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Économie

Du Nigeria à Zanzibar, l’Afrique a discrètement joué un rôle crucial dans l’alunissage américain de juillet 1969

Le 20 juillet 1969, Apollo 11 [fr] a marqué l’histoire du monde en se posant sur la lune. Mais à ce jour, peu de gens connaissent l’existence des stations spatiales de Kano, dans le nord du Nigéria, et de Tunguu, de Zanzibar, qui ont permis de jeter les bases ayant finalement permis la mission Apollo 11.

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À Kano, au Nigéria, un garçon monte un chameau devant la station spatiale de la NASA, l'une des 18 stations spatiales du projet Mercury, placées de manière stratégique le long de la trajectoire orbitale de la terre. Les stations faisaient partie d’un vaste réseau de communication au niveau mondial nécessaire pour suivre les engins spatiaux et relayer les informations au centre de contrôle de Mercury de Cape Canaveral, en Floride, aux États-Unis. Image publiée par la NASA le 21 mai 1962.

Le 20 juillet 1969, Apollo 11 [fr] a marqué l’histoire du monde en se posant sur la lune. Mais à ce jour, peu de gens connaissent l’existence des stations spatiales de Kano, dans le nord du Nigéria, et de Tunguu, de Zanzibar, qui ont permis de jeter les bases ayant finalement permis la mission Apollo 11.

La guerre froide entre l’Union soviétique et les États-Unis a joué un rôle dramatique dans la grande course à l’espace. Avant qu’un alunissage puisse avoir lieu, les États-Unis devaient tester des engins spatiaux habités et non habités. En octobre 1958, la National Aeronautics and Space Administration (NASA) a lancé le projet Mercury, un projet quinquennal de quatre cents millions de dollars destiné à tester la viabilité des voyages dans l’espace.

Le lancement d’un vaisseau spatial en orbite nécessitait des contrôles au sol dans les pays situés le long des trajectoires orbitales. La NASA a construit un total de dix-huit stations [fr] dans des endroits stratégiques du monde entier, dont le Nigéria, à peine indépendant de la domination britannique, et Zanzibar, alors gouverné [fr] par le sultanat omanais et une administration britannique.

Carte montrant les locations des stations de suivi au sol du projet Mercury. Archives de la NASA.

Le projet Mercury a qualifié sept astronautes, connus sous le nom de “Mercury 7″ et a organisé plusieurs vols orbitaux au début des années 1960 : vingt sans équipage, dont le Mercury-Atlas-4, deux avec des chimpanzés (“Ham” et “Enos“), et six vols habités, dont MA-6 à MA-9. Il a ainsi prouvé que le vol spatial humain était possible.

En 1960, la NASA a construit la station de suivi de satellites à Tunguu, à Zanzibar, à un peu moins de quinze kilomètres de la capitale Stone Town. L’année suivante, la NASA achevait à Kano, au Nigéria, la dernière des dix-huit stations, chacune d’un coût estimé à trois millions de dollars.

Les Britanniques, ainsi que le Sultan Khalifa bin Harub de Zanzibar, ont soutenu la station spatiale américaine avec enthousiasme et ont approuvé la vente d’un terrain rural à Tunguu pour le site du projet en 1960.

Tout au long du projet, les États-Unis ont transporté plus de mille tonnes de fret dans des dépôts américains spécialement désignés pour organiser des envois vers le Nigéria et Zanzibar, ainsi que sur les autres sites, dont deux à bord de navires. Les stations abritaient des équipements électroniques, des tours de refroidissement, des refroidisseurs d’eau, des réservoirs hydropneumatiques et des générateurs diesel de support pour la production d’énergie.

Station de suivi au sol de la NASA, à Tunguu, Zanzibar, en 1961. Photo provenant de la collection de Torrence Royer, utilisée avec autorisation.

D’après la documentation disponible, la NASA a passé des contrats avec des ingénieurs américains et britanniques ainsi que des spécialistes et des constructeurs locaux à Kano et à Zanzibar. Ceux-ci ont fait le levé des terrains afin d’établir précisément les orientations des antennes de communication avec les engins spatiaux.

Kano, qui abritait l’ancien royaume de Kano, et Zanzibar, plaque tournante du commerce dans l’océan Indien depuis un millénaire, étaient désormais des liens essentiels dans un réseau mondial pour atteindre les étoiles.

Premier réseau mondial de communication

Avant Internet, il y a eu le projet Mercury. La course à l’espace exigeait que le premier réseau de communication mondial ait la capacité de faire communiquer les stations, les engins spatiaux et les astronautes entre eux. Le réseau de communication Mercury comprenait 164 000 km de lignes de télétype, 160 000 km de lignes téléphoniques et 24 000 km de lignes de données à haut débit, selon les archives historiques de la NASA.

La NASA a équipé les stations de “fonctions de télémétrie, de suivi et de calcul” ainsi que de “contrôle et de surveillance des vols”, “d’une réception air-sol multi-fréquence ainsi qu’une fonction de communication à distance”. Un système d’interphone permettait à plusieurs personnes de parler pendant que d’autres écoutaient.

La communication entre le personnel de la station au sol et le vaisseau était une chorégraphie savamment orchestrée. Après le lancement d’un vaisseau spatial, cinq à quatre-vingt-dix minutes s’écoulaient avant qu’il ne passe au-dessus d’une station, en fonction de l’emplacement de celle-ci. Le centre de contrôle de Mercury de la base aérienne de Cap Canaveral en Floride envoyait un message télétype aux stations avec l’heure et les coordonnées, en utilisant les données recueillies lors du passage de l’engin spatial au-dessus d’une station antérieure.

Orbites de la mission MA-9, archives de la NASA.

Terrence Royer, un Américain dont le beau-père Roger Locke travaillait au centre spatial de Zanzibar et qui y a passé quelques années pendant son enfance, écrit :

L’équipement de haute technologie et l’attitude à la « atteignons-les-étoiles » intriguaient de nombreux jeunes Zanzibaris. Je me souviens des élèves de mon école qui apprenaient les horaires de lancement des satellites et qui dormaient sur la plage la nuit, regardant le ciel à l’horaire prévu, attendant le passage du vaisseau spatial au-dessus de leur tête. Un ami qui venait juste d’être informé de ces veillées rejoignit les spectateurs sur la plage… pour être finalement quelque peu déçu d’observer un petit objet, tel une étoile, qui s’avançait doucement. Il s’attendait peut-être à voir de près le survol d’une « soucoupe volante ».

Révolution… et changement

Précédant les élections de Zanzibar de 1961, des doutes sur les intentions réelles de la station spatiale américaine ont commencé à apparaître et une petite résistance contre sa présence s’est développée. Certains avaient peur que Zanzibar puisse devenir une cible potentielle dans une guerre nucléaire.

À Zanzibar, un graffiti montrant un coq (associé au parti Afro Shirazi qui n’existe plus aujourd’hui) repoussant un cow-boy (représentant l’impérialisme américain) hors de l’île et lui criant « Je n’ai pas du tout besoin de toi ! Va-t’en de là ! » en swahili. Photographie provenant de la collection de Terrence Royer, utilisée avec autorisation.

Malgré tout, le centre spatial est bien resté ouvert et le 15 mai 1963, la mission finale Mercury-Atlas 9, pilotée par l’astronaute Gordon Cooper, a été lancée de Cap Canaveral, réalisant vingt-deux orbites autour de la Terre pendant 34 longues heures avant d’amerrir dans l’Océan Pacifique. Le succès sans précédent de cette dernière mission a permis de compléter le programme Mercury et d’établir les bases des programmes plus ambitieux tels que Gemini, et plus tard dans la même décennie, Apollo.

