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Droits de l'Homme

Gouvernance rwandaise pendant la pandémie : le temps de l’introspection

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Note de la rédaction : Cet article a été initialement publié par Louis Gitinwya sur le blog du Friedrich Ebert Stiftung (en anglais et en français). Une version légèrement modifiée est reproduite ici avec l’autorisation de l’auteur. 

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndt.]

Après la désignation par l’Organisation Mondiale de Santé (OMS) du coronavirus (SARS-CoV-2) en tant que pandémie mondiale, le Rwanda était le premier pays d’Afrique à entrer dans une phase de confinement. Le 23 mars, le gouvernement a ordonné un confinement strict, restreignant les voyages et fermant les universités afin de réduire la propagation du virus dans le pays. Depuis lors, il y a eu 7 970 cas confirmés de COVID-19, avec 74 décès et 6 289 cas de guérison au Rwanda, selon l’Université Johns Hopkins.

Le modèle de gouvernance du Rwanda est construit sur deux modèles concurrents : parallèlement à l’histoire de l’« enfant chéri de l’aide », le pays est généralement considéré comme un exemple réussi de développement en Afrique. C’est également un État autoritaire basé sur un pouvoir économique et politique étroitement centralisé au sein du parti au pouvoir, le FPR (Front patriotique rwandais), qui contrôle l’appareil de sécurité de l’État et possède les principales entreprises du pays. Ce modèle de gouvernance a fondé sa légitimité sur le progrès socio-économique rapide du pays.

Certains commentateurs politiques suggèrent à juste titre d’utiliser l’épidémie comme barème pour tester la nature et la qualité de nos institutions. Et le point de départ évident est d’examiner les forces et faiblesses de l’appareil d’État et la façon dont le pouvoir répond aux besoins du peuple.

Peu de temps après que le gouvernement ait annoncé un confinement à l’échelle nationale, les citoyens se sont tournés vers les médias sociaux, plus particulièrement vers les Rwandais sur Twitter (surnommés RWoT), exhortant le gouvernement à fournir des secours alimentaires d’urgence aux familles les plus vulnérables et à mettre en œuvre des mesures économiques palliatives dès que possible.

Cette subvention de 12 millions de dollars de l’ADEPR atteindra-t-elle les pauvres touchés par le #COVID19 ? Ou sera-t-elle spoliée aux villageois et aux chefs des communautés, comme ce fut le cas lors du dernier épisode en date dans presque tout le district de Gasabo  ? Que manque-t-il à ce programme ?

En outre, il est important de comprendre le contexte national où l’on ne voit pas souvent les Rwandais critiquer publiquement l’État ; en particulier sur les réseaux sociaux en raison de la réticence du régime à tolérer les critiques. Souvent, les gens ont peur d’exprimer leurs préoccupations à cause de la répression étatique et de l’utilisation de son pouvoir coercitif.

Certains citoyens sont allés loin en demandant plus de transparence sur la gestion du « Fonds Agaciro » (Agaciro, qui signifie « dignité » en kinyarwanda, est essentiellement un fonds fiduciaire national). Les Rwandais se demandent aussi pourquoi le gouvernement n’a pas encore décidé d’utiliser une partie de ses propres fonds pour atténuer les effets socio-économiques de cette crise plutôt que de demander à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international des plans de sauvetage et des prêts.

En raison du confinement de 6 semaines au #Rwanda à la suite de la pandémie de #Covid19, les approvisionnements alimentaires sont le besoin le plus urgent pour les pauvres et les nécessiteux. Solace Ministries essaie de soutenir ses bénéficiaires avec une aide alimentaire. Pour en savoir plus, accédez à https://t.co/BsoqoXcodp.

Les citoyens s’inspirent du monde extérieur pour savoir comment d’autres pays ont réagi aux effets économiques de cette crise. Par ailleurs, il est essentiel de comprendre le réveil soudain des citoyens, en particulier dans un contexte d’une nation où les opinions officielles du gouvernement dominent les médias nationaux, avec une liberté d’expression limitée couplée d’une société civile très affaiblie.

Quand bien même le produit national brut ait oscillé autour de 7% [fr] au cours de la dernière décennie, la majorité des Rwandais, pour la plupart jeunes et instruits, restent pauvres, sans emploi et en situation de précarité financière. En revanche, on observe une expression forte et croissante des frustrations des citoyens, en particulier dans les zones urbaines, envers le discours officiel sur le développement et le progrès socio-économique du pays.

Pendant ce temps, les États membres voisins de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) comme le Kenya ont déjà annoncé des plans de relance économique pour faire face à l’impact économique dévastateur de l’épidémie de coronavirus. L’Ouganda, également, a déjà demandé [pdf] un budget supplémentaire de 284 milliards de shillings ougandais (environ 75 millions USD) pour lutter contre l’épidémie de COVID-19 et ses effets. Pour sa part, le Rwanda a annoncé une stratégie globale d’atténuation économique pour aider les entreprises et le secteur privé à faire face aux effets économiques de cette crise, bien que les détails de ce plan ne soient pas encore rendus publics et que neuf mois plus tard, le secteur privé n’ait pas reçu un centime.

Plusieurs mois après la mise en œuvre de la décision de confinement, le gouvernement est resté muet sur la demande des citoyens en matière d’aide alimentaire ; en particulier sur les controverses qui ont émergé dans les médias locaux dénonçant le fait que les autorités ont accordé si peu ou pas de soutien aux familles vulnérables.

Fait intéressant, cette crise a mis en lumière les frictions politiques croissantes au sein du gouvernement, compte tenu des récents limogeages du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Patrick Nyamvumba, et du ministre d’État au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération est-africaine, l’ambassadeur Oliver Nduhungirehe. On peut donc affirmer que ces turbulences illustrent l’absence d’une stratégie claire du gouvernement pour faire face à cette crise. Officiellement, les deux ministres ont été limogés pour avoir menti au chef de l’État, pour négligence et pour avoir constamment agi en fonction de leurs opinions personnelles plutôt que de mettre en œuvre des politiques nationales dans le cadre de leurs rôles respectifs.

Aujourd’hui, il semble qu’à travers cette pandémie, le mythe d’un État organisé et efficace soit brisé.

