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Gouvernance

Sékou Touré, Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor, le difficile ménage à trois

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Ce billet est de feu Sennen Andriamirado qui fut journaliste, grand reporter et un des quatre rédacteurs en chef délégués de l’hebdomadaire « Jeune Afrique ». Si c’est cet hebdomadaire qui l’a fait connaitre grace à ses reportages et articles d’opinion, il a du le quitter en 1993, après 18 ans et se lance dans la communication.  Il a parcouru tout le continent et a écrit une douzaine de livres sur plusieurs pays africains, avec son épouse Virginie, dont les plus connus sont le : Sankara le Rebelle et Il s‘appelait Sankara.

Il est mort le 15 juillet 1997

Ce qui suit est la contribution de Sennen Andriamirado à l’oeuvre collective intitulé: Sékou Touré:Ce qu’il fut. Ce qu’il a fait. Ce qu’il faut défaire, paru en 1985, soit un an après la mort du tyran sanguinaire.

 

Tumultueuses, les relations entre les chefs historiques de l’Afrique de l’Ouest ! Compagnons de route, le doyen ivoirien et son lieutenant guinéen s’opposent au même rival sénégalais. Puis le Guinéen tourne le dos à ses deux aînés. La guerre des ondes frise la vulgarité.

Conakry souffle le froid et le chaud à l’égard d’Abidjan et de Dakar.

« Le petit diable d’Houphouët a retourné la foule ! ». Le gouverneur Louveau (du Soudan occidental, futur Mali) n’en croyait ni ses yeux ni ses oreilles. Félix Houphouët-Boigny venait effectivement de gagner à sa cause la foule de Bamako pourtant acquise à son rival du jour, le Soudanais Fily Dabo Sissoko, pourfendeur de « la détestable politique d’Houphouët ». L’Ivoirien était déjà suspect de vouloir apparenter aux communistes français un parti africain qui n’était pas encore né : le Rassemblement démocratique africain (RDA). C’était le 17 octobre 1946.

Le lendemain, le « petit diable d’Houphouët » réitérait son coup. Convoquée à l’initiative de l’ensemble des députés africains — mais boudée par plusieurs d’entre eux — la réunion de l’intergroupe parlementaire approuvait le manifeste qui devait créer le RDA. Derrière Félix Houphouët-Boigny, ce jour-là, peu de militants chevronnés. On ne remarquait pas encore, à ses côtés, la présence d’un « grand diable »: Sékou Touré, jeune syndicaliste guinéen de vingt-quatre ans dont la première sortie avait été sa participation au congrès de la CGT (Confédération générale du travail) à Paris, en avril 1946.

Sékou Touré n’était encore rien politiquement. Sa présence aux côtés d’Houphouët, lors du congrès de Bamako, allait lui donner un nom. L’obscur syndicaliste apposera sa signature, au bas du manifeste appelant au regroupement des Africains, à côté de celles, déjà prestigieuses de parlementaires comme Lamine Guèye (député du Sénégal-Mauritanie), Félix Houphouët-Boigny (Côte-d’Ivoire), Yacine Diallo (Guinée), Félix Tchicaya (Gabon-Moyen-Congo), Fily Dabo Sissoko (Soudan-Niger), Léopold Sédar Senghor (Sénégal) et Emile Ederlin Zinsou (futur député du Dahomey qui deviendra Bénin).

Sekou Toure, Houphouet, Doudou Gueye (1957) - Lamine Gueye, Sekou Toure et Senghor (1963)
Congrès du RDA de 1957 à Bamako (ci-dessus : Sékou Touré,
Houphouët-Boigny, Doudou Guèye) ; signature à Dakar en 1963
d’un communiqué commun (avec Senghor). Déjà le coeur n’y
était plus …

Les augustes pères de l’Afrique moderne employaient encore le même vocabulaire. « Pour la libération de l’Afrique d’une tutelle odieuse, l’impérialisme », leur manifeste préconisait un vaste rassemblement relayé localement par des sections territoriales. Le 14 juin 1947 — et non le 14 mai, date retenue officiellement parce que Sékou Touré s’était trompé de mois dans un de ses discours ultérieurs —, le Parti démocratique de Guinée (PDG) voyait le jour à Conakry comme section guinéenne du Rassemblement démocratique africain. Le parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), créé avant le RDA, en devint la section ivoirienne. Bien que fragile ailleurs, au Sénégal en particulier, le mouvement dont les élus sont apparentés aux groupes parlementaires communistes dans les assemblées « métropolitaines », fut très vite suspect de subversion voire de rébellion, dans les « territoires d’outre-mer ». Houphouët, président du comité interterritorial de coordination du RDA, a acquis du poids dans l’équilibre parlementaire. Sékou Touré est élu, en 1948, secrétaire général de l’Union territoriale (Guinée) de la CGT, puis, en 1950, secrétaire général du Comité de coordination des syndicats CGT pour l’AOF (Afrique occidentale française) et le Togo. Communistes et CGT derrière la RDA ! Il n’en faut pas davantage pour que l’on voit la main de Moscou derrière toutes les revendications syndicales ou politiques en Afrique de l’Ouest.

Début 1950 — au lendemain de troubles sanglants en Côte d’Ivoire le PDCI-RDA est proscrit sur tout le territoire ivoirien. Parlementaire accusé de rébellion, Houphouët échappe de peu à l’arrestation. Mi-août 1950, il rencontre à Paris le chef du gouvernement, René Pleven. Dans l’antichambre, l’attend un de ses lieutenants, venu l’accompagner : Sékou Touré. Ce dernier sera absent des négociations entre le « patron du RDA » et le ministre de la France d’Outre-Mer, François Mitterrand. Mais il en acceptera, fidèle adjoint, le résultat : le 17 octobre 1950, le RDA se dissocie du groupe parlementaire communiste. La première déception viendra trois ans plus tard. Le 27 juin 1954, le candidat Sékou Touré est battu par Barry Diawadou du BAG (Bloc africain de Guinée), élu député en remplacement de Yacine Diallo, décédé. Il pense avoir été sacrifié au profit d’un candidat soutenu par la métropole. Pour peu de temps en vérité, puisque le 2 janvier 1956, lors de nouvelles élections, il obtient enfin le poste de député de la Guinée.

Le RDA a alors le vent en poupe, Félix Houphouët-Boigny est ministre délégué au sein du gouvernement de Guy Mollet. Sékou Touré a créé la CGTA (Confédération générale des travailleurs pour l’Afrique), indépendante de la CGT française. Lors du congrès interterritorial du RDA à Bamako (25-30 septembre 1957), il en devient le vice-président. C’est sa consécration en tant que lieutenant d’Houphouët.