Cette année-là, le Zanzibar a connu un bref moment d’indépendance quand, en décembre 1963, les Britanniques quittent ces îles qui deviennent une monarchie constitutionnelle dirigée par les sultans d’Oman.

Mais le 12 janvier 1964, une révolution violente à Zanzibar renverse les sultans, mettant fin à deux siècles de règne. Quand la situation redevient stable, le nouveau gouvernement révolutionnaire proclame alors que le centre spatial fondé par les États-Unis constitue une menace pour la sécurité nationale et réclame sa suppression.

Des manifestations contre le programme Mercury dans les rues de Stone Town, à Zanzibar, le 12 avril 1964. Photographie provenant de la collection de Terrence Royer, utilisée avec autorisation.

Le 7 avril 1964, le gouvernement des États-Unis annonce la fermeture du centre spatial de Zanzibar suite à la demande du nouveau gouvernement zanzibari. « Nous regrettons énormément cette décision, car le centre était utilisé à des fins strictement pacifiques qui auraient accru la connaissance scientifique humaine », a déclaré la NASA, ajoutant rechercher de nouveaux lieux en Afrique de l’Est sur les trajectoires orbitales. L’agence s’est alors installée à Madagascar.

Après des années d’influences britannique et arabe, Zanzibar a commencé à considérer des alliances avec les gouvernements de Chine, d’Allemagne de l’Est et de l’Union Soviétique, et son penchant socialiste devient un point de contention diplomatique. Au même moment, le Tanganyika, nouvellement indépendant sur le continent, fusionne avec le Zanzibar en 1964 pour former la République unie de Tanzanie, le Zanzibar en étant une région semi-autonome.

Aujourd’hui, l’ancien centre spatial est un abri couvert de rouille et de graffitis sans aucun signe indiquant son rôle mondial dans la course à l’espace. Mais le site de Zanzibar se trouvant sur les trajectoires orbitales, les observateurs des étoiles peuvent toujours apercevoir la Station spatiale internationale lorsqu’elle passe au-dessus de l’île. Sa dernière apparition a été le mardi 23 juillet à 5h11 du matin, pendant une minute.

Le centre spatial abandonné du programme Mercury à Tunguu, Zanzibar, en 2004. Photographie provenant de la collection de Terrence Royer, utilisée avec autorisation.

Le centre spatial de Kano est resté ouvert deux années de plus et a fermé en décembre 1966. Mais le gouvernement nigérian possède son propre programme spatial depuis 2003 et a lancé des satellites dans l’espace.

Le Nigéria prévoit d’envoyer un astronaute dans l’espace d’ici 2030.

Ce billet que nous avons traduit de l’anglais au français Erin Khan et moi, a été écrit par Amanda Lichtenstein, écrivain, éditeur et éducateur de Chicago, IL (USA). Il a été publié sur globalvoices.org le 4 août 2019

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Droits de l'Homme

De nouvelles pistes sur les motivations du groupe armé qui terrorise le nord du Mozambique

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Un groupe de combattants en treillis contemple une voiture calcinée à Cabo Delgado.

Les dégâts causés par un attentat à Cabo Delgado, au nord du Mozambique, en mars 2020. Photo capturée sur les réseaux sociaux.

[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient à des pages en portugais, ndlt.]

Depuis plus de deux ans, la province de Cabo Delgado au Mozambique a enduré des attaques répétées, notamment des meurtres et des destructions de biens publics et privés, perpétrées par des groupes armés inconnus. Les récits d’habitants forcés de fuir sont récurrents.

Plus de 900 personnes ont été assassinées depuis le début de ces attaques, selon le Projet pour la localisation des conflits armés et le recensement des données d’incidents (ACLED) [en]. En février, le gouvernement de la province de Cabo Delgado a publié un rapport affirmant que plus de 150 000 personnes étaient déjà touchées par le conflit.

Les dernières attaques se sont produites à la fin du mois de mars et au début du mois d’avril 2020, dont une a donné lieu à une occupation temporaire du district par les assaillants.

Ce groupe armé, dont les motivations demeurent inconnues, est surnommé « Al Shabaab » par la population locale, bien qu’il n’y ait pour l’instant aucun lien avéré avec le groupe terroriste somalien [fr]. Cependant, une nouvelle vidéo publiée le 7 avril semble fournir quelques pistes.

Filmée dans le village de Ntchinga, cette vidéo montre les rebelles agitant un drapeau de l’État islamique [fr]. L’un des chefs du groupe s’adresse en kimwan et en kiswahili à la population locale, qu’il semble avoir convoquée pour un rassemblement.

Selon un article publié sur le site de la VOA, cette vidéo suggèrerait un changement de stratégie du groupe, qui tenterait à présent d’obtenir le soutien de la population locale. La VOA publie également la transcription des propos entendus dans cet extrait vidéo :

Nous souhaitons que la loi islamique soit respectée. Cabo Delgado nous appartient et nous allons imposer l’État islamique, compris ?

Nous sommes venus ici deux fois, et cette fois-ci, comme vous pouvez tous le voir, nous ne tuons personne et nous ne détruisons rien, et nous allons vous laisser en paix.

Si vous continuez à collaborer avec le gouvernement, à nous dénoncer et à ne pas suivre l’islam, nous reviendrons une troisième fois et nous allons tout brûler, tous vous tuer, et tout laisser à l’abandon, compris ?

Quelques jours après la diffusion de cette vidéo, des assaillants ont détruit une église catholique dans la région. Faisant écho à cet événement lors de la bénédiction pascale, le pape François a prié [fr] pour la population de Cabo Delgado.

L’intérieur de la mission catholique de Nangololo (district de Muidumbe) vandalisé jeudi par de violents extrémistes qui terrorisent les résidents, et ciblent les casernes militaires depuis deux ans à Cabo Delgado, au nord du Mozambique.

[photos] L’église saccagée : une statue cassée, des bancs renversés, des cendres devant l’autel, et une pièce entièrement calcinée.

En réaction, le gouvernement central a repris ses exhortations à l’arrêt des attaques, rappelant que leurs auteurs devraient être condamnés et emprisonnés :

Le gouvernement condamne fermement ces attaques odieuses et violentes et ne cessera de poursuivre tous les assassins afin de les traduire en justice, comme c’est le cas actuellement.

Au beau milieu de ces attaques, des échos de disparitions de journalistes [fr] se font entendre dans les médias. Le dernier en date est un présentateur de radio locale, selon un reportage de RFI en portugais :

Selon des informations rapportées par l’antenne mozambicaine de l’Institut des médias d’Afrique australe (MISA, acronyme anglais), Ibraimo Mbaruco a quitté son domicile vers 15h le 7 avril pour se rendre à la station de radio où il travaillait. Le journaliste, qui est sorti du travail peu avant 18h le même jour, aurait été séquestré alors qu’il rentrait chez lui, entre 18h et 19h.

MISA indique en outre que quelques instants auparavant, Ibraimo Mbaruco aurait envoyé un SMS à l’un de ses collègues de travail, l’informant qu’il était encerclé par des militaires. À partir de ce moment, il n’a plus répondu au téléphone, bien que son mobile n’ait pas été déconnecté du réseau.

Dans un rapport publié le 13 avril [pdf], le chercheur Sérgio Chichava de l’Institut d’études économiques et sociales, présentait quelques hypothèses concernant la nature du groupe et ses motivations.

