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Droits de l'Homme

L’exode massif des Guinéens sous Sékou Touré

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Au moment de leur accession à l’indépendance, la Guinée et la Cote d’Ivoire avait à peu près le même volume de population, environ 3 millions d’habitants. Mais les mauvais choix politiques de Sékou Touré ont fait de son pays un endroit d’où tous les citoyens qui pouvaient s’exiler ont opté pour cette solution, alors que la Côte d’Ivoire devenait un pays d’immigration.

Le résultat est que 60 ans après l’indépendance, la population de la Guinée était d’environ 12 millions et celle de la Côte d’Ivoire était supérieures à 26 millions.

Dans billet, Alpha Sidoux Barry, ancien Président de l’Association des Elèves et Étudiants Guinéens en Côte d’Ivoire (AEEGCI), décrit comment les Guinéens qui le pouvaient ont fui leur pays et il analyse l’attrait que la politique ivoirienne a eu sur les étudiants guinéens.

Au 26 mars 1984, date du décès de Sékou Touré, maître absolu de la Guinée, celle-ci n’avait cessé de se vider, vingt-six ans durant, de sa substance humaine.

L’exode des Guinéens vers les pays voisins et au-delà a commencé dès l’accession du pays à l’indépendance car très vite les promesses politiques et économiques de 1958 sont restées lettre morte et, pis encore, ont laissé la place au règne du verbe creux, de la pénurie des biens de première nécessité et du « complot permanent » comme méthode de gouvernement.

Lancée dès mars 1960, la litanie des «complots» n’a pris fin qu’avec la disparition du dictateur. Tout au long de son règne, on en a dénombré une quinzaine, soit la fréquence d’un tous les deux ans. La violence de la répression corrélative à la chasse aux sorcières a poussé à l’exil tous les ans des milliers de Guinéens, hommes et femmes, de tous âges et originaires de toutes les régions.

Vaste croissant bordé à l’ouest par la façade Atlantique, la Guinée, étant entourée de six pays, présente une multiplicité de frontières qui ont facilité le départ des nationaux excédés par la pénurie et les exactions du régime tyrannique.

Malgré les vicissitudes politiques qui ont marqué le début des indépendances africaines, les pays voisins apparaissaient comme des havres de paix par rapport aux traumatismes que vivaient les Guinéens.

Les ressortissants de la Basse Guinée s’orientaient tout naturellement vers le sud en direction de la Sierra Leone, ceux de la Moyenne Guinée vers le nord au Sénégal, tandis qu’à l’est, ceux de la Haute Guinée se dirigeaient vers le Mali et la Côte d’Ivoire, et au sud-est ceux de la Guinée Forestière vers la Côte d’Ivoire et le Liberia.

L’instauration du régime autocratique dès l’accession à l’indépendance a suscité des départs de plus en plus nombreux non seulement vers les pays voisins mais aussi vers des destinations plus lointaines pour ceux qui en avaient l’opportunité, notamment la France, le reste de l’Europe, les Etats-Unis et le Canada. La fuite devant la misère et l’insécurité quotidienne a pris les proportions d’un véritable
exode dans les années soixante-dix, surtout après les événements du 22 novembre 1970.

A titre d’exemple, on dénombrait en France en 1984 plus de 10 000 Guinéens dont 1 500 porteurs du titre officiel de réfugié politique au regard de la Convention de Genève de 1951.

Il fallait coûte que coûte sauver sa vie, quitte à la risquer face à la vigilance meurtrière de la milice d’Etat et de la police des frontières. Des milliers de Guinéens ont gagné l’étranger par monts et vallées, à travers les chemins de traverse, la brousse et la forêt, à pied ou par tout autre moyen. Mais aucun des pays d’accueil n’est en mesure d’évaluer avec exactitude l’importance numérique de cette émigration.

Selon des estimations concordantes, plus de 2 millions de Guinéens ont fui le pays pour échapper aux rigueurs du régime despotique du parti-Etat instauré par la volonté d’un homme qui a régné sans partage sur le pays. Soit une saignée démographique de l’ordre d’un tiers de la population totale réduite à seulement quelque 5,5 millions d’habitants en 1984. Un grand nombre d’entre eux vivront dans les pays d’accueil sous une identité d’emprunt ou en prendront la nationalité.

Parmi les premiers candidats à l’exil, on a dénombré de proches compagnons de Sékou Touré qui avaient décelé très tôt chez lui les tendances dictatoriales. Ont suivi des Guinéens de condition modeste (étudiants, petits fonctionnaires, ouvriers et chômeurs) confrontés aux arrestations arbitraires, à la rigueur du rationnement et à la pénurie sur les marchés. Puis le cycle infernal du «complot permanent» allait nourrir le flot des migrants au fur et à mesure que les camps de
détention se remplissaient.

Les courants migratoires qui s’orientaient traditionnellement vers le Sénégal se sont brutalement renversés à partir de 1970 prenant la direction de la Côte d’Ivoire qui connaissait alors une forte expansion économique.

Le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny n’a jamais oublié qu’il avait favorisé l’ascension de Sékou Touré en Guinée durant la période de lutte anticoloniale dans les années 1950. C’est avec beaucoup d’amertume qu’il a vu par la suite l’expérience guinéenne tourner au désastre.

Il a alors tout mis en œuvre pour ouvrir largement les portes de la Côte d’Ivoire à l’émigration guinéenne. Il a permis que l’opposition politique s’y implante quand bien même celle-ci était étroitement surveillée et ne pouvait aller trop loin dans ses velléités de renversement du régime de Conakry.

D’anciens étudiants guinéens sont ainsi arrivés massivement dans le pays d’Houphouët et ont servi comme enseignants dans les lycées et collèges ivoiriens.

L’Université d’Abidjan a accueilli tous ceux qui voulaient poursuivre leurs études dès 1965. Sachant que les autorités guinéennes refusaient de délivrer les diplômes, on pouvait s’y inscrire à partir de la liste officielle des bacheliers publiée par le quotidien national guinéen Horoya.

