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Gouvernance

Guinée: Les blogueurs guinéens s'unissent contre la fracture numérique et les menaces à la liberté d'expression

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Je reprends ce billet que j’ai publié en premier lieu sur le réseau fr.globalvoicesonline.orgsous le titre Guinée: Les blogueurs guinéens à l’assaut de la fracture numérique et des menaces à la liberté d’expression. Il a été révisé par Lova Rakotomalala, responsable des contenus originaux concernant les pays francophones publiés sur Global Voices. Les membres d’#ablogui m’ont aussi aidé à éviter quelques erreurs.

Les membres participant au deuxième #blogcamp224. Source: http://nonloin.mondoblog.org

Les membres participant au deuxième #blogcamp224. Source: nonloin.mondoblog.org

Conscients de cette situation catastrophique et de l’importance qu’Internet joue dans le développement d’une nation, des jeunes guinéens ont décédé de relever le défi, en s’organisant pour bloguer, former et diffuser la culture du blogging dans leur pays, à travers une meilleure médiatisation de leurs activités et la formation d’autres blogueurs. Ils ont organisé le deuxième #blogcamp le 23 mai 2015. C’est en février 2011,qu’avait organisé la première journée de l’Initiation au blogging pour l’émergence de médias citoyens en Guinée avec pour slogan : ” Bloguons Ensemble“. Malheureusement, cette première expérience n’avait pas donné les résultats escomptés. En effet, aucun des blogs qui avaient été créés à cette occasion n’a survécu.

Fode Sanikayi Kouyaté à l’origine de cette initiative (et qui m’a invité à participer à la relance de ces activités) en a tiré les conclusions. Cette fois-ci le #blogcamp a été précédé de la mise en place d’une structure: l’Association des Blogueurs de Guinée – ablogui, immédiatement suivi de l’action d’un bureau composé de membres vivant à l’intérieur du pays ainsi qu’à l’extérieur. Le week-end dernier, des élections démocratiques ont eu lieu en ligne.

Dans un billet écrit après l’exercice, Fode Sanikayi Kouyaté, qui a été élu Président, décrit la procédure:

Il serait hypocrite de prétendre défendre des valeurs que l’on ne peut intégrer dans son comportement. C’est pourquoi, au préalable, ablogui qui compte à jour plus de 75 blogueurs a clairement défini les règles et la procédure d’élection de son bureau composé de sept (7) membres. Il sont élus pour un mandat de trois (3) ans renouvelable une seule fois…

Tout a commencé par la mise en place d’une commission électorale qui a été présidée par Abdoulaye Bah le doyen du blogging en Guinée. Les deux autres membres étaient les blogueurs Gata Doré et Aminata Bérété. En 24h, cette commission a reçu les candidatures et a publié la liste des candidats aux différents postes. Ensuite, une campagne de 72h a été ouverte. Les candidats ont utilisé les canaux de communication internes pour présenter et défendre leur projet pour le réseau. L’étape finale qui est le vote a duré 48h pour permettre à tous les abloguinéens se trouvant partout à travers le monde, d’exercer leur droit. L’élection s’est faite en ligne avec un système de vote très sécurisé et totalement anonyme. Le système a été programmé pour être verrouillé le 15 juin à 18h00 GMT. Automatiquement, les résultats étaient déjà disponibles après quelques secondes. Comme pour dire que le bureau de vote a été fermé à 18h00 et les résultats ont été publiés à 18h00 grâce à l’outil Balotilo.

Chacun des candidats s’était livré à une sérieuse campagne électorale, soit personnellement soit avec l’aide d’un directeur de campagne.

Voici la liste des élus aux différentes positions

Président: Kouyah Kouyaté

Secrétaire général: Alimou Sow

Commission de la communication: Mlle Dieretou Dina Shiplo Diallo

Responsable de la communication des langues locales: Tafsir Baldé

Responsable de la commission organisation et formation : Kindy Dramé

Trésorier: Mohamed Bangoura

Commission technique: Sally Bilaly Sow

Pour consulter ce que chacun publie, cliquer sur son nom.

Ces blogueurs espèrent jouer un rôle positif, en informant les internautes sur tout ce qui concerne les élections et en suivant de près le comportement de chaque leader, afin de dénoncer les dérives qui pourraient mettre en danger le fragile équilibre politique et social, lors des élections qui prévues à partir du mois d’octobre, si le pouvoir et l’opposition réussissaient à s’entendre.

Taux de pénétration et taux de croissance du Mobile et d’Internet sur le continent africain. Source: demain.infhotep.com

Taux de pénétration et taux de croissance du Mobile et d’Internet sur le continent africain. Source: demain.infhotep.com

Il est difficile d’attribuer uniquement à leur action le recul de la Haute Autorité pour la Communication sur une décision maladroite que sa Présidente Mme Martine Condé avait prise réglementant les activités des médias durant la période préélectorale et qui avait suscité l’inquiétude de nombreux commentaires de la blogosphère guinéenne ainsi que des organisations des médias, jusqu’à obliger cet organe à modifier ces mesures restrictives. Parmi les membres d’ablogui, les réactions avaient été vives sur Facebook. En voici quelques extraits:

Sally Bilaly Sow En lisant le texte de la HAC ( Haute Autorité de la Communication) je pensais être vraiment en Corée du Nord. Où tout est à refaire. Du n’importe quoi.

Thierno DialloQu’ils préparent leurs prisons aussi. Parce qu’avec ou sans leur accord la liberté d’expression demeurera en Guinée. A eux de voir.

Bafodé BangouraMartine Condé sait très bien qu’elle a été illégalement installée à son poste; elle et sa Hac pensent que notre bouche la c’est elles qui l’ont creusées, elles se trompent. Elle n’est pas venue a son temps c’est pourquoi sans quoi elle n’allait pas se permettre de tenter ces genres de “chose” dans ce monde moderne où même les SOURD-MUETS n’ont plus d’obstacle pour s’exprimer facilement et librement.