Selon Sérgio Chichava, tout indique que le Mozambique est en présence d’un groupe islamiste radical, qui entend imposer la loi islamique.

Cependant, les différentes mutations par lesquelles le groupe est passé en l’espace de deux ans et demi, ainsi que les raisons du choix de la voie armée pour atteindre son objectif, après avoir initialement privilégié des actions non-violentes, mériteraient de plus amples recherches.

Qui est l’« ennemi » qui attaque Cabo Delgado ? Dans numéro 127 du journal IDeIAS, Sérgio Chichava présente les différentes hypothèses du gouvernement mozambicain quant à l’identité et aux objectifs du groupe qui attaque cette province depuis le 5 octobre 2017. À lire ici : [lien vers le bulletin 127 de IDeIAS, à télécharger en pdf]

[photo] Capture d’écran de la page de garde du rapport élaboré par Sérgio Chichava, publié le 13 avril 2020 dans IDeIAS (bulletin d’information sur développement, les institutions et l’analyse sociale).

Récemment, un groupe d’artistes de la région a sorti une chanson dans plusieurs langues locales pour appeler les groupes armés à cesser les attaques dans cette province du nord du Mozambique :

C’est la première chanson condamnant les attaques de Cabo Delgado qu’il me soit donné d’écouter. Ce groupe est de Mueda et chante en maconde, en kiswahili et en portugais.

REFRAIN :

Pourquoi est-ce qu’ils nous tuent, nous égorgent comme des poulets, pourquoi est-ce qu’ils nous tuent, nous font du tort, pourquoi ? Qu’est-ce que nous avons fait?!

Le Centre pour la démocratie et le développement (CDD) a quant à lui attiré l’attention sur le danger d’une perte le contrôle de la situation, risquant de provoquer une crise encore plus grave qui s’étendrait à toute l’Afrique australe

Il est impératif que la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) intervienne. Il est vrai que la SADC est cet organisme amorphe que nous connaissons tous, mais elle doit être mobilisée pour intervenir ici.

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Ce billet écrit par Dércio Tsandzana qui blogue depuis 2008 en portugais, a été traduit Laila Le Guen, responsable du groupe globalvoices.org et publié sur ce réseau le

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Droits de l'Homme

Mondialisation et COVID-19 : Quel est l’impact sur l’économie africaine ?

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Comme le remède au COVID-19 n'a pas encore été trouvé, le nombre de personnes infectées devrait augmenter de jour en jour jusqu'à ce que la propagation soit totalement contenue en Afrique et dans d'autres parties du monde.

Comme le remède au COVID-19 n’a pas encore été trouvé, le nombre de personnes infectées devrait augmenter de jour en jour jusqu’à ce que la propagation soit totalement contenue en Afrique et dans d’autres parties du monde.

Depuis l’essor de la mondialisation, le monde est devenu un petit quartier où les gens peuvent facilement interagir les uns avec les autres sans se heurter à de sérieux obstacles. Cela est devenu à la fois bénéfique et nuisible pour la sphère sociale, politique et économique en ce qui concerne le bien-être des gens.

Autrement dit, malgré la libre circulation des personnes, des biens et des services qu’entraîne la mondialisation, qui stimule le développement socio-économique, elle est également devenue une source de propagation des maladies. En conséquence, en raison du facteur de développement technologique de la mondialisation, une épidémie telle que celle de COVID-19 s’est transformée en une maladie pandémique majeure qui a touché plus d’un million de personnes dans le monde entier, indépendamment de leurs différences de localisation géographique.

La raison en est simplement que le progrès technologique, qui est l’une des principales forces de la mondialisation, a permis aux gens de voyager plus facilement par terre, par mer et même par air d’un endroit à l’autre sans rencontrer d’obstacles. Dans ce cas, si ces personnes ont été en contact avec la maladie comme COVID-19 dans la ville ou le pays (A), elles peuvent facilement la transmettre à la ville ou au pays (B) qui n’a pas connu d’infections si des mesures sanitaires appropriées ne sont pas mises en place pour empêcher la propagation au grand public.

Dans le contexte de l’Afrique en particulier, l’OMS a indiqué que la région comptait 7647 cas confirmés et 326 décès dus à la maladie de coronavirus 2019 (COVID-19) au 8 avril 2020. Par conséquent, puisque le remède n’a pas encore été trouvé, ces chiffres devraient augmenter de jour en jour jusqu’à ce que la propagation du COVID-19 soit totalement contenue en Afrique et dans d’autres parties du monde.

Cependant, les mesures utilisées dans le processus d’endiguement de la transmission de la maladie depuis qu’elle a été annoncée comme une pandémie mondiale par l’OMS et que le premier cas a été enregistré à ce jour sur le continent, sont susceptibles de créer des chocs économiques majeurs résultant du retard de secteurs économiques clés tels que le tourisme, le transport aérien, les industries manufacturières et le commerce.

Selon l’Institut Brookings, l’Afrique est la dernière frontière du monde dans la lutte contre l’extrême pauvreté où un Africain sur trois – 422 millions de personnes – vit en dessous du seuil de pauvreté mondial. Par conséquent, ce fait signifie que l’écart entre riches et pauvres est plus important sur le continent, où les conséquences du COVID-19 dans les secteurs économiques feront reculer les efforts visant à réduire l’écart de revenus plutôt que de les faire progresser et augmenteront le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté mondial.

Ce fait est confirmé par le PNUD qui a déclaré que la crise du COVID-19 menace de frapper de manière disproportionnée les pays en développement – les pertes de revenus devraient dépasser les 220 milliards de dollars et près de la moitié des emplois en Afrique pourraient être perdus.

Par conséquent, des mesures telles que le verrouillage national et de nombreuses mesures d’atténuation strictes prises par les gouvernements à l’intérieur et à l’extérieur de l’Afrique pour limiter les rassemblements et la mobilité des personnes afin d’enrayer la propagation du virus, auront des conséquences graves sur la production de biens, la fourniture de services et les activités commerciales. En conséquence, la plupart des pays du continent seront touchés économiquement par la paralysie de secteurs économiques essentiels.

Alors que d’autres régions du monde ont déjà commencé à subir les chocs socio-économiques, l’Afrique, qui compte moins de cas enregistrés que les autres continents, devrait également subir le même sort si cette maladie contagieuse n’est pas entièrement gérée à temps pour permettre aux pays de reprendre des activités économiques normales.

Le fait d’avoir moins de cas confirmés de COVID-19 par rapport à d’autres régions ne signifie pas que l’Afrique est hors de danger face à la maladie elle-même et à ses conséquences, notamment les chocs économiques. La Commission économique pour l’Afrique prévoit que le nouveau coup porté par le coronavirus à la croissance économique devrait passer de 3,2 % à 1,8 %. Selon la secrétaire exécutive de la CEA, Vera Songwe, « l’interconnexion du continent avec les économies affectées de l’Union européenne, de la Chine et des États-Unis a eu des effets d’entraînement ».

Elle a réitéré que le continent aurait besoin de 10,6 milliards de dollars d’augmentation imprévue des dépenses de santé pour freiner la propagation du virus, alors que d’autre part, les pertes de revenus pourraient conduire à une dette insoutenable. Les augmentations non budgétisées des dépenses de santé risquent de perturber les autres activités de développement prévues en raison de la réaffectation des fonds pour lutter contre la pandémie. En conséquence, cette mesure pourrait nuire gravement à la croissance économique et rendre presque impossible l’effort visant à mettre fin à l’extrême pauvreté.

