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Maimouna Bâ, veuve du Dr. Bocar Maréga, exilée de Guinée, décorée en Cote-d'Ivoire

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Le gouvernement ivoirien a décerné à Mme Maréga Maimouna Ba la médaille d’officier de l’ordre national du mérite de Côte d’Ivoire. Mais qui est cette maman?  Le site aminata.com nous présente son parcours.  J’ajouterais seulement que si la Guinée a eu une faculté de pharmacie et un laboratoire pharmaceutique, c’est grâce à cette femme.

J’ai reçu une petite rectification de la part d’un des fils de notre maman Maréga Maimouna Ba. C’est au grade d’Officier dans l’ordre national que le  gouvernement ivoirien l’a élevée.  L’Ordre national de la République de Côte d’Ivoire est un ordre honorifique ivoirien créé en 1960 pour récompenser le mérite personnel et les services éminents rendus à la Nation. Il s’agit de l’ordre le plus élevé du pays.

Dans ce billet, je reproduis un extrait d’une lettre qu’elle a envoyée au directeur du site Mémorial du Camp Boiro en 2007. Elle illustre bien la stupidité du régime dictatorial et assassin de Sékou Touré, mais aussi le courage de cette maman qui a du reprendre sa vie et son parcours de zéro en jouant le rôle brillamment le rôle du papa aussi, si tragiquement enlevé aux siens comme tant d’autres victimes innocentes qui gisent encore des fosses communes à l’emplacement inconnu à cause de la cruauté d’un individu sanguinaire et sa bande..

Dabola, 6 août 1955. Mariage de Dr. Bocar Maréga et Maimouna Bâ. Au second rang : Macki Oumar Dieng (témoin de la mariée), Mamadou Alsény Bâ (ami du marié), Kaman Diaby (témoin du marié), Fodé Bocar Maréga et le commandant français du cercle. Source: campboiro.org

Dabola, 6 août 1955. Mariage de Dr. Bocar Maréga et Maimouna Bâ. Au second rang : Macki Oumar Dieng (témoin de la mariée), Mamadou Alsény Bâ (ami du marié), Kaman Diaby (témoin du marié), Fodé Bocar Maréga et le commandant français du cercle. Source: campboiro.org

 Parmi les nombreuses victimes de la dictature, celle de Dr. Maréga illustre à elle seule combien ce régime a handicapé la Guinée par l’élimination du peu de cadres qu’elle avait. En effet, non seulement avec son arrestation elle a perdu un médecin, mais 9 autres hauts cadres universitaires et un des premiers entrepreneurs et industriels du pays furent arrêtés. Rappelons-nous d’eux en cette occasion.

Extrait du témoignage de Maimouna Bâ, veuve Maréga:

La Guinée tout entière était enveloppée dans une atmosphère lourde de tension et de terreur. On avait commencé par arrêter les officiers comme Keita Cheick. Ensuite, on a arrêté le Colonel Kaman Diaby en mars. Ce dernier était du groupe de Bocar Maréga.

Dr. Maréga fut arrêté le 12 avril 1969 vers 14 heures. Il revenait de l’hôpital. A l’époque, sa famille habitait en ville à la Corniche, près de l’hôtel de France (actuel Novotel). Les policiers sont d’abord allés le chercher à l’hôpital, mais ne l’ayant pas trouvé, ils sont venus à la maison. Ils lui ont dit qu’on le demandait au Camp Boiro. Tous les enfants (Fodé, Binta, Madani, Baba Hady) étaient dehors. J’étais dans la maison. Ils l’ont pris dans le garage. Je n’ai su qu’il avait été arrêté que par les enfants qui sont venus m’avertir, et les policiers qui sont venus perquisitionner la maison. L’un des policiers, un certain Bangoura, qui était venu perquisitionner la maison était un ancien élève de mon père, feu Bâ Madani Sabitou.

Il s’est excusé d’avoir à prendre nos affaires. Ils emportèrent tous les papiers, les appareils, cinq appareils photos, des fusils de chasse, cassettes…

Les parents et les amis sont venus à la maison pour rendre visite. Ils avaient été informés de l’arrestation. J’ai dit à ma sœur, Nima Sow (épouse de Mamadou Sow Dara), d’aller avertir mon frère Thierno Bâ de l’arrestation de Docteur Maréga. Elle est revenue nous informer que lui aussi avait été arrêté à la même heure.
C’était le début de l’hécatombe familiale : Diop TidianeBaïdy Guèye …

On ne les a revus que le 22 novembre 1970, lors de l’attaque des Portugais (l’agression du 22 novembre 1970). A l’époque, on n’avait pas de droit de visite. La famille ne voyait donc pas les prévenus, qui n’avaient pas non plus droit à des avocats.

Ils furent détenus au Camp Boiro, et —après le 22 novembre 1970 — à la prison centrale de Kindia.

Ils subirent le dur régime de la prison (lire entre autres, le livre de Kindo, “Dernier survivant du complot Kaman-Fodéba”). Des documents et notes en ma possession seront mis à la disposition du public lors de la publication d’un livre en cours de préparation.

Le comité révolutionnaire menait les interrogatoires. Il était composé, notamment d’Ismael TouréSiaka TouréMoussa DiakitéKeira Karimgénéral Lansana Diané, et bien d’autres.

Vingt-quatre heures après l’arrestation de Maréga, on nous a chassé de la maison de fonction que l’on occupait en ville, en face de l’hôtel de France (actuel Novotel). On est alors allé habiter notre maison à Ratoma, qui venait d’être achevée.

Mais, quand on les a condamnés, en mai 1969, la sentence incluait la saisie de l’ensemble des biens des détenus. On nous a donc chassé de notre maison de Ratoma. La maison de Matam aussi a été saisie. Nos comptes bancaires ont été vidés. En fait, il s’agissait plutôt d’un vol organisé : tous nos biens personnels y sont passés. Même nos livres ont été saisis. Un ami a retrouvé la thèse de mon mari à la Bibliothèque Nationale. On n’a jamais pensé que j’étais pharmacienne, et qu’en tant que telle, j’avais droit au logement au même titre que mon mari médecin. Et donc, une expulsion du logement ne se justifiait pas, même si l’on utilisait leurs critères à eux.

Il y avait cependant deux valises dans lesquelles j’avais mis nos papiers importants. Ces deux valises avaient été remises à Siaka Touré, avec le nom de mon mari inscrit sur chacune des valises. Quelques mois après l’arrestation de Dr Maréga, quand la tension s’est calmée, je me suis rendu au bureau de Siaka Touré pour lui expliquer que mes enfants et moi n’avions plus de papiers, tout étant dans deux valises. C’est à ce moment, qu’il a fait sortir ces deux valises, sans même que quelqu’un ne les ait ouvertes, et me les a restituées. Ils auraient pu vider les valises et jeter les papiers.

Mme. Maimouna Maréga (auteure de ce récit) en 1987 à Abidjan. Source: campboiro.org

Mme. Maimouna Maréga (auteure de ce récit) en 1987 à Abidjan. Source: campboiro.org

A l’époque, c’est Sékou Touré qui avait empêché que je sois arrêtée. D’autres souhaitaient me faire arrêter parce qu’ils estimaient que si mon mari savait quelque chose, moi aussi j’aurais du être au courant, puisque mon mari et moi étions très proches et échangions sur tous les sujets. Sékou Touré a sans doute pensé qu’il aurait pu m’arrêter quand il voulait. Il n’était pas pressé. Mais j’ai fui la Guinée avant que cela n’arrive. En effet, j’ai su par des proches que j’étais sur une liste, ainsi que ma sœur Nima Sow, qui sera effectivement arrêtée ultérieurement (1974-1975).