Le 1er juin 1958, arrivé au pouvoir moins de trois semaines auparavant, Charles de Gaulle est président du Conseil. Dans son équipe : Félix Houphouët-Boigny est ministre d’Etat. Le général ne veut pas traîner. Il prépare une nouvelle constitution qui devra être adoptée par référendum dans tous les territoires de l’ancien « empire français ». La classe politique africaine s’agite. L’indépendance est à l’ordre du jour. Fin juillet 1958 (25-27) à Cotonou, se tient un congrès du Parti du regroupement africain (PRA) auquel participent les rivaux modérés ou radicaux du RDA. Les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et Abdoulaye Ly, les Soudanais Fily Dabo Sissoko et Hammadoun Dicko et, surtout, le Nigérien Djibo Bakary. Ce dernier, ancien « gauchiste » du RDA — dont il n’a pas accepté le désapparentement d’avec les communistes français —, réclame « l’indépendance immédiate des peuples d’Afrique ». Plus nuancé, Senghor propose une « révision quinquennale » des rapports franco-africains (jusqu’à l’indépendance) et préconise dans l’immédiat une association entre la France et les trois ensembles africains : l’AOF et l’AEF, constituées en deux fédérations territoriales, et Madagascar.
La thèse de Félix Houphouët-Boigny, président du RDA, est tout autre. Au nom du pragmatisme, il se refuse à réclamer une indépendance immédiate ; il récuse tout autant le maintien de deux fédérations territoriales, préférant une « fédération égalitaire et fraternelle » qui rassemblerait la France et les territoires de l’Afrique occidentale et de l’Afrique équatoriale française, pris individuellement. Il sait cependant que dans les rangs mêmes du RDA, certains jeunes turcs se sentent proches des thèses du PRA. Le futur chef d’Etat ivoirien racontera plus tard : « Dans le groupe RDA, Sékou Touré voulait qu’on allât très loin dans les propositions que nous soumettrions et ne parlait déjà que d’indépendance pure et simple. Je m’efforçai sans grand succès de démontrer qu’il fallait avant tout compter avec les réalités de la vie africaine et que la politique du tout ou rien ne nous mènerait nulle part. Statut politique d’indépendance ? Peut-être, mais pas en dehors d’une communauté franco-africaine. Ce qui était essentiellement la question » (cité par Paul-Henri Siriex, in Félix Houphouët-Boigny, Seghers/Nouvelles Editions africaines 1975).
Sékou « turbulent », il lui a déjà préféré Gabriel Lisette pour représenter le RDA au sein du Comité consultatif constitutionnel (auquel participent aussi les Sénégalais Lamine Guèye et Senghor et le Malgache Philibert Tsiranana) qui doit « conseiller » de Gaulle. Mais Houphouët tient compte des susceptibilités. Le 3 août 1958, le comité de coordination du RDA, réuni à Paris, désigne Sékou Touré pour présenter au général de Gaulle les suggestions du parti. Le 5, Sékou calmé par le Voltaïque [Burkina Faso] Ouezzin Coulibaly, « conscience du RDA », s’acquitte loyalement de sa tâche de porte-parole. Devant le chef du gouvernement français, il plaide l’autonomie territoriale, passe sur l’indépendance, et oublie les deux exécutifs fédéraux de l’AOF et de l’AEF.
La rancœur habite néanmoins le bouillant député de la Guinée. Deux jours après, le 7 août, il quitte Paris, pour entendre à la radio le 8 au soir, à Dakar, le résumé du projet constitutionnel présenté par de Gaulle : « Bien entendu, énonce ce dernier, et je le comprends, on peut avoir envie de la sécession. Elle impose des devoirs. Elle comporte des dangers. L’indépendance a ses charges. Le référendum vérifiera si l’idée de sécession l’emporte. Mais on ne peut concevoir un territoire indépendant et une France qui continuerait de l’aider. Le gouvernement tirera les conséquences, économiques ou autres, que comporterait la manifestation d’une telle volonté. Une réponse affirmative au référendum sera, au contraire, un refus de la sécession ».
Sékou Touré racontera plus tard que, immédiatement après cette déclaration, il s’est précipité à Radio Dakar pour commenter et protester. Les choses se sont passées autrement. Sollicité par des journalistes dakarois, il a d’abord demandé à lire le texte intégral. Le 9 août, Radio Dakar diffuse son commentaire : « En entendant hier le général de Gaulle, franchement, j’ai été choqué. Mon amour propre pour la dignité de l’Afrique a été choqué. On nous dit que nous pouvons prendre l’indépendance, mais que ce sera avec toutes ses conséquences. Eh bien, je réponds, moi, que ces conséquences ne sont pas seulement africaines. Elles peuvent être aussi françaises » (cité par Georges Chaffard, in Les Carnets secrets de la décolonisation. Paris, Calmann-Lévy, 1967). La suite sera la rupture. Spectaculaire avec de Gaulle. Plus progressive avec Houphouët.
Le 25 août 1958, à Conakry, où il s’est arrêté dans son périple africain, sur les conseils de son ministre de la France d’outre-mer Bernard Cornut-Gentille — soucieux de « récupérer » Sékou Touré qui passait pour son « poulain » —, Charles de Gaulle, peu habitué à l’art oratoire du leader guinéen, reçoit comme un défi des phrases telles que : « Nous ne renoncerons pas et nous ne renoncerons jamais à notre droit légitime et naturel de l’indépendance. Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage ». De Gaulle s’emporte : « On a parlé d’indépendance. Eh bien, je le dis ici plus haut qu’ailleurs : l’indépendance est à la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre en disant « non » à la proposition qui lui est faite et, dans ce cas, je garantis que la métropole n’y fera pas obstacle ».
En vérité, Sékou Touré et la Guinée n’avaient pas encore opté pour le « non ». Le 27 août, accouru à Dakar, le bouillant tribun confère avec Bernard Cornut-Gentille, puis avec les syndicalistes de l’UGTAN (Union générale des travailleurs d’Afrique noire), le chef du gouvernement nigérien Djibo Bakary et le Guinéen Abdoulaye Diallo, ministre soudanais. Avec ces deux derniers, un consensus de dégage : « Oui » à une constitution prévoyant à terme l’indépendance dans le cadre de fédérations régionales ; « non » à un morcellement des fédérations existantes et aux menaces de représailles. Le 28 août, Sékou Touré, de retour à Conakry, annonce que son parti recommande le « non ». Le 31 août, Ouezzin Coulibaly, secrétaire politique du RDA, le désavoue dans un communiqué publié à Paris : « Le projet du général de Gaulle contient nos revendications essentielles… Devant des déclarations qui porteraient atteinte à l’unité du RDA, j’affirme une fois pour toutes qu’aucun dirigeant, isolé ou groupé, n’est habilité à faire des déclarations qui ne seraient pas dans le sens de notre réunion du 3 août. » Réunion dont Sékou Touré avait fait le compte-rendu à de Gaulle.
Mais la division était consommée. Le Guinéen refuse de se rendre à Paris pour participer, le 4 septembre, à la réunion du Comité interterritorial du RDA. Le 15 septembre, il n’assiste pas aux obsèques de Ouezzin Coulibaly — décédé le 7 — à Bobo-Dioulasso. Au même moment, Houphouët mandate Gabriel Lisette (Tchad), Jean-Marie Koné (Soudan) et Doudou Guèye (Sénégal) à Conakry pour tenter de ramener Sékou à la raison. Mais la conférence territoriale du PDG-RDA décide de voter « non ». Des adversaires du RDA, Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia dont Sékou Touré s’était senti proche, ont pourtant conseillé eux aussi la modération. Ils voteront « oui ». Le 28 septembre 1958, le sort en est jeté : la Guinée dit « non » à de Gaulle à une écrasante majorité.
Dans la presse française, Sékou Touré commence à pourfendre ses anciens compagnons de lutte, « ceux qui préfèrent le pain beurré dans l’enceinte de la prison au plat de manioc cultivé par eux-mêmes ». A son tour, il reçoit comme une condamnation une déclaration de Félix Houphouët-Boigny : « Si la France donnait une préférence à ceux qui ont fait sécession contre ceux qui ont choisi la communauté, alors la sécession guinéenne ferait tâche d’huile ».
Pour Sékou Touré, désormais, la cause est entendue : Houphouët fera tout pour le brouiller avec la France et asphyxier la Guinée. Cette dernière s’estime, à tort ou à raison, condamnée à trouver d’autres amitiés. En novembre 1958, Sékou se tourne vers le rival du leader ivoirien en Afrique de l’ouest : le Ghanéen Kwame Nkrumah, avec lequel il crée un axe Accra-Conakry, censé devenir la base d’une future « Union des Etats de l’Ouest africain ». Mais les deux membres de l’Union n’ont même pas de frontières communes.
En juillet de l’année suivante, à Sanniquellie (Liberia), le Ghana, la Guinée et le Liberia créent la Communauté des Etats africains indépendants. L’accord n’existera jamais que dans le communiqué final de la rencontre entre les trois chefs d’Etat. Mais Sékou Touré est à ce point convaincu d’être encerclé par des voisins décidés à l’abattre, qu’il cherche par tous les moyens des ouvertures diplomatiques. Le 11 avril 1960, il accueille et préside à Conakry la Conférence de solidarité afroasiatique. La Guinée se rend alors à peine compte de sa fragilité : la socialisation hâtive a commencé à bureaucratiser une économie dont les bases s’effritent ; l’administration souffre de l’improvisation et les mécontentements provoquent des incidents.
Le 20 avril 1960, Sékou Touré dénonce un « monstrueux complot » dans lequel, accuse-t-il, la Côte d’Ivoire, la France et le Sénégal ont trempé. En particulier, ses deux voisins auraient ouvert des camps militaires à des comploteurs de part et d’autre du territoire guinéen. A Dakar, et à Bamako, les dirigeants de l’éphémère fédération du Mali (Sénégal et Soudan occidental) protestent. Le chef du gouvernement fédéral, Mamadou Dia, n’en ordonne pas moins l’ouverture d’une enquête. On découvre de fait — fût-ce a posteriori — l’étrange passage à Tambacounda (Sénégal oriental) d’un officier parachutiste français. Dans le cercle de Kédougou, trois dépôts d’armes sont découverts dans des villages frontaliers : Dinnde Fello, Bakaouka. Côté ivoirien, un collaborateur d’Yves Guéna, alors haut-commissaire à Abidjan, est suspecté d’avoir organisé une opération : réputé aventurier, Jacques Achard est chargé des renseignements généraux auprès de Guéna qui le disculpera par la suite. Les enquêtes ordonnées par Houphouët font néanmoins état de fréquents séjours d’officiers et de sous-officiers français (des « paras »), ainsi que de la présence d’armes dans certains villages frontaliers de la Guinée.
Sékou Touré — ce sera la dernière fois avant longtemps — croit à la bonne foi de ses voisins. D’autant que le 3 juin, il apprend avec plaisir l’intention d’Houphouët de demander l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Le 1er septembre 1960, les deux anciens compagnons de lutte se rencontrent, « non seulement comme les représentants d’Etats voisins, mais comme deux frères ». Fin 1962, le chef de l’Etat ivoirien est invité en Guinée par son ancien lieutenant. Lequel, pour sa part, se rend au Sénégal.
C’est l’époque de deux complots contre Félix Houphouët-Boigny (1962-1963). Les relations s’étaient détériorées entre la Côte d’Ivoire et le Ghana. Plus tard, Houphouët déclarera solennellement : « Je crois en mon âme et conscience à une collusion entre MM. Sékou Touré et Kwame Nkrumah, dans leur tentative de masquer au regard des masses de leurs pays respectifs et du monde extérieur leur retentissante faillite dans le triple domaine politique, économique et humain. » Les pays de l’OCAM (Organisation commune africaine et malgache) — en tête desquels la Côte d’Ivoire — font alors campagne pour le boycottage du sommet de l’OUA (Organisation de l’unité africaine, née en mai 1963) que devrait accueillir le Ghana. Les invectives vont céder la place aux insultes sur les antennes des radios nationales de la région.
Sékou Touré qualifie de « commis voyageurs de la division » les chefs d’Etat et ministres qui parcourent l’Afrique pour expliquer l’objet de l’OCAM et dénoncer les activités subversives du Ghana. Personnellement pris à partie, Félix Houphouët-Boigny ne bronche pas : il ne peut pas « croire que son jeune frère Sékou Touré ait pu tenir de tels propos ». C’est le chef d’Etat voltaïque Maurice Yaméogo qui répond le 2 juin 1965 : « Un homme comme Houphouët, lorsqu’il est insulté, n’a pas le droit de répondre. Son audience constitue la meilleure réponse aux âneries de ceux qui veulent pourtant être comme lui… Ayez un peu plus de pudeur, car les Africains sont polis. »
La pudeur et la politesse ne sont hélas plus de rigueur. Sékou accuse nommément Houphouët d’utiliser « les armes du mal, le venin et le cynisme » pour entretenir « l’incompréhension entre la France et la Guinée ». Puis sont venues les calomnies, les basses allusions à la vie privée des uns et des autres. C’est encore Maurice Yaméogo qui, depuis Ouagadougou, réplique le 18 juin 1965. La vulgarité de cette réponse, de la part d’un chef d’Etat, mérite malheureusement que l’histoire la retienne. En voici des extraits :

