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Politique

Cuba, une super-puissance médicale au secours des africains

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Suite au décès du leader cubain Fidel Castro, j’ai écrit article pour le réseau mondial de bloggers et traducteurs globalvoices.org. La publication a été révisée par mon ami Lova Rakotomalala, responsable des contenus originaux concernant les pays francophones publiés sur notre réseau.

Autant dans ma jeunesse comme, d’autres africains des générations pré-indépendance, la personnalité de Fidel Castro m’a charmé, autant j’ai été déçu en visitant Cuba. L’impact de l’embargo américain était visible partout. Mais ce qui attirait l’attention du touriste dès qu’il mettait le pied sur le sol cubain, c’est l’aspect chétif des gens et l’état vétuste de tout objet sur lequel le regard se posait, mais surtout des bâtiments et des voitures. Pour les premiers le monde semblait s’être arrêté; pour les deuxième, elles étaient presque toutes américaines, mais d’un autre age comme on peut le voire dans cette vidéo.

C’était en 1994, lorsque je servais comme chef des services généraux à Port-au-Prince au sein de la Mission civile internationale conjointe Nations Unies/Organisation des États américains à Haïti (MICIVIH).

Avec des amis haïtiens et d’autres pays, nous avons loué, un avion pour aller visiter Cuba. Sur place, nous avons loué des bus pour refaire la route de Fidel et de Che Guevara avec leurs combattants pour aller renverser le régime dictatorial de Fulgencio Batista qui avait duré une vingtaine d’années, en 1959.

Arrivé à la Havane en provenance de Port-au-Prince, nous avons continué sur Santiago pour visiter la caserne de Moncada, à Santiago de Cuba, d’où Fidel Castro et ses compagnons ont déclenché la révolution cubaine. Cette caserne avait une autre valeur historique car elle porte le nom de Guillermon Moncada, surnommé « le géant d’ébène », héros de la guerre d’indépendance.

Le Líder Máximo n’a pas accompli que des actions que je partage, mais je dois reconnaitre que dans certains domaines, en particulier celui de la santé et de la musique, nous devons être reconnaissants envers lui et son pays.

Le titre original de mon billet publié sur globalvoices.org était L’exemplaire aide médicale de Cuba sous Fidel Castro aux pays africains et il a été publié le 3 Décembre 2016.

 Légende: Après environ 6 mois de lutte contre le virus de l’Ébola au Liberia et en Sierra Leone, 151 médecins et infirmiers cubains sont de retour à Cuba. Source:

Légende: Après environ 6 mois de lutte contre le virus de l’Ébola au Liberia et en Sierra Leone, 151 médecins et infirmiers cubains sont de retour à Cuba. Source:

Au-delà du discours politique, de la liberté individuelle et des droits humains, c’est dans les domaines de l’assistance et de la formation, surtout médicale, que les relations entre Cuba et les pays africains se sont développées au cours de l’histoire cubaine de Fidel Castro.

Dans un article publié sur investigaction.net, tiré de l’ouvrage de Salim Lamrani, Maître de conférences à l’Université de La Réunion, on peut lire:

En Afrique, depuis 1963, près de 77 000 médecins et autres collaborateurs de la santé cubains ont offert leurs services dans 39 pays sur 50. Actuellement, plus de 4 000 professionnels de la santé, dont plus de la moitié de médecins, travaillent dans 32 pays d’Afrique.

Dans un article en français, ahora.cu, cite le 30 novembre 2016, Mme Kenia Serrano, Présidente de l’Institut cubain d’amitié avec les peuples (ICAP) qui révélait lors de la 4e Rencontre régionale africaine de solidarité avec Cuba, tenue au siège de l’Union africaine (UA) à Addis-Abéba, en Éthiopie, du 21 au 23 septembre que 40 000 jeunes africains ont été formés à Cuba:

Kenia Serrano a souligné que plus de 8 000 Éthiopiens ont été formés dans l’île, et qu’ils participent aujourd’hui dans leur pays à la vie économique et sociale, dans les secteurs de la santé, de l’agriculture, du sport, et autres.

Il existe plus de 1 100 associations d’amitié avec Cuba, cependant, l’île est particulièrement attachée à ses relations avec l’Afrique, car celle-ci est très liée aux racines de la nation cubaine, a-t-elle précisé.

L’Afrique est un continent très important, et une partie du travail de ce forum sera consacrée à connaître davantage l’Éthiopie et à identifier de nouveaux domaines de coopération.

Mme Kenia Serrano a souligné que le leader cubain Fidel Castro a été le principal inspirateur de l’amitié et de la solidarité entre Cuba et les pays africains, depuis les premières années de la Révolution et elle a ajouté:

Elle a rappelé que l’envoi, il y a 49 ans, de la première brigade médicale en Algérie, en 1963, a marqué le début de la collaboration internationaliste avec d’autres pays.

Actuellement, Cuba a des relations de coopération avec 52 des 54 pays africains. Selon des sources officielles, les principaux projets sont mis en place dans le domaine de la santé, avec un impact très positif sur l’amélioration des indicateurs dans cette sphère, notamment grâce à la prise en charge directe de la population la plus démunie de ces pays.

L’action de Cuba ne se limite pas à former, l’ile a envoyé du personnel pour assister les pays africains dans de nombreux domaines. Lors de la crise sanitaire provoquée par le virus de l’Ebola en Afrique de l’ouest, Cuba s’était faite remarquer par l’ampleur du nombre et de la dévotion du personnel médical envoyé pour lutter contre le fléau. En effet, déjà, avec l’envoi du premier contingent de 62 médecins et 103 infirmiers, la petite ile des Caraïbes, de seulement 11 millions d’habitants, avait fourni une aide équivalente à l’ensemble de celle du reste du monde.

Pourtant ce n’était qu’un début, car devant la réaction tardive et insuffisante des autres pays, surtout des plus riches, Cuba a envoyé un autre contingent de 400 spécialistes.

Cette aide correspondait exactement aux voeux formulés par les pays concernés, Guinée, Libéria et Sierra-Leone ainsi que de la directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En effet, Mme Margaret Chan avait salué le geste de Cuba en ces termes, selon un article de afrikanspot.com, un site de la diaspora africaine domicilié à New-York:

“Nous avons plus que tout besoin d’hommes, de professionnels de la santé. J’espère que l’annonce faite aujourd’hui (vendredi) par le gouvernement cubain va stimuler davantage de pays à apporter leur soutien”, a-t-elle déclaré.

Elle a révélé que la feuille de route de la riposte de l’OMS contre Ebola publiée le 28 août, met en évidence la nécessité d’une réponse à l’échelle massive pour aider les pays touchés.

«L’engagement du gouvernement cubain illustre le genre d’effort international nécessaire pour intensifier les activités d’intervention et renforcer les capacités nationales.

“Cuba est célèbre pour sa capacité à former des médecins, des infirmières et des infirmiers exceptionnels et pour sa générosité dans l’aide vers d’autres pays sur la voie du progrès», a souligné le Dr Chan.

Lors de cette mission les spécialistes cubains avaient des défis importants à relever que souligne avec une juste satisfaction le Dr. Jorge Delgado Bustillo sous-directeur de l’Unité centrale de coopération médicale, qui était à cette époque responsable de la brigade envoyée en Sierra Leone, dans un article publié sur le site francecuba.org, rappelant l’intense préparation reçue à l’Institut tropical Pedro Kouri de La Havane, conseillé par des experts de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPS):

« Nous avons combattu une épidémie pratiquement inconnue, qualifiée de très dangereuse. L’entraînement pour enfiler l’équipement de protection personnelle a exigé une préparation rigoureuse. Avec cette combinaison de protection, on perd plus d’un litre d’eau en moyenne en une heure et il était indispensable que notre personnel s’adapte à son utilisation….

Nous n’avons pas toujours pu déterminer la maladie des patients, les résultats des examens prenant du retard du fait du manque de laboratoires. Grâce à notre insistance, dix centres de ce type ont été ouverts et nous avons obtenu des diagnostics plus précis. Dans le cas de l’Ébola, nous sommes parvenus à recevoir les résultats dans les 12 à 24 heures. Une réussite pour nous tous.

Sans aucun doute les relations avec la république de Guinée sont parmi les plus anciennes, à cause de l’orientation révolutionnaire commune dès l’accession de cette ancienne colonie française en 1958. En fait, la Guinée a été le deuxième pays africain à établir des relations diplomatiques avec le pays de Fidel Castro, il y a 55 ans.  Au lendemain de l’accession de la Guinée à l’indépendance, avec le départ soudain de tous les cadres français, Fidel Castro avait envoyé de nombreux experts, en particuliers des professeurs pour aider le jeune état.

Plus récemment, lors d’une interview accordée au journaliste Ibrahima Sory Bangoura, en avril 2014, M. Roberto Rodriguez Pena, ambassadeur de Cuba en Guinée, soulignait comment la coopération entre les deux pays embrassait “plusieurs domaines dont la formation de ressources humaines” et avait permis la formation de plus de 700 jeunes guinéens.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Gouvernance

Sékou Touré, Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor, le difficile ménage à trois

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Ce billet est de feu Sennen Andriamirado qui fut journaliste, grand reporter et un des quatre rédacteurs en chef délégués de l’hebdomadaire « Jeune Afrique ». Si c’est cet hebdomadaire qui l’a fait connaitre grace à ses reportages et articles d’opinion, il a du le quitter en 1993, après 18 ans et se lance dans la communication.  Il a parcouru tout le continent et a écrit une douzaine de livres sur plusieurs pays africains, avec son épouse Virginie, dont les plus connus sont le : Sankara le Rebelle et Il s‘appelait Sankara.