Entre avril mai 1969 et septembre 1970, j’avais des nouvelles de Dr Maréga parce que je payais huit gardes, pour me permettre de correspondre régulièrement et clandestinement avec mon époux. Madame Camara Balla et moi utilisions ce moyen pour rester en contact avec nos époux et leur venir en aide. Je leur envoyais de la nourriture et des médicaments (je travaillais à Pharmaguinée), et eux, les distribuaient à plusieurs détenus. Même au sein du comité révolutionnaire, j’avais un contact — un policier — qui me donnait des informations.

Vers septembre 1970, Siaka Touré a découvert notre réseau et a fait fusiller les 8 gardes. Tous furent remplacés. Siaka Touré nous reprochait de faire de la subversion. Siaka Touré lui-même est venu m’informer de cette exécution.

Vers le 20 novembre 1970, j’ai été voir Siaka Touré pour lui demander la permission officielle de correspondre avec Dr Maréga. Il m’a dit d’aller voir Sékou Touré. Madame Camara et moi y avons été à quelques jours d’intervalle. Le principe avait été accepté, mais il restait à définir les modalités. A ce moment, il y avait moins de tension, on sentait une certaine accalmie. Mais après le 22 novembre 1970, tout a été remis en cause.

A l’exception de l’ancien ministre Jean Faraguet Tounkara, tous les proches compagnons de détention furent fusillés : Moussa Touré, Camara BallaThierno BâTidiane Diop.

Le 22 novembre 1970, nous habitions à la Cité des Médecins, près du Camp Boiro. Les militaires portugais, vêtus de bottes et de casques, passèrent dans notre cours pour aller vers l’hôpital pour récupérer leurs malades. Toute la nuit, on a entendu des coups de feu. On était inquiet parce qu’on ne savait pas ce qui se passait.

Au cours de la matinée, les Portugais ouvrirent les portes du Camp Boiro. Les prisonniers sortirent. Ne sachant pas que nous habitions à la Cité des Médecins, Bocar MarégaThierno BâTidiane Diop et Baidy Guèye se rendirent chez mon oncle, le Docteur Mamadou Kaba Bâ, qui habitait alors en face de chez nous. C’est là qu’on les a vus. Ils se sont lavés et se sont changés. J’ai alors envoyé un neveu, Papa Thiam, chercher ma sœur Nima Sow et les autres. Vers midi, on a entendu à la radio que les prisonniers devaient se rendre à la permanence du Parti. Plutôt que de partir avec les Portugais, les prisonniers ont préféré se rendre, estimant que, n’ayant rien à se reprocher, ils seraient probablement libérés.

On les a amenés à la permanence à Dixinn en milieu de journée. Ils y sont restés jusqu’au soir. Je leur ai apporté à manger au cours de la journée.

C’est la dernière fois qu’on les a vus. Ils furent envoyés à Kindia, où les rumeurs indiquaient qu’ils furent fusillés. On ne sut réellement qu’ils étaient morts qu’en 1984, 13 ans plus tard, à la mort de Sékou Touré, quand les militaires ont pris le pouvoir : ils ont ouvert les portes des prisons et tout le monde a su.

Parmi les milliers de personnes arbitrairement arrêtées et exécutées par le régime de Sékou Touré, un certain nombre de personnes sont liées à feu Bocar Maréga par des liens de famille ou d’amitié très forts. Il s’agit notamment de :

  1. Baba Hady Thiam, oncle maternel de docteur Maréga (dernier frère de sa mère). Titulaire d’une licence et d’un DES en Droit. Directeur de la Banque du Commerce Extérieur.
  2. Mamadou Daralabe Sow, beau-frère de docteur Maréga. Dr Sow était l’époux de ma sœur aînée, Hadja Nima, qui sera elle-même victime directe du régime de Sékou Touré puisqu’elle fera la prison du Camp Boiro. Dr Sow était vétérinaire, Directeur du Plan, et ancien Ministre.
  3. Thierno Sabitou Bâ, mon frère cadet et beau-frère donc de docteur Maréga. Dr Bâ était diplômé de l’école vétérinaire de Lyon. Il était chargé des fermes d’Etat et de l’abattoir de Coléah.
  4. Colonel Kaman Diaby, frère adoptif de docteur Maréga. Il fut élevé par Fodé Bocar Maréga depuis l’âge de 5 ans). Chef d’Etat-Major Adjoint des Forces Armées guinéennes, il fut le premier aviateur d’Afrique francophone et fit campagne durant les guerres d’Indochine et d’Algérie. Il était diplômé de l’école d’aéronautique de Salon en Provence.
  5. Amadou Tidiane Diop, cousin de docteur Maréga, de Thierno Bâ et beau-cousin de Sow Mamadou Dara. Titulaire de deux licences. Directeur administratif de Fria.
  6. Baïdy Guèye, oncle de Bocar Maréga et cousin de Amadou Tidiane Diop. Grand commerçant et industriel guinéen.
  7. Habib Tall, arrière petit-fils d’El Hadj Oumar Tall. Directeur de cabinet de Fodéba Keita au Ministère de la Défense, ancien gouverneur de Conakry.
  8. Baba Barry, cousin de docteur Maréga. Sa mère est de Dinguiraye. Il fut administrateur-directeur de société.
  9. Mody Sory Barry, époux de Nènè Barry (sœur de Baba Barry), dont la mère est une tante.
  10. Hadja Nima Sow, belle sœur de docteur Maréga. Elle est enseignante de profession. Elle fut emprisonnée au Camp Boiro pendant 9 mois, d’octobre 73 à juillet 74.

Tous ces dix détenus sont de la famille de Dinguiraye. Comme pour beaucoup de familles en Guinée, la politique de Sékou Touré visait à détruire l’ancien ordre et spécialement les élites du pays. Madani Sabitou Bâ (père de Thierno Sabitou Bâ et beau-frère de docteur Maréga) et Fodé Bocar Maréga furent les premiers guinéens à faire leurs études en France, à l’Ecole Normale Supérieure d’Aix -en-Provence. Leurs enfants et neveux furent aussi de hauts cadres supérieurs.
Seule, Hadja Nima Sow survécut, et son récit sera communiqué bientôt.

De nombreux auteurs et témoins pensent que le dictateur aurait massacré la famille du Dr. Bocar Maréga parce que le dictateur soutient que le père de Dr. Maréga, l’aurait renvoyé de l’école.

Mme Maréga, elle-même, comme elle le dit dans son témoignage, elle a été pharmacienne. Mais elle a aussi été professeur à l’Ecole nationale de la Santé, Directrice de la pharmacie de l’hôpital Ignace Deen, ainsi que de la Pharmacie nationale Pharmaguinée. Elle a créé la Faculté de Pharmacie et sa bibliothèque.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

5 Comments

5 Comments

  1. MAREGA BAba Hady

    25 janvier 2015 at 17 h 41 min

    Cher ami

    Merci pour la publication de cet article élogieux sur ma mère, Maimouna Maréga.
    J’en profite pour te présenter toutes mes félicitations pour le nombre de 60.000 bientôt atteint par ton blog; c’est le signe que la persévérance paie toujours.

    En ce qui concerne l’article sur ma mère , je dois dire que nous sommes tous fiers de son parcours impressionnant à bien des égards. S’il est vrai qu’un enfant est toujours fier de ses parents, en ce qui la concerne, je pense que notre fierté va au delà de sa personne.

