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Droits de l'Homme

« Sékou musulman ? Laissez-moi rire ! » dixit un personnage qui l’a bien connu

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Ce billet est extrait de la contribution de Philippe Aziz intitulé « La Mecque et les pétrodollars » à l’ouvrage collectif publié par Jeune Afrique en 1985 Sékou Touré Ce qu’il fut. Ce qu’il a fait. Ce qu’il faut défaire. L’auteur illustre comment par opportunisme ce type plutôt adepte du  communisme à la soviétique a su utiliser la religion pour endormi le peuple guinéen croyant dans l’âme. Il a poussé le culot jusqu’à envisager de se proclamer « Messie » en 1978, alors que même le prénom Ahmed ne lui fut ajouté que par le Président égyptien Gamal Abdel Nasser en 1962 .

« Sékou musulman ? Laissez-moi rire ! » Le personnage, qui s’exprime ainsi, a bien connu l’ancien président guinéen dès les années cinquante, alors que le futur leader n’était encore que le modeste député de Beyla. « Il ignorait absolument tout de l’Islam et avouait à ses amis d’alors qu’il était incapable de réciter par cœur la Fatiha, que tout bon musulman se doit de connaître, ajoute notre témoin. Non, s’il a été, enfant, à l’école coranique comme tout fils de musulman ou guinéen, le Coran n’a jamais été son livre de chevet. A l’école, je le voyais plongé plutôt dans la lecture de Marx ou dEngels. Franchement, le brusque retour de Sékou aux saints préceptes de l’islam m’a toujours paru suspect et dicté surtout par l’attrait des pétrodollars… »

Et il est vrai que la totale adhésion de Sékou, surtout à partir de 1975, à la loi islamique a surpris tout le monde. Fasciné par la doctrine marxiste dès son plus jeune âge, formé, dans le domaine syndical, par les cadres de la C.G.T. (Confédération générale du travail), « courroie de transmission » du Parti communiste français en milieu ouvrier, Sékou est demeuré longtemps fidèle à ses convictions de jeunesse: après son accession au pouvoir suprême en 1958, Sékou fait en 1960 de la Guinée une « République populaire », qui semble faire référence au modèle soviétique, même si l’alliance privilégiée avec le Kremlin résulte moins d’un choix idéologique que d’une sorte de fatalité. On sait d’ailleurs que cette alliance, comme la coopération qu’elle comportait, devait très tôt se solder par un retentissant échec politique et économique. Alors amer et déçu, Sékou se détourne de Moscou et s’oriente vers Washington, vers Le Caire puis vers La Mecque, abandonnant la faucille et le marteau pour le drapeau vert de l’Islam….

La Guinée est un pays musulman depuis des siècles, l’immense majorité du peuple est fidèle à sa religion et le modèle soviétique n’est pas particulièrement générateur de prospérité. En revenant au sein du giron musulman — dans sa composante arabe —, Sékou serait doublement gagnant: avec une aide substantielle des pays pétroliers, la Guinée aurait une chance de réactiver une économie délabrée, elle en aurait une plus grande encore de sortir de son isolement international.

Aussi, entre les deux chocs pétroliers des années soixante-dix, l’Islam devient religion d’Etat. En 1978, chacune des trente-quatre régions administratives est dotée d’un conseil islamique chargé d’appliquer, en matière judiciaire, les principes coraniques. Et, pour bien montrer l’intérêt exceptionnel qu’il attache à cette nouvelle institution, Sékou charge la direction nationale du Parti démocratique de Guinée de veiller à la désignation des douze membres de chaque conseil islamique; tous, insiste le chef d’Etat guinéen, doivent être d’excellents musulmans aux mœurs irréprochables, susceptibles d’être proposés en exemples à leurs citoyens. Le conseil est présidé par l’imam qui conduit la prière dans la plus grande mosquée de la ville. Sékou Touré donne même le rang de ministre à l’imam qui préside le Conseil islamique national.

Il faut dire que les religieux, investis d’un tel pouvoir judiciaire, loin de décevoir le leader guinéen, donnent la mesure de leur propre intransigeance. A Mamou, ville du Centre, quatre étudiants sont arrêtés et déférés devant le Conseil islamique : ils sont accusés d’usage de stupéfiants ainsi que du viol et du meurtre d’une jeune fille. Après une demi-heure de délibération, les juges condamnent à mort les quatre délinquants qui sont aussitôt exécutés sur la place publique, en présence d’une foule immense. Le soir même, le président prend la parole à la radio, raconte l’affaire des quatre étudiants et incite la population à « vivre désormais comme les premiers compagnons du prophète Mohammed ».

Son discours en malinké est émaillé de citations coraniques destinées à étayer ses propos et, surtout à capter la confiance des Guinéens qui, il est vrai, sont un des peuples les plus profondément musulmans d’Afrique de l’Ouest.

« C’est un manipulateur très habile, dit un autre témoin qui a souvent entendu, à la radio, les causeries coraniques de Sékou Touré. Il a très vite compris l’immense avantage politique qu’il pouvait tirer de ses professions de foi. Et l’opposition guinéenne n’a probablement pas perçu cette dimension du personnage qui renforçait son image aux yeux du peuple, malgré tous ses crimes, malgré les disparitions, malgré le Camp Boiro.