Avec cette crise pandémique, des questions se posent sur la maturité et la légitimité de notre modèle de gouvernance. Un modèle autoritaire de développement est-il efficace ou non pour absorber les inégalités sociales et les conflits ? Malgré son hégémonie, le modèle politique actuel reste vulnérable.

À la lumière de la frustration croissante d’une population qui souffre déjà de difficultés diverses, notamment le chômage et la pauvreté, il est clair que la réticence du régime à tolérer la critique peut compromettre la longévité de son modèle.

Le plein potentiel perturbateur de la crise du coronavirus prendra des mois, voire des années, pour se révéler. En attendant, et si cela vous préoccupe, alors il pourrait être utile de réfléchir à la façon dont cette épidémie pourrait éventuellement changer notre société pour le mieux.

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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par Louis Gitinwya pour le blog du Friedrich Ebert Stiftung (en anglais et en français). Le réseau globalvoices.org l’a repris et publié le 31 décembre 2020

Louis Gitinwya est un avocat rwandais, membre du Media Defence East African Lawyers Network, une ONG basée au Royaume-Uni.

Il a été.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Camp Boiro

Les membres des familles Touré et Keïta ont exercé un pouvoir sanguinaire et sans partage en Guinée de 1958 à 1984

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Au nom de sa pseudo révolution, Sékou Touré et ses acolytes ont trahi, torturé et humilié ceux qui auraient pu mettre en valeur l'énorme potentiel de la Guinée
Si le système sanguinaire instauré en Guinée par le premier président de la Guinée, Ahmed Sékou Touré, a sévi dans toutes les ethnies, toutes les régions et toutes les couches, il y a eu un noyau dur qui a été utilisé ou a servi volontairement les sinistres desseins du dictateur. Ce sont les membres de sa famille, de celle de sa femme et les béni-oui-oui qui gravitaient à leurs cotés qui ont été  les seuls parmi tous ceux qui ont été nommés à des postes de responsabilité à avoir survécu pendant toute la période sombre de l’histoire du pays, à quelques exceptions près.

Le journaliste Mohamed Selhami traite dans le chapitre intitulé « Un seul gouvernement : la famille» au rôle joué par la famille du tyran et celle de sa femme dans la gestion des affaires guinéennes dans son livre « Sékou Touré Ce qu’il fut. Ce qu’il a fait. Ce qu’il faut défaire« . 

Qu’ils s’appellent Ismaël ou SiakaMamadi ou Seydou, qu’ils appartiennent à la lignée Touré (celle de Sékou) ou à la lignée Keita (celle de Hadja Andrée), ce sont eux qui ont exercé la réalité d’un pouvoir destructeur et accaparant.

Cet éminent journaliste commence par nous faire assister à une réunion de famille à Faranah, un matin de juin 1979, la ville natale de Sékou Touré. Mais les décisions qui sont prises concernent toute la nation.

La demeure d’Amara Touré, frère aîné du président, est pleine de monde. Il y a là les cousins et les cousines, les tantes et les oncles proches et lointains. Il y a aussi la femme du président, Andrée, son fils Mohamed et sa fille Aminata. [ErratumI. Baba Kaké précise qu’Aminata est née d’une précédente union de Sékou Touré avec Marguerite Colle. — T. S. Bah]. Assis en tailleur dans un coin du salon, le frère cadet du président, Ismael Touré.

Visage crispé sous sa chevelure grise, Ismaël fixe de ses yeux de vautour les quelques ministres qui sont venus participer à cette grande réunion de famille. On reconnaît encore Siaka Touré, Chérif Sékou, Mamadi et Seydou Keïta, le général Lansana Diané et d’autres dignitaires du régime liés à Sékou Touré par le sang ou par alliance.

Lire également: Quand les pouvoirs guinéens vont-ils dévoiler à la jeunesse ces crimes de Sékou Touré du 25 janvier 1971?

« Vive “Prési” ! » lancent les femmes en direction du chef de l’Etat qui, enveloppé dans un boubou blanc immaculé, s’en va s’asseoir à côté de son épouse. Amara Touré prend la parole : « Je vous ai réunis pour m’aider à réconcilier Sékou et Ismaël. Leur rupture cause du tort à la famille et risque de la démanteler. Je suggère à Ismaël qui est notre cadet de demander pardon à notre président. » Celui-ci ne dit mot. Il écoute et acquiesce en hochant la tête. Et c’est les larmes aux yeux qu’Ismaël se lève et se dirige vers son frère qu’il embrasse sur le front. Sékou se lève à son tour et serre dans ses bras le frère repenti.

Finie la peur du démantèlement. Le clan Sékou a retrouvé son unité. Du coup, le président téléphone de Faranah à son Premier ministre Lansana Béavogui resté à Conakry et lui dicte la teneur d’un décret qui prend effet le jour même : « Ismael Touré réintègre ses fonctions officielles au sein du bureau populaire national et au gouvernement. Il devient ministre des Mines et de la Géologie. »

Trois mois auparavant, un premier décret avait annoncé son limogeage des instances politiques du pays. Et Ismaël Touré avait été mis à la disposition du ministère du Travail qui devait lui allouer une… indemnité de chômage. Mais Ismaël a ses supporters dans le clan familial. Peut-être même la neutralité de l’épouse du président, Andrée, une métisse jadis chrétienne, qui de son podium de «première dame de Guinée » influait par ses intrigues sur la vie politique du pays et par son tempérament calme et serein sur la vivacité et la rigueur de son mari. C’était l’une des pièces maîtresses du clan Sékou.

Mais qu’est-ce au juste, le clan Sékou ? Au commencement est un mariage : en 1956, à l’âge de trente-quatre ans, Sékou, de père inconnu, épouse Andrée, née d’un père français, le Dr Marie-Duplantier qui ne l’avait pas reconnue, et d’une mère guinéenne. Mais les deux époux portaient chacun le nom de leur beau-père, Touré pour l’homme et Keita pour la femme. Cette union allait établir les deux principales branches du clan Sékou : Touré et Keïta. Elles marqueront de leur sceau la jeune république guinéenne façonnée suivant leurs propres désirs Et ce sera une Guinée misérable bâillonnée sans âme et ni flamme.

Lire également: Voici comment la barbarie et le dogmatisme de Sékou Touré avec sa bande ont plombé la Guinée

Ces Touré et ces Keïta n’auront qu’une ambition : s’enrichir, fût-ce — et ce le sera — au détriment de la population qui verra les richesses du pays s’envoler vers des banques étrangères et ses enfants le plus souvent acculés à fuir vers d’autres horizons. Tentons une rapide radioscopie des deux branches.

