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Au nom de sa pseudo révolution, Sékou Touré et ses acolytes ont trahi, torturé et humilié ceux qui auraient pu mettre en valeur l'énorme potentiel de la Guinée
Au nom de sa pseudo révolution, Sékou Touré et ses acolytes ont trahi, torturé et humilié ceux qui auraient pu mettre en valeur l'énorme potentiel de la Guinée

Arrestation et incarcération de Adolf Marx au Camp Boiro

Le 28 décembre 1970, le citoyen allemand, directeur de la seule brasserie de Guinée, était arrêté en pleine nuit chez lui, sans savoir pourquoi.  À sa libération, il écrira Maudits soient ceux qui nous oublient. Le livre entier est disponible gratuitement sur le site campboiro.org, comme la plupart de ceux que j’utilise pour mon blog concernant cette période.

C’est de ce livre qui relate son expérience vécue que j’ai extrait ce billet que je vous propose aujourd’hui. 

Puis je regagne ma demeure, non sans passer de nombreux barrages de police, et dis à Amadou, le boy qui est depuis plus de dix ans à mon service :

— Je crois que l’on expulse tous les Allemands. Je partirai sûrement dans deux jours avec le prochain avion.

Je peux lire un témoignage de sympathie sur son visage. Sans un mot, il va chercher ma valise en aluminium, l’époussette, y vaporise un insecticide, et je le regarde y entasser l’une après l’autre les affaires qui me tiennent le plus à coeur. Ce faisant, il me dit :

— Monsieur, que ferai-je quand vous ne serez plus là ? Si on vient vous chercher, n’allez avec personne. On n’aime plus les Européens.

Je lui demande, chose que je ne fais jamais d’habitude :

— Que veux-tu boire ?

Il me demande un coca, et je me sers un triple whisky allongé d’un demi-litre de soda, comme si j’avais le pressentiment que j’allais avoir besoin de toutes mes forces dans les heures à venir.

Vers 23h, Amadou me quitte en me disant qu’il finira mes bagages le lendemain. Je me rends dans ma chambre et vide mes poches, comme à l’accoutumée, avant de me déshabiller et de me coucher.

A ce moment, on sonne. Tout en me rhabillant, je me dirige vers la porte et vois un Africain, nommé Guy Guichard, que je connais déjà . Il me dit :

— A partir d’aujourd’hui, c’est moi le ministre de l’Intérieur 1. Au nom de la Révolution, je vous arrête.

Je lui demande :

— Pourquoi m’arrêtez-vous ?, mais il ne répond pas.

Je lui dis que je voudrais au moins aller chercher quelques cigarettes, mon briquet et mon mouchoir, mais il ne me le permet pas et en vient aux mains après avoir appelé à l’aide deux soldats armés. A trois ils me tirent de force de la maison et m’emmènent à la voiture, de marque Moskovitch, garée non loin de là.
C’est alors que je m’aperçois que ma maison est cernée par les hommes de la milice, mais ces derniers ne sortent de leur cachette que lorsque j’ai pris place dans la voiture. Les hommes montent dans une autre voiture demeurée cachée jusque-là.

Notre voiture et le véhicule l’accompagnant se rendent au camp de prisonniers de Boiro, à Conakry. Là, on me fait aussitôt comparaître devant une commission d’une vingtaine d’hommes environ. Je reconnais parmi, eux le frère de Sékou Touré, Ismael Touré, bien connu pour sa haine des Blancs. Il y a quelques semaines à peine, il a visité la brasserie SOBRAGUI que je dirige et est ensuite venu prendre un verre chez moi.

Malgré cela, il me demande maintenant :

— Etes-vous le directeur de la brasserie de Guinée ?

Puis il veut savoir mon nom. Je lui demande en retour :

— Pourquoi suis-je ici ?

Mais il ne me répond pas et se contente d’ordonner :

— Emmenez-le !

Plusieurs soldats m’emmènent dans une jeep qui nous conduit au Camp Boiro. J’y suis accueilli par les gardiens du Camp, et un lieutenant me donne l’ordre de me déshabiller entièrement.

On note minutieusement tout ce qui est en ma possession un paquet de cigarettes ne contenant plus qu’une Gauloise, une montre-bracelet en or, le permis de conduire. Les gardiens sont étonnés de constater que je n’ai pas un sou sur moi.

Ensuite, on fait la liste de mes vétements. Les gardiens prennent leur rôle au sérieux et exécutent leur tâche avec ardeur. Puis, l’un d’eux s’agenouille derrière moi et examine même mon bas-ventre pour voir si j’y ai caché quelque chose. Enfin, les hommes me fouillent les cheveux et la barbe, soi-disant pour voir si je n’y ai pas caché de bagues.

Après la fouille, l’un des gardiens me donne un short bleu. Ce dernier s’avère être trop étroit, si bien que je ne peux pas le fermer et dois me promener à moitié nu, ceci à la grande joie des gardiens. Le lieutenant Sylla ordonne qu’on me conduise à la cellule 35. Cette cellule fait quatre mètres de long, deux mètres de large et quatre mètres de haut. Ce n’est en fait qu’un sol de ciment avec des murs de pierre grise et un toit de tôle ondulée. Dans un coin, le mur est percé d’un trou laissant passer un tuyau.

Le soldat qui me conduit à ce cachot m’explique encore comment satisfaire ici mes besoins naturels. Puis, j’entends la porte se refermer. Me voilà seul.

Il me faut un moment pour que mes yeux s’habituent à l’obscurité et que, accroupi sur le sol, je puisse examiner mon nouvel environnement. Il doit être minuit. Les événements qui ont suivi mon départ de la maison sont bouleversants, il est vrai, mais je n’ai absolument pas peur. Je suis certain que l’on va me relâcher rapidement et que tout s’avérera être une erreur, car je ne suis conscient d’aucune faute, ni politique ni criminelle. De toute évidence, je ne devrais rester dans ce “logement” que quelques heures.
C’est maintenant la troisième fois que l’on m’emprisonne en Guinée. Les deux premières fois, mon arrestation s’était révélée être une erreur, et chaque fois les ministres étaient venus en personne me faire des excuses. Le consul d’Allemagne était venu me voir et m’avait apporté cigarettes, journaux et nourriture, si bien que je n’avais jamais eu l’impression d’être abandonné. Aussi, riche de cette expérience, ma présence dans cette cellule froide et sale ne provoque en moi aucune peur.

Note

1.Guy Guichard nétait pas ministre de l’Intérieur et ne fit jamais partie du gouvernement. [Tierno S. Bah]

À propos konakryexpress

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie. Elle est vieille de bientôt 4 ans, mais entretemps il n'y a pas eu beaucoup de changement: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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