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Camp Boiro

Le faux témoignage qui emporta El Hadj Boubacar Telly Diallo

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Le 25 mai est la journée mondiale de l’Afrique célébrée pour marquer la signature des accords d’Addis-Abeba pour sur la création de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) devenue Union Africaine.

Cette année aussi les dirigeants africains célèbreront cette Journée tout en oubliant qu’après avoir été jeté nu dans une cellule jusqu’à ce que mort survienne au Camp Boiro, le premier  Secrétaire général  de l’OUA, Elhadj Boubacar Telli Diallo git toujours dans une fosse  non identifié. 

Dans ce post repris du livre de son livre La mort de Diallo Telli: 1er Secrétaire général de l’O.U.A. (Organisation de l’unité africaine), Amadou Diallo nous présente comment il fut prélevé de sa cellule pour être confronté avec El Hadj Diallo Telly Diallo sur qui il avait dit tous les mensonges que ses tortionnaires avaient fabriqués contre cette éminente personnalité.

 

J’appris par la suite que depuis avril 1976, c’est-à-dire depuis mon arrestation, Siaka avait assisté à tous les conseils de ministres à la seule fin de surveiller Telli. C’est Siaka lui-même qui me l’a dit. De même qu’il m’a répété à plusieurs reprises entre le 24 juillet, date de l’arrestation, et le 11 ou 12 août, fin de sa première diète noire, que Telli refusait d’avouer. En même temps que la diète noire, Diallo Telli subissait les interrogatoires dans la cabine technique. Voulant absolument obtenir de lui qu’il admette sa « trahison », le chef de l’Etat en personne demanda à ses exécuteurs des basses besognes que lui soient appliquées plus fréquemment et plus longuement les électrodes sur les parties génitales. Jusqu’à ce qu’il cède. Ce traitement inhumain lui a été infligé pendant dix-neuf jours. Pendant dix-neuf jours Telli résista.

Affolés par les coups de fil intempestifs du Président et désorientés par la résistance de Telli, Moussa Diakité et Siaka Touré firent alors une fausse manœuvre. Afin de convaincre leur prisonnier de collaborer, ils crurent bon de lui faire savoir que son arrestation avait été décidée depuis longtemps déjà. Pour étayer cette affirmation, ils lui révélèrent l’existence depuis 1974 d’un rapport rédigé par M. Martin, Procureur de la République. Telli leur dit qu’il connaissait l’existence de ce rapport et insista auprès d’eux afin qu’ils obtiennent du Président qu’il informe objectivement l’opinion publique sur l’origine réelle du complot.

En clair, Telli refusait de laisser croire à tout le Fouta Djallon que son arrestation et sa mort probable étaient imputables à l’un de ses fils, c’est-à-dire à moi-même. Malgré ses souffrances, Telli était décidé à ne pas céder. Il ne voulait pas être complice de la politique de division et de diversion menée en Guinée depuis 1958.

Pour Sékou Touré le but à atteindre était simple : ses collaborateurs devaient concentrer leurs efforts sur la mise en lumière d’une alliance entre Telli et Siradiou Diallo par l’intermédiaire du jeune Amadou de la SOGUIFAB. L’existence et les activités du RDR, trop peu connues du public, devaient rester dans l’ombre.

Informé du piétinement de l’enquête, Sékou Touré désapprouva l’initiative de ses collaborateurs. Ceux-ci parvinrent cependant à le convaincre qu’avec Telli il convenait d’aller droit au but si on voulait obtenir de lui une déposition qui aille dans le sens souhaité. Pressé de parvenir à ses fins, Sékou Touré ordonna alors que Telli et moi soyons confrontés en présence de Moussa Diakité, assisté de Siaka Touré et de Manma Tounkara.

Un soir du mois d’août, vers 22 h, l’adjudant-chef Bembeya vient me prendre dans ma cellule pour me conduire devant le Comité Révolutionnaire. Siaka désire me voir car, paraît-il, il s’inquiète de mon état de santé, de mon alimentation, etc. Je lui réponds que depuis trois mois, lui et moi, nous nous retrouvons régulièrement dans la cabine technique où, sous ses ordres et même par sa main, le courant n’épargne ni mes oreilles, ni ma bouche, ni mon sexe. Il peut donc disposer de moi comme il l’entend sans se fatiguer à tenir des discours inutiles.

Sans opposer la moindre résistance, je prends place à ses côtés dans une des voitures de luxe mises à la disposition de Siaka et nous faisons le trajet du bloc au bureau du Comité Révolutionnaire. Sans escorte cette fois. Dès notre arrivée, Siaka évoque les nombreuses démarches que ma mère et ma soeur Diamy ont effectuées auprès de lui afin d’avoir des informations de première main. Il conclut sa littérature sentimentalo-policière en m’annonçant que je vais être confronté à Diallo Telli. « Il n’est pas question de faire marche en arrière et de te dédire. Tu dois maintenir tes aveux. Que ce soit entendu. » Et il sort me laissant en présence de Moussa Diakité. Les autres collaborateurs du Maître de Boiro sont présents.

A la perspective de cette confrontation avec l’homme qu’on m’a forcé à dénoncer, je tremble de tous mes membres. Je demande une cigarette. L’attente ne dure pas plus de cinq minutes. Cinq minutes qui me paraissent une éternité.

Je fume encore lorsque Diallo Telli entre, escorté par plusieurs gardes et l’adjudant-chef Leno. Il est vêtu de son ensemble trois poches de couleur grise dans lequel il avait été arrêté. Son visage accuse les souffrances subies. Ses bras portent les blessures faites par le fil électrique avec lequel sont attachés les interrogés de la cabine technique. Je savais que Diallo Telli avait été torturé mais d’en avoir la preuve me donne un choc. Malgré son épuisement son attitude reste digne. Il se dirige vers moi. Très vite je me lève et jette ma cigarette. Il me serre la main, la garde quelques instants dans les siennes et s’enquiert de mon état de santé.

Siaka qui, à l’arrivée de Telli, a réintégré le bureau, nous demande de nous asseoir.

Puis se tournant vers Telli, il lui dit :

— « Voici Amadou qui a avoué que tu étais l’âme du complot. Et tu refuses de le reconnaître ! » Telli sourit et répond qu’il est sûr que je n’ai rien contre lui.

— « C’est vrai que je suis lié à sa famille ; mais lui est très jeune. Nous n’appartenons pas à la même génération et par conséquent nous ne nous fréquentions pas. Il est donc inutile de s’étendre sur le sujet. Je ne voudrais pas qu’après ma mort Amadou ait sur la conscience une responsabilité quelconque dans ce qui m’arrive aujourd’hui. Donc, cela suffit. A présent j’ai tout compris. »

Siaka lui demande alors s’il accepte d’aider la Révolution. Telli lui dit qu’il est inutile de continuer la torture.

— « Cela veut donc dire que tu acceptes ? » insiste Siaka.

Telli :

— « Oui, mais à condition que le Président accepte de publier ma vraie déclaration. » Siaka entame alors un long discours sur le complot peul :

— « Le Président a l’impression que vous, les Peuls, vous avez une haine contre lui. Votre haine vous fait oublier que c’est l’Almany Samory Touré qui s’est opposé, seul, à la colonisation française en luttant avec de faibles moyens contre une grande armée coloniale.