Les Touré

Sékou a deux frères : Amara, son aîné, et Ismaël, son cadet. Frères ? Demi-frères plutôt car le futur chef dEtat était déjà adolescent lorsque sa mère épousa le père d’Amara et d’Ismaël. Il prend alors le nom de son beau-père, Touré et, comble de délire, il se proclame descendant direct de l’Almamy Samory Touré, le résistant guinéen (?) mort en déportation, en 1900, au Gabon. Du coup, il gagne des cousins et des neveux, en particulier Siaka Touré, un militaire à qui il confiera le commandement du camp Boiro avant de le nommer ministre des Transports. Un autre cousin — un vrai celui-là parce qu’il appartenait à la famille de sa mère —, Lansana Diané, qui, de simple soldat, devient général à l’occasion de sa participation, en 1961, au « maintien de l’ordre » au futur Zaïre avec les casques bleus de l’ONU. Il deviendra même ministre de la Défense.

[Erratum. Lansana Diané était civil et vétérinaire. Lire à ce sujet Sékou Touré, le héros et le tyran et First American Ambassador to Guinea — T.S. Bah]

La sœur de Sékou, Nouncoumba, épouse Chérif Sékou, qui sera ministre de l’Intérieur. Mais le plus influent de la famille est incontestablement Ismaël qui osera faire des remontrances au président en plein conseil des ministres. Telle est sa puissance qu’il fait et défait des ministres. Ses ennemis, il les envoie au Camp Boiro sans même en référer au chef de l’Etat. Sékou Touré assume de toute façon les méfaits de son cadet.

Les Keïta

Andrée a élevé Mohamed et Aminata, en général classés Keïta, bien que la jeune fille soit une fille de Sékou mais pas d’elle-même. Mohamed a fait des études d’économie à l’Institut polytechnique Gamal Abdel Nasser de Conakry. Sa sœur, juriste, est magistrat. Elle a épousé Mamadouba ‘Maxime’ Camara, qui fut un footballeur réputé. Il était chef de cabinet du ministre de la Coopération internationale. Andrée a su faire de son clan — celui des Keïta — l’égal, en matière de privilège et de pouvoir, de celui de son mari. Ses deux demi-frères, Mamadi et Seydou, occuperont très tôt des postes importants dans la hiérarchie administrative et politique.

En épousant Tata Keita, la demi-sœur cadette d’Andrée un « roturier « , Moussa Diakité, participera plusieurs fois au gouvernement. Une autre demi-sœur, un peu plus âgée que la première, a épousé N’Faly Sangaré. Ce dernier sera gouverneur de la Banque centrale puis représentant permanent de la Guinée au Fonds monétaire international.

[Erratum. Née peut-être Bah ou d’une autre union, Mme Diakité était l’épouse d’un “non-roturier”. Son mari, Moussa, était issu d’une grande famille de Fula-Wasulu de la région de Mandiana. Née Aissatou Bah, Mme Sangaré est originaire de Pita. Les jumeaux Lansana et Louceny Keita — officiers de l’armée — et Sayon Keita, la benjamine, complètent la liste des cadets utérins de Mme. Touré. Consulter l’ouvrage de Baba Kaké — T.S. Bah]

Pour boucler la boucle, la fille aînée d’Ismaël Touré, Mama Kountou, a épousé le fils de Moussa Diakité. Cela lui a permis d’être nommé conseiller « très spécial » à l’ambassade de son pays en Belgique.

La plupart de ces membres de familles autrefois influentes ont été à leur tour victimes de la violence extra-judiciaire qu’ils ont introduite en Guinée., à Kindia le 8 juillet 1985 par le régime de Lansana Conté, sans aucun jugement.

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Droits de l'Homme

Les positions d’Alexeï Navalny sur les migrants vont à l’encontre de son discours pro-démocratie

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Alexeï Navalny lors de la campagne de 2017 à Irkutsk en Russie Centrale. Photo par Evgeny Feldman pour navalny.feldman.photo, sous licence CC-BY-NC.

Alors qu’Alexeï Navalny [en] est devenu une figure de ralliement pour une grande partie des Russes libéraux et un symbole de l’opposition au président Vladimir Poutine, son image auprès des citoyens d’Asie Centrale – dont beaucoup sont travailleurs immigrés en Russie – est bien plus nuancée. En effet, certains le voient comme un nationaliste, tenant des propos discriminatoires dont il ne s’est jamais excusé, pas plus qu’il ne les a rétractés.

Navalny s’est imposé sur la scène politique comme lanceur d’alerte en 2010. Grâce à son blog [ru], à un usage habile des réseaux sociaux et au lancement de sa fondation anti-corruption [ru] en 2011, il est devenu un acteur majeur de la politique russe. Son dernier documentaire d’investigation sur le palace de Poutine au bord de la mer Noire, diffusé le 19 janvier, a récolté plus de 100 millions de vues sur YouTube.

Il a payé le prix fort pour ses prises de position ouvertement critiques : Navalny et son frère ont tous deux été arrêtés et emprisonnés à maintes reprises. Le 20 août 2020, il est victime d’empoisonnement mais survit après avoir reçu un traitement et se rétablit dans un hôpital en Allemagne. D’après le groupe d’investigation Bellingcat, cette tentative d’assassinat aurait été commanditée [en] par les services secrets russes.

Malgré le fait qu’il ait frôlé la mort et sachant qu’il risquait la prison dès son arrivée sur le territoire, Navalny retourne en Russie le 17 janvier. Il est immédiatement arrêté et devient l’emblème de la résistance politique et de la démocratie, inspirant des milliers de Russes à descendre massivement dans les rues le 23 janvier, dans des proportions jamais vues depuis les années 1990.

Le 2 février, il est condamné à près de trois ans de prison pour une violation présumée de son contrôle judiciaire.

Alliance avec les nationalistes russes

Si les actions de Navalny démontrent son courage, il a aussi fait des déclarations sur sa vision de l’immigration [en] en provenance de l’Asie Centrale et du Caucase – ainsi que sur le statut de la Crimée [en] – qui sont incompatibles avec le discours plus large sur les droits humains et la démocratie qu’il porte pour dénoncer la corruption d’État à l’œuvre pendant les deux décennies du règne incontesté de Poutine.