« Mais qui est donc ce Sékou, alias Touré, qui désire tant qu’on parle de lui ? Un homme orgueilleux, menteur, jaloux, envieux, cruel, hypocrite, ingrat, intellectuellement malhonnête… Tu es le prototype de l’immoralité la plus intolérable… [NDLR : censure pour vulgarité.]
Tu n’es qu’un bâtard parmi les bâtards qui peuplent le monde. Voilà ce que tu es, Sékou, un bâtard des bâtards. Tu as honte de porter le nom de ton père. Certes, ta grand-mère maternelle est une fille de Samory Touré. Mais le père de ta mère n’était pas un Touré, mais un Fadiga… Par orgueil, tu te fais passer pour un Touré. Tu ne veux pas reconnaître ton vrai père. Tu es donc un bâtard.
A la prochaine, petit bâtard de Sékou, alias Touré. »

Même l’opposition guinéenne est essouflée d’avoir entendu un chef d’Etat africain parler de la sorte. Houphouët, lui, se tait toujours.
Puis, le 8 novembre 1965, Conakry annonce la découverte d’un nouveau complot. Le 15, sur Radio Conakry, Sékou Touré accuse le chef d’Etat ivoirien d’avoir financé le complot en « achetant une femme en Guinée pour des millions de francs ». Le 17, Félix Houphouët-Boigny, invité à s’exprimer, répond enfin lors d’une conférence de presse à Abidjan :

« Non, M. Sékou Touré, le peuple de Guinée n’a besoin ni de notre soutien moral, ni de notre soutien financier — car nous sommes pauvres malgré tout ce que l’on avance à notre endroit — pour crier son mécontentement…
Vous êtes un frère, un mauvais frère, mais un frère quand même… En votre âme et conscience, qu’est-ce que la révolution toute verbale dont vous vous gargarisez à longueur de journée et que vous prétendez avoir faite, a pu apporter à votre pays ? …
Depuis l’indépendance, combien d’hommes n’avez-vous pas fait assassiner ?… Pourriez-vous l’avouer sans baisser la tête, si tant est qu’il vous reste encore une conscience ?
M. Sékou Touré, la haine née de la jalousie vous égare, altère votre raison. Elle risque de vous pousser au crime. Ressaisissez- vous ! Ce sont les conseils d’un homme qui se souvient que vous avez été à ses côtés dans la lutte émancipatrice. Avec votre nationalisme intransigeant, tempéré d’un peu de tolérance et d’humanisme, vous pouvez encore servir la cause de l’unité africaine. »

Mais elle était bien loin, l’unité africaine.
Commence alors, en 1966, une période confuse dont l’histoire immédiate n’a pas révélé tous les secrets. En mars de cette année, Sékou Touré appelle les Guinéens à « égorger tous les agents de l’impérialisme dans les hôtels, dans les maisons, partout où ils se trouvent ». Le 27 de ce même mois, 10 000 réfugiés guinéens en Côte d’Ivoire organisent un énorme meeting à Abidjan et lancent un appel urbi et orbi « en vue de sauver la Guinée de son malheureux sort ». Le 4 avril, ils annoncent la création d’un front national de libération de la Guinée, dont les ramifications s’étendraient à toute l’Afrique de l’Ouest.
Mi-avril, cependant, le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny affirme : « Comme Senghor, je refuse de laisser utiliser le territoire national pour porter la subversion à l’extérieur. Je ne veux pas encourir à mon tour l’accusation de favoriser les entreprises des réfugiés guinéens contre leur pays ». Au Sénégal, le président Léopold Sédar Senghor va plus loin. Le 27 avril 1966, son gouvernement menace « les citoyens d’origine guinéenne, coupables de violer le principe de non-ingérence, de poursuites devant les tribunaux s’ils sont de nationalité sénégalaise, et d’expulsion s’ils ne sont pas de nationalité sénégalaise ».

Maurice Yaméogo

Ces gestes, s’ils sont de bonne volonté, n’atteignent guère le président guinéen dont la propagande continue de traiter Houphouët d’« Africain indigne, ennemi juré de la cause africaine, pantin sans conscience de Yamoussoukro ». Le mieux auquel ait droit le chef historique du RDA est le titre de « sinistre président de la Côte d1voire ». Le Sénégalais Léopold Sédar Senghor n’échappe pas aux anathèmes ; il est accusé d’avoir « permis à la France d’installer, dans la région de Saint-Louis, un camp d’entraînement pour les éléments contre-révolutionnaires guinéens ».
Le 19 février 1967, un chalutier battant pavillon ivoirien, le Kerisper, est arraisonné dans les eaux territoriales guinéennes. On le saura seulement le 6 avril à Conakry et on le reconnaîtra à Abidjan le 11 mai.
Le 26 juin 1967, l’avion [de la PanAm] ramenant de New York le ministre guinéen des Affaires étrangères, Lansana Béavogui, est obligé d’atterrir à Abidjan, à cause du mauvais temps. Les autorités ivoiriennes, à leur tour, retiennent les officiels guinéens, estimant que, « avec Sékou Touré, il n’y a que la loi de la jungle qui compte ». Les interventions du secrétaire général de l’ONU, U Thant, pas plus que celles des chefs d’Etat de l’OUA réunis à Kinshasa, n’y font rien. Sékou Touré cède et, le 26 septembre, il libère sans conditions le Kerisper et son équipage. Le même jour, Lansana Béavogui, « libéré » par les Ivoiriens, arrive à Conakry.
Le chef de l’Etat guinéen reste néanmoins obnubilé par l’impossible réconciliation avec la France. Ayant poussé trop loin sa « guerre » avec Houphouët, il tente de se concilier de nouveau Senghor pour l’y aider. Le 23 mars 1968 avec ses pairs malien, Modibo Keita, mauritanien, Moktar Ould Daddah, et sénégalais, il participe, à Labé, à la création de l’Organisation des Etats riverains du fleuve Sénégal (OERS), un projet cher à Léopold Sédar Senghor. Ce dernier, indulgent ou coopératif, se déclare, le 6 avril à Paris, favorable à une reprise des relations entre la France et la Guinée. Rien ne se passe : la France est ébranlée par les événements de mai 1968 puis, une année plus tard, par la démission du général de Gaulle. Lequel meurt en novembre 1970.
Et le 22 novembre 1970, une tentative de débarquement de mercenaires et d’opposants guinéens échoue de justesse à Conakry. La réaction de Sékou Touré est violente. De nouveau, la Côte d’Ivoire et le Sénégal se voient accusés de « complots permanents ». L’OERS éclate en 1971. A Conakry, on assène les condamnations à mort.
Le 24 juillet 1972, Sékou Touré, qui a invité Félix Houphouët-Boigny à Faranah, lui propose une réconciliation. A cette condition : qu’il lui livre les réfugiés guinéens en Côte d’Noire. « A Faranah, notera la journaliste Claude Gérard qui côtoya les deux hommes, les deux anciens compagnons de lutte ne parlèrent pas le même langage. L’aîné, selon son habitude, laissa s’exprimer son cœur et sa sagesse africaine. Le plus jeune ne sut accorder la parole qu’à sa Révolution ». Houphouët rejette l’exigence de Sékou. Senghor en fera de même. Conakry reprendra ses accusations contre Abidjan et Dakar.
Tout au long de l’année 1973, Houphouët et Senghor « traîtres et fantoches », se voient de nouveau accusés d’« entraver la réconciliation » que la Guinée souhaite avec la France. Le 7 septembre, Radio Conakry « révèle » l’arrestation de « cinquante-neuf opposants formés en Côte d’Ivoire, dont un tueur à gages avec un appareil photo muni d’un silencieux ». Sékou lance un appel à tous les patriotes africains à « descendre leurs dirigeants traîtres » sans hésitation, « car ils iront tout droit au paradis ». Il accuse le Sénégal d’avoir aidé « un mouvement subversif ayant son siège à Genève et dirigé contre la Guinée ». Et organise des prières du vendredi pour implorer l’aide d’Allah « contre l’impérialisme ». En ajoutant : « Nous demandons au peuple sénégalais de prier pour le débarasser du traître Senghor… Nous le combattrons jusqu’à la mort. Nous l’anéantirons ». Le gouvernement sénégalais commente : « Quand on est Sékou Touré, avec tout ce qu’on a sur la conscience, on invoque Dieu pour demander pardon et non pour maudire qui que ce soit. » Le 18 septembre 1973, le Sénégal rompt les relations diplomatiques avec la Guinée.
Dès l’année suivante, pourtant, Sékou Touré cherche le contact avec ses frères ennemis. Son pays participe, avec la Côte d’Ivoire et le Sénégal, à la création de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest). En 1975, les relations diplomatiques sont rétablies avec la France. Sékou Touré ne peut plus reprocher ni à Houphouët ni à Senghor de l’avoir empêché. Il lui faut maintenant tenter le rapprochement en faisant oublier ses excès d’hier.
En juin 1977, le ministre sénégalais de la Jeunesse et des Sports est invité à Conakry par son collègue guinéen. Le 19 décembre 1977, célébrant la victoire du Hafia football club de Conakry (sur l’équipe ivoirienne) en Coupe d’Afrique des clubs champions, Sékou Touré exhorte la jeunesse guinéenne à normaliser ses relations avec la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Et dans son message de Nouvel An, il souhaite « que 1978 soit une année de compréhension totale, de coopération sincère et de solidarité effective avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire ».