J’aime · Répondre · 1 · 18 h
Mamata Sanguiana Camara C’est du n’importe quoi. On ne peut vivre dans un Etat qui se dit démocratique et que notre liberté d’expression soit limitée. Nous sommes quand même le médium idéal entre gouvernants et gouvernés, la voix des sans voix. La HAC est censée faire valoir les droits des journalistes et non les limiter. Suis d’avis qu’on n’insulte pas le président mais le critiquer ça sera impossible. Ce sont les critiques et observation du 4ème pouvoir que nous sommes qui les feront changer. La HAC est là pour imposer ce que l’Etat souhaite ou pour prôner la liberté d’expression et le droit à l information? Les professionnelles savent comment censurer leur produit pour éviter le pire en Guinée car un homme de médias peut détruire un pays vous le savez mieux que moi. Bref on.insultera pas le président mais les critiques et dénonciations avec preuves à l’appui veront toujours le jour.

Forces armees en Guinee pendant des manifestations via GuineeWeb CC-BY-20

Les bloggers ont été les premiers à dénoncer le communiqué de presse de la HAC. Celle-ci a dû faire marche en arrière, comme le rapporte radio-kankan.com en citant le communiqué de rectification, avec reconnaissance de l’indicalitesse:

au point 2 de l’article 3, il est notamment libellé : “ S’abstenir de l’usage des genres d’opinions tels : l’éditorial, le commentaire, la chronique, le billet’’ Pour l’incompréhension suscitée par cet article, la HAC présente ses excuses aux médias, aux citoyens et à tous les usagers de la presse et les invite à lire cet article nouveau ainsi libellé : ‘’Faire preuve de professionnalisme et de responsabilité dans l’usage des genres d’opinions tels : l’éditorial, le commentaire, la chronique, le billet en tenant compte de la situation socio politique qui prévaut dans le pays

Dans un pays qui n’a aucun quotidien qui sorte régulièrement, les blogueurs ont un rôle important pour s’informer et pour contribuer à la formation d’une opinion publique. J’espère qu’aucun d’entre vous n’utilisera la possibilité qui lui est offerte pour semer la haine. Pour que l’association soit respectée, il est essentielle qu’elle garde son indépendance vis à vis des hommes politiques pour se créer et maintenir une solide crédibilité.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

2 Comments

2 Comments

  1. lagodeswaysforts

    22 juin 2015 at 14 h 54 min

    c’est une tres bonne initiative,au cameroun mon pays nous y travaillons encore

    • abdoulayebah

      6 juillet 2015 at 7 h 55 min

      Merci pour votre appréciation. La démocratie c’est un peu comme la construction d’une maison commune où chacun doit apporter sa brique. S’il y en a parmi les citoyens des gens qui n’en apportent pas, la maison restera toujours inachevée. En tant que blogueurs, nous apportons nos briques en refusant que d’autres, non seulement n’en apportent pas mais volent celles des autres.

      Il y a des pays africains, dont le votre, où la clique au pouvoir s’est constituée en une association de malfaiteurs autour du dictateur et de sa famille. Il y a deux ans, j’avais lancé une pétition pour demander au Pape de ne plus recevoir devant les caméras: Biya , Nguéma, Mugabé, Nguessou et Obiang Nguéma. Mes raisons étaient qu’il avait excommunié les mafieux en Italie, mais il continuait à recevoir presque tous ces chefs de gang devant les caméras générant des images que ceux-ci allaient utiliser dans leurs pays pour continuer à rester au pouvoir à tromper leurs peuples et à piller les ressources nationales, tout en maintenant les peuples dans le dénouement le plus complet.

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Droits de l'Homme

Somalie : Les journalistes affirment que la nouvelle loi sur les médias musèlera la liberté de la presse

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[Sauf mention contraire, tous les articles renvoient vers de pages en anglais, ndt]

Avec l’adoption récente d’un projet de loi controversé sur les médias par le président somalien Mohamed Abdullahi Farmjo, les professionnel.le.s des médias s’inquiètent du sort qui pourrait être réservé aux journalistes qui luttent déjà dans un environnement médiatique hostile.

Le projet de loi, promulgué le 26 août, contient 41 articles sur les médias et la manière dont ils doivent mener leur travail. La loi restreindra le travail des professionnel.le.s des médias et donnera à l’État un pouvoir illimité sur le monde du journalisme.

Pourquoi la société civile et les médias crient-ils au scandale à propos de ce projet de loi ?

Selon Abdalla Mumin, secrétaire général du Syndicat des journalistes somaliens, un groupe de défense des droits de la presse, la loi sur les médias récemment adoptée placera la presse sous le contrôle direct du gouvernement comme si tous les médias étaient des médias d’État. Cela viole la constitution et ouvre la voie à un environnement plus restrictif dans lequel le journalisme devient un crime.

Il a écrit un tweet passionné sur la question en août après l’adoption du projet de loi :

Quand vous arrachez la langue d’un homme, vous ne prouvez pas qu’il est menteur, vous montrez seulement au monde que vous craignez ce qu’il pourrait dire.

— GEORGE R. R. MARTIN, A Clash of Kings pic.twitter.com/GsGRrPpxw2

— Abdalle Ahmed Mumin (@Cabdalleaxmed) 28 août 2020

Le projet de loi sur les médias prévoit que le gouvernement délivrera des licences aux journalistes et pourra les retirer à tout moment, pour quelque raison que ce soit, si le journaliste est jugé trop critique. C’est le ministère de l’Information qui accrédite les journalistes plutôt qu’une association de presse ou des organisations de médias indépendantes et non gouvernementales.

La loi permet clairement à l’État de contrôler et de diriger les professionnel.le.s des médias, qu’il.elle.s travaillent pour les médias d’État ou autre. Cela les prend en otage et compromet leur impartialité. Les États autoritaires sont les seuls gouvernements où les travailleurs des médias demandent des licences et une accréditation du gouvernement.

