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Le “complot” et le crime comme moyens de gouvernement

On trouvera ici la suite de Sékou Touré, l’homme et son régime. Lettre ouverte au Président Mitterand. Paris : Editions Berger-Levrault. 1982, 106 pages, par feu Charles Diané. Publié en 1982, le document faisait écho aux protestations de la communauté guinéenne et d’une partie de l’opinion publique française, qui rejettaient les circonstances du rapprochement franco-guinéen. Lancé par Valéry Giscard d’Estaing, ce processus fut poursuivi par François Mitterand.

Monsieur le Président,
Lorsqu’on évoque le régime de Sékou Touré, ce sont les mots faillite, prison et complot qui reviennent.

Tout le monde sait que le complot est et a toujours été pour lui un moyen de gouvernement puisqu’en réalité, et contrairement à ce qu’il essaie de faire croire, il a depuis longtemps perdu la confiance des Guinéens. Lui qui n’a jamais eu confiance en aucun d’entre eux.

La faillite expliquée par le complot ; le complot servant à décapiter le (…) et monopoliser le pouvoir, telle est déjà l’histoire que le peuple de Guinée a écrite de son sang et de l’exil de ses meilleurs enfants.

Depuis 1961, chaque année, chaque catégorie de Guinéens a connu son complot, grand ou petit. Chaque année, la rage démentielle de Sékou Touré a englouti des Guinéens, beaucoup plus que tous les colonialismes et que tous les impérialismes qu’il accuse, et qui furent pourtant ses chevaux de Troie, pour prendre et conserver le pouvoir.

Les arrestations, les perquisitions, les exactions, les humiliations publiques, ne se comptent plus. Son pouvoir en est nourri, souillé et pourri.

Nous nous souvenons comme si c’était hier de l’avocat Diallo Ibrahima, arrêté injustement en 1960 après la suppression de la profession d’avocat, torturé et fusillé dans un petit bois entre la gare et la ville de Dubréka. Il était accusé d’avoir “comploté” avec quelques autres cadres, au sein du Parti même. Nous nous souvenons de Touré Fodé, ce jeune pharmacien qui expirait à la morgue de l’hôpital Donka en mars 1960, au moment même où Sékou Touré proclamait son innocence à l’autre bout de la ville. Il était resté enchaîné dix jours, sans manger ni boire. Il avait été battu, torturé afin qu’il avouât des fautes qu’il n’avait pas commises. Sa seule faute était d’être l’ami de Maître Diallo. Nous nous souvenons aussi de l’ingénieur Diallo Yaya, mort à Paris des suites d’une incarcération injuste et inhumaine.

Nous nous souvenons de Elhadj Mohamed Lamine Kaba,  l’imam de la mosquée du quartier Coronthie de Conakry, sur le dynamisme et le rayonnement duquel Sékou Touré s’était appuyé pour implanter son Parti dans la capitale, avec l’appui de Yansané Sékou Yalani et de Camara Bengali. L’imam a été accusé, arrêté et tué. Camara Bengali condamné à perpétuité est décédé des suites de sa détention. Quant à Yansané, libéré après huit ans de prison, il est définitivement aveugle. Nous nous souvenons de tous ces innocents dont le sang a arrosé le pouvoir tout neuf de Sékou Touré, et dont il a donné la souffrance en offrande aux dieux de sa gloire.

Cétaient ses débuts. Les premiers martyrs ont servi à nourrir ses fétiches et à roder ses appareils de répression. Nous croyions que le chagrin et le désespoir des Guinéens, leur silence apeuré l’auraient freiné sur le chemin de cette perdition, du déshonneur et de la plus monstrueuse forfaiture que l’Afrique ait connue.

Hélas, Monsieur le Président ! Sékou Touré s’est entêté à gouverner par le crime. Rivé à son pouvoir tous les jours plus sanglant, il a continué à écraser notre peuple pour mieux s’asseoir. Ce fut l’asservissement à défaut du consentement.

Sékou Touré a oublié aujourd’hui tous ceux qu’il a déshumanisés et tués dans ses prisons et qui, pour la plupart, avaient beaucoup sacrifié à la cause sacrée de leur pays et de l’Afrique, ou qui avaient espéré qu’il serait à la hauteur des sacrifices qu’ils avaient fait pour sa propre ascension et son propre pouvoir.

Ceux qui ont pu ramper, décharnés, défigurés, aveugles, sourds ou muets, et sortir de ses geôles bestiales ; ceux qu’il a dû relâcher l’accusent tous les jours du fond de leur misère. Leur seule vue parle au Peuple de Guinée quand leurs familles ont pu, par miracle, leur faire vivre cette vie végétative qui est désormais la leur. Toutes ces voix d’ombre et de silence, morts enterrés et morts vivants, l’accusent. Nous ne citerons pas de noms. Le temps de leur réhabilitation est proche. Et ils surgiront car ils parleront encore plus demain qu’aujourd’hui dans un procès qui ne sera plus le leur, mais celui de Sékou Touré. Leur procès à eux tous comme leur calvaire n’aura été que le procès et le calvaire que lui tout seul aura fait au Peuple de Guinée.

À propos konakryexpress

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie. Elle est vieille de bientôt 4 ans, mais entretemps il n'y a pas eu beaucoup de changement: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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