En 1970, 75 étudiants guinéens étaient inscrits dans les différentes facultés de l’université nationale ivoirienne. Mais à partir de cette année-là, l’arrivée massive de jeunes réfugiés a obligé les autorités académiques à instaurer l’examen spécial d’entrée à l’université, c’est-à-dire l’équivalent du baccalauréat, pour éviter les fraudes.

Malgré cet obstacle, le nombre d’étudiants guinéens à l’Université d’Abidjan a doublé tous les 5 ans, passant au nombre de 120 en 1975, année où l’on a dénombré 5 000 élèves dans les écoles ivoiriennes.
Tout étudiant guinéen inscrit à l’Université d’Abidjan avait droit à une bourse de 35 000 F CFA, au même titre que les nationaux ivoiriens.

Mais, pour éviter les réactions de xénophobie, l’aide du président Houphouët-Boigny ne transitait pas par le ministère de l’Education nationale. Soit 50 millions de F CFA en 1975.

Cette aide s’est poursuivie au moins jusqu’à la mort de Sékou Touré, ce qui représente un montant considérable qui provenait directement de la cassette personnelle du président Houphouët-Boigny. Que sa mémoire en soit vivement honorée !

Tous les 3 mois, Mme Plazanet, la secrétaire particulière du président Houphouët- Boigny invitait le Bureau exécutif de l’Association des Elèves et Etudiants Guinéens en Côte d’Ivoire (AEEGCI) à se présenter auprès des services du président Auguste Denise, ministre d’Etat (le seul membre du Gouvernement qui portait à l’époque ce titre sans portefeuille) et alter ego du président ivoirien, pour recevoir la dotation trimestrielle destinée aux étudiants guinéens régulièrement
inscrits.

De ce montant étaient déduites la somme destinée à couvrir les frais d’inscription annuels à l’université (soit 7 000 F CFA par élève admis à l’examen spécial d’entrée à l’université) et celle devant financer le bal annuel de l’AEEGCI clôturant chaque année universitaire et très couru par l’ensemble des étudiants étrangers de toute nationalité (et ils étaient nombreux).

Tous ceux qui ont bénéficié de la manne du président Houphouët-Boigny continueront de leur vivant de prier pour le repos éternel de ce grand homme dont le souvenir vivra toujours.

Témoignage de Mme Maimouna Bah Maréga à regarder en cliquant ici

_____

L’auteur de billet est Alpha Sidoux Barry, ancien président de l’Association des Elèves et Etudiants Guinéens en Côte d’Ivoire (AEEGCI)

Je revendique le titre de premier clandestin à entrer en Italie, le jour où la mort de Che Guevara a été annoncée. Mais comme ce serait long de tout décrire, je vous invite à lire cette interview accordée à un blogger et militant pour les droits humains qui retrace mon parcours dans la vie: https://fr.globalvoices.org/2013/05/20/146487/

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Camp Boiro

18 Octobre 1971, au pied du Mont Kakoulima, une autre forfaiture de Sékou Touré

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Ce message est le cri de u coeur de Hadja Hadiatou après une visite à un site au pied du Mont Nimba où des personnalités avaient été sacrifiées (dont son papa et le mien) par le regime sanguinaire de Sékou Touré. Il a été publié sur la page Facebook d’Alpha M Diallo le 19 octobre 2014.

L’Horreur !!

Comme chaque année, la date anniversaire des exécutions massives du 18 Octobre 1971 nous rappelle les périodes inconcevables d’une République digne de ce nom. A la vue des photos des disparus, avec toutes empreintes de douleur que leurs visages nous renvoient, notre cœur se serre, et pleure encore plus fort que les autres fois.

La première visite de l’endroit où ces exécutions ont eu lieu, au pied du Mont Kakoulima, en 2011 par un groupe composé d’enfants, d’amis et de rescapés de cette douloureuse date était encore bien triste. Toute l’atmosphère était enveloppée de deuil. Chacun pensait au sien, absent pour toujours.

Ce jour-lā, ā 13h, après avoir visité tous les sites où étaient enterrées les victimes de ces exécutions, le groupe se retrouva ā l’improviste devant une petite maisonnette fermée. Du petit banc où ils étaient assis sur la véranda d’une petite maisonnette, deux petits vieux, en caftan et petit bonnet blanc laiteux, firent un petit salut de la tête au groupe.

Au même instant, quelqu’un dans le groupe murmura: « C’est l’endroit où se faisaient les sacrifices humains » !!!

Une bombe n’aurait pas fait autant d’effet et de dégâts.

On murmura, les yeux écarquillés, incrédules : « SACRIFICES HUMAINS ! « ,  » SACRIFICES HUMAINS !!  » à plusieurs reprises. Chacun pensa immédiatement au sien!

Certaines femmes tombèrent, secouées par l’émotion. Des hommes portèrent les mains à la tête, criant : « Allahou Akbar, La ilaha Illalahou !! » en chœur.

D’autres essayèrent de tenir la bouche des deux mains pour ne pas hurler. Des groupes se formèrent, s’agglutinant les uns aux autres pour aller vers la maisonnette tout en éprouvant de la crainte et de la répulsion.

Les deux petits vieux, pas impressionnés se levèrent et ouvrirent la petite porte aux visiteurs.

Une petite salle vide, glacée, avec un plancher en ciment. Deux ouvertures béantes, en forme de carré. On imagine alors la suite: « l’arrivée des exécutants masqués, portant sur leurs épaules les corps ligotés des victimes qu’ils déposent à terre.

En suite ils sortent leurs outils et s’en approchent Alors sortent des entrailles de ceux-ci les cris stridents remplis d’horreur, suivi du sang abondant qui gicle inondant la main et le couteau pointé à la gorge.

Puis viennent les râles très forts au début, semblant ne jamais s’arrêter pour se terminer par un murmure à peine audible.

Peu après on entend le « plouf », du bruit du corps inerte qui tombe au fond du trou. La deuxième victime suit, ainsi de suite jusqu’au dernier. »

Les deux petits vieux connaissant la scène macabre par cœur imaginent facilement ce que pensent les visiteurs de ce jour. Ils préférèrent disparaitre.