Global Voices s’est entretenu avec Sergueï Abashine, un professeur de l’Université européenne à Saint-Pétersbourg [ru] et un éminent spécialiste de l’Asie Centrale et des immigrés originaires d’Asie Centrale en Russie, afin d’analyser la position de Navalny sur cette question :

Il y a dix ans, Navalny a participé aux marches russes [en] annuelles qui sont ouvertement xénophobes. Pendant les élections municipales de 2013, l’un des principaux sujets abordés lors de ses interventions publiques était l’immigration. Un phénomène contre lequel il proposait de lutter, sa rhétorique abondant en attaques xénophobes contre les personnes originaires d’Asie Centrale et du Caucase, qu’il accusait d’être des criminels, inadaptés à la culture russe et présentant une menace terroriste.

Interviewé par Global Voices, Rashid [son nom a été modifié par mesure de sécurité], un immigré ouzbek qui vit à Moscou depuis plus de dix ans, explique :

Il [Navalny] fait partie de ces gens en Russie qui introduisent dans le discours libéral cette vision négative des migrants et de la région du Caucase, une position auparavant marginale et peu répandue.

Minimiser un passé encombrant

Depuis 2016, Navalny et son équipe tentent de minimiser ses déclarations passées et évitent de s’exprimer sur le sujet sensible de l’immigration en provenance d’Asie Centrale et du Caucase en Russie, se rendant peut-être compte que ses idées pourraient nuire à son image publique.

Cependant, quelques incidents embarrassants ont entaché son discours. Pendant la guerre entre la Géorgie et la Russie en 2008, qui a résulté en l’annexion d’une partie de la Géorgie par la Russie, Navalny a exprimé son soutien aux actions menées par Moscou, employant même des termes injurieux à l’égard des Géorgiens dans ses articles de blog [en].

En avril 2017, la veille de l’élection présidentielle à laquelle il se présentait, Navalny est l’invité de l’émission en ligne présentée par le vlogueur Youri Doud, l’un des influenceurs les plus connus en Russie. Il nie alors être un nationaliste.

 

EN SAVOIR PLUS sur l’importance et l’influence des vlogueurs en Russie : Un documentaire novateur sur l’épidémie du VIH en Russie rencontre un succès phénoménal

Pourtant, lorsque le présentateur lui demande pourquoi il voulait imposer un système de visa aux citoyens kazakh tout en réclamant que l’Allemagne mette en place un programme d’exemption de visa pour les citoyens russes, Navalny répond : « Je vois que des gens d’Asie Centrale viennent en Russie et je ne vois pas ça comme bénéfique. »

Les indicateurs économiques et démographiques, cependant, montrent tout autre chose. La population russe est en constant déclin et l’immigration [en] vers le pays empêche ces statistiques démographiques de sombrer dans l’abîme. Avant l’épidémie de COVID-19, le pays comptait plusieurs millions de travailleurs immigrés, principalement originaires d’Asie Centrale. En novembre 2020, le nombre officiel est de 1,8 million[ru]. Il n’existe pas de chiffres exacts, cependant, car beaucoup d’immigrés viennent de pays dont les citoyens sont exemptés de visa et travaillent le plus souvent illégalement.

La présence d’immigrés d’Asie Centrale est tellement indispensable pour l’industrie lourde, pour le bâtiment et pour d’autres prestations de services, qu’en janvier 2021 le gouvernement russe a dû réitérer son besoin urgent de travailleurs immigrés originaires d’Ouzbékistan et du Tadjikistan [ru].

Si l’importance des travailleurs immigrés est un fait établi, pourquoi Navalny a-t-il alors déclaré à maintes reprises par le passé que les migrants étaient un problème, une menace même ? Le professeur Abashine explique :

Navalny est un populiste et un politicien pragmatique. L’idéologie n’est pas un principe fondamental pour lui, il préfère s’adapter à l’état d’esprit de son public potentiel. Si la société russe réclame fortement un discours anti-immigration et si ce sujet occupe une place importante dans l’opinion publique, dominant les questions concernant la guerre avec l’Ukraine, le rôle de l’Occident ou le COVID-19, je pense qu’il est capable de revenir à une rhétorique anti-immigration et xénophobe.

Rashid partage cet avis :

Il est peu probable que [Navalny] ignore l’importance des immigrés pour l’économie russe. Mais il a besoin du soutien des Russes lambda, des gens qu’il peut convaincre que le gouvernement actuel est responsable de tout ce qui ne va pas, celui-là même qui offre du travail aux migrants, ce qui explique que tout aille mal en Russie aujourd’hui.

Note de la rédaction : Cet article est la première partie d’une analyse sur l’image de l’opposant russe Alexey Navalny en Asie Centrale. Retrouvez la deuxième partie ici [en].

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Ce billet a été écrit conjointement par Filip Noubel et par Yevgeniya Plakhina et traduit par Amaryllis Prémillieu pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 17 février 2021.

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Droits de l'Homme

La liberté d’expression dans une spirale descendante en Afrique australe, selon une nouvelle étude

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Des jeunes posent pour une photo lors d'une conférence en Namibie. Photo par Yusuf Kalyango Jnr., sous licence CC BY-SA 2.0.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Une étude récente [pdf] de la coalition de la Déclaration africaine des droits et libertés de l’Internet (AfDec) a examiné la législation existante et son impact sur le droit à la liberté d’expression dans sept pays d’Afrique australe – Afrique du Sud, Malawi, Mozambique, Namibie, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe.

Le rapport de 102 pages comptait sept contributeurs, dont Dércio Tsandzana, responsable de la rédaction lusophone de Global Voices.

Un résumé des résultats pour chaque pays est présenté ci-dessous.

Malawi

L’article 35 [pdf] de la Constitution du Malawi de 1994 (avec ses amendements) garantit la liberté d’expression, « prévoit le droit à la liberté d’opinion à l’article 34 ; la liberté de la presse à l’article 36 ; l’accès à l’information à l’article 37 ; et la liberté de réunion à l’article 38 », note le rapport.

Néanmoins, l’examen de l’AfDec a identifié trois lois qui ont fait dérailler la liberté d’expression : la Loi n°33 sur la cybersécurité et les transactions électroniques de 2016, la Loi n°10 sur le drapeau, les emblèmes et les noms protégés de 1967 (telle que modifiée par la loi n°11 de 2012) et l’article 60 du Code pénal [pdf].