En août, le patron de la presse Abdinur Mohamed Ahmed a déclaré dans une interview accordée à BBC Somali que 16 articles avaient été omis du projet de loi et que d’autres avaient été modifiés. Mais les associations de médias dénoncent toujours le projet de loi qu’elles jugent oppressant.

L’ancien président somalien Hassan Sheikh a initialement signé le projet de loi controversé en 2016, et depuis lors, les associations de médias et les groupes de la société civile ont mené des campagnes pour la changer en raison de sa nature draconienne. Des progrès ont été réalisés lorsque le président actuel est arrivé au pouvoir et a ordonné une révision de la loi, mais cette révision à elle seule n’a pas répondu aux demandes des professionnels des médias et des défenseurs des droits civils.

Lire également : Les espoirs de trois journalistes somaliens sur Lesbos : l’asile en Europe

La Somalie copie les états dictatoriaux où la liberté de la presse est inexistante

Le 31 août, l’ancien ministre de l’Information Mohamed Abdi Hayir a fait remarquer que la Somalie n’était pas le seul pays où le gouvernement délivre des licences aux médias, lors d’un talk-show animé par Universal TV (une chaîne de télévision par satellite somalienne). En réponse, le secrétaire du syndicat des journalistes somaliens, M. Mumin, s’en est pris au ministre de l’Information, l’accusant de copier des États dictatoriaux où la liberté de la presse est inexistante.

La communauté des médias somaliens proteste également contre l’appel du projet de loi à la la formation d’un conseil, dans lequel le gouvernement aurait un pouvoir hégémonique sans précédent sur toutes les associations de médias.

Le conseil composé de neuf membres, dont trois issus de médias indépendants, trois de la société civile et trois du gouvernement, aura le dernier mot sur la responsabilisation des professionnel.le.s des médiasIl examinera également les plaintes déposées contre les médias et prendra des décisions concernant les retraits de licence des maisons de presse. Mais les organisations de médias considèrent ce conseil comme un outil de «censure» et craignent qu’ avant les prochaines élections en Somalie, cela ne pose problème pour les voix dissidentes.

Les médias somaliens sont florissants malgré des défis constants.

La Somalie, un des endroits les plus dangereux pour un journaliste

Selon l’indice d’impunité du Comité pour la protection des journalistes, la Somalie est l’un des pays les plus dangereux pour un journaliste. Le CPJ affirme que 26 meurtres de journalistes n’ont toujours pas été résolus. Bien que le nombre de meurtres ait diminué, le harcèlement des autorités persiste sous la forme de détentions illégales, d’arrestations arbitraires et de refus d’accès à l’information.

Certains professionnels des médias somaliens ont payé le prix ultime pour leur profession. De 2017 à 2020, 11 journalistes ont été tués et les auteurs de ces crimes n’ont pas encore eu à répondre de leurs actes. Cette culture d’impunité crée un environnement où les journalistes craignent pour leur sécurité et hésitent donc à faire des reportages.

Onze journalistes ont été tués dans le pays au cours des quatre dernières années : 3 en 2017; 4 en 2018; 2 en 2019 et 2 en 2020, faisant du pays l’un des endroits les plus dangereux au monde pour les journalistes.

— Somali Media Association- SOMA (@SomaliMedia13) 3 novembre 2020

Les journalistes sont également confrontés au risque de détention arbitraire, soit en raison de publications critiques sur Facebook, soit en raison d’interviews que les autorités n’approuvent pas.

La dernière victime d’une répression gouvernementale contre les médias est Abdullahi Kulmiye Addow, journaliste radio qui a interviewé un homme d’affaires à tendance islamiste qui critique le gouvernement somalien et les soldats de la paix de l’Union africaine. Après que la station de radio de M. Addow ait publié une bande-annonce pour l’interview, des agents de l’agence nationale de renseignement et de sécurité somalienne ont perquisitionné son domicile dans la nuit du 18 octobre et l’ont gardé à leur siège pendant cinq jours. Il a ensuite été libéré lorsque sa station de radio a accepté de ne pas diffuser l’interview complète en échange de sa libération.

Le rédacteur en chef Abdul Aziz Gurbiye, de Goobjoog media, une maison de presse privée, a été arrêté le 14 avril pour une publication sur Facebook dans laquelle il affirmait que le président somalien Mohamed Abdullahi Farmajo s’était approprié un ventilateur COVID-19 destiné à un usage public. Cinq jours plus tard, il a été libéré sous caution. Après deux mois de va-et-vient, une bataille judiciaire s’en est suivie qui s’est terminée par un verdict de culpabilité, et M. Gurbiye a été accusé d’avoir diffusé de fausses informations et d’avoir offensé l’honneur du président. Il a été condamné à six mois de prison, mais a été autorisé à payer une amende de 200 dollars au lieu de l’emprisonnement.

Les associations de presse et les propriétaires de médias se sont réunis pour mettre le gouvernement en garde contre l’application de la loi sur les médias. Ils affirment qu’Osman Dubbe, le nouveau ministre de l’Information, recherche le soutien de la communauté internationale et qu’il a envoyé une lettre de sollicitation à des donateurs potentiels le 7 novembre pour soutenir la mise en œuvre de la loi.

Le 18 novembre, les associations de médias ont invité M. Dubbe à venir à une table des négociations pour un examen approfondi du projet de loi.

Lors de la conférence consultative des journalistes qui s’est tenue aujourd’hui à #Mogadiscio, nous avons conjointement fait part de nos inquiétudes face aux tentatives du nouveau ministre de l’information de mettre en œuvre à la hâte la draconienne #Loi somalienne sur les médias, la sécurité des journalistes en activité & dénoncé la montée des menaces contre la presse.

Depuis la chute du régime militaire en 1991, le paysage médiatique est passé d’un seul média d’État à plusieurs. Mais avec les vestiges de l’ancienne loi draconienne encore existants et appliqués, tous les gains réalisés peuvent être vains.

Les associations de médias et les groupes de la société civile ont vivement protesté contre l’imposition de cette loi qui entravera la liberté de la presse et réduira un espace politique déjà rétréci. Sans presse libre, la justice disparaît et l’autoritarisme prend le dessus.