Il est mort le 15 juillet 1997

Ce qui suit est la contribution de Sennen Andriamirado à l’oeuvre collective intitulé: Sékou Touré:Ce qu’il fut. Ce qu’il a fait. Ce qu’il faut défaire, paru en 1985, soit un an après la mort du tyran sanguinaire.

 

Tumultueuses, les relations entre les chefs historiques de l’Afrique de l’Ouest ! Compagnons de route, le doyen ivoirien et son lieutenant guinéen s’opposent au même rival sénégalais. Puis le Guinéen tourne le dos à ses deux aînés. La guerre des ondes frise la vulgarité.

Conakry souffle le froid et le chaud à l’égard d’Abidjan et de Dakar.

« Le petit diable d’Houphouët a retourné la foule ! ». Le gouverneur Louveau (du Soudan occidental, futur Mali) n’en croyait ni ses yeux ni ses oreilles. Félix Houphouët-Boigny venait effectivement de gagner à sa cause la foule de Bamako pourtant acquise à son rival du jour, le Soudanais Fily Dabo Sissoko, pourfendeur de « la détestable politique d’Houphouët ». L’Ivoirien était déjà suspect de vouloir apparenter aux communistes français un parti africain qui n’était pas encore né : le Rassemblement démocratique africain (RDA). C’était le 17 octobre 1946.

Le lendemain, le « petit diable d’Houphouët » réitérait son coup. Convoquée à l’initiative de l’ensemble des députés africains — mais boudée par plusieurs d’entre eux — la réunion de l’intergroupe parlementaire approuvait le manifeste qui devait créer le RDA. Derrière Félix Houphouët-Boigny, ce jour-là, peu de militants chevronnés. On ne remarquait pas encore, à ses côtés, la présence d’un « grand diable »: Sékou Touré, jeune syndicaliste guinéen de vingt-quatre ans dont la première sortie avait été sa participation au congrès de la CGT (Confédération générale du travail) à Paris, en avril 1946.

Sékou Touré n’était encore rien politiquement. Sa présence aux côtés d’Houphouët, lors du congrès de Bamako, allait lui donner un nom. L’obscur syndicaliste apposera sa signature, au bas du manifeste appelant au regroupement des Africains, à côté de celles, déjà prestigieuses de parlementaires comme Lamine Guèye (député du Sénégal-Mauritanie), Félix Houphouët-Boigny (Côte-d’Ivoire), Yacine Diallo (Guinée), Félix Tchicaya (Gabon-Moyen-Congo), Fily Dabo Sissoko (Soudan-Niger), Léopold Sédar Senghor (Sénégal) et Emile Ederlin Zinsou (futur député du Dahomey qui deviendra Bénin).

Sekou Toure, Houphouet, Doudou Gueye (1957) - Lamine Gueye, Sekou Toure et Senghor (1963)
Congrès du RDA de 1957 à Bamako (ci-dessus : Sékou Touré,
Houphouët-Boigny, Doudou Guèye) ; signature à Dakar en 1963
d’un communiqué commun (avec Senghor). Déjà le coeur n’y
était plus …

Les augustes pères de l’Afrique moderne employaient encore le même vocabulaire. « Pour la libération de l’Afrique d’une tutelle odieuse, l’impérialisme », leur manifeste préconisait un vaste rassemblement relayé localement par des sections territoriales. Le 14 juin 1947 — et non le 14 mai, date retenue officiellement parce que Sékou Touré s’était trompé de mois dans un de ses discours ultérieurs —, le Parti démocratique de Guinée (PDG) voyait le jour à Conakry comme section guinéenne du Rassemblement démocratique africain. Le parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), créé avant le RDA, en devint la section ivoirienne. Bien que fragile ailleurs, au Sénégal en particulier, le mouvement dont les élus sont apparentés aux groupes parlementaires communistes dans les assemblées « métropolitaines », fut très vite suspect de subversion voire de rébellion, dans les « territoires d’outre-mer ». Houphouët, président du comité interterritorial de coordination du RDA, a acquis du poids dans l’équilibre parlementaire. Sékou Touré est élu, en 1948, secrétaire général de l’Union territoriale (Guinée) de la CGT, puis, en 1950, secrétaire général du Comité de coordination des syndicats CGT pour l’AOF (Afrique occidentale française) et le Togo. Communistes et CGT derrière la RDA ! Il n’en faut pas davantage pour que l’on voit la main de Moscou derrière toutes les revendications syndicales ou politiques en Afrique de l’Ouest.

Début 1950 — au lendemain de troubles sanglants en Côte d’Ivoire le PDCI-RDA est proscrit sur tout le territoire ivoirien. Parlementaire accusé de rébellion, Houphouët échappe de peu à l’arrestation. Mi-août 1950, il rencontre à Paris le chef du gouvernement, René Pleven. Dans l’antichambre, l’attend un de ses lieutenants, venu l’accompagner : Sékou Touré. Ce dernier sera absent des négociations entre le « patron du RDA » et le ministre de la France d’Outre-Mer, François Mitterrand. Mais il en acceptera, fidèle adjoint, le résultat : le 17 octobre 1950, le RDA se dissocie du groupe parlementaire communiste. La première déception viendra trois ans plus tard. Le 27 juin 1954, le candidat Sékou Touré est battu par Barry Diawadou du BAG (Bloc africain de Guinée), élu député en remplacement de Yacine Diallo, décédé. Il pense avoir été sacrifié au profit d’un candidat soutenu par la métropole. Pour peu de temps en vérité, puisque le 2 janvier 1956, lors de nouvelles élections, il obtient enfin le poste de député de la Guinée.

Le RDA a alors le vent en poupe, Félix Houphouët-Boigny est ministre délégué au sein du gouvernement de Guy Mollet. Sékou Touré a créé la CGTA (Confédération générale des travailleurs pour l’Afrique), indépendante de la CGT française. Lors du congrès interterritorial du RDA à Bamako (25-30 septembre 1957), il en devient le vice-président. C’est sa consécration en tant que lieutenant d’Houphouët.