Ce sont les dirigeants arabo-musulmans qui ont, en quelque sorte, sacralisé le mythe Sékou Touré en le présentant comme un fervent musulman. C’est Nasser le premier qui, lors d’une visite au Caire en 1962 du leader guinéen, a conféré à son hôte le prénom de Ahmed (Sékou ne voulant rien dire d’autre que cheikh). En conférence publique, il l’appela donc Ahmed cheikh Touré. Ce jour là Nasser lui a rendu un signalé service. Comment s’étonner alors de voir les gens âgés et pieux adresser de véritables bénédictions au guide bien aimé du peuple. Et l’opposition n’a pas consacré assez d’efforts pour mettre à nu cette imposture religieuse: peut-être était-ce difficile dans un pays aussi fortement attaché à l’Islam! »

Outre les conseils islamiques, Sékou Touré va s’attacher à permettre aux Guinéens qui soutiennent son régime de faire un pèlerinage annuel à La Mecque. A cette occasion, Air-Guinée, qui n’assure habituellement aucun vol sur les réseaux extérieurs, organise des vols spéciaux sur Jeddah pour transporter les pèlerins. Malgré la pénurie de devises, le gouvernement s’arrange pour offrir ce pèlerinage au maximum de gens. Et comme le nombre de places est très limité, il faut s’inscrire longtemps à l’avance, parfois plusieurs années. Sékou en a d’ailleurs profité pour résoudre en partie le problème du ravitaillement des villes en exigeant le paiement des frais de pèlerinage… en nature (bétail, denrées agricoles).

Bien que ces frais soient très élevés (environ 100 000 sylis, soit près d’un million de F CFA), les candidats avaient recours à tous les moyens pour faire le voyage à La Mecque.

Pour donner l’exemple, le « responsable suprême » a lui-même fait le pèlerinage une dizaine de fois. « L’Islam, explique-t-il à la radio, est la plus belle et la plus universelle religion du monde, et ceux qui la pratiquent seront toujours à l’abri des épreuves ». Souvent, lors de ses déplacements en province, il arrête le cortège officiel en pleine campagne pour accomplir sa prière, en invitant ceux qui l’accompagnent à faire de même.

Il apprécie également ceux qui psalmodient bien le Coran. De nombreux Guinéens connaissent l’histoire de cet opposant enfermé au Camp Boiro que Sékou sauva… à cause de sa belle voix : il devint son maître en psalmodie ! Même sa femme, Madame Andrée, n’échappera pas à cette fureur intégriste : métis, née de mère guinéenne et de père français, elle sera contrainte d’abandonner sa foi chrétienne pour devenir musulmane sous le nom de « Hadja Andrée », après un pèlerinage à La Mecque.

Lors des prières du vendredi ou des grandes fêtes musulmanes, Sékou Touré, toujours soucieux d’impressionner les foules, fait venir à Conakry les imams les plus prestigieux d’Arabie saoudite, comme ceux de Médine ou de La Mecque, qui sont alors reçus dans la capitale avec un faste inouï. A cet égard, Sékou Touré a déployé tous ses efforts pour faire de Conakry la « capitale de l’islam noir », selon sa propre expression. Pour cela, il fait appel aux souverains saoudiens et marocains pour l’aider à édifier une grande mosquée. Le roi Fahd consacre à cette oeuvre pieuse 25 millions de dollars (12 milliards de FCFA) et Hassan II envoie à Conakry ses meilleurs architectes et maîtres d’œuvre.

Durant les travaux, le « Grand Syli » vient souvent sur le chantier stimuler l’ardeur des maçons, en exhibant sous leurs yeux des photos en couleur de la superbe mosquée de Cordoue (Espagne) achevée en 785 par l’émir Omeyyade Abd-er-Rahman et l’un des plus beaux joyaux de l’architecture musulmane.

Ce n’est pas pour rien : « Je veux, dit-il, que la mosquée de Conakry soit aussi belle que celle de Cordoue. » Et il faut reconnaître qu’aujourd’hui, cette mosquée, la plus importante d’Afrique de l’Ouest, n’est pas sans ressembler, par bien des côtés, à son prestigieux modèle: aucun visiteur de marque et aucun chef d’Etat n’a échappé à la visite rituelle de ce « monument éternel élevé, sur le sol africain, à la gloire de l’Islam ».

Sékou Touré poussera la ferveur religieuse jusqu’à imposer aux Guinéens la stricte observance des principes de l’islam : jeûne de Ramadan, accomplissement des cinq prières quotidiennes, prohibition de l’alcool, interdiction de consommer de la viande de porc, sanction très sévère de l’adultère. Ainsi, une jeune femme, convaincue d’avoir trompé son mari, un fonctionnaire des impôts, avec son jeune voisin, a été lapidée en 1981 près de Gaoual, au nord-ouest du pays, et son amant fusillé en public. Deux couples, pour avoir rompu le jeûne, reçoivent cent coups de fouet sur la plante des pieds, au milieu de la foule, à Kissidougou.

Sans doute emporté par son élan, Sékou Touré a même envisagé le plus sérieusement du monde en 1978 de se proclamer « Messie », renouant ainsi avec une vieille tradition africaine: on sait, en effet, qu’au cours des siècles certains chefs coutumiers, se sont érigés en « mahdis » ou en « prophètes ». Et il faudra l’intervention énergique de son ami le roi Fahd d’Arabie, wahabite peu sensible à ce type de comportement religieux, pour que le « Grand Syli » renonce à sa vocation messianique !

