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Cabinda: Le territoire où les soldats sont plus nombreux que les résidents, selon José Marcos Mavungo

La Conférence internationale sur l'Activisme en Afrique organisée par le Centre d'études internationales de l'Institut universitaire de Lisbonne (CEI-IUL), a eu lieu à ISCTE-IUL du 11 au 13 janvier 2017. Photo de Hugo M. Alexandre Cruz . Publié avec permission.

La Conférence internationale sur l’Activisme en Afrique organisée par le Centre d’études internationales de l’Institut universitaire de Lisbonne (CEI-IUL), a eu lieu à ISCTE-IUL du 11 au 13 janvier 2017. Photo de Hugo M. Alexandre Cruz. Publiée avec permission.

“Il n’y a pas d’eau, pas de lumière. Il y a la faim.” C’est ainsi que le militant civique José Marcos Mavungo [fr] a décrit, lors d’une conférence à Lisbonne, en janvier, la dure réalité du quotidien à Cabinda [fr], une enclave angolaise séparée du pays par une étroite bande de territoire appartenant à la République Démocratique Du Congo.

La région de Cabinda a été un protectorat portugais de 1885 à 1956, date à laquelle le pouvoir colonial a décidé de transférer son administration en Angola, une colonie beaucoup plus ancienne située au sud du fleuve Congo. Une rébellion a commencé immédiatement après la chute de  l’empire colonial portugais en 1975 et a continué, alors que l’Angola, en tant que nouvel état indépendant, gardait la souveraineté sur Cabinda.

Créé dans les années 1960, un groupe appelé le Front pour la libération de l’enclave de Cabinda (FLEC) lutte toujours avec les armes pour l’indépendance de la région, bien que ces dernières années il soit éclaté en de multiples factions rivales. La guerre menée entre elles et l’état angolais a fait des ravages au sein de la population de Cabinda.

Au cœur du conflit, cependant, se trouve l’immense richesse naturelle du territoire: Cabinda détient l’un des plus grands gisements pétroliers offshore du monde et représente environ la moitié des exportations pétrolières angolaises [fr], selon l’agence de presse Reuters, qui à leur tour compte dans leur ensemble plus de 95% des exportations totales du pays, selon des données de la Banque mondiale [fr]. Comme M. Mavungo lui-même l’a dit:

Cabinda est un territoire scandaleusement riche, un des rares pays où Dieu a ouvert sa main avec tout, pétrole, diamants, or, bois, café. [C’est pourquoi] le gouvernement angolais maintient son pouvoir militaire dans la région. Maintenant il y a plus de soldats au Cabinda que de civils.

Dans ce contexte, M. Mavungo a fondé en 2003 Mpalabanda [fr] une association civique du Cabinda dans le but de résister pacifiquement à la guerre, à l’oppression et à la corruption dans la région. Mais la légalité de cette organisation de défense des droits humains du Cabinda a été de courte durée : trois ans plus tard, la Cour provinciale de Cabinda a déclaré l’ONG Mpalabanda illégale.

En 2015, M. Mavungo a été emprisonné par les autorités angolaises, accusé “d’incitation à la rébellion et à la violence”. Il a été condamné à six ans de prison, mais en mai de l’année suivante il a été acquitté [fr] par la Cour suprême angolaise. Il a passé un an en prison.

Le militant s’est récemment rendu au Portugal pour participer au Congresso Ativismos para África [pt] (Congrès activismes pour l’Afrique] organisé par le Centre d’études internationales du ISCTE, l’Institut universitaire de Lisbonne, où il a analysé la situation actuelle au Cabinda, racontant ses conditions de vie en prison et partageant ses réflexions sur l’avenir de l’Angola.

Quand l’Angola a accédé à l’indépendance du Portugal en 1975, le Cabinda a commencé une période de “féodalité despotique résultant d’un processus de décolonisation désastreux”, a-t-il dit :

Après l’indépendance, l’Angola s’est précipité dans un long conflit qui a perturbé l’esprit des gens, où la politique s’est transformée en une gouvernance criminelle qui a légitimé le crime comme les événements du 27 mai [fr] (1977), le “ vendredi sanglant” (1993) [fr], ou les massacres de Cassule et Kamulingue [fr] (2012) ou encore l’expérience tragique de Filomeno Vieira Lopes [fr] qui n’avait commis aucun autre crime que la dissidence.