La stupéfaction et l’horreur se lirent sur les visages, chacun s’imaginant à la place des victimes ligotées, ne pouvant même pas faire le moindre mouvement.

Chacun sort en marche arrière, effaré, comme anesthésié. On marche aveuglement en titubant vers les véhicules, avec le secret désir d’en finir une fois pour toute avec cette visite éprouvante.

Bien à vous.

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Camp Boiro

Dans la nuit du 17 au 18/10/1971, la Guinée perdait la fine fleur de ses cadres et entrepreneurs

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Révisé le 18 octobre 2020

Funeste nuit que celle du 17 au 18 octobre 1971! On trouvera au fonds de ce billet les noms de quelques unes des victimes. Contrairement à ce que beaucoup de jeunes, qui n’ont pas connu cette période tragique de notre pays, la dictature de Sékou Touré n’a pas concerné qu’une ethnie ou une région. Elle a sévi sur toute l’étendue du territoire nationale dans toutes les ethnies et dans toutes les couches de la population.

Pour preuve, dans la liste partielle qu’on peut consulter au fonds de cette page, il y a 7 hauts cadres qui portent le nom Camara et 9 Diallo.

C’est cette nuit qui a vu mon père disparaitre dans des conditions effroyables à Kindia. Il avait l’ambition de contribuer à sortir la Guinée de sa pauvreté par la création d’unités industrielles qui puissent répondre aux besoins de la population, tout en donnant une impulsion à la production agricole

En effet quelques semaines avant sa deuxième arrestation et sa disparition définitive, il adressait une lettre le 8 mars 1971, au Secrétaire d’état chargé de l’industrie et des Mines, pour solliciter l’autorisation de réaliser 5 unités industrielles, notamment: 1 fabrique de couscous précuit à partir du maïs, 1 fabrique de pâte d’arachides et d’emballage, 1 fabrique de jambon, saucisson, 1 fabrique de produits ménagers d’entretien et 1 fabrique de confiture de bananes et de figues.

Voici le témoignage, paru en février dernier sur ce blog, de sa nièce Oumou Hawa Bah, cadre à Ernst & Young Guinée:

C’est après la mort du tyran Sékou Touré que nous avons appris par son meilleur ami avec lequel il était dans la même cellule, Mr Kaba Mory Lamine que mon Oncle a été torturé pendant les mois qui ont suivi son arrestation et fusillé le 18 Octobre 1971. Il nous a raconté ce qui s’est passé ce jour fatidique. Ils étaient dans la même cellule et que parmi ces personnes il n’y avait que des docteurs, des ingénieurs, des professeurs et des entrepreneurs. Qu’on ne soit donc pas étonné que la Guinée soit dans cette situation de misère et de sous-développement que nous connaissons aujourd’hui. Si dans la seule  cellule où se trouvait mon Oncle, il n’y avait que des Cadres émérites et des entrepreneurs. Je ne connais pas le nombre de cellules qu’il y avait au total dans le pays mais chacun peut imaginer l’étendue de la catastrophe et le  gâchis de Sékou Touré et de sa révolution.

Une publication d’Alpha M Diallo nous rappelle ce que fut cette horrible nuit du 17 au 18 octobre 1971 dans toute la Guinée:

Selon les témoignages des rescapés des camps de détentions politiques, dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, soixante-dix (70) détenus ont été extraits de leurs différentes cellules, déshabillés, ligotés et entassés dans des camions, direction l’échafaud.

Cette nuit inoubliable d’octobre 1971, soixante-dix Guinéens qui avaient combattu pour l’indépendance de leur pays, ont été fusillés sur ordre de Sékou Touré.

Presque tous étaient des hauts cadres de l’état, ministres, ambassadeurs, gouverneurs, magistrats, ingénieurs, médecins, professeurs, entrepreneurs, cultivateurs

Mais pourquoi cette date du 18 octobre 1971 ? Parce qu’il s’agissait de sacrifices rituels prescrits par les voyants occultes du régime d’alors pour obtenir la chute du Président ivoirien Houphouët-Boigny. Ces 70 hommes ont été extraits de leurs cellules dans quatre camps de détention politique: Boiro (Conakry), Kémé Bouraïma (Kindia), Soundjata Keita (Kankan) et El Hadj Oumar Tall (Labé).

Voici lune liste partielle des victimes massacrées dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, élaborée par l’Association des victimes du Camp Boiro. Si vous trouviez les noms qui manquent et des photos, je vous prie de nous les communiquer:

NOM FONCTIONS DATES ARRESTATION Observations sur date exécution :
ARIBOT « SODA » Souleymane – Planteur
BAH Bademba – Notable
BAH Mody Baïlo – Commerçant
BAH Thierno Ibrahima – Gouverneur /Chef de Cabinet
BALDE Abdoulaye – Directeur Ecole Militaire
BALDE Oumar – Ingénieur Secrétaire Exécutif OERS
BAMA Marcel Mato – Ministre – 3 Août 1971 à Siguiri
BANGOURA Karim – Ex Ambassadeur, Ministre des transports
Barry Abbas – Douanier
BARRY Cellou – Inspecteur des Douanes
BARRY Mody Oury – Industriel (Fils de l’Almamy de Mamou)
CAMARA Ali – InspecteurAffaires financières (douanier)
CAMARA Baba – Gouverneur
CAMARA Bakary – chef de quartier – Juillet 1971
CAMARA Bakary – Président du Tribunal
CAMARA Doussou Mory – Financier
CAMARA Fama – Douanier
CAMARA Filas – Contrôleur du travail
CONDE Emile – Gouverneur de Kankan (ancien Ministre ) – Juillet 1971
COUMBASSA Abdoulaye – Commissaire de Police (Sécurité N’Krumah)
DIALLO Abdoulaye – Docteur Chirurgien
DIALLO Alpha Amadou « M’en Parler » – Ministre de l’information – Juillet 1971
DIALLO Alpha Taran – Chirurgien, Ministre
DIALLO Karo – Infirmier Camp Boiro – Juillet ou octobre 71
DIALLO Oumar Kounda – Gouverneur
DIALLO Oury Missikoun – Inspecteur Finances
DIALLO Souleymane – Ex Minsitre Commerce Extérieur
DIALLO Souleymane Yala – Directeur des prix et conjonture – arrêté 1971
DIALLO Youssouf Lieutenant – Juillet ou octobre 71
DIOP Ahmadou Tidiane “Saint Germain” – Restaurateur
DIOP Tidiani – Directeur Administratif FRIA
FASSOU Michel – Sous-Lieutenant – Janvier ou octobre 71 ???????
GHUSSEIN Fadel – Chef de Cabinet – arrêté 1971
HABA Paul – Commissaire – 1971
HANN Saïdou ????
KABA ELHADJ Diafodé – Janvier ou octobre 71 ??????
KABA Mamady – Notable (Société Sogonikoun)
KEITA Fadiala – Ambassadeur (Directeur Général OBK) – Juil.-71
KEITA Kémoko – Magistrat (Procureur Général) – arrêté 1971
KOIVOGUI Massa – Planteur, Secrétaire Fédéral Macenta
KOUROUMA Missa – Ex Fédéral de macenta
KOUROUMA Soma – Ct Camp Samory – Juillet ou octobre 71 ???????
MAKADJI Tidiane – Agent SNE – Juillet ou octobre 71
MATHOS Gnan Felix – Directeur Banque
M’BAYE Cheick Oumar – Ambassadeur – 6 août 1971
N’DIAYE Boubacar – Lieutenant – Juillet ou octobre 71 ???????
PORRI René, dit Doumbouya – Chef Milicien Conakry 2
SAGNO Mamady – Ministre -Juillet 1971
SASSONE André – Directeur (témoin de mariage Sékou Touré) – arrêté 1971
SAVANE Morikandian – Ministre
SOW Aliou – Contributions Diverses
SOW Mamadou – Vétérinaire, Ministre du Plan.
SYLLA Fodé Saliou – Magistrat Procureur adjoint, – arrêté 1971
SYLLA Mamadouba – Chef réseau SNE – Juillet ou octobre 71
THIAM Baba Hady – Directeur de Banque – Juillet ou octobre 71
TOUNKARA Tibou – Ministre – Juillet 971
TOURE Kerfala – Urbanisme et Habitat
TOURE Sékou Sadibou – Industriel Malien Directeur Fruitaguinée

PLUS JAMAIS ÇA

Revu le 19 octobre 2018

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Camp Boiro

Commémoration des massacres du 18 Octobre 1971

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Aujourd’hui c’est le 49ème anniversaire d’un des sacrifices humains de Sékou Touré les plus barbares. En commémorant de cette funeste journée l’association des victimes du camp Boiro a publié le communiqué suivant:

Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, 70 (soixante-dix) Guinéens dont beaucoup furent des ardents combattants pour l’indépendance de la Guinée, furent fusillés sur ordre de Sékou Touré.  Ces victimes, pour la plupart, étaient des hommes d’affaires confirmés ou des cadres de haut rang : ministres, ambassadeurs, gouverneurs, magistrats, ingénieurs, médecins, professeurs. Elles avaient été accusées sans preuves de crimes contre l’État Guinéen. Elles furent arrêtées sans égard aux lois en vigueur et n’eurent jamais droit à un jugement équitable. Avant d’être exécutées nuitamment, la plupart furent torturées pour leur extorquer des aveux mensongers. 

Plusieurs témoignages indiquent que le massacre du 18 Octobre 1971 procédait de pratiques occultes et de sacrifices rituels. Entre autres, M. Alpha Abdoulaye Diallo (Portos) a écrit dans son livre, « La vérité du ministre – dix ans dans les geôles de Sékou Touré »: « Les voyants avaient convaincu Sékou Touré qu’en sacrifiant autant de cadres que le président ivoirien avait d’années d’âge, le jour anniversaire de sa naissance, cela entraînerait irrémédiablement sa chute, d’autant plus que cet anniversaire tombait un lundi. La nuit du dimanche au lundi revêt, dans la logique des opérations occultes du régime, une importance capitale ! »  

C’est ainsi que dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971, les 70 (FHB avait 70 ans) victimes de ce carnage furent extraites de leurs cellules dans trois camps de détention politique : Camp Boiro à Conakry, Camp Kémé Bouraïma à Kindia et Camp Soundjata Keita à Kankan. 

El Hadj Mouctar Bah, ancien détenu, libéré en mai 1978 a témoigné sur cette nuit tragique dans le livre de Madame Nadine Barry : « Guinée, les cailloux de la mémoire » : 

« Ce soir, tout le camp est inquiet. Vers 17 heures, on a « prélevé » plusieurs prisonniers qu’on a regroupés dans les cellules voisines 5 et 6. Rien que dans la salle TF où je suis, on en a sorti dix-huit pour les rassembler dans une cellule d’attente. Le commandant Siaka est venu en personne voir les pensionnaires des deux cellules. Il a posé la question classique :

  • Comment ça va ici ?

Les détenus se sont plaints d’être serrés :

  • On n’arrive même pas à se coucher tous en même temps, a dit l’un d’eux.
  • Ça va passer ! les a rassurés Siaka d’un ton paternel.

On a vu les gardes apprêter des fils électriques en les coupant par unité de deux mètres de long environ. Puis, ils ont fait déshabiller les détenus regroupés et leur ont attaché mains et pieds avec ces fils électriques, en serrant bien les liens. Les pauvres attendent, dans l’angoisse, leur « transfert » nocturne. Les « provisoirement sauvés » entendent monter du groupe les versets coraniques que l’on récite habituellement pour les mourants. Nos lèvres marmonnent des « Amin » de compassion.