Le 1er juin 1958, arrivé au pouvoir moins de trois semaines auparavant, Charles de Gaulle est président du Conseil. Dans son équipe : Félix Houphouët-Boigny est ministre d’Etat. Le général ne veut pas traîner. Il prépare une nouvelle constitution qui devra être adoptée par référendum dans tous les territoires de l’ancien « empire français ». La classe politique africaine s’agite. L’indépendance est à l’ordre du jour. Fin juillet 1958 (25-27) à Cotonou, se tient un congrès du Parti du regroupement africain (PRA) auquel participent les rivaux modérés ou radicaux du RDA. Les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et Abdoulaye Ly, les Soudanais Fily Dabo Sissoko et Hammadoun Dicko et, surtout, le Nigérien Djibo Bakary. Ce dernier, ancien « gauchiste » du RDA — dont il n’a pas accepté le désapparentement d’avec les communistes français —, réclame « l’indépendance immédiate des peuples d’Afrique ». Plus nuancé, Senghor propose une « révision quinquennale » des rapports franco-africains (jusqu’à l’indépendance) et préconise dans l’immédiat une association entre la France et les trois ensembles africains : l’AOF et l’AEF, constituées en deux fédérations territoriales, et Madagascar.
La thèse de Félix Houphouët-Boigny, président du RDA, est tout autre. Au nom du pragmatisme, il se refuse à réclamer une indépendance immédiate ; il récuse tout autant le maintien de deux fédérations territoriales, préférant une « fédération égalitaire et fraternelle » qui rassemblerait la France et les territoires de l’Afrique occidentale et de l’Afrique équatoriale française, pris individuellement. Il sait cependant que dans les rangs mêmes du RDA, certains jeunes turcs se sentent proches des thèses du PRA. Le futur chef d’Etat ivoirien racontera plus tard : « Dans le groupe RDA, Sékou Touré voulait qu’on allât très loin dans les propositions que nous soumettrions et ne parlait déjà que d’indépendance pure et simple. Je m’efforçai sans grand succès de démontrer qu’il fallait avant tout compter avec les réalités de la vie africaine et que la politique du tout ou rien ne nous mènerait nulle part. Statut politique d’indépendance ? Peut-être, mais pas en dehors d’une communauté franco-africaine. Ce qui était essentiellement la question » (cité par Paul-Henri Siriex, in Félix Houphouët-Boigny, Seghers/Nouvelles Editions africaines 1975).
Sékou « turbulent », il lui a déjà préféré Gabriel Lisette pour représenter le RDA au sein du Comité consultatif constitutionnel (auquel participent aussi les Sénégalais Lamine Guèye et Senghor et le Malgache Philibert Tsiranana) qui doit « conseiller » de Gaulle. Mais Houphouët tient compte des susceptibilités. Le 3 août 1958, le comité de coordination du RDA, réuni à Paris, désigne Sékou Touré pour présenter au général de Gaulle les suggestions du parti. Le 5, Sékou calmé par le Voltaïque [Burkina Faso] Ouezzin Coulibaly, « conscience du RDA », s’acquitte loyalement de sa tâche de porte-parole. Devant le chef du gouvernement français, il plaide l’autonomie territoriale, passe sur l’indépendance, et oublie les deux exécutifs fédéraux de l’AOF et de l’AEF.
La rancœur habite néanmoins le bouillant député de la Guinée. Deux jours après, le 7 août, il quitte Paris, pour entendre à la radio le 8 au soir, à Dakar, le résumé du projet constitutionnel présenté par de Gaulle : « Bien entendu, énonce ce dernier, et je le comprends, on peut avoir envie de la sécession. Elle impose des devoirs. Elle comporte des dangers. L’indépendance a ses charges. Le référendum vérifiera si l’idée de sécession l’emporte. Mais on ne peut concevoir un territoire indépendant et une France qui continuerait de l’aider. Le gouvernement tirera les conséquences, économiques ou autres, que comporterait la manifestation d’une telle volonté. Une réponse affirmative au référendum sera, au contraire, un refus de la sécession ».
Sékou Touré racontera plus tard que, immédiatement après cette déclaration, il s’est précipité à Radio Dakar pour commenter et protester. Les choses se sont passées autrement. Sollicité par des journalistes dakarois, il a d’abord demandé à lire le texte intégral. Le 9 août, Radio Dakar diffuse son commentaire : « En entendant hier le général de Gaulle, franchement, j’ai été choqué. Mon amour propre pour la dignité de l’Afrique a été choqué. On nous dit que nous pouvons prendre l’indépendance, mais que ce sera avec toutes ses conséquences. Eh bien, je réponds, moi, que ces conséquences ne sont pas seulement africaines. Elles peuvent être aussi françaises » (cité par Georges Chaffard, in Les Carnets secrets de la décolonisation. Paris, Calmann-Lévy, 1967). La suite sera la rupture. Spectaculaire avec de Gaulle. Plus progressive avec Houphouët.
Le 25 août 1958, à Conakry, où il s’est arrêté dans son périple africain, sur les conseils de son ministre de la France d’outre-mer Bernard Cornut-Gentille — soucieux de « récupérer » Sékou Touré qui passait pour son « poulain » —, Charles de Gaulle, peu habitué à l’art oratoire du leader guinéen, reçoit comme un défi des phrases telles que : « Nous ne renoncerons pas et nous ne renoncerons jamais à notre droit légitime et naturel de l’indépendance. Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage ». De Gaulle s’emporte : « On a parlé d’indépendance. Eh bien, je le dis ici plus haut qu’ailleurs : l’indépendance est à la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre en disant « non » à la proposition qui lui est faite et, dans ce cas, je garantis que la métropole n’y fera pas obstacle ».
En vérité, Sékou Touré et la Guinée n’avaient pas encore opté pour le « non ». Le 27 août, accouru à Dakar, le bouillant tribun confère avec Bernard Cornut-Gentille, puis avec les syndicalistes de l’UGTAN (Union générale des travailleurs d’Afrique noire), le chef du gouvernement nigérien Djibo Bakary et le Guinéen Abdoulaye Diallo, ministre soudanais. Avec ces deux derniers, un consensus de dégage : « Oui » à une constitution prévoyant à terme l’indépendance dans le cadre de fédérations régionales ; « non » à un morcellement des fédérations existantes et aux menaces de représailles. Le 28 août, Sékou Touré, de retour à Conakry, annonce que son parti recommande le « non ». Le 31 août, Ouezzin Coulibaly, secrétaire politique du RDA, le désavoue dans un communiqué publié à Paris : « Le projet du général de Gaulle contient nos revendications essentielles… Devant des déclarations qui porteraient atteinte à l’unité du RDA, j’affirme une fois pour toutes qu’aucun dirigeant, isolé ou groupé, n’est habilité à faire des déclarations qui ne seraient pas dans le sens de notre réunion du 3 août. » Réunion dont Sékou Touré avait fait le compte-rendu à de Gaulle.
Mais la division était consommée. Le Guinéen refuse de se rendre à Paris pour participer, le 4 septembre, à la réunion du Comité interterritorial du RDA. Le 15 septembre, il n’assiste pas aux obsèques de Ouezzin Coulibaly — décédé le 7 — à Bobo-Dioulasso. Au même moment, Houphouët mandate Gabriel Lisette (Tchad), Jean-Marie Koné (Soudan) et Doudou Guèye (Sénégal) à Conakry pour tenter de ramener Sékou à la raison. Mais la conférence territoriale du PDG-RDA décide de voter « non ». Des adversaires du RDA, Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia dont Sékou Touré s’était senti proche, ont pourtant conseillé eux aussi la modération. Ils voteront « oui ». Le 28 septembre 1958, le sort en est jeté : la Guinée dit « non » à de Gaulle à une écrasante majorité.
Dans la presse française, Sékou Touré commence à pourfendre ses anciens compagnons de lutte, « ceux qui préfèrent le pain beurré dans l’enceinte de la prison au plat de manioc cultivé par eux-mêmes ». A son tour, il reçoit comme une condamnation une déclaration de Félix Houphouët-Boigny : « Si la France donnait une préférence à ceux qui ont fait sécession contre ceux qui ont choisi la communauté, alors la sécession guinéenne ferait tâche d’huile ».
Pour Sékou Touré, désormais, la cause est entendue : Houphouët fera tout pour le brouiller avec la France et asphyxier la Guinée. Cette dernière s’estime, à tort ou à raison, condamnée à trouver d’autres amitiés. En novembre 1958, Sékou se tourne vers le rival du leader ivoirien en Afrique de l’ouest : le Ghanéen Kwame Nkrumah, avec lequel il crée un axe Accra-Conakry, censé devenir la base d’une future « Union des Etats de l’Ouest africain ». Mais les deux membres de l’Union n’ont même pas de frontières communes.
En juillet de l’année suivante, à Sanniquellie (Liberia), le Ghana, la Guinée et le Liberia créent la Communauté des Etats africains indépendants. L’accord n’existera jamais que dans le communiqué final de la rencontre entre les trois chefs d’Etat. Mais Sékou Touré est à ce point convaincu d’être encerclé par des voisins décidés à l’abattre, qu’il cherche par tous les moyens des ouvertures diplomatiques. Le 11 avril 1960, il accueille et préside à Conakry la Conférence de solidarité afroasiatique. La Guinée se rend alors à peine compte de sa fragilité : la socialisation hâtive a commencé à bureaucratiser une économie dont les bases s’effritent ; l’administration souffre de l’improvisation et les mécontentements provoquent des incidents.
Le 20 avril 1960, Sékou Touré dénonce un « monstrueux complot » dans lequel, accuse-t-il, la Côte d’Ivoire, la France et le Sénégal ont trempé. En particulier, ses deux voisins auraient ouvert des camps militaires à des comploteurs de part et d’autre du territoire guinéen. A Dakar, et à Bamako, les dirigeants de l’éphémère fédération du Mali (Sénégal et Soudan occidental) protestent. Le chef du gouvernement fédéral, Mamadou Dia, n’en ordonne pas moins l’ouverture d’une enquête. On découvre de fait — fût-ce a posteriori — l’étrange passage à Tambacounda (Sénégal oriental) d’un officier parachutiste français. Dans le cercle de Kédougou, trois dépôts d’armes sont découverts dans des villages frontaliers : Dinnde Fello, Bakaouka. Côté ivoirien, un collaborateur d’Yves Guéna, alors haut-commissaire à Abidjan, est suspecté d’avoir organisé une opération : réputé aventurier, Jacques Achard est chargé des renseignements généraux auprès de Guéna qui le disculpera par la suite. Les enquêtes ordonnées par Houphouët font néanmoins état de fréquents séjours d’officiers et de sous-officiers français (des « paras »), ainsi que de la présence d’armes dans certains villages frontaliers de la Guinée.
Sékou Touré — ce sera la dernière fois avant longtemps — croit à la bonne foi de ses voisins. D’autant que le 3 juin, il apprend avec plaisir l’intention d’Houphouët de demander l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Le 1er septembre 1960, les deux anciens compagnons de lutte se rencontrent, « non seulement comme les représentants d’Etats voisins, mais comme deux frères ». Fin 1962, le chef de l’Etat ivoirien est invité en Guinée par son ancien lieutenant. Lequel, pour sa part, se rend au Sénégal.
C’est l’époque de deux complots contre Félix Houphouët-Boigny (1962-1963). Les relations s’étaient détériorées entre la Côte d’Ivoire et le Ghana. Plus tard, Houphouët déclarera solennellement : « Je crois en mon âme et conscience à une collusion entre MM. Sékou Touré et Kwame Nkrumah, dans leur tentative de masquer au regard des masses de leurs pays respectifs et du monde extérieur leur retentissante faillite dans le triple domaine politique, économique et humain. » Les pays de l’OCAM (Organisation commune africaine et malgache) — en tête desquels la Côte d’Ivoire — font alors campagne pour le boycottage du sommet de l’OUA (Organisation de l’unité africaine, née en mai 1963) que devrait accueillir le Ghana. Les invectives vont céder la place aux insultes sur les antennes des radios nationales de la région.
Sékou Touré qualifie de « commis voyageurs de la division » les chefs d’Etat et ministres qui parcourent l’Afrique pour expliquer l’objet de l’OCAM et dénoncer les activités subversives du Ghana. Personnellement pris à partie, Félix Houphouët-Boigny ne bronche pas : il ne peut pas « croire que son jeune frère Sékou Touré ait pu tenir de tels propos ». C’est le chef d’Etat voltaïque Maurice Yaméogo qui répond le 2 juin 1965 : « Un homme comme Houphouët, lorsqu’il est insulté, n’a pas le droit de répondre. Son audience constitue la meilleure réponse aux âneries de ceux qui veulent pourtant être comme lui… Ayez un peu plus de pudeur, car les Africains sont polis. »
La pudeur et la politesse ne sont hélas plus de rigueur. Sékou accuse nommément Houphouët d’utiliser « les armes du mal, le venin et le cynisme » pour entretenir « l’incompréhension entre la France et la Guinée ». Puis sont venues les calomnies, les basses allusions à la vie privée des uns et des autres. C’est encore Maurice Yaméogo qui, depuis Ouagadougou, réplique le 18 juin 1965. La vulgarité de cette réponse, de la part d’un chef d’Etat, mérite malheureusement que l’histoire la retienne. En voici des extraits :