    Son succès est une revanche de ces dizaines de milliers de femmes dont les ambitions et les capacités à préparer la belle relève que la Guinée était en droit d’attendre de ses filles et fils, ont été anéanties par le tristement célèbre Sékou Touré, premier président de la République de Guinée.

    Beaucoup d’intellectuels avaient espéré des lendemains heureux pour le pays après le NON de la Guinée en 1958, mais c’était sans compter sur l’homme Sékou Touré.

    Les femmes en ont payé un lourd tribut: arrestations, tortures, difficultés à élever leurs enfants dans la rigueur morale et la quiétude, impossibilité de se projeter et envisager un avenir au delà des contingences journalières de la recherche des condiments de survie pour la famille.

    Que c’est triste de voir que presque 60 ans après l’accession de la Guinée à l’indépendance, pratiquement aucune femme guinéenne ne brille sur le plan international (mise à part Mme aicha Portos Diallo). C’est le signe le plus patent de l’échec de Sékou Touré

    La décoration de Madame Maréga Maimouna est donc une revanche de ces femmes là.
    Mme Maréga a pu se battre pour effectuer de brillantes études en France sans l’appui de l’Etat guinéen, à son retour en Guinée, elle a du se battre pour vulgariser l’instruction de la Pharmacie et de la santé dans un environnement très hostile; elle a du se battre contre le système quand on a arrêté et tué son mari ainsi que 8 autres proches membres de sa famille; elle s’est battue pour fuir clandestinement ce camp de concentration qu’était devenue la Guinée de 1972; arrivée en Cote d’Ivoire elle a pu enfin exprimer son talent et gagner une place méritée en Cote d’Ivoire parmi les grands hommes et femmes dont les services rendus à la nation sont reconnus au plus haut niveau.

    Son combat est le combat de le femme guinéenne: pour une qui a réussi, combien on vu leur vie détruite par le Régime de Sékou Touré et les conséquences structurelles de la destruction de toute une nation.

    Malheureusement, la Guinée n’est pas seule à s’être aventurée sur la voie de la destruction de ses élites. Tant de pays africains ont vu leurs dirigeants faire subir à leurs populations respectives des sorts similaires, que l’on peut parler d’un phénomène continental. En mettant en oeuvre ces politiques de destruction, ils n’avaient pas imaginé les conséquences néfastes sur les capacités de nos mères et sœurs à se remettre de tels traumatismes et donner une éducation décente à ceux et celles qui sont amenés à prendre la relève: on comprend mieux pourquoi le continent est dans l’état dans lequel il se trouve aujourd’hui.

    Puisse cette décoration inciter d’autres femmes à se battre et devenir des modèles pour les jeunes générations. Merci encore à KONAKRYEXPRESS de permettre aux jeunes femmes guinéennes de réaliser qu’elles aussi peuvent y arriver.

    Babahady MAREGA

    JUSTE UN PETIT RECTIFICATIF. MA MERE A ETE ELEVEE AU GRADE D’OFFICIER DANS L’ORDRE NATIONAL; UNE DISTINCTION HONORIQUE PLUS HAUTE QUE CELLE DU MERITE).

    • abdoulayebah

      26 janvier 2015 at 21 h 03 min

      Je vous remercie de la rectification et de la réflexion que vous avez bien voulue partager avec mes lecteurs et moi. Je vais procéder avec plaisir à la rectification. J’ai essayé plusieurs fois à la joindre au No. ivoirien que j’ai pour lui présenter mes plus vives félicitations. Comme il s’agit d’une tante à moi que vous parlez, j’y trouve un motif de satisfaction personnelle.

      Parmi les réalisations qu’elle a réussies, j’ajouterais aussi le fait d’avoir pu, malgré un environnement hostile, celle de faire faire à ses enfants des études de très haut niveau.

      Quant au parallélisme que vous faites, il illustre à souhait à quel point le régime dictatorial a été destructeur. Ce qui s’est passé et se passe chez nous c’est pire que tout ce que j’ai vu ailleurs. C’est comme un cancer généralisé. Pourtant, j’ai travaillé au Rwanda. Je suis arrivé deux/trois semaines après la fin du génocide, en 1994. Les traces de sang étaient visibles partout et la puanteur des corps en putréfaction insupportable. La haine fratricide avait tout détruit. Aucun service de l’état, aucune banque ni aucun hotel. Nous avons dormi par terre, à 6 chefs de service, dans un bureau. La toilette, on la faisait avec de l’eau minérale. On mangeait des rations militaires.

      Comme vous êtes dans les affaires, je vous épargne une description détaillée de ce que j’y ai retrouvé en 2012, lorsque j’y suis retourné pour voir si je pouvais me débarrasser de ces souvenirs qui me hantaient depuis plus de 20 ans. Je pouvais rarement faire une conférence sur le Rwanda sans éclater en sanglots. Mais depuis que j’ai vu le Mémorial érigé à la mémoire des victimes, les belles routes, les bâtiments magnifiques, le gazon bien entretenu, Internet accessible partout, les policiers respectueux, des feux aux carrefours qui fonctionnaient, des gardiens des bâtiments officiels détendus, etc., je me suis rendu compte que je vivais dans leur passé plus qu’eux. Ça m’a servi de thérapie. Tandis que d’après la revue américaine Forbes, la Guinée est classée dernier pays où faire des affaires, le Rwanda caracole dans le peloton de tête depuis des années.

      J’ai été aussi parmi les membres de la première mission inter-agences de l’ONU à débarquer à Kampala, après la chute d’Idi Amin Dada. J’ai vu aussi Accra en proie à l’héritage laissé par les chimères de Kwame Nkrumah, la Tanzanie après les destructions laissées par le « socialisme africain » de Nyerere, Addis-Abeba de Menghistu, l’Algérie après Boumedhiene, etc. Et j’ai vu en Asie, Phnom-Penh et Saigon d’il y a plus de 20 ans et récemment, en Amérique, Port-au-Prince et Cuba. En Europe, j’ai visité certains pays sous le communisme.

      Aucun de ces pays, à part Haiti pour des raisons naturelles en partie, ne se trouve dans les conditions misérables de la Guinée car le régime dictatorial a détruit tous les fondements de la société et il n’a pas laissé des hommes qui auraient pu rallumer la flamme de la volonté politique d’avoir des ambitions nationales communes. La référence reste toujours ce régime qui nous a fait tant de mal. Le résultat ne peut qu’être le même.