Après soixante années de colonisation, le Président Sékou Touré a libéré la Guinée grâce aux lutte du PDG. Dans son humanisme naturel, le Président a intégré tous les cadres peuls qui s’étaient opposés à la dignité de la Guinée et leur a accordé des postes de gouverneurs, d’ambassadeurs et de ministres. Mais n’étant pas originaire de la Guinée, vous voulez la détruire et aller ailleurs. En tout cas, l’Histoire s’interroge sur votre patriotisme. Comme vous le savez, moi-même, j’ai fait une partie de mes études à Grenoble d’où j’ai été renvoyé à cause des luttes pour l’indépendance. C’est ainsi que j’ai été amené à embrasser la carrière militaire en URSS.

Par un côté de ma famille, je peux me réclamer des Peuls. C’est pourquoi je vous vois dans cet état avec beaucoup de peine. Mais mon travail m’oblige à obtenir de vous toute la vérité sur ce complot. Je ne veux pas entendre parler d’un certain RDR. Tous les complots auxquels nous avons eu à faire face jusqu’ici ont pris leur source à Paris. Nous connaissons parfaitement tous vos hommes à l’extérieur. Nous connaissons la plus grande de vos organisations. Nous recevons même ses publications. Nous ferons tout pour éviter la situation de 1971 où des gens mourraient dans la cabine technique avant d’avoir aidé la Révolution. Tous mes hommes sont ici, ils vous écoutent. Ils n’auront pas besoin de me consulter pour agir. Je laisse la parole au président de la commission. »

Moussa Diakité prend alors la parole :

— « Siaka nous a beaucoup facilité la tâche. Je ne reviendrai pas sur ce qu’il a dit, mais j’insisterai sur un point. Comme l’a si bien dit Siaka, nous sommes tous des Peuls. C’est bien dommage que ce soit dans ce genre de cadre que nous évoquions ce grand lien qui devrait nous rapprocher les uns des autres ?

Telli, en ma qualité de président de cette commission, le chef de l’Etat me charge de te remettre son engagement écrit concernant l’orientation que tu veux donner à ta déposition. Parallèlement, il te demande pour l’amour de Dieu de nous décrire les circonstances dans lesquelles Amadou et toi avez jeté les bases de ce complot. Pour te dire jusqu’où le chef de l’Etat te respecte et le désir qu’il a de te récupérer, il t’autorise à lui téléphoner du bureau de Siaka. Dans ces affaires, le chef de l’Etat a eu de très grands amis égarés mais avec eux il n’est jamais allé aussi loin qu’avec toi. Tu connais son numéro de téléphone. Va avec Siaka car il y a longtemps que le chef de l’Etat t’attend. »

Siaka quitte la pièce. Au bout de quelques instants il revient et déclare que le chef de l’Etat attend Telli au bout du fil. Telli et Siaka sortent ensemble. Nous attendons environ un quart d’heure. Puis ils reviennent tous deux. Telli dit à Moussa Diakité :

— « Moussa, toutes les conditions sont réunies pour empêcher un chef d’Etat de mentir, malheureusement la plupart d’entre eux mentent. J’accepte la proposition. Je suis entièrement. à votre disposition à partir de maintenant pour signer et enregistrer la déposition que vous avez rédigée, vous-mêmes. Par ailleurs, Amadou étant un fumeur, je demande à Siaka de lui fournir régulièrement des cigarettes et du lait par l’intermédiaire de Mamadou Fofana qui assure la gestion de vos magasins. Dans l’immédiat, donnez-lui à manger. »

Siaka dépêche Léno qui nous apporte du foie de porc grillé, de la bouillie de riz arrosée de lait caillé et du pain. Telli, ne consommant pas de viande de porc, ne prend qu’un peu de bouillie et de pain.

On nous ramène ensuite au bloc pénitentiaire.

Le principe du complot étant admis, il fallait peaufiner la rédaction de l’aveu. Ce fut le rôle de la commission présidée par Moussa Diakité. Cette commission comprenait plusieurs groupes de travail chacun animé par un homme de confiance du chef de l’Etat. Il y avait Moussa Diakité, Kera Karim, Siaka Touré et le lieutenant Kissi.
J’ai été confronté plusieurs fois encore à Telli. Ces confrontations visaient à faire coïncider mes aveux avec ceux de Telli et ses amis et avec ceux d’autres personnes qu’à son tour il avait dénoncées et qui étaient inscrites sur la liste. Dans ce complot la majorité des accusés appartenaient à l’ethnie peule.

Entre chaque passage devant la commission, Telli devait compléter par écrit certains chapitres de sa déposition. Pour ce faire on lui a remis une pile de feuilles de papier, des crayons à bille et on a fait apporter dans sa cellule une petite table qui appartenait à un autre détenu 1. Telli utilisa une partie de ces feuilles à la rédaction de sa déposition qui devait être enregistrée et diffusée à la radiodiffusion nationale une fois qu’elle eut été approuvée par le chef de l’Etat.

Il est à noter que c’est par le biais des agents et officieusement que nous apprenions la diffusion des « aveux ». Car de même que nous étions laissés dans l’ignorance de la peine à laquelle on nous avait condamnés, nous devions méconnaître ce qui se passait à l’extérieur.

L’autre partie des feuilles, Telli la consacra à une correspondance qu’il entretint avec le chef de I’Etat et à la rédaction de l’authentique déclaration qu’il voulait laisser à la postérité. Au début, il espérait que Sékou Touré accepterait de publier un rectificatif aux aveux qui lui avaient été extorqués, mais les jours passant, il comprit que le président guinéen ne lui avait fait de vagues promesses au téléphone et par écrit (voir lettres qui suivent) que pour obtenir une déposition à sa convenance, mais que jamais il ne publierait la vérité. Diallo Telli acquit aussi très vite la certitude qu’il ne sortirait pas vivant.

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Camp Boiro

Une exécution publique aura lieu ce matin à Boulbinet

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Source: Wikipedia

Revu et corrigé le 15 janvier 2021

Mahmoud Bah (né en 1940 à Labé) auteur du livre Construire la Guinée après Sékou Touré, d’où ce texte a été extrait, est un technicien dans l’industrie agro-alimentaire et enseignant. Après l’arrestation de son frère, Ibrahima Kaba Bah, lors d’une grève des enseignants en Guinée, Bah a cherché l’exil, d’abord à Dakar, puis en France. Mais fatigué de l’exil, à partir de Dakar il rejoint Conakry en 1979. Dès son arrivée il est arrêté et interné au camp de concentration Boiro. Malgré l’intervention en sa faveur de la Ligue française des Droits de l’Homme et d’Amnesty International ce n’est qu’à la mort du dictateur Sékou Touré et le coup d’état des  militaires qu’il sera libéré, le 3 avril 1984. Il rentre alors en France et reprend son enseignement au lycée jusqu’à sa retraite en 2005 .