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Ce billet billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par le journaliste somalien Mohamed Adan Ishak pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 28 décembre 2020.

 

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Droits de l'Homme

Gouvernance rwandaise pendant la pandémie : le temps de l’introspection

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Note de la rédaction : Cet article a été initialement publié par Louis Gitinwya sur le blog du Friedrich Ebert Stiftung (en anglais et en français). Une version légèrement modifiée est reproduite ici avec l’autorisation de l’auteur. 

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndt.]

Après la désignation par l’Organisation Mondiale de Santé (OMS) du coronavirus (SARS-CoV-2) en tant que pandémie mondiale, le Rwanda était le premier pays d’Afrique à entrer dans une phase de confinement. Le 23 mars, le gouvernement a ordonné un confinement strict, restreignant les voyages et fermant les universités afin de réduire la propagation du virus dans le pays. Depuis lors, il y a eu 7 970 cas confirmés de COVID-19, avec 74 décès et 6 289 cas de guérison au Rwanda, selon l’Université Johns Hopkins.

Le modèle de gouvernance du Rwanda est construit sur deux modèles concurrents : parallèlement à l’histoire de l’« enfant chéri de l’aide », le pays est généralement considéré comme un exemple réussi de développement en Afrique. C’est également un État autoritaire basé sur un pouvoir économique et politique étroitement centralisé au sein du parti au pouvoir, le FPR (Front patriotique rwandais), qui contrôle l’appareil de sécurité de l’État et possède les principales entreprises du pays. Ce modèle de gouvernance a fondé sa légitimité sur le progrès socio-économique rapide du pays.

Certains commentateurs politiques suggèrent à juste titre d’utiliser l’épidémie comme barème pour tester la nature et la qualité de nos institutions. Et le point de départ évident est d’examiner les forces et faiblesses de l’appareil d’État et la façon dont le pouvoir répond aux besoins du peuple.

Peu de temps après que le gouvernement ait annoncé un confinement à l’échelle nationale, les citoyens se sont tournés vers les médias sociaux, plus particulièrement vers les Rwandais sur Twitter (surnommés RWoT), exhortant le gouvernement à fournir des secours alimentaires d’urgence aux familles les plus vulnérables et à mettre en œuvre des mesures économiques palliatives dès que possible.

Cette subvention de 12 millions de dollars de l’ADEPR atteindra-t-elle les pauvres touchés par le #COVID19 ? Ou sera-t-elle spoliée aux villageois et aux chefs des communautés, comme ce fut le cas lors du dernier épisode en date dans presque tout le district de Gasabo  ? Que manque-t-il à ce programme ?

En outre, il est important de comprendre le contexte national où l’on ne voit pas souvent les Rwandais critiquer publiquement l’État ; en particulier sur les réseaux sociaux en raison de la réticence du régime à tolérer les critiques. Souvent, les gens ont peur d’exprimer leurs préoccupations à cause de la répression étatique et de l’utilisation de son pouvoir coercitif.

Certains citoyens sont allés loin en demandant plus de transparence sur la gestion du « Fonds Agaciro » (Agaciro, qui signifie « dignité » en kinyarwanda, est essentiellement un fonds fiduciaire national). Les Rwandais se demandent aussi pourquoi le gouvernement n’a pas encore décidé d’utiliser une partie de ses propres fonds pour atténuer les effets socio-économiques de cette crise plutôt que de demander à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international des plans de sauvetage et des prêts.

En raison du confinement de 6 semaines au #Rwanda à la suite de la pandémie de #Covid19, les approvisionnements alimentaires sont le besoin le plus urgent pour les pauvres et les nécessiteux. Solace Ministries essaie de soutenir ses bénéficiaires avec une aide alimentaire. Pour en savoir plus, accédez à https://t.co/BsoqoXcodp.

Les citoyens s’inspirent du monde extérieur pour savoir comment d’autres pays ont réagi aux effets économiques de cette crise. Par ailleurs, il est essentiel de comprendre le réveil soudain des citoyens, en particulier dans un contexte d’une nation où les opinions officielles du gouvernement dominent les médias nationaux, avec une liberté d’expression limitée couplée d’une société civile très affaiblie.

Quand bien même le produit national brut ait oscillé autour de 7% [fr] au cours de la dernière décennie, la majorité des Rwandais, pour la plupart jeunes et instruits, restent pauvres, sans emploi et en situation de précarité financière. En revanche, on observe une expression forte et croissante des frustrations des citoyens, en particulier dans les zones urbaines, envers le discours officiel sur le développement et le progrès socio-économique du pays.

Pendant ce temps, les États membres voisins de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) comme le Kenya ont déjà annoncé des plans de relance économique pour faire face à l’impact économique dévastateur de l’épidémie de coronavirus. L’Ouganda, également, a déjà demandé [pdf] un budget supplémentaire de 284 milliards de shillings ougandais (environ 75 millions USD) pour lutter contre l’épidémie de COVID-19 et ses effets. Pour sa part, le Rwanda a annoncé une stratégie globale d’atténuation économique pour aider les entreprises et le secteur privé à faire face aux effets économiques de cette crise, bien que les détails de ce plan ne soient pas encore rendus publics et que neuf mois plus tard, le secteur privé n’ait pas reçu un centime.

Plusieurs mois après la mise en œuvre de la décision de confinement, le gouvernement est resté muet sur la demande des citoyens en matière d’aide alimentaire ; en particulier sur les controverses qui ont émergé dans les médias locaux dénonçant le fait que les autorités ont accordé si peu ou pas de soutien aux familles vulnérables.