Depuis lors, les citoyens ont vécu dans un environnement hostile où ceux qui détiennent le pouvoir se sont appropriés toutes les ressources nationales, notamment le pétrole et les diamants, puis ont créé un ghetto économique notoire pour le vol – ils viennent prendre toutes les ressources, tout acquérir – et c’est dans ce contexte que la gouvernance corrompue a vu le jour là où les dirigeants, au lieu de gouverner, semblent plus des marchands et leur politique est structurée pour s’accaparer des richesses pour les envoyer hors du pays. Tout le monde dit que l’Angola a investi au Portugal, en France et au Royaume-Uni, mais en Angola il n’y a pas d’investissement. Le pays vit dans la pauvreté.

La Conférence internationale Activisme en Afrique organisée par le Centre d'études internationales de l'Institut universitaire de Lisbonne (CEI-IUL), a eu lieu à ISCTE-IUL les du 11 au 13 janvier 2017. Photo de Hugo Alexandre Cruz. . Publiée avec permission

La Conférence internationale Activisme en Afrique organisée par le Centre d’études internationales de l’Institut universitaire de Lisbonne (CEI-IUL), a eu lieu à ISCTE-IUL du 11 au 13 janvier 2017. Photo de Hugo Alexandre Cruz. Publiée avec permission.

En raison de l’exploitation de l’or noir, le Cabinda est une région extrêmement polluée. “Les eaux sont polluées, les maladies se propagent, surtout chez les enfants”, a expliqué M. Mavungo.

Réfléchissant également sur la production pétrolière, il a ajouté :

Il produit beaucoup de pétrole, mais pas d’investissement dans les domaines-clés. Il y a des investissements en trompe-l’oeil consistant en de beaux bureaux et des voitures de luxe, tandis que l’industrie et l’agriculture sont ignorées. Il y a une croissance excessive de la classe politique dominante qui conserve la majeure partie des ressources. Nous sommes confrontés à une féodalité despotique, une dictature de vrais fidèles du Dieu Mammon [fr] [de la richesse et de la cupidité], adoré en Angola. C’est dans ce contexte que se déroule notre lutte civique.

Le manque d’investissements dans des domaines tels que la santé et l’agriculture a conduit à un taux de mortalité accru, a-t-il dit :

La crise est si profonde, la faim est si sérieuse, les maladies si répandues que les gens meurent comme des poulets. Il n’y a déjà plus assez de place pour tant de morts. Les cimetières occupent autant d’espace que la ville actuelle.

Au cours de la présentation, le militant a également rappelé le temps qu’il a passé en prison :

Le 14 mars 2015, nous avons pensé et organisé une manifestation [pour protester contre le manque de ressources pour la population], puis nous avons envoyé une lettre au gouverneur pour lui faire part de l’événement afin d’informer la police que nous allions organiser une manifestation pacifique dans la rue. Mais j’ai été arrêté. La lettre a été signée par cinq d’entre nous, mais seulement moi ai été détenu. Accusé de posséder des explosifs.

M. Mavungo risquait 12 ans de prison, à la demande du procureur, mais le juge a réduit la peine à six ans. Le militant dit qu’il est devenu encore plus fort pendant sa détention grâce à la pression et au soutien internationaux. Pendant l’année où il a été emprisonné, M. Mavungo est tombé malade, et a vu son revenu coupé, le rendant incapable de soutenir sa famille. Il a dit que sa femme était menacée par des agents de sécurité et que lui-même était également menacé à l’intérieur de la prison. Cependant, le militant dit qu’il n’avait jamais perdu sa foi en raison de la “force de Dieu”.

Lors de la clôture du congrès, M. Mavungo a déclaré que l’Angola est confronté à un grand défi dans sa démocratisation :

L’autoritarisme de la classe politique dominante est un obstacle à une participation efficace des citoyens à la gestion politique. Cette féodalité despotique entrave la mise en place d’institutions stables et l’éradication de la pauvreté.

Pour cette raison, M. Mavungo et ses collègues sont très inquiets pour l’avenir de l’Angola, et il croit qu’il aura “une grande explosion” dans le pays. Le militant a terminé en disant :

Les gens ont besoin de sentir que l’état fonctionne, parce que maintenant ses fondations sont détruites. La justice, la liberté et la fraternité, qui comprennent la dignité humaine, n’existent pas en Angola.

Auteur: Manuel Ribeiro

Traduit du portugais en anglais par: Liam Anderson

Traduit en français par: Abdoulaye Bah

 

À propos konakryexpress

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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