Selon la CEA, le COVID-19 pourrait faire chuter les recettes d’exportation de combustibles de l’Afrique à environ 101 milliards de dollars en 2020. La CEA ajoute que les envois de fonds et le tourisme sont également touchés, car le virus continue de se propager dans le monde entier, ce qui entraîne une diminution des flux d’IDE, une fuite des capitaux, un resserrement du marché financier intérieur et un ralentissement des investissements – donc des pertes d’emplois.

En particulier, le chômage est déjà une préoccupation majeure dans les pays africains car les secteurs public et privé ne produisent pas d’emplois adéquats pour couvrir la majorité de la population, en particulier les nouveaux diplômés. La plupart des gens sont donc contraints de créer des emplois alternatifs pour eux-mêmes en créant de petites entreprises et en s’engageant dans des activités agricoles, etc.

Par conséquent, si elles sont contraintes de fermer leurs portes en raison de la maladie de coronavirus 2019, les pertes d’emplois risquent de s’aggraver. D’autre part, la plupart des Africains qui vivent en milieu rural dépendent des activités agricoles pour leur subsistance.

Par conséquent, si ces agriculteurs majoritaires, petits, moyens et grands, ainsi que leurs ouvriers, cessent leurs activités, cela signifie une nouvelle vague de pertes d’emplois dans le secteur agricole qui emploie la plupart des Africains. Statistiquement, Mckinsey & Company décrit que plus de 60 % des populations d’Afrique subsaharienne sont des petits exploitants agricoles et qu’environ 23 % du PIB de la région provient de l’agriculture.

On peut dire que l’arrêt des activités agricoles en raison de la pandémie de COVID-19 signifie la perte de 60 % des emplois des personnes impliquées dans le secteur dans la région de l’Afrique subsaharienne. De plus, les exploitations agricoles non gérées risquent de produire moins de récoltes que d’habitude, ce qui entraînera une baisse du PIB affecté par la diminution de la production dans le secteur agricole si la crise n’est pas maîtrisée suffisamment tôt.

Ces répercussions dans des secteurs économiques clés de l’Afrique auront de graves répercussions sur la prospérité de ses habitants et entraveront les efforts visant à réaliser respectivement le plan de développement continental, l’Agenda 2063, et le plan de développement mondial, l’Agenda 2030.

Toutefois, la CEA conseille aux gouvernements africains de revoir et de réviser leurs budgets afin de redéfinir les priorités des dépenses en vue d’atténuer les effets négatifs attendus du COVID-19 sur leurs économies. Cela signifie que si l’Afrique joue correctement sa carte, la chance de sauver son économie des conséquences de la maladie à coronavirus 2019 est toujours valable.

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Ce billet de Seleman Yusuph Kitenge a été publié sur le site un.org le 15 avril 2020

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Droits de l'Homme

Quand Sékou Touré rendait l’âme dans un hôpital de Cleveland, USA

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Long and deep pools

C’était un lundi 26 mars 1984, dans un hôpital de Cleveland, ville située dans l’Ohio américain, au cœur de l’Occident qu’il avait tant vilipendé. C’est en ce jour et à cet endroit, au cours d’une opération du cœur, que Sékou Touré avait trouvé la mort.

Il est mort sans avoir pu dire au revoir aux siens comme toutes ses victimes qui avaient été kidnappées et exécutées sous son régime sans procès équitable. Deux jours auparavant, il s’était écroulé dans son palais de Conakry des suites d’une crise cardiaque.

Sékou Touré était un leader charismatique et un orateur exceptionnel qui avait fait la fierté des progressistes africains et du monde à cause de ses discours et prises de position anti-impérialistes mais aussi pour son engagement et celui de la Guinée dans la lutte de libération de plusieurs pays africains. Cependant, si sur la scène internationale il réclamait la liberté des peuples africains et fustigeait l’impérialisme occidental, tout de même sur le plan national il maintenait son peuple dans une totale privation de liberté. L’opposition politique était interdite et toute dissension était réprimée dans le sang. Durant ses 26 ans de règne, d’éminents cadres et intellectuels guinéens, africains et étrangers, mais aussi de simples citoyens périrent dans des conditions affreuses ou furent obligés de fuir leur pays pour échapper à la répression. 

Lire également: Après 20 ans de révolution, la production de riz est tombée de 282 700 tonnes en 1957—veille de l’indépendance—à moins de 30 000 tonnes

Le premier de ces complots fut celui des enseignants qui survient très tôt, juste deux années après son arrivée au pouvoir. C’est ainsi que pour avoir osé réclamer un meilleur traitement lors du congrès de la CNTG de novembre 1961, le syndicat des enseignants est accusé de subversion par Sékou Touré.

Il en profite pour anéantir Koumandian Keïta qui était considéré comme un de ses principaux rivaux politiques. Celui-ci sera arrêté et condamné ainsi que ses compagnons syndicalistes Mamadi Traoré alias Réotra, Djibril Tamsir Niane, Seck M’Bahi, Ibrahima Kaba Bah, Hassimiou Bah et plusieurs autres personnes. D’autres complots réels ou imaginaires suivront durant son règne et ils seront tous suivis d’arrestations, d’emprisonnement ou d’exécution par pendaison, fusillade ou par diète noire (privation d’eau et de nourriture jusqu’à ce que mort s’en suive).

Ainsi, cet homme qui fut l’un des grands architectes de l’indépendance guinéenne et du NON à la Communauté proposée par la France, se transforma rapidement en un véritable dictateur paranoïaque. 

Les impacts du régime sur la croissance démographique

Vous demandez-vous pourquoi il y a ces millions de guinéens qui vivent dans les pays limitrophes alors que les ressortissants de ces pays ne sont pas autant nombreux chez nous ? Pourtant, notre pays disposait d’énormes potentialités agricoles, industrielles et minières plus que ces pays. Malgré tout cela, pourquoi le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont aujourd’hui devenus plus riches et plus peuplés que la Guinée ?

Pourtant avant l’indépendance, la Guinée était plus peuplée que ces pays. En 1955, la Guinée avait une population de 3,3 millions d’habitants contre 2,7 millions pour le Sénégal et 3 millions pour la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire avec une population de plus de 26,4 millions est deux fois plus peuplée que la Guinée qui n’a que 12,7 millions d’habitants. Quant au Sénégal, avec une superficie pourtant plus petite que celle de la Guinée, il est aussi avec ses 16,7 millions d’habitants plus peuplé que la Guinée.

De 1960 à 1985, la population guinéenne n’avait augmenté que de 39%. Pendant cette même période, la population sénégalaise avait plus que doublé et atteignait les 6,5 millions d’habitants en 1985. Quant à la Côte d’Ivoire, sa population qui était près de 10 millions en 1985 avait ainsi plus que triplé car ayant augmenté de plus 233%. Ces deux pays doivent cette croissance rapide de leur population en grande partie à l’exode massif des populations de Guinée, du Mali et du Burkina qui fuyaient les dictatures dans leurs pays respectifs.

À sa mort, Sékou Touré nous avait laissé un pays complètement à genoux sans infrastructures de transport ou de communication adéquates et sans une culture démocratique. Le système éducatif s’était considérablement dégradé et l’économie était asphyxiée.

Sur le plan économique

Si la rupture brusque avec la France et les représailles qui ont suivi avaient créé d’énormes difficultés économiques à la Guinée, les politiques économiques adoptées par le régime de Sékou Touré ainsi que la mauvaise gestion, n’ont pas non plus favorisé un développement économique durable.