Fait intéressant, cette crise a mis en lumière les frictions politiques croissantes au sein du gouvernement, compte tenu des récents limogeages du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Patrick Nyamvumba, et du ministre d’État au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération est-africaine, l’ambassadeur Oliver Nduhungirehe. On peut donc affirmer que ces turbulences illustrent l’absence d’une stratégie claire du gouvernement pour faire face à cette crise. Officiellement, les deux ministres ont été limogés pour avoir menti au chef de l’État, pour négligence et pour avoir constamment agi en fonction de leurs opinions personnelles plutôt que de mettre en œuvre des politiques nationales dans le cadre de leurs rôles respectifs.

Aujourd’hui, il semble qu’à travers cette pandémie, le mythe d’un État organisé et efficace soit brisé.

Avec cette crise pandémique, des questions se posent sur la maturité et la légitimité de notre modèle de gouvernance. Un modèle autoritaire de développement est-il efficace ou non pour absorber les inégalités sociales et les conflits ? Malgré son hégémonie, le modèle politique actuel reste vulnérable.

À la lumière de la frustration croissante d’une population qui souffre déjà de difficultés diverses, notamment le chômage et la pauvreté, il est clair que la réticence du régime à tolérer la critique peut compromettre la longévité de son modèle.

Le plein potentiel perturbateur de la crise du coronavirus prendra des mois, voire des années, pour se révéler. En attendant, et si cela vous préoccupe, alors il pourrait être utile de réfléchir à la façon dont cette épidémie pourrait éventuellement changer notre société pour le mieux.

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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par Louis Gitinwya pour le blog du Friedrich Ebert Stiftung (en anglais et en français). Le réseau globalvoices.org l’a repris et publié le 31 décembre 2020

Louis Gitinwya est un avocat rwandais, membre du Media Defence East African Lawyers Network, une ONG basée au Royaume-Uni.

Il a été.

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Droits de l'Homme

Une nouvelle taxe sur les appareils mobiles menace l’inclusion numérique en République démocratique du Congo

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Photo de Pixabay.

En septembre 2020, le gouvernement congolais, par l’intermédiaire du ministre des Postes, des Télécommunications et des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, a annoncé la mise en place du Registre des Appareils Mobiles (RAM). 

Dans cette annonce, le ministre a exprimé sa grande confiance dans le fait que le registre serait un outil essentiel pour la protection des utilisateurs congolais d’appareils mobiles :

Nous sommes heureux de mettre en œuvre le RAM. Cette base de données nous permettra de limiter le marché des appareils mobiles contrefaits, de lutter contre le vol d’appareils mobiles et d’améliorer la qualité du réseau de téléphonie mobile en bloquant les appareils non conformes aux normes internationales.

Avec ce nouveau registre, tous les appareils mobiles sur le territoire congolais doivent payer une redevance mensuelle allant de l’équivalent de 0,17 USD pour les appareils 2G à plus de 1,17 USD pour les appareils 3G et 4G sur une période de six mois.

Selon le site datareportal [en] le nombre de connexions mobiles en République démocratique du Congo a augmenté de près d’un million entre 2019 et 2020. Les organisations de la société civile ont exprimé des craintes de voir cette tendance s’inverser en raison de la mise en place de cette nouvelle taxe sur les appareils mobiles.

«Ce décret vient ainsi ajouter une 6e taxe aux cinq autres dont bénéficie déjà l’Autorité de régulation des postes et télécommunications du Congo qu’elle prélève sur les opérateurs de son secteur», déclaré l’organisation à but non lucratif Rudi International dans un communiqué condamnant la RAM.

GSMA [en] une organisation internationale représentant les intérêts des entreprises de téléphonie mobile, avait proposé au gouvernement, par l’intermédiaire du ministre en charge des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, un système gratuit qui n’aurait eu aucun impact sur le coût d’utilisation d’un appareil mobile dans le pays.

GSMA a même présenté au gouvernement congolais des méthodes de financement alternatives basées sur les modèles adoptés dans d’autres pays sub-sahariens, qui utilisent une combinaison de réglementation et d’un cadre juridique pour empêcher la falsification et la vente d’appareils mobiles volés ou contrefaits.

Une étude réalisée par le cabinet Ernst & Young dans le cadre d’une analyse des bénéfices potentiels d’une structure fiscale plus efficace pour le secteur de la téléphonie mobile en RDC, a conclu que la fiscalité était également un frein à l’inclusion numérique en République démocratique du Congo.

«Au lieu de faire des efforts pour renforcer le taux de pénétration de la téléphonie mobile dans le pays, cette taxe n’aura que l’effet inverse car les téléphones deviendront beaucoup plus chers sur le marché», a déclaré Rudi International dans son communiqué critiquant la taxe. Selon l’organisation à but non lucratif, la RAM devrait simplement être suspendue.

Le Collectif 24 a également déclaré qu’une taxe sur les appareils mobiles porterait un coup dur à la liberté d’expression et au droit d’accès à l’information :

La mise en place de cette nouvelle taxe, ne fera que réduire le nombre d’utilisateurs des télécommunications en RDC et contribuera à renforcer le fossé numérique. En effet, l’accès aux services des télécommunications deviendra de plus en plus cher pour le paisible citoyen déjà touché par la crise économique actuelle. La mise en place de ce service aura une incidence négative pour les opérateurs de la téléphonie mobile, car leur chiffre d’affaires connaîtra une baisse sensible avec la réduction du nombre des abonnés. Le secteur risquerait de subir une stagnation avec notamment la réduction des investissements. Ce qui ne manquera pas également de toucher négativement le PIB national.

Évoquant la violation du principe universel consacré à l’article 4 point 30 de la loi-cadre du 16 octobre 2002 [pdf] relative aux télécommunications en République démocratique du Congo, le député national Auguy Kalonji a approché le Premier ministre avec la requête que la taxe sur les appareils mobiles soit annulée :

L’esprit du principe du service universel oblige les pouvoirs publics à fournir à la population des services de communication électronique à un prix abordable, quelle que soit sa situation géographique sur le territoire national.
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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit pour globalvoices.org par Providence Baraka informaticien travaillant sur les droits humains numériques et les questions liées à la gouvernance de l’Internet en RD Congo et au-delà du continent africain.
Le billet a été publié sur globalvoices.org le 2 janvier 2021

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Autres

Sept gouvernements africains utilisent des logiciels espions de surveillance, selon une nouvelle étude

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[Tous les liens renvoient vers des pages web en anglais, ndt.]