Sekou Toure et Senghor (1979)
Entre Sénégal et Guinée la rupture de 1963 paraissait définitive.
En fait, c’est la réconciliation qui devait l’être en novembre 1979 ;
consacrée par une visite de Sékou à Dakar.

La diplomatie secrète fait son œuvre. Le président libérien William Tolbert a obtenu, sans difficulté, l’accord d’Houphouët pour une réconciliation avec Sékou Touré. Le Sénégalais Senghor, lui, ne croyait pas vraiment à la sincérité du Guinéen. Il était disposé à la réconciliation, mais ne manifestait aucun empressement. La date prévue de la rencontre ne lui convenait pas, disait-il : il devait se rendre en Arabie saoudite. Il a fallu des démarches américaines et françaises pour qu’il modifie son programme. Le 17 mars 1978, Sékou Touré, accompagné du Togolais Gnassingbé Eyadema, arrive à Monrovia où l’attendent le Libérien William Tolbert, le Gambien Dawda Jawara ainsi que l’Ivoirien Félix, Houphouët-Boigny et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. Le lendemain le pacte de « réconciliation définitive » est scellé. Sékou Touré, toujours aussi lyrique, jure de ne plus jamais demander à ses voisins de lui livrer ses opposants et promet : « Rien ni personne ne réussira désormais à nous faire fâcher à nouveau avec la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la France. »

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

Droits de l'Homme

Les positions d’Alexeï Navalny sur les migrants vont à l’encontre de son discours pro-démocratie

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Alexeï Navalny lors de la campagne de 2017 à Irkutsk en Russie Centrale. Photo par Evgeny Feldman pour navalny.feldman.photo, sous licence CC-BY-NC.

Alors qu’Alexeï Navalny [en] est devenu une figure de ralliement pour une grande partie des Russes libéraux et un symbole de l’opposition au président Vladimir Poutine, son image auprès des citoyens d’Asie Centrale – dont beaucoup sont travailleurs immigrés en Russie – est bien plus nuancée. En effet, certains le voient comme un nationaliste, tenant des propos discriminatoires dont il ne s’est jamais excusé, pas plus qu’il ne les a rétractés.

Navalny s’est imposé sur la scène politique comme lanceur d’alerte en 2010. Grâce à son blog [ru], à un usage habile des réseaux sociaux et au lancement de sa fondation anti-corruption [ru] en 2011, il est devenu un acteur majeur de la politique russe. Son dernier documentaire d’investigation sur le palace de Poutine au bord de la mer Noire, diffusé le 19 janvier, a récolté plus de 100 millions de vues sur YouTube.

Il a payé le prix fort pour ses prises de position ouvertement critiques : Navalny et son frère ont tous deux été arrêtés et emprisonnés à maintes reprises. Le 20 août 2020, il est victime d’empoisonnement mais survit après avoir reçu un traitement et se rétablit dans un hôpital en Allemagne. D’après le groupe d’investigation Bellingcat, cette tentative d’assassinat aurait été commanditée [en] par les services secrets russes.

Malgré le fait qu’il ait frôlé la mort et sachant qu’il risquait la prison dès son arrivée sur le territoire, Navalny retourne en Russie le 17 janvier. Il est immédiatement arrêté et devient l’emblème de la résistance politique et de la démocratie, inspirant des milliers de Russes à descendre massivement dans les rues le 23 janvier, dans des proportions jamais vues depuis les années 1990.

Le 2 février, il est condamné à près de trois ans de prison pour une violation présumée de son contrôle judiciaire.

Alliance avec les nationalistes russes

Si les actions de Navalny démontrent son courage, il a aussi fait des déclarations sur sa vision de l’immigration [en] en provenance de l’Asie Centrale et du Caucase – ainsi que sur le statut de la Crimée [en] – qui sont incompatibles avec le discours plus large sur les droits humains et la démocratie qu’il porte pour dénoncer la corruption d’État à l’œuvre pendant les deux décennies du règne incontesté de Poutine.

Global Voices s’est entretenu avec Sergueï Abashine, un professeur de l’Université européenne à Saint-Pétersbourg [ru] et un éminent spécialiste de l’Asie Centrale et des immigrés originaires d’Asie Centrale en Russie, afin d’analyser la position de Navalny sur cette question :

Il y a dix ans, Navalny a participé aux marches russes [en] annuelles qui sont ouvertement xénophobes. Pendant les élections municipales de 2013, l’un des principaux sujets abordés lors de ses interventions publiques était l’immigration. Un phénomène contre lequel il proposait de lutter, sa rhétorique abondant en attaques xénophobes contre les personnes originaires d’Asie Centrale et du Caucase, qu’il accusait d’être des criminels, inadaptés à la culture russe et présentant une menace terroriste.

Interviewé par Global Voices, Rashid [son nom a été modifié par mesure de sécurité], un immigré ouzbek qui vit à Moscou depuis plus de dix ans, explique :

Il [Navalny] fait partie de ces gens en Russie qui introduisent dans le discours libéral cette vision négative des migrants et de la région du Caucase, une position auparavant marginale et peu répandue.

Minimiser un passé encombrant

Depuis 2016, Navalny et son équipe tentent de minimiser ses déclarations passées et évitent de s’exprimer sur le sujet sensible de l’immigration en provenance d’Asie Centrale et du Caucase en Russie, se rendant peut-être compte que ses idées pourraient nuire à son image publique.

Cependant, quelques incidents embarrassants ont entaché son discours. Pendant la guerre entre la Géorgie et la Russie en 2008, qui a résulté en l’annexion d’une partie de la Géorgie par la Russie, Navalny a exprimé son soutien aux actions menées par Moscou, employant même des termes injurieux à l’égard des Géorgiens dans ses articles de blog [en].

En avril 2017, la veille de l’élection présidentielle à laquelle il se présentait, Navalny est l’invité de l’émission en ligne présentée par le vlogueur Youri Doud, l’un des influenceurs les plus connus en Russie. Il nie alors être un nationaliste.

 

EN SAVOIR PLUS sur l’importance et l’influence des vlogueurs en Russie : Un documentaire novateur sur l’épidémie du VIH en Russie rencontre un succès phénoménal

Pourtant, lorsque le présentateur lui demande pourquoi il voulait imposer un système de visa aux citoyens kazakh tout en réclamant que l’Allemagne mette en place un programme d’exemption de visa pour les citoyens russes, Navalny répond : « Je vois que des gens d’Asie Centrale viennent en Russie et je ne vois pas ça comme bénéfique. »

Les indicateurs économiques et démographiques, cependant, montrent tout autre chose. La population russe est en constant déclin et l’immigration [en] vers le pays empêche ces statistiques démographiques de sombrer dans l’abîme. Avant l’épidémie de COVID-19, le pays comptait plusieurs millions de travailleurs immigrés, principalement originaires d’Asie Centrale. En novembre 2020, le nombre officiel est de 1,8 million[ru]. Il n’existe pas de chiffres exacts, cependant, car beaucoup d’immigrés viennent de pays dont les citoyens sont exemptés de visa et travaillent le plus souvent illégalement.

La présence d’immigrés d’Asie Centrale est tellement indispensable pour l’industrie lourde, pour le bâtiment et pour d’autres prestations de services, qu’en janvier 2021 le gouvernement russe a dû réitérer son besoin urgent de travailleurs immigrés originaires d’Ouzbékistan et du Tadjikistan [ru].