« Mais qui est donc ce Sékou, alias Touré, qui désire tant qu’on parle de lui ? Un homme orgueilleux, menteur, jaloux, envieux, cruel, hypocrite, ingrat, intellectuellement malhonnête… Tu es le prototype de l’immoralité la plus intolérable… [NDLR : censure pour vulgarité.]
Tu n’es qu’un bâtard parmi les bâtards qui peuplent le monde. Voilà ce que tu es, Sékou, un bâtard des bâtards. Tu as honte de porter le nom de ton père. Certes, ta grand-mère maternelle est une fille de Samory Touré. Mais le père de ta mère n’était pas un Touré, mais un Fadiga… Par orgueil, tu te fais passer pour un Touré. Tu ne veux pas reconnaître ton vrai père. Tu es donc un bâtard.
A la prochaine, petit bâtard de Sékou, alias Touré. »

Même l’opposition guinéenne est essouflée d’avoir entendu un chef d’Etat africain parler de la sorte. Houphouët, lui, se tait toujours.
Puis, le 8 novembre 1965, Conakry annonce la découverte d’un nouveau complot. Le 15, sur Radio Conakry, Sékou Touré accuse le chef d’Etat ivoirien d’avoir financé le complot en « achetant une femme en Guinée pour des millions de francs ». Le 17, Félix Houphouët-Boigny, invité à s’exprimer, répond enfin lors d’une conférence de presse à Abidjan :

« Non, M. Sékou Touré, le peuple de Guinée n’a besoin ni de notre soutien moral, ni de notre soutien financier — car nous sommes pauvres malgré tout ce que l’on avance à notre endroit — pour crier son mécontentement…
Vous êtes un frère, un mauvais frère, mais un frère quand même… En votre âme et conscience, qu’est-ce que la révolution toute verbale dont vous vous gargarisez à longueur de journée et que vous prétendez avoir faite, a pu apporter à votre pays ? …
Depuis l’indépendance, combien d’hommes n’avez-vous pas fait assassiner ?… Pourriez-vous l’avouer sans baisser la tête, si tant est qu’il vous reste encore une conscience ?
M. Sékou Touré, la haine née de la jalousie vous égare, altère votre raison. Elle risque de vous pousser au crime. Ressaisissez- vous ! Ce sont les conseils d’un homme qui se souvient que vous avez été à ses côtés dans la lutte émancipatrice. Avec votre nationalisme intransigeant, tempéré d’un peu de tolérance et d’humanisme, vous pouvez encore servir la cause de l’unité africaine. »

Mais elle était bien loin, l’unité africaine.
Commence alors, en 1966, une période confuse dont l’histoire immédiate n’a pas révélé tous les secrets. En mars de cette année, Sékou Touré appelle les Guinéens à « égorger tous les agents de l’impérialisme dans les hôtels, dans les maisons, partout où ils se trouvent ». Le 27 de ce même mois, 10 000 réfugiés guinéens en Côte d’Ivoire organisent un énorme meeting à Abidjan et lancent un appel urbi et orbi « en vue de sauver la Guinée de son malheureux sort ». Le 4 avril, ils annoncent la création d’un front national de libération de la Guinée, dont les ramifications s’étendraient à toute l’Afrique de l’Ouest.
Mi-avril, cependant, le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny affirme : « Comme Senghor, je refuse de laisser utiliser le territoire national pour porter la subversion à l’extérieur. Je ne veux pas encourir à mon tour l’accusation de favoriser les entreprises des réfugiés guinéens contre leur pays ». Au Sénégal, le président Léopold Sédar Senghor va plus loin. Le 27 avril 1966, son gouvernement menace « les citoyens d’origine guinéenne, coupables de violer le principe de non-ingérence, de poursuites devant les tribunaux s’ils sont de nationalité sénégalaise, et d’expulsion s’ils ne sont pas de nationalité sénégalaise ».

Maurice Yaméogo

Ces gestes, s’ils sont de bonne volonté, n’atteignent guère le président guinéen dont la propagande continue de traiter Houphouët d’« Africain indigne, ennemi juré de la cause africaine, pantin sans conscience de Yamoussoukro ». Le mieux auquel ait droit le chef historique du RDA est le titre de « sinistre président de la Côte d1voire ». Le Sénégalais Léopold Sédar Senghor n’échappe pas aux anathèmes ; il est accusé d’avoir « permis à la France d’installer, dans la région de Saint-Louis, un camp d’entraînement pour les éléments contre-révolutionnaires guinéens ».
Le 19 février 1967, un chalutier battant pavillon ivoirien, le Kerisper, est arraisonné dans les eaux territoriales guinéennes. On le saura seulement le 6 avril à Conakry et on le reconnaîtra à Abidjan le 11 mai.
Le 26 juin 1967, l’avion [de la PanAm] ramenant de New York le ministre guinéen des Affaires étrangères, Lansana Béavogui, est obligé d’atterrir à Abidjan, à cause du mauvais temps. Les autorités ivoiriennes, à leur tour, retiennent les officiels guinéens, estimant que, « avec Sékou Touré, il n’y a que la loi de la jungle qui compte ». Les interventions du secrétaire général de l’ONU, U Thant, pas plus que celles des chefs d’Etat de l’OUA réunis à Kinshasa, n’y font rien. Sékou Touré cède et, le 26 septembre, il libère sans conditions le Kerisper et son équipage. Le même jour, Lansana Béavogui, « libéré » par les Ivoiriens, arrive à Conakry.
Le chef de l’Etat guinéen reste néanmoins obnubilé par l’impossible réconciliation avec la France. Ayant poussé trop loin sa « guerre » avec Houphouët, il tente de se concilier de nouveau Senghor pour l’y aider. Le 23 mars 1968 avec ses pairs malien, Modibo Keita, mauritanien, Moktar Ould Daddah, et sénégalais, il participe, à Labé, à la création de l’Organisation des Etats riverains du fleuve Sénégal (OERS), un projet cher à Léopold Sédar Senghor. Ce dernier, indulgent ou coopératif, se déclare, le 6 avril à Paris, favorable à une reprise des relations entre la France et la Guinée. Rien ne se passe : la France est ébranlée par les événements de mai 1968 puis, une année plus tard, par la démission du général de Gaulle. Lequel meurt en novembre 1970.
Et le 22 novembre 1970, une tentative de débarquement de mercenaires et d’opposants guinéens échoue de justesse à Conakry. La réaction de Sékou Touré est violente. De nouveau, la Côte d’Ivoire et le Sénégal se voient accusés de « complots permanents ». L’OERS éclate en 1971. A Conakry, on assène les condamnations à mort.
Le 24 juillet 1972, Sékou Touré, qui a invité Félix Houphouët-Boigny à Faranah, lui propose une réconciliation. A cette condition : qu’il lui livre les réfugiés guinéens en Côte d’Noire. « A Faranah, notera la journaliste Claude Gérard qui côtoya les deux hommes, les deux anciens compagnons de lutte ne parlèrent pas le même langage. L’aîné, selon son habitude, laissa s’exprimer son cœur et sa sagesse africaine. Le plus jeune ne sut accorder la parole qu’à sa Révolution ». Houphouët rejette l’exigence de Sékou. Senghor en fera de même. Conakry reprendra ses accusations contre Abidjan et Dakar.
Tout au long de l’année 1973, Houphouët et Senghor « traîtres et fantoches », se voient de nouveau accusés d’« entraver la réconciliation » que la Guinée souhaite avec la France. Le 7 septembre, Radio Conakry « révèle » l’arrestation de « cinquante-neuf opposants formés en Côte d’Ivoire, dont un tueur à gages avec un appareil photo muni d’un silencieux ». Sékou lance un appel à tous les patriotes africains à « descendre leurs dirigeants traîtres » sans hésitation, « car ils iront tout droit au paradis ». Il accuse le Sénégal d’avoir aidé « un mouvement subversif ayant son siège à Genève et dirigé contre la Guinée ». Et organise des prières du vendredi pour implorer l’aide d’Allah « contre l’impérialisme ». En ajoutant : « Nous demandons au peuple sénégalais de prier pour le débarasser du traître Senghor… Nous le combattrons jusqu’à la mort. Nous l’anéantirons ». Le gouvernement sénégalais commente : « Quand on est Sékou Touré, avec tout ce qu’on a sur la conscience, on invoque Dieu pour demander pardon et non pour maudire qui que ce soit. » Le 18 septembre 1973, le Sénégal rompt les relations diplomatiques avec la Guinée.
Dès l’année suivante, pourtant, Sékou Touré cherche le contact avec ses frères ennemis. Son pays participe, avec la Côte d’Ivoire et le Sénégal, à la création de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest). En 1975, les relations diplomatiques sont rétablies avec la France. Sékou Touré ne peut plus reprocher ni à Houphouët ni à Senghor de l’avoir empêché. Il lui faut maintenant tenter le rapprochement en faisant oublier ses excès d’hier.
En juin 1977, le ministre sénégalais de la Jeunesse et des Sports est invité à Conakry par son collègue guinéen. Le 19 décembre 1977, célébrant la victoire du Hafia football club de Conakry (sur l’équipe ivoirienne) en Coupe d’Afrique des clubs champions, Sékou Touré exhorte la jeunesse guinéenne à normaliser ses relations avec la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Et dans son message de Nouvel An, il souhaite « que 1978 soit une année de compréhension totale, de coopération sincère et de solidarité effective avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire ».