Après l’indépendance de la Guinée, la France avait décidé de saboter l’économie guinéenne. À la surprise de Sékou Touré, la France décida de pousser la Guinée hors de la Zone CFA. Ensuite en 1959, elle introduit une quantité importante de faux billets en Guinée pour déstabiliser la monnaie guinéenne.  

Pourtant, Sékou Touré n’était vraiment pas favorable à une rupture avec la France. Il voulait d’ailleurs que la Guinée fasse partie de la communauté française mais seulement en tant qu’État souverain. À propos voici d’ailleurs ce qu’il avait dit lors d’un discours qu’il avait tenu à Conakry en septembre 1958 : « Notre volonté d’indépendance ne doit pas être interprétée comme une volonté de rupture avec la France. Mes réponses se ressentiront donc forcément de notre intention ferme de rester dans le système français. Il est permis en effet d’espérer que la Guinée aura sa place à côté de la République de Tunisie et du Maroc, dans l’association des États Libres que la nouvelle Constitution prévoit en son article 88 ».

C’est surtout la réticence de la France qui ne voulait surtout pas voir ses autres colonies emboîter le pas à la Guinée, qui va pousser Sékou Touré à changer d’attitude aussi. Par conséquent, après avoir flirté pour quelque temps avec les Etats-Unis, Sékou Touré se tournera définitivement vers l’Union Soviétique, la Chine et les pays de l’Europe de l’Est.  Il calque son système économique sur celui des pays de l’Europe de l’Est. La planification était centralisée et la quasi-totalité des entreprises de production étaient nationalisées.

Malheureusement, la productivité de ces entreprises était faible par rapport à leur capacité. Elles dépendaient essentiellement des infusions de cash de la part de l’Etat pour combler leurs déficits financiers. Ces entreprises étaient aussi confrontées au manque de personnel qualifié, d’électricité et de routes,  à l’insuffisance de matières premières mais aussi et surtout de pièces de rechange, de devises ainsi que  de l’isolement du pays. 

Pour faire face aux dépenses d’investissements publics et pour soutenir ces entreprises publiques dont on dénombrait près de 180, l’Etat était obligé de recourir à la planche à billets. C’est ce qui en retour avait exacerbé l’inflation. La masse monétaire en circulation avait atteint les 44% dans la première moitié des années 70 alors que celle-ci n’atteignait même pas les 25% dans les pays voisins. Pour endiguer ce problème et revaloriser la monnaie locale, le régime de Sékou Touré va procéder au changement de monnaie en 1972. Du Franc qui avait été introduit en 1960, le pays va passer à une nouvelle monnaie dénommée le Syli. Cependant cela ne mit pas fin aux difficultés économiques et financières du pays.

En 1973, le niveau d’endettement atteignait les 75% du PIB et un déficit budgétaire qui avoisinait les 18% du PIB. Entre 1960 et 1975, l’économie n’avait enregistré qu’une croissance de 2% par an. Ce qui était nettement inférieur au taux de croissance de la population pendant cette même période qui était de 2,8%. N’eut été l’émigration massive des guinéens vers les pays limitrophes (Sénégal, Liberia, Sierra Leone et Côte d’Ivoire), le pays aurait connu des remous sociaux plus graves que ceux de 1977 car les problèmes économiques allaient se ressentir par la population de façon plus dramatique.

Lire également: Siradiou Diallo: Le complot permanent, ou le stalinisme à la guinéenne 1ère partie

Ainsi, vers la fin des années 70, la situation avait empiré et le pays rencontrait tellement de difficultés financières que Sékou Touré se vit obliger de solliciter l’assistance des institutions de Bretton Woods (Banque Mondiale). D’ailleurs, en 1979 la Guinée fera une demande d’adhésion à la Société Financière Internationale et elle y sera admise comme membre. Cet organisme de la Banque Mondiale qui assiste le secteur privé des pays membres. Ceci était d’ailleurs un signe que le révolutionnaire avait désormais l’intention de libéraliser certains secteurs de l’économie guinéenne.

Sur le plan agricole

Si jusqu’en 1960, c’est-à-dire 2 ans après son accession à la souveraineté nationale, la Guinée était le modèle en Afrique Occidentale et était un net exportateur de produits agricoles, dans les années 80, le pays était devenu un net importateur de produits agricoles. Désormais, le pays ne comptait plus que sur l’exportation minière pour se procurer de devises étrangères pour financer ses importations.

Les voies de communication (routes, téléphone, etc.) étaient dans une situation désastreuse.  Par exemple, la route entre N’Zérékoré et Conakry était tellement mauvaise que les voyageurs pouvaient y passer plus de quatre semaines surtout pendant l’hivernage. Ils étaient obligés de voyager avec les marmites et autres ustensiles pour cuisiner en route pendant le voyage. Les passagers voyageaient dans les camions, car il n’y avait pratiquement pas de bus ou de taxis et beaucoup perdaient leur vie dans des accidents à cause de l’état désastreux des routes et des ponts. Des centaines de personnes ont d’ailleurs péri aux environs de Sérédou (Macenta) à cette époque et malheureusement cela continue de nos jours encore sur les routes traversant la région forestière.

Le système éducatif

Le système éducatif ne s’était pas amélioré durant le règne de Sékou Touré malgré l’arrivée de plusieurs cadres et d’intellectuels progressistes venus de partout par solidarité et pour combler le vide laissé par le départ précipité des français. Toutefois, malgré l’arrivée de ces cadres et la politique d’enseignement adoptée par le gouvernement, le taux d’analphabétisme à plus de 80%, était l’un des plus élevés de la région. Des réformes démagogiques et brouillonnes étaient telles que des enfants pouvaient faire tout leur cursus primaire sans savoir ni lire ni écrire. Au niveau universitaire, à part quelques institutions de l’intérieur, c’était le lycée classique et le lycée techniques qui avaient été élevés à ce niveau.  

Le système sanitaire

Le secteur de la santé était encore pire et les quelques hôpitaux qui existaient dans le pays enregistrait un manque criard d’équipements ou d’hygiène. L’hôpital central de N’Zérékoré par exemple dégageait une odeur tellement forte qu’on pouvait la sentir de loin dans les quartiers environnants. A Conakry les hôpitaux Ignace Deen et Donka étaient ceux que les colons avaient laissés.  Des infirmiers avaient été promus docteurs par décret présidentiel. L’espérance de vie en 1981 n’était que de 43 ans comparée à la moyenne de 47 ans dans les pays voisins. La mortalité infantile, d’environ 30% en 1980, était l’une des plus élevées au monde

La violence étatique et la destruction du capital humain

En plus de tout ceci, la répression et la suspicion se sentaient partout. La milice était omniprésente et toute puissante. Il est même indéniable que c’est à cette époque que le guinéen s’est habitué aux tueries et à la violence policière et militaire. Les exécutions se faisaient publiquement et la population était invitée à assister à ces manifestations funestes. 

Même les enfants n’étaient pas exclus de ces spectacles de la mort où des prisonniers étaient soient pendus, soient fusillés. D’ailleurs, les champs de tirs étaient présents presque partout. À N’Zérékoré par exemple, il y en avait à la sortie de la ville vers la sous-préfecture de Samoe. Au regard de toute la brutalité et de la cruauté que les populations ont subies ou auxquelles elles ont été exposées pendant ce régime, les violences politiques et sociales actuelles dans notre pays tirent certainement leur source là.   