Si l’importance des travailleurs immigrés est un fait établi, pourquoi Navalny a-t-il alors déclaré à maintes reprises par le passé que les migrants étaient un problème, une menace même ? Le professeur Abashine explique :

Navalny est un populiste et un politicien pragmatique. L’idéologie n’est pas un principe fondamental pour lui, il préfère s’adapter à l’état d’esprit de son public potentiel. Si la société russe réclame fortement un discours anti-immigration et si ce sujet occupe une place importante dans l’opinion publique, dominant les questions concernant la guerre avec l’Ukraine, le rôle de l’Occident ou le COVID-19, je pense qu’il est capable de revenir à une rhétorique anti-immigration et xénophobe.

Rashid partage cet avis :

Il est peu probable que [Navalny] ignore l’importance des immigrés pour l’économie russe. Mais il a besoin du soutien des Russes lambda, des gens qu’il peut convaincre que le gouvernement actuel est responsable de tout ce qui ne va pas, celui-là même qui offre du travail aux migrants, ce qui explique que tout aille mal en Russie aujourd’hui.

Note de la rédaction : Cet article est la première partie d’une analyse sur l’image de l’opposant russe Alexey Navalny en Asie Centrale. Retrouvez la deuxième partie ici [en].

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Ce billet a été écrit conjointement par Filip Noubel et par Yevgeniya Plakhina et traduit par Amaryllis Prémillieu pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 17 février 2021.

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Droits de l'Homme

La liberté d’expression dans une spirale descendante en Afrique australe, selon une nouvelle étude

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Des jeunes posent pour une photo lors d'une conférence en Namibie. Photo par Yusuf Kalyango Jnr., sous licence CC BY-SA 2.0.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Une étude récente [pdf] de la coalition de la Déclaration africaine des droits et libertés de l’Internet (AfDec) a examiné la législation existante et son impact sur le droit à la liberté d’expression dans sept pays d’Afrique australe – Afrique du Sud, Malawi, Mozambique, Namibie, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe.

Le rapport de 102 pages comptait sept contributeurs, dont Dércio Tsandzana, responsable de la rédaction lusophone de Global Voices.

Un résumé des résultats pour chaque pays est présenté ci-dessous.

Malawi

L’article 35 [pdf] de la Constitution du Malawi de 1994 (avec ses amendements) garantit la liberté d’expression, « prévoit le droit à la liberté d’opinion à l’article 34 ; la liberté de la presse à l’article 36 ; l’accès à l’information à l’article 37 ; et la liberté de réunion à l’article 38 », note le rapport.

Néanmoins, l’examen de l’AfDec a identifié trois lois qui ont fait dérailler la liberté d’expression : la Loi n°33 sur la cybersécurité et les transactions électroniques de 2016, la Loi n°10 sur le drapeau, les emblèmes et les noms protégés de 1967 (telle que modifiée par la loi n°11 de 2012) et l’article 60 du Code pénal [pdf].

Lire également : Digital rights remain under threat in Malawi despite historic win for democracy

Plus précisément, la loi sur la cybersécurité contient des clauses explicites qui bâillonnent la liberté d’expression en ligne et limitent la liberté de la presse.

Mozambique

Des femmes à Praia do Bilene, Gaza, Mozambique. 6 août 2006. Photo de Julien Lagarde via Flickr, sous licence CC BY-NC-ND 2.0.

L’article 48 [pdf] de la Constitution mozambicaine de 2004 garantit la liberté d’expression et le droit à l’information à tous les citoyens.

Lire également : Le Mozambique aurait tenté d’expulser un journaliste étranger après avoir révoqué sa carte de presse [fr]

La constitution ne contient « aucune limitation spécifique » à ces droits, mais le « droit à l’information et à l’expression est régi par des lois spécifiques », a révélé l’étude.

Namibie

La Namibie se distingue parmi les six autres pays examinés dans cette étude, grâce à un climat de liberté d’expression plus convivial. Elle dispose également de l’environnement médiatique le plus libre d’Afrique selon l’Indice mondial de la liberté de la presse 2020 [fr], un classement établi par Reporters sans frontières.

Lire également : En Namibie, le passage au numérique fait sensation mais quid de l’exclusion des populations autochtones ? [fr]

La « répression des droits humains, y compris la liberté d’expression » en Namibie « n’est en aucun cas un phénomène habituel ou normal », affirme l’étude. Cependant, certains clignotants sont au rouge, notamment en raison de l’existence de lois qui « autorisent ou permettent une telle répression si ou quand ceux qui ont des tendances ou des intentions autocratiques venaient au pouvoir, démocratiquement ou non », prévient l’étude.

Afrique du Sud

Formation technologique des jeunes en Afrique du Sud. Photo de Beyond Access via Flickr, sous licence CC BY-SA 2.0.

Le droit à la liberté d’expression est fermement ancré dans l’article 16 (1)[pdf] de la Constitution de la République d’Afrique du Sud de 1996 et protège les libertés suivantes : la presse, le partage et la réception d’informations, la créativité artistique, la recherche universitaire et scientifique.

Mais ces droits ne sont pas absolus. La première de ces limitations est énoncée à l’article 16 (2) de la Constitution, qui criminalise les discours incitant à la propagande de guerre, à la violence et à la haine ethnique, raciale, de genre ou religieuse. La deuxième est inscrite à l’article 36, qui limite le droit à la liberté d’expression tant que cette restriction est « raisonnable et justifiable dans une société ouverte et démocratique fondée sur la dignité humaine, l’égalité et la liberté », précise le chapitre de l’étude consacré à l’Afrique du Sud.

Tanzanie

Un homme regardant son téléphone portable en Tanzanie, le 9 décembre 2018. Photo de Riaz Jahanpour, pour USAID Tanzanie / Digital Development Communications via Flickr, sous licence CC BY 2.0.

Depuis 2015, la Tanzanie s’est engouffrée dans une spirale descendante vers l’autoritarisme [pdf] avec un climat de peur généralisé [fr], de censure des médias, de démembrement de l’opposition avec une répression accrue des journalistes et des militants.

Lire également : Tanzanian poll is likely to usher in a new era of authoritarianism. Here’s why.

Bien que le droit à la liberté d’expression soit protégé en vertu de l’article 18 de la Constitution tanzanienne, certaines lois comme la Loi sur les cybercrimes de 2015 [pdf], la Loi sur les médias [pdf] de 2016, et la législation de 2018 sur communications électroniques et postales, qui portait spécifiquement sur les contenus en ligne, « contiennent les dispositions les plus susceptibles d’être utilisées pour réprimer les voix dissidentes », indique le rapport.

La loi sur la cybercriminalité accorde au gouvernement un pouvoir excessif pour interdire, censurer et sanctionner arbitrairement la presse écrite et les médias sociaux. Une condamnation en vertu de cette loi entraîne une peine de prison de trois ans ou une amende d’au moins 5 millions de shillings tanzaniens (environ 2 000 USD) ou les deux.

Lire également : Une série d’enlèvements et d’arrestations signale une dégradation inquiétante des droits humains en Tanzanie [fr]

La loi sur les services de médias impose l’accréditation obligatoire des journalistes, qui peut être retirée à tout moment. Cette législation a également « conféré au ministre le pouvoir absolu d’interdire l’importation de publications et de sanctionner le contenu médiatique », indique l’étude de l’AfDec.

De même, la législation sur les communications électroniques et postales (contenu en ligne) a obligé les blogs et les forums en ligne à payer des frais d’inscription de plus de 900 USD. Tout manquement est passible d’une amende « d’au moins 5 millions de shillings tanzaniens» (environ 2 000 USD), ou d’une peine d’emprisonnement « d’au moins 12 mois ou les deux ».

Lire également : À l’approche de l’échéance pour la taxe sur les blogueurs, les principaux sites indépendants s’éteignent en Tanzanie [fr]

Zambie

Le droit à la liberté d’expression est protégé par l’article 20 [pdf] de la Constitution zambienne. Mais des lois restrictives comme celle sur les technologies de l’information [pdf] et de la communication et celles de 2009 sur les communications et les transactions électroniques [pdf] « criminalisent certaines activités en ligne qui entravent le droit à la liberté d’expression », note l’étude. L’ensemble de ces lois et la surveillance étatique ont limité la liberté d’expression dans le pays.

Zimbabwe

Un policier portant un masque anti-virus s’entretient avec un automobiliste à un point de contrôle à Bulawayo, Zimbabwe, le 20 avril 2020. Photo par KB Mpofu / BIT via Flickr, sous licence CC BY-NC-ND 2.0.

Malgré des dispositions constitutionnelles claires – l’article 61 et la Déclaration sur les droits dans la Constitution du Zimbabwe de 2013 – qui protègent la liberté d’expression, « le Zimbabwe obtient toujours de mauvais résultats dans divers classements régionaux et mondiaux de l’état de la liberté d’expression », selon l’étude [pdf].

Lire également : Confinement jusqu’à l’étouffement : comment les mesures anti-COVID19 ont débordé sur les droits numériques au Zimbabwe [fr]

L’application des protocoles contre la pandémie COVID-19 a représenté une excuse pour réprimer la liberté d’expression en ligne, comme le montre l’ordonnance pour la santé publique de 2020, qui « criminalise les fausses déclarations », indique l’étude.