Ces excès n’empêchent pourtant pas le roi Fahd et les institutions financières arabes d’apporter au dictateur de Conakry une aide substantielle de 1974 à 1982. La BADEA (Banque arabe pour le développement en Afrique) et autres fonds arabes se sont engagés en faveur de la Guinée pour 743 millions de dollars, ce qui met ce pays au premier rang des bénéficiaires africains de l’aide arabe, devant le Sénégal (583 millions).

En outre, grâce au patronage saoudien, Sékou Touré participe aux activités de l’OCI (Organisation de la conférence islamique), obtient la vice-présidence du comité Al-Qods (Jérusalem) et la présidence, en 1981, du Comité islamique des bons offices entre l’Irak et l’Iran. Le « Grand Syli » est accueilli chaleureusement dans les capitales arabo-musulmanes »: lui qui, pendant près d’une décennie, n’a pratiquement pas quitté son pays, on le voit partout, de Tunis à Damas, de Baghdad à Téhéran, de Rabat à La Mecque, tenant d’interminables discours pour glorifier l’Islam, stigmatiser le sionisme israélien et appeler les fidèles à soutenir la cause palestinienne.

Tout ce qui peut, aux yeux de Sékou, être contraire à l’esprit du Coran est violemment combattu ; par exemple… l’assurance-vie ! Selon le « Responsable suprême », il s’agit là d’une grave infraction à l’Islam, comme il l’explique lors d’un discours prononcé à Conakry, le 13 octobre 1981, à l’occasion de la visite du prince Mohamed al-Fayçal al-Saoud : « Nous avons adopté le système islamique et nous voulons le traduire concrètement dans les faits. S’agissant de l’assurance-vie, nous affirmons que seul Dieu est créateur de la vie, donc Dieu seul assure la vie d’un homme ! C’est une aberration qu’une institution se prétende capable d’assurer la vie. C’est une hérésie, une rébellion contre Dieu que nous ne saurions tolérer. »

S’il semble avoir convaincu une partie de son peuple, le tyran de Conakry n’a guère emporté l’adhésion de ses ennemis — même musulmans — pour qui ses « simagrées islamiques » n’étaient qu’une forme d’opportunisme destiné à drainer vers la Guinée une part du pactole arabe.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Somalie : Les journalistes affirment que la nouvelle loi sur les médias musèlera la liberté de la presse

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[Sauf mention contraire, tous les articles renvoient vers de pages en anglais, ndt]

Avec l’adoption récente d’un projet de loi controversé sur les médias par le président somalien Mohamed Abdullahi Farmjo, les professionnel.le.s des médias s’inquiètent du sort qui pourrait être réservé aux journalistes qui luttent déjà dans un environnement médiatique hostile.

Le projet de loi, promulgué le 26 août, contient 41 articles sur les médias et la manière dont ils doivent mener leur travail. La loi restreindra le travail des professionnel.le.s des médias et donnera à l’État un pouvoir illimité sur le monde du journalisme.

Pourquoi la société civile et les médias crient-ils au scandale à propos de ce projet de loi ?

Selon Abdalla Mumin, secrétaire général du Syndicat des journalistes somaliens, un groupe de défense des droits de la presse, la loi sur les médias récemment adoptée placera la presse sous le contrôle direct du gouvernement comme si tous les médias étaient des médias d’État. Cela viole la constitution et ouvre la voie à un environnement plus restrictif dans lequel le journalisme devient un crime.

Il a écrit un tweet passionné sur la question en août après l’adoption du projet de loi :

Quand vous arrachez la langue d’un homme, vous ne prouvez pas qu’il est menteur, vous montrez seulement au monde que vous craignez ce qu’il pourrait dire.

— GEORGE R. R. MARTIN, A Clash of Kings pic.twitter.com/GsGRrPpxw2

— Abdalle Ahmed Mumin (@Cabdalleaxmed) 28 août 2020

Le projet de loi sur les médias prévoit que le gouvernement délivrera des licences aux journalistes et pourra les retirer à tout moment, pour quelque raison que ce soit, si le journaliste est jugé trop critique. C’est le ministère de l’Information qui accrédite les journalistes plutôt qu’une association de presse ou des organisations de médias indépendantes et non gouvernementales.

La loi permet clairement à l’État de contrôler et de diriger les professionnel.le.s des médias, qu’il.elle.s travaillent pour les médias d’État ou autre. Cela les prend en otage et compromet leur impartialité. Les États autoritaires sont les seuls gouvernements où les travailleurs des médias demandent des licences et une accréditation du gouvernement.

En août, le patron de la presse Abdinur Mohamed Ahmed a déclaré dans une interview accordée à BBC Somali que 16 articles avaient été omis du projet de loi et que d’autres avaient été modifiés. Mais les associations de médias dénoncent toujours le projet de loi qu’elles jugent oppressant.

L’ancien président somalien Hassan Sheikh a initialement signé le projet de loi controversé en 2016, et depuis lors, les associations de médias et les groupes de la société civile ont mené des campagnes pour la changer en raison de sa nature draconienne. Des progrès ont été réalisés lorsque le président actuel est arrivé au pouvoir et a ordonné une révision de la loi, mais cette révision à elle seule n’a pas répondu aux demandes des professionnels des médias et des défenseurs des droits civils.

Lire également : Les espoirs de trois journalistes somaliens sur Lesbos : l’asile en Europe

La Somalie copie les états dictatoriaux où la liberté de la presse est inexistante

Le 31 août, l’ancien ministre de l’Information Mohamed Abdi Hayir a fait remarquer que la Somalie n’était pas le seul pays où le gouvernement délivre des licences aux médias, lors d’un talk-show animé par Universal TV (une chaîne de télévision par satellite somalienne). En réponse, le secrétaire du syndicat des journalistes somaliens, M. Mumin, s’en est pris au ministre de l’Information, l’accusant de copier des États dictatoriaux où la liberté de la presse est inexistante.