L’héritage de Sékou Touré ne devrait donc pas se résumer à son discours du 25 août 1958 ou au Non de la Guinée contre la Communauté Française au référendum du 28 septembre 1958. Ce ne sont pas non plus les unités industrielles qu’il avait laissées et dont une grande partie n’était d’ailleurs plus opérationnelles et nécessitait de gros moyens pour être réhabilitées. Ce n’est pas aussi l’implication de la Guinée dans les mouvements de libération en Afrique. Son héritage, ce sont aussi les exécutions sommaires, les emprisonnements sans procès équitable. C’est aussi et surtout la destruction du capital humain de la Guinée, la disparition de la société civile et la désintégration de toutes les institutions du pays.

La loyauté au chef suprême de la révolution étant à l’époque plus importante que la loyauté aux valeurs de la République, Sékou Touré n’a fait qu’encourager la médiocrité, l’insubordination et le népotisme. Si sa révolution n’a pas survécu après sa disparition, c’est parce qu’il n’avait simplement pas préparé une relève. Il est aussi évident que les Guinéens dans leur majorité n’avaient pas souscrits à son idéologie mais étaient simplement soumis à sa volonté. Il avait simplement construit un système au tour de sa personne et ce système s’est écroulé comme un château de cartes avec sa mort. Jusqu’à ce jour, la Guinée continue de payer les frais de ses 26 années au pouvoir. Le régime de Conté n’en fut d’ailleurs qu’une suite logique.

Sékou Touré n’ayant pas construit d’institutions solides qui auraient permis à la Guinée de continuer à fonctionner normalement, à sa mort en 1984, c’est l’armée qui va s’emparer du pouvoir. La Guinée aura ainsi à sa tête pendant les 24 années qui vont suivre, un militaire qui n’avait aucune prédisposition politique, philosophique, idéologique et managériale pour redresser le pays. Il était simplement un militaire au pouvoir et même si la volonté y était, la capacité faisait défaut. Lui aussi, comme Sékou Touré, il sera beaucoup plus préoccupé par la préservation de son pouvoir que par le développement économique et la création d’un Etat juste et démocratique.

Au lieu de réhabiliter les dictateurs et leurs complices d’hier, nous devrions plutôt chercher à réhabiliter toutes ces personnes éminentes et anonymes qui ont péri dans les différentes geôles du pays, fusillées aux champs de tirs ou pendues au tristement célèbre pont 8 novembre sans avoir bénéficié de procès équitable ou de sépulture honorable.

Il est facile aujourd’hui pour les révisionnistes de l’histoire de vouloir passer sous ombre les périodes sombres du premier et du deuxième régime car la population guinéenne est très jeune et dans sa majorité, elle n’a pas été témoin ou n’a pas un souvenir vivide des exactions commises sous ces dictatures. Si nous voulons vraiment mettre fin à ces cycles de violence étatique qui ont émaillé l’histoire de notre pays, il faut que lumière et justice soient faites afin que plus jamais de telles choses ne se reproduisent en Guinée.

Comme le disait George Santayana, « ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter et à commettre les mêmes erreurs ».

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Une première version de ce billet a été publié  sur visionguinee.info le 27 mars 2017 sous le tire de « Du régime de Sékou Touré : Devoir de mémoire! »

L’auteur, Abdoulaye Barry, l’a révisé pour konakryexpress. M. Barry est un Guinéen résidant aux USA.

 

 

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Camp Boiro

Voici comment la barbarie et le dogmatisme de Sékou Touré avec sa bande ont plombé la Guinée

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Thierno Telli Diallo

Selon les statistiques officielles, la Guinée avec une population de 13 millions a été en mai 2017, le troisième pays pourvoyeurs de migrants arrivant en Italie par la mer. Elle n’a été devancée que par les géants démographiques que sont le Nigeria et le Bangladesh. Pour trouver les raisons de ce phénomène, il faut remonter à la période de la première république et de la dictature du Sékou Touré, qui fut un grand panafricaniste, mais un redoutable tyran pour son peuple.

La Guinée a obtenu l’indépendance de manière différente des autres pays africains de langue française. Lorsque le Général de Gaulle est arrivé au pouvoir en France, il a proposé aux colonies africaines la création d’une Communauté française, c’est-à-dire associant la France est ses colonies sous différentes formes, par voie de référendum.  Seule la Guinée opta pour l’indépendance en votant NON de cette consultation organisée à travers toutes les colonies, le 28 septembre 1958.

Comment cela fut-il possible? La Guinée a eu la chance d’avoir les dirigeants de tous les partis politiques qui étaient nationalistes. Il s’agit de Diawadou Barry, Ibrahima Barry dit Barry III et Sékou Touré. Ce dernier était une idole des jeunes à cause de sa capacité dialectique et des femmes pour son sex-appeal. Son parti détenait la majorité des sièges au parlement territorial guinéen.

Que se serait il passé si un seul des leaders avait opté pour le OUI, c’est-à-dire pour que la Guinée reste au sein de la Communauté française? Si on considère ce qui s’est passé au Niger où Djibo Bakary, le leader du parti SAWABA, le principal de la colonie qui avait  42 sièges sur 60 au parlement issu de la loi-cadre, avait opté pour pour le NON, il n’y a pas de doute le pouvoir colonial aurait tout fait pour embrouiller les cartes..

Le site blogs.mediapart.fr rappelle comment le pouvoir colonial avait réagi pour falsifier les conditions dans lesquels s’est déroulé le référendum au Niger. Il cite un Mémorandum adressé aux chefs d’États africains en 1964 par le Parti Sawaba du Niger:

en 1957 le parti de l’indépendance (Sawaba) avait obtenu, dans le cadre de la loi-cadre, 42 sièges sur 60 au parlement. L’année suivante, le parti Sawaba se prononce pour le non au référendum, mais le Niger représente un intérêt stratégique particulier pour la France, notamment en raison de sa longue frontière avec le Sahara que Paris pense toujours pouvoir séparer de l’Algérie lors des négociations avec le FLN.

Jacques Foccart et ses réseaux entrent en action. Une intense campagne est menée par le gouvernement français, usant de pressions et de la corruption pour que le oui, c’est-à-dire le maintien de liens privilégiés avec la France, l’emporte. Des renforts de troupes aéroportés sont envoyés au Niger. Le gouverneur Colombani, afin d’assurer la victoire du « oui » au référendum dirige les opérations. Il «a vite compris que pour réussir, il fallait nécessairement anéantir le Conseil de gouvernement », dirigé par parti Sawaba et ce même « au risque de violer la légalité”.

Si le Niger ne représentait pas un enjeu stratégique important dans la politique saharienne de la France, avec la Guinée il en était tout autre. Ses ressources minières lui conférait le surnom de scandale géologique de l’Afrique. En effet, elle détient plus de 40 milliards de tonnes de bauxite (2/3 des réserves mondiales estimées). Mais il n’y a pas que ça car, selon le site de l’Agence de Promotion des Investissements Privés apip.gov.gn:

le secteur minier guinéen repose sur une concentration de ressources minérales, reconnue comme l’une des plus importantes au monde : bauxite (+ 40 milliards de tonnes de bauxite à 40% Al2O3), de minerais de fer (+10 milliards de tonnes de haute qualité), d’or (plusieurs milliers de tonnes), de diamant (généralement de qualité joaillerie) ainsi que des indices importants d’uranium, de graphite, de cuivre et de pétrole.