Une dictature à visages multiples étouffe la concorde nationale qui a permis d’obtenir l’indépendance, confisque brutalement en quelques mois toutes les libertés fondamentales, enserre les populations dans un vaste réseau de polices occultes et parallèles, arrête, emprisonne et liquide des milliers de paysans, ouvriers, intellectuels et cadres. Finalement, ce régime qui se disait révolutionnaire se révèle particulièrement rétrograde et brise les ressorts de la vie économique et sociale d’un pays où les gens ne demandaient qu’à travailler et à vivre en paix.

Janvier 1959: Premières exécutions publiques

Le lycée de Donka s’est agrandi au fil des ans, occupant maintenant les deux tiers de la plaine de Donka. En ces premiers mois d’indépendance, le complexe scolaire groupe une vingtaine de bâtiments. Les élèves sont internes à 90%. Ils sont nourris, logés et habillés correctement. Quelque 2500 élèves suivent les cours du Lycée Technique, du Lycée classique et moderne ainsi que du Centre d’apprentissage.
Ce matin de janvier 1959, les élèves du Lycée prennent leur petit-déjeuner dans le grand réfectoire. Arrive un messager qui monte sur une chaise, au milieu de la salle, et demande le silence.
— Je vais vous lire un communiqué du Comité PDG de Donka, annonce-t-il.
Silence complet. Et l’homme poursuit:
— Une exécution publique aura lieu ce matin à Boulbinet. Des hommes indignes de la Nation se sont rendus coupables de vol après avoir été graciés en octobre dernier par le Président. Les élèves, comme tous les militants de notre Parti, doivent assister au châtiment suprême que le Parti infligera à tous les fauteurs de troubles.
L’homme s’en va et les élèves avalent dans un lourd silence la déclaration qu’ils viennent d’entendre.
Une heure après, trois cars s’arrêtent devant la salle de permanence du Lycée. Quelque cent cinquante élèves y prennent place, des élèves du second cycle.
A Boulbinet un des quartiers de la presqu’île de Tombo (Conakry), il y a foule: hommes et femmes de tous âges. Un condamné est attaché à un poteau. Ses yeux sont bandés. Il fait dos à la mer. J’apprendrai quelques minutes plus tard qu’il s’appelle Chérif Camara.
Un peloton d’exécution est là, l’arme au pied. Un homme s’avance, lit une sentence puis le Chef du peloton lance les ordres. Un bruit sec et la tête du condamné tombe sur son épaule. Le Chef du peloton s’avance à quelques pas du condamné, arme son pistolet et donne trois coups de grâce. Le sang coule à flots jusqu’à terre. Les soldats détachent le cadavre, le recouvrent d’un linge et le jettent dans un camion.
Le Chef de Peloton déclare:
— Mission accomplie.
On voit alors des jeunes et des vieux pleurer et perdre connaissance. C’est la première fois qu’ils subissent une telle scène. Un jeune homme crie:
— Pourquoi nous oblige-t-on à voir ça?
Pas de réponse. Chacun s’en va, hébété, abasourdi. On se disperse dans la tourmente.
Renseignements pris, le condamné avait volé des bananes en plein marché de Conakry alors qu’il venait d’être gracié. Deux autres exécutions pour les mêmes raisons ont eu lieu à Kindia (Samba Diallo fusillé) et à Friguiagbé

L’année 1959 démarre ainsi sous le signe du sang et de la liquidation physique. Pour ceux qui pensent que le décompte des morts s’est arrêté au lendemain du référendum, la désillusion est arrière. La peur revient par la volonté du Président.
Fidèle à ses méthodes d’action de masse, le PDG, devenu Parti Unique de la Guinée, implante partout des Comités de Quartier.
Partout on entend, on affiche un mot d’ordre: « Reconversion ». Tout est prétexte pour les agents du Parti, à parler de « reconversion », à accuser tel ou tel de ne pas être « reconverti ».
Cela signifie en fait que tout le monde, sans exception, doit intégrer le Parti et obéir aux ordres du Parti.

Dissolution du mouvement étudiant
Création de la Jeunesse du Parti

Dès février 1959, le Gouvernement annonce la tenue prochaine d’un important Congrès, le Congrès constitutif de la Jeunesse du Rassemblement Démocratique Africain (JRDA). Ce Congrès devra consacrer l’unification de toutes les Organisations de Jeunes existant dans le pays, quels que soient leurs buts et leurs activités.
Apprenant cela, les étudiants guinéens, organisés au sein de l’Union Générale des Elèves et Etudiants de Guinée (UGEEG), décident de tenir un Congrès pour définir leur place et leur rôle dans la JRDA naissante.
A la Délégation de l’UGEEG venue demander à Saïfoulaye Diallo, Secrétaire politique du PDG, l’autorisation de tenir un Congrès, Saïfoulaye répond:
— « Vous pouvez tenir votre Congrès entre ciel et terre si vous voulez, mais pas en Territoire guinéen »…
Il est donc clair que les étudiants n’ont plus droit à la parole, eux qui ont été, durant les années 40 et 50, les porte-drapeaux de l’éveil socioculturel et de la lutte anticoloniale en Guinée.
De ce point de vue, force est de constater que le régime colonial tolérait la liberté d’expression alors que le PDG l’interdit purement et simplement.
Le coup n’est pas moins dur que les exécutions de janvier. Adieu liberté d’association, de réunion, d’expression !

Le 26 mars 1959, avec tout le cérémonial que le Parti est capable de déployer, la JRDA est constituée. Désormais, il n’y a plus d’UGEEG, plus d’Association socioculturelle régionale ou nationale, plus de club sports-loisirs, mais des Comités JRDA partout, à l’instar des Comités du Parti et des Comités de Femmes.
Il est précisé aux étudiants guinéens à l’étranger (Europe, Afrique, Amérique, Asie) que toutes leurs activités doivent être supervisées par le Parti; qu’ils ne doivent pas, par exemple, se marier à l’extérieur sans le consentement du Parti, faire des déclarations ou des publications sans en référer au Parti…
Les étudiants, qui avaient une solide tradition de lutte pour les Droits et les Libertés de l’Homme, ne peuvent se résigner à un rôle de « béni-oui-oui ». Ils entendent participer pleinement à tout ce qui fait la vie du peuple guinéen.
C’est alors que commence une longue guerre entre le pouvoir et les étudiants.
L’intégration de la Jeunesse au sein du Parti ayant été consommée, l’imagination intarissable de Sékou Touré lance un autre mot d’ordre…

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Camp Boiro

Décembre 1961: Sékou Touré ferme toutes les écoles de Guinée, emprisonne les élèves, les torture, avant de les renvoyer chez leurs parents.

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Révisé le 30 décembre à à 21:07

Dans ce billet Mahmoud Bah nous raconte pourquoi et comment le tyran Sékou Touré après avoir arrêté et condamné à 7 ans les principaux responsables du syndicat des enseignants pour avoir demandé une revalorisation de leurs conditions de vie s’en est pris violemment aux étudiants.   

L’enthousiasme, l’unanimité et la ferveur des derniers mois de 1958 font place de plus en plus à une profonde amertume.