  2. SINGA MAMADOU B.GONGORE

    3 mars 2018 at 20 h 14 min

    Bonjour,

    Je viens de visiter ce site très intéressant !! Madame MAREGA, une Femme de courage exceptionnel, et d’une grande probité !! Notre promotion a été pratiquement la première de la Faculté de PHARMACIE de GUINEE et c’était la Doyenne. On allait faire la pratique, au Laboratoire de l’Hôpital Ignace Deen. Une femme de grande valeur, qui s’est toujours inqiétée de ce qu’était devenus les enfants des victimes !! Pour la plupart, nous sommes restés debout, portant haut le flambeau de nos pères !! Le monstre voulait la dislocation des familles, elle n’a pas eu lieu; car lui, il n’a pas connu son père, il n’a pas été éduqué, il n’a pas éduqué, car il ne sait pas ce que c’est l’éducation !! un éternel frustré !! L’ASSOCIATION DES VICTIMES doit être plus agressive, et demander que tous les symboles du monstre, du tyran soient détruits, tel le nom dont a affublé le palais présidentiel, c’est pourquoi sa soi-disante progéniture a eu le culot de se présenter aux communales !! Il faut qu’on ose dire qu’il y a des limites à la démocratie ou à la liberté. Par ailleurs, il faut qu’on se prépare à porter plainte contre toutes ces personnes faisant l’apologie du crime organisé, qui sont des négationnistes, des révisionnistes, des adeptes d’Hitler, ces enfants du boucher de Guinée, nous devons nous préparer à leur faire barrage !!! Les écrits, c’est bien, mais les gens regardent la télé, écoutent la radio, il faut qu’on s’y mette très rapidement, sinon, les tortionnaires vont être réhabilités très vite !!! Par ailleurs, merci de ne pas mettre les photos des victimes à leur arrestation, ils doivent avoir leurs photos, quand ils étaient en fonction. C’est vrai que bcp ne savent pas comment leurs parents ont été assassinés. Merci de dire les assassinés du pont Tumbo, car ceux qui ont perpétré ces crimes, justement c’était leur souhait que ce soit décrit de manière très crue ! Or si nous disons les Martyrs du Pont Tumbo ou les ils ont été assassinés au pont, car c’est un assassinat, ça donne une autre dimension à notre Association ! COURAGE A TOUS !! NOS MORTS ne seront apaisés, que quand on rétablira la Vérité Historique et qu’on neutralisera tous ces médiocres !!! A commencer par Alpha Condé qui a osé dire, qu’il prend la Guinée, là où ce monstre l’a laissé et qu’un mort égal un mort !! De toutes les façons, on ne pouvait pas s’attendre à mieux , venant de lui, c’est la continuité de la médiocrité !!

    • SINGA MAMADOU B.GONGORE

      4 mars 2018 at 22 h 17 min

      rectification de quelques coquilles  » de ce qu’étaient devenus les enfants » – tel le nom du palais de la République – ou ils ont été assassinés au pont – là où ce monstre l’a laissée.

    • SINGA MAMADOU B.GONGORE

      4 mars 2018 at 22 h 17 min

      rectification de quelques coquilles  » de ce qu’étaient devenus les enfants » – tel le nom du palais de la République – ou ils ont été assassinés au pont – là où ce monstre l’a laissée.

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Camp Boiro

Guinée: Sékou Touré, un tyran sanguinaire qui continue d’empoisonner la vie de la Guinée

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Le 26 mars 1984, le premier président guinéen, Sékou Touré, mourait. Sous son régime, la Guinée, fut soumise à une dictature familiale implacable empêchant tout progrès. Elle connut les pages les plus sombres de son histoire dont les séquelles, près de trois décennies après, restent profondes sur les mentalités et dans de nombreux domaines de la vie sociale et économique la Guinée. Comme chaque année, les héritiers de son régime sanguinaire se sont efforcés de présenter ce tyran comme un héros national immaculé. La vérité fut toute autre et elle doit être dite et répétée afin que les jeunes générations soient protégées contre tout révisionnisme.

Un des thèmes du symposium de cette année a été la souveraineté de la monnaie nationale. Les orateurs se sont bien gardés de révéler que trois des quatre gouverneurs de la Banque centrale que le pays connut de 1960 à 1970 furent emportés par les purges du parti-Etat, le PDG. Baldet Ousmane (1960-1963) fut pendu publiquement. Elhadj Mahmoudou Fofana (1963-1969) fut incarcéré pendant neuf ans au camp Boiro. Balla Camara (1969-1970), un des artisans de l’administration guinéenne, fut fusillé sommairement. Ils ont été ensevelis dans des fosses communes dont leurs familles ignorent toujours les emplacements. Aucune réhabilitation de la mémoire de ces héros n’a encore été entreprise.

Un autre paradoxe du symposium de cette année a été une soirée culturelle pour célébrer la création de la JRDA (Jeunesse de la révolution démocratique africaine). Or, un des tout premiers responsables de la JRDA, Tibou Tounkara, a fini dans une fosse commune.

A ce symposium sont invités les compagnons de l’indépendance encore en vie. Pourtant Sékou Touré les avait tous trahis, et avec eux la Guinée toute entière. Avec Sékou Touré, tout reposait sur la démagogie, la tromperie et la duplicité. Il parlait de pouvoir du peuple alors que le pouvoir était fortement centralisé entre ses mains et celles des membres de son familial et celle de sa femme. Il disait aimer son peuple mais le soumettait à la terreur. Il avait traité les Guinéens comme des enfants dénués de capacité de penser.

Sékou Touré et certains des membres de sa famille ont privé la Guinée des forces vives dont elle avait besoin pour progresser, en les éliminant par vagues ou en les contraignant à l’exil. Ils avaient fait de la Guinée un camp de concentration à ciel ouvert.

Les maux dont souffre la Guinée et qui plombent durablement son devenir trouvent sans conteste leurs racines dans le régime de Sékou Touré. Le président Alpha Condé a dit qu’il a hérité d’un pays mais pas d’un Etat. Nous n’avons aucune difficulté à le croire car cette situation est une séquelle de l’ancien régime : le Parti était au dessus de l’Etat et la famille présidentielle au dessus du Parti. Les conséquences après la mort du tyran sont l’anarchie administrative, la gabegie et leurs corollaires.

L’association des victimes du Camp Boiro demande que toutes les victimes des violences extrajudiciaires de l’état soient réhabilitées pour qu’il y ait une véritable réconciliation dans notre chère patrie et que les biens confisqués ou détruits soient rendus.

Sékou Touré et certains des membres de sa famille ont privé la Guinée des forces vives dont elle avait besoin pour progresser, en les éliminant par vagues ou en les contraignant à l’exil. Ils avaient fait de la Guinée un camp de concentration à ciel ouvert.

Les maux dont souffre la Guinée et qui plombent durablement son devenir trouvent sans conteste leurs racines dans le régime de Sékou Touré. Le président Alpha Condé a dit qu’il a hérité d’un pays mais pas d’un Etat. Nous n’avons aucune difficulté à le croire car cette situation est une séquelle de l’ancien régime : le Parti était au dessus de l’Etat et la famille présidentielle au dessus du Parti. Les conséquences après la mort du tyran sont l’anarchie administrative, la gabegie et leurs corollaires.

L’association des victimes du Camp Boiro demande que toutes les victimes des violences extrajudiciaires sous la présidence de Sékou Touré soient réhabilitées et que les biens confisqués ou détruits soient rendus. pour qu’il y ait une véritable réconciliation dans notre chère patrie.

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Droits de l'Homme

A la Maison centrale de Kindia, on tuait par le fouet, par la matraque et par les balles.

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Dans son livre Unique Survivant du « Complot Kaman-Fodéba » Kindo Touré nous décrit les différentes manières de tuer les prisonniers, et cela advenait sans aucun jugement valable. 

La mort sous le fouet

Après l’agression, bon nombre d’anciens détenus avaient tenté de fuir, de se cacher pour échapper à la violence des responsables ; certains se sont perdus dans leurs tentatives. Ils ont été « ramassés », confondus, assimilés aux mercenaires ou aux collaborateurs et évacués pêle-mêle à Kindia.

Ces malheureux, dans une totale nudité, étaient ligotés, les coudes se touchant dans le dos, les genoux attachés et repliés au niveau des coudes.

Après plusieurs jours de « diète » et toujours dans cet état, on les sort, un jour, vers 10 heures, on les couche sur la dalle de béton de la cour dont la température monte progressivement du fait de la chaleur.