La communauté des médias somaliens proteste également contre l’appel du projet de loi à la la formation d’un conseil, dans lequel le gouvernement aurait un pouvoir hégémonique sans précédent sur toutes les associations de médias.

Le conseil composé de neuf membres, dont trois issus de médias indépendants, trois de la société civile et trois du gouvernement, aura le dernier mot sur la responsabilisation des professionnel.le.s des médiasIl examinera également les plaintes déposées contre les médias et prendra des décisions concernant les retraits de licence des maisons de presse. Mais les organisations de médias considèrent ce conseil comme un outil de «censure» et craignent qu’ avant les prochaines élections en Somalie, cela ne pose problème pour les voix dissidentes.

Les médias somaliens sont florissants malgré des défis constants.

La Somalie, un des endroits les plus dangereux pour un journaliste

Selon l’indice d’impunité du Comité pour la protection des journalistes, la Somalie est l’un des pays les plus dangereux pour un journaliste. Le CPJ affirme que 26 meurtres de journalistes n’ont toujours pas été résolus. Bien que le nombre de meurtres ait diminué, le harcèlement des autorités persiste sous la forme de détentions illégales, d’arrestations arbitraires et de refus d’accès à l’information.

Certains professionnels des médias somaliens ont payé le prix ultime pour leur profession. De 2017 à 2020, 11 journalistes ont été tués et les auteurs de ces crimes n’ont pas encore eu à répondre de leurs actes. Cette culture d’impunité crée un environnement où les journalistes craignent pour leur sécurité et hésitent donc à faire des reportages.

Onze journalistes ont été tués dans le pays au cours des quatre dernières années : 3 en 2017; 4 en 2018; 2 en 2019 et 2 en 2020, faisant du pays l’un des endroits les plus dangereux au monde pour les journalistes.

— Somali Media Association- SOMA (@SomaliMedia13) 3 novembre 2020

Les journalistes sont également confrontés au risque de détention arbitraire, soit en raison de publications critiques sur Facebook, soit en raison d’interviews que les autorités n’approuvent pas.

La dernière victime d’une répression gouvernementale contre les médias est Abdullahi Kulmiye Addow, journaliste radio qui a interviewé un homme d’affaires à tendance islamiste qui critique le gouvernement somalien et les soldats de la paix de l’Union africaine. Après que la station de radio de M. Addow ait publié une bande-annonce pour l’interview, des agents de l’agence nationale de renseignement et de sécurité somalienne ont perquisitionné son domicile dans la nuit du 18 octobre et l’ont gardé à leur siège pendant cinq jours. Il a ensuite été libéré lorsque sa station de radio a accepté de ne pas diffuser l’interview complète en échange de sa libération.

Le rédacteur en chef Abdul Aziz Gurbiye, de Goobjoog media, une maison de presse privée, a été arrêté le 14 avril pour une publication sur Facebook dans laquelle il affirmait que le président somalien Mohamed Abdullahi Farmajo s’était approprié un ventilateur COVID-19 destiné à un usage public. Cinq jours plus tard, il a été libéré sous caution. Après deux mois de va-et-vient, une bataille judiciaire s’en est suivie qui s’est terminée par un verdict de culpabilité, et M. Gurbiye a été accusé d’avoir diffusé de fausses informations et d’avoir offensé l’honneur du président. Il a été condamné à six mois de prison, mais a été autorisé à payer une amende de 200 dollars au lieu de l’emprisonnement.

Les associations de presse et les propriétaires de médias se sont réunis pour mettre le gouvernement en garde contre l’application de la loi sur les médias. Ils affirment qu’Osman Dubbe, le nouveau ministre de l’Information, recherche le soutien de la communauté internationale et qu’il a envoyé une lettre de sollicitation à des donateurs potentiels le 7 novembre pour soutenir la mise en œuvre de la loi.

Le 18 novembre, les associations de médias ont invité M. Dubbe à venir à une table des négociations pour un examen approfondi du projet de loi.

Lors de la conférence consultative des journalistes qui s’est tenue aujourd’hui à #Mogadiscio, nous avons conjointement fait part de nos inquiétudes face aux tentatives du nouveau ministre de l’information de mettre en œuvre à la hâte la draconienne #Loi somalienne sur les médias, la sécurité des journalistes en activité & dénoncé la montée des menaces contre la presse.

Depuis la chute du régime militaire en 1991, le paysage médiatique est passé d’un seul média d’État à plusieurs. Mais avec les vestiges de l’ancienne loi draconienne encore existants et appliqués, tous les gains réalisés peuvent être vains.

Les associations de médias et les groupes de la société civile ont vivement protesté contre l’imposition de cette loi qui entravera la liberté de la presse et réduira un espace politique déjà rétréci. Sans presse libre, la justice disparaît et l’autoritarisme prend le dessus.

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Ce billet billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par le journaliste somalien Mohamed Adan Ishak pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 28 décembre 2020.

 

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Gouvernance rwandaise pendant la pandémie : le temps de l’introspection

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Note de la rédaction : Cet article a été initialement publié par Louis Gitinwya sur le blog du Friedrich Ebert Stiftung (en anglais et en français). Une version légèrement modifiée est reproduite ici avec l’autorisation de l’auteur. 