Lire également : Digital rights remain under threat in Malawi despite historic win for democracy

Plus précisément, la loi sur la cybersécurité contient des clauses explicites qui bâillonnent la liberté d’expression en ligne et limitent la liberté de la presse.

Mozambique

Des femmes à Praia do Bilene, Gaza, Mozambique. 6 août 2006. Photo de Julien Lagarde via Flickr, sous licence CC BY-NC-ND 2.0.

L’article 48 [pdf] de la Constitution mozambicaine de 2004 garantit la liberté d’expression et le droit à l’information à tous les citoyens.

Lire également : Le Mozambique aurait tenté d’expulser un journaliste étranger après avoir révoqué sa carte de presse [fr]

La constitution ne contient « aucune limitation spécifique » à ces droits, mais le « droit à l’information et à l’expression est régi par des lois spécifiques », a révélé l’étude.

Namibie

La Namibie se distingue parmi les six autres pays examinés dans cette étude, grâce à un climat de liberté d’expression plus convivial. Elle dispose également de l’environnement médiatique le plus libre d’Afrique selon l’Indice mondial de la liberté de la presse 2020 [fr], un classement établi par Reporters sans frontières.

Lire également : En Namibie, le passage au numérique fait sensation mais quid de l’exclusion des populations autochtones ? [fr]

La « répression des droits humains, y compris la liberté d’expression » en Namibie « n’est en aucun cas un phénomène habituel ou normal », affirme l’étude. Cependant, certains clignotants sont au rouge, notamment en raison de l’existence de lois qui « autorisent ou permettent une telle répression si ou quand ceux qui ont des tendances ou des intentions autocratiques venaient au pouvoir, démocratiquement ou non », prévient l’étude.

Afrique du Sud

Formation technologique des jeunes en Afrique du Sud. Photo de Beyond Access via Flickr, sous licence CC BY-SA 2.0.

Le droit à la liberté d’expression est fermement ancré dans l’article 16 (1)[pdf] de la Constitution de la République d’Afrique du Sud de 1996 et protège les libertés suivantes : la presse, le partage et la réception d’informations, la créativité artistique, la recherche universitaire et scientifique.

Mais ces droits ne sont pas absolus. La première de ces limitations est énoncée à l’article 16 (2) de la Constitution, qui criminalise les discours incitant à la propagande de guerre, à la violence et à la haine ethnique, raciale, de genre ou religieuse. La deuxième est inscrite à l’article 36, qui limite le droit à la liberté d’expression tant que cette restriction est « raisonnable et justifiable dans une société ouverte et démocratique fondée sur la dignité humaine, l’égalité et la liberté », précise le chapitre de l’étude consacré à l’Afrique du Sud.

Tanzanie

Un homme regardant son téléphone portable en Tanzanie, le 9 décembre 2018. Photo de Riaz Jahanpour, pour USAID Tanzanie / Digital Development Communications via Flickr, sous licence CC BY 2.0.

Depuis 2015, la Tanzanie s’est engouffrée dans une spirale descendante vers l’autoritarisme [pdf] avec un climat de peur généralisé [fr], de censure des médias, de démembrement de l’opposition avec une répression accrue des journalistes et des militants.

Lire également : Tanzanian poll is likely to usher in a new era of authoritarianism. Here’s why.

Bien que le droit à la liberté d’expression soit protégé en vertu de l’article 18 de la Constitution tanzanienne, certaines lois comme la Loi sur les cybercrimes de 2015 [pdf], la Loi sur les médias [pdf] de 2016, et la législation de 2018 sur communications électroniques et postales, qui portait spécifiquement sur les contenus en ligne, « contiennent les dispositions les plus susceptibles d’être utilisées pour réprimer les voix dissidentes », indique le rapport.

La loi sur la cybercriminalité accorde au gouvernement un pouvoir excessif pour interdire, censurer et sanctionner arbitrairement la presse écrite et les médias sociaux. Une condamnation en vertu de cette loi entraîne une peine de prison de trois ans ou une amende d’au moins 5 millions de shillings tanzaniens (environ 2 000 USD) ou les deux.

Lire également : Une série d’enlèvements et d’arrestations signale une dégradation inquiétante des droits humains en Tanzanie [fr]

La loi sur les services de médias impose l’accréditation obligatoire des journalistes, qui peut être retirée à tout moment. Cette législation a également « conféré au ministre le pouvoir absolu d’interdire l’importation de publications et de sanctionner le contenu médiatique », indique l’étude de l’AfDec.

De même, la législation sur les communications électroniques et postales (contenu en ligne) a obligé les blogs et les forums en ligne à payer des frais d’inscription de plus de 900 USD. Tout manquement est passible d’une amende « d’au moins 5 millions de shillings tanzaniens» (environ 2 000 USD), ou d’une peine d’emprisonnement « d’au moins 12 mois ou les deux ».

Lire également : À l’approche de l’échéance pour la taxe sur les blogueurs, les principaux sites indépendants s’éteignent en Tanzanie [fr]

Zambie

Le droit à la liberté d’expression est protégé par l’article 20 [pdf] de la Constitution zambienne. Mais des lois restrictives comme celle sur les technologies de l’information [pdf] et de la communication et celles de 2009 sur les communications et les transactions électroniques [pdf] « criminalisent certaines activités en ligne qui entravent le droit à la liberté d’expression », note l’étude. L’ensemble de ces lois et la surveillance étatique ont limité la liberté d’expression dans le pays.

Zimbabwe

Un policier portant un masque anti-virus s’entretient avec un automobiliste à un point de contrôle à Bulawayo, Zimbabwe, le 20 avril 2020. Photo par KB Mpofu / BIT via Flickr, sous licence CC BY-NC-ND 2.0.

Malgré des dispositions constitutionnelles claires – l’article 61 et la Déclaration sur les droits dans la Constitution du Zimbabwe de 2013 – qui protègent la liberté d’expression, « le Zimbabwe obtient toujours de mauvais résultats dans divers classements régionaux et mondiaux de l’état de la liberté d’expression », selon l’étude [pdf].