En plus des minerais, le pays a également un  potentiel agricole déjà connu avant l’indépendance. Le site visionguinee.info rappelle:

Avec une pluviométrie de 400 milliards de m3 d’eau par an, un potentiel en terres arables évalué à 6,2 millions ha, un domaine irrigable de 364 000 ha, un ensoleillement favorable à la production de dizaines de spéculations en saison et en contre-saison, 300 km de côtes sur l’Océan Atlantique, des ressources halieutiques inestimables, et des conditions climatiques propices à la production et la reproduction de plusieurs espèces et races animales, la Guinée se positionne pour devenir le grenier de l’Afrique de l’Ouest.

Depuis les années 1930, le pays était, suivant l’année alternativement à la Côte d’Ivoire, le principal exportateur de produits agricoles: riz, banane, café, mangues, ananas et avocats.

La Guinée était donc destinés à être un des fleurons de l’empire colonial français. Il aurait suffit du moindre prétexte pour que le pouvoir provoque le chaos. Mais  l’unanimité des leaders politiques ne lui en n’a pas fourni l’occasion. Il y aurait eu des tentatives de corruption, mais sans succès.

C’est donc tout naturellement qu’après l’accession du pays à l’indépendance, tous les leaders politiques acceptèrent de confluer dans le Parti démographique de Guinée pour éviter les divisions sur une base ethnique. Malheureusement, par ce geste patriotique ils signaient la disparition de la démocratie dans le pays, l’instauration du parti unique et leur condamnation à mort.

Sékou Touré avait dit au General de Gaulle venu présenter son projet de Communauté française « Nous préférons la liberté dans la pauvreté, à l’opulence dans l’esclavage ». Malheureusement , le peuple guinéen n’eut ni la liberté ni l’opulence.

Dès la première année de l’indépendance, c’est une véritable chape de plomb qu’il imposa sur le pays le transformant en ce que certains ont qualifié de Goulag tropical.

Sous prétexte de complots fomentés avec l’aide de la France, sans qu’il y ait des investigations crédibles, mais dont certains pourraient avoir été vrais,  Sékou Touré installa un régime de terreur avec un culte de sa personnalité comparable à celui de la Corée du nord. Les cellules du Parti démocratique de Guinée, son parti, qui devint Parti-État,  furent érigés à tous les échelons et l’Assemblée nationale à ses ordres, en tribunaux révolutionnaires.

La métier d’avocat fut aboli, privant ainsi les accusés de toute possibilité de se défendre. Ils devaient écrire et lire des auto-accusations sous la torture jusqu’à ce qu’ils admettent ce que voulaient leurs geôliers.

Des intellectuels, des chômeurs, des ministres, des sportifs, des entrepreneurs, des handicapés, etc furent arrêtés, torturés, pendaisons à travers le pays, ou souvent tués de soif et de faim. La milice populaire pouvait arrêter une personne dans la rue simplement pour lui demander d’où lui venaient les habits neufs qu’elle portait. Même le commerce de détail ayant été interdit, tout manquait. Pour faire face à la famine, des cartes de « ravitaillement «  furent introduites. Elles étaient délivrées par les comités de quartier aux chefs de famille les plus « militantes » (assidus aux réunions). Pourtant, le dictateur avait déclaré que tous les guinéens depuis la naissance jusqu’à la mort étaient membres du parti.

Les cartes de rations alimentaires, donnaient droit, au prorata de la taille de la famille, à une quantité de riz, d’huile, de sucre, de boîtes de tomate, de farine (quelquefois). Mais ça se limitait à Conakry et ses environs. A l’intérieur du pays, la famine était encore plus terrible car c’est seulement dans quelques grandes villes que ces produits étaient distribués. Les prix des produits agricoles étant fixés par le parti, les paysans ont arrêtés de produire des surplus. Pour l’élevage, les cellules du parti fixaient les prix sur la base de l’animal vivant. Le résultat a été que les éleveurs ont arrêtés de prendre soins de leurs animaux.

Le dictateur se mêlait personnellement de tout, des divorces aux autorisations de sortie. Sékou Touré poussa le cynisme jusqu’à écrire ou à téléphoner à des victimes entre une séance de tortures et l’autre, pour leur demander d’aider la révolution, sachant pertinemment qu’elles étaient innocentes.

Parmi les personnalités auxquelles il a infligé cette double torture, il y a l’archevêque de Conakry Mgr. Raymond-Marie Tchidimbo auteur de Noviciat d’un évêque:  huit ans et huit mois de captivité sous Sékou Touré,  Boubacar Diallo Telli, premier secrétaire exécutif de l’Organisation de l’unité africaine, mort de faim et de soif, etc.

Lire également: Le « Carnaval », soit pendaisons publiques avec exposition des corps des suppliciés, le tout dans une atmosphère d’hallucination collective

Au cours du mois d’aout 1976, dans plusieurs discours publics, le tyran Sékou Touré, alla jusqu’à déclarer la guerre aux peuls, la composante ethnique la plus importante du pays, soit 40 pour cent de la population. Extraits:

Ils ne voulaient pas de l’indépendance, ces Peulhs et ils ont humilié notre Peuple avec un vote massif de « OUI ». Au lieu d’en avoir honte, ils veulent encore détruire notre indépendance. Cela ne se fera plus jamais, et s’il faut que toute la Guinée se mette encore debout, couteaux, marteaux et fusils en mains pour les supprimer, les amener au tombeau et les ensevelir, la Guinée assumera ses responsabilités ! C’est la déclaration de guerre !

Ce qui ne correspond pas à la réalité car lors du référendum ce fut  94 pour cent des électeurs qui s’étaient prononcés en faveur du NON qui permit à la Guinée de devenir la première colonie française d’Afrique indépendante. Il interdit de donner des bourses aux étudiants de cette ethnie. Le génocide fut évité grâce aux vieux sages des malinkés, son ethnie, qui dirent que selon les traditions il n’y avait pas d’hostilité entre eux et les peuls. Au contraire qu’il y avait des liens qui unissaient  les deux ethnies.

Lire également: Après 20 ans de révolution, la production de riz est tombée de 282 700 tonnes en 195 –  veille de l’indépendance—à moins de 30 000 tonnes 

Le 26 mars 1984, après avoir pourfendu l’impérialisme toute sa vie, il est mort dans une clinique à Cleveland. On estime que 50 000 personnes avaient été victimes de sa violence et qu’un tiers de la population avait fui le pays.

Le 3 avril 1984, à la suite de la prise du pouvoir par l’armée et l’ouverture du Camp Boiro, Mohamed Selhami, un journaliste marocain, rapporte la description des conditions de vie de la population comme présentées par Horoya, organe du parti de Sékou Touré, unique journal du pays. C’est dans le chapitre Le Camp Mamadou Boiro, l’usine de la mort de son livre, Sékou Touré: Ce qu’il fut. Ce qu’il a fait. Ce qu’il faut défaire rapporte:

Pendant plus de deux décennies, le peuple de Guinée, labouré dans sa chair et son âme par des mains sanglantes, a connu le plus grand calvaire de son existence. Dans l’éclipse totale, il a marché en égrenant le chapelet de la faim, de la soif et de l’ignorance. Dépersonnalisé par une politique de chasse à l’homme, une politique d’individus tarés, avides de pouvoir personnel. Le peuple guinéen n’avait jamais goûté à un seul instant de bonheur…

L’économie du pays était un désastre, avec une inflation galopante. La situation était telle qu’un cousin, devenu par la suite ministre m’a invité, ma famille et moi à diner dans un restaurant. C’est un sac qu’ill avait pris pour payer la note. Le garçon a pris le sac sans vérifier si l’argent était le montant de la facture. Les militaires durent procéder à une dévaluation de la monnaie nationale de près de 90 pour cent.