Les gouvernements de sept pays africains – le Botswana, la Guinée équatoriale, le Kenya, le Maroc, le Nigéria, la Zambie et le Zimbabwe – utilisent la technologie des logiciels espions, selon un nouveau rapport de Citizen Lab, une unité de recherche interdisciplinaire de l’Université de Toronto, au Canada.

L’étude a identifié au moins 25 pays à travers le monde qui ont déployé un logiciel de surveillance produit par Circles, une entreprise affiliée au groupe israélien NSO. L’étude indique que Circles affirme ne traiter qu’avec les États-nations.

Le rapport, rédigé par Bill Marczak et quatre autres, a découvert «une signature unique associée aux noms d’hôte des pare-feu Check Point utilisés dans les déploiements de Circles, nous permettant d’identifier leurs déploiements». Check Point est une société de cybersécurité américano-israélienne de premier plan.

Selon l’étude, la technologie de Circles fonctionne en exploitant une faille de signal commune dans le système mondial de téléphonie mobile pour permettre la surveillance des appels et des SMS ainsi que le suivi des téléphones.

La technique de surveillance utilisée par Circles s’appelle Signaling System 7 (SS7), une «suite de protocoles développée en 1975 pour échanger des informations et acheminer les appels téléphoniques entre différentes sociétés de télécommunications filaires», indique le rapport. Le SS7 est actuellement utilisé dans les réseaux mobiles 2G et 3G lors de la facturation trans-frontalière des appels itinérants.

Thomas Brewster, un analyste en cybersécurité chez Forbes qui a rendu compte de l’étude Citizen Lab, explique en outre que lorsque l’on se rend dans un autre pays, «le réseau SS7 est utilisé pour transférer votre téléphone vers un fournisseur de télécommunications partenaire et ajuster la facturation en conséquence.» Cependant, une distorsion se produit dans ce processus normal si «un fournisseur de surveillance» est capable d’accéder aux réseaux SS7, «soit par piratage, soit par acquisition». Le SS7 envoie alors «des commandes au “réseau domestique” d’un abonné, indiquant à tort que l’abonné est en itinérance. Cela révélera ensuite son emplacement, mais uniquement via les coordonnées de l’antenne de téléphonie cellulaire la plus proche du téléphone », explique Brewster. 

Les clients de Circles en Afrique, identifiés par Citizen Lab, sont les suivants : la Direction des services de renseignement et de sécurité du Botswana (DISS), le ministère marocain de l’Intérieur, l’Agence nigériane de renseignement de l’armée (DIA) et une agence inconnue en Zambie.

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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais a été écrit par le poète et essayiste nigérian Nwachukwu Egbunike pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 28 décembre 2020.  

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Gouvernance

Peuls, Forestiers et minorités depuis toujours marginalisés dans l’armée guinéenne

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Pas de place pour les peuls, les forestiers et les minorités dans les hautes sphères de la hiérarchie. Source: journalguinee.com
Depuis son irruption sur la scène politique guinéenne, le Président Alpha Condé a utilisé la fibre ethnique pour conquérir le pouvoir. Mais c’est depuis la présidence de Sékou Touré et de Lansana Conté que les politiques ont usé de leur talent pour allumer et attiser les tensions ethniques en Guinée. Pour mieux mener à terme leur dessein ils ont marginalisé les Peuls, Forestiers et les minorités. 

Le regretté Mamadou Kaly Bah, disparu au début de novembre 2020 avait acquis une certaine notoriété au début des années ’90 par la pertinence de ses critiques et analyses de la perversion de la politique guinéenne, au point de recevoir des menaces.

Dans ce pamphlet intitulé Regard Rétrospectif sur l’Armée Guinéenne publié le 1er Novembre 1993, il analyse les pervers de l’armée guinéenne qui s’est soldée par l’exclusion des peuls, forestiers et autres minorités dans les postes de commandement sous les gouvernements de Sékou Touré et Lansana Conté.

Je n’ai pas les données actuelles, mais il est fort probable que la marginalisation  de ces composantes de la société guinéenne n’ait pas changé, tant Alpha Condé a utilisé l’ethnie comme moyen pour se maintenir au pouvoir, notamment sa réthorique anti-peule. 

L’occasion du 35ème Anniversaire de la création de notre Armée Nationale, me donne l’opportunité de jeter un regard rétrospectif sur elle.

L’Armée Guinéenne, on le sait, vit le jour le 1er Novembre 1958, soit un mois après notre accession à l’indépendance nationale dans l’euphorie à la suite de notre vote négatif au référendum gaulliste du 28 Septembre 1958.

Nos compatriotes qui servaient alors dans l’Armée coloniale la rallièrent spontanément et volontairement en masse en rejetant les promesses alléchantes de nos anciens maîtres. Et ceux d’entre eux qui se trouvaient en dehors de la Guinée eurent à subir brimades et humiliations pour leur décision de regagner leur patrie, la République de Guinée.

C’est dire qu’elle a démarré avec des hommes dévoués à leur patrie et fermement engagés à la défendre. Mais force est de constater aujourd’hui que cette Armée n’a retenu l’attention de nos Gouvernants que dans les périodes turbulentes – pour la répression.

Les dirigeants de notre Etat temporaire  – eh oui, je dirai Etat Temporaire car 35 ans après notre indépendance on n’a pas encore commencé à fixer l’Etat guinéen sur le sol guinéen par la réalisation des attributs et des symboles de l’Etat : Présidence de la République, Casernes, Commissariats de Police, Brigades de Gendarmerie, Palais de Justice, Centres pénitentiares, Blocs administratifs, etc. se sont peu soucié du devenir heureux de cette Armée. Nos dirigeants de 1958 à nos jours se sont montrés incapables de rénover les casernes que l’armée a héritées des colons à plus forte raison les étendres (même le Gouvernement militaire a été incapable de faire en dix ans).