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndt.]

Après la désignation par l’Organisation Mondiale de Santé (OMS) du coronavirus (SARS-CoV-2) en tant que pandémie mondiale, le Rwanda était le premier pays d’Afrique à entrer dans une phase de confinement. Le 23 mars, le gouvernement a ordonné un confinement strict, restreignant les voyages et fermant les universités afin de réduire la propagation du virus dans le pays. Depuis lors, il y a eu 7 970 cas confirmés de COVID-19, avec 74 décès et 6 289 cas de guérison au Rwanda, selon l’Université Johns Hopkins.

Le modèle de gouvernance du Rwanda est construit sur deux modèles concurrents : parallèlement à l’histoire de l’« enfant chéri de l’aide », le pays est généralement considéré comme un exemple réussi de développement en Afrique. C’est également un État autoritaire basé sur un pouvoir économique et politique étroitement centralisé au sein du parti au pouvoir, le FPR (Front patriotique rwandais), qui contrôle l’appareil de sécurité de l’État et possède les principales entreprises du pays. Ce modèle de gouvernance a fondé sa légitimité sur le progrès socio-économique rapide du pays.

Certains commentateurs politiques suggèrent à juste titre d’utiliser l’épidémie comme barème pour tester la nature et la qualité de nos institutions. Et le point de départ évident est d’examiner les forces et faiblesses de l’appareil d’État et la façon dont le pouvoir répond aux besoins du peuple.

Peu de temps après que le gouvernement ait annoncé un confinement à l’échelle nationale, les citoyens se sont tournés vers les médias sociaux, plus particulièrement vers les Rwandais sur Twitter (surnommés RWoT), exhortant le gouvernement à fournir des secours alimentaires d’urgence aux familles les plus vulnérables et à mettre en œuvre des mesures économiques palliatives dès que possible.

Cette subvention de 12 millions de dollars de l’ADEPR atteindra-t-elle les pauvres touchés par le #COVID19 ? Ou sera-t-elle spoliée aux villageois et aux chefs des communautés, comme ce fut le cas lors du dernier épisode en date dans presque tout le district de Gasabo  ? Que manque-t-il à ce programme ?

En outre, il est important de comprendre le contexte national où l’on ne voit pas souvent les Rwandais critiquer publiquement l’État ; en particulier sur les réseaux sociaux en raison de la réticence du régime à tolérer les critiques. Souvent, les gens ont peur d’exprimer leurs préoccupations à cause de la répression étatique et de l’utilisation de son pouvoir coercitif.

Certains citoyens sont allés loin en demandant plus de transparence sur la gestion du « Fonds Agaciro » (Agaciro, qui signifie « dignité » en kinyarwanda, est essentiellement un fonds fiduciaire national). Les Rwandais se demandent aussi pourquoi le gouvernement n’a pas encore décidé d’utiliser une partie de ses propres fonds pour atténuer les effets socio-économiques de cette crise plutôt que de demander à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international des plans de sauvetage et des prêts.

En raison du confinement de 6 semaines au #Rwanda à la suite de la pandémie de #Covid19, les approvisionnements alimentaires sont le besoin le plus urgent pour les pauvres et les nécessiteux. Solace Ministries essaie de soutenir ses bénéficiaires avec une aide alimentaire. Pour en savoir plus, accédez à https://t.co/BsoqoXcodp.

Les citoyens s’inspirent du monde extérieur pour savoir comment d’autres pays ont réagi aux effets économiques de cette crise. Par ailleurs, il est essentiel de comprendre le réveil soudain des citoyens, en particulier dans un contexte d’une nation où les opinions officielles du gouvernement dominent les médias nationaux, avec une liberté d’expression limitée couplée d’une société civile très affaiblie.

Quand bien même le produit national brut ait oscillé autour de 7% [fr] au cours de la dernière décennie, la majorité des Rwandais, pour la plupart jeunes et instruits, restent pauvres, sans emploi et en situation de précarité financière. En revanche, on observe une expression forte et croissante des frustrations des citoyens, en particulier dans les zones urbaines, envers le discours officiel sur le développement et le progrès socio-économique du pays.

Pendant ce temps, les États membres voisins de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) comme le Kenya ont déjà annoncé des plans de relance économique pour faire face à l’impact économique dévastateur de l’épidémie de coronavirus. L’Ouganda, également, a déjà demandé [pdf] un budget supplémentaire de 284 milliards de shillings ougandais (environ 75 millions USD) pour lutter contre l’épidémie de COVID-19 et ses effets. Pour sa part, le Rwanda a annoncé une stratégie globale d’atténuation économique pour aider les entreprises et le secteur privé à faire face aux effets économiques de cette crise, bien que les détails de ce plan ne soient pas encore rendus publics et que neuf mois plus tard, le secteur privé n’ait pas reçu un centime.

Plusieurs mois après la mise en œuvre de la décision de confinement, le gouvernement est resté muet sur la demande des citoyens en matière d’aide alimentaire ; en particulier sur les controverses qui ont émergé dans les médias locaux dénonçant le fait que les autorités ont accordé si peu ou pas de soutien aux familles vulnérables.