C’est dans cette atmosphère de crise sociale et politique que le Syndicat des Enseignants, après avoir tenu officiellement son Congrès en avril 1961, adresse une lettre au Gouvernement à propos d’une revalorisation des salaires longtemps promise et récemment octroyée. La lettre constate, sous forme de mémorandum, l’insuffisance de la revalorisation et demande qu’elle soit reconsidérée, améliorée, tout en affirmant sa soumission à la décision que prendra le Parti. La lettre se termine par ces mots: « Le propre de la Nation, c’est d’être le Bien commun de tous ses fils. »

Le 15 novembre 1961, l’UNTG (Union Nationale des Travailleurs Guinéens) tient une conférence des cadres. Cette conférence souhaite trouver un accord de l’ensemble du mouvement syndical sur la revalorisation des salaires.

En réaction à cette situation, le Bureau Directeur du Syndicat des Enseignants est « accusé de haute trahison » et pris comme bouc émissaire. Ses membres sont traduits devant un Tribunal spécial, accusés de diffusion illégale de documents calomnieux et anti-Parti. Le Tribunal, présidé par Saifoulaye Diallo, condamne chaque enseignant à sept ans de prison ferme. Ainsi :

  • Koumandian Keïta
  • Ibrahim Kaba Bah
  • Mamadou Traoré (Ray Autra)
  • Djibril Tamsir Niane
  • Mamadou Gangué Bah, etc.

sont immédiatement mis aux arrêts.

Le Syndicat des fonctionnaires proteste contre ces mesures. Plusieurs de ses Responsables sont arrêtés:

  • Mountagha Baldé
  • Hacimiou Baldé
  • Kolon Koundou Diallo
  • Kenda Diallo, etc.

En apprenant l’arrestation de leurs maîtres et professeurs, les élèves de Conakry se mettent en grève, bientôt suivis par ceux de l’intérieur. Les jeunes filles quittent leur collège situé en ville pour rejoindre les garçons au Lycée de Donka. Elles sont arrêtées par l’Armée au niveau de l’hôpital de Donka: matraques, gaz lacrymogènes, coups de crosse. Plusieurs sont blessées ou tombent évanouies. L’Armée, sous la direction de Fodéba Keita, ministre de la Défense et de la Sécurité 3, encercle le Lycée par un cortège de chars et de camions. Après trois jours de siège, on oblige les élèves à sortir un à un, les mains en l’air, pour embarquer dans les camions. Ils sont conduits au Camp Alfa Yaya, près de l’aéroport.

A l’intérieur du pays, les élèves se révoltent. Ils sont sauvagement matés et les écoles fermées. A Labé, la répression est particulièrement féroce. L’Armée quitte le Camp El Hadj Omar situé à 7 km de la ville et investit le centre de Labé. Des tirs de chars sont ordonnés. Un ouvrier peintre qui réalise une affiche pour le Parti à l’entrée de la permanence est tué net.

Décembre 1961: toutes les écoles de Guinée sont fermées, les élèves emprisonnés, torturés, avant d’être renvoyés chez leurs parents. Des meetings sont organisés où on oblige des parents à renier leurs enfants.

Sékou Touré, dans de violents discours, traite les enseignants et universitaires d’intellectuels tarés. Certains de ces enseignants, croyant naïvement que Sékou Touré était des leurs, n’avaient pas caché au Président leur penchant marxiste. Sékou en profite pour accuser l’URSS de vouloir exporter la Révolution en Guinée et crie:

« La Révolution ne s’exporte pas ! »

Il ordonne le départ de l’Ambassadeur soviétique après avoir demandé et obtenu des assurances du Gouvernement des USA, présidé alors par John F. Kennedy. Il jouera toujours ce jeu de bascule d’une puissance à une autre, d’une part pour se soustraire à ses engagements, d’autre part, pour être seul maître à bord de l’embarcation guinéenne.

Le riz manque dans le pays pour les raisons avancées plus haut. Le Président déclare carrément que ce sont les enseignants qui ont empêché la livraison de riz ! Il n’explique pas comment, mais ajoute que c’est pour inciter les populations à la révolte.

Le PDG tient un Conseil National à Labé. Dans un ton encore plus violent qu’à Conakry, le Président menace d’extermination ceux qu’il appelle « les féodaux, les ennemis du Parti ». Il promet « d’étouffer dans l’œuf tous les comploteurs ». Car pour lui, c’est là un nouveau complot ourdi par les enseignants.

Le comploteur en fait, est toujours lui. Il va enfoncer le pays dans un bain de terreur psychopolitique et physique, supprimer les droits et libertés qui subsistent.

A partir de 1961, les Syndicats sont dirigés par le Parti: le Président de la CNTG est nommé par le Parti; les activités syndicales doivent « suivre la ligne du Parti ».

Qui aurait cru, en novembre 1953, alors que le Syndicat Guinéen était en grève, que Sékou Touré domestiquerait un jour ce même Syndicat et lui ôterait toute raison d’exister?

Le fait est encore une fois que, en matière de droits et libertés de l’individu, le régime colonial a été plus tolérant que le régime du PDG-Sékou Touré.

A l’extérieur du Pays, les étudiants guinéens manifestent vivement contre les mesures répressives visant l’Ecole guinéenne. Bien qu’étant intégrés dans le Mouvement JRDA, les étudiants n’hésitent pas à adresser des télégrammes au Gouvernement Guinéen pour condamner ses actes et exiger la libération des détenus et la réouverture des écoles.

En France, les étudiants guinéens alertent l’opinion sur les événements en Guinée par de nombreux tracts et réunions d’information. Le Gouvernement exige que les étudiants reviennent sur leurs déclarations. L’Ambassadeur Tibou Tounkara envoie un télégramme à chaque étudiant boursier. Les étudiants ne se laissent pas intimider. Devant le refus de ceux-ci, le Gouvernement coupe leur bourse. Il ordonne à l’Ambassadeur de rapatrier en Guinée tous les étudiants pour « explication et réintégration. » La guerre est ouverte entre le PDG et le Mouvement étudiant.

A Dakar, l’Ambassadeur de Guinée décide de passer aux actes et entreprend de ramener de force les étudiants en Guinée. C’est l’époque où Siradiou Diallo 4, menacé d’enlèvement et de liquidation par les agents de Sékou Touré doit quitter l’Université de Dakar pour venir en France.

Les étudiants qui sont dans les pays de l’Est (Allemagne de l’Est, Pologne, URSS, etc.) sont ramenés manu militari à Conakry pour « explication ».

Après ce coup contre les enseignants et les élèves guinéens, l’insécurité devient plus inquiétante dans le pays. C’est le début de l’exode massif des élèves et des cadres intellectuels. Le cadre et les conditions de vie deviennent de plus en plus insupportables.

Les cadres progressistes étrangers venus en masse au lendemain du Référendum pour prêter main-forte à un Gouvernement qu’ils croyaient soucieux du développement social et économique du pays, s’empressent de repartir. Nombre d’entre eux sont ouvertement menacés. L’un deux, Yves Bénot 5 écrira: « Sékou Touré, c’est Staline moins Manitogorsk ». Un seul restera qui s’est rangé du côté de Sékou Touré, qui en a épousé les méthodes et qui le servira inconditionnellement jusqu’à la fin du régime: Louis Béhanzin, originaire du Bénin.