Lire également : Confinement jusqu’à l’étouffement : comment les mesures anti-COVID19 ont débordé sur les droits numériques au Zimbabwe [fr]

L’application des protocoles contre la pandémie COVID-19 a représenté une excuse pour réprimer la liberté d’expression en ligne, comme le montre l’ordonnance pour la santé publique de 2020, qui « criminalise les fausses déclarations », indique l’étude.

Lire également : A Zimbabwean journalist, two opposition politicians jailed for tweets about police brutality

L’étude de l’AfDec affirme également que « le gouvernement zimbabwéen a été soupçonné de tolérer la torture, les enlèvements et parfois les disparitions » de critiques. Par exemple, Itai Dzamara, un critique virulent du gouvernement, a été enlevé le 9 mars 2015 et est porté disparu depuis.

Gel de la liberté d’expression

Le rapport a montré un bilan désastreux de la liberté d’expression dans certains des pays examinés. Certains pays utilisent des lois qui imposent des droits de licence et d’accréditation aux journalistes et aux blogueurs, et augmentant le coût de l’expression et de la communication dans le but de les décourager.

Il en résulte un étouffement de la dissidence et « un effet paralysant sur la libre circulation des idées et des propos sérieux », déclare l’AfDec.

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Ce billet que j’ai traduit a ete écrit par le nigérian Nwachukwu Egbunike pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 18 février 2021.

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Camp Boiro

Les exécutants des sales besognes du tyran Sékou Touré. 2ère partie

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Almamy Fodé Sylla

Après avoir décrit les membres et les rôles néfastes des différents Touré, appartenant à sa propre  et les Keïta, appartenant à celle de sa femme, Almamy Fodé Sylla décrit dans son livre L’Itinéraire sanglant les roles des sous-fifres qui ont contribué à la destruction morale, économique et sociale de la Guinée.

Almamy Fodé Sylla, disparu depuis septembre 2016, avait eu la chance de survivre aux atrocités du camp Boiro. Il avait été vice-président de l’Assemblée nationale sous la première législature de la deuxième république; ministre secrétaire général à la présidence; ministre de la fonction publique et du travail; ministre de l’enseignement technique et de la formation professionnelle.

L’auteur était  tellement proche du Général qu’il était une des rares personnes qui montaient en voiture avec ce vieux dictateur. C’était une des personnes qui oeuvraient pour une véritable réconciliation nationale, en Guinée. Il était un ami intime de la famille d’Elhadj Diallo Boubacar Telli.

En 2002, lors d’une rencontre avec une délégation de l’Association des victimes du camp Boiro, il avait confessé son échec auprès de son ami Conté dans sa tentative de réhabilitation des victimes des caps de concentration du tyran Sékou Touré.

Ce groupe est composé de toutes celles et de tous ceux qui sont mêlés de près ou de loin à la tragédie guinéenne : agents secrets, parents ou alliés du tyran, les nombreux marabouts complices du pouvoir tyrannique. Responsables de la plupart des sacrifices humains, qu’ils indiquaient personnellement, avec le rituel, au Chef de la Loge maçonnique de l’Ouest africain, les sacrificateurs portent la lourde responsabilité d’avoir mis le couteau à la gorge d’êtres humains, comme eux, et de l’avoir tranchée, froidement, sans frémir.

Lire également: Le gouvernement, une affaire des familles Touré et Keita

Sur ce chapitre, rappelons avec amertume le résultat d’une amitié.

Oh ! Dieu de la Clémence ! Pardonnez aux innocents ! Mais condamnez les coupables !
Ayez l’âme d’Elhadj Sidiki que l’amitié d’un fils pour un tyran a entraîné sur la voie très périlleuse de « Cheytane », du Satan trompeur. En effet, Sékou et son ami Béa (Premier Ministre) se concertent, discutent, arrêtent un plan satanique, auquel ils associent malheureusement un homme respectable, le père du Premier Ministre. Si Sékou a, 30 ans durant, choisi, adopté et gardé Béavogui Lansana comme fidèle compagnon, c’est parce qu’il le sait capable d’accepter de jouer n’importe quel rôle dans son théâtre infernal. Assis dans un coin, les deux hommes complices convoquent Elhadj Sidiki Béavogui, qui arrive précipitamment, sans savoir qu’il venait se souiller les mains dans des circonstances imprévisibles pour un fervent musulman.

— Tiens, égorge-le ! telle est la volonté de Dieu.

Les deux hommes d’État suivent avec un réel plaisir « l’exécution froide » qu’ils viennent d’ordonner. Crime parfait ! Certainement pas ! La chose, bien tenue au secret pendant un certain temps, va «filtrer ». Et, finalement, c’est dans un livre que l’humanité entière sera informée. Elhadj Sidiki Béavogui en voudra éternellement à son fils pour ce crime odieux qu’il lui a fait commettre. Toutes celles et tous ceux qui ont approché Elhadj Sidiki Béavogui peuvent témoigner de l’authenticité de cette révélation. Car le « vieux » l’a dit à tout son entourage. Et c’est pour cette raison que, très «adroitement », « ce père indiscret que l’âge fait délirer », est mis en réclusion quelque part jusqu’à sa mort. Mais comme il n’y a pas de crime parfait, c’est bien dans cette réclusion que le « Tout Guéckédou » a appris tout ce qui s’est passé.

« Je refuserai de commettre un tel crime », diront certains lecteurs.

Attention ! Sékou n’était plus un homme à partir de 1964. C’était un monstre si effrayant que tous les Guinéens le craignaient plus que Dieu, parce qu’on avait fini par accréditer l’idée d’immortalité d’Ahmed Sékou Touré, qualifié de « Cheick Mahady », le sauveur de l’humanité, le dernier prophète et le plus grand de tous les envoyés.

Lire également: Quand les pouvoirs guinéens vont-ils dévoiler à la jeunesse ces crimes de Sékou Touré du 25 janvier 1971?

Si un musulman intègre, à conviction inébranlable préfère la mort à un tel crime, ce n’est sûrement pas le cas chez un « musulman de circonstance », illettré par surcroît, récemment baptisé, peut être par conviction légère, ou par amour de certains rites, très certainement par honneur d’être dans une «société » religieuse que Sékou le musulman de « parade », l’excellent commentateur du Saint Coran, mais qui s’est interrogé pour trouver, dans sa vie, le crime qu’il n’a pas encore commis, pour qu’il le fasse allègrement avant que la mort ne le surprenne.