Fait intéressant, cette crise a mis en lumière les frictions politiques croissantes au sein du gouvernement, compte tenu des récents limogeages du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Patrick Nyamvumba, et du ministre d’État au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération est-africaine, l’ambassadeur Oliver Nduhungirehe. On peut donc affirmer que ces turbulences illustrent l’absence d’une stratégie claire du gouvernement pour faire face à cette crise. Officiellement, les deux ministres ont été limogés pour avoir menti au chef de l’État, pour négligence et pour avoir constamment agi en fonction de leurs opinions personnelles plutôt que de mettre en œuvre des politiques nationales dans le cadre de leurs rôles respectifs.

Aujourd’hui, il semble qu’à travers cette pandémie, le mythe d’un État organisé et efficace soit brisé.

Avec cette crise pandémique, des questions se posent sur la maturité et la légitimité de notre modèle de gouvernance. Un modèle autoritaire de développement est-il efficace ou non pour absorber les inégalités sociales et les conflits ? Malgré son hégémonie, le modèle politique actuel reste vulnérable.

À la lumière de la frustration croissante d’une population qui souffre déjà de difficultés diverses, notamment le chômage et la pauvreté, il est clair que la réticence du régime à tolérer la critique peut compromettre la longévité de son modèle.

Le plein potentiel perturbateur de la crise du coronavirus prendra des mois, voire des années, pour se révéler. En attendant, et si cela vous préoccupe, alors il pourrait être utile de réfléchir à la façon dont cette épidémie pourrait éventuellement changer notre société pour le mieux.

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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par Louis Gitinwya pour le blog du Friedrich Ebert Stiftung (en anglais et en français). Le réseau globalvoices.org l’a repris et publié le 31 décembre 2020

Louis Gitinwya est un avocat rwandais, membre du Media Defence East African Lawyers Network, une ONG basée au Royaume-Uni.

Il a été.

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Camp Boiro

Une exécution publique aura lieu ce matin à Boulbinet

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Source: Wikipedia

Revu et corrigé le 15 janvier 2021

Mahmoud Bah (né en 1940 à Labé) auteur du livre Construire la Guinée après Sékou Touré, d’où ce texte a été extrait, est un technicien dans l’industrie agro-alimentaire et enseignant. Après l’arrestation de son frère, Ibrahima Kaba Bah, lors d’une grève des enseignants en Guinée, Bah a cherché l’exil, d’abord à Dakar, puis en France. Mais fatigué de l’exil, à partir de Dakar il rejoint Conakry en 1979. Dès son arrivée il est arrêté et interné au camp de concentration Boiro. Malgré l’intervention en sa faveur de la Ligue française des Droits de l’Homme et d’Amnesty International ce n’est qu’à la mort du dictateur Sékou Touré et le coup d’état des  militaires qu’il sera libéré, le 3 avril 1984. Il rentre alors en France et reprend son enseignement au lycée jusqu’à sa retraite en 2005 .

Une dictature à visages multiples étouffe la concorde nationale qui a permis d’obtenir l’indépendance, confisque brutalement en quelques mois toutes les libertés fondamentales, enserre les populations dans un vaste réseau de polices occultes et parallèles, arrête, emprisonne et liquide des milliers de paysans, ouvriers, intellectuels et cadres. Finalement, ce régime qui se disait révolutionnaire se révèle particulièrement rétrograde et brise les ressorts de la vie économique et sociale d’un pays où les gens ne demandaient qu’à travailler et à vivre en paix.

Janvier 1959: Premières exécutions publiques

Le lycée de Donka s’est agrandi au fil des ans, occupant maintenant les deux tiers de la plaine de Donka. En ces premiers mois d’indépendance, le complexe scolaire groupe une vingtaine de bâtiments. Les élèves sont internes à 90%. Ils sont nourris, logés et habillés correctement. Quelque 2500 élèves suivent les cours du Lycée Technique, du Lycée classique et moderne ainsi que du Centre d’apprentissage.
Ce matin de janvier 1959, les élèves du Lycée prennent leur petit-déjeuner dans le grand réfectoire. Arrive un messager qui monte sur une chaise, au milieu de la salle, et demande le silence.
— Je vais vous lire un communiqué du Comité PDG de Donka, annonce-t-il.
Silence complet. Et l’homme poursuit:
— Une exécution publique aura lieu ce matin à Boulbinet. Des hommes indignes de la Nation se sont rendus coupables de vol après avoir été graciés en octobre dernier par le Président. Les élèves, comme tous les militants de notre Parti, doivent assister au châtiment suprême que le Parti infligera à tous les fauteurs de troubles.
L’homme s’en va et les élèves avalent dans un lourd silence la déclaration qu’ils viennent d’entendre.
Une heure après, trois cars s’arrêtent devant la salle de permanence du Lycée. Quelque cent cinquante élèves y prennent place, des élèves du second cycle.
A Boulbinet un des quartiers de la presqu’île de Tombo (Conakry), il y a foule: hommes et femmes de tous âges. Un condamné est attaché à un poteau. Ses yeux sont bandés. Il fait dos à la mer. J’apprendrai quelques minutes plus tard qu’il s’appelle Chérif Camara.
Un peloton d’exécution est là, l’arme au pied. Un homme s’avance, lit une sentence puis le Chef du peloton lance les ordres. Un bruit sec et la tête du condamné tombe sur son épaule. Le Chef du peloton s’avance à quelques pas du condamné, arme son pistolet et donne trois coups de grâce. Le sang coule à flots jusqu’à terre. Les soldats détachent le cadavre, le recouvrent d’un linge et le jettent dans un camion.
Le Chef de Peloton déclare:
— Mission accomplie.
On voit alors des jeunes et des vieux pleurer et perdre connaissance. C’est la première fois qu’ils subissent une telle scène. Un jeune homme crie:
— Pourquoi nous oblige-t-on à voir ça?
Pas de réponse. Chacun s’en va, hébété, abasourdi. On se disperse dans la tourmente.
Renseignements pris, le condamné avait volé des bananes en plein marché de Conakry alors qu’il venait d’être gracié. Deux autres exécutions pour les mêmes raisons ont eu lieu à Kindia (Samba Diallo fusillé) et à Friguiagbé