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Camp Boiro

Mgr Raymond Marie Tchidimbo, archevêque émérite de Conakry, “On vous a arrêté. Pourquoi?”

Mais le fin fond du problème se trouvait ailleurs: jeune missionnaire encore, de retour en Guinée en 1952, Tchidimbo avait épaulé Sékou Touré dans son action syndicale pour l’avènement d’une société plus juste et plus humaine dans le contexte colonial français. Et à la veille de l’indépendance, Sékou Touré croyait trouver en Tchidimbo ce même allié qui exécuterait ses plans machiavéliques pour ses desseins dictatoriaux.

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Intronisation de Mgr. Raymond-Marie Tchidimbo comme archevêque de Conakry, le 31 mai 1962, à sa droite le tyran Sékou Touré. Source: campboiro.oorg

Corrigé le 23 décembre 2020

De ce mercredi 23 décembre 1970, jour de son arrestation au Samedi 26 mars 2011, jour de son décès, combien de fois Mgr Raymond Marie Tchidimbo a-t-il entendu cette question qui lui était posée? Il ne savait quoi répondre parce qu’il ne savait pas! En effet, sous le régime de Sékou Touré, on n’avait pas besoin de commettre un crime pour se retrouver coupable.

À l’occasion du 49ème anniversaire de cette arrestation, je vous propose cette très émouvante nécrologie écrite par le congolais [Kinshasa] Monzemu Moleli L. sur le site afriquespoir.org.:

Samedi 26 mars 2011, Mgr Raymond Marie Tchidimbo, archevêque émérite de Conakry, s’éteignait en France, à l’âge de 90 ans. Il n’était pas un évêque comme les autres. En effet, chargé en 1962 par le pape Jean XXIII de renouer le dialogue avec Ahmed Sékou Touré, le premier président de la République de Guinée, le prélat est arrêté par ce dernier et condamné à la prison à vie. Mgr. Tchidimbo passera ainsi près de neuf ans au ‘’Camp Boiro’’, lieu de torture par excellence où sont morts par milliers, par toutes sortes de sévices, de nombreux détenus, dont notamment Diallo Telli, premier Secrétaire Général de l’Organisation de l’Unité Africaine, (OUA); Fodeba Keita, ancien ministre et créateur des célèbres ‘Ballets africains’; Barry Diawadou; Camara Balla; Camara Loffo… ‘’Noviciat d’un évêque’’, c’est le titre d’un livre que Mgr Tchidimbo avait écrit sur sa longue incarcération.

Il est 12 h 30, ce mercredi 23 décembre 1970. A deux jours de la grande fête de Noël. Les sbires du président Sekou Touré sont là à la chancellerie de l’archevêque de Conakry. Ils sont venus ‘pêcher’ Mgr. Tchidimbo que voulait tant boucler le chef de l’Etat, mais l’occasion lui manquait encore. Cette fois, occasion ou pas, il fallait bien le réduire au silence. Pour le prélat lui-même, ce n’était pas une surprise, il le savait.

Il y a eu des sources qui l’ont informé que s’il ne quittait pas le territoire guinéen avant le 2 décembre, il serait arrêté. Entretemps, il pouvait bien quitter le pays, s’en aller ailleurs, mais il ne pouvait le faire que sur ordre exprès du Pape. N’avait-il pas juré à la veille de son ordination épiscopale de demeurer fidèle à son poste, quoi qu’il advienne? Dès le 2 décembre même, Paul VI était tenu au courant de l’épée de Damoclès placée au-dessus de la tête de l’archevêque de Conakry. Pour quels motifs?

– Pour deux raisons officiellement données dans le « Livre blanc » du gouvernement guinéen: collaboration avec l’opposition extérieure et délit d’opinions. Le débarquement dans la capitale guinéenne, dans la nuit du 21 au 22 septembre 1970 [correction novembre], d’une troupe portugaise venue chercher ses propres ressortissants détenus dans une prison de Conakry, lesquels détenus avaient été arrêtés par les troupes nationalistes de la Guinée Bissau, a servi de détonateur pour réduire au silence cet évêque.

Mais le fin fond du problème se trouvait ailleurs: jeune missionnaire encore, de retour en Guinée en 1952, Tchidimbo avait épaulé Sékou Touré dans son action syndicale pour l’avènement d’une société plus juste et plus humaine dans le contexte colonial français. Et à la veille de l’indépendance, Sékou Touré croyait trouver en Tchidimbo ce même allié qui exécuterait ses plans machiavéliques pour ses desseins dictatoriaux.

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Et encore! Il profita des élections municipales de 1956 pour mener une guerre sourde contre l’Eglise de Guinée. Il y a eu encore bien d’autres ‘petites’ et perfides raisons, notamment la prise de position de Tchidimbo lors du fameux referendum du 28 septembre 1958; son avis contraire au mariage avec une de ses cousines alors qu’en 1956, Sekou Touré en était déjà à son troisième mariage.

«Les grandes vacances»

Menottes aux poignets en direction du ‘Camp Alpha Yaya’, commençaient ‘les grandes vacances’ – le terme est de Mgr Tchidimbo lui-même. «Pourquoi avez-vous été arrêté?», ne cessait-on pas de lui poser la question au bout de ses neuf ans de prison. Pince-sans-rire devant ses auditoires étonnés, cette question, répondait-il toujours, il ne se l’était jamais posée pendant toute son incarcération.

La réponse avait été donnée 2.000 ans plus tôt: «On portera la main sur vous, on vous persécutera, on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous traduira devant des rois et des gouverneurs à cause de mon nom?» (Lc 21,12).

C’est tout dire! Il est donc inutile d’aller chercher ailleurs les causes profondes de l’incarcération, elles se trouvaient tout simplement dans la vocation de Mgr Tchidimbo! Dans son ouvrage Noviciat d’un évêque, Mgr Tchidimbo a notamment écrit que «dans la prison, il sentait que l’Eglise universelle était là en prière pour que la faiblesse de ses moyens d’action ne le fasse pas défaillir, mais qu’avec la puissance de la prière de l’ensemble des chrétiens à travers le monde, il se sentait assisté.»

Dans le cas de la Guinée, ce qui départageait d’une part le prélat en disgrâce aux yeux de son sanguinaire président, et de l’autre, ses compagnons de captivité était le fait que lui, au moins, savait ce à quoi il pouvait s’attendre dès son ordination comme prêtre en 1930 tandis qu’eux, du moins la plupart, ignoraient tout de ce qui leur était reproché.

Grâce à cette détermination, à cette restauration intérieure, la prison cessait d’être ‘une prison’ avec tout ce que cela comporte d’isolement, d’abaissement, d’humiliation, de tortures physiques, de souffrances morales, de mort réelle. Ainsi, au vrai, il n’a pas subi la prison, mais a fait venir en lui la grâce de l’assumer chaque jour. C’est avec ce regard lucide qu’il a abordé ces neuf années de prison.

Temps fort: quand sa cousine avec la complicité de certains gardes, au risque de leurs vies respectives, lui apportaient en secret chaque semaine différents objets, dont les hosties, ainsi que le jour où il a reçu de la même façon sa Bible et ses lunettes de lecture.

Il est comment, l’au-delà?