Vers 22h30, grand branle-bas autour des bannis : les lumières zébrantes des lampes-torches et les bruits de brodequins n’augurent rien de bon. Les gardes ouvrent la porte et sortent chaque détenu en le prenant par derrière, en le traînant le dos devant. Nous, les détenus chanceux qu’on a laissés cette nuit dans nos geôles, avons vu depuis les trous des portes, nos co-celluliers en slip regroupés dans la cour. On les a lancés dans un camion, comme des poulets, et le véhicule est sorti par le grand portail en fer. Un quart d’heure plus tard, on a entendu de longues rafales trouer le silence de la nuit de Kindia. Une demi-heure plus tard, les gardes sont revenus, portant des pioches couvertes de terre et qu’ils ont lavées dans la cour, sous nos yeux horrifiés. Dans le même témoignage, M. Mouctar Bah indique que les détenus choisis à Kindia, auraient été « enfermés vivants dans des sacs et attachés aux arbres. Deux équipes situées, l’une dans la forêt [Sira-Forêt, près du mont Gangan], l’autre sur le chemin, auraient procédé à des tirs simultanés.» 

La date du 18 Octobre devrait être une journée de prières et de recueillement pour toutes les victimes innocentes des répressions politiques en Guinée. Pour les familles des victimes, leurs proches et pour une large majorité de Guinéens , cette journée reste une journée de deuil.

Malgré cette douleur des familles des victimes, cette année, l’AVCB note avec consternation que M. Alpha Condé a choisi délibérément cette date pour convoquer les élections présidentielles. Quand on se rappelle que M. Alpha Condé fut condamné à mort par contumace à cette époque par le régime du PDG et ne dut sa survie qu’au fait de son éloignement du pays, sa décision constitue un déni véritable des crimes perpétrées en ce 18 octobre 1971.

L’AVCB saisit l’occasion pour marquer sa désapprobation profonde du mépris manifeste du président guinéen à l’endroit des victimes dont il devrait être solidaire. En cette date symbolisant la terreur politique en Guinée, l’AVCB voudrait réitérer les recommandations ci-dessous à M. Alpha Condé.

  1. Le recensement et la démilitarisation de tous les charniers sur l’étendue du territoire national.
  2. La restitution de la partie carcérale du Camp Boiro aux familles des victimes de ce même camp et à leurs descendants.
  3. La création d’une commission de recueil de témoignages des agents des forces de sécurité et de défense pour déterminer les lieux d’exécution des victimes du régime totalitaire du PDG et pour éviter qu’ils n’emportent leurs macabres secrets dans leurs tombes.
  4. La restitution des biens saisis appartenant aux victimes.
  5. Le lancement d’un véritable processus de vérité, justice et réconciliation

 

L’AVCB voudrait aussi interpeller l’ensemble de la classe politique guinéenne sur leur silence coupable autour du choix du 18 Octobre 2020. L’AVCB rappelle aux dirigeants politiques qui se veulent représentants des aspirations de notre pays à la démocratie que garder le silence autour de tragédies comme celle du 18 Octobre 1971, c’est contribuer à maintenir la Guinée dans les cycles sans fin des violences politiques qui ont marquées notre histoire. A ce titre, les Journées de lancement de la réconciliation lancées à grande pompe resteront de simples slogans.   

                                                

 Le Bureau Exécutif

 

Plus Jamais Çà

 

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Camp Boiro

Jean-Paul-Marie Alata de la toute puissance à la déchéance totale, dans les geôles de Sékou Touré

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Révisé le 15/10/2020

L’ambassadeur de France en Guinée, dans son oeuvre Ahmed Sékou Touré (1922-1984). Président de la Guinée de 1958 à 1984, décrit les jeunes années de Jean-Paul-Marie Alata depuis son lieu de naissance, à Brazzaville en 1924, jusqu’à sa formation à l’Ecole militaire inter-armes de Coëtquidan (il semble qu’il ait été capitaine dans la réserve), à ses débuts dans l’administration coloniale française, ses son entrée en politiques, son amitié avec Barry III et Sékou Touré, avant l’indépendance et son escalade dans les structures du jeune état guinéen. Il a choisi la guinéenne au détriment de la nationalité française.  Révolutionnaire convaincu, il avait des idées tellement panafricanistes qu’il aurait proposé à Sékou Touré « de former un corps expéditionnaire guinéen pour aller combattre les troupes françaises en Algérie ».

Avant d’être arrêté sur de fausses accusations, il était devenu comme il l’explique dans l’interview qui suit une des personnalités les plus puissantes du régime. Et au Camp Boiro, il avait été chargé d’aider ses camarades prisonniers leurs dépositions. Il s’était acquitté de cette sale besogne, avec tellement d’application, que les autres prisonniers lui en voulaient au point que l’ambassadeur Lewin, après avoir obtenu sa libération avec d’autres détenus étrangers, écrit que « Dans l’avion de la SABENA qui ramenait les prisonniers vers Bruxelles (en passant par Monrovia et Abidjan), Jean-Paul Alata ne dut qu’à la présence de l’auteur à ses côtés de ne pas être malmené sérieusement par ses anciens codétenus. »

Interview de  Jean-Paul Alata a accordée à  Anne Blancard de Radio France International le 17 février 1977, environ un an et demi avant sa mort survenue à Abidjan en septembre 1978.

Jean-Paul Alata, vous avez passé cinquante-quatre mois dans un camp pénal de la République de Guinée. Quel a été le motif de votre arrestation ?

Le motif officiel est que j’étais complice du SDECE, de la CIA et du réseau ouest-allemand baptisé SS-Nazi.

A quelle peine avez-vous été condamné ?

J’ai su, après huit mois de prison, et par des indiscrétions de nouveaux arrêtés, que j’avais été condamné à perpétuité.

Vous étiez au Camp de Boiro. Qui y avez-vous vu ? Comment avez-vous été traité ?

J’y ai vu des centaines de co-détenus qui provenaient de tous les horizons sociaux de la République : des ouvriers, des cultivateurs, des hauts-fonctionnaires, des ministres, des artisans, des chômeurs… et j’y ai été traité, disons, comme un chien n’est pas traité en Europe.

Y avait-il des Européens ?

Oui. Il y a eu jusqu’à… A un moment, jusqu’à trente à trente-cinq Européens de tous les bords puisque j’y ai vu des Tchèques communistes, des Bulgares communistes, des Belges non-communistes mais socialistes, des Francais de tous les bords, des Libanais, etc.