L’année 1959 démarre ainsi sous le signe du sang et de la liquidation physique. Pour ceux qui pensent que le décompte des morts s’est arrêté au lendemain du référendum, la désillusion est arrière. La peur revient par la volonté du Président.
Fidèle à ses méthodes d’action de masse, le PDG, devenu Parti Unique de la Guinée, implante partout des Comités de Quartier.
Partout on entend, on affiche un mot d’ordre: « Reconversion ». Tout est prétexte pour les agents du Parti, à parler de « reconversion », à accuser tel ou tel de ne pas être « reconverti ».
Cela signifie en fait que tout le monde, sans exception, doit intégrer le Parti et obéir aux ordres du Parti.

Dissolution du mouvement étudiant
Création de la Jeunesse du Parti

Dès février 1959, le Gouvernement annonce la tenue prochaine d’un important Congrès, le Congrès constitutif de la Jeunesse du Rassemblement Démocratique Africain (JRDA). Ce Congrès devra consacrer l’unification de toutes les Organisations de Jeunes existant dans le pays, quels que soient leurs buts et leurs activités.
Apprenant cela, les étudiants guinéens, organisés au sein de l’Union Générale des Elèves et Etudiants de Guinée (UGEEG), décident de tenir un Congrès pour définir leur place et leur rôle dans la JRDA naissante.
A la Délégation de l’UGEEG venue demander à Saïfoulaye Diallo, Secrétaire politique du PDG, l’autorisation de tenir un Congrès, Saïfoulaye répond:
— « Vous pouvez tenir votre Congrès entre ciel et terre si vous voulez, mais pas en Territoire guinéen »…
Il est donc clair que les étudiants n’ont plus droit à la parole, eux qui ont été, durant les années 40 et 50, les porte-drapeaux de l’éveil socioculturel et de la lutte anticoloniale en Guinée.
De ce point de vue, force est de constater que le régime colonial tolérait la liberté d’expression alors que le PDG l’interdit purement et simplement.
Le coup n’est pas moins dur que les exécutions de janvier. Adieu liberté d’association, de réunion, d’expression !

Le 26 mars 1959, avec tout le cérémonial que le Parti est capable de déployer, la JRDA est constituée. Désormais, il n’y a plus d’UGEEG, plus d’Association socioculturelle régionale ou nationale, plus de club sports-loisirs, mais des Comités JRDA partout, à l’instar des Comités du Parti et des Comités de Femmes.
Il est précisé aux étudiants guinéens à l’étranger (Europe, Afrique, Amérique, Asie) que toutes leurs activités doivent être supervisées par le Parti; qu’ils ne doivent pas, par exemple, se marier à l’extérieur sans le consentement du Parti, faire des déclarations ou des publications sans en référer au Parti…
Les étudiants, qui avaient une solide tradition de lutte pour les Droits et les Libertés de l’Homme, ne peuvent se résigner à un rôle de « béni-oui-oui ». Ils entendent participer pleinement à tout ce qui fait la vie du peuple guinéen.
C’est alors que commence une longue guerre entre le pouvoir et les étudiants.
L’intégration de la Jeunesse au sein du Parti ayant été consommée, l’imagination intarissable de Sékou Touré lance un autre mot d’ordre…

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Droits de l'Homme

Une nouvelle taxe sur les appareils mobiles menace l’inclusion numérique en République démocratique du Congo

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Photo de Pixabay.

En septembre 2020, le gouvernement congolais, par l’intermédiaire du ministre des Postes, des Télécommunications et des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, a annoncé la mise en place du Registre des Appareils Mobiles (RAM). 

Dans cette annonce, le ministre a exprimé sa grande confiance dans le fait que le registre serait un outil essentiel pour la protection des utilisateurs congolais d’appareils mobiles :

Nous sommes heureux de mettre en œuvre le RAM. Cette base de données nous permettra de limiter le marché des appareils mobiles contrefaits, de lutter contre le vol d’appareils mobiles et d’améliorer la qualité du réseau de téléphonie mobile en bloquant les appareils non conformes aux normes internationales.

Avec ce nouveau registre, tous les appareils mobiles sur le territoire congolais doivent payer une redevance mensuelle allant de l’équivalent de 0,17 USD pour les appareils 2G à plus de 1,17 USD pour les appareils 3G et 4G sur une période de six mois.

Selon le site datareportal [en] le nombre de connexions mobiles en République démocratique du Congo a augmenté de près d’un million entre 2019 et 2020. Les organisations de la société civile ont exprimé des craintes de voir cette tendance s’inverser en raison de la mise en place de cette nouvelle taxe sur les appareils mobiles.

«Ce décret vient ainsi ajouter une 6e taxe aux cinq autres dont bénéficie déjà l’Autorité de régulation des postes et télécommunications du Congo qu’elle prélève sur les opérateurs de son secteur», déclaré l’organisation à but non lucratif Rudi International dans un communiqué condamnant la RAM.