Malheureusement, le Général Lansana Conté, celui que les militaires ont porté au pouvoir n’était autre que l’aide de camp du sanguinaire tyran. Comme le culte de la personnalité de ce dernier était très fort dans le pays, il l’a maintenu et encouragé. il en a maintenu le culte, au point de nommer la présidence «Sékoutouréya», c’es-à-dire «Chez Sékou Touré».

Malgré des succès économiques indéniables, l’atmosphère politique ne s’est jamais totalement assaini. Des victimes innocentes gisent toujours dans des fosses communes non identifiées. Pendant ce temps, la télévision nationale maintenait certaines pratiques du passé. Par exemple, elle célébrait la mort du dirigeant défunt de la Corée du nord, Kim-Il-Sung, même quelques années après le mort de Sékou Touré. D’ailleurs, une dépêche de l’Agence guinéenne de presse signale que cette année également, le 105e anniversaire de la naissance de ce dictateur caricaturale a été célébré par l’ambassade avec une intervention à la télévision nationale guinéenne.

Lansana Conté est resté à la tête du pays pendant 24 ans utilisant tous les moyens massacres, tripatouillage de la constitution, bourrage des urnes, trafics d’êtres humains et de drogues, etc. A sa mort, en 2008, il avait accumulé un pactole non négligeable dont le site guineepresse.info fait l’inventaire, avec cette introduction:

Un milliard sept cent millions de dollars ($ 1.700.000.000 US) est le montant total des comptes d’investissement, des dépôts à terme, des fonds de placement, des comptes courants et de la valeur des biens immobiliers de Lansana Conté et de sa famille.

Lansana Conté et les membres de sa famille (épouses notamment) détiennent divers comptes bancaires au Maroc, en Suisse, au Canada, en Malaisie, en Italie, en Inde, en Chine, à Dubaï, en Gambie, en France, au Luxembourg et à New York.

Ces comptes bancaires ont été alimentés par les recettes de diamant, de l’or, de la bauxite, des recettes douanières et fiscales, des pots-de-vin, des dons et des nombreuses dettes contractées par l’Etat Guinéen.

L’arrivée du Président Alpha Condé, qui se qualifiait d’opposant historique et ancien professeur de droit à l’université française La Sorbonne, après une période de difficultés politiques que la Guinée avait encore du subir, avait soulevé quelques espoirs, étant donné son parcours. Malheureusement, lui aussi, a utilisé la fibre tribale, même après son élection très contestée. La corruption et l’usage indu de la violence continuent à être des outils de gouvernement. Dans son gouvernement, il y a des individus qui ont été accusés par la justice guinéenne, onusienne de crimes contre l’humanité, dans les mêmes fonctions qu’ils occupaient au moment de leur forfaiture.

En plus de cette impunité affichée, la corruption est répandue à tous les niveaux de l’administration Le rapport de Transparency International pour 2019 classe la Guinée au 130è rang sur les 180 pays et territoires étudiés.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les guinéens continuent à fuir le pays.

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Droits de l'Homme

La France pourra-t-elle se doter d’un cadre légal permettant la restitution des « biens mal acquis »

Les ONG soulignent notamment la reprise par le rapport des parlementaires des principes de transparence, redevabilité, solidarité, intégrité et efficacité. Ces cinq principes sont le gage d’une restitution responsable des avoirs détournés. Les ONG insistent notamment sur la nécessité d’impliquer la société civile, en France et dans le pays d’origine, tout au long du processus de restitution. Elles rappellent également la nécessité d’une traçabilité des avoirs, depuis leur confiscation jusqu’à leur affectation finale dans le pays d’origine.

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Mardi 26 novembre, les députés Laurent Saint-Martin (La République en marche) et Jean-Luc Warsmann (UDI, Agir et indépendants) ont remis à la garde des sceaux, Nicole Belloubet, le rapport commandé au printemps par le premier ministre sur l’évaluation des dispositifs d’identification, de confiscation et d’affectation des avoirs criminels. Cette mission faisait suite à l’adoption par le Sénat de la proposition de loi sur l’affectation des avoirs issus de la corruption internationale déposée par le sénateur Jean-Pierre Sueur (PS).

Présentant les objectifs de cette initiative sur RFI, le député Laurent Saint-Martin a dit: L’objectif est de rendre les sommes qui ont été confisquées, suite au jugement des biens mal acquis, aux populations d’origine des pays concernés par la corruption internationale. Nous voulons faire bénéficier les populations des pays d’origine, alors qu’aujourd’hui l’argent confisqué va directement dans le budget général de l’État français. C’est une question de justice internationale. 

A cette occasion, les ONG Transparency International France (TI-F) et Sherpa ont publié ce communiqué commun le 27 novembre 2019:

Les ONG Transparency International France (TI-F) et Sherpa saluent les propositions contenues dans le rapport parlementaire de Laurent Saint-Martin et Jean-Luc Warsmann rendu public hier matin. Elles demandent désormais au gouvernement de s’engager à traduire ces propositions en un cadre juridique et budgétaire garantissant une restitution responsable des avoirs détournés au profit des populations spoliées.

En mai dernier, le gouvernement prenait l’engagement d’instaurer en France un cadre légal permettant de restituer l’argent des « biens mal acquis » aux populations qui en ont été privées. Premier acte de cet engagement, le lancement en juin par le Premier ministre d’une mission parlementaire sur le système de saisie et de confiscation des avoirs d’origine criminelle, confiée aux députés Laurent Saint-Martin et Jean-Luc Warsmann.

Parties civiles depuis plus de dix ans dans plusieurs procédures sur les biens mal acquis, Transparency International France et Sherpa, considèrent que le rapport de cette mission parlementaire rendu public hier matin traduit une réelle prise de conscience politique et une avancée majeure.

Les ONG soulignent notamment la reprise par le rapport des parlementaires des principes de transparence, redevabilité, solidarité, intégrité et efficacité. Ces cinq principes sont le gage d’une restitution responsable des avoirs détournés. Les ONG insistent notamment sur la nécessité d’impliquer la société civile, en France et dans le pays d’origine, tout au long du processus de restitution. Elles rappellent également la nécessité d’une traçabilité des avoirs, depuis leur confiscation jusqu’à leur affectation finale dans le pays d’origine.

« L’essai est à la hauteur de nos attentes. Il est désormais à transformer. » indique Franceline Lepany, présidente de Sherpa, « L’enjeu est que les avoirs détournés ne retombent pas dans les circuits de la corruption et qu’ils bénéficient effectivement aux populations dans les pays d’origine. Pour cela il est impératif que les programmes de restitution des biens mal acquis soient pilotés par une gouvernance spécifique impliquant les représentants de la société civile, en France et dans le pays d’origine. »

Et Marc-André Feffer, président de Transparency International France d’ajouter : Sans l’adoption rapide d’un cadre juridique rigoureux et transparent, les biens mal acquis risquent de devenir des biens mal restitués. L’urgence est réelle :  le procès en appel de Teodorin Nguema Obiang s’ouvre dans deux semaines. Par ailleurs la France est sur le point de restituer plus de 60 millions d’euros sans conditions particulières à la République d’Ouzbékistan, pays classé 158ème sur 180 par l’indice de perception de la corruption de Transparency International. En l’état actuel du droit, rien ne garantit que les avoirs confisqués, une fois restitués, soient affectés aux besoins des populations spoliées, ce malgré les alertes de Transparency et Sherpa. »

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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