A combien évaluez-vous le nombre des prisonniers qui étaient avec vous durant ces cinquante-quatre mois que vous avez passé dans ce Camp de Boiro ?

Dans l’ensemble du camp de Boiro qui comportait deux sections légerement distinctes, mais interpénétrables, il y avait environ cinq cents détenus en permanence. Et dans l’ensemble des camps de la République de Guinée, il faut compter de deux mille à deux mille cinq cents.

Il y a combien de camps en République de Guinée ? De camps connus ?

Il y a deux camps principaux connus : celui de Boiro à Conakry et celui de Kindia dans la même ville. Mais plusieurs autres : Kankan, Alfa-Yaya, Faranah, Gueckédou, sont renommés pour avoir une population carcérale.

Dans ces camps, dans le camp de Boiro, dans les autres camps, est-ce que ce sont exclusivement des prisonnièrs politiques qui se trouvent là ?

Quand je vous parle de prisonniers, il s’agit de prisonniers politiques. Les prisonniers civils sont dans les prisons civiles et sont largement mieux traités que nous.

Lorsque vous étiez au camp de Boiro, avez-vous vu des prisonniers sortir et être libérés ?

Je ne peux pas vous le dire, étant donné que souvent on venait habiller des gens et on nous disait à nous : « ils sont libérés » et que, après ma propre libération, j’ai appris que ces gens-là, on ne les avait jamais revus en liberté. Donc je ne peux vraiment pas vous dire si j’ai vu sortir en liberté des gens, étant donné que souvent on nous racontait qu’on les libérait alors qu’on les transférait du camp, ou peut-être les tuait-on.

Avez-vous été torturé, Jean-Paul Alata ?

Oui, à deux reprises. Et comme presque tous mes camarades.

Qui êtes-vous, Jean-Paul Alata ?

Je suis un homme d’origine blanche, d’origine corse très exactement, qui s’est voulu Africain parce qu’il est né en Afrique, qui a aimé l’Afrique au-dessus de tout, qui s’est voulu donc Guinéen lors de l’indépendance de la Guinée ; parce qu’en plus de l’amour de l’Afrique, il avait l’amour de la Guinée. Et je suis devenu un Africain, marié à une Africaine, père d’enfants africains. Voilà ce que je suis, c’est tout.

Qu’est-ce que vous êtes allé faire très exactement en Guinée lorsque vous y êtes allé pour la première fois ?

Vivre. Je n’ai pas d’autre réponse à vous faire que vivre là où je me sentais bien. Je me sentais très bien en Guinée. C’était mon pays. J’y ai trouvé une atmosphère et des gens admirables. J’y ai trouvé une ambiance de vie qui me plaisait, j’y ai trouvé un désir d’indépendance qui m’a enchanté et je me suis senti chez moi.

Quelles responsabilités avez-vous exercées en République de Guinée ?

Les plus hautes puisque certains Guinéens me considèrent comme un « super-ministre ». En fait, j’ai été Directeur général des affaires économiques et financières à la Présidence, et à ce titre je coiffais trois ministres de domaine qui coiffaient eux-mêmes sept à huit secrétaires d’État et ministres.

Vous vous êtes converti à l’Islam ?

Oui, mais ça n’a rien à voir avec mon amour de l’Afrique et de la Guinée. Je crois que, même si j’étais resté en France, mon évolution philosophique m’aurait conduit vers l’Islam.

Vous le savez, Jean-Paul Alata, des Guinéens qui ne vous aimaient pas vous considéraient comme un serviteur trop zélé du régime. Ils prétendaient que c’était par ambition, par arrivisme même, que vous vous identifiez aux Guinéens.

Je vous répondrais ce que j’ai répondu déjà à d’autres personnes qui m’ont posé la même question. Je n’ai jamais cherché à convaincre. J’estime que l’évolution d’un homme est quelque chose de purement personnel. J’estime que j’ai agi par conviction totale et que, s’il fallait encore agir, j’agirais dans les mêmes conditions de ême manière. Je ne cherche jamais à convaincre qui que ce soit de ce que je fais. Parce que ce que je fais, je le fais pour moi-même. Je ne le fais pas pour les autres.

Comment avez-vous vécu cette double identité en Guinée, finalement ?

En fait, je n’ai pas vécu de double identité puisque je me sentais très bien dans ma peau d’Africain. Si les autres me trouvaient mal à l’aise, c’était eux qui se sentaient mal à l’aise vis-à-vis de moi. Moi, j’étais très bien dans ma peau d’Africain blanc.

Est-ce que c’est aussi par idéal politique que vous avez choisi la Guinée ?

Oui. Puisque, quand on m’a muté pour raisons politiques du Sénégal où j’avais servi dix ans, j’ai choisi la Guinée par sympathie pour Sékou Touré, avec lequel je devais monter — on était tombés d’accord depuis déjà deux ou trois ans — la CGT africaine, c’est-à-dire une CGT qui échappe à toutes les obédiences métropolitaines, quelles qu’elles soient. Donc c’est effectivement par sympathie politique que j’ai choisi la Guinée en 1955, après dix ans passés au Sénégal.

Les années soixante

Vous êtes socialiste. Vous ne vous en cachez pas. Dans Prison d’Afrique, vous écrivez de la République de Guinée, qui se dit socialiste : « Cette parodie de socialisme qui s’instaurait en Guinée, cette corruption entretenue par le Parti à tous les échelons de commandement, le désastre économique, le désordre social m’avaient indéniablement découragé ces quatre dernières années » …
… c’est-à-dire autour de 67, n’est-ce pas ? Vous êtes en Guinée depuis 55. Vous avez participé au combat pour l’indépendance. Je dois rappeler que vous avez été le compagnon de Barry Ibrahima, dit « Barry III », qui fut secrétaire général de la Démocratie socialiste guinéenne, qui rallia le PDG au lendemain de l’indépendance. Comment se fait-il qu’il vous ait fallu tout ce temps pour vous rendre compte que- la Guinée n’était pas socialiste et que votre expérience de militant sincère, votre expérience personnelle, était vouée à l’échec ? En fait, très brutalement, qu’est-ce qui vous a fait croire que la Guinée était socialiste ? Qu’est-ce qui vous fait croire qu’elle ne l’est pas ?