GSMA [en] une organisation internationale représentant les intérêts des entreprises de téléphonie mobile, avait proposé au gouvernement, par l’intermédiaire du ministre en charge des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, un système gratuit qui n’aurait eu aucun impact sur le coût d’utilisation d’un appareil mobile dans le pays.

GSMA a même présenté au gouvernement congolais des méthodes de financement alternatives basées sur les modèles adoptés dans d’autres pays sub-sahariens, qui utilisent une combinaison de réglementation et d’un cadre juridique pour empêcher la falsification et la vente d’appareils mobiles volés ou contrefaits.

Une étude réalisée par le cabinet Ernst & Young dans le cadre d’une analyse des bénéfices potentiels d’une structure fiscale plus efficace pour le secteur de la téléphonie mobile en RDC, a conclu que la fiscalité était également un frein à l’inclusion numérique en République démocratique du Congo.

«Au lieu de faire des efforts pour renforcer le taux de pénétration de la téléphonie mobile dans le pays, cette taxe n’aura que l’effet inverse car les téléphones deviendront beaucoup plus chers sur le marché», a déclaré Rudi International dans son communiqué critiquant la taxe. Selon l’organisation à but non lucratif, la RAM devrait simplement être suspendue.

Le Collectif 24 a également déclaré qu’une taxe sur les appareils mobiles porterait un coup dur à la liberté d’expression et au droit d’accès à l’information :

La mise en place de cette nouvelle taxe, ne fera que réduire le nombre d’utilisateurs des télécommunications en RDC et contribuera à renforcer le fossé numérique. En effet, l’accès aux services des télécommunications deviendra de plus en plus cher pour le paisible citoyen déjà touché par la crise économique actuelle. La mise en place de ce service aura une incidence négative pour les opérateurs de la téléphonie mobile, car leur chiffre d’affaires connaîtra une baisse sensible avec la réduction du nombre des abonnés. Le secteur risquerait de subir une stagnation avec notamment la réduction des investissements. Ce qui ne manquera pas également de toucher négativement le PIB national.

Évoquant la violation du principe universel consacré à l’article 4 point 30 de la loi-cadre du 16 octobre 2002 [pdf] relative aux télécommunications en République démocratique du Congo, le député national Auguy Kalonji a approché le Premier ministre avec la requête que la taxe sur les appareils mobiles soit annulée :

L’esprit du principe du service universel oblige les pouvoirs publics à fournir à la population des services de communication électronique à un prix abordable, quelle que soit sa situation géographique sur le territoire national.
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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit pour globalvoices.org par Providence Baraka informaticien travaillant sur les droits humains numériques et les questions liées à la gouvernance de l’Internet en RD Congo et au-delà du continent africain.
Le billet a été publié sur globalvoices.org le 2 janvier 2021

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Sept gouvernements africains utilisent des logiciels espions de surveillance, selon une nouvelle étude

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[Tous les liens renvoient vers des pages web en anglais, ndt.]

Les gouvernements de sept pays africains – le Botswana, la Guinée équatoriale, le Kenya, le Maroc, le Nigéria, la Zambie et le Zimbabwe – utilisent la technologie des logiciels espions, selon un nouveau rapport de Citizen Lab, une unité de recherche interdisciplinaire de l’Université de Toronto, au Canada.

L’étude a identifié au moins 25 pays à travers le monde qui ont déployé un logiciel de surveillance produit par Circles, une entreprise affiliée au groupe israélien NSO. L’étude indique que Circles affirme ne traiter qu’avec les États-nations.

Le rapport, rédigé par Bill Marczak et quatre autres, a découvert «une signature unique associée aux noms d’hôte des pare-feu Check Point utilisés dans les déploiements de Circles, nous permettant d’identifier leurs déploiements». Check Point est une société de cybersécurité américano-israélienne de premier plan.

Selon l’étude, la technologie de Circles fonctionne en exploitant une faille de signal commune dans le système mondial de téléphonie mobile pour permettre la surveillance des appels et des SMS ainsi que le suivi des téléphones.

La technique de surveillance utilisée par Circles s’appelle Signaling System 7 (SS7), une «suite de protocoles développée en 1975 pour échanger des informations et acheminer les appels téléphoniques entre différentes sociétés de télécommunications filaires», indique le rapport. Le SS7 est actuellement utilisé dans les réseaux mobiles 2G et 3G lors de la facturation trans-frontalière des appels itinérants.

Thomas Brewster, un analyste en cybersécurité chez Forbes qui a rendu compte de l’étude Citizen Lab, explique en outre que lorsque l’on se rend dans un autre pays, «le réseau SS7 est utilisé pour transférer votre téléphone vers un fournisseur de télécommunications partenaire et ajuster la facturation en conséquence.» Cependant, une distorsion se produit dans ce processus normal si «un fournisseur de surveillance» est capable d’accéder aux réseaux SS7, «soit par piratage, soit par acquisition». Le SS7 envoie alors «des commandes au “réseau domestique” d’un abonné, indiquant à tort que l’abonné est en itinérance. Cela révélera ensuite son emplacement, mais uniquement via les coordonnées de l’antenne de téléphonie cellulaire la plus proche du téléphone », explique Brewster. 

Les clients de Circles en Afrique, identifiés par Citizen Lab, sont les suivants : la Direction des services de renseignement et de sécurité du Botswana (DISS), le ministère marocain de l’Intérieur, l’Agence nigériane de renseignement de l’armée (DIA) et une agence inconnue en Zambie.

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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par le poète et essayiste nigérian Nwachukwu Egbunike pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 28 décembre 2020.  

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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