ont été constatés, peu avant l’agression, à l’intérieur du pays.

Le transfert des prisonniers de l’intérieur du pays pour la capitale en est un, le premier. Deux rescapés en ont parlé :

René Alsény Gomez : « … un fait surprenant et incompréhensible : il se trouvait en Guinée, à la prison de Mamou, un détenu du PAIGC en la personne du fils du Maire de Lisbonne. Ce détenu était d’abord à Kindia, à 150 km (sic – 135 en réalité) de Conakry ; ensuite, il a été transféré à Mamou, à 300 km de Conakry. Et quelques jours avant l’agression, brusquement, sans raison apparente, on le ramène à Conakry. Mieux, on le met à un endroit qui n’est pas très loin du bord de la mer … »

Alhassane Diop : « … un cadre du PAIGC est venu me dire une fois à mon Etat -Major :

« Je vous amène là une sentinelle que nous avions à notre prison ».

Je réponds : « Mais, vous n’avez pas de prison!».

Il me dit: «Si».

Et il ajoute: «Le mercredi d’avant l’agression – elle eut lieu dans la nuit du samedi au dimanche- vers 18 H, nous avons vu arriver un camion qui contenait l’ensemble de nos prisonniers blancs. Ce camion était arrivé sur ordre du Président Sékou Touré qui a demandé de mettre à notre disposition l’ensemble des prisonniers ». Je pense que si le Président Pereira du Cap Vert m’écoute, il pourra se rappeler cela.

Ces prisonniers donc ont été mis dans leurs mains… Ils ne savaient qu’en faire. Sékou mit alors à leur disposition une villa inachevée (à étages) située à peu près à un kilomètre de la mer. Elle appartenait à un certain Fodé Mangaba, un planteur soussou … Et d’après la sentinelle qui était devant moi, le jeudi soir, au crépuscule, un de ses compatriotes est venu causer avec lui. Ce dernier a commencé par lui demander ce qu’il faisait en ces lieux. A lui de répondre fièrement: «Je garde nos prisonniers blancs » … L’autre reprend alors :

«Prisonniers blancs ? D’où est-ce qu’ils viennent ? … Combien sont –ils ? «Il répond:

« On nous les a amenés hier. Ils sont 7. Nous sommes 16 à les surveiller. Nous, nous sommes à l’étage. Les prisonniers sont enfermés en bas dans les parties achevées».

C’est la sentinelle qui m’a conduit ce cadre du PAIGC qui m’a dit tout cela à mon Etat – Major … Alors, je me suis demandé :

« Au fond, qui a fait venir ces prisonniers ? » …

J’ai pu savoir que c’est le Président Sékou qui a donné l’ordre de les transférer de l’intérieur sur Conakry… »

Lire également : Des prisonniers politiques non jugés pour la plupart, ont été retirés de différentes prisons et transférés vers des lieux d’exécution secrets, selon Amnesty International

Un autre fait troublant, le second, est signalé par René Alsény Gomez : « On se souviendra que vers le mois de septembre – octobre 1970, le Président Sékou Touré s’est évertué dans tous ses discours à nous parler d’une agression qui serait imminente. » Et Dr Charles Diané dit à peu près la même chose quand il affirme : « Vous reprenez les archives, vous verrez qu’en octobre Sékou Touré en a parlé. »

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