Vers midi, une horde excitée de malabars, tous prisonniers de droit commun, est lâchée par le régisseur. A l’occasion, on a installé en plein air un tabouret sur lequel sont déposées des friandises, du tabac et des allumettes pour ces tueurs, ces bourreaux à gages.

De solides nerfs de boeuf, des lanières tranchées de caoutchouc, sont mis à leur disposition et chacun est chargé de mater, de mater toujours plus fort ceux qu’on appelle les « ennemis du pays ».

Au préalable, les victimes sont arrosées de crésyl et on leur enduit le corps, tout le corps de sable; elles sont enfin livrées dans cet état à leurs bourreaux; les coups commencent pleuvoir sans cesse jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Si, au départ, les hurlements et les vociférations parviennent à couvrir les claquements des coups de fouet, à la longue, ils s’atténuent ; et on finit par ne plus entendre que les coups ; des bouches s’ouvrent mais n’émettent plus aucun son. Abominable…

Lire également: Cruauté, rapacité et discours soporifiques au nom de la révolution dE Sékou Touré

Le bourreau lui-même transpire à grosses gouttes. L’un après l’autre, les suppliciés rendent l’âme. On ricane, on dit :

« Il s’est libéré, il peut se reposer !

A l’époque, le détenu était rien moins qu’un animal et il était traité comme tel.

Un de ces malheureux, dégoulinant de sueur, après un vigoureux effort, tente d’atteindre avec sa langue une minuscule flaque d’eau. D’un bond, un sbire s’approche, lui écrase la bouche avec la semelle cloûtée de son brodequin…

Le bourreau à gages qui a le premier réussi à tuer est présenté comme un héros, les poings fermés levés vers le ciel, jubilant, fier comme Artaban ; il peut désormais aller vers le tabouret et se servir à sa guise des friandises de son choix. Le salaire de la cruauté et de l’ignominie…

Après un moment de repos, on lui livre sa seconde victime et il « s’y mettra » encore, le coeur tout aussi léger. C’est l’hystérie généralisée !

Ces séances étaient fréquentes à la Maison centrale de Kindia. Les cadavres ligotés, parfois avec des câbles, étaient traînés dédaigneusement, comme de la répugnante charogne pour être entassés, de chaque côté de nos portes où ils devenaient la proie des essaims de mouches bleues. Quelques rares fois, une vieille natte était négligemment jetée sur leurs dépouilles mortelles.

On disait que ces hommes ne méritaient pas les précieuses balles commandées par le Parti ; le fouet leur suffisait !

La mort sous la matraque

Après la remise en ordre opérée par le capitaine Siaka Touré, dans la salle no. 4 avaient été regroupés ensemble tous ceux d’entre nous qui avaient tenté de fuir. Ensuite, tous ceux qui, par calcul ou ignorance, avaient été utiles aux mercenaires pour leur avoir fourni quelque indication ou renseignement et enfin les Balantes. Ces derniers, extradés de leur pays par leurs propres dirigeants, avaient été livrés au P.D.G., pieds et poings liés.

Tous les détenus de cette salle, bouclée en permanence, étaient soumis au régime de la privation totale de nourriture. Les pleurs, les vociférations, Ies gémissements déchirants traumatisaient tout le camp de concentration.

La nuit, généralement à partir de 23 heures, une équipe composée d’une demi-douzaine d’hommes en treillis se glissait furtivement dans la salle, matraque en main. Une forte et déprimante clameur s’élevait aussitôt, redoublait d’intensité et quelques moments aprés, c’était l’accalmie.

Le bruit des coups qui étaient administrés aux détenus sans force, parvenaient, malgré la distance, jusqu’aux occupants de notre salle. C’était l’enfer.

Mission accomplie, les bourreaux en quittant la salle, jettent des coups d’oeil à gauche et à droite, disparaissent sur la pointe des pieds : ni vus, ni connus, ni entendus.

Le soir du lendemain, entre 19 et 20 heures, comme des charognes, les corps sont jetés dans des camions pour la fosse commune.

Les fusillades

Cette pratique de la mort violente était la plus courante.

Le peloton d’exécution ne chômait pas ; les prisonniers de droit commun furent d’abord chargés de creuser les fosses communes mais, par la suite, les engins mécanisés durent entrer en action et sans arrét pour parachever la besogne.

A partir de janvier 1971, les enlèvements pour la fusillade devenaient aussi fréquents que massifs. Les préparatifs étaient bien connus. Entre 15 heures et 16 heures, liste en main (il la consulte fréquemment), le chef de poste regroupe des détenus dans une cellule ou dans une salle, selon leur nombre. On sent un certain énervement chez les hommes de garde dont on suit aisément les va-etvient, les dialogues. Sur la table du chef de poste une grosses pelote de ficelle est déposée. Pendant que les uns coupent la ficelle en morceaux de près de 2 m et mettent en ordre les bouts, d’autres nettoient les lampes-tempêtes, font le plein des réservoirs, tandis que le chef de poste change les piles des lampes-torches…

Le premier détenu qui voit ces préparatifs par le trou de la porte revient rapidement à sa place ; visiblement bouleversé dans toute son assise, il ne souffle mot mais son désarroi est évident ; un autre va voir et en quelques secondes, toute la salle est alertée.

Le moral « tombe aux talons »; un silence de cimetière s’installe.

Qui sera « concerné » ? Chacun souhaite que ce soit le voisin. Les plus courageux (ou simplement les résignés) font déjà leurs adieux à la salle, demandent à être pardonnés pour tout manquement inconsciemment commis à l’endroit d’un camarade. On répète les messages oraux ; les adresses des familles sont précisées à nouveau ; on s’étreint encore dans une profonde émotion.

Le repas — notre plat de riz blanc — servi entre 18 h et 19 h n’est pas mangé. On fait sa prière, la mort dans l’âme. On se couche, pas pour dormir mais pour méditer, sinon pour mieux pleurer en secret sous sa couverture à l’abri des yeux indiscrets.

Quand toute la Maison centrale est plongée dans le silence et l’obscurité, vers 2 heures du matin, d’un « clac » que l’on veut discret, la porte s’ouvre.

Comme dans un mouvement d’ensemble parfait, les 40 ou 50 pensionnaires de la salle se retrouvent sur leur céans, les yeux anxieusement tournés vers la porte.

La lumière vive de la lampe torche balaie les deux rangées de couchettes.
Le chef de chambrée est appelé.

J’arrive prestement. On me pose la question de savoir si « Untel est là ? » L’intéressé répond lui-même :

— Oui, présent !

Le geôlier enchaîne :

— Viens, mais surtout ne prends rien du tout. C’est inutile.

Devant la porte, dans le noir, des solides sbires attendent que l’appelé mette le nez dehors.
A pas lents, sous les regards émus de ses compagnons, le détenu traverse la salle. Une fois dehors, pris dans l’étau d’acier de deux bras vigoureux, des gémissements et des pleurs lui échappent. Il se sent perdu.

Son sort est désormais connu.

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Droits de l'Homme

Premiers massacres et sacrifices humains attribués à Sékou Touré et son pouvoir

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Lorsqu’on parle des crimes de Sékou Touré et de son régime, souvent on ne pense qu’aux différents camps de concentration érigés dans tout le pays. Mais ses crimes ont commencé plus tôt. Le Lieutenant-colonel Camara Kaba 41 nous livre des témoignages horribles sur le personnage de Sékou Touré et son régime, dans son oeuvre Dans la Guinée de Sékou Touré : cela a bien eu lieu. 