Si l’on peut trouver des circonstances atténuantes pour le père de Béa, le seul fait d’avoir accepté la mission de tuer pour un salaire est une circonstance très aggravante pour les tueurs a gage. Quant aux dignitaires du P.D.G. qui, par excès de zèle, se sont rendus coupables de crime de toutes sortes, ils doivent être jugés et condamnés comme tels. Par exemple, Sékou n’a dit à aucun responsable de Conakry d’aller saccager la concession de Lancéï Keita, père de Tidiane, l’agresseur du Président.

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Droits de l'Homme

Le premier témoignage d’Almamy Fodé Sylla à la Radio télévision guinéenne (RTG)

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Le 9 avril 1984, lorsque l’armée a enfin libéré le pays de la sanguinaire révolution du tyran Sékou Touré et ouvert les portes des abominables camps de concentration. « Les nouveaux maîtres de la Guinée ouvrent, à l’intention des mass media, les grandes portes métalliques de la prison Boiro de Conakry. L’auteur [Facély II Mara, auteur du livre Camp Boiro ou le sixième continent], qui était de la visite, diffuse, dans la soirée, son reportage. Le succès est phénoménal. Naquit alors officiellement une émission : « À vous la parole ! » Les rescapés se bousculent pour y témoigner, les Guinéens se bousculent pour écouter. »

Facély II Mara a travaillé quelques années comme enseignant, avant de rejoindre la RTG. Il est auteur de plusieurs ouvrages dont Alpha Condé, l’opposant historique – Une école de la démocratie pour les Guinéens.

Il est Président-fondateur de l’Association des journalistes de Guinée, il est aussi ancien vice-président de l’Union des journalistes de l’Afrique de l’Ouest.

Almamy Fodé Sylla est l’un des premiers à témoigner devant le micro de Facély II Mara de la RTG. M. Sylla est lui aussi auteur du livre L’itinéraire sanglant, d’où est tiré ce billet.

Facély II Mara, Radio Télévision Guinéenne (RTG) : Voudriez-vous décliner votre identité à l’intention de nos auditeurs ?

Almamy Fodé Sylla : Almamy Fodé Sylla, professeur de Langues et Littératures, ex-Secrétaire général de l’ex-section du 5e arrondissement, ex-fédération de Conakry II.

RTG : Indiquez les circonstances de votre arrestation et les conditions de votre détention au Camp Boiro.

Almamy Fodé Sylla : Il y a exactement deux mois, nous vivions sous une dictature noire, impitoyable, injuste et sanglante qui a maintenu notre peuple martyr dans la plus effroyable terreur où chaque citoyen était en liberté provisoire, attendant chaque jour qui passe, son tour d’être pris pour l’un des trois principaux camps de concentration du pays.

C’est dans cette logique sékoutouréenne que se situe mon arrestation survenue voici comment :

De retour de Kassa où j’avais passé la nuit du vendredi 16 septembre 1977, arrivé au petit matin par bateau, j’aperçus de loin, sur le pont, un de mes jeunes frères, Aboubacar Barath, actuel président de la Cour d’Appel de Faranah. Mais si je distinguai bien ce frère, je vis en même temps, et de tous côtés, de nombreux policiers et gendarmes dont la présence insolite et inaccoutumée au port avait attiré beaucoup de curieux. «

— Madame Sylla m’envoie te recevoir ce matin, te porter la triste nouvelle de la situation inquiétante qui prévaut chez nous depuis hier soir , devait m’annoncer Aboubacar, qui me réclama également ma fouille, notamment les clés si j’en avais sur moi.

Malgré la prise d’assaut du bateau par une vingtaine d’agents royalement ridicules — car aucun ne me connaissait je pus franchir tous les barrages, du bateau jusqu’à la porte où, réalisant l’éventuel scandale qui se produirait si je devais êtreêté en famille, je revins sur mes pas et, me rendant compte du désarroi général de ces nombreux sbires, venus pour arrêter un homme, un seul — ils étaient plus de cent cinquante — je demandai à l’un d’eux ce qu’il faisait là et, en mauvais policier, il répondit : «

— Nous sommes venus arrêter un certain Sylla, Secrétaire général de la section du 5e arrondissement.

A ma question de savoir s’il connaissait physiquement l’intéressé, il répondit négativement. Après l’avoir mis en scène, je me présentai à lui en exhibant ma pièce d’identité. Convaincu qu’il s’agit bien de moi, il s’exclama et donna un coup de sifflet.

«— Arrêtez les recherches, l’intéressé est retrouvé.

Je ne manquai pas l’occasion de redresser l’erreur qu’il commet en disant « l’intéressé est retrouvé .

— Il faut dire « l’intéressé, se rendant compte de la trop grande intelligence pratique de ceux qui nous ont envoyés, s’est présenté à nous.

Conduit donc au commissariat de police du Port, je fus déchaussé sans autre forme de procès et jeté dans une cellule sordide jusqu’à 11 h… Scandalisé par l’énormité de l’acte, car citoyen théoriquement protégé par toutes les prescriptions et lois de la démocratie, qu’on arrête sans aucune formule, et qu’on enferme sans interrogatoire ni jugement.

Vers 11 h 10, je vis la porte de la cellule s’ouvrir sur un homme élancé d’environ 1,90 in, les yeux injectés de sang, les lèvres pendantes rougies par l’excès d’alcool. Je reconnus le Commissaire Diallo dit « criminel » qui m’intima l’ordre de me lever et de le suivre. Ce que je fis sans résistance et, dehors, je voulus prendre ma moto, mais Diallo m’en empêcha, toujours sans scène de rue.

Monté à bord d’une jeep bâchée, je devais me retrouver quelques minutes plus tard dans un bureau situé dans un domaine et un milieu totalement inconnus de moi. Mais l’allure toute particulière des gens de cette planète, l’odeur des drogues qu’ils laissaient exhaler, le bruit de leurs chaussures, le cliquetis des armes m’indiquèrent tout le sérieux du nouveau monde d’accueil.