Sekou Toure et Senghor (1979)
Entre Sénégal et Guinée la rupture de 1963 paraissait définitive.
En fait, c’est la réconciliation qui devait l’être en novembre 1979 ;
consacrée par une visite de Sékou à Dakar.

La diplomatie secrète fait son œuvre. Le président libérien William Tolbert a obtenu, sans difficulté, l’accord d’Houphouët pour une réconciliation avec Sékou Touré. Le Sénégalais Senghor, lui, ne croyait pas vraiment à la sincérité du Guinéen. Il était disposé à la réconciliation, mais ne manifestait aucun empressement. La date prévue de la rencontre ne lui convenait pas, disait-il : il devait se rendre en Arabie saoudite. Il a fallu des démarches américaines et françaises pour qu’il modifie son programme. Le 17 mars 1978, Sékou Touré, accompagné du Togolais Gnassingbé Eyadema, arrive à Monrovia où l’attendent le Libérien William Tolbert, le Gambien Dawda Jawara ainsi que l’Ivoirien Félix, Houphouët-Boigny et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. Le lendemain le pacte de « réconciliation définitive » est scellé. Sékou Touré, toujours aussi lyrique, jure de ne plus jamais demander à ses voisins de lui livrer ses opposants et promet : « Rien ni personne ne réussira désormais à nous faire fâcher à nouveau avec la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la France. »

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Camp Boiro

18 Octobre 1971, au pied du Mont Kakoulima, une autre forfaiture de Sékou Touré

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Ce message est le cri de u coeur de Hadja Hadiatou après une visite à un site au pied du Mont Nimba où des personnalités avaient été sacrifiées (dont son papa et le mien) par le regime sanguinaire de Sékou Touré. Il a été publié sur la page Facebook d’Alpha M Diallo le 19 octobre 2014.

L’Horreur !!

Comme chaque année, la date anniversaire des exécutions massives du 18 Octobre 1971 nous rappelle les périodes inconcevables d’une République digne de ce nom. A la vue des photos des disparus, avec toutes empreintes de douleur que leurs visages nous renvoient, notre cœur se serre, et pleure encore plus fort que les autres fois.

La première visite de l’endroit où ces exécutions ont eu lieu, au pied du Mont Kakoulima, en 2011 par un groupe composé d’enfants, d’amis et de rescapés de cette douloureuse date était encore bien triste. Toute l’atmosphère était enveloppée de deuil. Chacun pensait au sien, absent pour toujours.

Ce jour-lā, ā 13h, après avoir visité tous les sites où étaient enterrées les victimes de ces exécutions, le groupe se retrouva ā l’improviste devant une petite maisonnette fermée. Du petit banc où ils étaient assis sur la véranda d’une petite maisonnette, deux petits vieux, en caftan et petit bonnet blanc laiteux, firent un petit salut de la tête au groupe.

Au même instant, quelqu’un dans le groupe murmura: « C’est l’endroit où se faisaient les sacrifices humains » !!!

Une bombe n’aurait pas fait autant d’effet et de dégâts.

On murmura, les yeux écarquillés, incrédules : « SACRIFICES HUMAINS ! « ,  » SACRIFICES HUMAINS !!  » à plusieurs reprises. Chacun pensa immédiatement au sien!

Certaines femmes tombèrent, secouées par l’émotion. Des hommes portèrent les mains à la tête, criant : « Allahou Akbar, La ilaha Illalahou !! » en chœur.

D’autres essayèrent de tenir la bouche des deux mains pour ne pas hurler. Des groupes se formèrent, s’agglutinant les uns aux autres pour aller vers la maisonnette tout en éprouvant de la crainte et de la répulsion.

Les deux petits vieux, pas impressionnés se levèrent et ouvrirent la petite porte aux visiteurs.

Une petite salle vide, glacée, avec un plancher en ciment. Deux ouvertures béantes, en forme de carré. On imagine alors la suite: « l’arrivée des exécutants masqués, portant sur leurs épaules les corps ligotés des victimes qu’ils déposent à terre.

En suite ils sortent leurs outils et s’en approchent Alors sortent des entrailles de ceux-ci les cris stridents remplis d’horreur, suivi du sang abondant qui gicle inondant la main et le couteau pointé à la gorge.

Puis viennent les râles très forts au début, semblant ne jamais s’arrêter pour se terminer par un murmure à peine audible.

Peu après on entend le « plouf », du bruit du corps inerte qui tombe au fond du trou. La deuxième victime suit, ainsi de suite jusqu’au dernier. »

Les deux petits vieux connaissant la scène macabre par cœur imaginent facilement ce que pensent les visiteurs de ce jour. Ils préférèrent disparaitre.

La stupéfaction et l’horreur se lirent sur les visages, chacun s’imaginant à la place des victimes ligotées, ne pouvant même pas faire le moindre mouvement.

Chacun sort en marche arrière, effaré, comme anesthésié. On marche aveuglement en titubant vers les véhicules, avec le secret désir d’en finir une fois pour toute avec cette visite éprouvante.

Bien à vous.

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Camp Boiro

Commémoration des massacres du 18 Octobre 1971

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Aujourd’hui c’est le 49ème anniversaire d’un des sacrifices humains de Sékou Touré les plus barbares. En commémorant de cette funeste journée l’association des victimes du camp Boiro a publié le communiqué suivant:

Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, 70 (soixante-dix) Guinéens dont beaucoup furent des ardents combattants pour l’indépendance de la Guinée, furent fusillés sur ordre de Sékou Touré.  Ces victimes, pour la plupart, étaient des hommes d’affaires confirmés ou des cadres de haut rang : ministres, ambassadeurs, gouverneurs, magistrats, ingénieurs, médecins, professeurs. Elles avaient été accusées sans preuves de crimes contre l’État Guinéen. Elles furent arrêtées sans égard aux lois en vigueur et n’eurent jamais droit à un jugement équitable. Avant d’être exécutées nuitamment, la plupart furent torturées pour leur extorquer des aveux mensongers. 

Plusieurs témoignages indiquent que le massacre du 18 Octobre 1971 procédait de pratiques occultes et de sacrifices rituels. Entre autres, M. Alpha Abdoulaye Diallo (Portos) a écrit dans son livre, « La vérité du ministre – dix ans dans les geôles de Sékou Touré »: « Les voyants avaient convaincu Sékou Touré qu’en sacrifiant autant de cadres que le président ivoirien avait d’années d’âge, le jour anniversaire de sa naissance, cela entraînerait irrémédiablement sa chute, d’autant plus que cet anniversaire tombait un lundi. La nuit du dimanche au lundi revêt, dans la logique des opérations occultes du régime, une importance capitale ! »  

C’est ainsi que dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, les 70 (FHB avait 70 ans) victimes de ce carnage furent extraites de leurs cellules dans trois camps de détention politique : Camp Boiro à Conakry, Camp Kémé Bouraïma à Kindia et Camp Soundjata Keita à Kankan. 

El Hadj Mouctar Bah, ancien détenu, libéré en mai 1978 a témoigné sur cette nuit tragique dans le livre de Madame Nadine Barry : « Guinée, les cailloux de la mémoire » : 

« Ce soir, tout le camp est inquiet. Vers 17 heures, on a « prélevé » plusieurs prisonniers qu’on a regroupés dans les cellules voisines 5 et 6. Rien que dans la salle TF où je suis, on en a sorti dix-huit pour les rassembler dans une cellule d’attente. Le commandant Siaka est venu en personne voir les pensionnaires des deux cellules. Il a posé la question classique :

  • Comment ça va ici ?

Les détenus se sont plaints d’être serrés :

  • On n’arrive même pas à se coucher tous en même temps, a dit l’un d’eux.
  • Ça va passer ! les a rassurés Siaka d’un ton paternel.

On a vu les gardes apprêter des fils électriques en les coupant par unité de deux mètres de long environ. Puis, ils ont fait déshabiller les détenus regroupés et leur ont attaché mains et pieds avec ces fils électriques, en serrant bien les liens. Les pauvres attendent, dans l’angoisse, leur « transfert » nocturne. Les « provisoirement sauvés » entendent monter du groupe les versets coraniques que l’on récite habituellement pour les mourants. Nos lèvres marmonnent des « Amin » de compassion.

Vers 22h30, grand branle-bas autour des bannis : les lumières zébrantes des lampes-torches et les bruits de brodequins n’augurent rien de bon. Les gardes ouvrent la porte et sortent chaque détenu en le prenant par derrière, en le traînant le dos devant. Nous, les détenus chanceux qu’on a laissés cette nuit dans nos geôles, avons vu depuis les trous des portes, nos co-celluliers en slip regroupés dans la cour. On les a lancés dans un camion, comme des poulets, et le véhicule est sorti par le grand portail en fer. Un quart d’heure plus tard, on a entendu de longues rafales trouer le silence de la nuit de Kindia. Une demi-heure plus tard, les gardes sont revenus, portant des pioches couvertes de terre et qu’ils ont lavées dans la cour, sous nos yeux horrifiés. Dans le même témoignage, M. Mouctar Bah indique que les détenus choisis à Kindia, auraient été « enfermés vivants dans des sacs et attachés aux arbres. Deux équipes situées, l’une dans la forêt [Sira-Forêt, près du mont Gangan], l’autre sur le chemin, auraient procédé à des tirs simultanés.» 

La date du 18 Octobre devrait être une journée de prières et de recueillement pour toutes les victimes innocentes des répressions politiques en Guinée. Pour les familles des victimes, leurs proches et pour une large majorité de Guinéens , cette journée reste une journée de deuil.