Il faut se replacer dans le contexte de 1958. En 1958 : les organisations politiques autres que le RDA ont largement failli à leur mission. Le BAG est resté dans l’obédience de la chefferie traditionnelle. La DSG, à laquelle j’ai appartenu longtemps, avec Barry Ibrahima, dit « Barry III », s’est ralliée en définitive au BAG et a donc abandonné ses options fondamentales socialistes. Que reste-t-il ? Il reste un parti progressiste. C’est le PDG-RDA. Le PDG se trouve, lors du référendum, devant une volonté commune de tous les membres des autres partis : celle de profiter de l’occasion pour acquérir l’indépendance. Car il est faux de dire que le vote du 28 septembre est le vote de Sékou Touré. C’est le vote de toute la nation guinéenne. Tous les membres du BAG, de la DSG et du RDA ont été d’accord pour voter. Il est incontestable que si les opposants avaient voulu dire « Non » à l’indépendance, il n’y aurait pas eu 58 000 voix pour l’accepter, la Constitution, mais 400 ou 500 000. Or il n’y a eu que 58 000 voix seulement pour accepter la Constitution. Il s’agit donc d’un refus de la colonisation par tout le monde. Et donc nous passons dans la pure obédience du PDG. Or, à cette époque-là, que reste-t-il comme voie au jeune parti qui dirige un jeune pays ? Il n’a pas le choix. Ou bien il se déclare libéral — et on voit mal comment il pourrait se déclarer libéral, exclu de la Communauté française —, ou il opte pour une autre voie. Que se passe-t-il ? Sékou nous refuse, à nous socialistes, le droit de parler de socialisme, mais il nous convoque, nous ses amis, nous ses féaux, et il nous dit :

« Je suis favorable au socialisme, vous le savez, mais j’ai affaire à un pays qui est divisé en castes nombreuses. J’ai affaire à une chefferie qui reste encore puissante malgré son démembrement officiel d’il y a deux ans. Il faut donc que je sois très prudent. Je ne parlerai pas de socialisme et je vous interdis de parler de socialisme. Nous irons vers le socialisme à travers deux voies :

  • sur le plan national, la voie d’un développement non-capitaliste (vous et moi nous saurons ce que signifie cette voie de développement non-capitaliste) ;
  • sur le plan international, nous suivrons la voie des pays non-alignés ».

Nous approuvons. Et je crois que ce serait à refaire, j’approuverais encore. Nous suivons donc cette ligne pendant quatre, cinq, six ans. A l’actif de cette ligne, au crédit de cette ligne, il y a tout de même certaines réalisations : la monnaie nationale. Quels que soient les inconvénients de cette monnaie et les catastrophes qui sont survenues par la suite, le principe de la monnaie nationale était bon. Il y a la nationalisation du commerce extérieur. Là aussi, il y a eu des abus ahurissants. Mais le principe est bon et socialiste. Il y a eu la nationalisation des banques. Il y a eu la nationalisation du sous-sol.

Dans tous ces phénomènes, nous voyons quand même la volonté d’un socialisme. Donc nous croyons que Sékou est vraiment pour le socialisme. Mais, à partir de 1964, nous nous apercevons qu’une bourgeoisie nationale se distingue. Elle devient de plus en plus riche. Et, malheureusement, elle est coiffée par des proches parents du Président lui-même. Nous nous apercevons qu’à côté de cette bourgeoisie commerçante se crée une bourgeoisie… appelons-la « koulak », des paysans riches. Et que cette bourgeoisie paysanne qui n’existait pas — car elle n’existait pratiquement pas avant l’indépendance — est encouragée par la pratique des coopératives agricoles qui sont sciemment détournées de leur objectif : on confie à des paysans aisés le soin de chapeauter des coopératives agricoles. On leur donne des prêts à eux, individuels. Et en définitive, ils se servent de leurs coopérateurs comme d’esclaves. Ils ont tous les bénéfices.

Nous dénonçons tout ceci. Nous nous apercevons qu’en plus une bourgeoisie bureaucratique se développe, que les secrétaires fédéraux de région, les secrétaires généraux de section, les présidents de comité — qui sont d’ailleurs, pour la plupart, des anciens chefs féodaux ou des fils de chefs féodaux reconvertis dans le métier fort lucratif de président de comité PDG — sont de plus en plus riches, de plus en plus influents. Quand moi-même je suis nommé Inspecteur général du commerce, je ne peux absolument pas empêcher le commerce d’État de passer entre les mains des comités. Et je m’aperçois…

Les comités du Parti…

Les comités du Parti, oui, les comités du Parti qui s’appelait…

Le parti unique de la République de Guinée…

… qui s’appelait à l’époque Parti démocratique de Guinée. Puisque maintenant il s’appelle le « Parti-Etat ». Je m’aperçois que je ne peux pas empêcher ces comités de prendre en main la répartition des biens et d’user de procédés pour le moins ahurissants en ce qui concerne cette répartition : pressions auprès des femmes, allant très loin, pressions auprès des jeunes, argent ou le reste. Chaque fois que nous protestons, parce que nous sommes. un groupe à protester — n’oubliez pas que nous n’avons pas été, — quoi qu’on croie, des… des spectateurs tacites, des témoins sans paroles. Nous avons protesté à la Conférence de Fulaya, nous avons protesté dans des articles, nous avons protesté à des conférences publiques…

… devant les instances du parti..

… devant les instances du Parti et devant Sékou lui-même. On nous donne raison en apparence, mais on ne fait rien. Au contraire, on aggrave la situation. Et c’est à partir de 1966-67 que nous avons bien conscience que rien ne peut plus être fait pour diriger la Guinée vers une voie normale, qu’en fait, cette voie de développement non-capitaliste est la voie de création d’une petite bourgeoisie favorable à Sékou Touré.

C’est en 1967 que vous vous rendez compte de cela. Vous étiez en Guinée en 1971 encore, avant votre arrestation. Alors ?