Ce billet est extrait de cette oeuvre. Mais un rappel est nécessaire. L’auteur nous raconte une prévision du grand érudit Cheik Fanta Mady Kaba que le futur dictateur était allé consulter avant l’indépendance, en compagnie de son ami Béavogui Louis Lansana, en 1954.

Cheik Fanta Mady Kaba baissa la tête; assis jambes croisées, il pivota à gauche, fit face à l’Est, leva les bras, les écarta. Sur tout le mur, un panorama effroyable, incompréhensible pour les visiteurs, se dessina.
— Voyez-vous ? questionna le Saint homme.
Les deux hommes s’approchèrent et virent l’image hideuse.
— J’ai vu, dit Sékou, comme s’il était seul.
— Mais, qu’est-ce que c’est ? poursuivit-il.
— C’est un fleuve de sang et de flammes. C’est ton règne que Dieu nous montre là. Les Blancs vont quitter notre pays, tu les remplaceras. Mais comme tu le vois, du début à la fin de ton règne, il y aura du sang et du feu. Le peuple de Guinée souffrira sous ta botte. Il y aura des morts, des maladies, la famine et des désastres. Tu acceptes, Homonyme ?

— Oui, oui ! se pressa de répondre Sékou Touré, à la fois heureux et médusé. Sous leurs yeux, le monstrueux fleuve coulait roulant des eaux rouges enflammées comme si, à son amont, un pétrolier géant avait éclaté et pris feu. L’image était tellement vivante que de grosses fumées noires tourbillonnantes semblaient sortir du toit de la case.
— Tu acceptes ? insista le Saint, tristement ; tu n’es pas obligé, Homonyme.
— J’accepte ! dit Sékou Touré, fermement.

Le Lieutenant-colonel Camara Kaba 41 nous décrit la suite de cette rencontre sous le titre de: Les premiers crimes de Sékou Touré

La prédiction du Saint ne se fit pas attendre. Dès le début de 1959, l’indépendance de la Guinée étant survenue le 2 octobre 1958, Sékou commit son premier crime officiel en avril. Un jeune homme de 22 ans, Chérif, accusé de vol, fut publiquement fusillé dans l’enceinte de l’école Sandervalia, une après-midi.

C’était la première fois que la population de Conakry assistait à une exécution en plein jour. En vérité, c’était le premier sacrifice humain de Sékou Touré.

L’hallali venait de sonner pour la Guinée, et les Guinéens n’y prirent pas garde. Sur place, des femmes avaient vu leurs règles se déclencher, d’autres avaient vomi, et d’autres encore avorté ; sans doute cela avait-il indigné nombre de gens, mais personne n’avait seulement à Conakry qu’une exécution sommaire eut lieu, mais aussi à Kindia et à Dalaba.

La même année 1959, et au même mois d’avril, une sanglante révolte des anciens combattants libérés de l’armée française eut lieu dans la ville de Guéckédou.

Bilan : 700 morts et des milliers de blessés. Ce massacre a été l’oeuvre de Sangaré Toumani, alors secrétaire général de la section de Guéckédou ; lui-même n’échappa au drame que grâce à son secrétaire politique Traoré Tamba Kalas qui avait réussi à le cacher. Les médecins chefs de Kankan, de Kouroussa et de Dabola venus au secours, furent scandalisés. Celui de Kankan, un médecin-commandant français, dit sans crainte :

— On se croirait à Verdun. C’est que ça commence plutôt mal, cette aventure guinéenne.
C’était peu dire, car il était loin de prévoir les milliers de Verdun qui allaient se produire tout au long du règne de Sékou Touré.

Ce n’était que le début de la tempête en amont du fleuve, du fameux « fleuve de sang et de flammes ».

Diané Lansana, commandant de la circonscription de Kankan, venu en hâte pour voir de ses yeux ce massacre inutile, comme tous les autres qui pousseraient comme du chiendent dans ce pays de rêve, recommanda sévèrement aux secouristes :

— Celui qui en parle, même à son épouse, sera fusillé.

A la même année 1959, à la fin novembre et au début décembre, ce même Diané Lansana ordonna de ramasser tous les aveugles de Kankan, et Dieu sait s’ils étaient nombreux. Dans leurs camions, les militaires les raflèrent dans toute la ville, en particulier devant la poste, les pharmacies, les marchés et devant la concession de feu Cheik Fanta Mady Kaba.

Les camions bourrés s’ébranlèrent vers Baté-Nafadyi, à la sortie de Kankan vers Siguiri. Là, les aveugles, femmes, enfants, vieillards, furent proprement abattus. La raison divine de ce crime ? C’est que la toute puissante Excellence Kwamé N’Krumah devait séjourner à Kankan pour deux semaines. Ses yeux divins (quelle divinité !) ne devaient pas tomber sur ces loques humaines qui faisaient honte à la Guinée.

Encore 1959 : dans la ville de Kissidougou, on découvrit un jour le corps d’un enfant de trois ans et demi. Un corps sans tête. Le meurtrier arrêté par le commissaire avoua avoir reçu l’ordre des membres du comité directeur de la section locale du Parti. Le commissaire n’était pas dans le coup : l’instruction n’alla pas plus loin et le meurtrier fut relâché.

Ce n’est pas Sékou seulement qui pratique le sacrifice humain, mais aussi ses hommes de main et cela, du comité de base au sommet de la hiérarchie politique et même administrative, dans la conviction profonde d’être maintenus à leur poste. C’est ainsi qu’à travers tout le pays, au cours des ans, on a trouvé par-ci, par-là, des corps de femmes, d’hommes et d’enfants mutilés ; après quoi on accusait des tueurs venus de Sierra Léone, de Monrovia ou de Côte d’Ivoire.

Oui ! on peut aujourd’hui les accuser, ces éléments tarés des pays voisins, oubliant que les racines du Parti de Sékou Touré , depuis sa création, ont baigné dans le mensonge, dans la violence, dans la terreur et que ce sont ses éléments tarés à lui, ses voyous drogués, détraqués, dont l’un des chefs typiques, Momo Jo, qui allaient, pendant les sanglantes luttes des Partis politiques en 1954 surtout, recruter les tueurs à gages en Sierra Léone et à Monrovia pour violer, assassiner les soi-disant opposants du Bloc africain de Guinée (BAG). Ils brûlaient alors mosquées et livres saints, pillaient les concessions avant d’y mettre le feu, jetaient par dizaines hommes et femmes vivants dans les puits, et les bouchaient.

 

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Camp Boiro

Cruauté, rapacité et discours soporifiques au nom de la révolution dE Sékou Touré

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J’ai le plaisir de vous présenter un autre article de mon frère Bah Mamadou Lamine, grand reporter au Lynx de Conakry. Il a aussi été chef d’un projet de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen, financé par l’Allemagne, sur la prévention des conflits.

Quelques jours après l’arrestation de notre père, la milice populaire est venue le chercher, mais heureusement, il avait pu quitter Conakry de manière clandestine, vers la Sierra-Léone, puis la Cote-d’Ivoire. C’est dans ce dernier pays qu’il a pu exercer son métier de journaliste et de correcteur, en plus de celui d’enseignant, jusqu’à la mort du tyran, Sékou Touré, en 1984. Il a effectué le voyage dont il parle ici dans l’avion spécial présidentiel ivoirien.

Le lundi 27 Avril 1971 à 21 heures : Bah Amadou Bailo, 53 ans, Commerçant, entrepreneur et transporteur est arrêté chez lui à Boussoura, Matam, Conakry. C’est notre père. On ne l’a jamais revu. Il y a quarante-trois ans.