Malgré cette douleur des familles des victimes, cette année, l’AVCB note avec consternation que M. Alpha Condé a choisi délibérément cette date pour convoquer les élections présidentielles. Quand on se rappelle que M. Alpha Condé fut condamné à mort par contumace à cette époque par le régime du PDG et ne dut sa survie qu’au fait de son éloignement du pays, sa décision constitue un déni véritable des crimes perpétrées en ce 18 octobre 1971.

L’AVCB saisit l’occasion pour marquer sa désapprobation profonde du mépris manifeste du président guinéen à l’endroit des victimes dont il devrait être solidaire. En cette date symbolisant la terreur politique en Guinée, l’AVCB voudrait réitérer les recommandations ci-dessous à M. Alpha Condé.

  1. Le recensement et la démilitarisation de tous les charniers sur l’étendue du territoire national.
  2. La restitution de la partie carcérale du Camp Boiro aux familles des victimes de ce même camp et à leurs descendants.
  3. La création d’une commission de recueil de témoignages des agents des forces de sécurité et de défense pour déterminer les lieux d’exécution des victimes du régime totalitaire du PDG et pour éviter qu’ils n’emportent leurs macabres secrets dans leurs tombes.
  4. La restitution des biens saisis appartenant aux victimes.
  5. Le lancement d’un véritable processus de vérité, justice et réconciliation

 

L’AVCB voudrait aussi interpeller l’ensemble de la classe politique guinéenne sur leur silence coupable autour du choix du 18 Octobre 2020. L’AVCB rappelle aux dirigeants politiques qui se veulent représentants des aspirations de notre pays à la démocratie que garder le silence autour de tragédies comme celle du 18 Octobre 1971, c’est contribuer à maintenir la Guinée dans les cycles sans fin des violences politiques qui ont marquées notre histoire. A ce titre, les Journées de lancement de la réconciliation lancées à grande pompe resteront de simples slogans.   

                                                

 Le Bureau Exécutif

 

Plus Jamais Çà

 

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Camp Boiro

Jean-Paul-Marie Alata de la toute puissance à la déchéance totale, dans les geôles de Sékou Touré

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Révisé le 15/10/2020

L’ambassadeur de France en Guinée, dans son oeuvre Ahmed Sékou Touré (1922-1984). Président de la Guinée de 1958 à 1984, décrit les jeunes années de Jean-Paul-Marie Alata depuis son lieu de naissance, à Brazzaville en 1924, jusqu’à sa formation à l’Ecole militaire inter-armes de Coëtquidan (il semble qu’il ait été capitaine dans la réserve), à ses débuts dans l’administration coloniale française, ses son entrée en politiques, son amitié avec Barry III et Sékou Touré, avant l’indépendance et son escalade dans les structures du jeune état guinéen. Il a choisi la guinéenne au détriment de la nationalité française.  Révolutionnaire convaincu, il avait des idées tellement panafricanistes qu’il aurait proposé à Sékou Touré « de former un corps expéditionnaire guinéen pour aller combattre les troupes françaises en Algérie ».

Avant d’être arrêté sur de fausses accusations, il était devenu comme il l’explique dans l’interview qui suit une des personnalités les plus puissantes du régime. Et au Camp Boiro, il avait été chargé d’aider ses camarades prisonniers leurs dépositions. Il s’était acquitté de cette sale besogne, avec tellement d’application, que les autres prisonniers lui en voulaient au point que l’ambassadeur Lewin, après avoir obtenu sa libération avec d’autres détenus étrangers, écrit que « Dans l’avion de la SABENA qui ramenait les prisonniers vers Bruxelles (en passant par Monrovia et Abidjan), Jean-Paul Alata ne dut qu’à la présence de l’auteur à ses côtés de ne pas être malmené sérieusement par ses anciens codétenus. »

Interview de  Jean-Paul Alata a accordée à  Anne Blancard de Radio France International le 17 février 1977, environ un an et demi avant sa mort survenue à Abidjan en septembre 1978.

Jean-Paul Alata, vous avez passé cinquante-quatre mois dans un camp pénal de la République de Guinée. Quel a été le motif de votre arrestation ?

Le motif officiel est que j’étais complice du SDECE, de la CIA et du réseau ouest-allemand baptisé SS-Nazi.

A quelle peine avez-vous été condamné ?

J’ai su, après huit mois de prison, et par des indiscrétions de nouveaux arrêtés, que j’avais été condamné à perpétuité.

Vous étiez au Camp de Boiro. Qui y avez-vous vu ? Comment avez-vous été traité ?

J’y ai vu des centaines de co-détenus qui provenaient de tous les horizons sociaux de la République : des ouvriers, des cultivateurs, des hauts-fonctionnaires, des ministres, des artisans, des chômeurs… et j’y ai été traité, disons, comme un chien n’est pas traité en Europe.

Y avait-il des Européens ?

Oui. Il y a eu jusqu’à… A un moment, jusqu’à trente à trente-cinq Européens de tous les bords puisque j’y ai vu des Tchèques communistes, des Bulgares communistes, des Belges non-communistes mais socialistes, des Francais de tous les bords, des Libanais, etc.

A combien évaluez-vous le nombre des prisonniers qui étaient avec vous durant ces cinquante-quatre mois que vous avez passé dans ce Camp de Boiro ?

Dans l’ensemble du camp de Boiro qui comportait deux sections légerement distinctes, mais interpénétrables, il y avait environ cinq cents détenus en permanence. Et dans l’ensemble des camps de la République de Guinée, il faut compter de deux mille à deux mille cinq cents.

Il y a combien de camps en République de Guinée ? De camps connus ?

Il y a deux camps principaux connus : celui de Boiro à Conakry et celui de Kindia dans la même ville. Mais plusieurs autres : Kankan, Alfa-Yaya, Faranah, Gueckédou, sont renommés pour avoir une population carcérale.

Dans ces camps, dans le camp de Boiro, dans les autres camps, est-ce que ce sont exclusivement des prisonnièrs politiques qui se trouvent là ?

Quand je vous parle de prisonniers, il s’agit de prisonniers politiques. Les prisonniers civils sont dans les prisons civiles et sont largement mieux traités que nous.

Lorsque vous étiez au camp de Boiro, avez-vous vu des prisonniers sortir et être libérés ?

Je ne peux pas vous le dire, étant donné que souvent on venait habiller des gens et on nous disait à nous : « ils sont libérés » et que, après ma propre libération, j’ai appris que ces gens-là, on ne les avait jamais revus en liberté. Donc je ne peux vraiment pas vous dire si j’ai vu sortir en liberté des gens, étant donné que souvent on nous racontait qu’on les libérait alors qu’on les transférait du camp, ou peut-être les tuait-on.

Avez-vous été torturé, Jean-Paul Alata ?

Oui, à deux reprises. Et comme presque tous mes camarades.

Qui êtes-vous, Jean-Paul Alata ?

Je suis un homme d’origine blanche, d’origine corse très exactement, qui s’est voulu Africain parce qu’il est né en Afrique, qui a aimé l’Afrique au-dessus de tout, qui s’est voulu donc Guinéen lors de l’indépendance de la Guinée ; parce qu’en plus de l’amour de l’Afrique, il avait l’amour de la Guinée. Et je suis devenu un Africain, marié à une Africaine, père d’enfants africains. Voilà ce que je suis, c’est tout.

Qu’est-ce que vous êtes allé faire très exactement en Guinée lorsque vous y êtes allé pour la première fois ?

Vivre. Je n’ai pas d’autre réponse à vous faire que vivre là où je me sentais bien. Je me sentais très bien en Guinée. C’était mon pays. J’y ai trouvé une atmosphère et des gens admirables. J’y ai trouvé une ambiance de vie qui me plaisait, j’y ai trouvé un désir d’indépendance qui m’a enchanté et je me suis senti chez moi.

Quelles responsabilités avez-vous exercées en République de Guinée ?

Les plus hautes puisque certains Guinéens me considèrent comme un « super-ministre ». En fait, j’ai été Directeur général des affaires économiques et financières à la Présidence, et à ce titre je coiffais trois ministres de domaine qui coiffaient eux-mêmes sept à huit secrétaires d’État et ministres.

Vous vous êtes converti à l’Islam ?

Oui, mais ça n’a rien à voir avec mon amour de l’Afrique et de la Guinée. Je crois que, même si j’étais resté en France, mon évolution philosophique m’aurait conduit vers l’Islam.

Vous le savez, Jean-Paul Alata, des Guinéens qui ne vous aimaient pas vous considéraient comme un serviteur trop zélé du régime. Ils prétendaient que c’était par ambition, par arrivisme même, que vous vous identifiez aux Guinéens.

Je vous répondrais ce que j’ai répondu déjà à d’autres personnes qui m’ont posé la même question. Je n’ai jamais cherché à convaincre. J’estime que l’évolution d’un homme est quelque chose de purement personnel. J’estime que j’ai agi par conviction totale et que, s’il fallait encore agir, j’agirais dans les mêmes conditions de ême manière. Je ne cherche jamais à convaincre qui que ce soit de ce que je fais. Parce que ce que je fais, je le fais pour moi-même. Je ne le fais pas pour les autres.

Comment avez-vous vécu cette double identité en Guinée, finalement ?

En fait, je n’ai pas vécu de double identité puisque je me sentais très bien dans ma peau d’Africain. Si les autres me trouvaient mal à l’aise, c’était eux qui se sentaient mal à l’aise vis-à-vis de moi. Moi, j’étais très bien dans ma peau d’Africain blanc.

Est-ce que c’est aussi par idéal politique que vous avez choisi la Guinée ?