Arrêté le 23 décembre 1970, il fut conduit au camp Alpha Yaya, en face de l’aéroport Gbessia, de la ville de Conakry, enchaîné, ration minimum possible, et mis au secret et, bien plus tard, transféré au ‘Camp Boiro’, tout aussi célèbre dans ses tortures. Le 5 janvier enfin, la Commission du Tribunal révolutionnaire se décide enfin de l’entendre.

A sa question sur les causes matérielles de son arrestation, il lui fut présenté un long chef d’accusations et on l’invita à faire une déposition d’aveu de ces griefs invraisemblables. Face au refus, les tortures commencèrent. Tant et si bien qu’en dépit de tout, avec toujours ses chaînes aux poignets, il décida la grève de la faim jusqu’au 9 janvier.

Au bout d’une demi-heure de tortures, l’évêque commença à s’évanouir. On l’a alors ramené dans son cachot de 2,20 m sur 0,90 – et toujours enchaîné. Puis il tomba dans un coma qui dura quatre jours. Dès les premiers signes, il fut transporté dans une pièce un peu plus large et un peu mieux éclairée. On le délivra enfin de ses chaînes et un médecin militaire fut mandé à son chevet. Ce coma lui permit de vivre le phénomène de la mort apparente avec tous les signes extérieurs d’un cadavre.

Deux piqûres et il plongea dans un sommeil profond. Sans ces piqûres, peut-être serait-il tombé dans le cas de ces nombreux prisonniers obscurs des camps d’extermination de Sekou Touré ainsi enterrés encore vivants.

Mais sur le plan spirituel, ce coma fut l’occasion pour lui de pénétrer un peu plus avant dans le mystère troublant de la destinée de l’homme. Mgr. Tchidimbo raconte dans son livre: «Ce que j’ai vécu tout au long de ces quatre jours pendant lesquels il me fut donné de côtoyer les frontières de l’au-delà, c’était d’abord l’impression de me trouver dans l’obscurité la plus totale, avec au cœur le sentiment d’une terrible insécurité.

Puis s’établit en votre âme une intense lumière d’où émerge la claire vision de votre existence comme dans un film. La vue de ma vie d’homme responsable déclencha en moi une espèce de panique suivie immédiatement de la tragique interrogation: ‘Dieu est-il encore assez bon et miséricordieux pour pardonner tant de péchés?’ Et ce jugement, contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas Dieu qui le prononce.

C’est nous-mêmes. Ainsi, à l’heure de la mort, le combat intérieur est une réalité dont on ne parle malheureusement pas souvent, tant on a peur d’aborder tout sujet qui touche à l’au-delà.» Remis de son coma, les malheurs de l’évêque ne s’arrêtèrent pas là. La Commission du Tribunal révolutionnaire était toujours là, à la recherche d’un chef d’accusation – ne fût-ce que d’un seul – pour justifier la détention.

Ce chef d’accusation fut aussitôt trouvé: trafic de devises avec un sujet allemand, Adolf Marx, directeur de l’unique brasserie de la Guinée. Oui, c’était vrai! Mgr Tchidimbo le reconnut. Au vrai, c’est le gouvernement guinéen qui le poussa à le faire. En effet, de 1968 jusqu’au jour de son arrestation en 1970, le gouvernement devait à l’archidiocèse de Conakry une rondelette somme de plus de 23 millions de francs guinéens pour exécution de divers travaux de menuiserie, imprimerie, maçonnerie,…

Comment donc allait vivre la chrétienté catholique quand il fallait entretenir prêtres, sœurs, ouvriers, œuvres pastorales, biens meubles et immeubles, et tutti quanti? Ainsi, avec cette histoire de devises, une charge était enfin retenue contre Mgr. Raymond Marie Tchidimbo: condamnation à perpétuité…

Monzemu Moleli L.

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Camp Boiro

Barry Diawadou: « J’ai donné ma parole à Sékou Touré et au gouvernement de la Guinée, je n’entends pas renier mon engagement »

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El Hadj Barry Diawadou, véritable artisan de l’indépendance guinéenne
Ce billet est extrait du livre de Mahmoud Bah Construire la Guinée après Sékou Touré, publié à Paris en 1990. Il traite de la création de la monnaie nationale le franc guinéen, mais aussi de ses conséquences, mais aussi de comment le tyran Sékou Touré a utilisé mal à propos le refus de Barry Diawadou de se faire acheter par les Français. 

La plupart des techniciens français ayant quitté le pays dès octobre 1958, les activités de production ont subi une baisse générale, en particulier dans l’agriculture, le commerce et les services. Dès 1960, les denrées alimentaires commencent à se faire rares, en particulier les denrées importées (farine, lait, etc.)

Le 1er mai 1960, la Guinée émet sa propre monnaie. Le franc guinéen remplace le franc CFA et la Guinée quitte la Zone Franc.

Cette mesure est considérée comme positive par tous ceux qui espèrent que les Guinéens vont prendre en mains leur économie, mettre en valeur leurs ressources humaines et naturelles et gérer efficacement leur pays.
La monnaie guinéenne n’ayant plus cours dans les pays voisins, des difficultés se présentent pour les Guinéens qui, traditionnellement, travaillent au Sénégal et utilisent leurs revenus en Guinée.

A la frontière Guinée-Sénégal, des incidents éclatent entre des gendarmes-douaniers et des voyageurs guinéens. Les voyageurs réclament leur argent et accusent les douaniers d’escroquerie. Le Président est informé de ces incidents qui se multiplient. Il ordonne de fermer la frontière et d’arrêter tous ceux qui s’y présentent. Il réunit les responsables du Parti, de l’Armée et de la Sécurité. Il leur annonce que la Guinée est victime d’un complot. Mais quel complot ?

Sékou Touré fait exposer des armes à la permanence du Parti, à Conakry-Gare. Il fait arrêter de nombreuses personnes, non seulement à la frontière, mais aussi à Conakry, Kindia, Labé, etc. Il déclare à la radio que la Guinée est victime d’un complot « contre-révolutionnaire pro-français »; que les complices guinéens sont arrêtés; qu’il connaît les noms des Français impliqués; que les armes saisies peuvent être vues à la permanence.

Lire également: Guinée: Sorcellerie et sacrifices humains méthode de conservation du pouvoir pour Sékou Touré

On va à la permanence et on regarde. Il y a là des armes sur une estrade. Pour ceux qui ont fait leur Service Militaire, qui ont manipulé différentes armes, un fait est évident: les armes exposées sont des armes tchèques, celles-là mêmes que la Tchécoslovaquie vient de livrer à la Guinée, après le refus des pays occidentaux à qui le Gouvernement guinéen s’est d’abord adressé. Comment ces armes peuvent-elles servir à un « complot pro-français » et se retrouver entre des mains autres que celles des militaires guinéens à la frontière du Sénégal, sans qu’il y ait eu une seule action militaire, un seul coup de fusil tiré?

En homme exclusivement politique, jaloux de son pouvoir et prêt à parer à toute éventualité pour conserver son fauteuil, Sékou Touré a en fait réagi à un aveu qu’en toute bonne foi Barry Diawadou lui a fait quelques mois plus tôt. Lorsque les parachutistes français ont reçu l’ordre de quitter leur base de Dalaba, Barry Diawadou, ancien député au Palais-Bourbon, a été contacté.