Le lundi 27 Avril 1981 à Abidjan à 8 heures et demie. Nous sommes interpellé en plein cours de Connaissance du Monde Contemporain, dans une classe de BEP Secrétaire aux Cours Loko José Dominique à Marcory, Rue de la Paix. Déposé dans les locaux de la DST au Plateau, le lendemain on nous débarque au Camp Boiro à Conakry. Il y a trente-trois ans.

Le gouvernement semi-autonome de Guinée issu de la Loi-cadre, 1957-1958. De g. à d., 1er rang : MM. Fodéba Keita, Jean Mignard, Michel Collet, Sékou Touré (vice-président du Conseil de gouvernement), Alioune Dramé, Jean Ramadier (président du Conseil de gouvernement), Louis Lansana Béavogui 2e rang : Abdourahmane Diallo, Camara Bengali, Dr. Roger Accar, Ismaël Touré [T.S. Bah]. Source: webguinee.net

Sékou Touré, anti-Guinéens grand bavard et assassin, tout le monde connaît. En fait, il fut aussi, lui et les siens, une équipe de vulgaires voyous, de grands bandits, de voleurs. Ils ont masqué leurs truanderies dans les discours pseudo révolutionnaires sucrés et onctueux pour endormir la vigilance et la naïveté des militants. Illustrations.

-Abdelkrim Djouri est un homme politique marocain. Il a écrit un ouvrage sur Hassan II où il dénonce que notre grand révolutionnaire, gauchiste et populiste aurait confié au roi Hassan II du Maroc la somme 4,8 milliards de dollars US. Y a de quoi préférer la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage.

– Ses tortionnaires étaient aussi des pillards et des voleurs. Ils arrachaient les chéquiers des détenus, les forçaient à signer des chèques et vidaient leurs comptes. Ou leur promettaient les signatures contre la liberté ! Ils forçaient également les coffres-forts et en pillaient les contenus : documents fonciers, bijoux et autres objets précieux.

-L’équipe qui a arrêté notre père était dirigée par Siaka Touré. Ils avaient fermé son appartement dans le bâtiment [de 3 étages, NDLR] qu’il a construit en 1960, à Boussoura, Matam, et emporté la clé avec eux. Notre famille a été chassée des lieux [chacun ne pouvait prendre que ce qu’il avait sur soi! Notre maman a voulu prendre sa natte de prières, mais un milicien la lui a arrachée avec violence risquant de la faire tomber, NDLR]. Plus tard, ils sont venus casser le coffre-fort et emporter tout son contenu et disparaitre avec notre voiture, une Chevrolet de type Chevelle Malibu, automatique. C’est dans cette voiture qu’on voyait Siaka Touré se pavaner dans les rues de Conakry pendant longtemps. Le PDG et sa Révolution nous ont également volé un terrain à Kaloum, un à Boussoura et un dernier d’un hectare et en bordure de mer à Nongo. Les comptes bancaires de notre père domiciliés dans des banques de Conakry et Freetown ont été vidés. Des biens immeubles saisis à Conakry, à Pita et à Guéckédou seront restitués par la suite après le coup d’état du 3 Avril 1984. Un pillage systématique que n’eussent point jalousé les gangsters de New-York et de Chicago.

-La nomenclature sékoutouréenne a jonglé sur le patrimoine de l’état dans l’hinterland guinéen et à Conakry. Dans les préfectures, elle offre des terrains publics à des individus pour les récompenser d’avoir servi le PDG et son mentor ou leurs nombreux laveurs de chats. A Conakry, les bâtiments de la Société Immobilière de Guinée, SIG, équivalent colonial de la SICAP et de la SICOGI respectivement du Sénégal et de Côte d’Ivoire ont été généreusement donnés tout comme les terrains et bâtiments de Camayenne, Dixinn et Cameroun jadis appelé « Cité Ministérielle ». Aujourd’hui y fleurissent des immeubles de luxe dont les financements sont issus soit du sang des martyrs des Camps Boiro, soit du blanchiment d’argent sale (drogue, prostitution, trafic d’armes, détournements de fonds publics…)

-Des tortionnaires et autres geôliers des mouroirs de la Révolution viennent dans les familles des détenus et font de l’extorsion : « J’ai vu votre père. Il se porte bien et demande de lui envoyer tel montant ou tel objet ». Ou encore « On va bientôt le libérer, faites tel ou tel sacrifice «  « Donnez-moi ceci et cela, je vais vous aider à le libérer ». Ils le disent et promettent tout en sachant que l’intéressé a été exécuté depuis longtemps ; quelquefois, ils ne le connaissaient même pas.

-Le chantage : à notre sortie du camp Boiro en mai 1981, le directeur du camp d’alors nous a reçu et a menacé « Je sais que vous êtes journaliste. Si j’entends parler de cette affaire dehors, vous avez de la famille encore en Guinée. Nous ne les raterons pas ».

La cruauté de Sékou n’a eu d’égale que la rapacité de ses tortionnaires.

-En 1981, dans la fameuse affaire « Bah Lamine », l’homme qui aurait jeté une grenade sur Sékou Touré et pour laquelle Houphouët nous avait remis à Sékou depuis Abidjan dans son avion personnel, un Grumman, beaucoup de femmes avaient été arrêtées. L’une des techniques de torture qui leur était appliquée consistait à fabriquer en métal une forme de grosse verge, de la faire pénétrer dans le vagin de la suppliciée et d’y faire passer du courant 220 volts…

– Le jour de l’exécution de notre père, plutôt de son assassinat, il avait été torturé avec une telle brutalité que sa tête ne tenait plus sur ses épaules. Comme celle d’un nouveau-né. On les a regroupés dans plusieurs camions et débarqués sur le lieu d’exécution, au bord d’un trou géant qu’ils (les détenus) avaient préalablement creusé, on les a alignés et arrosés à la mitraillette et poussés dans le trou. Ces trous sont situés soit au pied du Mont Gangan, soit dans la forêt de Koradi, en direction de Gomba. Adolf Hitler et ses SS ont fait école chez Sékou. Ces informations, nous les avons recueillies auprès de notre dernier père social que fut M. Kaba Moilamine, disparu en 1996 et ex- codétenu de notre père à Kindia. Tous les deux étaient membres fondateurs de la SOMIDRAT, dont l’ancêtre, la CCIG puis l’EGTPM avaient vu le jour en 1959.

-Dans la prison de Kindia un jour. Un détenu, ancien haut fonctionnaire du PDG. Ulcéré de constater le niveau de maltraitance dont sont victimes les détenus s’est dit naïvement que le fama n’était pas au courant. Il s’arrange pour lui faire parvenir un courrier. Sékou, à la réception du document, fait venir Touré Ismaël et lui dit à peu près ceci en lui tendant le document : « Je comprends pourquoi Amnesty International s’attaque à nous. Tes prisons sont devenues de vrais passoires ». Le plaignant de Kindia est récupéré ligoté avec une telle férocité qu’il a fini par ressembler à une balle de rugby géante. Il est jeté dans une cellule sur laquelle ont été inscrits la sinistre lettre « D », signifiant « Diète Noire ». Il y sera « oublié » jusqu’à ce que mort s’en suive.

Les gens qui, avec une abominable hypocrisie passent leur temps à dire aux victimes du Camp Boiro de « pardonner ou d’oublier » n’ont rien compris. Le pardon est possible. Mais il sera l’aboutissement d’un processus sans lequel rien n’est possible. Les enfants de Sékou et autres négationnistes ont été nourris du sang de nos pères qu’ils continuent d’insulter. En continuant à se sucrer avec les fruits des rapines et autres Ismaël sont imprescriptibles. Tôt au tard, eux et leurs ayant droits paieront.