Lire également : A Zimbabwean journalist, two opposition politicians jailed for tweets about police brutality

L’étude de l’AfDec affirme également que « le gouvernement zimbabwéen a été soupçonné de tolérer la torture, les enlèvements et parfois les disparitions » de critiques. Par exemple, Itai Dzamara, un critique virulent du gouvernement, a été enlevé le 9 mars 2015 et est porté disparu depuis.

Gel de la liberté d’expression

Le rapport a montré un bilan désastreux de la liberté d’expression dans certains des pays examinés. Certains pays utilisent des lois qui imposent des droits de licence et d’accréditation aux journalistes et aux blogueurs, et augmentant le coût de l’expression et de la communication dans le but de les décourager.

Il en résulte un étouffement de la dissidence et « un effet paralysant sur la libre circulation des idées et des propos sérieux », déclare l’AfDec.

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Ce billet que j’ai traduit a ete écrit par le nigérian Nwachukwu Egbunike pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 18 février 2021.

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Camp Boiro

Les exécutants des sales besognes du tyran Sékou Touré. 2ère partie

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Almamy Fodé Sylla

Après avoir décrit les membres et les rôles néfastes des différents Touré, appartenant à sa propre  et les Keïta, appartenant à celle de sa femme, Almamy Fodé Sylla décrit dans son livre L’Itinéraire sanglant les roles des sous-fifres qui ont contribué à la destruction morale, économique et sociale de la Guinée.

Almamy Fodé Sylla, disparu depuis septembre 2016, avait eu la chance de survivre aux atrocités du camp Boiro. Il avait été vice-président de l’Assemblée nationale sous la première législature de la deuxième république; ministre secrétaire général à la présidence; ministre de la fonction publique et du travail; ministre de l’enseignement technique et de la formation professionnelle.

L’auteur était  tellement proche du Général qu’il était une des rares personnes qui montaient en voiture avec ce vieux dictateur. C’était une des personnes qui oeuvraient pour une véritable réconciliation nationale, en Guinée. Il était un ami intime de la famille d’Elhadj Diallo Boubacar Telli.

En 2002, lors d’une rencontre avec une délégation de l’Association des victimes du camp Boiro, il avait confessé son échec auprès de son ami Conté dans sa tentative de réhabilitation des victimes des caps de concentration du tyran Sékou Touré.

Ce groupe est composé de toutes celles et de tous ceux qui sont mêlés de près ou de loin à la tragédie guinéenne : agents secrets, parents ou alliés du tyran, les nombreux marabouts complices du pouvoir tyrannique. Responsables de la plupart des sacrifices humains, qu’ils indiquaient personnellement, avec le rituel, au Chef de la Loge maçonnique de l’Ouest africain, les sacrificateurs portent la lourde responsabilité d’avoir mis le couteau à la gorge d’êtres humains, comme eux, et de l’avoir tranchée, froidement, sans frémir.

Lire également: Le gouvernement, une affaire des familles Touré et Keita

Sur ce chapitre, rappelons avec amertume le résultat d’une amitié.

Oh ! Dieu de la Clémence ! Pardonnez aux innocents ! Mais condamnez les coupables !
Ayez l’âme d’Elhadj Sidiki que l’amitié d’un fils pour un tyran a entraîné sur la voie très périlleuse de « Cheytane », du Satan trompeur. En effet, Sékou et son ami Béa (Premier Ministre) se concertent, discutent, arrêtent un plan satanique, auquel ils associent malheureusement un homme respectable, le père du Premier Ministre. Si Sékou a, 30 ans durant, choisi, adopté et gardé Béavogui Lansana comme fidèle compagnon, c’est parce qu’il le sait capable d’accepter de jouer n’importe quel rôle dans son théâtre infernal. Assis dans un coin, les deux hommes complices convoquent Elhadj Sidiki Béavogui, qui arrive précipitamment, sans savoir qu’il venait se souiller les mains dans des circonstances imprévisibles pour un fervent musulman.

— Tiens, égorge-le ! telle est la volonté de Dieu.

Les deux hommes d’État suivent avec un réel plaisir « l’exécution froide » qu’ils viennent d’ordonner. Crime parfait ! Certainement pas ! La chose, bien tenue au secret pendant un certain temps, va «filtrer ». Et, finalement, c’est dans un livre que l’humanité entière sera informée. Elhadj Sidiki Béavogui en voudra éternellement à son fils pour ce crime odieux qu’il lui a fait commettre. Toutes celles et tous ceux qui ont approché Elhadj Sidiki Béavogui peuvent témoigner de l’authenticité de cette révélation. Car le « vieux » l’a dit à tout son entourage. Et c’est pour cette raison que, très «adroitement », « ce père indiscret que l’âge fait délirer », est mis en réclusion quelque part jusqu’à sa mort. Mais comme il n’y a pas de crime parfait, c’est bien dans cette réclusion que le « Tout Guéckédou » a appris tout ce qui s’est passé.

« Je refuserai de commettre un tel crime », diront certains lecteurs.

Attention ! Sékou n’était plus un homme à partir de 1964. C’était un monstre si effrayant que tous les Guinéens le craignaient plus que Dieu, parce qu’on avait fini par accréditer l’idée d’immortalité d’Ahmed Sékou Touré, qualifié de « Cheick Mahady », le sauveur de l’humanité, le dernier prophète et le plus grand de tous les envoyés.

Lire également: Quand les pouvoirs guinéens vont-ils dévoiler à la jeunesse ces crimes de Sékou Touré du 25 janvier 1971?

Si un musulman intègre, à conviction inébranlable préfère la mort à un tel crime, ce n’est sûrement pas le cas chez un « musulman de circonstance », illettré par surcroît, récemment baptisé, peut être par conviction légère, ou par amour de certains rites, très certainement par honneur d’être dans une «société » religieuse que Sékou le musulman de « parade », l’excellent commentateur du Saint Coran, mais qui s’est interrogé pour trouver, dans sa vie, le crime qu’il n’a pas encore commis, pour qu’il le fasse allègrement avant que la mort ne le surprenne.

Si l’on peut trouver des circonstances atténuantes pour le père de Béa, le seul fait d’avoir accepté la mission de tuer pour un salaire est une circonstance très aggravante pour les tueurs a gage. Quant aux dignitaires du P.D.G. qui, par excès de zèle, se sont rendus coupables de crime de toutes sortes, ils doivent être jugés et condamnés comme tels. Par exemple, Sékou n’a dit à aucun responsable de Conakry d’aller saccager la concession de Lancéï Keita, père de Tidiane, l’agresseur du Président.

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Camp Boiro

Les exécutants des sales besognes du tyran Sékou Touré. 1ère partie

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Ce billet est tiré du livre de Almamy Fodé Sylla L’Itinéraire sanglant. Disparu depuis septembre 2016, il avait eu la chance de survivre aux atrocités du camp Boiro. Il avait été vice-président de l’Assemblée nationale sous la première législature de la deuxième république; ministre secrétaire général à la présidence; ministre de la fonction publique et du travail; ministre de l’enseignement technique et de la formation professionnelle.

L’auteur était  tellement proche du Général qu’il était une des rares personnes qui montaient en voiture avec ce vieux dictateur. C’était une des personnes qui oeuvraient pour une véritable réconciliation nationale, en Guinée. Il était un ami intime de la famille d’Elhadj Diallo Boubacar Telli.

En 2002, lors d’une rencontre avec une délégation de l’Association des victimes du camp Boiro, il avait confessé son échec auprès de son ami Conté dans sa tentative de réhabilitation des victimes des caps de concentration du tyran Sékou Touré.

Que dire des traits de caractère des principaux dirigeants du P.D.G. nazi ? Sékou a trahi les Guinéens, l’Afrique et les autres peuples qui l’accueillaient en héros, en véritable champion de la liberté et de la démocratie. Il a essayé de tromper Dieu, mais celui-ci avait déjà révélé avant lui dans le Saint Coran, le verset 13 de la Souratoul Moulkou : « Je sais ce que chacun de vous trame dans les méandres de sa pensée profonde ».

Sékou était un véritable ennemi du peuple de Guinée, un politicien réactionnaire qui n’a dit la vérité qu’une seule fois de sa vie , ce jour-là, agonisant dans son lit de mort, il laissera échapper la seule expression de vérité dont il a été capable : « l’homme propose, Dieu dispose, aujourd’hui c’est fini pour Sékou ».

Lire également: Guinée: Le gouvernement, une affaire des familles Touré et Keita

Sékou était également méchant, très méchant, extrêmement méchant, mais aussi, il était petit, très petit, un lilliputien, qu’opposés ces deux traits de caractère ont limité certains dégâts de l’illuminé. Tous ses proches collaborateurs qu’il a fini par tuer ou mettre en prison pour de longues années ont été plus ou moins victimes de haine résultant de la jalousie née de cette petitesse. Constatant un jour la finesse des motifs de broderie du grand boubou d’un de ses Ministres, il s’exclama comme un bambin : « Oh là ! là ! quelle bourgeoisie. » Il n’oublie pas de faire à un autre Ministre, la remarque suivante : « Moi je suis un Président malheureux, tous mes Ministres ont de jolis salons. Chez moi, c’est une honte ».