Les Français lui ont demandé s’il voulait prendre le pouvoir.

— Non! a répondu Diawadou. J’ai donné ma parole à Sékou Touré et au Gouvernement de la République de Guinée. Je n’entends pas renier mon engagement.

Les soldats français et avec eux quelques militaires guinéens qui ont choisi de rester Français, quittent la Guinée sans incident.

Diawadou Barry, ministre de l’Education Nationale, informe Sékou Touré de ce contact et souligne au Président son engagement, lui Diawadou devant Dieu et devant ses compatriotes, de ne jamais créer une situation de lutte fratricide entre les Guinéens. Le Président enregistre et le remercie. Un remerciement bien « politique ».

Dès lors, la préoccupation de Sékou Touré sera de prévenir toute action française en Guinée. Il faut pour cela sortir sans tarder de la Zone Franc, échapper à l’emprise économique française. Ensuite trouver un mobile accusant la France de vouloir renverser son régime. C’est ce qu’il fait rapidement en mars et avril 1960.

En même temps qu’il accuse les Français, Sékou Touré va faire arrêter beaucoup de Guinéens toutes catégories sociales confondues. Ainsi, on peut citer :

  • l’ingénieur des télécommunications Yaya Diallo, dont la femme Madame Yvonne Diallo est professeur de mathématiques au Lycée de Conakry. Yaya Diallo sera incarcéré et torturé au Camp de Camayenne (devenu plus tard Camp Boiro). Libéré, il quitte la Guinée et mourra peu après en France des suites de la torture.
  • l’avocat Ibrahima Diallo, un homme qui ne cache pas les insuffisances de Sékou Touré en tant qu’homme politique. Il sera exécuté.
  • l’imam de Coronthie (quartier de Conakry) sera torturé et exécuté.
  • le libraire de Kindia, Daï Baldé, sera incarcéré et torturé pendant quelques mois. Libéré, il va s’exiler.

Et bien d’autres dont on ne parlera jamais. Que leur reproche le Président?
De dire ce qu’ils pensent, d’avoir une certaine notoriété par leur travail et leurs relations sociales, de vivre en hommes libres et responsables…
Quelles sont les réactions dans le Pays?

Lire également: Quand Sékou Touré reconnaissait les qualités de Barry Diawadou

Les agents du Parti sillonnent le pays et racontent à la foule rassemblée les « forfaitures des contre-révolutionnaires ». Nul n’ose poser la moindre question sur les faits ou sur les condamnés. Les mêmes agents demandent à la population de mettre en quarantaine les familles des condamnés.

Ainsi, le coup du Président lui a parfaitement réussi. Son « complot » lui permet d’asseoir son pouvoir en semant la peur et la suspicion dans les esprits.

« Le complot » va être érigé en système de Gouvernement. Désormais, tous les deux ans en moyenne, Sékou Touré fabriquera un « complot » et fera des mises en scène spectaculaires. Son génie inventif ne tarira jamais sur ce point.
Les Guinéens vont compter les morts par centaines chaque année. Les Camps militaires (Camp Boiro, Camp Alfa Yaya, Camps de Kindia, Labé, Kankan, N’Zérékoré … ) les gendarmeries, les commissariats de police, les frontières (notamment Guinée-Sénégal et Guinée-Côte d’Ivoire) vont devenir des centres d’extermination de citoyens guinéens. Sur ordre de Sékou Touré.

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Camp Boiro

On est tous condamnés à perpétuité

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Ce billet a été extrait du livre de Jean-Paul Alata Prison d’Afrique, disponible sur le site kababachir.com, entièrement et gratuitement. Jean-Paul est un français né à Brazzaville, militant de gauche, après quelques années passées dans l’administration publique française au Sénégal, il rejoint la Guinée par amitié pour Barry Ibrahima dit Barry III et le tyran Sékou Touré, après que ce pays a opté pour l’indépendance lors du fameux NON à la proposition de la Communauté franco-africaine proposée par le Général De Gaulle. Ayant pris la nationalité guinéenne, il occupera plusieurs postes: inspecteur des affaires administratives et financières à la présidence puis, après 1963, des postes dans des cabinets ministériels; parallèlement à ces activités, il enseigne la comptabilité et l’économie politique à l’Institut Polytechnique Gamal Abdel Nasser de Conakry.

Avant d’être arrêté sur de fausses accusations, le , il était devenu une des personnalités les plus puissantes du régime. 

L’information la plus démoralisante parvint aux emmurés vers la fin de leur troisième mois de détention. Un nouveau avait été incarcéré au B, dans la cellule en face de la mienne et à côté de Ropin du 4. Henri et Ropin avaient établi un code de signaux très simple sous leur porte. Leurs deux cellules disposaient, en effet, d’un très large espace, les vantaux ne descendant pas jusqu’au sol. L’angle de vision découvert permettait d’assurer une assez bonne protection contre la curiosité des gardes qu’ils voyaient arriver de loin.

Les premiers jours de son arrivée, I’homme fut mis à la diète d’usage. Il resta sur son quant-à-soi, refusant de répondre aux appels de ses voisins, même aux coups frappés à ses cloisons. Il suait la frousse. Tous s’étonnaient de cette terreur, Ropin, pour couper sa diète, avait cru bon, dès le deuxième jour, de lui envoyer une orange. Il eut la surprise de la lui voir retourner accompagnée d’un méchant:

— Je n’ai rien de commun avec les traîtres de la 5e colonne. Je ne veux rien d’eux. Foutez-moi la paix.

C’était pourtant un homme assez connu, Diagne Oumar, d’origine sénégalaise, directeur d’entreprise d’Etat. De son côté, il pouvait certainement mettre un nom sur chacun des visages qu’il apercevait. Pourquoi cette terreur? Cet homme devait savoir quelque chose que tous ignoraient à Boiro, quelque chose de terrifiant. L’inquiétude gagna l’ensemble des détenus qui apprirent vite l’étrange attitude de Diagne. Après son deuxième retour d’interrogatoire et les soins d’usage aux avant-bras, le B fut convaincu, par les arguments péremptoires de la commission, qu’il appartenait, lui aussi, à la 5e colonne. Il s’humanisa et rechercha, de lui-même, le contact humain.

Ce fut un drame pour le bloc, une nouvelle qui plongea tout le monde dans la détresse pour de nombreux jours. La démoralisation commença par Henri qui demeura, un jour entier, étrangement silencieux. Il ne répondait plus aux appels réitérés. Finalement, devant la proposition de faire appel au chef de poste s’il se sentait trop malade pour bouger, il se résolut à s’expliquer:

— C’est trop dur à digérer, Jean. J’ai voulu garder la nouvelle pour moi mais je me rends compte que je ne le pourrai pas.

Sa voix n’était qu’un souffle. J’insistai:

— Qu’ as-tu appris? C’est de Ropin et du nouveau?

— Oui, écoute-moi, mon pauvre vieux. Il faut se préparer à de mauvais jours. On est tous condamnés à perpétuité. Le jugement a été rendu le 25 janvier.