En attendant, ce dossier, comme celui de la Ve Colonne, reste ouvert.

Bah Mamadou Lamine

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Ce billet que j’ai revu et corrigé,  a été publié une première fois le 12/05/2014

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Sacrifices humains et violences conjugales chez Sékou Touré

Tout le monde sait que les grands dignitaires du régime accomplissent des sacrifices humains à l’intérieur du pays pour s’assurer santé, bonheur et postes plus élevés. Certains, même, ne craignent pas de tuer des membres de leur famille quand ces derniers sont malades ou bien pauvres. Lorsque de tels actes sont découverts, les coupables sont passés en jugement.

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Encore un autre extrait du livre d’Adolf Marx Maudits soient ceux qui nous oublient. Ce citoyen allemand qui fut directeur de la seule brasserie de Guinée, a éé arrêté en pleine nuit chez lui, sans savoir pourquoi le 28 décembre 1970.  Il n’en sortira qu’à la fin de juillet 1974. À sa libération, il écrira ce livre.

Cela surprendra de constater que des sacrifices humains avaient cours dans notre pays pendant la pseudo-révolution de Sékou Touré. Mais des sacrifices commis par le tyran lui-même ainsi que par ceux qui gravitaient autour de lui ont été signalés par plusieurs auteurs dont le Président Alpha Condé

C’est de ce livre qui relate son expérience vécue que j’ai extrait ce billet que je vous propose aujourd’hui. 

Le peuple guinéen n’est pas le seul à croire aux gris-gris, porte-bonheur et amulettes auxquels un sorcier a conféré certaines vertus et qui ont pour but d’assurer la bienveillance des dieux.

Lire également: Premiers massacres et sacrifices humains attribués à Sékou Touré et son pouvoir 

Sékou Touré lui-même a tellement peur que ses sujets veuillent se débarrasser de lui et lui jettent un mauvais sort qu’il fait conduire des ânes-fétiches blancs dans les fleuves du pays afin que leur urine ensorcelle l’eau. Cette eau souillée doit rendre inefficaces les imprécations contre sa personne de ceux qui l’utilisent pour leurs ablutions rituelles.

Le bruit court également que Sékou Touré aurait fait une offrande particulière il y a quelques années avant d’effectuer un voyage à l’étranger, par crainte d’un coup d’état en son absence. On raconte qu’il serait allé dans ce but dans l’intérieur du pays et aurait fait immoler une jeune fille. On aurait également trempé dans le sang de la victime le mouchoir que Sékou Touré porte toujours sur lui et qui lui sert d’emblème et de fétiche. C’est avec ce mouchoir “béni” que le Président salue la foule lors de toutes les manifestations.

Cette histoire ne me paraît pas aussi invraisemblable que cela, d’autant plus que les mains de ce dictateur sont souillées du sang de nombreuses victimes. Il se fait appeler “éléphant”, mais le nom de “mamba vert” serait beaucoup plus approprié ; c’est le nom d’un serpent toujours prêt àl’attaque et dont la morsure est mortelle.

Sékou Touré ne quitte le pays que rarement depuis plusieurs années. Sa méfiance et la peur qu’il a d’être renversé par ses adversaires se sont accrues, ses ennemis sont de plus en plus nombreux, mais la peur les condamne au silence. Lorsque, dans les manifestations officielles, la présence d’un membre du gouvernement est nécessaire, Sékou Touré se fait représenter de plus en plus souvent par son frère Ismael Touré;, son beau-frère Keita Seydou ou bien par son “ami”, le Dr. Louis Lansana Béavogui qui occupe le poste de premier ministre mais qui n’est en fait qu’une marionnette. Il a droit à cette faveur parce que sa femme est l’une des nombreuses maîtresses du Président.

La première fois que j’ai entendu parler de ces sacrifices humains, et ce de la bouche même d’un des proches collaborateurs de Sékou Touré, je n’ai pas voulu y croire. Une telle chose me choque et me bouleverse. Mais quand je pense que des innocents meurent à petit feu dans des camps de concentration où ils ont été enfermés pour des délits politiques inventés de toutes pièces, et que cela a pour but de servir d’avertissement àla population guinéenne, ces sacrifices humains peuvent paraître relativement peu barbares.

Les auteurs de ces sacrifices sont des animistes pour lesquels les phénomènes naturels sont des dieux. On les appelait autrefois fétichistes en raison de leur croyance aux fétiches, mais ce terme a quelque chose de méprisant de nos jours. Les animistes ne constituent qu’une partie de la population. Ils craignent en particulier la saison des pluies qui peut s’accompagner de nombreuses catastrophes : les champs sont inondés et les semences emportées par les eaux, les cases détériorées ou balayées par la tempête, les gens et les biens frappés par la foudre. C’est pourquoi les animistes essaient de s’assurer la bienveillance des dieux.

Il faut vraiment être né en Guinée pour comprendre que non seulement les tribus primitives mais aussi les gens “civilisés” continuent à craindre les mauvais esprits et les démons.

Tout le monde sait que les grands dignitaires du régime accomplissent des sacrifices humains à l’intérieur du pays pour s’assurer santé, bonheur et postes plus élevés. Certains, même, ne craignent pas de tuer des membres de leur famille quand ces derniers sont malades ou bien pauvres. Lorsque de tels actes sont découverts, les coupables sont passés en jugement.

De nos jours, tous les hauts dignitaires de ce “Parti-Etat” ont leur Karamoko ou sorcier qui décide de ce qui doit être offert en sacrifice. Je sais, d’après les jugements dont j’ai eu connaissance, qu’on a fusillé des auteurs de sacrifices humains afin de statuer un exemple et détourner la population de tels actes barbares. Cependant, il faudra bien que la Guinée apprenne qu’un peuple ne peut pas se débarrasser de son passé comme d’une vieille chemise, mais que toute communauté doit apprendre à maîtriser ce passé pour en remplacer les aspects maladifs ou mauvais par de meilleurs.

Autrefois, lorsque j’étais scout, j’avais souvent plaisir à observer les animaux dans la nature. Ici, à Boiro, je les observe pour me distraire un peu de la solitude à laquelle je suis condamné. Ainsi, je découvre parfois des salamandres, immobiles au soleil, en quête d’une proie. Dès qu’une mouche ou un autre insecte s’approche, elles le happent avec la langue. Les males ont la tête d’un rouge tirant sur l’orange et le corps bleu foncé, le bout de leur queue est de la même couleur que leur tête. Quand un male fait la cour à une femelle, sa tête devient rouge feu et son corps d’un bleu très soutenu. Les femelles ont le corps gris-vert avec des petites taches oranges sur les cotés.

Parfois aussi, je contemple les magnifiques papillons multicolores qui voltigent près de nos cellules. Ces touches de couleur dansant dans l’air sont un régal pour nos yeux de prisonniers.

Violence maritale

Madame Andrée Touré, femme du Président et ancienne élève d’une école de missionnaires, a eu un jour le courage de dire à son mari :

— Les problèmes de la Guinée peuvent être résolus. Si tu ne t’en sens pas capable, démissionne.

Son mari, furieux, l’a tellement battue que les médecins locaux l’ont fait transporter à l’hôpital national de la République Démocratique Allemande, à Berlin-Est. Sékou Touré a même fait enfermer le fils qu’il a eu avec une de ses maîtresses parce qu’il lui ressemble comme un sosie.

Note

Cette anecdote est confirmée par Portos, Kaké, … [T.S. Bah]

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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