Dès qu’il a arrêté un Ministre aisé, membre de la Direction Nationale du P.D.G., il s’est aussitôt jeté sur son bureau en marbre qu’il a immédiatement fait envoyer à la case de Belle-Vue, une de ses résidences officielles.

Tous les anciens détenus de Boiro conviendront avec moi qu’Ismael Touré est un sadique né, un criminel né pour tuer. Il n’est pas entièrement satisfait de l’exécution de ses ordres par les « cabinards » (cabine technique) : il doit faire du mal lui-même pour jouir du bonheur qui en résulte pour un sadique comme lui. C’est ainsi qu’il torturera personnellement certains détenus. Momo Soloma-nâni en sait long sur ce chapitre. Il porte de visibles séquelles de la brûlure d’un morceau de caoutchouc allumé sur son corps. D’autres détenus ont eu le « privilège » de recevoir sur leurs joues pour être éteints plus d’un mégot de cigarettes allumées.

Quand ses bourreaux de la cabine technique sont venus lui annoncer la mort, survenue des suites de tortures, du Commandant Sylla Théoury, Ismaël a répondu : «C’est bien ! il est cuit dans son jus ».

Siaka Touré, lui, est un personnage singulier. Il n’est pas facile de rencontrer un bourreau au comportement doux et affable de l’acabit de cet homme qui a trompé tous les Guinéens, surtout les jolies filles guinéennes par cette nature innocente.

Grand spécialiste du montage, de la mise en scène et de l’exécution de tant de complots imaginaires, Siaka est un homme qui a su tromper par ses sourires et ses envolées sentimentales presque affectueuses, pas comme Néron d’Agrippine qui était cruel sans malice.

Siaka vient ramasser une dizaine de détenus pour les mener au « poum-poum » (fusillade) et revenir les mains ensanglantées auprès des autres détenus qui attendent leur tour et, caressant l’épaule décharnue d’un malheureux, lui demander : « Et le moral, il est bon ? ». Quel caractère monstrueux !

Keira Karim, Seydou Keita, Cherif Sékou, Moussa Diakité, analphabètes opportunistes, sont, avec Mamadi Keita, Siké Camara, Mamadi Kaba, les meilleurs apprentis-sorciers, anthropophages. Responsables d’assassinats de cadres, ils étaient, comme leur maître Sékou, passionnément jaloux des qualités techniques, morales et intellectuelles de leurs victimes.

Sékou Touré ne s’était entouré, pour la plupart, que de tristes individus, assoiffés de sang, qui l’ont aidé à saccager la Guinée, pour laisser ce beau pays dans une parfaite incurie, une totale désolation. Conakry, cette « perte de l’AOF » est une ville qui semble dévastée et abandonnée par des croisés.
Les crimes sont nombreux et de tous ordres. Peut-on payer le sang par le sang, comme le conseillent certaines religions ?

Le Comité Militaire de Redressement National a demandé au peuple de pardonner pour tout ce qui est arrivé et de regarder l’avenir avec optimisme. C’est bien beau de pardonner mais d’abord la justice !
Pour empêcher les rescapés des geôles de se rendre justice, il y a lieu de créer un tribunal spécial chargé de juger des crimes et criminels qui ont agi en temps de paix comme en temps de guerre.

Non pas en spécialiste, en magistrat, mais en qualité de victime, constituée en partie civile, voici l’accusation principale que je porte contre Sékou Touré et ses complices : convaincus de crimes et complicité de crimes.

1er groupe.

Ils sont accusés d’avoir apporté au dictateur :

  1. L’aide nécessaire requise pour la naissance, le développement et l’entretien d’un pouvoir personnel, dictatorl al par le culte de la personnalité du tyran, « Responsable Suprême de la Révolution, Stratège infaillible »
  2. Le concours opportun et nécessaire au tyran dans l’exécution de son plan machiavélique d’élimination systématique de tous les patriotes guinéens
  3. Le soutien politique et moral au cupide, insatiable dans ses nombreux vols d’argent et de pierres précieuses

les complices actifs suivants :

  • Ismaël Touré
  • Siaka Touré
  • Amara Touré
  • Abdoulaye Touré
  • Mouloukou Touré
  • Mohamed Touré
  • Nounkoumba Touré
  • Ramata Touré
  • Andrée Touré
  • Samory Touré
  • Mamady Touré
  • Mamourou Touré
  • Karim Keira
  • Moussa Diakite
  • Sékou Cherif
  • Damantang Camara

2e groupe

Lire également : Camp Boiro: Crimes révolutionnaires et sadisme de Sékou Touré

Sékou Touré dit « Alcapone », ancien Président de la République, accusé pour:

  1. Destruction physique et morale de paisibles et innocentes personnes au nombre incalculable.
    En effet, personne ne sait le nombre de citoyens guinéens et africains innocemment tués dans les « célèbres » camps de concentration sous le régime de Sékou Touré. Témoin, ces trois camions remplis de « Mamadou Diallo », tous raflés à Labé et déposés au Camp Boiro sur instruction du Comité Révolutionnaire dont une section avait signalé l’entrée clandestine en Guinée d’un mercenaire du nom de « Mamadou Diallo ».
    — Il faut prendre dans la zone où le mercenaire a disparu après sa pénétration illégale, tous ceux qui portaient les mêmes noms et prénoms que lui.
    Cela cadre parfaitement avec le système mis en place par Sékou qui préférait les défauts de ses amis aux qualités de ses adversaires, et qui disait qu’il vaut mieux sacrifier de nombreux innocents que de laisser échapper un cadre longtemps visé, lui-même un parfait innocent.
    Après trois ans de séjour, tous les Mamadou sont morts sauf cinq sur le contenu des trois camions. Quelle justice !
    Sékou Touré devra rendre compte devant les hommes et dans l’autre monde, de tous ces cas de massacres de marginaux raflés aux frontières ou dans les centres urbains. Il y sera aidé par certaines personnalités qui occupent encore aujourd’hui les premiers rangs des dignitaires du nouveau régime.
    Le cas d’un pauvre paysan, victime de l’arbitraire et de l’injustice mérite d’être porté à la connaissance du public. De passage devant le Camp Boiro, un vieux paysan fraîchement débarqué des montagnes de l’intérieur du pays, demande des renseignements au sujet d’un certain Abou, fils de son voisin, arrêté à Conakry et conduit au Camp Boiro, selon les informations reçues au village : «
    — Est-ce ici le Camp Boiro ? si oui, je vous prie de dire à votre chef de libérer « Abou ». C’est le fils de mon ami du village , son père est très bon. Lui-même, un garçon sérieux. Il est marié avec enfants. Pardon, libérez-le, car son champ de riz est en maturité et n’attend que des bras valides pour être récolté. Vous lui remettrez ces 20 sylis pour qu’il s’achète des cigarettes. N’oubliez pas ma commission, je compte sur vous et nous attendons Abou.
    — Approche un peu vieux et assieds-toi, ordonne le garde portier.
    Entre-temps arrive le « Tout-Puissant » Siaka Touré, maître-sorcier, tortionnaire en chef, commandant en chef des « forces occultes », célèbre gardien des « loques humaines », l’homme-caméléon : « monstre » à Boiro, « ange » ailleurs.
    — Voici, mon Commandant, un vieux qui demande des nouvelles d’un agent de la 5e colonne.
    — Bon, envoyez-le.
    Et voilà le pauvre vieux qui s’en va pour une destination inconnue. Il y fera trois ans pour sortir avec trois maladies qui ne tarderont pas à l’emporter à trois mois de sa libération… Ces quelques exemples suffisent, je crois pour appuyer ma première accusation contre «Alcapone » que j’accuse encore de :
  2. Haute trahison du peuple en hypothéquant son avenir politique, économique, culturel et social.
    En effet, en donnant au socialisme guinéen une figure de fantôme, synonyme de violence, de dictature, d’injustice, il a délibérément détruit les bases morales du socialisme qui s’en remettra difficilement en Guinée. En 30 ans du règne du Parti unique, Sékou a sacrifié le développement économique aux discours creux, insensés, ennuyeux, auxquels il a habitué les Guinéens qui ont abandonné l’essentiel au profit du superflu : plus de productions industrielles, pourtant source de devises ; créer la rareté en tout pour rendre le Parti indispensable à la vie car c’est lui seul qui peut satisfaire le centième des besoins du peuple qui doit se contenter du minimum car la « Révolution est exigence » selon Sékou Tôrè (Tôrè signifie souffrance en langue soussou).
    Quant à l’aspect culturel hypothéqué, le commentaire n’est pas nécessaire car c’est une honte nationale dont le peuple de Guinée portera encore longtemps le poids. Les centres d’enseignement révolutionnaire (C.E.R.) créés pour saboter l’enseignement et l’éducation en République de Guinée, avaient pleinement joué leur rôle.
    En effet, jusqu’au 3 avril 1984, le niveau général moyen de l’élève guinéen était le plus bas de toute l’Afrique, comme le revenu par tête d’habitant en Guinée.
    Que voulait Sékou pour ce beau pays de Guinée ? Un pays dont tous les habitants seraient des abrutis, des aveugles, prêts à applaudir le tyran, à rapporter au Parti le moindre propos malveillant de la part de n’importe qui, car seule la délation permet d’avoir un bon d’achat de quelques mètres de percale ou d’imprimés à Sonatex. Une population affamée, soumise au dictateur dont le bonheur fait la joie du peuple. Ne jamais laisser au peuple le moindre temps de réfléchir sur sa propre condition. Au plan social, un peuple divisé aux mœurs corrompues : menteur, tricheur, fainéant, cupide voilà la réalité que Sékou a voulu créer en Guinée pour garantir deux choses
    – son pouvoir personnel
    – après lui, le déluge, le chaos où se noierait immanquablement son successeur que le peuple qualifierait d’incapable, regrettant ainsi le règne tyrannique de notre brave tyran. Sékou a-t-il réussi dans cette entreprise destructrice ? A chacun d’y répondre !
  3. Vol de sommes fabuleuses d’argent et de pierres précieuses.
  4. Division du peuple pour préparer une guerre civile qui serait au passif du successeur. Comme Hitler, Sékou a construit une poudrière et mis à côté un fût d’essence avec une boîte d’allumettes pour qu’après lui la bombe éclate par la moindre imprudence de la part des nouvelles autorités en place.
  5. Abus de confiance, escroquerie politique et morale tout au début. (Alabè, Annabibè, de grâce, venez à moi, je ne vous décevrai pas).
  6. Incitation et appel à peine voilé à la débauche : toutes les structures du Parti et des organismes parallèles, des travailleurs, des jeunes, des femmes favorisent ce contact très délicat de l’essence et du feu, de la jeunesse, masculine et féminine. La plupart des enfants nés entre 1958 et 1984 portent les tares très graves de cette licence insupportable.
  7. Dictature politique imposée à un peuple doux résigné parce que profondément religieux.
  8. Propos délateurs et mensongers, injurieux et alarmistes, méthode cynique de tenir le peuple sous tension permanente et de créer en lui des sentiments d’éternelle suspicion et de haine.
  9. Charlatanisme et assassinat de personnes comme sacrifices humains.
  10. Attentat à la pudeur par de nombreux viols de mineures et d’épouses de détenus politiques.
  11. Exploitation scandaleuse des initiatives et aptitudes du peuple dans des activités inutiles, ruineuses et nuisibles (manifestations artistiques populaires).
  12. Fausse déclaration d’identité pour tromper l’opinion publique sur ses origines authentiques.