Trois violents coups de crosse devaient d’ailleurs compléter ma formation de base. Déshabillé à coups de poing, je fus conduit par quatre grands gaillards, les armes avec baïonnette au canon jusqu’à la porte de la cellule no. 71 où je fus enfermé avec mon innocence. A 0 h, je reçus la visite de quatre autres agents qui me sortirent et m’escortèrent devant la commission d’enquête du fameux Comité révolutionnaire que préside le très célèbre et très honorable Béria de Guinée, Son Excellence Ismael Touré (astakh firllah al azime. Allahoumma rabbana amanna fakh firlana Djounoubana wa akhina adia ban nari). (Mon Dieu ! pardonne-moi, puisque j’ai cru en toi ! Pardonne-moi les péchés et évite-moi les tourments de l’enfer).

Son altesse, roi du feu et du fer, Ismaël Touré, me recevant au nom de sa sagesse, le très vénéré père spirituel, propagateur émérite du « Saint-Esprit », sa sainteté Ahmed Sékou Touré. (Allahou akbarou ! Allahou Akbarou ! Allahou Akbarou soub hanalladji sakhara lana haza wama koun na lahou moukhrinina wa in na ila rabbinal moukha liboune). (Verset de protection contre la malédiction qui peut s’abattre sur toute personne prononçant le nom de Sékou Touré).

— Mon cher Sylla, tu te croyais malin pour avoir trompé la Révolution pendant 24 ans. Où es-tu ce soir ?

— Eh ! bien, pris dans l’engrenage infernal du filet infaillible, tu n’as aucune chance de t’en sortir. Cependant, pour limiter tes souffrances avant la potence, tu as intérêt à tout avouer. Préparez donc 20 feuilles pour lui, j’espère qu’il a compris !

C’est par ces propos que le président de la commission m’a reçu pour la première fois.

Cela se passe de tout commentaire. Tout semble préparé avant mon arrivée ! Il est facile de s’en rendre compte. Tous les cadres sont fichés par le Parti, mais c’est à tour de rôle que chacun sera arrêté.

Entre l’étonnement et la surprise, la tension nerveuse faillit me vaincre devant cette mascarade de juges techniquement incompétents dont les maîtres à penser, les directeurs de conscience, ignorent totalement les notions les plus élémentaires de l’histoire des sociétés humaines. Il faut être Sékou Touré, « Alcapone » 1 (c’est le nom que lui ont donné les détenus), pour organiser à la fin du XXe siècle, des tribunaux d’exception, dont l’histoire a enregistré la disparition il y a bien longtemps. Je continue donc à rêver, ête chargée d’idées noires.

C’est à ces instants insupportables, lourdement chargés de cauchemars que viendra s’ajouter la suite du programme : la cabine technique. «

— Oularé, envoyez-le et mettez-le en « condition » » (terme ironique pour voiler l’opération de tortures).

La cabine technique est dirigée par un officier de la gendarmerie du nom de Cisse surnommé « Ministre ». Les différentes tortures sont exécutées par des « hommes » qui n’ont d’humain que de constitution. Drogués pour tuer, ils ont plaisir à fouetter jusqu’au sang, à casser des membres, à plonger la tête du détenu dans un fût rempli d’excréments humains, à électrocuter, à mettre le pied du prisonnier dans du goudron chaud, à installer le détenu dans le pneu destiné à le torturer, etc.

Lire également : Guinée Visite au camp Boiro : de la  « cabine technique » à la  « diète noire »;

Il est inutile d’insister sur cet aspect des atrocités du Camp Boiro qui, trop minutieusement racontées, donnent la chair de poule aux uns, envie de rendre aux autres alors que les plus délicats piquent une crise cardiaque qui peut leur être fatale. Sur ce chapitre, le livre « La vérité du Ministre » de M. Diallo Alpha Abdoulaye est suffisamment explicite !

Nous laissons le soin au CMRN (nouvelles autorités guinéennes) d’indiquer, pour l’opinion guinéenne en général et celle africaine et internationale en particulier, le véritable dessous de la carte du pouvoir, de l’autorité, de la singularité de la mobilisation dite « populaire » du P.D.G., surtout la petite histoire de celui que la plupart des peuples considèrent, à tort, comme un géant parmi les plus grands patriotes qui ont défendu les nobles idéaux de liberté, de justice, le « lion » de l’Afrique, le « champion » de l’Indépendance africaine, le « père fondateur » de l’OUA, l’infatigable pèlerin de la cessation de la guerre et du maintien de la paix entre l’Iran et l’Irak, l’éminent coprésident du Comité « Al Quods » chargé, au nom de la communauté musulmane toute entière, de déclencher une vaste campagne dans le monde en vue de préserver la propriété collective des religions révélées sur Jérusalem, le tribun capable des plus violentes diatribes, homme à mémoire d’éléphant, toujours prêt à rappeler, en vue d’humilier, les plus petits faits indigestes des personnalités qu’il a connues dont il est resté farouchement jaloux du rayonnement politique, intellectuel ou socio-humain.

Lire également : Premiers massacres et sacrifices humains attribués à Sékou Touré et son pouvoir

Sékou Touré a eu malheureusement beaucoup de complices dont nous sommes obligés de parler, car l’histoire est le rappel des faits et de leurs auteurs ainsi que les circonstances qui ont motivé les différents actes.

Comme Hitler, le Parti social-démocrate, les généraux et commandants nazis, Sékou, le P.D.G. et les dirigeants du régime dictatorial et sanguinaire, tous à des degrés différents, portent le poids de la responsabilité d’assassinats massifs de populations paisibles et de cadres innocents. Les nombreux livres en chantier et les films historiques qui s’en inspireront, immortaliseront la mémoire de ceux et celles qui ont laissé leur innocente vie dans ces ghettos tristement célèbres. Aussi, le Comité Militaire de Redressement National, soucieux de réhabiliter ces dignes filles et fils du pays, s’est-il engagé à ouvrir les dossiers de ces camps de la honte.

  • Arrestation arbitraire
  • Accusation gratuite
  • Intimidation
  • Intoxication
  • Humiliation par des injures grossières
  • Tortures physique et morale
  • Privation de nourritures, d’eau et de soins médicaux
  • Réclusion totale
  • Actes de banditisme, de terrorisme
  • Assassinats individuels et collectifs
  • Destruction de cellules familiales par toutes sortes d’abus immoraux à l’endroit des épouses et filles des détenus
  • Vols crapuleux des biens du peuple en général et ceux des prisonniers en particulier

voilà en gros ce dont le régime de Sékou « Alcapone », le guinéo-mauritano-malien, a été capable pendant 26 ans d’un règne totalitaire, sanguinaire et inhumain.

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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