Et pourtant nousdevons mettre tous les corps militaires et para-militaires en casernes. C’est le minimum que nous puissions faire si nous voulons d’une Armée efficace, dynamique et disciplinée.

Le népotisme, l’ethnocentrisme et le favoritisme et leur corollaire la délation, la suspicion et l’iniquité ont empêché notre Armée de connaître des jours heureux. On a ainsi perverti notre Armée initialement dévouée et engagée. Et on en a fait autre chose qu’une école et un haut lieu de patriotisme.

Pour illustrer mon assertion sur le népotisme et l’ethnocentrisme, je propose

  • un tableau sur le commandement de Monsieur Sékou Touré en Mars 1984 que j’ai tenté de reconstituer et
  • un autre tableau sur le commandement actuel de Mr. Lansana Conté.

Tableau sur le commandement de Monsieur Sékou Touré (Mars 1984)

  • Etat Major Général Inter-Armes
    Chef : Général Toya Condé
  • Etat Major Armée de Terre
    Chef : Général Soma
  • Adjoint : Colonel Lansana Conté
  • Zone militaire de Kindia
    Commandant : Capitaine Babacar N’Diaye
  • Zone militaire de Boké
    Commandant : Cdt. Finando Tiani
  • Zone militaire de Labé
    Commandant : Cdt. Lancei Camara
  • Zone militaire de Kankan
    Commandant : Cdt. Mory Traoré
  • Zone militaire de Faranah
    Commandant : Cdt. Noumoukè Keita
  • Zone militaire de N’Zerekore
    Commandant : Idrissa Condé
  • Bataillon du Quartier Général (Camp Almamy Samory Touré)
    Commandant : Capitaine Kerfalla Camara
  • Bataillon Spécial de Conakry (Camp Alfa Yaya Diallo)
    Commandant : Cdt. Sidiki Condé
  • Bataillon des Chars
    Commandant : Capitaine Baourou Condé
  • Bataillon des Troupes aéroportées (Parachutistes)
    Commandant : Capitaine Lanciné Fangama Kéita
  • Etat-Major de l’Armée de l’Air
    Chef : Cdt. Abdourahmane Kéita
  • Etat-Major de la Marine
    Chef : Capitaine Mohamed Lamine Sacko
  • Etat-Major de la Gendarmerie Nationale
    Chef : Cdt. Makan Camara
  • Etat-Major de la Milice Populaire
    Chef : Capitaine Mamadi Bayo

Dans ce tableau de Monsieur Sékou Touré, sur les 17 postes clefs, nous avons :

Ethnie
Officiers supérieurs
Malinké (ethnie du Président Touré)
13
Soussou
4
Peulh
0
Forestier
0
Minorités
0

 

Hierarchie superieure de l'armee sous Sekou Toure
Et voici le tableau de Monsieur Lansana Conté

  • Etat Major Général Inter-Armes
    Chef : Lieutenant-Colonel Sanoussi Condé
  • Adjoint : Lieutenant-Colonel Oumar Soumah
  • Etat Etat Major Armée de Terre
    Chef: Lieutenant-Colonel Kaba 43
  • Adjoint : Cdt. Naby Camara
  • 1ère Région militaire – Kindia
    Commandant : Cdt. Sinkoun Keita
  • Garnison de Boké
    Commandant : Cdt. Cissoko
  • 2ème Région militaire – Labé
    Commandant : Cdt. Souleymane Camara
  • 3ème Region militaire – Kankan
    Commandant : Cdt. Sény Bangoura
  • Garnison de Faranah
    Commandant : Commandant Momo Camara
  • 4ème Région militaire – N’Zérékoré
    Commandant : Cdt. Saliou Coumbassa
  • Bataillon du Quartier Général (Camp Almamy Samory Touré)
    Commandant : Cdt. Ibrahima Cissé
  • Bataillon Spécial de Conakry – Alfa Yaya Diallo
    Commandant : Cdt. Souaré
  • Garnison du Km 36
    Commandant : Capitaine Sama Panival Bangoura
  • Bataillon des Chars
    Commandant : Capitaine Aly Badara Soumah
  • Bataillon des Troupes aéroportées (Parachutistes)
    Commandant : Capitaine Kader Doumbouya
  • Armements et Munitions
    Chef : Capitaine Abdourahmane Kébé
  • Etat-Major de l’Armée de l’Air
    Chef : Cdt. Abdourahmane Kéita
  • Etat-Major de la Marine
    Chef : Lieutenant-Colonel Amara Bangoura
  • Région Opérationnelle du Nord
    Commandant : Cdt. Morlaye Camara
  • Région Opérationnelle du Sud
    Commandant : Cdt. Fodé Moussa Camara
  • Etat-Major de la Gendarmerie Nationale
    Chef : Cdt. Mamadouba Bangoura
  • Adjoint : Capitaine Abdourahmane Kaba
  • Commandant du 1er Bureau : Capitaine Sampil
  • Commandant du 2ème Bureau : Capitaine Amy Fodé
  • Commandant du 3ème Bureau : Capitaine Somparé
  • Officier Section Judiciaire : Capitaine Sankon

Et dans ce tableau de Monsieur Lansana Conté sur les 29 postes-clés nous avons :

Ethnie
Officiers supérieurs
Soussou (ethnie du Président Conté) 20
Malinke 8
Peulh 1
Forestier 0
Minorités 0

 

Hierarchie superieure de l'armee sous Lansana Conte
Tout un chacun peut se faire une idée sur les mobiles et les arrières-pensées qui motivent les auteurs de ces aberrations. Mais force est de constater que dans les deux cas on a ignoré le Peulh, le Forestier et les minorités.

Alors a-t-on peur d’eux ? Ou bien ne les aime-t-on pas ? Ou encore ne sont-ils pas dignes de confiance ? Et pourtant la Guinée étant au pluriel, il faut absolument faire confiance à tous les Guinéens de toutes les ethnies sinon nous allons sûrement casser la Guinée un jour et tout le monde en pâtirait.