Alors rien. Alors ceux qui liront mon livre, car un jour ou l’autre ils le liront, ils y liront la vérité : la peur est humaine. J’ai eu peur. Premièrement je vous répondrai qu’il y a un phénomène… il y a un proverbe chez nous, en pays africain, qui dit qu’on ne tue pas son enfant. Que parfois, il peut arriver que votre enfant vous tue, mais qu’en aucun cas, vous, vous n’avez le droit de tuer votre propre enfant. Le PDG et la République de Guinée née du PDG étaient un peu mon enfant, et j’en revendique la paternité, la petite partie de paternité. Donc je ne m’estimais pas le droit de me désolidariser des erreurs qui avaient été commises. J’ai donc continué. Deuxièmement, j’avais peur.

Vous dites que vous aviez peur. Cela veut dire que c’est un régime policier, le régime guinéen !

C’est pire qu’un régime policier. C’est ce régime de parti unique ahurissant, qui est différent du parti unique soviétique ou d’autres pays, puisqu’il y a obligation pour l’enfant même au berceau d’avoir sa carte. Les parents d’un enfant qui vient de naître sont obligés d’aller prendre la carte de l’enfant. Ce qui fait que tout le monde se trouve enrégimenté dans le parti. Vous vous trouvez à une assemblée obligatoire de parti hebdomadaire, assemblée qui est menée à la trique par la milice qui sort les gens des concessions à coup de bottes, pour les obliger à aller à cette réunion, et vous vous trouvez avec tous les éléments de la population : des bandits, des gens très honnêtes, des anciens chefs féodaux même pas transformés à côté de gens sincèrement communistes ou socialistes. Et vous êtes là, tous, ensemble. Vous vous épiez ; vous ne savez absolument pas ce que l’autre pense, mais ce que vous savez, c’est qu’il a les mêmes droits que vous d’aller moucharder auprès du Président ce que vous, vous allez dire. Et ça, c’est le quadrillage policier premier du parti. Il n’y a pas d’endroit en Guinée où vous soyez à l’abri d’un racontar — et malheureusement, vous devez savoir ce que c’est qu’un racontar… Si encore on ne se contentait que de dire la vérité de ce qu’on a entendu, mais malheureusement, vous ne pouvez pas empêcher quelqu’un de transformer ce qu’il a entendu.

 

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Camp Boiro

Guinée Visite au camp Boiro : de la  » cabine technique  » à la  » diète noire « …

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Entrée du camp Boiro. Photo Wikipedia
Le 11 avril 1984, soit une semaine après l’ouverture des camps de concentration que le tyran Sékou Touré avait érigé à travers le pays, le journaliste sénégalais Kader Diop avait écrit cet article pour le quotidien français Le Monde., après avoir visité le camp Boiro.

Les séances de torture, au camp de Boiro, à Conakry, où des centaines de Guinéens ont perdu la vie pendant les vingt-six ans de règne de Sekou Touré, duraient de trois à six heures par jour pendant six jours, ont raconté, lundi 9 avril, d’anciens gardiens de ce camp, visité pour la première fois par les journalistes.

À la suite de l’un des vingt  » complots  » que  » dévoilait  » périodiquement Sekou Touré, l’accusé était  » accueilli  » dans le camp par un  » comité révolutionnaire », dont les membres les plus connus étaient Siaka Touré, ancien commandant du camp Boiro, ex-ministre des transports, et Ismaël Touré, ex-ministre des mines, respectivement neveu et demi-frère de l’ancien président. Ceux-ci étaient chargés de déterminer les « moyens » à utiliser pour obtenir des aveux.

Ces  » moyens « , – torture, sévices, humiliations – étaient d’abord employés dans la « cabine technique « . Dans cette salle rudimentaire, ont raconté les anciens prisonniers, une corde servait à pendre le détenu par la taille, de manière à lui « griller un peu le corps  » pour le faire avouer. Le prisonnier, s’il refusait, recevait les décharges électriques d’un générateur actionné par une manivelle.

Le camp est aujourd’hui vide de prisonniers, avec comme seuls occupants les anciens gardiens restés sur place après l’avènement du régime militaire.

Les derniers détenus ont été libérés après le coup d’État du 3 avril. Selon les registres, ils étaient cent trente-quatre, dont deux femmes. Les prisonniers libérés ont été remplacés durant quelques jours par les anciens dirigeants guinéens arrêtés après le coup d’État, ceux-ci étant ensuite transférés ailleurs, car le nouveau régime est soucieux de son image humanitaire.

Selon les gardiens, les accusés étaient mis à la  » diète noire  » – sans nourriture ni eau – dans de minuscules cellules sans lit et sans couverture, mal éclairées par un petit trou fait dans le mur.

Une soixantaine de cellules du même genre constituent la prison du camp Boiro. Dans chacune d’elles s’entassaient cinq à six détenus couchant à même le sol. Ils mouraient lentement d’inanition, des suites de sévices ou de maladie, ou devenaient aveugles à cause de l’obscurité, ou paralysés, en raison de l’humidité. C’est, confirment les gardiens, dans la cellule 49 qu’est mort Diallo Telli, ancien secrétaire général de l’organisation de l’unité africaine (OUA), accusé de complot en juillet 1978.

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Kader Diop, était un journaliste sénégalais. Il a été  formateur à l’école de journalisme de l’université Cheikh Anta Diop et Chef adjoint du Bureau de l’Agence France presse (Afp) à Dakar. Il est décédé le 23 juillet 2020 à l’âge de 77 ans

Voici ce qu’avait écrit de lui le media en ligne .lequotidien.sn en guise de nécrologie: « La rigueur dans le travail en bandoulière, le sens des responsabilités dans sa mission, une loyauté indéfectible, Kader Diop fait partie de ces hommes qui auront marqué à tout jamais la presse sénégalaise »

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Blog konakryexpress

Abdoulaye Bah konakryexpress

Je concentre mes articles surtout sur les violations des droits humains sous le régime de Sékou Touré, le Camp Boiro et les autres camps de concentration qu’il avait semés dans tout le pays en publiant des extraits et des témoignages des nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’anciennes victimes qui ont survécu aux tortures.

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