Oui. Puisque, quand on m’a muté pour raisons politiques du Sénégal où j’avais servi dix ans, j’ai choisi la Guinée par sympathie pour Sékou Touré, avec lequel je devais monter — on était tombés d’accord depuis déjà deux ou trois ans — la CGT africaine, c’est-à-dire une CGT qui échappe à toutes les obédiences métropolitaines, quelles qu’elles soient. Donc c’est effectivement par sympathie politique que j’ai choisi la Guinée en 1955, après dix ans passés au Sénégal.

Les années soixante

Vous êtes socialiste. Vous ne vous en cachez pas. Dans Prison d’Afrique, vous écrivez de la République de Guinée, qui se dit socialiste : « Cette parodie de socialisme qui s’instaurait en Guinée, cette corruption entretenue par le Parti à tous les échelons de commandement, le désastre économique, le désordre social m’avaient indéniablement découragé ces quatre dernières années » …
… c’est-à-dire autour de 67, n’est-ce pas ? Vous êtes en Guinée depuis 55. Vous avez participé au combat pour l’indépendance. Je dois rappeler que vous avez été le compagnon de Barry Ibrahima, dit « Barry III », qui fut secrétaire général de la Démocratie socialiste guinéenne, qui rallia le PDG au lendemain de l’indépendance. Comment se fait-il qu’il vous ait fallu tout ce temps pour vous rendre compte que- la Guinée n’était pas socialiste et que votre expérience de militant sincère, votre expérience personnelle, était vouée à l’échec ? En fait, très brutalement, qu’est-ce qui vous a fait croire que la Guinée était socialiste ? Qu’est-ce qui vous fait croire qu’elle ne l’est pas ?

Il faut se replacer dans le contexte de 1958. En 1958 : les organisations politiques autres que le RDA ont largement failli à leur mission. Le BAG est resté dans l’obédience de la chefferie traditionnelle. La DSG, à laquelle j’ai appartenu longtemps, avec Barry Ibrahima, dit « Barry III », s’est ralliée en définitive au BAG et a donc abandonné ses options fondamentales socialistes. Que reste-t-il ? Il reste un parti progressiste. C’est le PDG-RDA. Le PDG se trouve, lors du référendum, devant une volonté commune de tous les membres des autres partis : celle de profiter de l’occasion pour acquérir l’indépendance. Car il est faux de dire que le vote du 28 septembre est le vote de Sékou Touré. C’est le vote de toute la nation guinéenne. Tous les membres du BAG, de la DSG et du RDA ont été d’accord pour voter. Il est incontestable que si les opposants avaient voulu dire « Non » à l’indépendance, il n’y aurait pas eu 58 000 voix pour l’accepter, la Constitution, mais 400 ou 500 000. Or il n’y a eu que 58 000 voix seulement pour accepter la Constitution. Il s’agit donc d’un refus de la colonisation par tout le monde. Et donc nous passons dans la pure obédience du PDG. Or, à cette époque-là, que reste-t-il comme voie au jeune parti qui dirige un jeune pays ? Il n’a pas le choix. Ou bien il se déclare libéral — et on voit mal comment il pourrait se déclarer libéral, exclu de la Communauté française —, ou il opte pour une autre voie. Que se passe-t-il ? Sékou nous refuse, à nous socialistes, le droit de parler de socialisme, mais il nous convoque, nous ses amis, nous ses féaux, et il nous dit :

« Je suis favorable au socialisme, vous le savez, mais j’ai affaire à un pays qui est divisé en castes nombreuses. J’ai affaire à une chefferie qui reste encore puissante malgré son démembrement officiel d’il y a deux ans. Il faut donc que je sois très prudent. Je ne parlerai pas de socialisme et je vous interdis de parler de socialisme. Nous irons vers le socialisme à travers deux voies :

  • sur le plan national, la voie d’un développement non-capitaliste (vous et moi nous saurons ce que signifie cette voie de développement non-capitaliste) ;
  • sur le plan international, nous suivrons la voie des pays non-alignés ».

Nous approuvons. Et je crois que ce serait à refaire, j’approuverais encore. Nous suivons donc cette ligne pendant quatre, cinq, six ans. A l’actif de cette ligne, au crédit de cette ligne, il y a tout de même certaines réalisations : la monnaie nationale. Quels que soient les inconvénients de cette monnaie et les catastrophes qui sont survenues par la suite, le principe de la monnaie nationale était bon. Il y a la nationalisation du commerce extérieur. Là aussi, il y a eu des abus ahurissants. Mais le principe est bon et socialiste. Il y a eu la nationalisation des banques. Il y a eu la nationalisation du sous-sol.

Dans tous ces phénomènes, nous voyons quand même la volonté d’un socialisme. Donc nous croyons que Sékou est vraiment pour le socialisme. Mais, à partir de 1964, nous nous apercevons qu’une bourgeoisie nationale se distingue. Elle devient de plus en plus riche. Et, malheureusement, elle est coiffée par des proches parents du Président lui-même. Nous nous apercevons qu’à côté de cette bourgeoisie commerçante se crée une bourgeoisie… appelons-la « koulak », des paysans riches. Et que cette bourgeoisie paysanne qui n’existait pas — car elle n’existait pratiquement pas avant l’indépendance — est encouragée par la pratique des coopératives agricoles qui sont sciemment détournées de leur objectif : on confie à des paysans aisés le soin de chapeauter des coopératives agricoles. On leur donne des prêts à eux, individuels. Et en définitive, ils se servent de leurs coopérateurs comme d’esclaves. Ils ont tous les bénéfices.

Nous dénonçons tout ceci. Nous nous apercevons qu’en plus une bourgeoisie bureaucratique se développe, que les secrétaires fédéraux de région, les secrétaires généraux de section, les présidents de comité — qui sont d’ailleurs, pour la plupart, des anciens chefs féodaux ou des fils de chefs féodaux reconvertis dans le métier fort lucratif de président de comité PDG — sont de plus en plus riches, de plus en plus influents. Quand moi-même je suis nommé Inspecteur général du commerce, je ne peux absolument pas empêcher le commerce d’État de passer entre les mains des comités. Et je m’aperçois…

Les comités du Parti…

Les comités du Parti, oui, les comités du Parti qui s’appelait…

Le parti unique de la République de Guinée…

… qui s’appelait à l’époque Parti démocratique de Guinée. Puisque maintenant il s’appelle le « Parti-Etat ». Je m’aperçois que je ne peux pas empêcher ces comités de prendre en main la répartition des biens et d’user de procédés pour le moins ahurissants en ce qui concerne cette répartition : pressions auprès des femmes, allant très loin, pressions auprès des jeunes, argent ou le reste. Chaque fois que nous protestons, parce que nous sommes. un groupe à protester — n’oubliez pas que nous n’avons pas été, — quoi qu’on croie, des… des spectateurs tacites, des témoins sans paroles. Nous avons protesté à la Conférence de Fulaya, nous avons protesté dans des articles, nous avons protesté à des conférences publiques…

… devant les instances du parti..

… devant les instances du Parti et devant Sékou lui-même. On nous donne raison en apparence, mais on ne fait rien. Au contraire, on aggrave la situation. Et c’est à partir de 1966-67 que nous avons bien conscience que rien ne peut plus être fait pour diriger la Guinée vers une voie normale, qu’en fait, cette voie de développement non-capitaliste est la voie de création d’une petite bourgeoisie favorable à Sékou Touré.

C’est en 1967 que vous vous rendez compte de cela. Vous étiez en Guinée en 1971 encore, avant votre arrestation. Alors ?

Alors rien. Alors ceux qui liront mon livre, car un jour ou l’autre ils le liront, ils y liront la vérité : la peur est humaine. J’ai eu peur. Premièrement je vous répondrai qu’il y a un phénomène… il y a un proverbe chez nous, en pays africain, qui dit qu’on ne tue pas son enfant. Que parfois, il peut arriver que votre enfant vous tue, mais qu’en aucun cas, vous, vous n’avez le droit de tuer votre propre enfant. Le PDG et la République de Guinée née du PDG étaient un peu mon enfant, et j’en revendique la paternité, la petite partie de paternité. Donc je ne m’estimais pas le droit de me désolidariser des erreurs qui avaient été commises. J’ai donc continué. Deuxièmement, j’avais peur.

Vous dites que vous aviez peur. Cela veut dire que c’est un régime policier, le régime guinéen !

C’est pire qu’un régime policier. C’est ce régime de parti unique ahurissant, qui est différent du parti unique soviétique ou d’autres pays, puisqu’il y a obligation pour l’enfant même au berceau d’avoir sa carte. Les parents d’un enfant qui vient de naître sont obligés d’aller prendre la carte de l’enfant. Ce qui fait que tout le monde se trouve enrégimenté dans le parti. Vous vous trouvez à une assemblée obligatoire de parti hebdomadaire, assemblée qui est menée à la trique par la milice qui sort les gens des concessions à coup de bottes, pour les obliger à aller à cette réunion, et vous vous trouvez avec tous les éléments de la population : des bandits, des gens très honnêtes, des anciens chefs féodaux même pas transformés à côté de gens sincèrement communistes ou socialistes. Et vous êtes là, tous, ensemble. Vous vous épiez ; vous ne savez absolument pas ce que l’autre pense, mais ce que vous savez, c’est qu’il a les mêmes droits que vous d’aller moucharder auprès du Président ce que vous, vous allez dire. Et ça, c’est le quadrillage policier premier du parti. Il n’y a pas d’endroit en Guinée où vous soyez à l’abri d’un racontar — et malheureusement, vous devez savoir ce que c’est qu’un racontar… Si encore on ne se contentait que de dire la vérité de ce qu’on a entendu, mais malheureusement, vous ne pouvez pas empêcher quelqu’un de transformer ce qu’il a entendu.