Alors je demande solennellement à tous les Chefs et Commandants actuels des Armées de se remettre en cause et démissionner afin de permettre à Mr. Lansana Conté de répartir les postes de commandement proportionnellement entre toutes les ethnies guinéennes. Moi je conteste à Mr Lansana Conté le droit de nommer uniquement les siens – s’il ne me fait pas confiance moi non plus je ne lui ferai pas confiance car son principe sacro-saint selon lequel «ton parent peut te tromper mais il ne te trahira jamais » est aussi vrai pour moi. Et je suis bien averti par l’assassinat de feu Mamadou Alpha Diallo, cuisinier à Sogetrag, à Matam le 28 Septembre 1993 à 10h 30 par ce militaire qui a haineusement crié en tirant sur lui à bout portant :

N’gbe fe muna carte fema Fule naara.
« Je me moque du problème de carte car c’est un Peulh. »

Et ce n’est pas non plus la vaine tentative de l’avocat du diable Mr. Mohamed Sampil, Directeur adjoint de Sogetrag, de faire dire au témoin oculaire, Abdoul Kabirou Diallo, conducteur à Sogetrag, que Mamadou Alpha Diallo a été victime d’une balle perdue ou les menaces proférées contre lui à la suite de son refus de cacher la vérité comme on le voulait, qui me feront démordre. Je suis aussi averti par la descente du « vaillant et valeureux chef guerrier » Sama Panival Bangoura à Simbaya, le 29 Septembre 1993, à la tête d’une compagnie de Bérets Rouges assoiffés de sang. Laquelle compagnie sema la terreur dans le quartier et se distingua horriblement en assassinant gratuitement et lâchement des gamins

  • Ibrahima Diallo, 14 ans
  • Abdourahmane Diallo, 13 ans

dont le seul crime était d’appartenir à une autre ethnie qu’eux.

L’Armée et les forces de sécurité doivent être au service de la Nation et non à la dévotion d’un individu ou d’une ethnie. C’est pourquoi nous ne devons plus et ne pouvons plus accepter, admettre ou tolérer que leurs chefs soient de la même ethnie.

Il faut aussi renvoyer toutes les recrues de cette année afin de mettre définitivement fin à la tentative de soussouiser l’Armée Guinéenne. Nos forces armées doivent fidèlement refléter la physionomie de la Guinée tout entière : ce qui nous éviterait les malheurs du Togo ou du Burundi.

Et pourquoi les commandos que les Marines américains sont entrain de former à Labé dans les anciens locaux de l’ex-4ème Compagnie des Paras sont à 80% Soussous ?

Pourquoi encore certains militaires n’ont eu aucun avancement alors que les favoris sont avancés de 4 à 5 fois depuis 1984 ?

Les camarades de classe de Harouna Conté, jeune frère de Monsieur Lansana Conté, – classe 1970 – se demandent et moi avec eux comment et pourquoi ce sieur qui ne sait ni lire ni écrire est aujourd’hui Sous-Lieutenant alors que eux ils sont sergents ou sergents-chef et eux ils savent lire, compter et écrire ?

Il y a aussi lieu de se demander pourquoi Nestor Bangoura, frère de Mme Henriette Conté, qui s’est rendu coupable de vol de plus de 400,000 000 de FG à Kindia a été promu Sous-lieutenant et affecté à Monrovia (Ecomog) dans les mêmes fonctions de Trésorier au lieu d’aller en prison ?

Notre Armée est assurément malade de ses chefs mais j’espère qu’elle se portera mieux après le changement que Mr. Lansana Conté est obligé de faire. Chacun se sentira mieux car seront du passé les anomalies par exemple de la Marine que son Chef, le Lt. Col. Amara Bangoura a transformée en une entreprise soussou à sa dévotion :

  1. Chef d’Etat-Major : Lt-Col. Amara Bangoura
  2. Adjoint : Cdt. Morlaye Camara
  3. Commandant ROM Nord : Cdt. Fode Boubacar Camara
  4. Commandant ROM Sud : Cdt. Fode O. Moussa Camara
  5. Administration : Cdt. Kanfory Sylla
  6. Commandant Dock Flottant : Cdt. Aboubacar Diarra

Cette entreprise soussou, disé-je, est au seul service de son Président-Directeur général, le Lt.-Col. Amara Bangoura, et ses sources sont :

  1. Les recettes du transport effectué par les chalans
  2. Les recettes du Dock Flottant (en devises)
  3. Les saisies en mer
  4. Le trafic de carburant et lubrifiants

Ou encore, le cas de l’aviation militaire où le Lt. Colonel Raymond Bangoura, le Chef d’Etat-major, est personnellement et directement impliqué dans le trafic de kérosène.

Armée Guinéenne, il est regrettable de constater que tous les véhicules en situation irrégulière du point de vue immatriculation ou taxes uniques appartiennent à des hommes en tenu. Quel dommage, il est souhaitable que les auteurs de ces pratiques anormales fassent amende honorable afin de préserver le prestige et la réputation de l’Armée.

Officiers, sous-officiers et hommes de troupes de l’Armée Guinéenne, pour l’amour de la patrie, refusez d’être les bourreaux de vos concitoyens. Votre noble mission est de défendre la Guinée et tous les citoyens guinéens et leurs biens. Vous ne devez en aucun cas verser le sang de vos concitoyens.

Armée Guinéenne, la traversée du désert a été jusqu’à maintenant rude et longue, mais un jour que je souhaite être très prochain elle finira. Et tu auras tes casernes, ton équipement et même ton Centre hospitalier entre autres, ta patrie te le doit, elle te le donnera. Les injustices et les iniquités disparaîtront définitivement de la réalité de l’Armée, qui deviendra le creuset de l’unité nationale.

Armée Guinéenne, Bon Anniversaire.
Vive la Guinée – Vive la République.

Conakry, le 1er Novembre 1993

Mamadou Kaly Bah

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Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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