Bon Dieu! J’en eus le souffle coupé. Dans la pire hypothèse, j’envisageais une peine de dix ans. Connaissant le système de remise appliqué en Guinée, je réduisais le temps effectif à passer en prison a un peu moins de la moitié: quatre, au plus cinq ans. Mais la perpétuité!

Littéralement, cela ne signifiait rien. En aucun pays du monde, la perpétuité réelle n’est appliquée. Le prisonnier d’Alcatraz lui-même s’en était sorti. On est toujours gracié, tôt ou tard, à condition de tenir le coup physiquement et moralement. Seulement, il n’y avait plus aucun point de repère possible. Une telle condamnation prouvait la volonté des autorités politiques guinéennes de ne tirer les détenus de leur obscurité qu’à une date très lointaine.

Le coeur serré, je calculais qu’il fallait tenir, au moins dix ans. Jamais je n’en verrais le bout! En trois mois, déjà, j’avais fondu tellement que je flottais dans ma tenue, autrefois si ajustée. Mes vertiges étaient continuels. Même couché, toute la cellule dansait autour de moi, comme aux premiers jours de détention. Peu m’importait d’ailleurs la pauvreté et la médiocrité de la chère, il ne m’importait plus aucun appétit et je n’arrivais pas à absorber la totalité des si maigres rations.

Ce qui me minait c’était cet isolement des miens. Dix ans sans jamais rien savoir de ma femme et de mes enfants! Comment allaient-ils se débrouiller sans moi? Je m’étais marié très jeune, à dix-huit ans. Cela n’avait pas été une réussite mais j’avais toujours voulu assumer mes responsabilités matérielles, pris l’habitude de voir tout un monde vivre par moi.

Tout ce temps sans pouvoir les aider ! Qu’allaient-ils, tous, devenir? Jean-François et ses enfants, Tenin et notre bébé? J’avais lu, autrefois, dans la littérature concentrationnaire qu’en URSS même, les détenus politiques reçoivent des nouvelles et parfois des visites des leurs. En Guinée c’eût été impensable. Le mur qui nous isolait du reste du monde s’élevait plus haut de jour en jour.

Je me souvins d’un entretien passé, il y avait de cela près de deux ans: un de mes anciens amis, condamné à cinq ans pour le « complot Petit Touré » avait été libéré après trois ans passés à ce même camp. Il m’avait rencontré le surlendemain de sa libération. L’homme était très discret, trop visiblement encore apeuré. Il avait toutefois répondu à une seule question.

— Savais-tu si tu étais condamné, et à combien? Le jugement t’a-t-il été signifié?

— Jamais, avait-il jeté très vite. Jamais et heureusement! Nous nous imaginions n’êtême pas condamnés et nous attendions la libération de jour en jour. C’est cela qui nous a permis de tenir et cela seul. Si j’avais personnellement su que j’en avais pour dix ans, je me serais pendu comme l’a fait Kaba Sory à la cellule contiguë.

Il s’était alors aperçu qu’il en avait trop dit et je ne pus plus rien lui arracher.

Une nouvelle angoisse me poigna. Dans dix ans, j’aurais cinquante-six ans. Même si je tenais physiquement, ce qui n’était pas certain, que ferais-je? Comment me réinsérer dans un monde qui appartient à la jeunesse?

— Jean, Jean. J’ai eu tort de t’apprendre cela. J’avais bien promis à Ropin de ne rien dire mais c’est trop dur à supporter seul. Secoue-toi, ne fais pas comme moi. Je suis resté assommé depuis hier mais je me rends compte qu’il faut réagir. Inutile de nous faire encore plus mal.

J’essayais bien de me ressaisir mais un lourd filet m’enserrait de toute part. Mon coeur battait plus follement. Mes entrailles mêmes se convulsaient. Je fis un violent effort pour parler d’une voix que je voulais normale et qui devait ressembler au croassement d’un corbeau.

— Ce n’est rien. Merci de m’avoir prévenu au contraire. Je crois qu’il vaut mieux savoir. Nous faisions des rêves, nous nous y complaisions. Il est préférable de voir la réalité en face. Henri, mon vieil Henri, on va avoir drôlement besoin l’un de l’autre ces jours-ci.

— J’ai bien réfléchi, tu sais, Jean. Après le premier désarroi, je me suis repris. Nous les reverrons nos femmes. Pour les Guinéens, c’est un sale coup. Ils sont entièrement entre les mains de ces salauds. Pour nous, cela ne signifie rien. C’est trop lourd. La perpétuité, cela n’existe pas. Le monde extérieur va s’élever tout entier comme pour les Basques en Espagne.

Je comprenais le cheminement de la pensée de mon ami. C’était peut-être bien raisonné. Une trop lourde condamnation, par son absurdité même, serait plus aisément révisée qu’une peine moyenne. Peut-être !

Henri, tu veux dire que si on nous avait infligé cinq ans, nous aurions été obligés de les faire, dans l’indifférence générale ?

— Oui, Jean. Cinq ans, cela n’effraie personne. Nos compatriotes auraient estimé que c’était un mauvais moment à passer mais que nous nous en sortirions rapidement. D’autant qu’une remise de peine pouvait intervenir à tout moment, ramenant la durée à deux ou trois ans. La perpétuité, pour des innocents surtout, cela prouve une telle haine, un tel système inhumain, amoral, que cela va faire bondir tout le monde! Gouvernements et peuples vont s’émouvoir!

Je réfléchis longuement à cette théorie.

Les peuples et les gouvernements? Ils ne s’émeuvent que pour ce qui les touche directement. Qui va donc s’intéresser à des prisonniers dans cette Guinée dont la presque totalité des Français a oublié jusqu’à l’existence, quand elle ne la situe pas en Océanie? Quant aux autres peuples d’Amérique et d’Europe, qui se soucie donc de ce petit pays. Il faut en être le dirigeant pour se croire le nombril du monde. Les peuples africains, conscients de l’immense duperie de ce fameux procès, pousseront quand même à la roue. Faire pièce aux anciens colonisateurs, c’est leur rêve à tous, à l’exception de la Côte-d’Ivoire et du Sénégal !

Le Gouvernement français, le principal intéressé ? N’est-il pas encore tout imprégné de la pensée de celui qui a, pour la France, rayé ce pays de la carte du monde le 28 septembre 1958 et interdit depuis qu’on lui rebatte les oreilles de ses problèmes ? Les Français qui ont été arrêtés dans cette affaire ne seront jamais que de mauvais nationaux qui n’ont pas obéi aux ordres et refusé d’abandonner ce navire en perdition.

Enfin, tout ce beau raisonnement n’est valable que pour les autres, Français, Allemands, Libanais, entraînés dans cette aventure! Moi, je suis guinéen. Personne ne se souciera de mon sort!

Il faut seulement survivre. Là est le but à atteindre. Plus facile de se tracer une ligne de conduite que de la suivre ! Par instants, une panique viscérale s’emparait de moi. Perpétuité ! Des années et des années dans cette tombe ! Sans ne jamais rien faire, sans ne jamais rien savoir des siens ! C’était impossible. Que Dieu m’aide ! Et je m’abîmai dans une longue prière.

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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