 

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Femmes et sociétés

Au Soudan, les femmes et les minorités victimes de harcèlement en ligne ne bénéficient d’aucune protection juridique

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Alaa Salah est devenue un symbole du rôle des femmes dans le soulèvement contre le chef autocratique du Soudan Omar al-Bashir, qui a été évincé par l'armée. Les images d'elle chantant des chansons traditionnelles lors des manifestations à Khartoum sont devenues virales sur les réseaux sociaux, où les femmes et les minorités au Soudan sont souvent confrontées à un harcèlement en ligne intense. Capture d'écran via VOA / YouTube, 16 avril 2019.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndt]

Au cours des dernières années, Internet tient au Soudan un rôle de plus en plus important dans la politique et la société. Lors de la révolution soudanaise de 2019, les manifestant.e.s et les militant.e.s se sont tourné.e.s vers les médias sociaux pour s’organiser,  communiquer et documenter les violations de leurs droits.  

Leurs efforts ont finalement renversé Omar el-Béchir, qui a dirigé le pays d’une main de fer pendant 30 ans.

Malgré ces progrès, le harcèlement en ligne reste un problème majeur au Soudan, où le taux de pénétration d’Internet est estimé à 31 pour cent. Le harcèlement – notamment le doxing, la cyber-intimidation, le harcèlement moral et les discours haineux – touche particulièrement les femmes et les minorités. 

Diverses campagnes ont tenté de lutter contre ces violations, mais le harcèlement en ligne nécessite plus d’attention ainsi qu’une réforme – notamment la mise place d’une législation solide. 

En juillet, une page Facebook a partagé [ar] des photos de Weam Shagi [ar], une militante connue des droits des femmes soudanaises, qui la montraient en train de subir des tortures, lors de la dispersion d’un sit-in, par les forces de sécurité dans la capitale, Khartoum. Mme Shagi avait précédemment partagé []ar] ces photos sur sa propre page Facebook. Certaines personnes ont écrit des commentaires humiliants vis-à-vis de son corps pour l’attaquer.  

Ce n’est qu’un des nombreux exemples de harcèlement en ligne au Soudan.

Se moquer des gens en fraison de leur région d’origine est également courant. En août, une page Facebook connue avec 170 145 followers appelée “Capture d’écran soudanaise” a partagé un message qui se moquait des filles d’Omdurman [ar], soutenant que les filles devraient être utilisées comme moyen pour arrêter les inondations meurtrières du Nil qui affligent actuellement Khartoum et Bahri. Les commentaires insinuent que ces filles sont moins importantes et moins belles, à cause de leur région d’origine. Lorsque la publication a été signalée, Facebook a répondu que la publication ne violait pas ses normes communautaires.

Facebook a estimé qu’un message dont l’auteur se moquait des filles d’Omdurman, disant qu’elles devraient être utilisées pour arrêter les inondations du Nil, ne violait pas ses normes communautaires. Capture d’écran prise par l’auteur, 23 septembre.

Le harcèlement en ligne n’est pas pratiqué exclusivement par des civil.e.s. L’armée s’est également livrée auparavant à des comportements malveillants en ligne. En juin, selon un rapport de l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch, « le personnel de l’armée a menacé une jeune manifestante qui apparaissait sur un clip largement diffusé sur les réseaux sociaux scandantdes slogans contre l’armée. Elle et sa famille ont reçu plusieurs appels d’hommes qui se sont identifiés comme des officiers militaires, menaçant de porter plainte contre elle pour “injures contre l’armée” ».

Dans certains cas, le harcèlement en ligne a été utilisé comme un outil pour intimider les militant.e.s politiques par l’ancien régime.

Selon le rapport de 2018 sur la liberté sur le Internet au Soudan [pdf], « plus de 15 militantes ont été victimes de doxing sur la fausse page Facebook Les femmes soudanaises contre le hijab [ar], où leurs photos privées ont été publiées sans leur consentement avec des commentaires mensongers sur le fait qu’elles s’opposaient au port du voile et la religion ». La page a ensuite été supprimée par Facebook après que beaucoup l’aient signalée comme une violation des normes communautaires de la plateforme.

Les femmes soudanaises réagissent

Ces dernières années, les femmes soudanaises ont utilisé de nombreuses tactiques pour se protéger contre le harcèlement continu en ligne. Par exemple, un groupe de femmes a créé un groupe Facebook appelé “Inboxat” [ar],  une modification du mot anglais “inbox” (en français : messagerie), pour dénoncer leurs harceleurs en partageant les messages que ceux-ci leur avaient envoyés.

Malgré le succès relatif du groupe, elles ont été critiquées pour avoir partagé les captures d’écran de contenu abusif de leurs harceleurs, car cela violerait peut-être la vie privée de ces derniers.

Des hashtags ont également été utilisés pour dénoncer le harcèlement en ligne. Par exemple, le hashtag “dénonce un harceleur” est toujours activement utilisé par les femmes soudanaises pour partager leurs histoires personnelles. Le hashtag s’est transformé en un outil de discussion en ligne sur la nature du harcèlement ainsi que les avantages et les inconvénients de le dénoncer, bien que certain.e.s affirment que cela pourrait également porter atteinte à la vie privée et conduire à une diffamation.

Le harcèlement en ligne peut avoir des conséquences psychologiques majeures telles que l’anxiété, la dépression et le stress post-traumatique, mais il reste un sujet sous-étudié. Selon une étude publiée par Amnesty International en 2018, des femmes interrogées dans huit pays ont déclaré ne pas se sentir physiquement en sécurité et souffrir d’anxiété et de crises de panique en raison du harcèlement en ligne.

Le rôle des journaux et magazines en ligne

Les journaux en ligne se livrent également au cyber-harcèlement. En décembre 2016, Sudafax [ar], un journal soudanais en ligne, a publié une série d’articles sur les immigrant.e.s éthiopien.ne.s vivant dans un quartier de Khartoum, dans lesquels il citait des plaintes de résidents pleins de propos racistes et abusifs. 

Les articles comportaient des titres haineux tels que La colonie d’Éthiopiens et Addis Soudanais, attisant les sentiments anti-immigrés envers les Éthiopiens.

De nombreux lecteur.trice.s dans la section des commentaires ont critiqué le journal pour avoir publié un tel discours haineux en ligne, mais jusqu’à présent, le journal n’a pris aucune mesure pour répondre à ces inquiétudes et Sudafax n’a pas de politique officielle relative au contenu qu’il publie.

Une analyse de 25 sites internet d’information, forums en ligne et magazines soudanais [fichier excel] révèle que rares étaient ceux qui publiaient des politiques de contenus concernant le harcèlement et les discours haineux. Sudaneseonline, une plateforme en ligne bien connue, partage sa politique de contenus promettant de supprimer les messages indésirables ou le langage abusif mais ne résout pas le harcèlement. De nombreuses autres plateformes ne partagent pas du tout leur politique liée à la modération des contenus, même si certaines partagent des règles relatives à la protection de la vie privée des utilisateur.trice.s.

Des lois floues

Le Soudan fait actuellement très peu pour protéger les femmes, les autres groupes et les communautés à risque contre le harcèlement, menaçant de diminuer leur capacité à exercer leurs droits fondamentaux en ligne, ainsi que leur bien-être et leur santé mentale. 

En décembre 2016, le gouvernement soudanais a publié un cadre stratégique national pour protéger les enfants et les jeunes en ligne. La stratégie comprenait un plan de travail 2018-2020 et abordait explicitement le harcèlement ciblant les enfants, les lacunes juridiques et la nécessité d’une sensibilisation.

Le système juridique soudanais lui-même n’utilise pas directement le terme « harcèlement », mais d’autres termes vagues qui entrent dans cette catégorie apparaissent dans divers documents juridiques.

Par exemple, la loi de 2007 sur la cybercriminalité interdit les comportements tels que « l’intimidation », « l’incitation » et le « chantage »La loi interdit également l’envoi de matériel qui viole le  « caractère sacré de la vie privée ».

En revanche, la loi de 2018 sur les délits informatiques interdit l’utilisation de « tout moyen de communication ou d’information pour inciter à la haine contre les étrangers, provoquant discrimination et hostilité ». Cependant, le texte final de cette loi n’a pas été partagé avec le public et a été adopté par le régime déchu.

En juin 2018, le parlement soudanais a adopté un amendement [ar] à la loi de 2009 [ar] sur la presse et le journalisme qui a ajouté le journalisme en ligne à son contenu. L’article 26 de la loi interdit aux journalistes de diffuser des contenus racistes en ligne.

Pour lutter contre le harcèlement en ligne et y mettre fin, les législateurs doivent réformer la législation actuelle afin d’inclure des définitions claires de tous les types de harcèlement, tels que le doxing, le cyberharcèlement, les discours discriminatoires et les menaces de violence. 

Des réformes juridiques devraient également être promulguées conformément aux normes internationales des droits humains et ne devraient pas être utilisées par le gouvernement comme une excuse pour porter atteinte au droit fondamental à la liberté d’expression. 

Ce processus devrait également impliquer les groupes vulnérables tels que les femmes et les minorités qui sont souvent oubliés, mais qui sont les plus touchés. Les cas précédents devraient servir d’exemples pour comprendre la complexité et la nature évolutive de ce problème.

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Mohamed Suliman a écrit ce billet pour globalvoices.org qui l’a publié le 12 octobre 2020. M. Suliman s’intéresse  à l’intersection de l’information avec le droit.

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Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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