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Droits de l'Homme

Les États arabes réconciliés avec le Qatar, mais les militants saoudiens pour cette cause restent derrière les barreaux

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[Sauf mention contraire tous les liens mènent vers des sites en anglais, ndt.]

Une rupture entre le Qatar, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), Bahreïn et l’Égypte a conduit à un boycott ainsi qu’à un blocus absolus du Qatar en juin 2017. Alors que ces pays arabes se réconcilient [fr] beaucoup de gens se demandent ce qu’il adviendra des citoyens saoudiens détenus pour avoir exprimé leur opposition à ce boycott et milité pour l’unité du monde arabe.

Depuis le mouvement connu sous le nom de Printemps arabe, les alliances régionales ont éclaté, laissant d’un côté le Qatar et de l’autre un quatuor de pays qui accusent les Qataris d’ingérence dans leurs affaires intérieures.

Doha, capitale du Qatar et siège du pouvoir, a accueilli avec faveur les changements politiques dans les pays touchés par les soulèvements et soutenu les Frères musulmans en Égypte ainsi qu’ailleurs, alors que les dirigeants des quatre autres États jugeaient ces changements politiques préjudiciables à leurs intérêts et considéraient les Frères musulmans comme une organisation terroriste islamiste. 

En fin de compte, les tensions se sont intensifiées, conduisant les quatre pays à boycotter et à bloquer le petit État du Golfe riche en gaz, le poussant plus profondément dans les bras de leurs rivaux régionaux que sont la Turquie et l’Iran.

À la suite de plusieurs tentatives de rapprochement entre les États du Golfe, le 5 janvier, les dirigeants jadis opposés de l’Arabie saoudite et du Qatar ont signé un accord négocié par le Koweït et les États-Unis, pour régler leurs différends et rétablir leurs relations diplomatiques.

À l’aéroport saoudien d’al-Ula, au nord de Médine, le dirigeant de facto du royaume, le prince héritier Mohammed ben Salmane, communément connu sous ses initiales MBS, a accueilli son rival, l’émir du Qatar, le cheikh Tamim bin Hamad al-Thani, les deux dirigeants arborant des masques chirurgicaux en raison du coronavirus.

Presque immédiatement après l’annonce de la réconciliation, les médias proches de chacun des deux côtés dans la querelle et qui, pendant des années, s’étaient livrés [ar] une guerre médiatique féroce consistant à élaborer des théories du complot et à dénigrer leurs rivaux, ont commencé à louer [ar] la réconciliation et à saluer l’unité dans les rangs des frères du Golfe.

Pendant ce temps, au moins 20 citoyens saoudiens qui ont exprimé des sentiments allant dans le sens de cette réconciliation au début de la querelle et semblaient donc s’opposer à leurs dirigeants à Riyad, restent en prison, sous le coup d’une multitude d’accusations.

Un compte Twitter appelé «Prisoners of Conscience» (en français : Prisonniers de conscience), visant à soutenir les Saoudiens emprisonnés pour avoir exprimé leurs opinions, a tweeté :

🔴 NOUS DEMANDONS LA LIBÉRATION IMMÉDIATE DE TOUS LES PRISONNIERS DE CONSCIENCE QUI SONT DÉTENUS JUSTE PARCE QU’ILS ONT SOUHAITÉ UNE RÉCONCILIATION AVEC LE QATAR, IL Y A 3 ANS.

Parmi ces prisonniers se trouve l’éminent religieux islamique Salman al-Odah, dont la détention en 2017 est intervenue quelques heures après la publication du tweet suivant le 8 septembre :

Ô Dieu, louange à Toi. Mettez l’harmonie dans leurs cœurs pour qu’ils agissent dans le meilleur intérêt de leurs nations.

Depuis lors, M. Odah, âgé de 63 ans, est détenu principalement à l’isolement, avec des périodes d’accès limité ou sans accès à sa famille, et dans des conditions qui, selon son fils, reflètent l’intention des autorités de «le tuer à petit feu».

Ô Seigneur, ramène-le dans sa famille, auprès de ses proches, parmi les nations musulmanes arabes et dans le monde. #Ne_Tuez_Pas_Salman_Al_Odah

Le fils de M. Al-Odah, Abdullah, qui réside aux États-Unis, décrit la situation sanitaire du religieux :

Au cours de la procédure judiciaire du 18 novembre à Riyad, mes frères et sœurs ont été frappés par la faiblesse et l’émaciation de notre père. Ayant perdu la moitié de son audition et de sa vision en prison, il était incohérent et avait du mal à les entendre et à les voir clairement. Ils ont estimé que notre père fier et déterminé semblait complètement soumis et hochait la tête à tout ce qu’on lui disait. Ils craignaient que, dans son état précaire, il ne soit contraint de signer tout type de confession.

Après un an de détention sans procès, le procureur général saoudien a demandé la peine de mort pour M. Odah pour 37 chefs d’accusation, notamment incitation à agir contre le dirigeant, appel au changement de gouvernement et possession de livres interdits.

Salman al-Odah boit un jus de fruit à la paille dans le même verre que son petit-fils, dans un restaurant.

Le religieux saoudien détenu Salman al-Odah avec l’un de ses petits-enfants. Image tirée de Twitter.

Alors que les camps rivaux font amende honorable, les appels à la libération de M. Odah, ainsi que d’autres prisonniers, se sont multipliés.

Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch, a tweeté :

Maintenant que l’Arabie saoudite apaise les tensions et ouvre la frontière avec le #Qatar, que diriez-vous de libérer des détenus comme @salman_alodah, accusés de s’opposer à un blocus (qui n’a abouti qu’à séparer les familles, bloquer les travailleurs et interrompre les soins médicaux des malades) ?

Awad al-Qarni et Ali al-Omari sont d’autres détenus notables sur lesquels pèsent des accusations similaires. On leur reproche notamment d’avoir entretenu des liens avec les Frères musulmans et le gouvernement qatari, et exprimé publiquement leur soutien aux dissidents emprisonnés :

🔴Dernière minute 2
Nous confirmons que
Cheikh Salman al-Odah
Cheikh Awad al-Qarni
Cheikh Naser al-Omar
sont toujours à l’isolement dans de très mauvaises conditions.

Parmi les autres détenus éminents figurent l’universitaire Mustafa al-Hasan, l’écrivain Abdullah al-Malki, et l’économiste Essam al-Zamil.

Leur arrestation a eu lieu il y a plus de trois ans, à peu près au même moment où plusieurs militantes revendiquant le droit de conduire pour les femmes ont été interpellées. Parmi elles se trouvait l’activiste emblématique Loujain al-Hathloul [fr].

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Ce billet que j’ai traduit de l’anglais en français a été écrit par Dahlia Kholaif pour le réseau globalvoices.org qui l’a publié le 2 février 2021.

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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